Henry allongé sur son lit les mains derrière la tête fixait le plafond. Son grand-père était aux abonnés absents ce soir, comme d'habitude.
Il écouta le silence dans la maison, il entendit craquer une poutre quelque part. Il se concentra sur les battements de son cœur pour se calmer, pour ne pas en vouloir au boiteux.
Cet homme avec qui il partageait un quart de son sang ne l'avait jamais aimé se dit-il.
Bébé, il l'avait laissé au soin d'une dame jusqu'à l'âge de six ans. Cette nourrice restait introuvable aujourd'hui malgré ses recherches, et Henry soupçonnait son cher papy d'être à l'origine de sa disparition.
Il pensa au sort et au sacrifice du Dark One, sa décision de dire au revoir à la magie pour le protéger lui. Non, il l'avait fait simplement parce qu'il s'était piégé lui-même dans un de ses marchés avec une de ses victimes, son propre fils.
Malheureusement l'Obscur se devait de toujours de tenir parole.
Et voilà, maintenant StoryBrooke était sa maison, cette réalité, sa réalité. Il n'avait aucune envie de connaître la forêt Enchanté. La magie le dégoutait, ou plutôt la magie noire lui inspirait un sentiment d'aversion et de peur...
Vivre comme les gens au Moyen-âge, sans eau courante, l'électricité, ou le chauffage n'avait rien d'attirant. Il se doutait bien que Regina ne le laisserait pas tomber, mais même l'idée d'un château ne provoquait aucun émerveillement en lui.
Pourtant cela faisait cinq ans qu'il travaillait à briser le sort. Non, cela faisait cinq ans qu'il voulait que tout le monde découvre qui était son grand-père, nuance.
Il se demanda s'il l'aimait. Mais comment aimer quelqu'un qui n'était jamais là ? Qui préférait le pouvoir d'une petite ville à sa propre chair ?
Au fond il détestait son grand-père.
Henry n'avait pas été placé dans un orphelinat ou envoyé de famille d'accueil en famille d'accueil, mais comme beaucoup de ces enfants, il n'avait connu que la déception et le mépris de la part des personnes à qui il tenait.
Jusqu'à Regina.
Au départ son plan était simple, se servir du shérif ou plutôt de la Reine pour démanteler tout cette histoire…
Il sourit. Lui aussi s'était fait avoir.
.
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Il pénétra dans le commissariat d'un pas rapide et s'obligea à ralentir pour ne pas montrer à cette femme l'enthousiasme que provoquait en lui leur tête à tête.
- Prête à perdre ? lui demanda-t-il en arrivant dans la grande salle.
Le shérif ne répondit pas et se contenta de montrer de la main la chaise face à elle. Ils commencèrent la partie en silence. Henry pinça les lèvres en prenant la troisième pièce.
- Tu n'es pas concentrée, l'accusa-t-il.
- Comment comptes-tu briser le sort ? questionna Regina.
Il leva la tête de l'échiquier et l'observa.
- Je commençais à perdre espoir.
- Tais-toi et explique-moi, répondit-elle agacée.
Henry décela l'amusement dans son regard et une sorte de fierté pour l'enfant qui lui tenait tête. Il cligna des yeux pour chasser la petite étincelle de joie qui se formait en lui.
Au contact de cette femme il s'était rendu compte à quel point il crevait d'envie d'avoir une mère. Peut-être l'appréciait-elle un peu ? Après tout elle le supportait bien depuis plus d'un mois…
Comme lui souffrait-elle de la solitude, de l'absence d'une famille ?
- Il recherche une personne.
- Qui ?
- C'est à toi de jouer.
Regina expira, jeta un vague coup d'œil au jeu et bougea un pion.
- Qui ? Répéta-t-elle.
- Une femme…
- Tu es comme lui, faut vraiment te faire parler, s'énerva-t-elle.
Devant le regard qu'il lui lança, elle saisit qu'elle venait de le blesser et cela lui fit plus mal que ce qu'elle croyait.
- Je suis désolée, murmura-t-elle.
Elle connaissait Rumple, en tant que son élève elle avait souffert de ses leçons pas vraiment orthodoxes, alors Henry n'avait pas dû s'amuser tous les jours.
- C'est qui pour toi mon grand-père ?
