All is black (and nothing is right)
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Chapitre 11
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Je m'excuse pour ce délai inhabituel, mais en plus d'être très occupée, ce chapitre étant un chapitre "de remplissage" j'ai eu un peu de mal à l'écrire. J'espère que la suite se fera moins tarder, et que malgré tout vous allez continuer à apprécier cette histoire.
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A Unelectrice: Eh oui, tout le monde l'attendait le bisou ! lol. Honnêtement je ne sais pas s'il y aura 10 autres chapitres lol, on verra mais une chose est sûre, ça va durer encore un petit moment lol. Et je suis contente que l'apparition de Brook t'ai plu ! J'essaye de les faire tous apparaître à un moment ou un autre, et je pense que c'était le moment pour lui de mettre son grain de sel dans l'histoire lol. J'espère que cette suite te plaira tout autant !
A fan nanonyme: Merciii ^^ Oui, ça avance, doucement lol. Ça va mettre un peu de temps à se mettre en place ^^. En tout cas voici (enfin) la suite !
— Ah, vous voilà enfin ! les accueilli la voix irritée de Nami. Vous étiez encore en train de vous taper dessus ?
Aucun des deux ne répondit, et Zoro s'assit en grommelant, pressé que cette réunion se termine. Il tourna le regard vers Sanji, qui s'était installé sur la barre d'appui du bar, tourné dans leur direction. Il était étonnant qu'il n'ait pas répondu à Nami, et assez inquiétant. Il devait être perdu dans ses pensées, et le bretteur aurait donné cher pour savoir ce qu'il se passait dans sa tête.
Mais leur navigatrice reprit la parole après un hochement d'épaules blasé, le forçant à sortir de ses propres pensées.
— Bien, je vous ai rassemblés pour qu'on fasse le point sur la suite des évènements. On va atteindre la prochaine île d'ici au plus tard deux jours. L'objectif principal est de revendre notre trésor et de refaire nos réserves. On y restera le moins de temps possible. Apparemment il n'y a pas de base de la marine, ni d'autorité locale antipirates donc on devrait être tranquille. Inutile donc de s'attarder, quand on a ce qu'on veut, on s'en va. Ce qui veut dire…
La rouquine s'arrêta et balaya l'assemblée d'un regard noir.
— Pas d'aventure, pas d'ennuis, et pas de pagaille !
Zoro réprima un sourire en coin qui lui aurait valu une rallonge sur sa dette. La jeune femme disait ça à chaque fois, ce qui ne les empêchait pas de semer le trouble partout où ils passaient. Et lorsque pour une fois ils étaient calmes, c'était les ennuis qui les trouvaient. Il ne savait pas pourquoi elle continuait à s'embêter à les menacer. C'était peine perdue de toute façon.
Il ne prêta pas beaucoup attention à ce qui se dit par la suite, principalement le résultat des deux filles après l'examen du trésor. Peu lui importait de savoir ce que cela leur rapporterait. Ce qui l'intéressait, c'était de savoir combien Nami allait lui donner pour refaire les réserves, et combien il aurait pour ses petits plaisirs personnels, à savoir principalement l'alcool. Lorsque la réunion se termina enfin, il s'empressa de sortir et de monter à la vigie. Elle était toujours vide à cette heure de la journée, et c'était l'un des uniques endroits où il savait pouvoir être seul et tranquille. C'était sans doute aussi l'endroit du Sunny où il se sentait le plus à l'aise, le plus "chez lui", et c'était exactement ce qui lui fallait à cet instant. Il avait besoin de familiarité et de routine rassurante.
C'était là également qu'il avait laissé son matériel pour entretenir ses katana. S'il ne pouvait pas s'entraîner, alors il allait en profiter pour prêter une attention particulière à ses précieux alliés. Non pas qu'il les ait négligés jusqu'à présent, mais un surplus d'attention ne serait pas de trop, et renforcerait le lien qu'il avait créé avec eux, et qui s'était considérablement épaissi au cours de son entraînement avec Œil de Faucon.
Il passa la fin de la journée à les polir, les manier doucement, communier avec eux, offrant un traitement particulier à sa meilleure lame, son amie de toujours, Wadô Ichimonji.
Le temps s'était écoulé lentement après la réunion, Zoro le passant pour la plupart dans la vigie ou à dormir dans la cabine des garçons. Il commençait à trouver le temps long, alors lorsque Brook annonça que la prochaine île était en vue, il sortit sur le pont pour la regarder se rapprocher doucement. Il s'appuya de tout son poids sur le bastingage et se perdit une nouvelle fois dans ses pensées.
Il avait essayé ces deux derniers jours de ne pas repenser à sa conversation avec Sanji. Pourtant, il allait devoir y réfléchir sérieusement, comme il le lui avait promis. Mais c'était plus facile à dire qu'à faire, et les nouvelles questions que cela soulèverait le perturbaient un peu. Bien sûr, il n'était pas si idiot que ce que le Cook pouvait bien dire. Il savait ce qui se tramait dans son cœur. Il savait que le cuistot avait pris une place très importante, une place que personne jusqu'à présent n'avait jamais occupée. Et c'était là le problème. En relation, il connaissait deux choses : soit il appréciait et il protégeait, soit il n'aimait pas et il tranchait. C'était assez simpliste, mais cela avait très bien marché jusqu'à présent. Mais le Cook s'était insinué entre ces deux états, et il avait créé une confusion qui n'était pas facile à contourner.
Parmi tous ceux qu'il aimait bien, à savoir essentiellement ses nakama, le blondinet s'était élevé au-dessus des autres, s'était démarqué à la fois rapidement et insidieusement. Il y a quelques semaines à peine, s'il avait eu à choisir entre la vie de Luffy et celle du cuistot, il aurait choisi leur Capitaine sans hésiter. Parce que tout reposait sur les épaules du jeune homme. Tous leurs rêves et leurs espoirs étaient liés à la survie de ce garçon. Si Luffy n'était plus là, ils ne valaient plus rien, tous autant qu'ils étaient.
