Chapitre 10
Harry se leva d'un bond, les mains plaquées contre le lit, agrippant les draps trempés de sueur, les muscles contractés au maximum. La première chose qui le frappa fut l'absence de son: il avait pourtant conscience qu'il était en train de s'époumoner dans un cri d'horreur, mais aucun son ne parvenait à ses oreilles. Était-il devenu sourd ? Il avait à nouveau fait ce rêve atroce, à nouveau croisé ces yeux froids et calculateurs et, pendant un bref instant, il avait cru se perdre à jamais.
Il ne put penser d'avantage en sentant deux mains glaciales se poser sur ses épaules, exerçant une certaine pression afin de le faire se rallonger. Il se débattit. Peut-être essayait-on de l'attaquer. Il pensa automatiquement à Voldemort: l'avait-il suivi jusqu'aux limites du rêve ? D'ailleurs, était-il toujours en train de rêver ? Peu importait au final, puisque le mage noir était capable de lui faire du mal jusque dans le pays des songes.
Son poignet droit fut bloqué, puis ce fut autour du gauche. Il se mit à crier, enfin, il pensait qu'il criait car, à nouveau, il ne reçut aucun écho de sa voix. Cependant, il sursauta violemment en entendant un cri lui vriller les oreilles.
« Par Salazar Potter tu vas te calmer ! »
Il se figea et ses yeux émeraudes glissèrent vers la silhouette à laquelle appartenaient les longs doigts qui lui entouraient les poignets. Son regard apeuré croisa celui, orageux, d'un grand blond, dont quelques mèches rebelles venaient glisser sur son visage, encadrant les deux lunes qui l'observaient.
Ses lèvres bougèrent, formant un mot qui, contrairement à ceux du blond, ne retentit pas dans la pièce. Néanmoins, le blond lui répondit.
« Oui Potter, qui veux-tu que ce soit d'autre ? Je te rappelle que ce sont MES appartements ici. »
Le brun soupira et sa tête retomba sur les coussins alors que son corps se détendait. Soudain, le visage du blond apparut à quelques centimètres du sien. Il se figea à nouveau.
« Ça va faire une semaine que tu me gonfles avec tes rêves bizarres...dont tu refuses de parler... » Continua-t-il en lui jetant un regard suspicieux.
Le brun balbutia quelque chose d'inintelligible, et de muet, mais le blond comprit qu'il ne tirerait rien du survivant. Aussi poussa-t-il un soupir avant de se redresser, relâchant son emprise sur le brun.
« Peu importe, aussitôt que tu auras retrouvé ta voix de fillette, tu vides les lieux. » Dit-il en ouvrant la porte de la chambre.
D'un geste habile, il évita le coussin lancé dans sa direction, qui vint s'écraser à quelques centimètres de lui. Il poussa un nouveau soupir.
« Tous les matins... »
Harry s'installa à la table du salon, où le bond prenait son petit déjeuner. À peine fut-il assis qu'une tasse de chocolat chaud apparut devant lui. Il leva les yeux vers le blond et lui lança un faible sourire en guise de remerciement qu'il ignora royalement. Le brun prit la tasse et en huma l'odeur chocolatée, fermant les yeux, savourant la chaleur qui se transmettait à travers ses paumes.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, il eut le temps d'apercevoir le blond détourner les siens avant de se replonger dans la lecture de son journal. Harry ouvrit la bouche pour parler mais à nouveau, rien ne vint perturber le silence régnant dans la pièce. Il fit de grands signes au blond qui fit mine de ne pas le voir. Exaspéré, il prit une poignée de céréales dans le bol qui venait d'apparaître avant de la jeter sur le Serpentard, qui sursauta violemment.
« Par Merlin mais qu'est-ce que tu fais ? » s'écria-t-il en décollant la petite étoile qui s'était collée à sa joue. « Tu trouves ça drôle, Potter ? »
Harry lui fit une série de gestes que le blond ignora en se tournant à nouveau vers son journal.
« Si tu veux me parler, utilise le sort que t'as appris Severus. »
Le brun soupira avant de sortir sa baguette de sa poche et de l'agiter dans le vide. Aussitôt, une série de lettres étoilées apparurent à quelques centimètres du visage du blond, qui releva la tête.
« Oui, je vais en cours, Potter, comme tous les jours. Autre chose ? »
A nouveau, le brun agita sa baguette et, après un moment de silence, le blond soupira.
