Contexte :
Contexte : j'ai commencé l'écriture de cette fic avant la parution du T7, avec l'intention d'en faire un T7. Je prendrai donc en compte les 6 premiers tomes de JKR, mais pas le septième, en revanche, je me réserve le droit d'exploiter certaines de ses géniallissimes idées à mon propre compte, donc je pense que je peux écrire :
ATTENTION ! SPOILERS T7 DES LE PROCHAIN CHAPITRE !
De quel(s) couple(s) s'agit-il ?
Tout d'abord, amis homophobes et anti-slash, je vous prie de bien vouloir faire demi-tour car cette histoire concernera des homosexuels.
Quel rythme de parution vais-je pouvoir tenir ? C'est une grande énigme pour moi. J'espère toutes les deux semaines, peut-être moins si je suis prolixe, peut-être plus en cas de vacances ou autres !!
Et maintenant, une dernière chose : bonne lecture, et bien entendu, je suis ouverte à toutes les critiques constructives !
Correctrice : luna904
Chapitre 11 : Retour à la maison
Cette fois, il était prêt. Severus regarda une dernière fois Drago, puis sortit de la Tanière. Il avait pris quatre jours pour mettre au point son plan, et pendant le même temps il avait épaulé Drago de son mieux. Non, vraiment, il avait fait tout ce qu'il pouvait, mais il lui était toujours impossible de prononcer le nom du compagnon de l'adolescent. Il voyait bien que ça le blessait, mais de toute façon, il ne savait absolument pas quoi dire pour le réconforter, pour lui faire admettre le choix de sa magie. Alors, autant ne pas tergiverser, il devait aller chercher Lucius. Il blêmit lorsqu'il accosta sur l'île qui abritait la prison : Merlin, Voldemort avait pris possession de la forteresse ? Cela ne pouvait être autre chose au vu de la présence des détraqueurs. Mais depuis quand ? Et surtout, pourquoi ? Quoique ça … il pouvait peut-être le deviner seul …
Lucius se réveilla en sursaut en plein nuit en entendant la porte de sa cellule s'ouvrir. Il bondit immédiatement sur ses pieds en entendant le murmure rauque de Severus :
- Déploies tes ailes, je ne vais plus tenir longtemps.
Immédiatement Lucius arracha le haut de sa tunique de prisonnier et sortit ses ailes dont la blancheur contrastait singulièrement avec la noirceur de la nuit. Il entendit Severus se rapprocher de lui jusqu'à le toucher, puis gémir de satisfaction en posant sa tête sur son épaule.
- J'étais au bout, souffla-t-il la voix haletante.
Lucius referma ses ailes sur son compagnon et dit simplement :
- Prends le temps pour relaxer ton esprit un moment avant de sortir.
- Ne m'en parle pas ! Je pense que le chemin est sûr maintenant, mais je doute d'arriver à pouvoir le refaire. La pression des détraqueurs est énorme.
- Je les ai sentis depuis plusieurs heures. Comment se fait-il qu'ils soient là ? Et que les aurors aient disparus ? Tu sais quelque chose ?
- J'en ai effectivement une assez bonne idée, répondit Severus, sarcastique. Et c'est justement la raison pour laquelle il faut impérativement que nous sortions au plus tôt avant de les avoir tous sur le dos … Détraqueurs et nos chers anciens amis mangemorts …
- Ah ? A ce point ? Alors tu vas rester au mieux dans mes ailes …
- Prends ma baguette également, dit simplement Severus en la lui tendant. Tu arriveras bien à nous sortir de là si je flanche ! Il faut que nous sortions vite d'ici avant que Voldemort ne décide de s'occuper de toi !
Ils commencèrent à s'avancer dans les couloirs, mais Lucius se rendit compte qu'effectivement, son compagnon avait laissé énormément de forces dans son trajet aller, car il marchait lentement et devait fréquemment s'appuyer sur les murs ou s'aider des cordes pour monter les escaliers. Il constata également que plusieurs mangemorts gisaient par terre, même s'il ne s'attarda pas à vérifier s'ils étaient vivants ou morts. Au moment où Lucius aperçut la porte de sortie, il faillit trébucher sur Severus qui venait de s'écrouler par terre. En le regardant brièvement, il comprit que son bouclier mental était en train de céder, malgré le renforcement de la magie veela, ce qui était une première : jamais, en effet, son bouclier n'avait flanché face aux assauts de Voldemort. Il le remit debout en lui passant un bras sous les épaules et murmura :
- Tu as pris quel moyen de transport ?
