Chapitre 11: La vengeance du feu de Mars

- On va avoir du mal à décoller d'ici, effectivement, fit Pavel.
- Ne paniquons pas, il y'a forcément une solution, dit Vlad.
- De toute façon, je crois que nous avons déjà de nouveaux ennuis, fit Garett en pointant son doigt vers le ciel.
En effet, un gigantesque dragon pourpre d'une vingtaine de mètres d'envergure, venait de surgir du précipice où s'était écroulée la cité.
- Cool, c'était ca, le dernier piège? dit Eléana d'un ton cynique. Il va falloir réduire cette bestiole en bouillie...
La bête cracha un long jet de flamme, qui ne fit rien aux huit compagnons, déjà abrités par le rempart de terre de Granit.
- Il va nous falloir de l'eau pour le battre! Sofia, tu es prête? cria Eléana.
- Pas de problème!
La jeune mystique aux yeux verts d'eau se concentra, libérant la psynergie d'eau de son cristal. La minute d'après, un immense jet d'eau
jaillit de ses poings et alla frapper les ailes du Dragon qui perdit de l'altitude.
- Pavel, Garett, essayons de découper cette sale bête en rondelles, cria Vlad.
Quant à Ivan, une idée diabolique avait déjà germé dans son esprit. Il activa sa psynergie, et le Dragon parut... se figer dans l'air.
- Qu'est-ce qui t'arrive, gros lézard, tu ne peux plus voler? le nargua-t-il.
La minute d'après, la bête tombait dans le précipice avec un fracas.
- Qu'est-ce que tu lui as fait? s'étonna Pavel.
- J'ai "vidé" les courants d'air autour de lui, voilà ce que j'ai fait. Sans air pour appuyer ses ailes, la gravité reprend ses droits, fit-il d'un
ton malicieux.
- Ca m'étonnerait que ca suffise à nous débarrasser de lui...
En effet, la minute d'après, un trait pourpre jaillit dans le ciel. Le dragon, résistant, avait puisé dans toute sa vitesse et s'était élevé bien
au-dessus d'eux... hors de portée de leur psynergie.
- Oh non, en plus, ce lance-flamme est intelligent! s'exclama Garett.
En effet, le Dragon recracha du feu sur eux, mais les courageux combattants l'esquivèrent avec maestria.
- Je le sens mal, on va terminer en brochettes bien cuites, fit Cylia.
- Ne parle pas de malheur, Cylia, répliqua Sofia.
- On a qu'à le forcer à descendre, répliqua Ivan.
Il se concentra et envoya un plasma choc:
- Aucune bestiole volante ne résiste à ce traitement...
En effet, le Dragon perdit assez d'altitude pour qu'Eléana et Sofia l'accueillent à coups de rayons glacées. Garett brandit sa hache et lui
fonca dessus, le frappant en plein dans la poitrine. Mais la bête était faite d'un feu meurtrier; un cercle de flammes jaillit d'elle et explosa
en atteignant de plein fouet les combattants les plus proches. Protégée par le joyau d'Héphaïstos, Eléana fut épargnée; une aura rouge
détourna les flammes d'elle. Tandis que Sofia administrait les premiers soins, Eléana dit:
- Cette bête ne peut rien contre moi! Son feu rebondit sans m'atteindre! Je vais nous en débarrasser.
- Tu penses avoir suffisament de psynergie pour cela? demanda Pavel, inquiet.
- On verra bien!
Eléana fonça, son bâton brandi. La minute d'après, des colonnes d'eau jaillirent à nouveau autour d'elle pour frapper le monstre. Mais
celui-ci était décidé à vaincre, et comprenant que son feu ne pouvait atteindre la jeune fille, il fit une manoeuvre très perverse.
Il plongea en piquée vers le précipice et frappa violement la colonne de la plate-forme sur laquelle les huit combattants se trouvaient:
- Saloperie de bestiole! hurla Garett tandis qu'ils tombaient les uns sur les autres.
- Il va nous faire tomber dans le vide! cria Lina qui glissait déjà.
- Il faut trouver un moyen de rejoindre la terre ferme! hurla Pavel.
- J'en ai un, répliqua Eléana.
Elle se concentra, et la minute d'après, des lianes poussèrent à une vitesse ahurissante depuis le fond du précipice jusqu'à la
plate-forme; la psynergie de Vénus demeurait la psynergie la plus puissante d'Eléana et ses lianes poussaient avec un naturel
surprenant. Les huit amis s'y accrochèrent et se retrouvèrent de l'autre côté, en sécurité. Mais le Dragon, furieux que ses proies lui
échappent, volait à nouveau vers eux. Eléana se redressa, et de nouveau, lui expédia un rayon de glace qui l'atteignit à la tête. Sofia en
rajouta également un, et Vlad, Pavel et Garett se précipitèrent pour le tailler en pièces avec leurs armes, tandis qu'Ivan et Cylia
utilisaient leur psynergie pour les protéger des flammes du monstre.