« Je finirai quand j'aurai fini, Potter ! T'es qui, ma mère ? Lâche-moi la grappe un peu ! » Cracha-t-il avant de refermer violemment le journal.
Il se dirigea vers l'entrée, agrippa son sac, sa cape, puis sortit. Aussitôt, tout ce qui se trouvait sur son côté de la table disparut, laissant comme seule trace de son passage le journal posé sur le sofa.
Harry resta un moment à observer la place qu'avait occupé le blond: il n'aimait pas se retrouver seul dans ces grands appartements dont il ne pouvait briser le silence oppressant. Seules les quelques réponses, aussi glaciales pouvaient-elles être, que daignait lui adresser le blond lui témoignait de ses capacités auditives. Une fois le Serpentard parti, Harry se retrouvait seul, perdu dans un flot de questions auxquelles aucune réponse ne semblait se présenter. Il n'avait pas le droit de sortir des appartements du blond, et ce pour une raison simple: il ne pouvait utiliser ses pouvoirs.
En effet, privé de sa voix, le brun était dans l'impossibilité de lancer le moindre sort. Au terme de leur septième année d'étude, les sorciers se doivent d'être capable de jeter des sorts sans avoir à les prononcer, évitant ainsi de donner un avantage à l'adversaire ainsi que le temps de préparer sa défense. Mais l'année scolaire venant de commencer et les récents évènements avaient dérangé le programme du brun.
Ainsi, aussi longtemps qu'il restait muet, il était vulnérable face à la moindre petite attaque, comme un Moldu. Le seul sort qu'il pouvait lancer était celui que lui avait appris le professeur Rogue, lui permettant de communiquer avec les autres.
Il sursauta légèrement lorsque, dans un plop sonore, une pile de livres apparut devant lui. Il leva les yeux vers l'horloge située à l'autre bout de la pièce: 9h00. Même s'il ne pouvait assister aux cours, certains professeurs s'assuraient qu'il participait aux travaux dirigés. Il observa un moment le chaudron qui venait d'apparaître à ses pieds avant de lever les yeux alors que des lettres apparaissaient devant lui. Il reconnut immédiatement l'écriture du professeur de potions: fine, noire, délicate mais qui trahissait toute l'autorité et la froideur dont pouvait faire preuve l'ancien Mangemort.
Une fois la liste des ingrédient écrite, ceux-ci apparurent sur la table. Dans soupir, Harry se pencha pour attraper ce qui ressemblait à une racine de mandragore lorsqu'il fut pris d'un violent vertige. Dans un bref flash de lumière, il se revit a Près-au-Lard, ses pas dans la neige, des voix, de longues capes noires...
Il bascula en arrière et se rattrapa au sofa pour ne pas tomber. Depuis quelques jours il avait ces flashs qui explosaient dans sa tête, il revoyait ce qu'il s'était passé ce jour-là, ce qu'il avait fait. Il prit une profonde inspiration en se rendant compte que sa respiration s'était coupée. Il ne se rappelait pas de tout en détails mais une chose était sûre: il avait tué. Lui, le gentil Harry Potter que tout le monde adulait, lui qui n'était pas capable de s'en prendre à qui que ce soit, il avait ôté la vie. Une petite voix dans sa tête ne cessait de lui murmurer qu'au fond, il n'avait fait que se débarrasser d'un Mangemort à la solde de Voldemort, mais cela ne suffisait pas à combler le vide qu'il ressentait. Cela n'avait rien à voir avec les morts qu'il avait pu causer sur le champs de bataille, qui résultait de l'auto-défense. Dans ce cas, il avait tué sans qu'il n'y ait eu de combat au préalable. Sur le coup, cela lui était apparu comme simple, normal et c'est justement ce sentiment qui le répugnait à présent.
Il n'avait pas le droit de prendre de vie, pas après toutes ces personnes chères à son cœur qui avaient péri injustement, pas après tout ce pourquoi il s'était battu. En ôtant la vie à Goyle senior, il avait franchi une limite, une limite qui séparait le Bien du Mal, qui le rapprochait de son ennemi juré, une limite qui avait fait de lui un monstre. Il était donc normal qu'il soit puni, par la perte de sa voix et donc, de ses pouvoirs. Il n'avait d'ailleurs aucune envie de les retrouver pour le moment, acceptant la punition.