Pourtant aujourd'hui, s'il avait à faire face au même choix, il n'était pas sûr de prendre les mêmes décisions. L'idée de perdre le Cook était tout à coup moins supportable. Bien sûr en tant que cuistot il était remplaçable, même si honnêtement personne ne pourrait jamais l'égaler. Mais en tant que personne, en tant que nakama, il était irremplaçable. Comment pourrait-il évacuer la pression s'il n'était pas là pour le chercher constamment ? Sur qui compterait-il pour l'aider à protéger l'équipage ? A qui parlerait-il ? Bien sûr, leur rapprochement sur ce dernier point était récent, mais il était rapidement devenu très important pour Zoro. Il aimait parler avec lui, ou simplement passer du temps avec lui en cuisine, ou à s'entrainer. Et pire, depuis quelques jours, il aimait le contact qu'il avait développé avec lui. Les touchers… les baisers.
Pourtant, était-il prêt à continuer sur ce chemin glissant ? Certes l'idée d'avoir quelqu'un de si important à ses côtés pouvait être exhilarante, mais aussi effrayante. Cela pouvait d'un côté le rendre plus fort. L'idée de vouloir protéger cette personne, même si la plupart du temps le Cook n'en avait pas besoin, sachant se débrouiller tout seul, pouvait le motiver et le pousser à atteindre des niveaux inégalés. Mais d'un autre côté, cette personne deviendrait sa faiblesse. Quelqu'un sur qui faire pression pour le faire plier. Quelqu'un qui pourrait causer sa perte et briser son objectif. Et il ne pouvait pas se permettre une telle faiblesse… du moins il n'était pas sûr de vouloir prendre le risque.
Il en était donc là, à se demander ce qui avait pu ainsi changer dans sa tête, à se demander pourquoi il remettait ainsi en cause, quasiment du jour au lendemain, toutes ses priorités et tout ce qu'il s'était fixé dans sa vie. Il n'avait pas de réponses, et il espérait peut-être pouvoir les trouver sur cette nouvelle île qui se profilait à l'horizon.
Un peu plus loin, sur le pont supérieur du Sunny, un autre jeune homme était appuyé au bastingage, le regard vide tourné dans la direction générale de cette nouvelle terre. Sanji aussi était perdu dans ses pensées. Mais contrairement au bretteur, lui connaissait les sentiments qu'il éprouvait tout autant que les risques, et il était prêt à les prendre. Ce qui le tourmentait, c'était plutôt de savoir s'il avait une chance. Si le sabreur allait ou non répondre à son appel. Il se demandait si Zoro avait compris ce qu'il ressentait pour lui, ou bien s'il en avait trop dit et l'avait effrayé. Pourtant, malgré ses doutes, il voulait garder espoir. Zoro semblait attiré vers lui, et s'il décidait de suivre cette attirance et de voir venir les choses en temps voulu, alors il y avait vraiment une chance que cette histoire marche entre eux. Du moins c'était tout ce qu'il espérait. Il avait décidé de lui laisser le temps, de ne pas le relancer toutes les cinq minutes. Malgré tout, la patience n'était pas son fort, et il se fit la promesse de lui reposer la question s'il ne venait pas de lui-même le trouver lorsqu'ils auraient repris la mer après cette nouvelle escale.
Cette résolution et cette lueur d'espoir en tête, il se détourna du paysage qu'il ne pouvait de toute façon pas voir pour aller s'enfermer dans sa cuisine. Un nouveau regain d'énergie l'avait poussé depuis la veille à redoubler d'efforts pour parvenir à cuisiner seul, et cette fois-ci, il était bien décidé à y parvenir.
Au coucher du soleil, le Thousand Sunny entra dans l'unique port de l'île, une lumière chaude éclairant la ville devant eux. Bukimina semblait être un endroit paisible, habité par des gens simples et débonnaires. La cité n'était en soit pas très grande. En fait, elle ressemblait plus à un grand village qu'à une véritable ville. Les maisons la composant ne dépassaient pas un étage, et elles étaient coiffées d'un toit de chaume, leurs fenêtres débordant de jardinières fleuries. Les rues étaient en terre battue, mais d'une propreté irréprochable. Tout semblait bien ordonné, et la tranquillité devait y être reine. En tout cas, rien ne laissait présager la survenue d'une aventure quelconque, ce qui déçu Luffy mais rassura Nami.
Cette dernière descendit sur le quai afin de s'acquitter des frais d'amarrage et se renseigner sur les possibilités de logement. Une fois fait, elle revint à bord, l'équipage ayant décidé d'y passer la nuit. Il était de toute façon certainement trop tard pour trouver un hôtel ce soir-là, et chacun s'en accommoda sans rechigner.
Le lendemain par contre, tous se levèrent un peu plus tôt qu'à leur habitude, pressés qu'ils étaient de découvrir ce nouvel endroit. Ils commencèrent par tous se rendre à l'une des auberges de la ville pour prendre des chambres et y déposer leurs affaires, puis ils se dispersèrent à leur rythme dans les rues qui s'animèrent petit à petit à mesure que la matinée avançait.
Nami se dirigea immédiatement vers le seul bureau de change de la ville vers lequel le propriétaire de l'auberge l'avait dirigée. Plus tôt ils auraient transformés leur trésor en argent sonnant et trébuchant, plus tôt ils pourraient refaire leurs réserves et continuer leur route un peu plus loin. Après de nombreuses minutes de négociations acharnées, elle parvint à en tirer un excellent prix et sortit du bureau le sourire aux lèvres. Il ne lui restait plus qu'à trouver ses nakama pour leur distribuer la part qui leur revenait pour cette escale, et ensuite, direction les magasins !
