Chapitre 11
Une folie avide de sang
Lorsque Rin se réveilla, elle s'aperçut qu'elle était dans la chambre qu'elle partageait avec Ren-chan. Un peu de lumière pénétrait à travers les volets de bambous, lui indiquant qu'il était déjà la mi-journée.
Tout ce dont elle se souvenait, était d'avoir fondu en larmes après s'être pratiquement déclarée à Sesshomaru, puis avoir été consolée dans les bras incertains d'Inuyasha. Elle avait dû pleurer jusqu'à s'endormir. Elle se souvenait d'avoir senti Sesshomaru à proximité, mais cela ne lui avait pas paru important à l'époque.
Rin avait été reconnaissante de la présence d'Inuyasha. Il l'avait aidé dans son silence, même s'il ne devait pas le savoir. Elle avait pleuré pour son amitié perdue peut-être envers Kohaku, pour la mort de Kanna, pour elle-même. Elle n'avait pas été seule, Inuyasha lui avait un peu prêté de sa chaleur, juste suffisante pour lui rappeler qu'il n'y avait pas que le froid du désespoir dans ces moments difficiles.
Rin voulait le remercier pour avoir été là pour elle. Il fallait juste trouver l'occasion.
Elle s'assit brusquement lorsqu'elle se rendit compte qu'elle n'était pas seule dans la chambre. Quelqu'un la veillait. Kohaku.
« Tu es enfin réveillée, » dit Kohaku assis dans un coin sombre de la pièce.
Ses genoux étaient repliés devant lui, entourés par ses bras. Il ne la regardait pas, mais fixait un point du mur en face duquel il appuyait sa tête.
« Inuyasha t'a ramenée hier soir. Il ne nous a pas donné particulièrement de détails mis à part que tu dormais depuis la veille déjà. On était inquiet, donc on s'est organisé pour qu'il y ait toujours quelqu'un qui reste avec toi au cas où tu te réveillerais. Une chance que ce soit avec moi, » ajouta-t-il avec un cynisme qui ne lui ressemblait pas.
Qu'était-il en train de devenir à cause d'elle ?
« Kaede pense que tu auras besoin de repos pendant plusieurs jours, voire plus, continua-t-il. Sango va sans doute te materner plus que Kiyoshi et Ren-chan réunis. »
Rin voulait dire quelque chose, mais ne savait pas par où commencer. Que pouvait-elle bien dire après ce qui s'était passé entre eux ?
« Pardonne-moi, Rin. »
Elle leva la tête vers Kohaku qui se tourna vers elle.
« Pardonne-moi de t'avoir dit tout ce que j'ai pu dire, de t'avoir blessée comme je l'ai fait…
- Il n'y a rien à pardonner, Kohaku, interrompit Rin. Tu pensais ce que tu disais, et tu avais raison de le dire car c'était vrai.
- Rin… »
Ils se turent un instant et Rin reprit timidement la parole.
« Tout ce que j'aimerais… c'est que nous restions amis. »
Kohaku s'approcha d'elle en se mordant les lèvres. Elle lui demandait beaucoup et elle s'en voulait pour cela, mais elle ne voulait pas le perdre complètement. Jamais elle ne l'aurait voulu.
« Bien sûr, Rin. »
Pour la première fois depuis plusieurs jours, Rin eut envie de sourire. Elle se jeta contre Kohaku et le serra fort dans ses bras. Elle avait retrouvé son meilleur ami.
Bien sûr, la donne était maintenant différente, bien sûr rien ne serait comme avant, bien sûr, ils avaient tout à reconstruire. Mais ils étaient à nouveau amis. C'était le plus important.
« Mais si un jour, quand Naraku sera mort, tu veux bien de moi… sache que… sache que je t'aimerai toujours, Rin. »
Rin ferma les yeux se rappelant la promesse qu'elle avait faite à Kanna. Pourrais-tu considérer une vie avec Kohaku ?
« Moi aussi, Kohaku. »
Elle savait qu'il le prendrait comme un gage d'amitié. Il la connaissait bien.
« Est-ce que… est-ce que tu crois que j'ai une chance ? »
Son ton était faussement enjoué, rendant Rin triste. Elle ne pouvait pas écarter tous ses espoirs, pas quand elle-même avait fait cette promesse à Kanna.
« Je ne sais pas, Kohaku, murmura-t-elle contre lui. Je ne sais vraiment pas. »
Il n'avait pas besoin d'apprendre qu'elle avait promis à Kanna de considérer une vie avec lui. Il n'avait pas besoin de savoir que peut-être tout était dit d'avance. C'était un secret qu'elle ne partagerait jamais, en mémoire de Kanna.
Il la serra un peu, et posa son menton sur sa tête, protectivement.
Quelqu'un frappa à la porte, et Kohaku s'écarta légèrement de Rin. Elle dit « entrez » à un certain kitsune qui se trouvait derrière... depuis un certain moment.
« Rin ! Tu es réveillée ! s'exclama-t-il en entrant. C'est merveilleux, dis-moi ! »
Rin et Kohaku levèrent les yeux au ciel.
« Tu as tout entendu, déclara Kohaku.
- Moi ? Mais quelle idée ! » fit Shippo d'un ton innocent.
Rin leva un sourcil, une de ses meilleures imitations de Sesshomaru, qu'elle savait très efficace sur Shippo. Et en effet, il déglutit et s'écroula au pied du futon.
« Bon, d'accord, j'avoue ! Mais j'étais tellement préoccupé par vous deux. Vous savez l'amitié qu'on a tous les trois, elle est exceptionnelle et rien ni personne ne devrait se mettre en travers.
- Et c'est pour ça que tu m'as poussé à prendre cette veille à ta place, n'est-ce pas ? demanda Kohaku.
- Ben quoi ? J'en avais marre de te mettre au tapis tout le temps pour t'aider à évacuer ta frustration. Rin se réveillait c'était le moment ou jamais. Et j'avais raison.
- Vous avez continué de vous battre en mon absence ? » demanda Rin avec une pointe de colère.
Les deux garçons échangèrent un regard inquiet.
« C'est un truc d'homme, déclara Shippo.
- Tu ne pourrais pas comprendre, » ajouta Kohaku.
Rin sourit. Des hommes, en effet. Mais elle les adorait quand même.
Kohaku fut le premier à reprendre son sérieux.
« Il paraît que tu as gardé le miroir de Kanna ? »
Rin se tendit et vit que Kohaku regrettait sa question. Elle suivit son regard de l'autre côté du futon où il y avait un paquet enveloppé dans un linge. Le miroir de Kanna. Rin le prit puis le tendit à Kohaku.
« Kanna voulait qu'il te revienne. »
Kohaku parut surpris.
« Le miroir est inoffensif, dit Rin devant son hésitation. Tu ne risques rien.
- Je sais. Miroku et Kaede l'ont vérifié. Mais pourquoi moi ?
- Elle… elle espérait être ton amie. »
C'était un semi mensonge, mais comment Rin pouvait lui annoncer cet improbable vérité ? Que la fille de Naraku l'avait aimé lui, Kohaku et s'était sacrifiée pour la sauver elle, pour qu'il eût une chance de vivre heureux avec la femme qu'il aimait. Rin se sentait mal à l'aise, mais elle devait le lui dire. Juste pour qu'il n'oubliât pas Kana.
« Merci, Rin, dit Kohaku en prenant le miroir. J'aurais aimé la connaître mieux.
- Elle était quelqu'un de bien, dit Rin en serrant de ses doigts la couverture. Elle… elle a préféré mourir que de voir l'homme qu'elle aimait malheureux… C'est pour cette raison que je suis en vie, et qu'elle s'est laissée mourir. Par ma faute. »
Kohaku la contempla intensément, ayant sans doute compris plus qu'il ne dirait jamais. C'était suffisant pour Rin, il savait. Quelque part elle avait pu rendre hommage à Kanna.
« Tu veux dire que…
- Shippo, la ferme, » dit calmement Kohaku.
Il regarda le paquet dans ses mains puis défit le linge qui l'entourait.
« Kohaku, demanda Shippo, tu sais vraiment ce que tu fais ? »
Kohaku ne l'écouta pas et dévoila le miroir brisé de Kanna de ces trois raies cassées. En le revoyant, Rin se sentit coupable. Kohaku l'observa longuement comme s'il cherchait une réponse, puis sourit d'une façon désabusée.
« Je croyais qu'elle aurait laissé un message… Mais c'était trop bête. Il n'y a pas de message caché dans les miroirs brisés. Ce sont juste de vieilles histoires. »
L'ambiance joyeuse crée par l'arrivée de Shippo était vite tombée. Rin força un sourire gai sur son visage.
« Bon, aidez-moi à me relever vous deux, j'ai envie de me dégourdir un peu. Et j'en profiterai pour faire une surprise aux autres.
- Mais Kaede a dit…
- Sango va…
- Je me charge de Sango et Kaede, les garçons. Alors, vous m'aidez ? »
Plutôt de mauvaise grâce, les deux garçons la soulevèrent la soutenant chacun par un bras. Tous les trois se dirigèrent vers l'extérieur.
Leur arrivée triomphante eut les effets prévus, c'est-à-dire surprendre tout le monde, faire sauter de joie Kiyoshi et Ren, et mettre hors de leurs gonds Kaede et Sango. Rin géra l'exubérance des enfants et les remontrances de Kaede et Sango, le tout sous les regards amusés de Miroku et d'Inuyasha. Pour cette fois, la vie parut presque comme avant, normale et calme, éclairée par les rires de Kiyoshi et de Ren-chan.