Bien sûr, il n'en avait pas parlé aux autres. Pour une raison qui lui échappait, personne ne semblait être au courant de ce qu'il avait fait, pas même Malfoy qui avait pourtant assisté à la scène. Et puis, malgré le fait qu'il avait utilisé un sort impardonnable, il n'avait rien reçu de la part du Ministère de la Magie, pourtant très à cheval sur le règlement. Pourquoi ce manque de réaction ? Le devait-il à sa notoriété ? Pourtant le Ministère avait été clair à ce sujet: au regard de la loi, il n'était ni plus ni moins que Potter, sorcier de 17 ans, responsable devant celle-ci.
Alors qu'il était plongé dans ses pensées, il entendit une sorte de cliquetis. Il leva la tête et vit un hibou perché à la fenêtre qui lui faisait face, une lettre coincée dans son bec. Cela devait sans doute être une lettre destinée au blond. En effet le Serpentard recevait une dizaine de lettres par jour, presque que des lettres d'amour qui finissaient à la poubelle aussitôt le blond rentré. Parfois, une lettre était sauvée des ordures ou des flammes mais son contenu ou expéditeur étaient gardé secret, aussi Harry se voyait il formellement interdit d'y toucher, sous peine d'être banni à jamais des appartements du blond. Il soupira en entendant le hibou taper du bec sur la vitre, attendant que le brun ne vienne le décharger de son fardeau.
« Tu n'as qu'à la poser sur le comptoir avec les autres horreurs. » Marmonna Harry en lui tournant le dos.
Comment le blond pouvait-il attirer autant de filles ? En quoi son narcissisme exacerbé, son égoïsme abusif et son arrogance frustrante pouvaient ils attirer la gente féminine ? A croire que les garçons gentils et honnêtes n'étaient plus au goût du jour, ou que les femmes avaient développé un certain attrait pour le masochisme.
Le hibou émit un cri qui le fit sursauter et se retourner; en une fraction de seconde, le volatile s'était posé sur son épaule.
« Hey ! Qu'est-ce que tu fais ! » S'écria Harry en tournant sur lui-même, tentant de déloger le hibou, qui en réponse, se cramponna un peu plus à son épaule, lui arrachant un cri de douleur. « Ok ! Ok ! » Reprit-il en levant les mains en signe de soumission.
L'oiseau émit un petit cri de contentement avant de pencher la tête vers le brun, qui cueillit l'enveloppe noire. De par la rudesse du papier et les arabesques qui y étaient dessinées, Harry put deviner la haute qualité de la lettre, et donc son importance. Soudain, dans une bourrasque de vent, l'oiseau s'envola et quitta la pièce dans un chant mélodieux. Aussitôt, dans un « pouf » sonore, la lettre s'ouvrit et une écriture fine et élégante se dessina sous les yeux du brun.
Draco,
Comme tu dois t'en douter, en t'alliant à l'ennemi, tu as tourné le dos à ta famille, par conséquent, et ce à partir de la réception de cette lettre, tu ne fais officiellement plus partie de la lignée des Malfoy.
Tu fais à présent partie du camp adverse, et sache qu'aucun Mangemort n'hésitera à t'éliminer si l'occasion se présente, surtout depuis ce qu'il est arrivé à Goyle senior.
N'essaye plus de nous contacter, ta mère et moi, pour nous, tu n'existes déjà plus.
Mais si je pouvais te donner un dernier conseil de père, ce serait celui-ci: Ne fais pas l'erreur de croire que Poudlard est un endroit sûr pour toi, tes amis d'hier sont tes ennemis d'aujourd'hui.
Lucius Malfoy
Harry se figea, pétrifié face aux mots qui disparaissaient déjà devant ses yeux. Il resta un instant les yeux dans le vague avant de se redresser vivement et de foncer vers la porte, baguette à la main.
Cela faisait plusieurs minutes qu'il avait terminé sa potion et qu'il attendait que le cours finisse. Du coin de l'œil, il perçut le regard approbateur de son parrain et lui répondit d'un micro sourire que seul le Maître des Potions était en mesure de discerner dans les traits impassibles du blond. En y repensant, l'espion Mangemort était le seul « parent » qui lui restait à présent, car il n'était pas dupe: sa famille avait sans doute déjà effacé toutes traces de son existence et coupé tous liens avec ce fils indigne qui les avait humilié. Il fronça les sourcils, qu'il en soit ainsi, il préférait encore être banni qu'asservis. Au sein de l'Ordre, il ne se sentait pas entravé: on ne lui demandait rien de plus que de faire son boulot, pas de liens hypocrites avec les autres, pas d'avilissement envers un connard de serpent, et surtout, pas de saloperie de marque.