En attendant de recevoir l'argent pour les provisions, Zoro décida d'aller faire un tour au bar local. Il lui restait encore un peu de monnaie et pourrait probablement boire plusieurs verres avant d'être à sec.
Il entra dans le petit établissement sans vraiment regarder autour de lui et s'installa à une table, attendant que quelqu'un vienne prendre sa commande. Après quelques minutes de solitude, il se décida finalement à jeter un coup d'œil en direction du comptoir. Plusieurs hommes d'âges mûrs y étaient installés, et discutaient avec le serveur. Ils parlaient à voix mesurées et semblaient absorbés par le sujet de leur conversation.
— Je vous dis que le vieux Gôshi en a vu un il y a quelques jours, disait l'un d'entre eux, un béret sur la tête et une pipe coincée dans un coin de la bouche.
— Foutaise, répondit un autre, tout le monde sait que le vieux Gôshi perd la boule.
— Meiko en a vu un aussi, ajouta un troisième.
Ce dernier témoignage sembla clore la discussion et un lourd silence s'établit. Zoro ne savait pas de quoi ces hommes parlaient, mais le sujet semblait sérieux et inquiétant. Sa curiosité piquée, mais aussi son envie d'être enfin remarqué et servi, lui firent prendre la parole.
— Qu'est-ce qui a été vu ?
La réaction vive qu'il obtint le surprit un peu. Tous sursautèrent et se tournèrent vers lui, comme s'ils découvraient tout à coup sa présence et avaient été pris sur le fait. Mais après la surprise passée, ils perdirent tous leurs expressions graves et des sourires forcés étirèrent leurs lèvres.
— Vous faites partie de l'équipage qui est arrivé hier ? demanda l'un d'entre eux d'un ton enjoué.
Zoro fronça les sourcils, suspicieux, avant de confirmer. Il réitéra ensuite sa question, décidé à obtenir une réponse.
— Oh c'est rien, balaya le vieux au béret, seulement des sauvages… je veux dire, des animaux sauvages. Il y a beaucoup de… euh sangliers par ici. Parfois ils entrent en ville et font pas mal de dégâts. Je suppose qu'il va falloir organiser une chasse pour les éloigner.
— Si vous comptez rester quelques jours, il faudra éviter de vous aventurer en forêt, cela pourrait s'avérer dangereux, conseilla celui qui semblait être le plus âgé.
Zoro décida de garder pour lui le fait qu'un sanglier ne lui faisait pas peur. Il avait compris la question sous-entendue. Malgré l'accueil chaleureux qu'ils avaient reçu, les villageois semblaient pressés qu'ils repartent en mer. Il se passait sur cette île quelque chose de louche qu'il aurait été bien incapable de déterminer. Mais de toute façon, leurs histoires ne le regardaient pas. Lui tout ce qu'il voulait, c'était boire. Il se releva alors et vint s'asseoir au comptoir non loin des autres et commanda une bière pour commencer.
— On n'a pas prévu de rester longtemps, indiqua-t-il ensuite. On se ravitaille et on va plus loin.
Les hommes semblèrent acquiescer avec un peu trop de ferveur à son goût, mais encore une fois, peu importait. Le serveur déposa une chope devant lui et il s'empressa de la vider d'une bonne partie de son contenu.
— Si vous êtes venu pour vous ravitailler, alors vous tombez bien, continua le vieux au béret. Le marché est demain, avec des producteurs venants des îles avoisinantes. Vous trouverez tout ce que vous cherchez, et même plus. Ici on ne produit pas grand-chose, ce n'est pas vraiment une terre agricole.
— Mais vous avez du gibier apparemment, remarqua Zoro un sourire en coin.
L'embarras se fit à nouveau sentir mais le bretteur n'insista pas. Cela ne fit que confirmer sa suspicion. Il ne devait pas y avoir plus de gibiers ici qu'à Water Seven.
Il écouta ensuite d'une oreille distraite les petits vieux papoter, principalement des derniers ragots du village. C'était souvent le cas dans ce genre de bar de petite localité. Les occupations tout autant que les distractions étaient rares, alors on passait le temps comme on pouvait. Zoro n'aimait pas vraiment ce ton de conspiration, énonçant les aventures extraconjugales présumées de madame untelle ou les frasques alcooliques d'untel. Il n'aimait pas parler des gens dans leurs dos, et il n'aimait pas se mêler de ce qui ne le regardait pas. Les choix de vie appartenaient à chacun, et personne n'avait à les juger, d'autant plus que bien souvent, ceux qui jouaient les commères étaient pires que leurs victimes.
Pourtant, son oreille fut attirée lorsque le plus âgé des trois, un homme presque chauve, le crâne recouvert de taches de vieillesse et le visage parsemé de rides, s'adressa à lui.
— Alors mon petit, il est connu votre équipage ?
Zoro se retint de réagir au mot "petit". Il n'avait rien de petit, que ce soit en taille ou en carrure. Mais il décida de rester calme, se rappelant de la demande de Nami de faire profil bas pendant qu'ils étaient ici.
— Plutôt oui, répondit-il succinctement.
— Tu dois bien avoir quelques histoires à nous raconter alors, continua le petit vieux, qui avait apparemment décidé de plus de familiarité entre eux en le tutoyant.
Peu importait le bretteur à vrai dire, alors encore une fois, il laissa passer, et choisit plutôt de s'inquiéter de cette demande. Il n'était pas trop du genre bavard, encore moins pour raconter des histoires. Usopp était bien plus doué que lui à ce petit jeu, malheureusement son ami n'était jamais là quand on avait besoin de lui. Il essaya de trouver une excuse, perturbé par les regards expectatifs des trois petits vieux, et fut finalement sauvé par le barman qui demanda aux villageois de laisser leur visiteur tranquille.
