Mai 2003

— Je persiste à dire que c'est une très mauvaise idée, marmonna Blaise en se grattant le cou, mal à l'aise.

— Tais-toi, siffla Daphné. Notre absence aurait été mal vue, tu le sais très bien. Je ne veux pas qu'ils aient le moindre soupçon sur toi.

Blaise s'empêcha de répliquer que c'était déjà le cas et retint un soupir. Il plaqua un sourire artificiel sur son visage, puis, Daphné à son bras, il pénétra dans l'immense salle de réception du manoir Malefoy, fastueusement décoré pour l'occasion. Il eut la désagréable sensation de se jeter de lui-même dans la fosse aux lions.

— Allons saluer Lucius et Narcissa, suggéra Daphné, un léger sourire factice plaqué sur les lèvres.

— J'irais les voir plus tard, je dois d'abord trouver Drago, contra Blaise.

Il savait qu'à un moment ou à un autre, il allait bien devoir faire face à Narcissa, mais le plus tard serait le mieux. Et si possible, pas dans une pièce remplie de Mangemorts. Daphné le fusilla du regard, mais il l'ignora du mieux qu'il put. Il pouvait lui accorder beaucoup de choses, mais il serait intraitable sur ce point. Il était hors de question qu'il confronte Mrs Malefoy en présence de Daphné.

— Comme tu voudras, persifla celle-ci. Je tiens quand même à te signaler que ne pas saluer les hôtes est d'une impolitesse extrême.

Elle reprit sa main, leva le menton et tourna les talons, fière et digne. Blaise la retint légèrement par le coude. Elle se retourna vers lui, prête à l'invectiver à voix basse.

— Fais attention à toi, lui murmura-t-il doucement, la coupant dans son élan.

Il l'embrassa doucement sur la pommette puis la relâcha. Un peu ébranlée, Daphné hocha doucement le menton, puis se glissa dans la foule. Blaise la regarda s'éloigner, la gorge serrée. Il devait avouer ne pas être rassuré à cent pour cent, pas lorsqu'elle était entourée d'une cinquantaine de Mangemorts au regard lubrique.

S'arrangeant pour toujours la garder dans son champ de vision, Blaise se dirigea vers un coin de la pièce, où Drago s'occupait à vider son verre avec application.

— Où est ta femme ? lui demanda-t-il en arrivant à ses côtés.

— Collée à ma mère, grogna Drago en s'emparant d'un nouveau verre sur un des plateaux qui passaient. Elle ne peut s'empêcher de dire à tout le monde que la dynastie des Malefoy est assurée. Je n'imagine même pas sa tête s'il s'agit effectivement d'une fille.

Il lui tendit une coupe de champagne, que Blaise refusa poliment. Il ne tenait pas à s'enivrer ce soir-là malgré les circonstances. Il ne voulait pas risquer d'être saoul et de raconter ses moindres petits secrets dans une pièce remplie de gens qui voudraient sûrement sa peau s'ils savaient qu'il aidait l'Ordre à les renverser. Il préférait être en pleine possession de ses moyens à la perspective des heures à venir.

— La fête de la Victoire, marmonna Drago. C'est de plus en plus déprimant chaque année.

Il se mit à boire la coupe qu'il venait de tendre à son ami, laissant son regard orageux se promener dans la salle encombrée.

— Quel beau monde, ironisa Blaise.

Face à eux, Daphné discutait avec les Malefoy, aussi ravissante que d'habitude dans sa robe de mousseline bleue. Plus loin, Sykes faisait du charme à la jolie sœur d'Avery, lui-même au bras d'une magnifique jeune femme, qui semblait manifestement mal à l'aise. Près du buffet, le frère et la sœur Carrow se gavaient de petits fours. Travers discutait d'un air sérieux et digne avec Mulciber et Macnair. Jugson chapardait ce qu'il pouvait. Blaise le soupçonnait fortement d'être kleptomane. Lorsque son regard passa sur lui, il le vit enfouir une petite cuillère en or dans une poche de sa robe.

Au centre de la pièce, sous un des énormes lustres en cristal, se tenait Bellatrix, impériale et majestueuse. Au moment où il croisa ses prunelles sombres, il la vit sourire d'un air mauvais. Elle se pencha à l'oreille de Rodolphus, debout à ses côtés, et lui chuchota quelque chose qui le fit rire. Mal à l'aise, Blaise poursuivit son inspection avec une indifférence marquée.