- …. Barque …. Portoloin … Tanière ….
La voix hachée de Severus rendait son élocution difficile et Lucius avait déjà bien eu du mal à comprendre ces mots là. Seulement, cela ne l'éclairait pas vraiment : quel pouvait être le rapport entre une barque, un portoloin et la Tanière ? Bon, Severus étant toujours précis dans ses explications, il décida de trouver d'abord le premier mot : la barque.
Il portait désormais plus Severus que ce dernier ne marchait, mais malgré tout il ne se figeait pas face à la force des détraqueurs. Ces derniers les laissaient d'ailleurs assez tranquille, même s'ils passaient non loin d'eux. La forteresse était dans leur dos, mais il y avait environ deux cent mètres à parcourir sur les rochers pour atteindre le bord de mer. Lorsqu'il arriva au bord de l'eau, Lucius était en nage : un an d'emprisonnement, avec les maigres pitances fournies, avait bien entendu eu raison de son endurance, et porter Severus sur deux cent mètres lui avait demandé un effort considérable. Mais maintenant, il fallait continuer, suivre le bord de l'eau pour trouver la barque.
- Severus, haleta-t-il, je pars à gauche ou à droite ?
Après un temps interminable, son compagnon finit par gémir :
- Gauche …. Non, droite … Non ! Ah, je ne sais plus !
Lucius soupira longuement, puis il prit le temps de réfléchir : comment pouvait-il aider Severus à se souvenir ? Il se mit à la place de son compagnon pour imaginer ce qu'il avait fait : il était venu en barque, avait débarqué, sûrement attaché la barque de façon moldue pour ne pas être repéré, puis il avait certainement pris la direction de la porte principale. Enfin, de la seule porte d'Azkaban, quoi.
- Quand tu as débarqué, la porte d'Azkaban, elle était à ta gauche ou à ta droite ?
Aucune réponse ne lui parvint : il voyait, grâce aux rayons de lune, le visage crispé par l'effort de Severus pour maintenir son bouclier face aux détraqueurs. Alors qu'il n'y croyait plus et s'apprêtait à prendre une direction au hasard, Severus siffla :
- Porte … ma gauche … Je suis allé à gauche …
Lucius soupira de soulagement. Il n'avait donc qu'à se tourner vers la gauche et suivre la mer. Les mètres qui suivirent furent éprouvant pour les deux : Lucius avait mis son compagnon sur son dos, ce dernier gémissait désormais sous la douleur, et il n'était pas loin de faire de même sous la souffrance éprouvée dans chacun de ses muscles. Mais il se forçait : pas après pas, glissant sur les rochers mouillés, manquant de tomber à chaque pas ou presque, il avançait. Enfin, il vit la masse sombre ballotter sur les flots. Il tomba à genoux lorsqu'il fut à une dizaine de mètres de son point d'arrivée. Il avait le souffle coupé, ses jambes et ses bras le brûlaient, mais il le sentait : ils étaient à deux doigts de la Tanière, même si physiquement, ils en étaient encore à des centaines de kilomètres.
- Le sac, gémit alors Severus. Le sac ….
Lucius prit la main de Severus dans la sienne, en même temps que la baguette et articula du mieux qu'il le pouvait :
- Accio sac !
Le sifflement qui suivi tinta comme une douce musique à ses oreilles. Les yeux brouillés par la fatigue il vit une masse informe se précipiter vers eux et, au moment où il attrapait l'objet, il sentit la sensation familière du portoloin. Il resserra sa prise sur son compagnon et se laissa glisser dans le tunnel. Il atterrit brutalement sur le ventre et gémit lorsque son nez rencontra la terre humide, mais ses muscles, tétanisés par l'effort précédent n'arrivaient plus à lui obéir. Il eut juste le temps d'entendre l'exclamation « Papa ! Severus ! » avant de sombrer dans l'inconscience.
A son réveil, il avait la sensation qu'un troupeau d'hypogriffes l'avait piétiné. Après tant de jours passés dans le froid et la noirceur d'Azkaban, le rayon du soleil lui fit refermer douloureusement les yeux.
- Papa ? Entendit-il murmurer d'une voix inquiète.
Lucius n'avait pas la force de parler, mais le léger geste qu'il fit en direction de la fenêtre n'échappa pas à son fils qui referma les rideaux d'un coup de baguette rapide. Un verre fut ensuite pressé à ses lèvres alors qu'on lui relevait la tête :
- Bois-ça.
