Voilà enfin le moment tant attendu : la confrontation ultime ! Cette fois pas moyen de se défiler, pas de sortilège d'oubliette, de coup sur la tête, de syndrome de déni prolongé... L'heure des réglements de comptes est arrivée ! Mouahahaha!
*pause*
Hum...
*Prend les petits cachoux prescris par le médecin*
Donc je disais...? Ah, oui ! J'espère que ce chapitre vous plaira, qu'il ne sera ni trop mièvreux, ni trop plat. En tout cas si vous voulez donner votre avis, je suis toute zouie ^^
Arthur regagna seul la surface. Tout au long du chemin, dans les ténèbres des galeries obscures, son cœur se mit à battre de plus en plus fort. L'âme assaillie par des pensées et des émotions contradictoires. Et si Mâab l'avait trompé ? Si elle n'avait pas libéré Merlin, et qu'une fois à l'extérieur il lui soit impossible de rebrousser chemin pour venir sauver son ami ? Et si Merlin préférait s'enfuir ? Mais aussitôt, il chassa cette idée. Merlin n'avait jamais fui face au danger. Pas même devant les pires créatures de l'univers. Mais lui, que ressentait-il face à toutes ses cachoteries, toute cette dissimulation ? Etait-il déçu ? Inquiet ? En colère ? Ou simplement heureux et soulagé ?
Une fois dehors, Arthur fut un instant ébloui par la lumière qui baignait la forêt, contrastant avec les ténèbres des souterrains. Lorsqu'il put distinguer clairement les choses autour de lui, Merlin se tenait là, à dix pas devant lui, près de son cheval, toujours attaché. L'espace d'un instant le Roi et le Sorcier demeurèrent l'un face à l'autre, sans bouger, sans parler, les yeux dans les yeux.
Puis Arthur marcha droit vers sa monture, qu'il détacha et enfourcha en silence. Merlin était demeuré immobile près de lui, suivant les mouvements de son Roi avec intérêt et une certaine appréhension. Une fois en selle, Arthur tendit une main au jeune sorcier, l'invitant silencieusement à monter en croupe derrière lui. Merlin regarda la main d'Arthur avec intensité. Ses yeux exprimaient une hésitation douloureuse. Arthur lui-même se demanda si Merlin n'allait pas tourner les talons et partir en courant.
Mais ce fut d'une main ferme que le Sorcier saisit celle du Roi et se hissa en selle, juste derrière Arthur. Leur monture se mit en route, au pas, emportant ses deux cavaliers dans un silence profond.
Le soleil était en train de se coucher, lorsqu'Arthur et Merlin chevauchèrent en vue de Camelot. Alors qu'ils longeaient le sentier qui devait les conduire droit aux portes de la cité, Arthur tira sur la bride, poussant leur monture à s'enfoncer dans les bois.
– Ce n'est pas la direction de Camelot, intervint Merlin, qui n'avait pas décroché un mot durant tout le voyage, à l'instar d'Arthur.
– Je sais, répondit ce dernier. Nous allons faire un détour.
Arthur sentit son compagnon se raidir dans son dos. Cependant, il n'émit aucune protestation. Ils débouchèrent dans une grande clairière, que Merlin reconnut immédiatement, puisqu'il s'agissait de l'endroit où Arthur et lui avaient affronté le Grand Dragon, Kilgharrah. Le cheval s'immobilisa.
– Descends, ordonna Arthur.
Merlin s'exécuta sans broncher. Le jeune roi fit de même. Puis il alla attacher sa monture à l'arbre le plus proche et revint vers son compagnon, qui se tenait droit comme un piquet au milieu de la clairière, les mains dans le dos – pour cacher qu'elles tremblaient – dans une attitude digne et solennelle.
– Sais-tu pourquoi je t'ai fait venir ici ? demanda Arthur.
– Je m'en doute, répondit Merlin, dont le ton de la voix masquait mal l'inquiétude.
– Lorsque tu as perdu connaissance, après ton duel – fort spectaculaire, je dois l'avouer – contre Jazor, je t'ai moi-même ramassé parterre et porté jusqu'à Gaius. Je lui ai enjoint de tout faire pour te sauver. Lorsqu'il s'est avéré qu'il était impuissant, j'ai demandé aux druides de t'aider. Sur leurs indications, je me suis rendu, seul, dans le sanctuaire de Mâab, afin de lui réclamer ton âme. Et sais-tu pourquoi j'ai fait tout cela ?
– Pourquoi ?
Devant le ton détaché que Merlin s'efforçait d'adopter, Arthur avait du mal à garder son sang-froid.