Il soupira en se demandant qui pourrait bien prendre la place du vieux Dumbledore une fois celui-ci disparu, car s'il y avait bien une chose dont il était certain, c'était qu'Albus Dumbledore ne survivrait pas à cette guerre.
« Bien, le cours est terminé, veuillez me remettre vos fioles à présent. » Retentit la voix traînante du professeur. « Monsieur Weasley, j'ai dit posez cette louche ! »
Avec toute la grâce que lui permettait son éducation, Draco se leva, jeta négligemment son sac sur l'épaule et s'éloigna, non sans un signe de tête pour son parrain. A peine avait-il quitté la pièce qu'il entendit quelqu'un crier son nom. Il n'eut pas le temps de se retourner qu'il sentit qu'on lui rentrait dedans.
« Draco ! Je t'ai cherché partout ! »
Le blond fronça les sourcils, cela faisait une semaine qu'aucun Serpentard ne lui avait adressé la parole et voilà que depuis le début de la matinée, tous ses anciens camarades se comportaient normalement avec lui, comme si de rien n'était, et à présent, Pansy Parkinson revenait vers lui. Que se passait-il ?
« Tu viens ? On va faire un tour avant le cours de Flitwick ! » Dit-elle en lui agrippant le bras pour le tirer vers les jardins où s'étaient réunis les élèves durant l'inter-classe.
« Non merci. » Répondit-il en se libérant. « J'ai autre chose à faire. » Dit-il en tournant les talons, mais la Serpentarde s'accrocha à sa robe, le forçant à s'arrêter.
« S'il te plait Draco ! » Implora-t-elle, et il crut discerner dans sa voix une pointe de terreur.
« Pansy, qu'est-ce que... »
Il ne put finir sa phrase car il se figea en sentant un bras passer autour de son cou.
« Eh Draco ! Amène toi, on voudrait te dire deux mots ! » Entendit-il à sa gauche.
Il se retourna et aperçut le visage bouffi de Crabbe, qui répondit à son regard interrogateur par un sourire qui fit gonfler ses joues. Un peu plus en retrait, Goyle l'observait sans un mot.
« Vincent ! Arrête je t'en supplie ! » Cria Pansy alors que les deux gorilles entraînaient le blond vers les cachots, à l'abri des regards.
Draco tenta de se débattre mais c'était inutile face à Crabbe et Goyle. Il ne pouvait même pas atteindre sa baguette. Il se laissa alors porter (car ses pieds ne touchaient même plus le sol) par les deux Serpentards, avec comme seul bruit celui de leurs pas, et des suppliques incessantes de Pansy.
Lorsqu'il fut jeté à terre, il leva les yeux vers ce qui lui sembla être une grotte au vu des murs irréguliers et humides, ainsi que de l'absence de lumière. Il reconnut sans problème la Salle sur Demande qu'il avait lui même façonné en quatrième année pour y torturer les élèves d'années inférieures. Il connaissait donc tout de cette salle, des pièges dont elle regorgeait, ainsi que des multitudes d'objets de torture qu'elle offrait. Il ne put retenir un rictus face à l'ironie de la situation dans laquelle il se trouvait.
« Crabbe ! Goyle ! Laissez moi lui parler ! » S'écria Pansy en entrant à son tour dans la salle, qui se referma derrière elle.
« Il n'y a rien à dire. » Répondit Goyle en sortant sa baguette.
« Goyle, ne fais pas... »
« IL A TUÉ MON PÈRE ! » Hurla le Serpentard et son cri résonna dans la pièce. « Il l'a tué Pansy ! Que penses-tu qu'il y ait à dire, HEIN ? »
Draco se figea brusquement. Alors c'était ça, tout le monde pensait qu'il était le meurtrier de Goyle senior. Un nouveau rictus se dessina sur ses lèvres, évidement, personne n'avait ne serait-ce qu'imaginé que cela puisse être Potter. Tant mieux, car privé de ses pouvoirs, le binoclard n'aurait pu se défendre face à d'éventuelles représailles.