Mais le dragon avait encore sa gueule, ses pattes et sa queue pour se défendre, et n'hésita pas à s'en servir. Plusieurs fois, ses
mâchoires claquèrent à quelques centimètres de l'un des guerriers. Plusieurs fois, sa queue faillit faucher l'une des filles. Mais ses
adversaires continuaient de se battre, avec toute l'énergie du désespoir, bien décidés à remporter ce terrible combat. Il les chargea,
les obligeant à reculer. Mais il saignait à présent de partout et commencait à s'épuiser. Eléana lança de nouveau des colonnes d'eau
sur lui, décidée à le noyer misérablement. Mais la bête avait encore bien de la ressource.
Sa queue fouetta de nouveau l'air. La jeune fille n'eut pas le temps d'éviter le coup et les terribles épines qui s'y trouvaient se plantèrent
violemment dans son dos.
- Eléana!
Le cri de désespoir d'Ivan fit comprendre à tout le monde la chose horrible qui venait de se produire. Le dragon avait réussi à frapper la
jeune fille si fort qu'il l'avait littéralement empalée et qu'il dût secouer sa queue pour la rejeter au sol.
Eléana ne sentait déjà plus la douleur. Mais tandis qu'elle sombrait, Pavel et Vlad se précipitaient sur le monstre et leurs lames lui
entaillèrent cette fois la gorge, tranchant nette sa veine jugulaire.
Le monstre poussa un terrible rugissement d'agonie, tandis que son sang pourpre se déversait sur le sol. Ses forces décroissaient
rapidement, tandis qu'il aspergeait les deux guerriers d'une pluie visqueuse. Lorsqu'enfin, il fut mort, son cadavre se consuma dans une
grande gerbe de flammes.
- Cette fois, c'est bien fini, dit Vlad.
- Oui, mais on a un problème...
- Eléana!
Leur mission était-elle entrain d'échouer?

Elle flottait dans une espèce de brume... Elle avait froid, très froid, et aussi très mal au dos. Elle n'arrivait pas à reprendre conscience
de tous les événements autour d'elle.
- Eléana! hurlait une voix.
Cette voix, c'était celle d'Ivan, elle l'aurait reconnue entre mille.
- Eléana, réveille-toi, je t'en supplie, réveille-toi! Ne va pas là où je ne peux te suivre! Eléana!
- Si son coeur ne bat plus, il sera trop tard pour lui donner de l'eau de jouvence, on a dépassé les trois minutes, s'exclama Sofia,
paniquée.
- Arrête de dire des choses pareils! répliqua le jeune homme d'une voix agressive. Eléana, par pité, non!
Elle sentit vaguement que l'on pressait un doigt sur son cou.
- Incroyable, je crois qu'elle vit encore, s'exclama Sofia. Prière!
Une douce vague fraîche envelloppait maintenant Eléana qui sentit ses sensations lui revenir...
- Ivan, s'entendit-elle murmurer d'une voix faible.
- Il est juste à côté de toi, Eléana, dit Sofia d'une voix douce.
Elle bougea doucement sa main... Elle aurait tellement voulu le sentir... Comme s'il avait compris, le jeune homme s'avanca et saisit la
main offerte de la jeune fille:
- Tiens bon, Eléana, dit-il d'une voix émue. Sa main est très froide, remarqua-t-il soudain.
- Elle a perdu beaucoup de sang, murmura Sofia. Il faudrait la couvrir, elle doit avoir très froid...
Ivan dégraffa rapidement sa cape verte et la jeta sur les épaules d'Eléana. Quant aux autres, ils entouraient la jeune fille en silence,
inquiets, mais voyant que Sofia et Ivan étaient aux petits soins, ils n'intervenaient pas.
- On ne peut pourtant pas rester ici, on est trop à découvert, dit Vlad. Si au moins, on pouvait retourner près de la mare...
- On peut, répondit Ivan. Je la porterai.
Il souleva délicatement la jeune fille et marcha derrière les autres. Le trajet fut relativement court et ils atteignirent la fameuse oasis, près
de la falaise protectrice où se trouvait la caverne qui les avait menés à la cité.
- Je pense qu'on peut rester là pour la nuit, fit Pavel. L'endroit me paraît sûr.
- Il y'a des dattiers au bord de l'eau, dit Lina. Quelque chose de sucré ferait du bien à Eléana, quand elle se réveillera, puisqu'elle a
perdu du sang...
- Tu as raison Lina, dit Sofia. Qui se propose d'aller en chercher?
- Nous allons y'aller, fit Vlad. Ivan et toi n'avez qu'à rester ici pour veiller sur notre blessée...
- Entendu.
Ils partirent donc tous. Ivan continuait de tenir la main d'Eléana. Elle lui paraissait si fragile à cette minute, si pâle... Il n'avait plus qu'un
désir, c'était de la tenir contre lui, de ne surtout pas s'éloigner d'elle, la protéger de tous... Il se sentait presque coupable de n'avoir pas
pu empêcher qu'elle fût blessée, pourtant, il savait que la situation se reproduirait sûrement... Son coeur était en morceaux.