Le ton autoritaire de Drago ne lui plaisait guère, mais bon, pour l'instant il était trop faible pour protester. L'eau coulant agréablement dans sa gorge combiné à une luminosité bien plus acceptable pour ses yeux lui permit d'ouvrir les paupières pour croiser le regard gris de son fils. En un clin d'œil, il comprit que cette année avait été particulièrement dure pour lui : le pli amer de la bouche, les joues trop creusées, les yeux enfoncés, Drago avait souffert. Alors qu'il ouvrait la bouche pour parler, Drago dit doucement :
- Severus est à côté de toi, mais il est en piteux état. Il a énormément forcé son mental et ses barrières sont à zéro ou presque. Je le fais dormir, c'est le mieux pour lui. Toi, par contre, tu n'as pas de séquelles de ça, il va juste falloir t'alimenter correctement !
- Depuis quand, commença Lucius avant d'être coupé par son fils.
- Depuis quand je sais vous soigner ? Depuis que j'ai eu seize ans et que j'ai eu mon héritage de veela guérisseur … Alors il va falloir que tu te reposes sur moi pour ça, papa … Et … plus vite tu seras sur pieds, plus vite tu pourras … m'aider …
La voix de Drago s'était brisée sur ces derniers mots et Lucius vit avec horreur une larme perler au coin des yeux de son fils. Merlin, que s'était-il donc passé en un an tout juste ?
Il se préoccupa d'abord de son compagnon : en se soulevant péniblement sur un coude, il scruta attentivement le visage de Severus. Ce dernier semblait exsangue, mais il respirait lentement, et seul. Il se laissa donc retomber sans grâce sur son oreiller : ses muscles hurlaient de douleur. Il se sentit alors soulevé par les épaules, mais avant qu'il puisse dire quoi que ce soit, il entendit Drago lui chuchoter :
- Bois d'abord ça.
Priant Merlin pour que ses instincts de veela guérisseur soient vraiment bons, il but la potion sans sourciller avant que Drago ne l'aide à s'allonger à nouveau. Quelques minutes plus tard, il soupirait de soulagement : la douleur le quittait lentement sous le regard attentif de son fils. Dès qu'il le put, il lui attrapa sa main gauche pour la tirer vers lui. Il devait en avoir le cœur net. Mais, avant même de voir, il sut : le mouvement de recul de son fil ne passa pas inaperçu. Il ne lâcha pas sa main, mais releva le regard pour croiser le sien. Il vit tout : la culpabilité, la honte, la détresse. Il n'avait plus besoin de regarder l'avant-bras de Drago, il savait. Son fils portait désormais la même marque que lui.
Après quelques minutes de silence pendant lesquelles il ne lâcha pas sa main, il finit par demander d'une voix lasse :
- Quand ?
- Dès que je suis sorti du train, répondit Drago d'une voix étranglée. Mais … ça encore, j'y étais prêt ! Enfin … autant que possible. C'est le seul jour où on a discuté ouvertement avec Severus à Poudlard. La seule chose qu'il ne pouvait avoir anticipé, c'était ma mission …
Lucius ne tenta pas de reprendre la parole : il fallait qu'il laisse le temps à Drago de tout lui dire, à son rythme.
Et pour la première fois depuis une année, Drago raconta tout. Son angoisse devant cette mission qui était insurmontable pour lui : comment pourrait-il tuer le directeur de Poudlard, surtout après avoir pleinement reçu son héritage ? Il détailla son été cauchemardesque au manoir sous la surveillance constante de sa mère et de sa tante, le sort qu'elles avaient posé sur lui pour scruter la moindre de ses paroles. Il avoua à son père ses échecs durant l'année scolaire : il n'avait réussi qu'une seule chose, remettre en état l'armoire qui communiquait avec Barjow et Beurk. Sa panique lorsqu'il avait réalisé qu'il devait faire rentrer des mangemorts, dont le redoutable Greyback, dans Poudlard et qu'il devrait tuer le directeur malgré tout.
- Mais je ne savais pas que le pire était à venir, finalement, gémit Drago misérablement.
Il avait depuis longtemps passé le stade de la honte de pleurer devant son père. Il savait que ses nerfs lâchaient, mais il n'avait plus aucune force pour les contrôler.
- Va au bout, répliqua doucement Lucius qui en oubliait sa propre fatigue pour se concentrer sur son fils. Que s'est-il passé ce soir-là ?