Il se rendit alors compte qu'à part quelques visages connus, comme Rookwood, Selwyn, ou Yaxley, il ne reconnaissait pas la plupart des personnes présentes. Les invités étaient pour la majorité de jeunes hommes arrogants et fiers, qui ne se rendaient pas compte de l'atrocité des actes qu'ils commettaient. Encore des enfants pour certains.

— Tu as trouvé un moyen ? lui demanda Drago, l'arrachant à sa contemplation.

Blaise secoua négativement la tête. Quelques jours plus tôt, il s'était confié à son ami à propos de la mission que Potter lui avait livrée et que Théo avait qualifié de suicidaire. Drago avait insulté Potter de longues minutes avant de regagner son calme. Lui aussi trouvait que le Survivant allait trop loin sur ce coup. Il était même persuadé qu'il lui avait demandé une telle chose dans le seul but de se débarrasser de lui. Blaise était en fort désaccord à ce propos. Ce n'était pas le genre de Potter.

Il n'empêche que depuis toutes ces semaines, il n'avait réussi à élaborer aucun plan viable pour mener sa mission à bien. Nagini était collée en permanence au Seigneur des Ténèbres, qui était lui-même peu accessible. Rien que l'idée de séparer le serpent de son maître était irréalisable, et cela le décourageait.

— Si seulement je savais pourquoi je devais le faire, soupira Blaise. Peut-être que je serais un petit plus impliqué.

— Mais comme à son habitude, Potter a envie de jouer au héros et de tout garder pour lui, grogna Drago.

Il vida son verre d'un geste machinal.

— Je t'ai déjà dit que je le comprenais dans un sens, répliqua son ami. C'est mieux ainsi, si je me fais prendre, je ne pourrais pas dévoiler son plan. Maintenant arrêtons d'en parler ici.

Drago acquiesça sagement. Il était effectivement plus prudent de ne pas discuter de ce problème alors qu'ils étaient en plein territoire ennemi. Se faire prendre ainsi aurait été vraiment stupide.

— Attention, marmonna soudainement son ami en se redressant.

Blaise suivit son regard et se raidit. Droit devant eux, les parents Malefoy et les deux sœurs Greengrass se frayaient un chemin dans leur direction. Daphné, le bras passé autour de la taille de sa cadette, le fixait de ses prunelles sévères, lui signalant silencieusement de bien se comporter.

— Bonsoir Blaise, c'est un honneur pour nous de vous recevoir ce soir, énonça pompeusement Lucius en lui tendant la main.

Blaise la serra mécaniquement en inclinant la tête.

— C'est un plaisir pour moi que d'être présent, affirma-t-il d'une voix quelque peu grinçante. Mrs Malefoy.

Au prix d'un effort quasi surhumain, il baisa délicatement la main que lui tendait la mère de son ami. Puis il se redressa sans attendre, la colère fourmillant déjà dans la moindre parcelle de son corps. Croiser les prunelles si calmes de Narcissa le faisait bouillir. Avant de ne faire quoi que ce soit qu'il regretterait par la suite, il s'excusa du bout des lèvres et partit en direction du buffet, ignorant Daphné qui lui faisait les gros yeux.

Mais il n'alla malheureusement pas bien loin. Quelques mètres plus loin, une main posée sur son coude l'arrêta aussitôt. Il se tourna vers Bellatrix vivement, et arracha son bras de son emprise dès qu'il vit de qui il s'agissait, le moins brusquement possible. La tante de son ami eut un sourire un peu tordu, de celui qu'elle réservait aux gens qu'elle torturait.

— Un problème Zabini ? demanda-t-elle d'une voix doucereuse.

— Absolument pas, répliqua-t-il d'un ton ferme. Juste une envie de petits fours.

— Je te les déconseille, ils ont un goût atroce, dit-elle d'un ton banal.

Elle se rapprocha doucement de lui et plissa les yeux. Son sourire disparut.

— Je n'ai pas oublié ma promesse, chuchota-t-elle. Je sais que tu manigances quelque chose. Le Maître ne veut pas me croire, mais moi, je sais que tu es un traître à ton sang, à l'image de ta défunte mère. Je t'avais dit que j'irais le voir dès que j'aurais des preuves, ce qui est à présent le cas.

Blaise sentit sa gorge s'assécher et ses poings se crisper.