Tant de choses étaient différentes pourtant.
Durant les jours qui suivirent, Rin se remettait doucement de cette pesante lassitude qui l'avait prise depuis sa confrontation avec Kanna. Les autres étaient inquiets. Sango lui demandait souvent si elle n'avait besoin de rien, Inuyasha et Miroku surveillaient ses faits et gestes, Shippo et Kohaku cachaient leur anxiété derrière une fausse bonne humeur. Même Kiyoshi et Ren-chan devinaient un certain malaise, mais ne comprenaient pas pourquoi 'Rin-neechan paraissait si triste' alors qu'ils lui cueillaient tant de fleurs.
Mais avec le temps, elle se reprenait et à la fin de l'été se promenait parfois seule avec AhUn.
Elle rencontra Jaken en amont de la rivière, un jour où Sesshomaru était absent, en train d'éliminer un quelconque yokai peut-être. Elle eut droit à un sermon de la part du petit yokai sur son 'caractère d'humain entêté' qui l'entraînait 'à foncer tête baissée dans un nid de problèmes'. Rin laissa passer, Jaken avait été dû être inquiet pour qu'il s'exprime avec une telle véhémence.
Elle ne prévit pas l'approche inopportune de Sesshomaru qui la força à quitter soudainement Jaken avant son arrivée. Elle ne se sentait pas prête de le rencontrer maintenant. Jaken tenta de la retarder et Rin comprit lorsque Sesshomaru atterrit devant elle, qu'elle avait été piégée.
« Tu t'en vas déjà, Rin ? »
Sesshomaru avait une voix composée et neutre de sentiments, mais elle frémit quand même, touchée par sa profondeur.
« Oui, j'ai beaucoup de choses à faire au village, prétexta-t-elle.
- Vraiment ? » dit-il en levant un sourcil.
Il savait qu'elle lui mentait. Elle persista.
« Vraiment. »
Elle prit les rênes d'AhUn et contourna Sesshomaru qui attrapa sa main droite. Rin avait oublié qu'il avait des réflexes si rapides. Et qu'il avait une main aussi chaude. AhUn grognèrent derrière elle.
« AhUn, qu'est-ce qu'il vous arrive ? Ce n'est que Sesshomaru.
- Ils sont devenus plus loyaux envers toi qu'envers moi, dit Sesshomaru. Ils me voient comme une menace.
- C'est absurde, vous n'avez jamais porté la main sur moi.
- En effet, mais je t'ai… blessée. »
Rin inspira. Elle s'était irrémédiablement noyée dans les yeux dorés de Sesshomaru. Le soleil brillait donnant un éclat unique à son regard. Rin aurait voulu comprendre ce qu'il pensait à ce moment même, elle était sûre qu'elle n'était pas loin de le deviner. Mais il relâcha sa main, et marcha à la rencontre de Jaken. Il s'arrêta un instant pour la contempler par-dessus son épaule.
« Tu n'as pas à écourter ta conversation avec Jaken à cause de ma présence. Je ne vous empêcherai pas de parler. »
Il s'assit ensuite prêt d'un saule, son visage tourné vers la rivière.
Rin resta perplexe se demandant pourquoi il agissait ainsi malgré ce qu'elle lui avait dit quelques semaines avant. Il aurait dû la rejeter, mépriser ses sentiments, mais il n'y avait rien de tout cela dans son attitude. Il faisait comme si de rien n'était. Quelque part Rin en était reconnaissante car, même si à présent elle s'interdisait d'avoir son cœur, elle pouvait toujours espérer d'être un jour son amie.
Elle resta donc plus longtemps pour parler de choses et d'autres avec Jaken sous la vigile silencieuse de Sesshomaru. Il y eut d'autres rencontres du même genre depuis ce jour jusqu'au festival de l'automne. Rin en était contente même si elles consistaient essentiellement à des discussions entre Jaken et elle. Sesshomaru ne parlait que rarement, mais cela ne gênait pas Rin. Elle aimait être à ses côtés, même à cette distance de sécurité que ni l'un ni l'autre ne franchissait. C'était un chemin nouveau qu'elle et lui empruntaient, et Rin était partante.
Après ces visites, elle prenait un bain dans des sources chaudes cachées non loin de là. Elle ne voulait pas vraiment affronter Inuyasha s'il sentait l'odeur de Sesshomaru sur elle. Seul Shippo était au courant, mais elle ne lui donnait pas tellement de détails. Pas qu'il y en avait vraiment à raconter.
Le festival de l'automne fut l'occasion de changer la routine quotidienne de Rin. Elle en profita pour chanter et danser, autant qu'elle le pouvait, et oublier les évènements récents. Elle était contente de danser avec Miroku, Kohaku, Shippo et Kiyoshi et regretta de ne pas avoir convaincu Inuyasha. Mais si Kagome avait échoué les années précédentes, ses chances étaient nulles. Ayame, Koga, Ginta et Hakkaku vinrent au festival eux aussi. Rin découvrit que mis à part Ayame, les ookami yokai étaient des piètres danseurs. Elle avait arrêté de compter le nombre de fois où l'un d'eux lui avait marché sur les pieds.
Le festival réveilla des problèmes que Rin avaient cru révolus. En effet, cette année amena de nombreux étrangers au festival. Elle découvrit que sa renommée de miko en était un peu la cause, et elle n'aimait vraiment pas cela. Si elle y prêtait un peu attention, Rin remarquait que les yeux de certains hommes la suivaient là où elle marchait. Parfois, des inconnus lui demandaient une danse. Elle refusait toujours poliment, soulagée de l'absence de Kohaku la plupart du temps. Il avait était présent une fois à une demande de ce genre, et Rin avait dû le retenir de toutes ses forces avec l'aide de Shippo pour qu'il ne s'attaquât pas au pauvre jeune homme.
Elle n'avait pas reçu de proposition indécente, une danse n'était qu'une simple danse, mais Rin n'était pas à l'aise. Elle s'arrangea alors d'être toujours accompagnée de l'un de ses amis, même si elle savait qu'Inuyasha la surveillait du haut des toits du village.
Alors qu'elle parlait avec Miroku, l'un de ces étrangers vint les voir. Il devait avoir une trentaine d'année et avait une allure agréable et fier, Rin ne pouvait le nier. Il courba légèrement la tête avant de la regarder intensément.
« Voici donc la perle de beauté que tout le pays recherche, » lui dit-il.
Miroku se redressa de tout son long.
« Et vous êtes ?
- Tomoeda Hiue, répondit-il. Samourai en chef du Seigneur Nobuzana. J'ai entendu dire qu'une miko, belle comme l'aube du printemps, résidait dans ce village.
- Vous parlez de Kaede, Tomoeda-san, dit Rin en retenant son irritation d'entendre des compliments si pompeux. Je crois l'avoir vue près du temple. »
Tomoeda rit un peu.
« Une miko avec un humour rare, Rin-sama, dit-il, et brillante comme…
- … le soleil éclatant d'une après-midi d'été ? coupa Miroku excédé. Que voulez-vous ? »
Tomoeda se renfrogna mais répondit avec une fausse bonne volonté.
« Mon maître, Nobuzama-sama, m'a envoyé quérir l'aide de Rin-sama pour vaincre son ennemi juré…
- Je n'interviens pas dans les guerres des hommes, » dit-elle avec froideur.
Rin n'en revenait pas qu'on lui demandait littéralement de devenir une arme vivante. Les humains avaient-ils oublié que le rôle des mikos était d'aider le peuple ? Elle fit quelques pas pour signaler que la conversation était terminée, mais il la retint par la manche.
« Je vous en prie, Rin-sama. Vous serez richement récompensée. Nobuzana-sama se serait proposé comme époux pour vous s'il n'avait été déjà marié. A la place il m'a envoyé. Si vous nous offrez la victoire, je vous promets d'être un époux noble et respectueux qui vous offrira des étoffes et des bijoux qu'on ne trouve rarement…
- Je ne suis pas intéressée.
- Mais…
- Vous l'avez entendue, Tomoeda. Elle n'est pas intéressée. »
Rin rejoignit Miroku, puis s'arrêta pour jeter un regard sur un Tomoeda déconfit.
« Prévenez-moi quand la guerre aura commencé, Tomoeda-san. Je viendrai pour guérir les blessés que votre guerre aura engendrés, quelque soit leur camp. »
L'expression de Tomoeda se fit plus hargneuse, mais Rin l'ignora et continua son chemin. Elle ne savait pas si elle reverrait effectivement Tomoeda un jour, mais elle tenait à ce qu'elle avait dit.
L'aura de Miroku à côté d'elle vibrait d'une colère contenue. Rin posa sa main sur son bras gauche en espérant l'apaiser.
« Ce n'est rien, Miroku. Il fallait bien s'y attendre un jour où l'autre. Je sais que je serai en paix seulement quand j'aurai l'âge de Kaede-baba, et encore, seulement si je n'ai plus le Shikon no Tama. »
Miroku se détendit et lui sourit.
