Bonjour, bonsoir mes très chers amis!
Aujourd'hui, voici un nouveau chapitre de votre fanfiction préférée!
Ahhhhh si vous saviez! Il s'en est passé des choses depuis la dernière fois!
J'espère de tout coeur que vous apprécierez la suite... J'ai essayé de rentrer encore plus profond dans la tête de notre Mia nationale, alors ne vous étonnez pas de la confusion occasionnée ;)
Toute bonne lecture et à la prochaine!
La brise souffle sur la ville.
Amiastine remonte un peu plus le col de son manteau et rentre la tête entre ses épaules. À côté d'elle se tient Lysandre, qui lui aussi devrait être emmailloté dans diverses couches de pulls, mais qui ne porte que son éternelle chemise bouffante, un veston brodé avec une précision digne d'un grand couturier et, pour la forme, une écharpe tricotée. En voyant son invitée resserrer le peu de tissu n'étant pas encore collé contre son cou, le jeune homme sourit.
- Tu devrais le dire, quand tu as froid…
Ni une, ni deux, Mia se retrouve avec l'écharpe enroulée en-dessous de son menton et laisse échapper un petit soupir de soulagement. Rougissant un peu, comme à son habitude, elle hoche la tête en guise de remerciement.
Cela ne faisait que quelques minutes qu'ils étaient installés sur ce balcon – sur la proposition de Lysandre – mais la morsure glacée du vent l'avait tout de suite frigorifiée et jamais elle ne s'en serait plaint. L'idée de sortir de la pièce où tous deux avaient été en proie à un terrible malaise n'avait pas nécessité la moindre concertation : la maîtresse de maison avait à peine eu le temps de quitter les lieux que les deux jeunes étaient déjà dans leurs chambres respectives… Jusqu'à ce que Lysandre vienne doucement frapper à la porte d'Amiastine en lui demandant de s'habiller pour venir à l'extérieur avec lui.
Ça m'a fait une drôle d'impression de voir Lysandre à côté de sa mère… Au moins je sais pourquoi je trouvais un air familier à ses pupilles dorées : son fils en porte une toute pareille ! Mais de le voir sur le palier me conforte dans l'idée que ce devait être lui ce matin… Et dire qu'il m'a vue dans cette… dans cette chemise ! La sienne en plus !
En repensant à sa matinée, Amiastine ne peut s'empêcher de rougir de plus en plus fort.
Je parie que même la plus myope des taupes pourrait compter précisément le nombre de taches de rousseurs existantes entre mes deux yeux, tellement elles doivent se voir ! Et Lysandre qui est juste à côté…
Du coin de l'œil, la rousse tente de vérifier dans quelle direction regarde le chanteur, mais se retourne plus vite que la foudre en apercevant une mèche noire virevolter vers elle.
Mille milliards de mille sabords ! Reprends-toi un peu, pauvre sotte !
- Comment tu le dis ?
Interloquée, la jeune fille porte son regard sur les reflets argentés de l'adolescent, qui se retourne pour lui faire face. Une bourrasque agite les branches des arbres alentours et quelques feuilles tourbillonnent en une danse effrénée vers le ciel d'un bleu glacé. D'un geste de la main d'un naturel honteusement calculé, quoiqu'un peu trop accentué et ralenti, Lysandre dégage son visage en repoussant ses cheveux en arrière. Geste quasiment inutile, puisque ses mèches reviennent naturellement prendre leur place, cachant presque ses yeux.
Le connaissant, il voudra bientôt les couper… Je me demande d'où vient cette démarcation… Une couleur peut-être ? Étrange, je ne me souviens pas de l'avoir jamais vu avec les cheveux noirs…
Pourtant, le jeune homme ne semble pas y faire attention, les sourcils légèrement froncés dans une expression pensive. Et d'un coup, toute sa face s'éclaircit et un grand sourire vient se poser sur ses lèvres.
- En langue des signes… Comment tu le dis ?
Pendant une seconde, elle ne semble pas comprendre sa demande, mis à part le fait qu'il l'ait questionnée sur cette langue qu'elle déteste tant. Ce temps passé, la mémoire lui revient et se rend compte que son hôte lui demande de signer un remerciement. A cette idée, Amiastine fait la moue.
Je ne comprends toujours pas pourquoi il s'intéresse à ça ! Cette langue est stupide, elle ne mérite même pas le nom de langue, puisque la mienne reste inerte derrière mes dents…
Malgré son ressentiment, elle vient toucher son menton du bout des doigts, puis présente sa main devant elle avec fluidité, paume vers le haut. De son côté, Lysandre imite le geste, les yeux brillants devant le petit hochement de tête faisant office de validation. Après quelques itérations, il refait face à son amie et la regarde avec un sourire aux lèvres.