- Dumbledore n'avait pas laissé le château sans surveillance, il avait fait appel à des renforts provenant de l'Ordre du Phénix. Et je … je … je l'ai croisé … Je l'ai reconnu … Il était là et je n'ai rien pu faire … J'ai du monter à la tour d'astronomie … Je ne pouvais pas tuer Dumbledore et … je n'arrivais plus à réfléchir de toute façon … Severus est monté, a tué le directeur comme ils avaient convenu, et on est reparti … Et je l'ai à nouveau croisé, j'ai cru …
Drago s'interrompit brusquement et enfouit sa tête dans ses mains. Il avait si mal. Il savait qu'il se tuait à petit feu de tenter de refuser son compagnon comme ça, mais … de toute façon, il était condamné ….
Lucius laissa de longues minutes à Drago pour se reprendre. Il savait parfaitement de quoi Drago parlait, mais qui donc était son compagnon pour qu'il réagisse si violemment ? Bon, il y avait bien quelques personnes de bien dans l'Ordre du Phénix, non ? Tiens, par exemple … Mais il eut beau chercher, aucune des personnes qu'il connaissait ne le faisait bondir de joie pour son fils … Il finit par soupirer longuement et dit :
- De toute façon Drago, c'est lui qui est le mieux pour toi. Envers et contre tout, et même si tu n'y crois pas un instant et si tu doutes de ta magie, elle, elle sait. Cet homme là est fait pour toi, et toi seul. Et tu es fait pour lui. Donc ?
Il dut bien s'avouer plus tard que lorsque Drago murmura « Remus Lupin », il pensa sincèrement avoir mal entendu, avoir cru une seconde à une blague … Son fils venait de le réduire au silence pendant de longues secondes.
Un lycanthrope.
Un loup-garou comme compagnon de son fils.
L'un des tourmenteurs de son propre compagnon.
Là, oui, c'était un vrai cauchemar.
Et il ne put offrir qu'un maigre « Tu ne fais pas dans la facilité » à son fils qui était démoralisé. Ils avaient envisagé beaucoup de choses ensemble, y compris ce maudit Potter, mais Lupin ! Et Drago qui semblait vouloir tenter de refuser ça ! Bon, il n'allait pas lui jeter la première pierre, mais c'était son compagnon ! Il ne pouvait pas tenter de le nier !
Malgré tout, Lucius s'efforça de voir le bon côté des choses : il lui fallut chercher longtemps, mais il finit par trouver. Lupin avait toujours été considéré par Severus comme le moins dur des maraudeurs. Et il avait également admis, bien que de mauvaise grâce, que ses talents d'enseignant n'étaient pas à prouver : c'était le meilleur professeur, après eux, avec lequel Drago avait réussi à apprendre correctement les sortilèges de défense. Et puis Lupin n'était pas non plus considéré comme particulièrement rancunier, ni particulièrement méchant quand il n'était pas transformé. Il faudrait juste qu'il aide éventuellement Drago, dès que ce dernier cesserait de combattre son instinct veela, à trouver tous les points qu'il pourrait mettre en avant pour convaincre Lupin que cette union avait également beaucoup d'avantages pour lui.
Pendant tout le temps qu'il réfléchissait, il avait attiré son fils contre lui pour lui communiquer sa force, sa présence. Il pouvait sentir que l'adolescent était complètement déboussolé par ce qui lui arrivait. Il avait très certainement idéalisé son futur compagnon, comme il l'avait fait lui-même à l'époque, et il était désormais confronté à une dure réalité. Au bout de longues minutes, il sentit la tête de son fils se faire plus lourde contre son épaule et sut que ce dernier avait plongé dans un sommeil réparateur. Il garda un bras sur lui, dans son dos, tandis que son autre main trouvait celle de Severus. Il pouvait se laisser aller lui-aussi à dormir.
A la gare de King's Cross, quelques jours seulement après la mort de Dumbledore, Harry fut soulagé de constater que plusieurs membres de l'Ordre étaient là pour attendre sa descente du Poudlard Express. Il eut le cœur serré en contemplant le train pour la dernière fois. Il était déterminé : il ne reviendrait pas à Poudlard l'année prochaine, la recherche des Horcruxes était plus importante que n'importe quel Aspic ! Par contre, il espérait arriver à convaincre Ron et Hermione de ne pas venir avec lui. Ce serait très dur pour lui d'être séparé d'eux, mais il ne voulait pas qu'ils se retrouvent plus en danger en restant avec lui. Dans un mois il serait majeur, il était temps qu'il s'assume tout seul ! Il s'engouffra à la suite de Kingsley dans la voiture prêtée par le ministère, Maugrey, Tonks et Remus Lupin étaient là également. Ils avaient tous leur baguette à la main et scrutaient l'extérieur à la recherche de la moindre anomalie. Une heure plus tard, ils étaient devant le 4, Privet Drive et Maugrey prit enfin la parole :
- Potter, les protections vont perdurer jusqu'à 31 Juillet. Nous te préciserons bien sûr les modalités de ton départ d'ici.