« Je n'aime pas voir tous ces jeunes gens te regarder comme ils le font…
- Dit l'homme qui demandait à toutes les femmes qu'il rencontrait de devenir la mère de ses enfants…
- Non, Rin, je suis sincère. Je ne sais pas ce qui me retient de les étriper comme l'aurait sans doute fait Inuyasha.
- Le monde perdrait le plus habiles des diplomates s'il venait à agir avec violence, » dit-elle en lui prenant le bras.
Miroku lui accorda un sourire avant de reprendre une expression soucieuse.
« Les rumeurs sont donc exactes. Des seigneurs de guerre tentent de rassembler des mikos et des moines dans leur armée. Nous sommes tombés bien bas. »
Rin était d'accord avec Miroku. Les mikos ne devaient pas servir d'armes de guerre. Leur rôle était de secourir et protéger le peuple, pas de le décimer. C'était une des raisons qui lui avait appris à aimer sa fonction.
Elle n'était pas parfaite dans ce rôle, ses notions de spiritualités religieuses lui faisaient défauts, contrairement à Miroku ou Kaede. Elle pouvait maintenir une discussion théologique et philosophique sans difficulté, Kaede et Miroku avaient veillé à cette partie là de son éducation. Mais sa formation initiale auprès de Kikyo avait été plus axée sur l'expérience, la compréhension des éléments et de la nature. C'était son point fort, comme Kikyo avec l'inanimé et le vent ou Miroku avec les offudas.
« Il faudra faire attention, continua Miroku après un instant de silence. Des seigneurs de guerre viendront te trouver et demander ton aide pour régler leurs affaires.
- Ils recevront alors la même réponse. Avec un peu de chance, ils se lasseront.
- J'en doute, répondit Miroku. Ils sont rares ceux qui se lassent de la quête de pouvoir. »
Miroku avait raison. Rin connaissait deux personnes qui malgré les années n'avaient jamais cessé de chercher le pouvoir. Naraku et Sesshomaru.
Seul Sesshomaru avait eu l'intelligence de comprendre que le Shikon no Tama ne lui apporterait pas ce qu'il voulait.
Naraku… Naraku était un autre problème. Autant que descendant de Midoriko, il pouvait espérer maîtriser les pouvoirs de la perle pour l'aboutissement qu'il souhaitait. En utilisant des fragments souillés de la perle, il avait amené plus de dégâts sur le pays que des milliers de yokai et de guerres humaines avant lui. Rin redoutait ce qu'il ferait s'il avait la perle complète.
Evoquer Naraku maintenant, fit penser à Rin qu'elle n'avait plus parlé à son ennemi depuis la mort de Kanna. Elle était certaine qu'il préparait minutieusement un plan pour l'attaquer, même si Kanna s'était présentée comme le dernier 'test' de Naraku. Parfois, elle se demandait s'il pleurait la mort de sa fille préférée. Elle reniait vite ces pensées, bien sûr. Elle ne pouvait pas imaginer Naraku pleurer, comme elle ne pouvait pas le faire pour Sesshomaru.
Et pourtant, une fois, lorsqu'elle tenta de l'appeler, Rin n'avait reçu que le silence triste de son ennemi. Malgré elle, elle avait été touchée.
La semaine du festival de l'automne s'acheva, laissant en général de bons souvenirs à Rin. Peu d'incidents s'étaient produits, et elle ne côtoyait pas assez les étrangers de passage pour s'attirer des ennuis. Certains problèmes étaient arrivés ici et là, mais Rin s'était le plus souvent sortie sans difficultés de ces situations embarrassantes. Elle était plus sereine aussi, parce qu'elle ne croisa pas Tomoeda à la suite de leur première rencontre. Elle n'aurait pas aimé être poursuivie par les regards rancuniers du samouraï.
Mais comme la plupart des moments heureux qui traversaient sa vie, ils étaient de courtes durées.
« Rin-neesan ! » crièrent ensemble Ginta et Hakkaku alors qu'elle parlait à Miroku dans la grande rue du village.
Rin constata que les deux ookami portaient un homme blessé. Rin courut à leur rencontre. Elle fit une légère pause pour regarder l'homme inconscient. Il n'avait pas été blessé par accident. Il portait les marques que seules des lames de katana pouvaient laisser.
« Que s'est-il passé ? demanda Rin en canalisant ses pouvoirs pour guérir l'homme.
- Nous l'avons trouvé sur la route de sud à l'entrée du village, répondit Ginta. Il a dit que c'était un samouraï qui avait fait ça.
- Un samouraï ? » répéta Miroku.
Rin se mordit la lèvre. Elle avait des soupçons sur l'identité de ce samouraï.
« Oui, dit Hakkaku. Il a dit aussi… qu'il avait un message pour Rin-neesan de sa part. Et après il s'est évanoui. »
Le sang de Rin se glaça. Tomoeda n'aurait pas frappé cet homme à cause d'elle, n'est-ce pas ? Il n'aurait pas entraîné des étrangers dans cette histoire? Rin sortit de sa torpeur par la main de Miroku qui s'était posée sur son épaule. Quand elle croisa son regard, elle eut la certitude qu'il avait les mêmes soupçons qu'elle sur l'implication de Tomoeda.
« Hakkaku-kun, Ginta-kun, demanda-t-elle, pourriez-vous emmener cet homme à la hutte de Kaede-baba ? Il a besoin de calme et de sommeil, maintenant. »
Inuyasha venait de les rejoindre, et Miroku lui mentionna du regard qu'il expliquerait plus tard. La petite foule de villageois qui s'était assemblée s'ouvrit à leur passage. Ils croisèrent Kohaku et Shippo qui coururent prévenir Kaede et les autres de leur arrivée.
A la hutte de la vieille miko, Sango avec les enfants, Koga et Ayame attendaient dehors.
« Hakkaku, demanda Sango en entrant dans la hutte, occupez-vous de Kiyoshi et Ren-chan…
- Mais Sango-san…
- Fais ce qu'elle dit, » ordonna Ayame en la suivant.
Sango et Ayame était devenue très vite amies.
Hakkaku abandonna sa charge à Ginta et Koga qui entrèrent dans la hutte. Rin fermait la marche. A l'intérieur, Kaede, Shippo et Kohaku avaient déjà préparé un futon pour le blessé. Koga et Ginta allongèrent l'homme.
« Alors quelle est cette histoire ? » demanda Inuyasha.
Miroku et Rin échangèrent un regard et Miroku prit la parole.
« Il y a trois jours, un samouraï nous a accosté. Il voulait l'aide de Rin pour une guerre que préparait son seigneur en l'échange de richesse et d'un mariage.
- Quoi ? s'exclama Kohaku. Pourquoi vous n'avez rien dit ?
- Parce que cela ne te concerne pas, Kohaku, répondit fermement Miroku.
- Et puis ce n'était pas important à l'époque, » dit Rin avec plus de douceur.
La remarque de Miroku avait été un peu dure pour Kohaku.
« Pas important ? commença Kohaku, mais il fut interrompu par Ginta.
- Wouah, Rin-neesan. Tu as autant de succès que Kagome-neesan ! Hier encore, il y en avait un qui voulait t'épouser.
- Quoi ?! »
Kohaku fulminait, et Rin lança un coup d'œil réprobateur à Ginta. Kohaku la suivrait maintenant au pas pour s'assurer qu'aucun homme ne la regarderait de travers.
« Ce n'est pas si simple, Ginta-kun, se força-t-elle à dire. Ce n'est pas vraiment moi qu'il désire, mais bien le pouvoir qui irradie de la perle.
- C'est en partie vrai, ajouta Miroku. Quelqu'un n'ayant aucun don spirituel peut ressentir la puissance du Shikon no Tama, consciemment ou pas. »
Le silence retomba sur l'assemblée alors que Kaede hochait la tête en accord avec ce que disait Miroku. Les autres semblaient digérer cette information, pourtant pas vraiment nouvelle.
« Qui vous dit que ce serait ce samouraï le responsable ? demanda subitement Ayame.
- C'est la meilleure supposition, répondit Miroku. Rin a été avec lui… comment dire…
- Je l'ai ridiculisé.
- Tu aurais dû le tuer, marmonna Kohaku.
- Kohaku ! s'exclama Sango. Ne dis pas des choses pareilles ! »
Kohaku se renfrogna sous le regard sévère de Sango, sans paraître regretter ses paroles. Rin soupira. Si seulement Kohaku n'était pas si… possessif.
« C'était quoi son nom à ce samouraï ? demanda Inuyasha.
- Tomoeda Hiue, répondit Miroku.
- To… moeda… »
Tout le monde tourna son attention vers l'homme qui se réveillait. Kaede se pencha près de lui.
« Est-ce que vous allez bien ? demanda-t-elle. Vous êtes en sécurité ici. Vos blessures sont complètement guéries.
- Complètement ? J'ai… cru que j'allais mourir… »
L'homme semblait complètement déboussolé.
« Et vous seriez sans doute mort, dit Miroku, si Ginta et Hakkaku ne vous avez pas trouvé à temps pour vous amener à Rin, à mes côtés. C'est elle qui vous a guéri. »
Ginta parut extrêmement fier, mais l'homme se redressa en position assise. Il fixa Rin avec terreur.
« Vous êtes la miko, Rin-sama ?
- Oui, mais ne vous inquiétez pas, répondit-elle. Je ne vous ferai aucun mal…
- Tomoeda-sama, il voulait… Il voulait que je vous dise qu'il vous envoyait son premier blessé de guerre… et après il m'a frappé. »
Rin se figea. Je viendrai guérir les blessés quelque soit leur camp, Tomoeda-san. Miroku posa sa main sur son épaule.