« Ce rat nous a tous trahi ! » Vociféra le Serpentard en se tournant vers le blond. « Tu nous as trahi Draco...pourquoi ? Pourquoi t'être alliés à ces chiens de Gryffondors ! »
Tout le monde était convaincu de sa culpabilité donc. Pourtant, Bellatrix avait été présente également, elle avait vu toute la scène et avait semblé terrorisée par quelque chose, quelque chose qui venait de Potter. Sa force peut-être ? Ou son manque d'hésitation à tuer quelqu'un ?
« Pourquoi avoir renié ta famille pour cette bande de trolls ! Pourquoi nous avoir fait ça à nous ? A moi ? »
Pour une raison qui lui échappait, la Mangemort n'avait pipé mot de la présence de Potter ce jour-là. Alors personne n'en avait encore après le brun, et puisque personne n'était au courant de sa perte de pouvoir, alors il était en sécurité.
« Pourquoi ! Réponds moi Draco ! »
Il était en sécurité et devait le rester.
« Draco ! »
Et pour cela, il fallait que l'attention des Mangemorts se focalise sur autre chose, ou plutôt sur quelqu'un d'autre. Il leva la tête et sourit, soulagé.
« ENFLURE ! » S'écria Goyle en pointant sa baguette vers le blond qui ne le regardait toujours pas.
« GOYLE ! ARRÊTE ! » Hurla Pansy.
« DOLORIS ! »
Draco leva sa baguette et il sentit la bulle qui l'avait entouré vibrer en repoussant l'attaque du Serpentard qui recula sous la surprise, mais n'eut pas le temps de faire appel à un nouveau sort, frappé par la tétanie imposée par le Petreficus Totalus du blond. Il tomba lourdement au sol, sa baguette toujours dans la main.
« Un traître, hein ? » Murmura le blond en se relevant. « Aurais-tu oublié qui t'as appris le peu de choses que ta tête de demeuré a bien voulu retenir ? Sans moi, tu ne serais même pas capable de tenir cette baguette que tu agites si fièrement devant mon nez. »
Il épousseta sa cape blanchie par la poussière qui jonchait le sol et s'approcha du gorille, toujours immobilisé. Heureusement pour lui, en intégrant l'Ordre, il avait suivi un entraînement de titan avec son parrain, qui lui avait appris à faire appel à certains sorts sans avoir à les prononcer.
« Tu sais pourquoi j'ai tué ton père, Goyle ? » Demanda-t-il en se penchant vers le corps de son ancien ami. « C'est parce que je ne supporte pas les larbins inutiles dans votre genre, ça me rends malade. » Siffla-t-il.
Le Serpentard étouffa un gémissement alors que des larmes de colère glissaient sur ses joues rebondies.
« Et tu sais quoi ? Tu en es un aussi. » Reprit le blond en écrasant la baguette de Goyle du talon, faisant craquer le bois. « Laisser un salopard de serpent te dicter ce que tu dois faire, décider si ta vie vaut la peine de continuer, qui tu dois épouser, qui tu dois fréquenter, il faut vraiment être un PUTIN DE LARBIN pour accepter ça, tu ne crois pas ? »
Il sentait que sa voix tremblait, mais il ne pouvait plus s'arrêter, toute la colère et la haine qu'il ressentait pour ce système avait pris possession de lui.
« Ce père que tu pleures Goyle, n'aurait pas hésité à te sacrifier sur l'autel de la servitude. » Dit-il en pointant à nouveau sa baguette sur lui. Quelque part, loin derrière lui, il entendit Pansy crier son nom. « Ce père que tu pleures t'aurait lui-même tranché la gorge pour un caprice de ce salopard de Voldemort ! » Cria-t-il en pointant sa baguette à la gorge de Goyle, dont les yeux exorbités ne reflétaient plus aucune haine ou colère, mais une surprise immense qui semblait être la raison de son immobilisme.
Derrière lui, les cris de Pansy s'étaient tus. Alors qu'il ouvrait la bouche pour lancer son sort, un bruit d'explosion se fit entendre à sa gauche et il fut projeté au sol.
Cela faisait un moment qu'il courait à travers les couloirs du château. A cette heure-ci, le Serpentard devait avoir terminé son cours de potions. Il avait donc cherché à la bibliothèque ainsi que dans la Grande Salle, provoquant la stupeur chez les autres élèves, qui n'avaient pas vu le Survivant depuis une semaine. Certains étaient persuadés que le brun était parti en entraînement intensif en compagnie du directeur, dont seul lui avait le secret.