- Les modalités ? Demanda Harry intrigué.
- Il est évident que nous n'attendrons pas le 31 Juillet pour te sortir de là, sinon nous aurons l'ensemble des mangemorts à combattre ! Mais nous devons encore étudier les possibilités qui s'offrent à nous, et vérifier que le ministère va pas nous mettre des bâtons dans les roues sous je ne sais quel prétexte ! D'ici là, mon garçon, …
- Vigilance constante, coupa Harry un brin agacé, oui, je sais. Et pour Rogue ? Qu'est-ce que vous allez faire ?
- Il n'est pas notre priorité, rétorqua Maugrey, tu es notre priorité.
- Mais enfin, il a tué Dumbledore ! S'insurgea Harry. Vous comptez le laisser filer comme ça ?
- Il a déjà le ministère aux trousses, même si ce n'est pas grand chose, il n'est pas totalement libre de ses mouvements ! Et puis, tu attires Tu-Sais-Qui comme la viande les sombrals, il y aura alors Rogue dans son sillage, et je ne le raterai pas cette fois !
- Moi non plus ! Grommela Harry entre ses dents.
- Rentre vite, maintenant. Et ne sors du jardin sous aucun prétexte, tu entends ? Les protections sont légèrement plus étendues, mais leur efficacité est maximum dans l'enceinte de la propriété de ta tante.
Génial, pensa Harry, un mois à passer enfermé entre quatre murs ! Néanmoins, il salua tout le monde d'un hochement de tête, non sans remarquer la gêne qui semblait perdurer entre Tonks et Lupin depuis la déclaration de la métamorphomage dans l'infirmerie.
Lorsqu'il entra, il fut surpris d'entendre Oncle Vernon lui enjoindre de venir les rejoindre au salon d'une voix presque aimable.
- Ah, toi, te voilà enfin ! Les … autres nous avaient indiqué le jour de ton retour.
Harry attendit sans rien répondre. Que lui voulait donc oncle Vernon ?
- Tu vas rester ici jusqu'au trente et un Juillet et partir ensuite, n'est-ce pas ?
Le visage de son oncle s'était vaguement éclairé à cette dernière phrase. Harry se contenta d'un bref hochement de tête en retour.
- Alors peux-tu m'expliquer pourquoi il faut également que nous partions à cette date pour aller je ne sais où avec des monstres comme toi ?
Oncle Vernon avait terminé sa phrase en vociférant. Harry n'était pas du tout au courant de ça ! Néanmoins il répondit la seule chose censée qui faisait écho aux paroles de Meugrey :
- Parce que le trente-et-un juillet, à minuit une, Voldemort et tous ses mangemorts vont encercler cette maison dans l'espoir de tuer tout être vivant y habitant. Libre à vous d'y rester, moi, je serai parti !
Harry tourna les talons et monta péniblement sa malle dans sa chambre. Il se sentait vidé, usé. Dumbledore était mort, assassiné pour rien. L'horcruxe leur avait échappé. Lorsqu'il entra dans sa chambre, la première chose qu'il vit, outre la couche de poussière, fut la plume rouge qui gisait sur la table, juste sur une enveloppe. Il se rapprocha rapidement et sentit sa gorge se serrer en reconnaissant une plume de Fumseck. Qui sait où était le phénix à l'heure actuelle ?
En prenant l'enveloppe entre ses mains, et en contemplant l'écriture qui l'ornait, il reconnut immédiatement qu'il s'agissait d'une missive de Dumbledore. Il la décacheta fébrilement : que voulait donc dire ceci ? Il commença avidement sa lecture :
Mon cher Harry
Si tu lis cette lettre aujourd'hui, c'est que je suis mort. J'ai en effet donné des ordres très stricts à Fumseck en ce sens.
Je n'ai jamais redouté la mort, Harry, et j'espère vraiment que ce sera Severus qui me l'aura donnée, car de sa part, j'aurai eu une mort rapide et sans douleur. Nous avions tout prévu.