« Rin, ce n'est pas de ta faute. Jamais tu n'aurais pu deviner qu'il était complètement fou.
- Mais Miroku, il…
- Il cherche à te provoquer, à toi de ne pas répondre.
- Je ne vais pas le laisser faire !
- Non, mais tu ne vas pas non plus foncer tête baissée à sa poursuite. »
Rin regarda ses mains crispées sur ses genoux. Elle savait qu'il se référait à la dernière fois qu'elle avait agi sans réfléchir et patienter. C'était quand Herada-san avait demandé leur aide. Elle avait accepté sans hésitation en sachant très bien que c'état un piège. Puis il y avait eu Kanna. Ce jour-là, tous les évènements avaient pris une tournure catastrophique.
« Rin-sama… Il a dit qu'il n'y avait que vous pour l'empêcher de répandre la mort dans mon village. Rin-sama, je vous en prie…. »
Elle n'avait plus le choix.
« J'irai.
- Rin…
- Rin !
- Miroku, Sango, je suis responsable. Je dois y aller.
- Rin, je ne crois pas que tu devrais t'impliquer davantage.
- J'irai avec elle, déclara Inuyasha.
- Inuyasha, dit Sango, tu ne nous aides pas, là.
- Vous connaissez Rin. Une idée en tête, et pas moyen de l'arrêter. Autant la surveiller. »
Rin sourit à Inuyasha qui s'était affalé contre le mur, les yeux fermés.
« Merci, Inuyasha, » murmura-t-elle.
Miroku soupira.
« Ce qui me force à venir aussi, dit-il.
- Et moi ! » s'exclama en même temps Shippo et Kohaku.
Koga allait ouvrit la bouche, mais Inuyasha le précéda.
« Non ! Toi tu ne viens pas, dit-il à l'ookami. J'ai déjà les deux morveux qui viennent…
- Hé ! Morveux toi-même, rétorqua Shippo.
- … je ne vais pas materner en plus un loup puant !
- Répète un peu pour voir, » menaça Koga à deux doigts de frapper Inuyasha si Ayame ne le tenait pas négligemment par le col.
Rin porta ses mains à son visage. Ils ne changeraient donc jamais. Même aux moments les plus graves, ils s'affrontaient en tant que rivaux.
Après beaucoup de discussions, il fut décider qu'elle, Miroku, Inuyasha, Shippo et Kohaku se rendraient le lendemain au village de l'homme, Kisei Kureno de son nom. Les ookami retourneraient dans leurs montagnes. Ils avaient la responsabilité de veiller sur leur territoire. Sango accepta de très mauvais gré de rester pour veiller sur les enfants et le village.
Rin avait une soirée pour parler avec Inuyasha.
Une fois les préparatifs pour la route finis, Rin s'excusa prétextant qu'elle voulait se promener seule dehors. Shippo lui lança un clin d'œil complice, et Rin se retint de lever les yeux au ciel. Elle n'allait pas voir Sesshomaru. Pas cette fois-ci du moins. Avant que Miroku objectât, elle se sauva rapidement.
La nuit était belle et douce pour un début d'automne. Les étoiles ceignaient le fin croissant de lune d'un diadème étincelant, chaudes lumières dans les ténèbres du ciel. Demain soir serait une nuit de nouvelle lune ce qui avait inquiété Miroku, Sango, Shippo et Kohaku, pour une raison que Rin ne comprenait pas. Les nuits de nouvelles lunes étaient identiques aux autres, elle pensait que c'était une superstition de leur part. Inuyasha, lui, avait parut indifférent, même si les regards glissaient discrètement sur lui.
Non, Rin ne voyait pas le problème.
Elle se concentra sur ce qui l'entourait, et chercha le youki d'Inuyasha. Elle trouva d'abord Sesshomaru. C'était une seconde nature chez elle. Il était à la lisière de la forêt et heureusement à l'opposé d'Inuyasha. Elle se retint de suivre son cœur et d'aller voir le taiyokai. Elle n'avait pas vraiment d'excuse pour lui rendre une visite, et cela pouvait lui enlever l'occasion de parler à Inuyasha, qui était la priorité.
Elle marcha donc vers l'arbre d'Inuyasha, cet arbre solitaire qu'il semblait affectionner. Il pouvait être seul le haut de cette première branche, presque impossible à atteindre en surplombant toute la vallée. Parfois, Rin pensait qu'il avait des souvenirs liés à cet arbre. Cela expliquerait pourquoi il aimait tant se réfugier à cet endroit.
Il avait le visage tourné vers le ciel, et n'indiqua pas qu'il avait remarqué son approche. Rin ne lui en voulait pas d'être ignorée, c'était sa manière d'être, un point qu'il partageait avec Sesshomaru. Ils essayaient de ne pas être affectés par les autres, et se montraient distants facilement. Parce qu'ils sont beaux, fiers, et indomptables, pensa-t-elle avec ironie. Ils n'étaient pas si différents de la lignée des filles de Midoriko.
« C'est une belle nuit, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle pour entamer la conversation.
Pour toute réponse, elle reçut un grognement qui aurait bien pu être un oui ou un non. Elle savait depuis le départ que cela n'allait pas être facile.
« Je voulais vous remercier… pour avoir été là, la dernière fois. »
Il quitta alors sa contemplation pour la regarder pensivement. Malgré la nuit, elle pouvait voir ses yeux briller. Il savait de quoi elle parlait.
« Feh, c'est rien. Miroku aurait su mieux faire… mais il était pas là, et… »
Rin sourit devant le malaise d'Inuyasha. Il n'avait jamais été doué pour tout ce qui était affectif, et encore moins quand il devait s'exprimer là-dessus.
Il ne l'invitait toujours pas à monter sur son arbre à la déception de Rin. Elle se rendait bien compte qu'une conversation, elle en bas et lui en haut ne facilitait rien. Elle devait prendre les choses en main.
Rin enleva ses sandales et ses chaussettes, puis retroussa son hakama jusqu'à ses cuisses pour découvrir ses genoux. Elle releva ses manches, ses coudes à l'air. Elle était fin prête.
« Qu'est-ce que tu fais ? demanda Inuyasha surpris.
- Je crois que ça se voit, dit-elle en prenant appui sur l'arbre.
- Mais ça va pas ! Cet arbre est super dangereux pour une humaine !
- Pfff, dit-elle en grimpant lentement, quand j'étais petite et quand je m'ennuyais en attendant Sesshomaru, je m'amusai parfois à monter aux… arbres. »
Elle s'aidait de ses genoux et de ses mains, se servant de toutes les prises qu'elle pouvait trouver.
« C'est mon frère Haruki qui m'a appris comment faire… Une fois… Sesshomaru a dû venir me chercher du… haut d'un sapin immense. »
Elle y était presque.
« Je ne savais plus comment redescendre… Ca n'avait jamais été mon fort, Haru n'avait pas eu le temps de m'apprendre correctement à descendre sans glisser tout le long… J'ai eu droit aux remontrances de Jaken pendant des heures avant que Sesshomaru lui dise enfin… de se taire. »
Arrivée à la hauteur de la branche, Inuyasha lui tendit une main qu'elle prit reconnaissante.
« T'es entêtée, tu sais. Parfois je me demande laquelle de toi ou de Kagome est pire que l'autre.
- De vous, je prend ça comme un compliment, sourit-elle en remettant ses vêtements en place
- Keh. »
De là où ils étaient, la vue donnait sur tout le pays presque. Elle devait être magnifique en plein jour ou à l'aube et au crépuscule. Rin se sentait presque libre, ses jambes pendantes et ses pieds nus se balançant dans le vide et dans le vent.
« Un jour, je t'apprendrai à descendre, si tu veux.
- J'en serai heureuse, » répondit Rin en souriant.
Ils profitèrent ensemble de la nuit en silence. Rin espérait qu'Inuyasha serait le premier à parler.
« Je te rappelle Sesshomaru parfois, n'est-ce pas ? »
Rin ne s'attendait pas à cette question, mais il lui parlait. C'était l'essentiel.
« Parfois, oui… Vous êtes très différents l'un et l'autre et pourtant… vous vous ressemblez au fond.
- Je ne vois pas en quoi, dit-il d'un ton bourru.
- Hum, voyons voir… Physiquement, c'est assez évident. Vous avez les mêmes yeux, la même couleur, du moins, qui brillent d'une façon si particulière quand vous ressentez une émotion forte…
- Feh, ça n'arrive jamais à Sesshomaru.
- Vous savez bien que c'est faux. Vous l'avez déjà vu en colère. »
Inuyasha ne répondit pas, et Rin continua.
« Vos cheveux, ensuite. Même si Sesshomaru en prend mieux soin que vous.
- Hé ! Je suis pas une femmelette qui me coiffe tous les matins devant un miroir.
- En effet, vous ne l'êtes sûrement pas.
- Ce qui veut dire… »
Le ton menaçant d'Inuyasha fit pouffer de rire Rin.
« Sur le caractère, vous êtes tous les deux arrogants, bourrus, impétueux – oui même Sesshomaru, arrogants, égocentriques, grognons le matins, ai-je dit arrogants ?