Il courait un peu au hasard, ne pouvant demander d'aide à personne sous peine de voir son secret découvert. Personne ne devait savoir qu'il ne pouvait parler. Il déambula ainsi pendant une dizaine de minutes avant de se retrouver face à la salle qui mène aux cachots. Là, au bout du couloir sombre, il trouva le sac du blond. Ses sens se mirent en alerte et son corps se mit à battre plus vite. Il leva la tête et balaya les environs sans rien y trouver d'anormal. Il se leva donc pour reprendre sa recherche, lorsqu'il sentit qu'on lui empoignait le bras? Il bascula en arrière, coupé dans son élan.
« Monsieur Potter. » Entendit-il derrière lui. « Je me demandais ce qui avait bien pu vous empêcher de m'envoyer votre potion, mais je vois maintenant, promenade matinale ? »
Le Survivant n'eut pas le temps de réagir qu'il se vit entraîner dans la salle de cours. Une fois la porte fermée, le professeur se tourna vers lui.
« Êtes-vous débile ou tout simplement trop imbu de vous-même pour vous rendre compte du danger auquel vous vous exposez en vous promenant sans défense ? »
Il ouvrit la bouche pour répliquer mais la referma aussitôt.
« Les membres de l'Ordre font de leur mieux pour vous faire oublier le temps de trouver une solution à votre perte momentanée de pouvoirs et vous, vous fichez tout en l'air en...bon sang quoi Potter ? Utilisez le sort que je vous ai appris par Merlin ! »
D'un coup de baguette, les mots retenus par le brun apparurent.
« Draco ? Il vient de quitter mon cours il y a moins d'une heure, pourquoi ? Quoi ? En danger ? »
Il n'avait pas le temps de lui expliquer, avait-il un moyen de savoir où se trouvait le blond ?
« Certainement. » Répondit l'ex Mangemort en sortant un parchemin usé du pli de sa robe.
La carte des Maraudeurs ! Il la lui avait confisqué lors de sa cinquième année et le brun avait toujours déploré cette perte.
« Étrange, je ne le vois nulle part... » Annonça Snape en levant un regard interrogateur vers le brun. « Qu'est ce que cela veut dire, Potter ? »
Mais le brun ne l'écoutait plus. Pas sur la carte, était-il en dehors de Poudlard ? Non, il n'avait aucune raison de partir aussi précipitamment et son sac retrouvé au sol prouvait qu'on l'avait emmené de force. Il fallait donc trouver une autre solution, un endroit qui bloquait le pouvoir de la carte, où l'on ne pouvait être repéré...
Harry redressa vivement la tête et, sans faire attention aux cris du professeur derrière lui, il se mit à courir aussi vite qu'il le pouvait.
C'est à bout de souffle qu'il arriva dans le couloir du septième étage, et il prit un moment pour reprendre ses esprits. Si Draco n'était pas visible sur la carte des Maraudeurs, alors il ne pouvait se trouver que dans la Salle sur Demande, là où personne ne pourrait venir le chercher. C'était donc l'endroit idéal pour y entraîner le blond et le tuer si quelqu'un en avait l'envie. Et depuis l'attaque des Détraqueurs, Harry était certain que la couverture du blond avait sauté, à présent, tous les Serpentards devaient être au courant que Draco Malfoy était un membre de l'Ordre.
Une fois les battements de son cœur calmés, il se redressa et commença à longer le couloir. Il devait passer trois fois devant la porte invisible pour la faire apparaître. Malgré tout, il n'avait surement pas imaginé que quelqu'un puisse oser s'attaquer au blond a sein même de l'école, car les membres de l'Ordre y bénéficiaient d'une protection toute particulière.
Et pourtant...
Il secoua vivement la tête, il devait se concentrer, penser fort à ce qu'il voulait afin de faire apparaître la porte. Draco se trouvait quelque part derrière ce mur, en grand danger, et dans l'immédiat, il était le seul à pouvoir l'aider. Bien sûr, Rogue avait sans doute déjà du tirer la sonnette d'alarme, mais les autres arriveraient trop tard, il le sentait. Il ferma les yeux et se concentra.
Je veux la salle où se trouve Draco.
Il ouvrit les yeux mais devant lui, le mur n'avait pas changé. À nouveau, il longea le couloir à trois reprises et ferma les yeux, réitérant sa demande silencieuse. Mais rien ne se passa. Il fronça les sourcils.