Harry était hébété. Dumbledore avait voulu mourir de la main de Rogue ? Mais enfin pourquoi ? Il reprit sa lecture sans attendre :
Je suis condamné depuis l'année dernière, Harry, par la malédiction placée autour de la bague des Gaunt. Severus et Pompom ont fait tout ce qu'ils ont pu dès l'été dernier, et tout au long de l'année pour la ralentir, mais j'étais proche de la fin, Harry. Je te le répète, j'espère être mort de la main de Severus. Il ne m'a jamais trahi, Harry, même avec la marque qu'il porte sur son bras.
Non, cria Harry. Mais ce n'est pas vrai ! Il a suivi tous les mangemorts, a tué Dumbledore sans l'ombre d'une hésitation ! Comment peut-il dire qu'il ne l'a jamais trahi ?
Mais, avant de poursuivre sur ce thème, j'aimerai que tu prennes le temps de lire la deuxième lettre qui se trouve avec la mienne.
Harry se jeta avidement sur l'enveloppe qu'il avait laissée choir dans sa hâte de lire le parchemin de Dumbledore. La déchirant à moitié, il s'aperçut qu'effectivement, une deuxième enveloppe se trouvait dedans, à son nom, écrit d'une écriture qu'il ne reconnaissait pas. La retournant avec impatience, il fut surpris de constater que cette enveloppe avait été cachetée, puis grossièrement ouverte. Qui s'était permis de lire son courrier ? Il en tira rapidement le parchemin qui s'y trouvait, le déplia et commença sa lecture :
Harry
Aujourd'hui tu as un an. Je n'arrive pas à croire que le temps passe si vite. Depuis de longs mois déjà, je ne veux pas écrire cette lettre. Je ne veux pas coucher sur le papier ce que je ne voudrais pas être ton avenir.
Mais Dumbledore nous a dit que la menace se précise.
Je sais que, si je ne suis plus là pour le faire directement, je dois t'informer par cette lettre de ce que j'ai vu.
Quand tu me liras, j'espère que quelqu'un, James, moi, peut-être même Sirius, t'aura expliqué tout ce que les jeunes sorciers apprennent peu avant leur seizième anniversaire, ou en tout cas devraient apprendre, sur les veelas.
Quand j'ai appris leur existence et la façon dont ils choisissent leur compagnon, j'ai raillé cette façon de faire. Et j'ai continué jusqu'à ce que je lise suffisamment pour comprendre que leur magie ne se trompe pas : l'amour d'un veela est le plus pur qu'il soit, Harry, souviens-toi en toujours. Tu ne peux pas rejeter l'amour d'un veela : ce serait comme rejeter toute capacité à aimer pleinement.
Mon Dieu, que cette lettre est dure à écrire. Comme tu t'en doutes, je l'écris d'une seule traite, je ne pourrais pas faire autrement.
Comment atténuer le choc ?
Je n'ai aucun moyen.
J'ai eu une vision voilà un peu plus d'un an, maintenant. Et j'ai étudié suffisamment la divination pour savoir que ma vision n'est pas sortie de mon imagination. J'ai vu quelques minutes de l'avenir. De Ton avenir. Je t'ai vu confesser un amour sans bornes pour un veela. Le veela qui te reconnaîtra comme son compagnon.
Je n'ai pas voulu y croire au début. J'ai voulu refuser cette idée. Je ne voulais pas croire que mon fils pourrait un jour aimer un homme comme celui-là, car je le connais. Mais j'ai soigneusement cherché cette année, et tous les indices sont là. Ils appuient ma vision.
Tu es un compagnon veela, Harry. Mais pas de n'importe quel veela. Cela fait cinq cent ans maintenant que le monde sorcier n'a pas vu naître de veela supérieur. Je te joins à ma lettre tous les renseignements que j'ai pu trouver sur cet être d'exception. Tu es l'un de ses compagnons. Je devrais être folle de joie qu'un tel honneur t'arrive. Quoi de plus merveilleux pour une mère d'avoir la totale certitude que son fils va être aimé d'un amour pur et vrai ? Mais cet homme me fait froid dans le dos. Je ne conçois pas qu'il puisse être attentionné envers un quelconque compagnon comme le sont décrits les veelas.
Je n'arrive plus à t'écrire.
C'est trop dur.
J'ai peur pour toi, mon chéri.
Les livres sur les veelas sont devenus mes livres de chevets : je veux me convaincre que ce qu'ils disent est vrai et que tu seras heureux. Mais c'est si difficile.
Tu es le deuxième compagnon de Lucius Malefoy. Son premier compagnon est Severus Rogue.
Je te laisse une autre lettre pour Remus.