- Rin ! Pas la peine de parler aussi fort ! Toute la vallée t'entend ! »
Puis, d'une voix plus basse :
« Sesshomaru est grognon le matin ? »
Elle éclata de rire.
« Oui, surtout si c'est Jaken qui le réveille. »
Inuyasha rit doucement. Il fallait qu'elle lui racontât la fois où Jaken…
« Alors qu'est-ce que tu peux lui trouver ? » demanda-t-il d'une voix basse.
Son ton était devenu plus sérieux. Rin prit son temps pour répondre. Derrière cette question, elle en devinait une autre. Qu'est-ce que Kagome et Kikyo trouvent en moi ?
« Il est… déterminé et courageux, commença-t-elle d'une voix douce. Derrière ses airs indifférents, il y a des choses qui comptent pour lui, même s'il ne le sait pas. Il est passionné derrière ce mur de glace dans lequel s'enferme. Un incendie sous la glace, voilà comment je le vois. Vous, vous ne cherchez pas au moins de vous cacher derrière une façade si rigide. Vous êtes un feu ardent que rien ne peut contenir… Sesshomaru lui, doit parfois exploser, parce que tout ce qu'il enferme au fond de lui, est plus puissant que sa prison de glace… »
Inuyasha la regardait attentivement, ses yeux qui captaient la lumière venue des étoiles s'y reflétant.
« Et puis, dit-elle d'un ton plus enjouée, vous êtes tous les deux beaux garçons !
- Rin !
- C'est vrai ! Pas étonnant que la plupart des filles de Midoriko ont un faible pour vous. Mais si je compte bien, c'est Sesshomaru qui a plus de succès.
- Rin ! »
Elle rit de la déconfiture d'Inuyasha. Cela faisait du bien de rire, et encore plus sur ce sujet. Jamais elle ne s'en serait crue capable.
« Il est… différent avec toi, tu sais, » dit Inuyasha.
Rin se tendit, en attendant la suite.
« Je le connais depuis plus longtemps que toi, peut-être pas aussi bien, mais… Il est devenu moins froid depuis qu'il t'a rencontré. Tu lui a donné une autre idée des humains… c'est comme si…
- Il ne m'aimera jamais, interrompit-elle doucement. Et… je ne souhaite pas que cela arrive un jour.
- Pourquoi ça ? demanda Inuyasha surpris.
- Parce que je suis humaine ? Parce que bientôt je paraîtrais plus vieille que lui ? Parce que bientôt, je mourrais le laissant seul…
- Dans des dizaines d'années, Rin…
- Qu'est-ce qu'une dizaine d'années dans la vie d'un yokai, Inuyasha ? C'est comme… c'est comme la vie d'une luciole pour un humain. A peine qu'elle naît, qu'on apprend à s'y attacher que le lendemain, elle s'éteint pour ne plus jamais être. »
Ils ne dirent rien pendant un instant. Puis Inuyasha reprit la parole.
« C'est pour cette raison je crois que Kikyo m'avait proposé de devenir humain. En faisant un vœu sur la perle, je pourrais vivre une vie normale avec elle, mais… »
Il inspira avant de reprendre.
« Peut-être que Sesshomaru…
- Il ne voudrait jamais être humain, et je ne le voudrais pas non plus. Il n'a pas à changer aussi radicalement pour moi. En plus, ce serait utiliser le Shikon no Tama pour mon profit personnel. Je n'en ai pas le droit.
- Rin, je…
- Ce n'est pas grave. L'important pour moi, c'est qu'il soit heureux. »
Elle ne savait pas d'où venait cette affirmation, mais elle sut que c'était ce qu'elle voulait au plus profond de son cœur. Que ce fût seul ou avec une femme yokai digne de ce nom, dans sa quête perpétuelle de pouvoir, si Sesshomaru était heureux, c'était suffisant pour Rin.
Elle, elle mènerait son combat contre Naraku, et après, s'il y avait un après… Elle verrait, mais elle comprenait enfin Kanna.
Le silence retomba encore, et Rin se demandait comment elle pouvait introduire Kagome dans la discussion. Ils n'avaient fait que de parler d'elle jusqu'à présent.
« Elle me manque, tu sais. »
Rin fixa Inuyasha, soulagée qu'il en vînt finalement à Kagome.
« Kagome, je veux dire, précisa-t-il devant son silence. Depuis qu'elle est partie… Ca fait plus de trois mois que je ne l'ai pas revue.
- Pourquoi n'êtes-vous pas allé la rejoindre ?
- Le Puit Dévoreur d'Os ne me laisse pas passer.
- Quoi !? s'écria Rin sous le choc. Et vous n'avez rien dit !?
- Keh, je vais pas étaler ma vie devant tout le monde !
- Inuyasha ! »
Elle le fixa intensément, et il finit par renoncer à son air réfractaire que reflétait son youki. Il devint plus triste.
« Je me suis dit… que c'était parce qu'elle ne voulait plus me voir et elle a bloqué le passage entre nos deux époques… Elle a sa vie dans là-bas, et je lui ai longtemps privé de ça, avec les fragments de la perle à récupérer et Naraku… Elle… elle mérite mieux que ça, elle a raison. J'ai été incapable de choisir entre elle et Kikyo depuis huit ans qu'on se connaît… Je ne peux pas abandonner Kikyo, pas quand sa vie a été ruinée à cause de moi… et je me rends compte que j'ai failli gâcher celle de Kagome. C'est pour ça qu'elle est partie, et elle avait raison.
- Mais qu'est-ce que vous voulez vraiment Inuyasha ? Réellement laquelle désirez-vous plus que tout ? »
Il ne répondit pas, même si Rin lui laissa le temps. Elle pensait qu'il avait la réponse au plus profond de son cœur qu'il devait un jour ou l'autre trouver.
« Vous venez ? Je peux peut-être faire quelque chose pour le Puit Dévoreur d'Os.
- Quoi ?
- J'ai le Shikon no Tama. Peut-être que c'est la clé.
- Il faut plus qu'une nuit pour régler mes comptes avec Kagome. Et demain on part en mission.
- Vous n'êtes pas obligé de venir, Inuyasha. Kagome est plus importante que cette histoire avec Tomoeda Hiue. J'expliquerais tout à Miroku, il comprendra.
- Non, à notre retour.
- Mais Inuyasha…
- A notre retour ! »
Rin soupira. Et il osait dire qu'elle et Kagome étaient entêtées. Il voulait peut-être un peu plus de temps. Elle posa sa tête contre le tronc de l'arbre. Elle avait demandé beaucoup à Inuyasha, plus qu'elle n'en avait le droit. Elle pouvait bien lui laissait un moment de répit.
« Tu montes sur mon dos ? demanda-t-il. Il faut redescendre, et demain tu dois être reposée pour le voyage.
- D'accord. »
Rin monta sur le dos d'Inuyasha pour descendre ensemble de l'arbre. Elle récupéra au passage ses sandales et ses chaussettes, puis il la raccompagna chez Sango et Miroku. Après l'avoir déposé, Inuyasha partit chez Kaede qui l'hébergeait quand il n'était pas dans le futur. En entrant, Rin souhaita bonne nuit à Sango, Miroku et les garçons et rejoignit sa chambre où Kiyoshi et Ren dormaient déjà.
Elle s'allongea et ferma les yeux, espérant que les rêves du passé la laisseraient tranquille. Mais bien sûr elle n'avait jamais eu le choix sur la question.
Elle était assise sur un rocher, regardant la surface de l'eau sombre dont les limites imprécises disparaissaient dans la brume. L'ombre d'arbres morts s'étiraient derrière elle, immuables même dans le domaine changeant des rêves. Et dans cet endroit, qu'elle connaissait depuis longtemps, depuis le début des temps semblait-il, elle n'était jamais seule.
'Le temps passe et change le monde qui nous entoure, imperturbable dans sa course éternel… Il change même l'immuable qui appartient à nos rêves,' dit son sombre compagnon debout à côté d'elle.
Naraku était aussi immobile que le monde autour d'eux, son visage pâle tourné vers la surface d'eau. Elle regarda à sa droite, elle comprit de quoi il parlait. Pour la première fois, dans le monde immuable des rêves de Naraku, il y avait un changement. Il y avait un élément vivant qui s'y épanouissait. Un saule, courbé sur la rive, laissait tomber ses branches balancées par une brise imaginaire, et caressant doucement la surface ondoyée de l'étang.
Quelque chose avait fleuri dans le rêve de Naraku, quelque chose d'infiniment triste et qui rappelait la mort.
'C'est pour Kanna, dit-elle enfin.
'Ma dernière fille, la seule que j'avais accepté comme telle. Elle m'a trahi pourtant, comme toutes les autres créatures qui ont survécu assez longtemps pour le faire.
'Tu l'aimais.
'L'amour n'existe pas.
'Tu sais bien que c'est faux. C'est à cause de l'amour que nous sommes ici aujourd'hui…'
Son compagnon ne dit rien, et ils se turent pendant longtemps.
'Elle t'étais fidèle, dit Rin. Même à la fin, elle regrettait de te laisser.
'Elle a préféré quelqu'un d'autre. Elle m'a renié.
'Tout comme tu l'as renié depuis toutes ses années.'
Le silence. Il n'y avait que cela dans le rêve de Naraku. Même le vent qui secouait les branches du saule se taisait.
'Elle me manque, dit-il enfin. Et c'est de ma faute.