Regina fuit le regard de l'enfant et s'attarda sur une des cellules vides au dessus de sa tête à la place. Elle hésitait, pourquoi remuer le passé ? Parce que ce gamin lui demandait, et qu'elle avait envie de prolonger leur entretien, elle s'attachait à lui, elle ne voulait pas qu'il parte, et au fond, peut-être avait elle besoin d'expier ses pêchers, ses actes… Un garçon de dix ans pouvait-il accepter son histoire, ses crimes ?
- Henry, je ne suis pas quelqu'un de bien.
- ….
- Et Rumple en est en grande partie responsable.
Il continua de la fixer des ses yeux innocents.
- Je t'écoute, répondit-il en l'encourageant.
- C'est lui qui m'a appris à me servir de la magie, et à… tuer des gens, les posséder, les écraser, les mépriser, les détruire sans ressentir le moindre remord… Car le pouvoir, la puissance, l'emprise, le contrôle au-delà de toutes choses, ne souffre d'aucune justification, à personne…
- Sauf à soi-même.
Regina sourit tendrement.
- Tu es vraiment un bouddha de pacotilles.
Henry sourit franchement et continua.
- Connais-tu l'adage sur les deux loups ?
- Non.
Il prit un air sérieux et expliqua:
- Il existe deux loups chez l'homme, un gentil et un méchant. Sais-tu quel est celui qui gagne ?
- …
- Celui que l'on nourrit.
Regina l'observa sans rien dire.
- C'est bien ce que je dis: T'es un petit bouddha.
- Non. Juste un gamin qui a besoin d'amour.
- ….
- Comme toi.
- Henry, je te l'ai dit, je ne suis pas quelqu'un de bien.
- Laisse-moi en être juge.
- Crois-tu vraiment que la rédemption accordée par un gringalet de dix ans veut dire quelque chose pour moi ?
Il haussa les épaules.
- Il faut bien commencer par quelque chose.
- ….
- Mais moi aussi j'ai besoin que tu me pardonnes.
Le shérif fronça les sourcils. Il précisa:
- D'être son petit-fils, d'être lié à lui, et à travers The Dark One d'être la cause de tes souffrances, de ton malheur.
Il avait énoncé la dernière phrase les yeux brillants et la larme qui coula le long de sa joue, lui brisa le cœur. Elle se leva et le prit dans ses bras.
- Non Henry, tu n'es pas responsable de ses actes, dit-elle en le serrant plus fort alors que les petites mains du garçon s'accrochaient à son dos…. Et tu ne le seras jamais.
Ils restèrent dans cette position un long moment, appréciant la compagnie de l'autre, goûtant un instant à ce bonheur simple d'être compris, accepté, pardonné, aimé par une autre personne.
Regina ne s'embêta même pas à sécher ses propres larmes. Ils se séparèrent et elle revint à sa place. Elle bougea un pion essayant de reprendre vaguement contenance.
- Qui est cette femme ? Reprit-elle en revenant au sujet du départ.
- Comme lui, je ne connais que son prénom: Emma.
- Emma, murmura-t-elle, ce nom n'évoquait rien pour elle.
Henry attendit mais voyant qu'elle restait silencieuse il se concentra à nouveau sur le jeu, puis il sourit.
- Tu es forte.
Une lueur brilla dans les yeux du shérif face à lui, pendant qu'il poursuivait.
- Tu m'as bien eu, dans trois coups je suis échec et mat quoique je fasse…
Le visage de Regina s'assombrit, elle chuchota:
- Et si…
- Oui ?
- Et si je n'ai pas envie que le sort soit brisé ?
- Que veux-tu dire ?
Comment cet enfant arrivait-il à la surprendre, à abaisser toutes ses barrières, lui donnant envie de lui faire confiance, de confesser ses doutes et ses peurs.
- La magie Henry, est une addiction terrible, cela fait quinze ans que je ne m'en suis pas servi, mais je la sens là qui attend dans le noir que je la rappelle et sombre de nouveau avec elle.
Le garçon ne répondit pas, il s'était attendu à beaucoup de choses mais pas à ça.
- Serais-tu prête à l'abandonner ?
- Oui, avoua-t-elle, je ne veux plus de ce pouvoir.