Il put finalement boire plusieurs verres en paix, choisissant chaque fois une boisson un peu plus forte que la précédente, avant d'être à nouveau intégré à la discussion de ses voisins.
— Tu as l'air d'être un bon buveur, remarqua celui qui était le plus près de lui. Un vrai pirate !
Le bretteur ne savait pas vraiment si c'était un compliment ou non alors il resta silencieux.
— C'est bien de voir des jeunes qui n'ont pas peur de boire, ajouta l'homme au béret. De nos jours, ça se faire rare par ici. Les jeunes de chez nous sont respectables et bien rangés. De notre temps, on savait s'amuser.
Les deux autres rigolèrent, se remémorant probablement le "bon vieux temps", ce qui tira un sourire à Zoro. Cette île devait être bien ennuyeuse si ce que cet homme disait était vrai.
— Les marins savent vivre eux. Quand ils rentrent au port, ils dépensent ce qu'ils ont gagnés en alcool et en filles.
— Si tu te débrouilles bien, tu peux avoir les filles pour pas un sous, remarqua celui d'apparence plus jeune en clignant malicieusement de l'œil.
Un nouvel éclat de rire secoua l'assemblée.
— Jeune et taillé comme tu es, tu dois avoir une fille dans chaque port, supposa le petit vieux au béret.
Zoro se sentit rougir rapidement, et il était heureux d'avoir une complexion assez foncée qui en cacherait une bonne partie.
— Euh je… ça ne m'intéresse pas vraiment, balbutia-t-il.
— Allez, sois pas timide va, c'est naturel !
Le sabreur ne savait plus quoi dire pour se sortir de là, et il se sentit incroyablement soulagé lorsque la porte du bar s'ouvrit sur un nouvel arrivant, distrayant l'attention des trois hommes. Il tourna à son tour le regard en direction de l'extérieur, et fut surpris de voir Robin saluer Sanji à la porte. Elle s'éloigna rapidement et le Cook se tourna vers l'intérieur et entra, avançant prudemment. Zoro attendit qu'il se soit pris deux fois une chaise en chemin avant de prendre pitié de lui.
— A gauche, indiqua-t-il simplement.
Le cuistot releva la tête dans sa direction en entendant sa voix, puis avança dans la direction indiquée sans faire de commentaire. Le sabreur le guida ainsi jusqu'au comptoir, sous le regard silencieux des trois hommes et du serveur.
— Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il pour détourner un peu l'attention du Cook qui semblait nerveux.
— Je te cherchais.
— Non sans blague ! se moqua Zoro face à cette évidence.
Le Cook lui lança un regard noir qui aurait été légèrement effrayant s'il l'avait dirigé dans la bonne direction.
— Je viens de croiser Nami-swan qui m'a donné l'argent pour les provisions, répondit simplement le cuistot en ignorant sa moquerie.
— Et ?
— Et je suis venu te chercher pour qu'on s'y mette tout de suite, répondit Sanji, perdant petit à petit patience.
— On fera ça demain, balaya Zoro et se retournant vers son verre pour le vider.
Le Cook sembla sans voix pendant quelques instants, et le bretteur profita du silence, sachant ce qui l'attendait. Il patienta le sourire aux lèvres, et la réaction ne se fit pas désirer bien longtemps.
— C'est quoi ton problème Marimo ? s'éleva la voix énervée de Sanji. T'es feignant à ce point ?! Ou alors t'as trop bu et tu ne tiens plus debout ? De toute façon j'en ai rien à foutre ! J'ai dit qu'on s'y mettait tout de suite alors c'est ce qu'on va faire ! Tu vas lever ton cul de cette chaise et rapidement !
— Sinon quoi ?
— Sinon je t'envoi à l'autre bout de Grand Line à coup de pieds !
Zoro ne put s'empêcher de rire à cette menace. Puis voyant que le cuistot s'énervait de plus en plus, il décida de mettre un terme à sa taquinerie avant que les ennuis n'arrivent. Il n'avait pas vraiment envie d'avoir à payer le propriétaire du bar pour les réparations.
— Relax Cook, le détendit-il d'une voix calme. C'est juste que le marché est demain.
— Oh…, répondit simplement Sanji, perdant toute sa colère. Tu n'aurais pas pu le dire plus tôt ?
— Ça aurait été moins marrant, rigola Zoro.
— Enfoiré, grinça le blondinet entre ses dents.
— Assis-toi et prend un verre, conseilla le bretteur en tirant du pied un tabouret et en guidant son ami pour qu'il s'y assoit.
— Tu payes ? tenta Sanji.
— Et puis quoi encore ?! s'exclama Zoro.
Il ne savait même pas s'il aurait assez pour payer ses propres consommations, alors celles du Cook en plus ? Pas question !
— Peu importe, Nami-swan m'a donné de l'argent, répondit Sanji, un air important au visage.
— Pour refaire les stocks !
— Non, aussi pour mes achats personnels.
— Quoi ?! Et moi ? se scandalisa Zoro.
— Elle a probablement jugé inutile de t'en donner…
— Sorcière des mers, jura le bretteur entre ses dents.
Parfois, il pensait à reprendre ses activités de chasseur de prime pour avoir son argent de poche personnel. La rouquine jouait un peu trop avec lui à son goût.
— Fais attention à ton vocabulaire quand tu parles de Nami-swan, gronda Sanji.
— Vous êtes dans le même équipage ? interrompit l'un des petits vieux, ce qui coupa court à la réplique de Zoro.