'Je sais. Et de la mienne aussi.'
Rin décida de quitter le rêve pour le laisser seul avec sa peine et ses remords. Elle lui avait supplié de sauver Kanna, et il avait refusé. Elle ne pouvait rien faire de plus.
Elle se réveilla bien avant l'aube et elle trouva qu'elle ne pouvait plus se rendormir. Elle s'habilla silencieusement pour ne pas réveiller les enfants puis vint s'asseoir dans la salle commune. Elle prépara le feu du matin et le petit déjeuner, tout en essayant de faire le moins de bruits possibles.
Cela l'occupait, pendant que ses pensées se perdaient ici et là.
Elle aurait dû être étonnée par Naraku. Il regrettait, même si c'était trop tard maintenant. Sans le vouloir, elle ressentait de la peine pour lui, qui avait perdu sa fille, la seule personne qui lui avait été fidèle. Aucun parent ne méritait de voir son enfant mourir, même Naraku qui était un cas si particulier.
Ils avaient été deux à tuer Kanna, Naraku et elle, ils étaient tous les deux coupables et rien ne pourrait racheter leur crime. Elle avait fini par avoir de la pitié pour Naraku, aussi ironique que cela pouvait paraître. Elle portait son deuil, avec lui, pour lui presque. Ses amis penseraient qu'elle était devenue folle s'ils savaient ce qu'elle ressentait.
L'autre problème qui la préoccupait était Inuyasha. Inuyasha et Kagome pour être plus précise. La raison pour laquelle le Puit Dévoreur d'Os bloquait Inuyasha était un mystère pour elle. Peut-être que l'hypothèse d'Inuyasha était la bonne. Peut-être que Kagome avait scellé le puit parce qu'elle l'avait voulu. Rin en était un peu surprise car malgré son potentiel, Kagome n'avait jamais eu qu'un contrôle frustre de ses pouvoirs. Elle n'avait pas vraiment eu un apprentissage correct pour les utiliser de façon complexe.
Elle espérait qu'Inuyasha prendrait le temps de la mission pour réfléchir sur ce qu'il voulait vraiment. De toute façon avec ou sans son accord, elle tenterait de traverser le puit. Ce qui pouvait ne pas être une bonne chose. Rin n'appartenait pas au futur de Kagome, sa présence pourrait bouleverser les choses dans un sens ou dans un autre.
Mais elle était curieuse. A quoi ressemblait le futur ? Kagome décrivait souvent son monde contrairement à Inuyasha. Rin ne parvenait qu'à lui arracher quelques monosyllabes sur ce sujet. Même avec les descriptions de Kagome, Rin avait du mal à imaginer. Des maisons et des machines aussi grandes que des arbres, ou même des montagnes ? Un monde sans yokai ?
Comment un monde sans yokai pouvait exister ? Où étaient-ils ? Vivaient-ils dans des endroits reculés, loin de la race humaine ? Ou étaient-ils tous… morts ? Rin était terrifiée par cette possibilité, car elle signifiait que Sesshomaru était… mort. Elle ne pouvait pas l'envisager, il était presque immortel, pour elle. Un monde sans Sesshomaru, c'était comme si la lune cessait d'exister. Peut-être que finalement, ce n'était pas une si bonne idée d'aller dans le futur.
Rin but une gorgée chaude de tisane qu'elle s'était préparée. Depuis quand sa vie était devenue si compliquée ? Question stupide. Elle le savait parfaitement bien. Depuis Naraku. Depuis le Shikon no Tama.
Les gens étaient bien ignorants de désirer la perle, c'était le meilleur moyen de s'attirer des ennuis cataclysmiques. Peu de personnes s'en rendaient finalement compte. Ceux qui avaient gardé la perle ou ses fragments, le savaient, mais cela n'allait pas plus loin.
Naraku appartenait aux personnes qui étaient incapables de le comprendre et souhaitait obtenir ce pouvoir à n'importe quel prix. Mais il n'était pas le seul. Rin doutait qu'en dehors de son cercle d'amis, Sesshomaru, et Kikyo, la localisation du Shikon no Tama, dans son cœur, fût connue. Elle et les personnes qui étaient au courant n'étaient pas de genre à l'étaler au plus grand nombre. Même Naraku n'aurait pas fait une erreur aussi stupide.
Cependant, comme l'avait dit Miroku, la perle irradiait d'une promesse de pouvoir pour celui qui le cherchait. Tomoeda était l'un de ceux-là. Elle n'aurait jamais cru qu'il en serait arrivé à une telle extrémité. Pas de la part d'un humain. Mais Naraku avait été un humain avant, il avait été Onigumo. Onigumo avait désiré Kikyo et ses pouvoirs. Son union avec les démons n'avait été qu'un moyen pour amplifier les drames qui en avaient découlé.
Maintenant, elle se demandait ce qu'elle allait faire s'ils capturaient effectivement Tomoeda. Devrait-elle le tuer ? L'idée même ne lui plaisait pas, mais comment arrêter la folie qui semblait avoir pris cet homme ? Il ne paraissait pas être quelqu'un qui accepterait un compromis.
Elle posa sa tête contre ses mains en se couvrant les yeux. Elle était tellement fatiguée de ces interrogations et ces problèmes qui s'enchaînaient depuis près de six ans. Est-ce qu'elle pourrait enfin vivre en paix ? Est-ce qu'elle pourrait enfin laisser tomber ce masque de guerrière qu'elle n'était pas ? Est-ce que tout ceci cesserait un jour ? Quand je mourrai, peut-être. Car une vie normale était impossible, n'est-ce pas ? Rien n'avait été normal depuis la mort de sa famille.
Peut-être n'avait-elle jamais était destinée à vivre heureuse ? Peut-être… était-ce un mythe finalement et que Kanna avait raison. Est-ce que le bonheur existe vraiment ?
Rin ne faisait pas de projet en sachant très bien que la mort l'attendait à chaque lendemain. Elle ne savait plus imaginer sa vie en dehors de son futur immédiat. Pour après… elle improviserait, et essayerait de profiter du moment présent. Tant qu'elle pouvait oublier que la mort la guettait, comme sa propre ombre, déterminée à ne pas la perdre à la première occasion. Rin se défilait de justesse à chaque fois qu'elle se retrouvait dans cette limite si proche du monde de l'au-delà. Et toujours, les messagers de la mort l'attendaient avidement, plus nombreux que la fois précédente.
Elle avait eu beaucoup de chance jusqu'à présent, si c'était vraiment de la chance.
Rin se redressa quand elle entendit du bruit de voix venant de la chambre de Miroku et Sango. Ils étaient réveillés et viendraient sans doute la rejoindre pour le petit déjeuner dans peu de temps. Ils poseraient peut-être des questions, surpris de la voir déjà debout à cette heure. Ils s'inquiétaient si facilement sur son compte. Parfois leur anxiété l'énervait, l'oppressait même, empiétant sur ses choix et son indépendance. Mais d'autres fois, elle en était rassurée. Elle comptait pour eux.
Rin but une dernière gorgée de tisane alors que Sango entrait dans la salle. L'aube commençait à renaître, un nouveau jour l'attendait et elle espérait rester en vie pour en voir le crépuscule.
La matinée s'était écoulée plutôt calmement et le voyage n'avait pas posé de problème. Miroku en était satisfait, et il espérait bien que cela continuerait ainsi. Koga, Ayame, Hakkaku et Ginta les avaient quittés à la sortie du village promettant à Rin de revenir la voir. Miroku était soulagé de leur départ, qui ne s'était pas conclu dans une bataille revancharde entre Inuyasha et Koga pour la première fois qu'ils connaissaient l'ookami. Ayame en était la cause grâce à un contrôle sur Koga plus efficace qu'un osuwari de Kagome.
Miroku trouvait désespérant de voir Koga et Inuyasha se battre continuellement ainsi. Ils étaient alliés, mais n'avaient jamais pu passer outre leur rivalité. Parfois, Miroku pensait qu'un Inuyasha contre Koga était pire qu'un Inuyasha contre Sesshomaru. Parfois, mais pas le plus souvent. Les deux frères n'agissaient pas en tant que tels, sauf depuis peu. Depuis qu'ils avaient trouvé une cause commune qui s'appelait Rin.
Sesshomaru ne l'admettrait jamais, et pour ce qu'en pensait Miroku, ce n'était pas un mal. Le taiyokai était un être violent, arrogant, capable de briser Rin. Elle méritait une vie paisible, surtout après les souffrances que Naraku et Sesshomaru lui avait infligées. Elle méritait d'être heureuse surtout.
Mais là, Miroku s'était fait une raison. Il avait vite compris qu'elle ne pourrait être heureuse qu'avec Sesshomaru. Tous les avaient séparés, tous les séparaient, mais Rin était tombée amoureuse de lui, et rien ne pourrait changer cet état des choses que le destin avait si ironiquement forgé pour elle.
Qu'en était-il des sentiments de Sesshomaru envers elle ? Il la protégeait, il la suivait, traçant derrière elle sa présence à chaque pas qu'elle faisait. Il l'aimait, Miroku en était certain. Mais comme Inuyasha avec Kagome, Sesshomaru ne le savait pas ou refusait de le savoir. Il ne voulait pas voir que la petite fille, devenue trop rapidement femme, était le lien le plus réel qui le tenait à la vie.
