"Peut on vivre siplement, sans haine, sens ressentiments? Peut on seulement se départir de tout ce qui nous fait souffir? "
Subaku no Gaara, dans son mémoire Le temps que j'ai pris pour me souvenir.
Vivre
"Qu'est ce que tu veux."
Il me regarde froidement. Ses yeux ne trahissent aucune once de sentiment.
"Ce ne sera jamais possible?
- Je ne sais pas de quoi tu parles."
Quel enfoiré. Je pourrais m'effondrer sur place tellement ses mots me déchirent. Il n'a pas l'air de se rendre compte de la porté de ce qu'il dit.
"Alors...commencé-je, la gorge serrée. Ça ne voulais rien dire? Qu'est ce que tu crois que..."
Je ne sais même pas quoi lui dire. Il parait si loin, comme si je ne connaissais plus. J'ai l'impression que tout est brisé, mort et enterré. C'est un autre à présent qui se tient devant moi. Je tente de m'approcher, il se recule. Je le fixe dans les yeux, il détourne le regard.
Je croyais que tu souriais, mais ce n'étais pas ça.
Je sens les larmes me montrer aux yeux. J'étouffe, je voudrais m'échapper.
J'avais cru.
Mes poings se serrent. Le désespoir fait place à l'amertume et à la colère.
Pourquoi est ce si difficile? Pourquoi ai je tellement besoin de toi?
Ses lèvres semblent dire "au revoir". Il se tourne et s'éloigne sans un regard en arrière. Je reste planté là, ne regardant qu'une image floue, brouillée par les larmes. Je cherche un appuis invisible, je hurle intérieurement. Je voudrais juste que tout ça n'existe pas. Si c'est pour souffrir autant, je préférerais ne jamais t'avoir rencontré, Naruto. Et cette lumière qui reste inexorablement éteinte...
"Elle à l'air toute neuve, me demande un grand type à la peau très pâle.
Elle ne l'est pas vraiment. J'esquisse un sourire. Mais j'en ai toujours pris soin. "
Je termine d'accorder ma Traben Phoenix. Je vérifie une dernière fois mon horaire de passage et patiente, à l'écart des autres.
Quelques minutes plus tard, le même type s'approche à nouveau de moi. Ce gars à l'air malsain. Je lui fait clairement sentir que je ne veux rien avoir à faire avec lui et m'en éloigne.
Finalement après une heure de retard c'est enfin à moi. J'entre dans une petite salle surchauffée qui pue la sueur. La pièce est peu lumineuse et une vieille moquette recouvre les murs...c'est charmant. Je cherche un ampli auquel me brancher mais n'en vois aucun. Une porte au fond claque brusquement et un homme aux cheveux gris taillés en pic se traine avec difficulté, vociférant les plus belles expressions que la langue japonaise connaisse à ce jour. Après un bref moment d'analyse, je remarque qu'il porte un énorme ampli de basse. Ce con va se casser le dos, ce truc doit peser une tonne!
Je pose ma basse au sol et m'avance vivement pour l'aider. Il tourne son regard blasé vers moi alors que je l'aide à soulever l'ampli.
"L'autre était vraiment pourri", se contente-il de me dire.
Nous le posons finalement au sol. Je n'en ai jamais vu de ce genre, je ne sais même pas si on en fabrique encore. Je me branche tandis que l'homme lance un beat sur le système de diffusion.
"C'est assez fort pour toi? "
Je hoche la tête en signe acquiescement.
"Alors je t'écoute". Il repositionne son masque sur son nez et ouvre un livre. Un livre? Je rêve ou il est en train de lire. Je ne suis pas censé passer une audition? Il relève la tête.
"Tu comptes commencer avant le dégel ou bien? "
Je me concentre sur le backtrack et me lance. Je ne réfléchis à rien, je joue. Les phrases, les articulations, les idées me viennent étrangement. Finalement je ne me sens pas si mal dans cette salle un peu délabrée. Je commence par caler un bon groove de base et enchaine quelques variations. Plutôt classique. Il ne lève pas le nez de son bouquin. Je passe sur un groove plus funk et place quelques passages de slap. Toujours aucune réaction. Je crois avoir compris son petit jeu. Il attend d'être surpris. Et bien il ne vas pas être déçu. Je repars dans un phrasé plus jazz et mets la tonalité à fond. Je continue d'alterner les genres, de jouer sur la tessiture et le son. Mais ce n'est toujours pas ça. J'écoute encore plus attentivement le rythme. Il est lent. Très lent. Est ce que par hasard...Je termine en douceur ma phrase et repasse sur un groove hyper basique. Je coupe la tonalité et joue ce que je trouve de plus simple (mais qui au final se révèle difficile si on veut l'exécuter avec toute la précision nécessaire). Je joue sur les ghost notes et me concentre sur les notes à ne pas jouer. Je vois mon auditeur sourire sous son masque et refermer son livre.
"C'est bon, j'en ai assez entendu".
Il coupe le beat et s'approche de moi.
"Ton nom, me demande-t-il.
- Uchiha Sasuke.
- Enchanté Sasuke. Je suis Hatake Kakashi. On va faire du bon boulot ensemble. Tu l'as trouvé comment l'ampli?"
Je n'écoute plus vraiment ce qu'il me dit. Juste comme ça, je suis reçu. D'accord...
"C'est pas souvent que je choisis un élève. En plus tu es plutôt jeune. Mais j'ai l'impression que ça va bien marcher."
Oui, moi aussi j'ai l'impression que ça va bien marcher.