De son côté, Amiastine s'est replongée dans ses pensées, les yeux perdus dans le vide, frissonnant sous la caresse du vent automnal. Les feuilles dansent toujours, portées par le souffle froid vers une destination inconnue. Dans le jardin – en effet beaucoup plus charmant que l'esquisse qu'elle s'en était faite le soir d'avant – quelques asters et violas se balancent aux côtés des pensées juste en dessous d'une grande fontaine de pierre. Un peu plus loin, un chemin de dalles parcourt le gazon, sinueux entre les parterres de fleurs, les arbres et les buissons, menant à une petite retraite entourée de lierres et autres plantes grimpantes. A l'ombre de leurs feuilles, un homme. Il semble suffisamment âgé pour être le père de Lysandre, mais le maître de maison ne s'occuperait certainement pas d'arracher les mauvaises herbes habillé d'un simple bleu de travail alors qu'il profite des services d'un majordome et d'une femme de chambre (au moins) ! Délaissant la vue de ce jardinier tout à sa tâche, la jeune fille tourne son regard vers le ciel parsemé de nuages cotonneux.
Avec un peu de chance, il ne pleuvra pas avant la nuit… Vu que je n'ai ni parapluie, ni capuchon, ça serait préférable pour rentrer dans un autre état que celui d'une serpillière ! Surtout avec ces vêtements…
Elle serre doucement son avant-bras et croit même sentir le doux toucher du chemisier emprunté à la mère de Lysandre… Enfin, emprunté… Offert si elle devait rentrer chez elle sans se changer !
Dans un sens, je sais que je ne peux pas accepter un tel cadeau, c'est beaucoup trop ! Mais de l'autre, je risquerais de la vexer si je n'emporte pas ces habits sur mon dos… Quelle misère ! Dans quoi me suis-je encore fourrée ?
Ses bras se rapprochent de son torse, l'entourant comme si une nouvelle vague de froid était venue la faire frissonner, mais le vent n'a rien à se reprocher.
Je ne veux pas que ça recommence… Pas comme là-bas… Pas avec eux… Ils ont l'air tellement gentils et semblent vraiment m'apprécier… Je ne voudrais pas les perdre, comme tous les autres…
C'est alors qu'elle se rend compte d'un bourdonnement près de son oreille droite. En tournant la tête, elle se retrouve face aux yeux vairons de Lysandre, qui devait la fixer depuis quelques bonnes secondes, si ce n'est des minutes. Gênée d'être ainsi observée, la jeune fille hausse les épaules et décolle un instant ses doigts de ses bras, tout en lui lançant un regard inquisiteur, les joues rosées. L'intéressé sourit et répète une fois de plus le geste précédemment appris.
- Tu ne te rends pas compte de ce que ça représente pour moi… Et je vois bien que tu n'apprécies pas mon intérêt, même si je ne comprends pas bien pourquoi. Mais je suis heureux que tu m'aies montré.
Amiastine reste interdite. Bien sûr, il a l'air sincère. Ils le semblent toujours. Mais cette fois-ci, quelque chose lui dit de ne pas avoir peur. D'avoir… confiance.
Et il sourit toujours. Ses lèvres sont étirées et relèvent ses pommettes. À sa grande surprise, même ses yeux sourient. Les quelques plis de sa peau en attestent.
J'ai connu des gens dont les yeux souriaient… Ils n'en sont pas restés pour autant… Ils… Que…
Deux mains viennent d'entourer la sienne. Celles de Lysandre.
- Ne crains pas de t'ouvrir aux autres, Mia. Les rencontres sont pleines de surprises ! Tu risquerais même d'être déçue en bien…
Devant tant de sincérité, la rousse ne peut empêcher ses yeux de se remplir de larmes, mais les essuie avant même qu'elles ne passent ses cils. Et pour la première fois depuis bien trop longtemps, elle décide de le croire.
Il a ses humeurs et ses réactions ne sont pas toujours prévisibles, ni compréhensibles, mais je suppose que c'est pareil pour moi… Peut-être que cette fois…
- Mia ? Mia ! Qu'est-ce que tu fais ici ? Viendrais-tu espionner ton vieux père ?
À ces mots, la jeune fille retire sa main de celles de son ami et se crispe, les yeux écarquillés face au jardinier qui s'approche de la fontaine.
- Ah Noah ! Nous profitions simplement de la douceur de la matinée… Tout se passe bien pour vous, au pays des plantes ?
- Ma foi, quelques mauvaises herbes par-ci, par-là, mais auriez-vous pu penser que derrière les…
Tout semble passer au ralenti. Le petit rire de Lysandre en réponse à l'anecdote de Noah… Son père.