— Malheureusement oui, répondit le Cook du tac au tac.
— Le sentiment est réciproque, ronchonna Zoro.
Cela valut une nouvelle exclamation de rire de la part des villageois, puis ceux-ci se mirent à questionner le nouvel arrivant, espérant avoir plus de succès qu'avec Zoro. Le Cook ne se fit pas vraiment prier et leur raconta quelques anecdotes. Il était assis entre le bretteur et les petits vieux, et Zoro s'en trouva heureux, parce que cela lui donnait l'occasion de pouvoir regarder le cuistot sans avoir à se justifier. Bien qu'il ait principalement la tête tournée dans la direction de son auditoire, il pouvait discerner une partie de son visage, encore plus lorsqu'il s'accouda au comptoir.
Il avait une envie irrépressible de passer sa main dans ces mèches blondes, ou bien de tracer le contour de cette mâchoire de ses doigts. Pourtant il n'en fit rien. D'abord parce qu'ils étaient en public, mais surtout parce qu'il lui avait promis de ne plus rien faire de ce genre. Il allait devoir rapidement trouver des réponses à ses questions, parce qu'il ne savait pas combien de temps il tiendrait à garder ses mains pour lui. Il se promit d'y réfléchir sérieusement à la première occasion qui se présenterait. L'idéal serait de trouver un peu de solitude pour cela, ou du moins de ne pas être avec le Cook. Il avait déjà la chance de ne pas partager sa chambre d'hôtel avec lui, ayant été placé avec Franky. Peut-être qu'il pourrait profiter du silence nocturne pour prendre une décision…
Il revint au moment présent lorsqu'il entendit le cuistot raconter sommairement l'accident qui avait conduit à la perte de sa vue. Il ne paraissait pas vraiment perturbé, et le racontait comme s'il parlait du temps qu'il faisait. C'était une bonne chose. Il semblait avoir enfin accepté ce qui lui arrivait. Peut-être que les choses allaient être plus faciles à présent, et que le bretteur n'aurait plus à s'inquiéter d'une éventuelle rechute. Il se sentait fier de Sanji, fier qu'il ait réussit à passer cette étape. Il allait probablement le retrouver tel qu'il était avant, à 100% de sa condition. Un frisson d'excitation le traversa à cette idée. Il avait hâte que tout redevienne comme avant, qu'il le retrouve, fidèle à lui-même, à ses principes et sans faiblesse apparente.
Sa volonté et sa force d'esprit l'avaient toujours impressionné. Il l'avait toujours perçu comme un roc que rien ne pouvait ébranler. Et de savoir qu'il allait le retrouver tel qu'il était… L'attirance se faisait plus grande, l'envie de caresser ce corps dur et musclé, de faire plier cet esprit fier et indomptable par quelques baisers… Il s'arrêta là dans ses pensées, décidant que ce n'était pas vraiment l'endroit pour laisser libre court à ces visions troublantes.
Il commanda un nouveau verre et écouta la conversation qui se déroulait à côté de lui. Sanji racontait à présent les facéties des plus jeunes de l'équipage, et Zoro réalisa qu'il ne dévoilait que des choses sans grand intérêt. Il gardait pour lui les grandes batailles, les blessures, les affrontements, les ambitions. Ces hommes étaient après tout des étrangers, alors il était préférable de ne pas trop s'exposer. Nul ne savait ce qu'ils feraient une fois qu'ils auraient repris la mer. Alerteraient-ils la Marine que leur équipage venait de quitter leur île ? Lanceraient-ils des chasseurs de prime à leurs trousses ? Ils ne pouvaient en être sûrs, alors la prudence s'imposait, et Sanji l'avait compris. Encore une fois, Zoro réalisa à quel point ils étaient semblables tous les deux dans leur façon de penser.
Les heures et les verres s'écoulèrent sans qu'il ne s'en rende compte, et bientôt la porte du bar s'ouvrit à nouveau pour laisser entrer un bruyant Luffy, accompagné de Chopper, Usopp et Brook.
— Zoro, Sanji ! On fait la fête ! s'exclama leur Capitaine dès qu'il les repéra.
— Quoi ?! Je ne pense pas que ce soit ni le lieu ni le moment, remarqua le Cook, dubitatif.
— Heiiin ? Mais je veux faire la fête moi ! Je veux plein de viande !
— Nami est d'accord ? demanda Zoro à Usopp, ignorant leur Capitaine.
— Oui, elle nous a même donné un peu d'argent pour ça.
— Un peu d'argent ce ne sera pas suffisant pour remplir l'estomac de Luffy, remarqua le sabreur.
— Ni le tien d'alcool, lança Sanji d'un ton moqueur.
Zoro ne se priva pas de lui lancer un regard noir, sachant qu'il pouvait le percevoir, avant de reporter son attention sur les quatre arrivants.
— De toute façon c'est un bar ici, ils ne font pas les repas.
— On peut demander à Ryûto de nous apporter des plats, proposa le plus jeune des petits vieux, s'immisçant dans la discussion. Qu'est-ce que tu en dis Patron, ça te dit une fête ici ?
— Si ça peut m'amener quelques clients, je prends, répondit le barman avec espoir.
— Oh oh, ça sent comme au bon vieux temps, s'écria le plus âgé des trois.
Le bretteur les regarda s'exciter à l'idée de cette fête improvisée. Décidément, cette île devait être bien ennuyeuse quand ils n'étaient pas là pour mettre l'ambiance.
— Je ne sais pas si on aura assez d'argent pour tout payer, remarqua soudain le Cook, toujours pratique.
— Ne t'inquiète pas jeunot, on va s'arranger pour ça, répondit l'homme au béret.