— J'aurais juste une question à te poser, poursuivit-elle d'un ton léger. Que faisais-tu le mois dernier à la Tête au Sanglier ?

— Je prenais juste un verre, rétorqua-t-il avec une nonchalance étudiée. C'est interdit ?

— Bien sûr que non, rit Bellatrix, mais les rencontres avec les membres de l'Ordre le sont. Et c'est bien ce que tu étais en train de faire, n'est-ce pas ?

— Je prenais juste un verre, répéta Blaise, le visage lisse mais le cœur battant à toute vitesse.

— Alors qui était la personne que tu as rencontrée ? Celle qui est sortie du bar juste avant le couvre-feu et qui a disparu précipitamment ?

Bellatrix souriait d'un air satisfait, comme persuadée de l'avoir déjà piégé. Blaise serra les dents, luttant pour maintenir l'impassibilité de son visage.

— Je n'ai rencontré personne à part Avery et ses chers amis, soupira-t-il d'un air ennuyé. Je n'ai vu personne sortir du bar à ce moment-là. Alors à moins que tu aies de véritables preuves, ce dont je doute, tu devrais t'abstenir de t'en prendre à moi. Le Maître place de grands espoirs en moi, et il sera certainement peu ravi s'il s'aperçoit que tu déploies tous tes efforts pour faire croire à une trahison improbable.

Sans lui laisser le temps de répliquer, il tourna les talons et se dirigea résolument vers le bar. Il avait besoin d'un petit remontant. Il ignorait si ces paroles avaient produit l'effet désiré, mais il était persuadé que Bellatrix ne laisserait jamais tomber. Pas tant qu'il serait en vie. Il fallait qu'il redouble de prudence à présent, encore plus qu'auparavant.

Il finit son verre d'une traite et laissa son regard se promener sur la salle de réception. Bellatrix était partie en fulminant, il eut à peine le temps de voir ses boucles noires disparaître à l'autre bout de la pièce. Il se sentit aussitôt soulagé d'un poids. Il n'aurait pas à subir sa colère ou son regard orageux toute la soirée.

Mais il n'eut pas le temps de souffler davantage. A peine quelques instants plus tard, Sykes s'accouda à ses côtés, un sourire narquois aux lèvres.

— Alors Zabini, il paraît que tu as cogné Avery le mois dernier quand vous vous êtes croisés à la Tête au Sanglier, fit-il remarquer d'une voix traînante.

— J'ai juste glissé, répliqua Blaise d'une voix nonchalante, pressé de se débarrasser de cet abruti.

— Evidemment, susurra Sykes en portant son verre à ses lèvres. Ce que j'aimerais savoir, poursuivit-il une fois qu'il eut fini de siroter, c'est pourquoi.

— Rien qui ne te concerne.

Le Mangemort plissa les yeux face au ton sec.

— Ecoute-moi bien Zabini, je sais qu'il se passe quelque chose entre toi, Avery et la mère de Malefoy, et je finirais par découvrir de quoi il retourne. Maintenant tu as deux options. Ou tu me dis immédiatement de quoi il s'agit, ou je vais tenter de le découvrir moi-même, au risque de déterrer le moindre de tes petits secrets. C'est comme tu le souhaites.

Blaise resta impassible, cachant habilement son irritation et son inquiétude. Il connaissait Sykes. Ce petit con allait fouiller jusqu'à déterrer la moindre cochonnerie qu'il pourrait trouver. Et l'avoir sur son dos en plus de Bellatrix était plus que ce qu'il était prêt à endurer.

— Mrs Malefoy m'a informé que c'était Avery qui avait dénoncé ma mère, dit-il tranquillement. Il n'a eu que ce que qu'il méritait depuis longtemps.

Pensif, Sykes sembla évaluer mentalement la véracité de cette information.

— Tu défendais donc une traître à son sang, fit-il remarquer d'une voix doucereuse.

— J'aurais simplement voulu pouvoir la confronter et la dénoncer moi-même.

Blaise mit dans cette phrase toute la colère et la rancune qu'il possédait, croisant les doigts pour paraître convaincant.

— Par sa faute, je suis maintenant considéré comme un élément instable par le Seigneur des Ténèbres alors que mon seul souhait est de le servir.

Il déposa son verre sur le comptoir, la gorge nouée par tant d'inepties.