Sofia voyait bien l'air triste de son ami, et posa doucement une main sur son épaule pour le réconforter.
- Tu l'aimes, dit-elle d'une voix douce et émue.
- Hélas, Sofia, répondit le jeune homme qui ne se sentait plus le courage de nier, d'autant qu'il savait que Sofia n'était pas du genre à
se moquer.
- Elle s'en sortira, Ivan. Elle est forte.
- Je sais...
Il dit enfin:
- Ca fait toujours mal à ce point... L'amour?
Sofia soupira. Elle connaissait la réponse à cette question. Lorsqu'Alex l'avait trahie, elle en avait ressenti un tel choc qu'elle avait cru
en mourir. Alors, la réponse qu'elle donna à Ivan fut claire:
- Ca fait très mal, parfois. C'est bien pour cela que beaucoup de mystiques s'en gardent tellement...
- Je ne suis pas comme Hamo, fit soudain Ivan. Je ne peux pas faire une croix sur mes sentiments... Quand je lisais les pensées des
gens, ceux qui étaient le plus laids de coeur, j'ai remarqué qu'ils n'avaient aucun sentiment. Doit-on donc renoncer à ce que nous avons
de meilleur en nous?
Sofia le regarda:
- La réponse est non, fit-elle. J'ai fait des erreurs et j'ai eu des regrets. Mais pour rien au monde, je n'aurais voulu passer à côté de tout
ca.
Elle ajouta:
- C'est à toi de décider de ce que tu es prêt à supporter...
- C'est déjà fait...
Eléana ouvrit les yeux. Elle se sentait sans aucune force:
- Ivan... Sofia?
Elle paraissait un peu intriguée. Elle demanda:
- Qu'est-il... arrivé... aux autres?
- Ils vont bien, lui répondit Ivan. Ils sont allés chercher des fruits au bord de l'oasis. Comemnt te sens-tu?
- Fatiguée... Comme lors de notre première rencontre, fit elle avec un petit sourire.
- Et dire que ca ne date que d'il y'a un peu plus d'une semaine...
- Il me semble que ca fait des années...
Sofia s'était un peu éclipsée. Les deux devaient avoir des choses à se dire. Mais Ivan n'avait aucune intention de déclarer sa flamme.
Elle le repousserait, c'était l'évidence. Eléana refusait les attaches, il l'avait très bien compris.
- Tu as failli y passer, cette fois...
- On a le joyau.
- Tu ne veux pas essayer d'être plus prudente? demanda le jeune homme.
- J'ai subi la vengeance du Feu de Mars, c'était la contrepartie pour avoir le plein pouvoir de ce joyau, répondit-elle. J'aimerais bien ne
pas avoir à prendre tous ces risques... J'ai envie de vivre...
- Moi aussi, je voudrais que tu vives, murmura Ivan.
Eléana sentit son coeur se fendiller dans sa poitrine. Elle était égoïste. Elle laissait Ivan se rapprocher d'elle plus que nécessaire, alors
qu'elle aurait dû se détourner de lui depuis longtemps... Mais elle ne pouvait pas s'en empêcher... Elle avait tant besoin de lui, il était
devenu une source de réconfort, son ange gardien... Tout comme elle ne pouvait pas se résoudre à retirer sa main de la sienne...
- J'ai tellement envie de dormir...
- Repose-toi, murmura-t-il.
- Tu resteras là?
- Je serai toujours près de toi. Toujours...
Elle eut un petit sourire, puis glissa de nouveau dans le sommeil...

Une heure après, ils étaient revenus de leur cueillette. Eléana se réveilla de nouveau. Lina et Sofia essayèrent de l'encourager à
manger quelque chose, mais son estomac était noué.
- Il faut que tu reprennes des forces, dit Lina doucement. Tu as perdu beaucoup de sang.
- J'ai des nausées...
- Allez, essaie juste quelques dattes...
Finalement, Eléana parvint à avaler quelques uns des fruits sucrés et caoutchouteux. Puis de nouveau, le sommeil l'emporta.
Ivan se réveilla plusieurs fois au cours de la nuit. Comme il l'avait promis, il était resté près d'Eléana. Et il veillait sur elle. A plusieurs
reprises, il toucha sa joue pour s'assurer qu'elle avait bien chaud. Il ne supportait pas l'idée qu'elle souffre ou qu'elle ait froid. Et il
craignait que ses sentiments n'interfèrent trop.
Il devait les maîtriser. Il en allait peut-être de l'avenir du monde.
"Maître Hamo n'a quand même pas tort, se dit-il. Je suis trop sensible! Je ne dois pas oublier le but de cette quête..."
Au fond, cela n'avait pas tant d'importance. Au moins, ils étaient amis. Et il espèrait que leur relation s'en tiendrait là. Ainsi, il n'y aurait
pas de dilemne...
Mais c'était la première fois qu'il ressentait autant de frustration...