La fête semblait belle et bien lancée, et Zoro s'en réjouit. Qui disait fête disait alcool à volonté, et cela lui permettrait sûrement de se vider l'esprit quelques heures. Les trois petits vieux se dispersèrent, rapidement pour leur âge, annonçant qu'ils allaient prévenir l'un des aubergistes de la ville pour qu'il prépare un festin, et inviter tous ceux qu'ils connaissaient à prendre part à la fête. Luffy était aux anges et trépignait déjà d'impatience à l'idée de tout ce qu'il allait pouvoir se mettre dans l'estomac.
Bientôt, le reste de l'équipage les rejoignit et ils commencèrent à animer le bar grâce à la guitare de Franky et au violon de Brook, ainsi qu'aux pitreries des plus jeunes. Les invités arrivèrent petit à petit, tous d'âge assez avancé, ce qui surprit un peu Zoro. Les jeunes ne semblaient pas enclins à s'amuser, et lorsqu'il posa la question au petit vieux au béret avec qui il trinqua, celui-ci lui expliqua que beaucoup de leurs jeunes étaient partis travailler sur les îles environnantes et ne revenaient pas régulièrement sur leur île natale. Quant aux autres, ils semblaient préférer la compagnie de livres au coin du feu aux fêtes déchaînées.
A mesure que la soirée avançait, les esprits s'échauffèrent et le boucan devint infernal. Certains criaient à tue-tête, d'autres chantaient de leurs voix éraillées et criardes, et d'autres encore buvaient en petits groupes, se racontant des histoires qui déclenchaient de grands éclats de rires. Comme à son habitude, Zoro restait à l'écart de tout ce petit monde et observait. Il s'amusait des jeux et de la goinfrerie de Luffy, riait parfois aux histoires d'Usopp. Il profitait par moment de la musique jouée par Franky, Brook et quelques habitants qui avaient apportés leurs instruments. Il observait Robin discuter d'histoire avec une assemblée de petites vieilles, prenant des notes, ou Nami qui était prise dans un concours de boisson, et qui était bien partie pour gagner. Mais son regard s'arrêtait le plus souvent sur une certaine tête blonde, qui dansait avec Chopper, et qui souriait et riait de toutes ses dents. Le Cook semblait vraiment heureux, et même s'il se prenait parfois les pieds dans des chaises ou qu'il percutait quelqu'un, il n'en perdait pas sa bonne humeur.
Zoro ne pouvait détacher l'œil de ce visage rajeunit, libéré de toute tension, de tout tourments. Cherchant dans ses souvenirs, il ne trouva aucun moment où il avait été la raison d'un tel sourire. S'il ne pouvait apporter une telle joie au Cook, comment pouvait-il répondre à ses sentiments ? Il ne comprenait pas ce qui chez lui attirait Sanji. Ils se bagarraient souvent, s'insultaient, arrivaient avec difficulté à entretenir une conversation civilisée… Qu'est-ce qui pouvait bien les relier, créer un lien si fort ? Peut-être était-ce la confiance qu'ils éprouvaient l'un envers l'autre, la reconnaissance de leurs forces respectives, le respect réciproque…
— Je comprends mieux ta réponse, s'éleva soudain une voix près de lui.
— Pardon ? demanda-t-il en découvrant l'homme au béret assis à côté de lui, le regard posé sur le Cook.
— Quand je parlais d'une fille dans chaque port. Quelque chose me dit que tu n'en a pas besoin, ayant déjà quelqu'un dans ton équipage.
— Vous vous trompez, protesta Zoro.
— Vraiment ? s'enquit l'homme avec de l'amusement dans la voix.
Le bretteur ne répondit pas, et il ne détacha pas son regard du blondinet. Avait-il besoin de quelqu'un à ses côtés ? Quelqu'un avec qui partager ses rêves, son passé, ses secrets ?
— Si ce n'est pas le cas alors tu devrais t'activer. Un jeune homme comme lui, ça ne doit pas se trouver dans tous les ports… Crois-en mon expérience petit, profite de la vie tant que tu le peux.
Zoro le fixa quelques instants, perplexe à ce qu'il venait de dire, puis l'homme se leva et laissa le bretteur avec plus de questions qu'il n'en avait déjà en tête. Il demanda une nouvelle bouteille au barman derrière lui et en vida la moitié avant qu'il ne voit le Cook se diriger lentement et prudemment vers lui. Arrivé à son niveau, il prit la place que le petit vieux venait de quitter, et ils restèrent silencieux quelques minutes.
— Ils ont l'air tous vraiment gentils, remarqua alors le Cook. Ils cachent bien leur jeu.
Zoro tourna son attention vers son voisin à ces derniers mots, surpris.
— Quoi, tu croyais que je n'allais pas remarquer qu'ils nous cachent quelque chose ? Je suis peut-être aveugle mais pas stupide.
— Peu importe, de toute façon on sera partis demain, rappela Zoro.
— Tu n'es pas curieux ?
— Pas vraiment. Leurs affaires ne nous regardent pas.
— Tellement ennuyeux…, se lamenta Sanji.
— Je ne te force pas à rester là, remarqua le bretteur.
— C'est vrai, mais je suis fatigué, reconnut Sanji.
Zoro aurait pu riposter en disant qu'il devrait plutôt aller ennuyer les filles, mais sa présence à ses côtés était agréable, bien qu'il ne l'avouerait jamais tout haut. Il se tut donc et le silence s'installa à nouveau entre eux. Le Cook commanda lui aussi à boire, et ils sirotèrent leurs boissons tranquillement. Du coin de l'œil, il voyait son voisin réagir de plus en plus à la boisson, ce qui l'amusait toujours. Il lui en fallait peu pour commencer à en ressentir les effets. Malgré ça, il lui fallait ensuite beaucoup de verres pour être totalement ivre. C'était un peu étrange, mais il était comme ça. Zoro c'était l'inverse, il lui en fallait beaucoup pour commencer à être pompette, mais ensuite peu pour être totalement bourré.