– Parce que je me suis juré que tu ne quitterais pas ce monde sans m'avoir fourni les explications qui me sont dues ! J'ai eu la version de Gaius, j'ai eu celle des druides, j'ai eu droit au sermon de Gauvain, aux suppliques des chevaliers – de Léon, de Perceval, d'Elyan –, de Guenièvre… J'ai même eu droit à celle de Mâab ! Il ne me manque plus que la tienne…
– Que voulez-vous savoir ?
– Ce que je veux savoir !
Arthur manqua s'étrangler.
– Ce que je veux savoir : c'est comment, durant toutes ces années, où tu m'as servi, où tu t'es tenu à mes côtés, dans les meilleurs comme dans les pires moments, où j'ai partagé avec toi mes doutes, mes craintes, mes espoirs… Toi ! Merlin. Tu m'as menti ! Tu m'as caché qui tu étais vraiment !
Arthur sentait sa gorge s'enrouer.
– Je n'avais aucun secret pour toi. Et je pensais que tu n'en avais pas pour moi. Tu étais le seul en qui je pouvais avoir une confiance totale. Et aujourd'hui, je découvre… que toute notre relation… n'était qu'un mensonge !...
– Je n'ai pas cherché à vous tromper ! protesta soudain Merlin.
Arthur s'était interrompu, attendant la suite. La vérité, enfin, voilà ce qu'il voulait.
– Je voulais vous le dire !…
La voix du jeune magicien était emprunte d'une émotion lourde. Lourde d'un fardeau porté trop longtemps.
– Je l'ai voulu si souvent… Mais ce n'était jamais le bon moment…
– Oh !... Tu veux dire qu'en six ans passés à mes côtés, tu n'as jamais trouvé l'occasion de me dire que tu es un sorcier !...
– Et dites moi donc quand j'aurais dû vous le dire, vous qui êtes si malin !
Le brusque haussement de voix eut le mérite de couper le sifflet du Roi. D'aussi loin qu'il se souvienne, Merlin ne s'était jamais emporté contre lui, pas même lorsqu'il se comportait comme le pire des crétins. Certes il lui envoyait des sarcasmes à la figure, ne se privait pas de le tourner en ridicule, se moquait volontiers de lui. Mais jamais, jamais, il ne perdait son calme. Jamais il ne s'emportait sérieusement ou ne laissait voir sa colère. Et c'était une colère sourde et une profonde frustration qui se peignaient sur son visage.
– Peut-être aurais-je dû tout avouer le jour de notre rencontre, proposa le magicien. Je m'en souviens comme si c'était hier : je venais d'arrivé à Camelot, pile au moment de l'exécution d'un sorcier condamné par votre père. Je me souviens encore du cri de douleur qu'a poussé sa mère avant de jurer de le venger. Vous m'imaginez, venir vers vous : « Sire, je me présente officiellement : Merlin, sorcier d'Ealdor. Pouvez-vous m'indiquer le bûcher le plus proche ? Non, ne vous dérangez pas ! Au point où j'en suis, je l'allumerai moi-même ! »
» Peut-être aurais-je dû vous dire que c'est grâce à mes pouvoirs que j'ai pu empêcher cette sorcière de vous tuez. Comme pour tant d'autres. Oui, j'usais de ma magie pour vous sauvez, pour vous garder en vie. Alors même que votre père était prêt à condamner à mort quiconque était soupçonné d'avoir seulement salué un magicien dans une rue. Vous-même, Arthur, après avoir tué la licorne, lorsque toutes les plaies se sont abattues sur Camelot, en avez rejeté toute la faute sur le sorcier Anhora.
» Vous auriez voulu que je me confesse auprès de vous ? Alors que William s'était fait tuer en vous sauvant la vie, après la bataille d'Ealdor, s'accusant d'avoir provoqué la tempête qui nous avait permis de remporter la victoire, uniquement pour me couvrir. Son corps brûlait encore sur le bucher funéraire, que vous me reprochiez déjà de ne pas l'avoir dénoncé, affirmant que la magie, ma magie, et l'homme qui venait de vous sauver n'étaient pas dignes de confiance…
– Assez !...
Arthur se sentit soudain oppressé par ces souvenirs, qui étaient autant de doigts tendus sur ses propres fautes.
– Mais dites-moi, Arthur ! insista Merlin, les yeux brillants de larmes de rage. Quand aurais-je dû vous avouer mon secret, alors que tout me poussait à me taire ?
– Et bien parle, maintenant ! éclata Arthur. Dis-moi tout ! Parle-moi comme tu ne l'as jamais fais. Comme si je n'étais pas Arthur Pendragon, roi de Camelot, et que rien de ce que tu me révélerais ne prêterait à conséquence. Parle comme si tu ne devais plus jamais parler après ce jour. Et dis-moi !... Dis-moi pourquoi… Toi… Merlin l'enchanteur, le plus puissant magicien que le monde ait connu… Pourquoi t'être enchainé au destin d'un homme qui aurait pu te détruire ?