Je n'ai pas le temps pour ça ! S'écria-t-il mentalement. Laisse moi entrer !
Il posa les mains sur le mur et un frisson lui parcourut l'échine au contact de la pierre froide. Pourquoi la porte ne voulait-elle pas apparaître ? Il savait que ça n'avait rien à voir avec son mutisme puisqu'il n'était pas nécessaire de formuler sa requête à voix haute.
« Parfois, elle est là, parfois, elle n'y est pas, mais quand elle apparaît, elle contient toujours ce qu'on cherche. »
Les mots qu'avait prononcé Dobby lors de sa cinquième année résonnèrent dans sa tête. Parfois, elle n'y est pas ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? Que la salle pouvait disparaître ? Non, il était certain que le blond se trouvait à l'intérieur, il le sentait.
Je t'en supplie, apparais !
Ne vit aucun changement, il poussa un cri de rage muet et son poing vint cogner contre la pierre. Aussitôt, il fut assailli de flashs de l'attaque du Prés-au-Lard, il se revit marcher dans la neige aux côtés de Ron et d'Hermione, tous les trois admirant l'Éclair d'Argent. Il tenta de se raccrocher à quelque chose, mais le mur paraissait soudain étrangement lisse sous ses doigts. Sa mâchoire se referma brutalement alors que de nouveaux flashs le frappaient: la petite ruelle qui l'avait mené à l'impasse dans laquelle Draco était attaqué, le bas des capes des deux Mangemorts glissant sur le sol, et cette sensation...
Il glissa au sol, les mains toujours collées au mur, le visage contracté par la douleur qui explosait dans sa tête.
Cette sensation que quelque chose se réveillait au plus profond de lui, comme une force maléfique longtemps enfouie en lui et qui cherchait à se libérer. Et quelque part, il savait que si elle décidait de sortir, il ne pourrait lui résister. Puis, il avait senti comme un trou béant se former dans sa poitrine, un trou qu'il se devait absolument de combler, et ce n'était qu'en laissant cette force prendre possession de lui qu'il y arriverait.
S'il-te-plait...s'il-te-plait...
Alors pendant un instant, un moment si court qu'il lui était impossible de le mesurer en secondes...
...je t'en conjure...
...il avait cessé de la combattre, et s'était laissé aller, tout simplement.
...Aide moi !
Et il s'était senti libéré, car ce n'était plus lui qui prenait les décisions, plus lui qui devait porter le poids de ses actions. Alors, à nouveau, pendant ce minuscule laps de temps, il se laissa aller.
Et le noir se fit.
C'est en ouvrant les yeux qu'il se rendit compte qu'il avait perdu connaissance pendant quelques minutes. Il tenta de se redresser mais retomba lourdement au sol, pris d'un violent vertige. Il porta une main à l'arrière de son crâne et ses doigts rencontrèrent un liquide visqueux. Il leva les yeux: au-dessus de lui, un nuage épais de fumée s'était formé et quelques morceaux de ce qu'il reconnut comme étant du bois retombaient au sol. En tournant la tête vers la gauche, il vit une forme allongée à quelques mètres de lui: Pansy. Ignorant les plaintes de son corps, il se releva et courut vers la jeune Serpentarde.
« Pansy ! Pansy ! Réveille toi ! » Cria-t-il en secouant légèrement la jeune fille, qui grommela des mots incompréhensibles avant d'ouvrir les yeux.
« Drake ? Que s'est-il passé ? » Demanda-t-elle d'une voix faible.
« Je n'en sais rien. Tu peux te lever ? »
La brune acquiesça en attrapant la main tendu par le blond. Draco jeta un coup d'œil par dessus l'épaule de la jeune fille.
« Tu sais où sont les autres ? Il faut absolument... »
« Attention ! » S'écria la brune en le poussant violemment au sol, avant d'être projetée en arrière par un éclair rouge.
« Pansy ! » Appela le blond, mais il ne reçu aucune réponse des ténèbres dans lesquelles la jeune fille avait été jetée.
Il se releva, baguette pointée devant lui mais le noir qui régnait à présent dans la salle ainsi que la fumée l'empêchaient de voir à plus de 2 mètres. Soudain, il entendit des bruits de combats, comme des sorts qui s'entrechoquent. Il se dirigea vers les bruits en enjambant les morceaux de bois qui jonchaient le sol.
« DOLORIS ! ENDOLORIS ! » Entendit-il à sa droite et aussitôt, des éclairs zébrèrent à travers la salle vers un point situé quelques mètres à sa gauche.