— A présent, ce n'est pas que ta présence me déplaît, mais j'ai mieux à faire. Si tu veux parler de cette affaire, va plutôt te plaindre auprès de ton pote Avery.

Blaise se redressa puis s'éloigna, le dos droit, le menton haut. Sa tentative de sortie digne échoua cependant lamentablement. Il n'avait pas fait deux pas qu'il se heurta à Avery en personne, qui le transperça d'un regard meurtrier.

— Un problème ? demanda Blaise avec une indifférence étudiée.

Il n'avait même plus l'énergie d'être en colère. Il avait fait bien trop de rencontres épuisantes en une seule soirée.

— Surveille tes arrières, Zabini, gronda Avery. Je me vengerais de ce que tu m'as fait.

— Et bien dans ce cas-là, nous sommes deux, lui répondit froidement Blaise.

En ayant assez, il partit sans un mot de plus, lessivé mentalement. Il y avait bien trop de gens ici qui voulaient sa peau, c'était épuisant. Il rejoignit Daphné, qui était, heureusement, seule avec sa sœur et Drago, les parents Malefoy ayant disparu dans la foule.

— Tout va bien ? s'inquiéta-t-elle en le voyant s'approcher avec une mine aussi sérieuse.

Il la rassura d'un sourire un peu crispé.

— Quelques problèmes avec des collègues, lui dit-il d'un ton léger. Rien de bien grave.

Drago leva un sourcil interrogateur. Daphné s'apprêtait à le harceler de questions, lorsque le silence se fit progressivement dans la salle. Leurs regards se tournèrent automatiquement vers la petite estrade dressée pour l'occasion à l'autre bout de la pièce, près du buffet. Lord Voldemort en personne, son serpent adoré sur les épaules, se dressait devant eux, les surplombant avec supériorité.

Lorsque le silence fut complet, il ouvrit les bras, et entama son discours. Le même, tous les ans, depuis leur victoire. Nous dominons le monde, nous éradiquons la vermine de jour en jour, blablabla… Blaise prit donc grand soin de mettre son conduit auditif en mode veille et suivit attentivement le serpent des yeux. Le reptile, énorme, immense, descendit des épaules de son maître et se mit à ramper à ses pieds, sifflant sans discontinuité. Comment allait-il bien faire pour le tuer ?

Le point le plus difficile allait être de lui faire quitter le Seigneur des Ténèbres durant un laps de temps suffisant. Venait ensuite le problème de l'acte en lui-même. Comment procéder ? Un sortilège serait plus propre, mais connaissant Voldemort, il avait sûrement protégé son reptile, et cela serait inefficace. Et il devait faire en sorte de faire tout ceci sans se faire démasquer ou risquer que la piste remonte à lui, ou alors il était sûr de ne pas survivre à cette guerre sans fin.

Il sursauta lorsque les applaudissements crépitèrent à travers la salle. Il s'empressa d'imiter ses voisins, le regard toujours attaché au serpent. Lorsque les vivats sur furent éteints, Voldemort se retira, suivi de son reptile. Blaise les regarda disparaître à l'étage, frustré de ne pas avoir ne serait-ce que le début d'une solution.

— Tu ne m'invites pas à danser ?

La question, de nouveau, le fit presque sursauter. Sur l'estrade, un orchestre avait remplacé le Seigneur des Ténèbres. Daphné le fixait avec inquiétude, un sourire crispé sur les lèvres. Blaise hocha mécaniquement la tête et saisit la main qu'elle lui tendait. Une fois dans le périmètre de la piste, il la serra contre elle et ils commencèrent à tournoyer. Astoria et Drago valsaient à leurs côtés, l'air aussi peu à l'aise qu'eux.

— Tu prépares quelque chose n'est-ce pas ? chuchota Daphné à son oreille.

— Je ne peux rien te dire, tu le sais, soupira Blaise en resserrant son étreinte. Tu dois me faire confiance. Si tout se passe bien, cette année nous assistons à la dernière fête de ce genre. La mascarade sera bientôt finie.

Il la sentit se tendre contre lui. Elle était inquiète, il le savait. Mais il n'avait plus le choix à présent. Maintenant qu'il avait goûté à l'espoir, il ne pouvait plus faire marche arrière. La vision d'une vie meilleure se laissait apercevoir au bout du tunnel, et il n'avait qu'une hâte, c'était qu'elle devienne réalité.