– Parce que c'était mon destin, justement ! Parce que Kilgharrah m'avait affirmé que vous étiez appelé à devenir un grand roi. L'homme qui unifierait Albion, ramènerait la magie à Camelot, ferait entrer le Royaume dans un nouvel Age d'Or, etc. Mais que pour que cela se fasse, je devais moi veiller sur vous et vous guider sur le chemin périlleux qui se dessinait devant vous…
– C'était donc par obligation, et par obligation seulement, que tu t'es tenu à mes côtés durant tout ce temps ?
– Au début, oui. Et pour être tout à fait franc, Arthur : j'étais même loin de croire que vous feriez un jour un souverain acceptable.
Arthur leva les yeux au ciel.
– Cependant, poursuivit Merlin, j'ai vite changé d'avis. Parce qu'au-delà de cette façade de prince arrogant et tyrannique, j'ai fini par entrevoir autre chose : un jeune homme en proie au doute, dévoué à son peuple et désireux d'agir pour le bien de tous, honnête, courageux et généreux. C'est cet homme-là que j'ai voulu servir, guider et protéger. Pour lequel j'aurais donné cent fois ma vie, afin qu'il puisse un jour se libérer du carcan de mensonges et de haine dans lequel son père l'avait restreint. Afin qu'il puisse régner selon son cœur et ses convictions, et non selon les principes féodaux absurdes et dépassés qu'on lui avait enseignés.
– En parlant de mon père et de mensonge il y a une ou deux choses que je voudrais tirer au clair…
Après s'être progressivement détendu au cours de son discours, parlant avec véhémence, les yeux brillant de cette foi en l'avenir qui avait toujours fasciné Arthur, Merlin se raidit de nouveau, en comprenant qu'ils ne passeraient pas à côté du sujet d'Uther Pendragon.
– Le jour où Morgause m'a révélé comment et pourquoi ma mère est morte, et que j'ai voulu la venger, c'est toi, Merlin, qui t'es interposé en alléguant que la sorcière s'était jouée de moi…
– Je maintiens ce que j'ai dit alors, s'empressa de dire Merlin : que l'apparition de votre mère était une duperie. J'ai suffisamment étudié la nécromancie pour savoir qu'on ne ramène pas si aisément les morts à la vie.
– Cependant, ce qu'elle m'a révélé ce jour-là était la pure vérité. Nous en avons eu la confirmation par le Cristal du Druide.
– Oui. Lorsque nous sommes revenus à Camelot, juste après, je m'en suis ouvert à Gaius, qui me l'a confirmé.
– Mais dans la salle du trône, insista Arthur, tu as pourtant plaidé que tout n'était que mensonge…
– Si je ne l'avais pas fait, vous auriez tué votre père…
– Et toi, tu aurais été libéré. C'est Uther qui voulait plus que tout éradiquer les gens de ton espèce. Après sa mort, tout serait devenu pour toi beaucoup plus simple…
– Loin de là ! Selon vous, Arthur, que se serait-il passé une fois que vous l'auriez tué ? Une fois que la colère serait retombée, que le chagrin se serait apaisé… Vous vous seriez assis sur le trône d'Uther, sa couronne sur votre tête et son sang sur les mains ?...
Et cette vision d'horreur fit frémir Arthur.
– Ce n'est pas Uther que j'ai sauvé ce jour-là, c'est votre âme.
– Tu le haïssais, n'est-ce pas ?
Merlin retint son souffle. Uther avait toujours été un sujet délicat à aborder avec Arthur. Même du fond de sa tombe, l'ombre du défunt roi continuait de planer sur son fils. Merlin ne pouvait pas comprendre cette loyauté inébranlable d'un fils envers son père. Lui-même n'avait connu le sien que tardivement, pour le perdre presqu'aussitôt.
« Je ne sais pas ce que c'est d'avoir un père. »
Et bien qu'Arthur ait depuis admis que ce père, qu'il chérissait tant, le seul modèle d'homme qu'il ait jamais eu, avait commis maintes erreurs, il lui était toujours aussi difficile d'entendre cracher sur sa mémoire.
– Je n'avais aucune raison de l'aimer, lâcha-t-il finalement. C'était un homme tyrannique, aveuglé par la haine. Si bien qu'il n'a jamais su faire la différence entre ses amis et ses ennemis. Il a fait massacrer des milliers d'innocents, dont le seul crime était d'être nés différents. Des gens comme moi, comme mon père, qui n'aspiraient qu'à vivre en paix. Oui, j'avais hâte que le règne d'Uther s'achève. Mais je n'ai jamais, au grand jamais, cherché à lui nuire. Je lui ai même sauvé la vie à plusieurs reprises. Et même si ma dernière tentative a échoué…
– Dernière tentative, répéta Arthur.