Ils… ils se connaissent… mon père… travaille ici ? Ce n'est… pas vrai ? N'est-ce pas ?!
Devant ses yeux interdits, Amiastine voit son hôte descendre une marche, puis deux, dérivant doucement à la rencontre du jardinier, qui lui atteignait déjà la vasque en pierre.
Le temps s'étire de plus en plus.
Abasourdie par la situation plus qu'improbable, quoique douloureusement réelle, la rousse semble statufiée sur place.
C'est… un mauvais rêve… n'est-ce pas ? Ça ne peut pas… vraiment… arriver ? N'est-ce pas ?!
Puis, d'un coup, le temps reprend sa course habituelle.
Noah et Lysandre se sont rejoints en contrebas, dans le jardin, et discutent floraisons.
Les oiseaux chantent.
Le vent souffle.
Mia, elle, ne bouge toujours pas. C'est tout juste si sa respiration ne s'est pas stoppée.
Une feuille de hêtre caresse sa joue et vient se ficher entre ses boucles désordonnées. Enfin réveillée, elle examine toutes les options lui étant proposées :
Rentrer à l'intérieur du manoir et rejoindre « sa » chambre afin de s'y morfondre à jamais ? Mauvaise idée. Même si la demeure possède un grand nombre de pièces, Lysandre saurait tout de suite où la trouver.
Descendre les quelques marches la séparant des deux hommes et assister avec horreur à leurs… retrouvailles et les écouter discuter en affichant un sourire distrait ? Hors de question. Amiastine n'avait jamais vraiment compris tous ces enjeux d'honneur qu'on voit dans les films, mais de s'imaginer faire office de tapisserie alors qu'elle venait de découvrir que son père était au service de la famille du garçon qu'elle ai… Non, ce n'est vraiment pas concevable !
Il ne lui reste plus que…
La fuite ? Cela me semble assez enfantin, quoique pas beaucoup moins que d'aller m'enfermer dans une chambre qui n'est même pas la mienne… Oh ! Réfléchis bon sang ! Au moins une fois dans ta vie…
Retourner chercher ses affaires était impossible, étant donné son objectif : s'enfuir avant que quiconque s'en aperçoive.
Papa n'aura qu'à me les ramener, puisqu'il est siiiiiii intime avec Lysandre ! Et dire que je lui ai parlé de… Flûte ! Tant pis pour lui, il n'avait qu'à me dire chez qui il travaillait avant que je n'aille m'en rapprocher…
Encore sous le choc d'avoir été trompée – bien qu'elle n'ait jamais réellement cherché à connaître le nom des employeurs de son père – Amiastine repère le chemin pavé par lequel elle était arrivée le soir précédent à une dizaine de mètres sur sa droite. Au-dessous du balcon, les autres discutent toujours chiffons et commencent à se déplacer vers le fond du jardin, là où le plus vieux des deux s'amusait à tailler les mauvaises herbes quelques minutes plus tôt. Tout en marchant, le plus jeune (et le plus riche) se retourne vers la villa et adresse un signe d'invitation dans sa direction avant de reprendre le cours de sa conversation.
La jeune fille esquisse un petit sourire en agitant ses doigts, sans grande utilité pourtant, étant donné que Lysandre ne la regarde déjà plus. Le visage fermé, elle fait un choix.
Je ne peux… Je ne veux pas rester là !
Et sans plus attendre, elle s'élance vers sa seule échappatoire, d'abord au pas afin d'éviter d'attirer l'attention, puis, dès qu'elle atteint un angle mort dans le champ de vision des deux hommes, à la course. Les dalles du chemin sonnent sous les talons de ses bottes et viennent résonner dans son oreille interne, comme si des milliers de chevaux galopaient à en perdre haleine à ses côtés.
Au milieu de ce tintamarre, Amiastine croit entendre son prénom, mais n'en tient absolument pas rigueur. Tout ce qu'elle souhaite : retrouver sa chambre et la sécurité relative qu'elle lui procure au plus vite.
Ne t'arrête pas. Ne te retourne surtout pas. Si tu le fais, tu ralentiras et ils te rattraperont. Regarde devant toi. Continue de courir. Droit devant. Sans t'arrêter. Jamais…
Quelques instants plus tard, Amiastine se retrouve aux portes des jardins de la villa et, sans aucune autre forme de procès, continue sa course effrénée vers là où ses pas la conduiront. Très vite, elle se retrouve à traverser le parc dans lequel elle s'était endormie la veille, mais ne s'en rend même pas compte.