Ta maman qui t'aime
Lily Potter
Harry sentit ses jambes se dérober sous lui et il tomba assis par terre sur le plancher poussiéreux de sa chambre.
Non.
Tout ceci ne pouvait être qu'une vaste blague. De très mauvais goût, mais blague tout de même. Et puis d'abord, Lucius Malefoy n'était pas un veela, ça se saurait non ? En plus il était marié et avait un fils ! Mais qu'il rencontre un jour l'auteur de cette pseudo lettre qui avait osé signer du nom de sa mère, il lui ferait regretter d'être né, foi de Potter ! Il froissa brutalement la lettre pour reprendre celle de Dumbledore :
Maintenant tu sais quelle est ta destinée. Comme je te connais assez bien maintenant, je sais que tu refuses de croire la lettre de ta mère. Et pourtant : elle l'a écrite devant moi, dans mon bureau, le matin même de ton premier anniversaire. Je l'ai vue pleurer en l'écrivant et lorsque je lui ai demandé la raison de ces larmes, je me souviens encore de ce regard vert flamboyant qui m'a transpercé. J'ai eu une vision, m'a-t-elle dit, le jour même de la naissance de Drago Malefoy. Elle m'a décrit le contexte de la vision sans me préciser son contenu, et tout ce qu'elle m'a dit me pousse à croire qu'elle a réellement vu l'avenir. Elle t'a très certainement vu combattre Voldemort, soutenu par Lucius Malefoy et Severus. De la part de ce dernier, je n'en doute pas un instant, j'avoue que ma surprise est venue du nom de Lucius Malefoy. Oui, Harry, je le confesse, c'est moi qui ai ouvert la lettre de ta mère, ainsi que celle qu'elle destine à Remus.
Harry, déjà assis par terre d'émotion, n'eut qu'à tendre le bras pour ramasser l'enveloppe de sa mère et trouver encore à l'intérieur une nouvelle enveloppe, également ouverte, portant le nom de Remus. Décidément, c'était le jeu des poupées russes ! Il n'hésita qu'un instant avant d'extraire ce nouveau parchemin et de lire de courrier de Lupin, après tout, Dumbledore avait commencé !
Mon cher Remus
Ce que je vais t'écrire va sûrement te surprendre, mais dans un sens, t'arranger également. J'ai eu une vision Remus, une véritable vision de l'avenir. Tu es le compagnon d'un veela. Je sais que c'est une chance pour toi, n'hésites pas à la saisir. J'espère qu'il ne t'en fera pas trop voir car il ne porte pas un nom que nous apprécions beaucoup. Tu seras le compagnon de Drago Malefoy, le fils de Lucius Malefoy.
En souvenir de moi, Remus, aide Harry par pitié. Il est le deuxième compagnon de Lucius, le premier étant Severus Rogue.
Lily
La lettre tomba des mains d'Harry. Il se pinça pour être sûr de ne pas être entrain de rêver.
Mais la douleur qu'il s'infligea le persuada du contraire.
Non, là maintenant, il est était sûr, c'était une vaste blague !
Il reprit la lettre de Dumbledore avec des mains tremblantes :
Et comme je te connais bien tu viens de lire la lettre pour Remus et tu es persuadé qu'il s'agit d'une blague. Mais, moi, Albus Dumbledore n'hésite pas à le dire bien grand :
CECI N'EST PAS UNE FARCE HARRY !
Je devais te remettre cette lettre le jour de l'anniversaire de tes seize ans. Mais vu l'état dans lequel cela avait mis ta mère, et compte-tenu du fait que tu venais de perdre Sirius et que le nom des Malefoy avait été prononcé avec ta mère, j'ai osé l'incorrect. J'ai ouvert la lettre et l'ai lue, ainsi que celle destinée à Remus.
Te concernant, Lucius Malefoy était déjà en prison : je n'ai pas vu l'utilité de te placer ce fardeau supplémentaire sur tes épaules au moment où tu venais d'apprendre l'intégralité de la prophétie. Concernant Drago Malefoy, je n'ai pas voulu non plus alourdir sa propre peine : il venait d'être marqué et de recevoir sa mission, ô combien difficile, à savoir de me tuer. J'ai donc éloigné Remus au maximum de Poudlard. Et Severus, sans l'appui de Lucius, n'aurait pas non plus été capable de supporter cette révélation. Il aurait tout tenté pour sortir son compagnon de prison, sans prendre garde à leur sécurité.
Sans doute ai-je été lâche une fois de plus.
Peut-être ai-je sous-estimé ta capacité à comprendre ?