Il ferma les yeux un instant et les rouvrit plein de volonté.
- D'accord, oublions tout ça.
- Vraiment ?
- Oui.
- Pourquoi ?
- Parce que tu es plus importante que lui.
Ce fut au tour de la femme de fermer les yeux, elle inspira pour retenir les larmes qui menaçaient à de sortir.
Personne n'avait jamais fait ça pour elle, et il fallait que ce soit un gamin qui estimait qu'elle valait plus que son propre bonheur.
C'était à cause d'une fille de dix ans, Blanche-Neige, que tout avait commencé, en étant responsable de la mort de l'homme qu'elle aimait, la jeune fille avait semé la première graine de haine dans son cœur, une graine que Rumple avait patiemment entretenu et fait fleurir.
Le destin avait de l'humour, aujourd'hui c'était un garçon d'également dix ans qui l'aidait, et lui faisait redécouvrir le bien, le petit-fils de celui-là même coupable de sa perte.
Elle observa Henry face à lui.
- Merci.
- Il faut bien qu'un bouddha, quelque soit sa taille, te montre la voie.
Il se leva et rangea ses affaires pendant qu'elle le regardait différemment d'il y à peine une heure, avec tendresse et avec amour.
Il commença à s'en aller puis se retourna.
- A demain ?
- Oui, Henry, tu pourras toujours essayer de gagner cette fois.
Il lui fit un grand sourire et partit.
Le lendemain il revint à la même heure et une fois la partie d'échec terminée, il sollicita son aide pour ses devoirs. Regina se plia à sa demande redécouvrant avec plaisir les subtilités des divisions, la géométrie et la mesure des angles.
Le sujet de l'inconnue du nom d'Emma ne fut plus abordé entre eux, à la place une relation mère-fils s'installa petit à petit.
C'est elle qui le consola face à son premier chagrin d'amour à treize ans quand une jeune fille le rejeta. Elle faillit aller arracher les yeux de cette petite peste, mais elle se retint ce qui prouvait une fois encore qu'elle changeait plus qu'elle ne le pensait au contact d'Henry.
Elle lui révéla que les filles étaient complexes, qu'il fallait être patient et qu'à treize ans on n'avait pas les idées claires, qu'il trouverait vite quelqu'un d'autre.
Un jour il l'interrogea sur ce qu'il en était pour elle, comment voyait-elle sa vie, quel homme… ?
- Je ne partagerai plus ma vie avec un homme, affirma-t-elle.
- Une femme ? s'étonna-t-il
- Peut-être…
- Cela voudrait dire que j'aurais deux mères ? Proposa-t-il avec malice.
Elle rit à cette remarque, mais ne put s'empêcher de ressentir de la fierté que ce petit bonhomme la prenne pour sa mère.
A quatorze ans, elle le conduisit aux abords de la ville sur une route déserte. Elle sortit de la Mercedes et le fit monter derrière le volant, se plaçant sur le côté passager.
- La pédale de frein est à gauche et l'accélérateur à droite. Ne te sers pas de ton pied gauche, laisse le dans un coin, oublies-le.
Patiemment pendant plus d'une heure, elle lui avait montré comment conduire et s'était émue de la joie visible sur ses traits. Elle aimait cet enfant, bien plus que tout, bien plus que n'importe quelle magie pouvoir ou autre addiction.
Car sa nouvelle dépendance s'appelait Henry et il était tout aussi accro qu'elle.
Rumplestiltskin et son sort noir pouvaient aller se faire foutre.
Une semaine après leur première leçon de conduite, il était arrivé dans le commissaria visiblement troublé.
- Que se passe-t-il ? s'inquiéta-t-elle.
- On va devoir revenir en arrière.
- Comment ça ?
- Il a déniché son nom de famille.
- Non ?!
- Si, et il faut qu'on la trouve avant lui.
- Ce ne sera pas facile.
- Je sais et si elle brise le sort, tu devras te montrer forte.
- J'y arriverai… Si tu restes à mes côtés.
- Je ne t'abandonnerai pas, déclara-t-il avec force.
-Ca c'est mon garçon, souffla-t-elle.
Il lui sourit et elle fit de même. Elle inspira et continua:
- Très bien, comment s'appelle-t-elle ?
- Emma… Emma Swan.