La musique s'arrêta, et des applaudissements polis se répandirent dans la salle. Blaise se décolla de sa femme et plongea ses prunelles dans les siennes, y faisant passer toute sa force de persuasion.

— Rappelle-toi ta promesse, lui dit-elle dans un murmure presque accusateur.

Blaise ferma un instant les paupières, se sentant encore déchiré par cette promesse qu'elle lui avait arraché.

— Je l'ai toujours à l'esprit, lui assura-t-il.

Il glissa sa main sur sa nuque, caressant les mèches blondes à la base de son crâne, puis l'embrassa délicatement sur le front.

— Je dois m'éclipser quelques instants, reste avec ta sœur.

Daphné pinça les lèvres, retenant manifestement sa question. Il lui en fut reconnaissant. Il lui pressa une dernière fois la main puis se dirigea vers Drago.

— J'ai quelque chose d'important à faire, lui glissa-t-il à l'oreille. Veille sur Daphné pour moi.

Drago hocha la tête, accompagné d'un regard d'avertissement. Blaise ignora la boule de stress qui naissait dans son ventre, ainsi que la petite voix dans sa tête qui lui disait que c'était de la folie. Il se fondit dans la foule, puis sortit par la porte principale pour gagner l'escalier de marbre. Sans un bruit, le cœur battant à toute vitesse, il gagna le premier étage, puis se dirigea vers l'aile ouest. A droite, à gauche, encore à gauche. Arrivé à proximité de sa destination, il entendit un sifflement désagréable, qui le fit frissonner. Il jeta un coup d'œil après l'angle du couloir, et vit Nagini qui montait la garde devant la salle de réunion, ondulant dangereusement.

Le souffle court, Blaise profita d'un instant où le serpent regardait dans la direction opposée pour se glisser dans la première pièce qu'il pouvait, un petit bureau laissé à l'abandon et couvert d'une couche de poussière. La main tremblante, il entrouvrit la porte et colla son œil sur l'ouverture. Sa position stratégique lui permettait d'observer le reptile tout en lui étant invisible, et il était assez loin pour s'enfuir au cas où il se ferait repérer.

D'abord hésitant, Blaise finit par sortir sa baguette, qu'il glissa dans la fine ouverture. Il ne savait pas exactement ce qu'il faisait, et il craignait pour sa vie, mais il se devait au moins d'essayer. Il visa avec précision, tâche difficile étant donné les frissons qui le secouaient tout entier.

— Confringo, murmura-t-il.

Comme prévu, le sortilège fusa à travers le couloir et frappa le reptile, puissant. Par contre, ce qui ne fut absolument pas prévu, c'est que le sortilège ricocha. Sous ses yeux écarquillés, Blaise vit le rayon rouge rebondir sur les écailles du serpent et heurter la porte qu'il surveillait. Le bois explosa sous l'impact, et une onde de choc se propagea dans le couloir. Blaise ferma précipitamment le battant et tenta de reprendre une respiration normale. Dans le couloir, derrière le mince panneau, il entendait les sifflements furieux du serpent, et ceux de Voldemort, qui semblait furieux.

Ne parvenant pas à réfléchir de manière cohérente, pris de sueurs froides, Blaise regarda tout autour de lui dans l'espoir d'apercevoir une échappatoire. Le manoir Malefoy était plein de passages secrets, raccourcis et couloirs cachés, il avait assez joué ici lorsqu'il était petit pour le savoir. Ce fut dans cette optique qu'il se mit à chercher désespérément une issue, bougeant chaque objet possible de la pièce.

Le stress lui nouait la gorge. S'il ne se trouvait pas en bas au moment où Voldemort ferait son apparition, autant se pendre lui-même pour s'éviter une mort lente et douloureuse. Mais alors que les pires scénarios se déroulaient dans son esprit, il trouva une porte en bois moulu, cachée derrière une tapisserie qu'il arracha sans y penser davantage.

Le cœur au bord des lèvres, il l'ouvrit d'un coup de baguette et se glissa dans l'ouverture. Il dévala les escaliers qu'il trouva derrière, jusqu'à arriver à une autre porte, qui ne semblait pas avoir été ouverte depuis des décennies. Elle s'ouvrit bruyamment lorsqu'il força le passage par magie, lui permettant de sortir de l'étroit boyau. Il se retrouva dans un petit salon, une pièce inutilisée du rez-de-chaussée, où fauteuils et canapés étaient recouverts de tissus blancs.