Le cœur de Merlin rata un battement.
– Quelle dernière tentative ?
Le jeune sorcier déglutit difficilement. Cette fois, l'heure de vérité avait atteint son point culminant. Lorsqu'il lui ferait son aveu, soit Arthur décidait de lui pardonner, et alors Merlin pourrait tout aussi bien lui parler des dragons que le Roi s'en ficherait comme d'une guigne soit il lui plantait son épée en travers du corps dans la seconde.
– C'était moi Dragoon le Grand.
Merlin eut l'impression d'avaler du verre pilé en voyant le visage d'Arthur perdre ses couleurs.
– Je me suis vieilli grâce à un sortilège. Cette couverture me permettait d'user de la magie au grand jour, sans craindre d'être découvert et condamné. C'est pourquoi j'ai prétendu être un autre, pour pouvoir approcher votre père et le guérir. Je jure que je ne pensais qu'à le sauver cette nuit-là. Afin que vous puissiez voir que la magie n'avait pas que des effets désastreux. Mais Morgane et Aggravain ont été plus rapides que moi. Votre sœur a jeté un maléfice sur votre père, par l'intermédiaire de votre oncle, afin que toutes mes tentatives pour le sauver échouent et que son mal ne fasse qu'empirer.
Arthur ne disait mot. Il était plus pâle que la mort. A la lumière de ces révélations, il revoyait le déroulement des évènements sous un jour nouveau. Il voyait combien il avait été stupide et injuste…
– J'ai été malgré moi l'artisan de la mort d'Uther, insista Merlin, déchiré entre la panique et le chagrin. Mais je jure, sur ma vie et sur ce qui m'est le plus cher, que je n'ai pas voulu ce qui est arrivé.
– Tout ce temps… murmura Arthur. Toute cette énergie et ce temps perdu à user de subterfuges pour pouvoir m'aider.
Le jeune roi était en proie à une profonde déception, non pas contre Merlin, mais contre lui-même.
– Dis-moi, Merlin… Ai-je donc été un ami si déplorable, si peu fiable ?... Que tu te sois senti obligé de me mentir. Pour que tu n'aies jamais trouvé en toi le courage nécessaire – toi qui en as tant – pour simplement venir me parler et me demander de t'aider. Jamais tu n'as eu suffisamment confiance en moi pour penser que je pourrais comprendre, que je ferais passer notre amitié avant la loi, avant les préjugés, avant… tout le reste.
Des larmes silencieuses couraient à présent sur le visage d'Arthur. Jamais encore Merlin ne l'avait vu dans cet état : le jeune homme était blessé, profondément. Cela dépassait même la déception qu'il avait pu ressentir devant la trahison de Gwen. Car si dans le premier cas, il n'avait régné qu'incompréhension et incrédulité, dans celui présent, le fait était qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même.
– Arthur… la voix douce et compatissante de Merlin résonna dans sa tête. Vous n'êtes pas responsable de mon silence. Si je n'avais eu à compter que sur vous, si tout n'avait dépendu que de vous, je me serais moi-même jeté à vos pieds, je vous aurais tout dit et j'aurais remis ma vie entre vos mains. Seulement, nous savons tous les deux qu'il n'en allait pas ainsi. J'étais prêt à donner ma vie pour vous. Je le suis toujours. Mais je n'allais pas la risquer bêtement face à la loi d'Uther, à la traîtrise de Morgane, ni celle d'Aggravain.
» Mais j'ai guetté avec impatience le jour où je pourrais enfin m'ouvrir à vous. J'ai même parfois failli tout gâcher en voulant précipiter les choses. Et pour calmer la déception qui m'étreignait le cœur à chaque nouvel échec, je me répétais : "Donne-lui du temps, Merlin. Donne-lui ta force. Donne-lui tes espoirs. Donne-lui ton sang. Mais surtout, donne-lui du temps. Le temps d'apprendre. Le temps de comprendre. Et le jour où tu pourras enfin tout lui révéler, tu ne regretteras pas d'avoir attendu."
– Et ce jour… est-il arrivé, Merlin ?
– A vous de me le dire, Arthur.
Je sais... C'est sadique. Mais avouez que vous auriez fait pareil à ma place. ;)
Disons que je retiens Arthur et Merlin en otages, et que je ne le libèreraient pour qu'ils vous jouent la fin, si vous m'envoyez pleins de reviews. Je sais, c'est malhonnête. Mais que voulez-vous ? C'est la crise alors tous les moyens sont bons. Na ! XP