Son cœur bat à toute vitesse, ses boucles lui cinglent le visage et obscurcissent sa vision. Bientôt, son ventre se tord en un point sur le côté, mais malgré la douleur, elle ne ralentit pas.
Si… je m'arrête… ils… ils vont… me rattraper… et je… me sentirai… encore… plus stupide… qu'à l'instant… Je dois… continuer… Il… le faut !
Mais après quelques dizaines de mètres, la fugitive se voit obligée de ralentir pour respirer à fond et d'après un vieux truc qu'elle avait appris d'un enseignant sportif, elle vient appuyer sur le centre de douleur avec ses doigts et s'arrange pour inspirer et expirer le plus longtemps possible.
Si on m'avait dit que je me servirai de cette technique dans un contexte pareil, je ne suis pas sûre que je l'aurais cru. Quoi qu'il en soit, j'espère que cela va vite fonctionner !
Et en effet, après quelques inspirations et expirations assommantes, la douleur s'atténue et finit par disparaître. De son idée de reprendre un rythme plus conséquent, par contre, il ne reste plus rien. C'est donc d'un pas résolu qu'Amiastine poursuit sa route le long de routes inconnues, partant du principe que la ville ne pouvait pas être si grande que ça et qu'elle finirait bien vite par reconnaître un lieu ou un autre. Mais malgré son allure posée, la jeune fille ressent comme une ébullition à l'intérieur, et en portant les mains à ses joues, elle se rend à l'évidence que ces dernières sont bien trop chaudes et que son cœur ne cesse de battre la chamade. Elle ressent son flux sanguin pulser dans ses veines au même rythme singulier, ce qui devrait en théorie oxygéner tous ses membres, mais se trouve paradoxalement crispée de la tête aux pieds, presque tremblante.
Tout d'abord, la jeune fille a du mal à identifier le sens de cette passion, mais en repensant à l'image de son père et Lysandre en train d'échanger des banalités sur les fougères du jardin de ce dernier, Mia se trouve en proie à une recrudescence de cette émotion vivace, et la chaleur provoquée lui ouvre les yeux sur sa situation sentimentale.
De la colère… Voilà donc ce que ça fait… Maintenant que j'y pense, je ne suis même pas en colère, je suis totalement furieuse !
Et de cette fureur naît un autre sentiment qu'elle connait, malheureusement, bien trop. Doucement, sa gorge se noue et incite les larmes à se montrer.
Amiastine les chasse du revers de la main avant même qu'elles ne commencent à perler, sans jamais stopper sa progression vers nulle part.
Trahison.
Disgrâce.
Honte.
Colère.
Déception.
Le bruit de ses pensées tourbillonnant au centre de son crâne est assourdissant. Les mains sur les oreilles, Amiastine tente de faire taire les voix qui lui lancent toutes les injures du monde.
Monstre.
Imbécile.
Menteuse.
Hypocrite.
Les voix ont raison. Elles ne savent pas de quoi elles parlent. Si seulement elles pouvaient aider. Qu'elles se taisent !
Garce.
Incapable.
Traîtresse.
Derrière ses paupières, les lumières s'affolent et filent dans tous les sens, jusqu'à brouiller totalement la vue.
Traîtresse.
Traîtresse.
La tête tourne. Le monde s'efface tout autour.
Traîtresse.
Amiastine ouvre les yeux. En face d'elle, une vielle dame la regarde d'un air inquiet, la main posée sur son épaule à moitié couverte par l'écharpe de Lysandre. Perdue, la jeune fille ne s'était pas rendue compte qu'elle se marchait plus.
Sans répondre à l'air interrogatif de l'ancienne, Mia court à nouveau. Et les pavés défilent. Les rues aussi. Et sans qu'elle comprenne comment, la porte de son immeuble se dresse fièrement de l'autre côté de la rue. Et dix étages plus tard, la voilà chez elle, dos contre la porte de sa chambre désormais verrouillée.
Et lentement, doucement, Amiastine se laisse glisser contre le panneau en bois, jusqu'à se retrouver au sol.
Et là, elle se permet enfin de lâcher prise.
Nous y voilà mes amis! Oui, Mia se prend un peu la tête parfois, non vous ne comprenez pas encore pourquoi, oui c'est tout à fait normal... Aujourd'hui je sais où je vais, alors vous pouvez compter sur moi pour bel et bien finir cette fiction! Et je vous promets (non ce n'est absolument pas un teaser pour un prochain chapitre) que vous saurez bientôt plein de choses sur ce qu'il s'est passé pendant toutes ces années d'enfermement à l'Institut. Et oui, ça a clairement un lien fort avec la manière qu'à notre demoiselle d'appréhender la vie...
En attendant d'y être, je vous fais de gros bisouxxx et à bientôt ;*