Mais peut-être vous ai-je également permis de rester en vie tous les cinq jusqu'à ce jour ?
Tu ne seras pas le seul à recevoir une lettre posthume Harry. J'ai également envoyé des instructions à Severus pour qu'il sorte Lucius Malefoy de prison. Je ne doute pas une seconde que ce dernier cherche frénétiquement son deuxième compagnon et qu'il te trouve. Sais-tu que certains sorciers seraient prêts à tuer pour être le compagnon d'un veela ? Comment refuser l'absolu certitude d'être aimé pour soi ?
Pardonne à un vieil homme, Harry, et garde intacte ta faculté d'aimer : je ne doute pas un seul instant que tu recevras de l'amour au centuple en retour. Ton veela ne peut vivre que par et pour ses compagnons.
Albus Dumbledore
P.S. : J'ai donné en garde à Remus le résultat de mes recherches concernant la possibilité que Lucius Malefoy soit un veela supérieur, sans lui dire qu'il s'agissait de cela …
A la fin de sa lecture, Harry sentit une rage froide s'emparer de lui. Quoi qu'en dise Dumbledore, il refusait totalement l'idée d'être un compagnon de Lucius Malefoy ! Et puis quoi encore ? Autant s'offrir directement en sacrifice à Voldemort ! Et Dumbledore qui lui avait, une fois de plus, fait des cachotteries ? Sans compter que sa lettre était bien décousue pour un homme comme lui !
Il mit donc celle destinée à Remus et celle de Dumbledore ensemble, les froissa brutalement, il les serra si fort qu'elles formaient une sphère presque parfaite à la fin. Il descendit le visage dur à la cuisine et alluma la gazinière de sa tante. Il eut un rictus mauvais lorsqu'il lança la boule compacte dans le feu produit par le gaz. Et il frappa un grand coup sur le plan de travail en constatant que le parchemin ne s'enflammait pas. Dumbledore semblait avoir tout prévu ! Bien, puisque c'était comme ça, il n'allait pas brûler ce parchemin mais le faire simplement disparaître. Il coupa le gaz et jeta la boule étrangement froide dans la poubelle. Sans un regard en arrière, il quitta la cuisine.
Il ressentit un nouvel élan de rage en voyant qu'il avait mis de côté la lettre soi disant écrite par sa mère et l'envoya subir le même sort que les deux premières lettres. C'était une chance qu'il n'avait croisé personne de sa famille : ils auraient eu beau jeu de le traiter de fou une fois de plus !
Cette nuit-là, il dormit mal. Il ne cessait de ressasser ces idioties en bourrant son oreiller de coups de poings.
Et il eut un très mauvais pressentiment lorsqu'il entendit la sonnette de la porte d'entrée à huit heures du matin, alors qu'il n'avait pas encore daigné se lever, trop fatigué par cette nuit sans véritable repos. Il entendit la voix colérique d'oncle Vernon qui semblait tomber dans le vide, mais bientôt des pas se firent entendre dans l'escalier. Il déglutit péniblement en sortant sa baguette car il ne reconnaissait ni le pas de son oncle, ni celui de sa tante. Il mit rapidement ses lunettes sur son nez et pointa sa baguette sur la porte lorsqu'il entendit frapper.
- Entrez, dit-il à voix basse.
Lorsqu'il vit Remus Lupin, le visage décidé, bien que pâle, franchir le pas de sa porte, il commença vraiment à se sentir mal.
- Harry, attaqua l'ancien maraudeur d'une voix rauque. Il faut qu'on parle très sérieusement. Tu as la lettre de Dumbledore ?
Harry hocha négativement la tête sans quitter Remus des yeux.
- Où est-elle ? Gronda son ancien professeur.
- A la poubelle, réussit à articuler Harry en retour.
- Accio Lettre de Dumbledore, fit Remus entre ses dents. Deux secondes plus tard, il attrapait habilement la boule de papier qu'Harry avait fait la veille au soir et la dépliait nerveusement, non sans lancer des regards noirs vers Harry. Ce dernier n'osa pas bouger pendant tout le temps de l'opération, puis tant que Lupin lisait les deux lettres. A la fin de cette lecture, il commença à réellement avoir peur lorsque son ancien professeur releva vers lui un regard plein de détermination :
- Je pense que je dois te faire part maintenant des recherches d'Albus.
Euh … non ? Pensa immédiatement Harry, mais il y avait un je ne sais quoi dans le regard de Remus qui l'enjoignit, une fois n'est pas coutume, à garder le silence.