Plongé dans ses étranges pensées, il fut surpris lorsqu'il sentit la tête du Cook se poser lourdement sur son épaule. Affalé sur son tabouret de bar, il semblait avoir déjà passé le stade où il pouvait se tenir droit sans soutien.
Il se sentait un peu gêné d'avoir ainsi le cuistot contre lui devant tout le monde, mais personne ne semblait regarder dans leur direction alors il se détendit un peu. En tentant un regard vers le bas, il découvrit que le Cook avait un sourire idiot au visage et les yeux encore moins fixes qu'avant. Il avait les pommettes légèrement roses et Zoro décida qu'il était préférable qu'il détourne son regard immédiatement. Heureusement pour lui, Sanji se redressa vivement quelques minutes plus tard, comme s'il avait été frappé par une révélation. Il le regarda, amusé, demander au barman derrière eux où se trouvaient les toilettes. Après une descente difficile du tabouret, et avec l'aide de Zoro, il se trouva debout sur des jambes chancelantes et suivit le Patron qui le guida jusqu'à la porte des toilettes. Une fois le Cook disparu, le bretteur reporta son attention sur la salle, et sursauta en voyant Chopper juste devant lui.
— Evite quand même de trop boire, rappela celui-ci en fixant la bouteille presque vide que le sabreur avait encore en main.
— T'inquiète pas Chopper, répondit-il doucement.
Le petit médecin sembla rassuré à ce ton sérieux. Il soupira et s'installa sur le tabouret que Sanji venait de quitter, ses petites jambes dépassant à peine du siège.
— C'est un chouette endroit ici, hein ? remarqua le renne d'une voix fluette.
— Oui, c'est vrai, acquiesça Zoro, ne trouvant pas le courage de faire part de ses doutes à son ami pour éviter qu'il ne s'inquiète. Ils savent faire la fête.
Le regard du petit médecin balaya l'assemblée, une lueur amusée dans les yeux. Puis il tourna la tête vers la gauche, et reprit la parole.
— Sanji a un peu trop bu, remarqua-t-il en regardant leur nakama sortir des toilettes. Tu pourrais faire attention qu'il ne boive pas plus ?
Zoro accepta sans réfléchir. De toute façon, le Cook allait certainement revenir s'asseoir à côté de lui pour le reste de la soirée, alors autant garder un œil sur ses consommations pendant qu'il y était, cela ne le dérangeait pas vraiment.
— Choppeeeer ! Viens t'amuser !
Le cri se fit entendre à travers une bonne partie de la pièce, et un bras élastique atteignit rapidement le petit renne pour le ramener au cœur des festivités. Celui-ci s'y plia en riant et rejoignit rapidement ses amis.
A peine quelques instants plus tard, le tabouret était à nouveau occupé par la tête blonde. Décidément, ce tabouret en aurait vu passer dans la soirée. La première chose que le Cook fit, se fut de commander un nouveau verre. Il semblait avoir retrouvé un peu ses esprits et paraissait prêt à continuer à descendre de l'alcool en grande quantité. Zoro ne savait pas si c'était de joie ou s'il cherchait à oublier quelque chose, mais il n'aimait pas trop ça. Ce n'était pas vraiment dans les habitudes du cuistot de boire autant. D'ordinaire, il préférait la qualité à la quantité. Mais il décida de ne rien dire pour le moment et reporta son attention sur la foule devant eux.
Presque une heure plus tard, il commença à se lasser du bruit et des rires. Il jeta un coup d'œil en direction du cuistot et découvrit qu'il s'était retourné sur son tabouret et qu'il était maintenant affalé sur le comptoir. Il était en train de demander au barman qu'il lui remplisse à nouveau son verre, mais décidant qu'il en avait assez pour la soirée, Zoro fit signe à ce dernier de ne pas le faire. L'homme acquiesça et s'éloigna, et Sanji mit plusieurs instants avant de réaliser que son verre était encore vide.
— Ça suffit pour ce soir, expliqua Zoro.
— Quoi ? Non, je veux encore boire…
— J'ai dit ça suffit. Allez viens, je te ramène à l'auberge.
— Tu viens avec moi ?
— Oui, répondit brièvement le bretteur.
— Alors d'accord…
Content de ne pas avoir à le forcer à le suivre, Zoro l'aida à se mettre debout. Puis voyant qu'il serait incapable de marcher seul, il passa son bras gauche sur ses épaules, et entoura la taille du Cook de son propre bras pour le maintenir. Ils sortirent avec peine du bar, contournant la foule bruyante et animée. Une fois retrouvés dehors, Zoro s'arrêta un instant, appréciant la fraîcheur et le silence.
Cela faisait vraiment du bien. Puis il commença à avancer en direction probable de l'auberge. Maintenant qu'il faisait nuit, il n'était plus sûr de la direction à prendre.
— T'es sûr que tu vas la retrouver ? demanda le Cook dans son cou.
Sitôt sortis, il avait laissé sa tête tomber contre l'épaule du bretteur, et avait dégagé son bras de ses épaules pour l'enrouler autour de sa taille. Il était à présent agrippé à lui avec force, et collé à lui de façon assez perturbante. Zoro pouvait sentir son souffle chaud contre sa peau, et un frisson involontaire descendit son échine. Plus tôt il aurait mis le Cook au lit, mieux ce serait pour sa santé mentale. Il ne répondit donc pas et reprit la route, passant dans des rues silencieuses.
— Tu es magnifique, s'éleva soudain la voix éméchée du cuistot.
— Quoi ?
— T'es magnifique, répéta Sanji dans son oreille.