Miroku aurait aimé la protéger, de Sesshomaru, de ce destin qui la poursuivait, de cette bataille qui n'aurait jamais dû la concerner et la forçait à tuer pour ne pas être tuée. Elle était si jeune, sa petite fille aînée qu'il avait connu après ses propres enfants. Elle n'avait pas eu le choix que de grandir et mûrir avant l'heure, pour aimer un homme qui s'interdisait de l'aimer et se battre seule contre leur pire ennemi. En cela, Miroku avait failli avec Rin. Il avait échoué de la sauvegarder, elle et son enfance.
Miroku redoutait les conséquences de cet échec. Rin était quelqu'un de volontaire, d'indépendante, des qualités qu'elle avait acquise en vivant près de Kikyo, sans doute. Mais de ces qualités résultait son entêtement qui la conduisait à vouloir se battre seule contre Naraku. Elle en revenait blessée, et Miroku ne savait plus comment la convaincre qu'ils pouvaient tous l'aider. Une prophétie ne changerait pas cela, mais Rin ne le voyait pas ainsi.
A quoi pensait-elle ? Quel était le poids qui pesait sur ses pensées dont elle excluait Miroku et Sango, tout aussi inquiète pour elle ?
Rin avait été plutôt silencieuse, ce matin-là. Miroku savait que les silences de Rin n'étaient jamais une bonne chose. Il cachait ses douleurs, ses inquiétudes, un mur infranchissable qu'il n'avait jamais su briser et qui à sa connaissance avait résisté aux efforts des autres aussi. Peut-être qu'avec le temps…
Kohaku assis derrière lui sur Kirara et Shippo derrière Rin, sentaient aussi que quelque chose n'allait pas avec Rin. Ils tentaient tous les deux, avec plus ou moins de réussite d'amener Rin dans leurs interminables conversations, mais elle ne s'exprimait qu'en monosyllabes. Un regard échangé avec Inuyasha assura Miroku que le hanyo avait aussi remarqué. Demander à Rin la raison de son malaise était la dernière chose qu'ils pouvaient faire. Elle évaderait leurs questions, comme toujours.
Kohaku était celui qui masquait le moins bien son inquiétude, pour une raison simple. Il aimait Rin, comme on aime un premier amour avec naïveté et passion. Comme un amour impossible. Les dieux avaient été bien cruels avec le frère de Sango. C'était le démon qui lui avait redonné une chance de vivre, qui avait aussi pris son unique amour. Il était presque une autre victime de Sesshomaru. Le taiyokai aurait pu être pire que Naraku, s'il n'y avait pas eu en lui quelque chose qui l'avait poussé à protéger une enfant humaine. Bien pire.
Miroku soupira. Il s'appesantissait trop sur ce sujet, devenant plus taciturne que Rin. Tomoeda était déjà un problème épineux auquel il fallait rapidement trouver une solution.
Il s'en voulait. Il aurait dû mieux cerner la personnalité de Tomoeda et l'éliminer ensuite, même si l'idée lui déplaisait. Si Tomoeda avait pratiquement tué un homme pour intimider Rin, Miroku se demandait jusqu'à où il irait. Il faisait injustement culpabiliser Rin, et rien que pour cette raison, Miroku ne pouvait pas lui pardonner. Elle n'avait certainement pas besoin de cela.
Tomoeda était un symbole d'un des fléaux de Rin : son pouvoir de séduction. Miroku répugnait d'employer ce terme en rapport avec celle qu'il considérait comme sa fille aînée. Elle était ravissante, c'était vrai, belle même, mais ce n'était pas seulement ses attraits physiques ou même psychiques qui attiraient les hommes autour d'elle. Pas seulement. Tout venait du Shikon no Tama. Encore et toujours. Et c'était à lui de veiller sur ce domaine à ce qu'elle fût le moins touchée possible. Il avait lamentablement échoué, à nouveau.
« C'est le village dont l'homme nous a parlé, » dit Inuyasha, coupant court à ses pensées.
Miroku leva la tête et ne distingua que des masses sombres qui pouvaient bien correspondre aux maisons du village de Kisei Kureno. Ce n'était pas ce qu'il y avait de plus remarquable, pourtant. De la fumée s'y échappait, comme si un feu y mourrait.
« Je n'aime pas cette odeur, dit Shippo.
- Cette odeur ? demanda Kohaku.
- Le village a brûlé, n'est-ce pas ? » demanda Miroku.
Inuyasha confirma la réponse à sa question en se mettant à courir, vite suivi par Kirara et AhUn.
Plus ils s'approchèrent, plus ils pouvaient voir les dégâts qu'avait subi le village. Les huttes carbonisées avaient des formes à peine reconnaissables. Ici, et là, des cendres fumaient comme si des braises restaient pour finir leur macabre travail.
« Il n'y a pas un rescapé... pas un seul, murmura Rin sa voix prise par l'émotion.
- Rin, dit Shippo, nous ne sommes même pas rentrés dans…
- Shippo, je ne sens personne là-bas, personne de vivant.
- Peut-être qu'ils se sont échappés, » dit simplement Kohaku.
Rin ne dit rien, et Miroku vit bien qu'elle ne croyait pas en l'hypothèse de Kohaku. Miroku non plus d'ailleurs. Leurs doutes furent confirmés lorsqu'ils entrèrent dans le village. Il ne restait que des corps calcinés. Kami, comment peut-on en arriver à là ?
L'odeur de fumée et de mort donnait la nausée à Miroku et il n'était pas le seul. Rin descendit d'AhUn pour vomir tous ses précédents repas, légèrement retenue par Shippo inquiet et au teint blafard. Kohaku les rejoignit l'expression sombre. Est-ce qu'il était frappé par des souvenirs du passé devant scènes immobiles de morts ? Même Inuyasha ne prenait pas la peine de masquer son malaise.
Quand Rin se remit, elle marcha un peu, tout en essuyant sa bouche d'un revers de main. Elle s'arrêta devant une maison, du moins ce qu'il en restait, fixant quelque chose au sol. Miroku descendit de Kirara, et en s'approchant il vit quoi. Son cœur se serra. C'était le reste du corps d'un enfant.
« Pourquoi ? demanda-t-elle des sanglots dans voix. Pourquoi… ? »
Miroku n'avait pas de réponse. Il s'avança vers Rin et posa une main sur son épaule. Elle se retourna et se jeta contre sa poitrine, étouffant ses sanglots qui éclataient enfin sous la pression. Miroku l'entoura doucement dans ses bras, sa grande et douce fille, qui affrontait encore une épreuve qui n'aurait pas dû être la sienne.
A ce moment précis, il désira enlever les peines qu'elle portait dans ses larmes silencieuses. Il voulait lui épargner ce qu'elle endurait, mais il ne le pouvait pas. Et il haïssait cela.
Il crut qu'elle pleura pendant longtemps, mais lorsqu'elle releva la tête, il se rendit compte que seulement quelques minutes étaient passées. Elle reprenait sur ses émotions, mais elle ne semblait pas être soulagée par sa crise de larmes silencieuses. Non, elle enfouissait ce qu'elle ressentait au fond d'elle-même. Rin. Comment pouvait-il l'aider ? Comment ?
« Il y a un message, » dit soudainement Inuyasha.
Miroku se détacha de Rin pour prendre le parchemin que lui tendait Inuyasha. Il l'ouvrit et le lit à haute voix, en même temps que Rin par-dessus son bras.
« Ma proposition tiendra toujours, belle petite miko. Tu as retenue ma leçon, j'espère. Quand ma vengeance sera consommée, nous nous retrouverons. En attendant mon avènement, fais-toi à l'idée que tu seras toujours mienne, belle petite miko. Signé : Tomoeda Hiue.
- Je dois le retrouver, dit Rin déterminée.
- Nous avons d'abord quelque chose à faire, Rin, dit Miroku avec douceur. Enterrer tous ces gens.
- En plus, annonça Inuyasha avec répugnance, je ne crois pas que je pourrais le trouver… L'odeur de fumée et de mort recouvre toutes les autres. »
Rin acquiesça, les épaules tombantes.
Ils commencèrent alors leur sinistre tâche, qui prit bien l'après-midi pour rassembler tous les corps. Parfois Miroku lançait des coups d'œil inquiets du côté de Rin, qui vomit plusieurs fois encore, même s'il ne devait plus rien rester dans son ventre. Elle n'était pas habituée à ce genre de choses, et Miroku espérait qu'elle ne le devînt jamais. Il lui proposa d'arrêter, mais elle persista, ignorant ses paroles alors qu'elle portait le corps d'un enfant dans sa fosse.
Elle ne pleurait plus, ni ne parlait et quelque part, Miroku trouvait cela effrayant.
Quand ils eurent fini, Miroku invoqua avec Rin la prière aux morts, dans une simple cérémonie sans fleurs, ni honneurs. Ce détail toucha Rin qui avant de partir utilisa ses pouvoirs pour faire pousser des myosotis sur les tombes fraîchement recouvertes par la terre. Que les Dieux aient pitiés de leurs âmes… et des nôtres.
Ils lavèrent leurs mains souillées de terre et de mort, puis prirent la route du retour vers le monde paisible de leur village, loin des atrocités et de la folie des hommes.
Ils marchèrent en silence, lentement, encore sous l'emprise du deuil quand soudain, Rin fit arrêter AhUn. Elle avait une main portée distraitement à sa poitrine. Ses yeux étaient perdus dans le vague, autre part, dans les coins reculés de son esprit.