Epoussetant son costume couvert de poussière, il se dirigea vers la porte, derrière laquelle il entendait des cris, bruits de pas, et des voix énervées. Mais il n'eut pas le temps de poser la main sur la poignée que le battant s'ouvrit devant lui. Il fut soulagé l'espace de quelques instants lorsqu'il vit des cheveux d'un blond presque blanc. Son cœur s'arrêta de nouveau lorsqu'il réalisa qu'il ne s'agissait pas de Drago, mais de sa mère.

— Mrs Malefoy, la salua-t-il avec raideur, glacé.

Narcissa eut un sourire sans chaleur. Elle referma la porte derrière elle et le considéra longuement en silence.

— Ne perdons pas de temps avec les mondanités, finit-elle par dire d'un ton léger. Je ne sais pas de quoi tu es coupable exactement, mais cela n'a pas d'importance. Le plus important est qu'il me suffirait d'aller voir le Seigneur des Ténèbres immédiatement pour te dénoncer.

Blaise sentit sa gorge s'assécher et un filet de sueur froide couler le long de son dos. Mais il ne bougea pas d'un millimètre, attendant la sentence.

— Cependant, t'accuser n'est pas dans mes intentions.

Elle plissa les yeux et se rapprocha de lui, un fin sourire aux lèvres.

— Darell est venu me voir plus tôt ce soir en m'invectivant de t'avoir tout raconté.

Elle eut un petit rire sarcastique qui lui donna froid dans le dos.

— Comme si j'étais assez bête pour cela. Je ne sais pas d'où tu tiens la vérité par rapport à ta mère, mais je tenais à ce que tu saches une chose.

Elle redevint sérieuse et fixa ses prunelles glacées dans les siennes, ses sourcils froncés formant une ligne dure.

— Si jamais tu tentes quoi que ce soit contre moi, ou même contre Avery, je me ferais un plaisir d'aller renseigner Bellatrix à propos de ta petite escapade de ce soir.

Sa menace à peine proférée, un sourire aimable naquit de nouveau sur ses lèvres. Elle lui souhaita une bonne soirée puis quitta la pièce d'un pas léger, laissant derrière elle une odeur fleurie. Blaise, toujours figé, eut besoin de plusieurs minutes pour reprendre le contrôle de ses membres. Il ferma un instant les yeux pour se calmer, puis il quitta le salon à son tour, ignorant la panique qu'il ressentait et qui gonflait à l'intérieur de lui.

Il rejoignit mécaniquement la salle de réception, qui bruissait de conversations agitées. Il rejoignit sans attendre Daphné, Drago et Astoria, qui se tenaient tout trois non loin de l'entrée.

— Où étais-tu passé ? demanda aussitôt sa femme lorsqu'elle le vit.

— Toilettes, répondit-il succinctement, incapable de formuler un mensonge digne de ce nom. Que se passe-t-il ?

— Il y a eu comme un bruit d'explosion là-haut, expliqua Drago en le fixant avec suspicion.

— Je n'ai rien entendu, affirma-t-il. Où est-Il ?

— En haut, répondit Astoria avec nervosité. Il a appelé Bellatrix.

Nerveux, Blaise passa un bras autour de Daphné, qui lui lança un regard appuyé. Il tenta de la rassurer d'un sourire, mais cela tomba bien évidemment à plat. Ils n'eurent pas à patienter bien longtemps. Quelques minutes plus tard, Bellatrix arrivait et grimpait sur l'estrade, impériale. Le bruit des conversations s'atténua jusqu'à s'éteindre complètement. Tous les invités la fixaient, certains avec inquiétude, d'autres avec ennui.

— Notre Maître a été victime d'une attaque, annonça Bellatrix d'un air dramatique. Ici-même, à l'intérieur de ce Manoir. Nous soupçonnons cet attentat d'être le fruit d'un membre de l'Ordre du Phénix. Je ne peux que vous rappeler encore une fois à que ces vermines sont dangereux et à traiter avec le plus grand sérieux. Une offensive sera menée dans les plus brefs délais.

Elle quitta l'estrade d'un air théâtral, le menton haut. Les conversations reprirent, plus bruyantes qu'auparavant.

— Allons-nous-en d'ici, grommela Blaise.

D'une pression dans le bas du dos, il guida Daphné vers la sortie.