Un éclair blanc, beaucoup plus puissant que les deux sorts lancés, transperça le nuage de fumée dans un bruit assourdissant. Un cri déchirant s'éleva alors et une masse sombre atterrit brusquement aux pieds du blond, qui fit un bond en arrière. Après quelques secondes, Draco reconnut la silhouette de Crabbe. Il allait s'avancer vers lui lorsqu'à nouveau, des éclairs rouges et verts traversèrent la salle, un peu plus loin. Il se mit à courir, un mauvais pressentiment lui serrant le cœur. Après un instant, il lui sembla sortir du nuage de fumée, et se retrouva face à une baguette.
« Oh oh, du calme, c'est moi ! »
« Draco ! » S'écria Goyle. « Il faut faire quelque chose, il est devenu complètement taré ! »
Le blond fronça les sourcils. « De quoi tu parles ? »
Mais le Serpentard ne l'écoutait plus, ses yeux écarquillés fixaient quelque chose par dessus son épaule. Il se tourna. Une silhouette avançait vers eux, il ne put d'abord par distinguer ses traits de par le contre jour crée par l'entrée de la salle, dont la porte avait explosé, puis, alors que la personne se rapprochait, il put la voir plus clairement.
« Potter ? Qu'est-ce que tu fous ici ! » Demanda-t-il en se dirigeant vers le brun.
« Ne t'approche pas de lui ! » S'écria Goyle, mais le blond ne l'écouta pas.
En quelques enjambées, il se retrouva près du brun, qui n'avait toujours pas posé les yeux sur lui.
« Eh, Potter ! » Appela-t-il, mais le Survivant ne lui répondit pas.
Fronçant les sourcils, il leva un bras pour agripper le col du Gryffondor, mais lorsque ses doigts effleurèrent le jeune homme, une puissante décharge électrique lui parcourut le corps, le projetant au sol. Il eut le souffle coupé pendant quelques secondes, le corps crispé par le choc.
« Espèce de salaud ! » Entendit-il Goyle jurer, et à nouveau, un éclair rouge fonça vers le brun.
Draco se redressa au moment où le brun levait un bras pour dévier l'attaque du Serpentard. Le blond écarquilla les yeux, comment était-ce possible ? Personne ne pouvait dévier un sort d'une main ! Surtout pas un gamin d'à peine 17 ans ! Il vit le brun lever sa baguette et le temps sembla ralentir pendant un court instant, alors qu'il était pris d'un sentiment de déjà-vu. Maintenant qu'il y pensait, le brun avait eu la même attitude au Près-au-Lard lorsqu'il s'était attaqué à Goyle Senior et Bellatrix. Ce même visage impassible, cette étrange aura qui l'entourait, et cette peur qui le prenait en le regardant. C'était le Harry Potter qui avait lancé un sort mortel de sang froid.
Et il s'apprêtait à faire de même avec son camarade.
D'un geste vif, il se releva et courut vers le brun alors que celui-ci prononçait le sort impardonnable. Il se jeta sur lui et agrippa le bras qui tenait la baguette. Aussitôt, une nouvelle décharge électrique lui transperça le corps, mais il s'accrocha au bras du brun et appuya de tout son poids. Il sentit le jeune homme perdre équilibre et, dans un cri de douleur, il bascula en arrière, entraînant le brun dans sa chute. Son dos heurta violemment le marbre froid et le courant électrique cessa. Il resta un moment la mâchoire serrée, tentant de calmer les violents soubresauts de son corps, puis, il baissa la tête vers le corps qu'il tenait dans ses bras. Son cœur manqua un battement et son souffle se coupa alors que son regard croisait deux yeux reptiliens. Le brun cligna alors des yeux et, en un millième de seconde, il avait retrouvé ses yeux émeraudes. Il regarda le blond un moment, surpris.
« Draco ? C'est toi ? »
Le blond ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Néanmoins, après quelques secondes, un fin sourire apparut sur les lèvres du brun.
« Je suis content qu'il ne te soit rien arri... »
La tête du brun retomba lourdement sur le torse du Serpentard. Au loin, il entendit les pas précipités de ceux qu'il devinait être les membres de l'Ordre. Ses yeux se posèrent à nouveau sur le brun et il resserra son étreinte sur lui avant de sombrer également dans les ténèbres.
A suivre.
