Note d'auteur : Après une longue absence, un chapitre bien court. Cependant je vous garantis que la suite arrivera bien plus vite.

Merci à ceux qui suivent toujours de près mes posts, ça fait plaisir.

Par ailleurs, je tenais encore à remercier Gwenhifar ( c'est ça l'ennui avec les reviews anonymes : ne pas savoir de quelle façon répondre ) qui est repassée pour le dernier chapitre en date.

C'est à dire quand même un sacré paquet de temps... Pardonnez donc mon immense retard, la suite arrive bientôt, même si ce chapitre est peu pour vous faire patienter.

Par contre j'ai bien peur d'en décevoir certains.. Bonne lecture !

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Le lendemain, dès le matin, on signala au Prince que la princesse Farah était partie, mais il le savait déjà, cause qu'il avait repéré, en sortant de sa chambre, le message d'adieu. Les dernières lignes semblaient plus tremblotantes. Certains mots avaient l'air d'avoir étés tracés à grand peine.

D'un côté, il était dévasté par cette nouvelle. La belle lui manquait déjà. Il ne lui avait même pas dit au revoir... ou plutôt adieu, s'il en croyait la lettre.

Mais d'un autre, elle s'était révélée tellement distante depuis leur dernière victoire sur l'armée des Sables. Les avertissements répétés du Prince de l'Ombre ne l'avaient jamais alerté, cela ressemblait, à ses yeux, plus à de la jalousie qu'à une véritable mise en garde. Mais depuis qu'il l'avait entendu sans s'extasier sur sa belle voix, son corps décidément très aguicheur, mais plutôt en se concentrant sur ce qu'elle disait, il l'avait soudainement moins appréciée. Et son double y était aussi pour quelque chose.

Après tout, ce n'était pas comme si celui-ci profitait de chaque occasion pour rabaisser Farah de quelque manière... Si ?

Comme pour ponctuer son questionnement intérieur, il entendit son double maléfique ne pas pouvoir s'empêcher de lâcher un joyeux " Bon débarras ! " lorsqu'il parcourut des yeux le parchemin qu'elle avait laissé. Rien dans cette lettre ne laissait présumer qu'elle reviendrait un jour. Enfin, sauf peut-être pour lui déclarer une guerre. Qu'elle perdrait, bien entendu. Le message était clairement agressif, mais dans le fond, ils avaient l'impression de ne plus être concernés par la brune.

Cependant le Prince, toujours reclus dans une partie de son esprit, désormais occupé en permanence par le Prince de l'Ombre, avait d'autres problèmes. Farah était partie, et cela l'attristait un peu, mais s'il avait bien saisi, normalement, le soir même son double allait tenter de retrouver un corps. Il restait bien sûr très vague à propos de la façon dont il comptait s'y prendre, et le Prince se surprit à penser que son alter-ego n'en savait pas plus que lui. Il avait quelques suppositions, mais toutes lui semblaient invraisemblables.

Cette captivité dans son propre esprit commençait réellement à l'agacer. Il avait une atroce envie de ressentir ce dont son double l'avait privé. Une haine grandissante l'envahissait peu à peu, et la pensée que le Prince de l'Ombre veuille retrouver son propre corps dans l'unique but de profiter de lui le révulsait. L'incertitude le quittait, et il avait passé plusieurs heures à réfléchir du mieux qu'il le pouvait, à analyser chaque angle de la situation. Après tout, c'était tout ce qu'il pouvait faire dans sa condition.

Mais il s'était repassé chaque étape de son aventure, y compris sa relation trouble avec son double. En passant outre leur prétendus sentiments. Et il avait conclu ses réflexions par un joyeux « Je te déteste .. je te hais ...et je te tuerai ! »

« Ne t'en fais pas petit Prince. Je sais ce que je fais, et après tout, si tu doute toujours, tu peux toujours me tuer, comme tu le pensais hier, n'est-ce pas ?

Ne pas pouvoir penser sans être constamment épié, voilà aussi quelque chose qui commençait à l'agacer sérieusement.

- ... sortez de ma tête.

- Techniquement, c'est toi qui est dans la mienne. Tes vilaines pensées ne me plaisent pas vraiment tu sais.