— Je n'arrive pas à croire qu'un membre de l'Ordre soit parvenu à rentrer, fit remarquer Astoria d'une voix étonnée lorsqu'ils furent seuls dans le couloir. Le Manoir est pourtant soumis à une surveillance étroite, je ne comprends pas.

— Parce que ce n'est pas quelqu'un de l'Ordre, répliqua Drago en lançant un regard appuyé à son ami.

Sa femme écarquilla de grands yeux, surprise.

— Ils veulent juste que le véritable coupable, présent ce soir, se repose sur ses lauriers, explicita-t-il.

Blaise n'ajouta rien, mal à l'aise. Il avait mal joué son coup cette fois-ci. Il coupa court à la conversation et souhaita bonne nuit aux époux Malefoy. Il n'avait plus qu'une envie : rentrer chez lui le plus vite possible et oublier cette soirée catastrophique, bien trop riche en émotions. Daphné était restée étrangement silencieuse, et il ne doutait pas qu'elle était prête à le cuisiner dès qu'ils seraient seuls.

Pourtant, lorsqu'ils arrivèrent dans leur grand manoir vide, elle resta totalement muette et partit s'enfermer dans la salle de bains. Blaise poussa un profond soupir. Il s'assit sur le lit et se prit la tête dans les mains, en proie à la peur et aux doutes.

Qu'est-ce qui lui avait pris par Merlin ? Il avait eu des envies suicidaires ? Mais ce n'était pas le plus important. Ce qui était fait était fait, il ne pouvait retourner en arrière. Ce qui importait à présent était qu'il lui serait totalement impossible d'avoir accès au serpent. A partir de ce soir, Nagini serait collée au Seigneur des Ténèbres encore plus que d'habitude. Et même s'il avait l'opportunité de s'en prendre au reptile, comment pouvait-il le tuer ? Son sortilège d'explosion n'avait fait que rebondir sur ses écailles sans même lui provoquer la moindre égratignure !

Mais ce n'était pas tout. Il ne savait pas non plus comment réagir face aux propos de Narcissa. Elle était peut-être la mère de son ami, mais elle était surtout la femme qui était à l'origine de la mort de sa mère. Et il avait bien l'intention de se venger. Quoi que Drago dise. Cependant, sa marge de manœuvre était considérablement réduite maintenant que Narcissa avait le pouvoir de le faire chanter. Il allait devoir régler ce problème. Et rapidement.

Plongé dans ses pensées, il n'entendit pas Daphné sortir de la salle de bains derrière lui. Il tressaillit de surprise lorsqu'elle enroula ses bras autour de son torse et posa son menton sur son épaule.

— Tout se passera bien, chuchota-t-elle. Tant que tu te bats pour une cause en laquelle tu crois, tout se passera bien.

Reconnaissant, Blaise mêla ses doigts aux siens et embrassa la peau douce de l'intérieur de son poignet. Ils restèrent là de longs instants, savourant le silence apaisant qui les entourait. Lorsque l'horloge sonna minuit depuis le rez-de-chaussée, Blaise caressa doucement le bras blanc qui barrait son ventre.

— Je vais aller me changer, murmura-t-il.

Daphné l'embrassa doucement sous l'oreille avant de se détacher de lui. Elle se glissa dans les draps tandis que Blaise, de meilleure humeur, se levait. C'est alors qu'une forme pour le moins incongrue sur le rebord de la fenêtre attira son regard. Il s'approcha en fronçant les sourcils et saisit les deux petits soldats de plomb posés devant la vitre. Lorsqu'il vit le phénix gravé sous le socle de chacun, il sentit son rythme cardiaque augmenter de manière exponentielle.

— Tout va bien ? demanda Daphné derrière lui.

Il se retourna en cachant les jouets dans son dos, un sourire forcé plaqué sur le visage.

— Oui, oui, acquiesça-t-il. Je réfléchissais. Je reviens tout de suite.

Il se dirigea vers la salle de bains d'un pas rapide et ferma sans attendre le battant derrière lui. Il considéra les deux soldats durant de longs instants, la respiration saccadée. Il finit par les brûler d'un coup de baguette et par jeter les cendres à la poubelle.

Lorsqu'il releva la tête vers le miroir, il lut un mélange d'effroi et de détermination dans son regard. Le message était clair. L'Ordre était prêt à partir en guerre.

Et il était en première ligne.