— Comment tu peux le savoir ? aboya presque Zoro.
Il se sentait vraiment déconcerté, et énervé. Heureusement qu'ils étaient seuls parce qu'il pouvait sentir ses joues le chauffer. Personne ne lui avait jamais dit ce genre de choses, et même s'il n'était pas sûr de les apprécier, il en était tout de même un peu content.
— La Lune doit éclairer ta peau et la faire briller. Et ça doit faire ressortir tous les traits de ton visage…
— Sauf qu'il n'y a pas de Lune, elle est cachée par les nuages, remarqua Zoro.
— Oh…
Le Cook sembla en avoir perdu la capacité de parler et resta silencieux de longues minutes. Zoro commençait à s'inquiéter, il ne se rappelait pas que l'auberge était si loin. Instinctivement, il prit à gauche au croisement suivant, et l'aperçut enfin, tout au bout de la rue. Ils avaient encore plusieurs centaines de mètres à parcourir, et le cuistot semblait de moins en moins coordonné dans ses mouvements.
Après quelques pas seulement, le sabreur sentit quelque chose dans son cou qui le fit sursauter. Il lui fallut jeter un regard vers le bas pour comprendre que Sanji était en train de l'embrasser. Il se figea un instant, et son ami dû prendre cela comme un encouragement, car il continua de plus belle, mêlant parfois sa langue et ses dents, goûtant la peau de son cou, suivant la ligne qui descendait vers son épaule. Zoro ne savait pas comment réagir. La sensation était vraiment agréable et il était réticent à y mettre un terme. Pourtant il avait fait une promesse à Sanji… Même s'il était vrai que lui-même ne faisait rien. Mais il savait que le Cook le regretterait le lendemain, et qu'il ne ferait jamais ça s'il n'avait pas trop bu. Il reprit alors son avancée, tout en penchant la tête de l'autre côté en espérant rester hors d'atteinte de cette bouche. Cela parut fonctionner, puisqu'il ne sentit plus que le souffle chaud de Sanji contre lui jusqu'à ce qu'ils arrivent enfin devant l'auberge.
Rapidement, il les guida dans les couloirs et se retrouva devant la porte de la chambre que Sanji partageait avec Brook.
— Tu as la clé ? demanda-t-il, réalisant soudain qu'il aurait dû s'en inquiéter plus tôt.
Le Cook mit du temps à répondre.
— Dans ma poche.
Zoro soupira et commença sa recherche. Il tâta la poche gauche de son pantalon, mais elle paraissait vide. Il eut plus de succès avec la droite et entreprit d'en sortir la clé. Il eut un peu de mal à faire rentrer sa main dans la poche étroite, mais réussit finalement et retint un petit cri de victoire qui aurait été vraiment embarrassant. Il était sur le point de glisser la clé dans la serrure lorsque la main du Cook l'en empêcha. Avec soudain un regain de force, il le fit pivoter et, retrouvés face à face, il se pencha lentement vers lui. L'intention était évidente, et même s'il aurait aimé succomber à la tentation de ses lèvres contre les siennes, il décida de le repousser.
Mais l'entêtement du cuistot était quasi légendaire, alors Zoro dû le repousser plusieurs fois, sa volonté en prenant chaque fois un coup. Puis, lassé, il fit mine de se pencher à son tour vers lui, avant de dévier le visage au dernier moment. La tête de Sanji se retrouva contre son épaule, et d'une main dans la nuque, il l'y maintint le temps d'ouvrir enfin la porte. Son ami semblait à la limite de l'inconscience à présent, car son corps pesait lourd contre le sien, et il ne protestait plus.
Rapidement, il le fit entrer dans la pièce et l'aida à s'allonger dans l'un des lits. La tête à peine posée sur l'oreiller, les yeux bleus se fermèrent et Zoro soupira de soulagement. Il n'avait pas été loin de craquer.
Aussi doucement qu'il le put, il entreprit de déshabiller son ami pour qu'il soit plus confortable. Et puis il était persuadé que le cuistot serait capable de l'accuser d'avoir gâché son précieux costume s'il ne le faisait pas. Il lui enleva alors ses chaussures, puis son pantalon, avant de s'attaquer à sa veste et sa chemise. Il se força à ne pas trop regarder l'étendue de peau blanche mise à nue et cacha rapidement ce corps parfait sous les draps. A nouveau il soupira, puis il s'assit quelques instants sur le matelas à côté de lui. Il observa son visage assoupi, puis tendit une main pour caresser doucement ses cheveux.
Malgré ses appréhensions, il avait déjà une idée assez nette de ce qu'il allait lui dire en réponse à ses sentiments. Mais il avait besoin de réfléchir encore, d'envisager toutes les situations avant de prendre sa décision finale.
Finalement, il se releva et quitta la chambre sans bruit avant de se diriger vers la sienne, juste à côté. A son tour, il se mit à l'aise avant de se mettre au lit. Pourtant, au lieu de réfléchir comme il avait décidé de le faire, il se retrouva lui aussi à s'endormir rapidement, incapable de lutter.
Un martèlement contre le panneau de bois de la porte réveilla Zoro le lendemain. Il mit du temps à comprendre ce qu'il se passait avant de réaliser qu'on l'appelait. Lorsqu'il ouvrit l'œil, il comprit que le soleil était déjà levé depuis quelques heures. Il n'eut même pas le temps de s'asseoir dans son lit avant que la porte ne s'ouvre sur Nami, suivie de Sanji. Le Cook resta sur le seuil, mais la rouquine ne se gêna pas pour entrer aussitôt. Il se redressa alors dans son lit et la regarda, perplexe.
— Zoro, lève-toi, on n'a pas une minute à perdre, annonça-t-elle.
— Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?
— Luffy a disparu.