- Je vous tuerai dès que j'en aurais l'occasion. J'honorerais ma part du marché, mais je vous tuerai. J'ai réfléchi. Je vous ai donné ma parole, mais rien ne m'oblige à vous laisser faire et vous laisser indemne.

- Essaie, tu verras bien. »

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La journée s'écoula sans plus de répliques. Chacun s'enferma dans un silence boudeur. Le Prince de l'Ombre se doutait depuis déjà longtemps que son captif allait finalement le haïr, à force. Mais il pensait aller suffisamment vite pour qu'il n'ait pas le temps de le détester, jusqu'à visiblement vouloir le tuer.

La perspective d'une possible mort imminente ne l'effrayait même pas. Parfois il entendait s'élever de son beau Prince un soupir. De haine, de désespoir ou bien de lassitude, il n'en savait rien. Son alter-ego avait dissipé l'illusion de tendresse et de sécurité qu'il avait tissé. L'homme froid, armé d'une détermination sans aucune failles et sans faiblesse de l'Île du temps refaisait peu à peu surface, influencé malgré lui par son double, qui lui s'était adouci.

Le double maléfique se sentait stupide. Il avait l'impression de se voir à la place de son alter ego face à Farah. Faible. Changé. Sa vraie nature le rappelait soudain à l'ordre, et celle-ci lui conseillait de ne pas conserver son double près " usage ".

Les idées de meurtres, de pièges infaillibles et de stratégie naquirent dans leurs esprits respectifs, tout au long de cette journée qui aurait pu être paisible si ils n'étient pas tous deux persuadés que l'un ou l'autre y laisserait sa vie.

Quelque chose était brisé.

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Le soleil déclina à l'horizon, comme toujours. Trop lentement pour l'un, beaucoup trop vite pour l'autre. Ils appréhendaient, chacun à leur manière, la venue du soir. Le Prince commençait même à se demander si son double n'allait pas lui aussi vouloir le tuer dès qu'ils auraient terminé.

Oui, car un acte bien précis devait se dérouler ce soir. Ils avaient tout deux une envie naissante de se crier l'un à l'autre ce qu'ils pensaient, et pour une fois, leur ressentis étaient réellement les mêmes.

Le Prince ne pouvait pas nier que le paiement exigé par son tortionnaire ne le dérangeait pas. Il avait retrouvé son esprit pratique et sa logique. Il paierait sa dette, et le tuerait. La dette n'était pas si déplaisante en soit, peut-être même qu'il y prendrait plaisir et y trouverait-il une quelconque satisfaction. Après tout, cette nuit avait de grandes chances d'être la dernière. L'impression de n'être que le simple instrument qui attisait le désir de son double s'était fait bien plus déplaisant qu'au départ ces derniers temps.

Le soir arriva, et le Prince ne tarda pas à délaisser la Salle du Trône pour se précipiter dans ses quartiers. Le corps qui contenait pourtant deux esprits s'installa sur le lit confortable de la suite royale, sans se souvenir plus des demandes de ses courtisans qui s'inquiétaient de l'état du Royaume.

Et aussi de celui de leur Roi.

« Prêt ?

- Et vous ? » répliqua le brun, qui avait hâte de retrouver ses sensations.

Le Prince de l'Ombre dû réunir toute sa concentration. Il en oublia jusqu'à la présence de son beau guerrier, qui lui, trépignait d'impatience. C'était comme tenter de soulever un poids bien trop lourd pour lui, mais il y mettait toute sa volonté.

Ainsi, il s'affaiblissait, ce que nota le Prince d'un sourire mental. La prise de pouvoir serait sans doute plus facile, même si son double restait le plus puissant, qu'il soit affaibli ou non.

Ce fut douloureux. Ce fut long. L'un se sentit partir, disparaître peu à peu, comme happé par les ténèbres, mais fut rattrapé par l'autre. Et ainsi de suite.

Au prix d'un effort surhumain, dans un éclair doré, ils eurent soudain tous deux la même douleur. Les fracas de deux corps qui tombaient l'un sur l'autre au sol acheva de les convaincre. Il n'y avait qu'un corps, deux esprits, mais ce fut bien un unique cri retentissant qui déchira la quiétude de la pièce.

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A suivre