« Rin ? appela Miroku. Qu'y a-t-il ? »
Kohaku descendit de Kirara et rejoignit Rin. Shippo posa une main sur l'épaule de la jeune femme, mais elle ne prêta pas attention autour d'elle. Miroku avait un mauvais pressentiment.
« Rin ! » cria Kohaku en touchant le genou de Rin.
Elle sortit alors de sa stupeur.
« Naraku était impliqué, annonça-t-elle d'une voix froide.
- Comment peux-tu le savoir ? » demanda Miroku.
Il n'était pas le seul à regarder Rin étrangement.
« J'en suis certaine, Miroku.
- Rin, dit-il, nous n'avons aucune preuve.
- Je vous en prie, croyez-moi ! En plus, il… il prépare quelque chose. »
Miroku fut rempli de suspicions anciennes qui dataient de l'époque où Rin avait été empoisonnée par Renei et qu'elle avait parlé de Naraku durant sa fièvre. On aurait cru qu'elle connaissait Naraku, qu'elle le rencontrait parfois. Elle avait nié en bloc lorsque Sesshomaru l'avait questionnée, et la dispute qui en avait découlé n'était quelque chose que Miroku souhaitait répéter. Pourtant, il fallait…
« Un yokai arrive, » dit-elle.
Inuyasha renifla puis grimaça.
« Je sens rien avec cette fumée, » ragea-t-il.
Ils étaient tous tendus alors que Rin regardait l'horizon sans paraître le voir. Elle devait être concentrée sur ce youki qu'elle ressentait, mais que lui ne pouvait pas trouver, pas à des distances aussi importantes que Rin. Soudain Inuyasha se donna un claque, et Miroku vit qu'il avait un insecte dans la main. C'était Myoga. Miroku soupira de soulagement.
« Inuyasha-sama, dit Myoga quelque peu sonné.
- Tu pourrais éviter de faire ça Myoga-jiji,, dit Inuyasha.
- Tu as vue, Rin, s'exclama Shippo. Ce n'est que Myoga-jiji, il n'y a rien à craindre ! »
Rin ne l'écoutait pas toujours fixée sur la menace invisible qu'elle semblait chercher au-delà de son champ de vision. Seul Shippo se relaxa. Miroku ne s'en sentait pas capable, pas quand Rin irradiait d'une telle tension.
« Pourquoi t'es venu me voir, Myoga-jiji ? » demanda Inuyasha.
Le petit yokai se redresse sur ses pattes arrière, comme pour se donner de l'importance. Miroku ne trouvait pas cela efficace, pas pour un yokai aussi minuscule qu'une puce.
« Bokuseno m'a chargé de vous remettre un message d'une importance capitale, Inuyasha-sama. »
Rin divisa son attention vers eux.
« Bokuseno ?
- Oui, Rin-sama ! Les vents lui ont apporté des nouvelles de mauvais augures. Naraku s'est trouvé une arme redoutable qu'il a obtenue grâce à une miko noire.
- Pour attaquer Rin ? demanda Kohaku.
- Non, répondit Myoga. Il veut viser Inuyasha-sama.
- Keh, ben qu'il vienne ! déclara Inuyasha. J'attends que ça, de casser sa misérable gueule de salaud !
- Non, dit Myoga paniqué, ce n'est pas pareil, Inuyasha-sama ! Son arme lui permettrait d'amplifier votre sang yokai, sans que le Tessaiga ne puisse faire quoique ce soit pour arrêter la transformation.
- Quoi !? » s'écria Shippo.
Miroku serra les dents. Shippo et Kohaku étaient stupéfaits par la nouvelle, alors que Rin se mordillait la lèvre, son front plissé par l'inquiétude.
« Feh, ce sont des paroles en l'air. »
Un masque. Inuyasha cachait son inquiétude derrière un masque d'indifférence. Ils savaient tous que la possibilité d'un Tessaiga inefficace pour contrebalancer le sang de yokai d'Inuyasha serait catastrophique. Car si le Tessaiga ne pouvait plus sauver Inuyasha, qui le pourrait ?
« Il est temps de partir, dit finalement Rin.
- Mais ce que je vous dis est d'une extrême importance, dit Myoga en sautillant sur la paume d'Inuyasha.
- Je le sais, Myoga-jiji, répondit Rin. Et c'est pour cette raison que je veux être le plus prêt possible du village.
- Tu sens encore une menace ? » demanda Miroku.
Rin acquiesça et fit partir AhUn au galop. Kohaku se dépêcha de monter sur Kirara, et ils suivirent tous Rin. Quand Inuyasha et Kirara arrivèrent à sa hauteur, Rin éleva la voix, en fixant toujours la route droit devant elle.
« Inuyasha, quand vous êtes surpassé… par votre sang de yokai, est-ce que… est-ce que c'est comme si vous tombiez au prise d'une folie avide de sang ? »
Miroku n'était pas le seul surpris par la question de Rin. Inuyasha jeta un coup d'œil à Rin avant de répondre.
« Ouais, on pourrait dire ça. »
Et comme si sa réponse était un signal pour Rin, elle claqua de la langue poussant encore plus l'allure d'AhUn. Kirara et Inuyasha accélérèrent leur rythme pour se calquer à celui du dragon.
Soudain, Miroku sentit Rin puiser dans son énergie.
« Rin ? »
Un bourdonnement lointain se fit entendre, avant qu'une masse de Saymyochos sortît de la forêt qui bordait la route sur leur droite. Ils fonçaient droit vers eux, et Miroku jura. Ils détestaient ces bestioles. Rin sans ralentir prit son arc à son épaule et tira une flèche purificatrice d'une rare puissance. La flèche atteint son but, et dans une lumière violette, les Saymyochos furent détruits.
« Tu les as eu, Rin ! » se réjouit Shippo.
C'était trop tôt pour crier victoire. Une poudre sombre se répandit là où il y avait eu les insectes de Naraku, tombant rapidement sur eux grâce à une bourrasque violente de vent.
« Ne respirez pas cette poudre ! » cria Kohaku, qui eut le réflexe de mettre son masque de taijiya sur le nez.
Il était trop tard, tous, excepté Kohaku, avait inspiré de la poudre. Devant lui, Miroku sentit les pouvoirs de Rin se mouvoir et créer un souffle de vent qui s'éleva de la terre et rassemblant la poudre ensorcelée, la fit dissiper complètement.
« Est-ce que ça va tout le monde ? » demanda Kohaku en enlevant son masque.
Miroku se sentait plutôt bien, et il pouvait voir que Shippo et Rin se remettaient comme lui. Quelles étaient les propriétés de cette poudre ? Etait-ce des effets à long terme ou bien… ? Inuyasha.
« Inuyasha, ça va ? » demanda Rin en descendant d'AhUn.
Elle s'approcha prudemment du hanyo qui leur tournait le dos. Non, non, implora Miroku qui descendait à son tour.
« Inuyasha ? » demanda-t-elle à nouveau.
Un grognement bestial lui répondit, et avant que Miroku pût faire quoique ce soit, Inuyasha se retourna pour se précipiter sur Rin. Elle était prête, aidée par des années d'entraînement, et dressa une barrière dans laquelle elle emprisonna Inuyasha. Miroku, Kohaku et Shippo la rejoignirent en courant.
Miroku retint sa respiration quand il vit clairement l'état d'Inuyasha, son meilleur ami. Il était transformé en yokai, la couleur dorée chaude de ses yeux effacée dans un éclat sanglant et bleu. Deux traces violettes zébraient violemment ses joues, ses crocs plus longs réclamaient de la chaire humaine. A en suivre le regard affamé et dément d'Inuyasha, c'était la chaire de Rin qu'il voulait. Plus précisément son cœur et le Shikon no Tama. Mon Dieu, non !
« Miroku, demanda faiblement Shippo, qu'est-ce que… qu'est-ce qu'on va faire ?
- C'est terrible ! cria Myoga en sautant sur l'épaule de Rin. Le Tessaiga ne fait vraiment rien ! »
Il prit son chapeau qu'il mit sur sa tête.
« Bon, ma mission est finie ici, je dois y aller. Bonne chance ! »
La puce quitta l'épaule de Rin et s'enfuit dans l'herbe pour y disparaître. Miroku se retint de soupirer. Le pou ne changeait pas.
« Quel lâche, » dit Shippo tout aussi atterré que lui.
Kohaku était plus intéressé par Rin qui n'avait pas quitté des yeux Inuyasha malgré le départ de Myoga.
« Peut-être je pourrais atteindre son esprit, cette partie de lui qui se souvient encore de qui il est… »
Elle posa une main sur la barrière et ferma les yeux. Son aura pulsa autour d'elle, puis pénétra la barrière pour entourer Inuyasha. Il hurla alors, et Rin grimaça de douleur.
« Rin, arrête ! cria Kohaku. Tu te fais mal ! »
Elle persista, son visage se contracta dans un effort de concentration, et sa voix s'éleva douce et fragile.
« Souviens-toi, Inuyasha. C'est moi, Rin… et Miroku, Shippo, Kohaku… Souviens-toi de nous… »
Un rire grotesque lui répondit.
« Tu n'es que de la viande humaine, dit Inuyasha. Je dévorerai ton cœur si puissant… je te prendrai cette force qui doit me revenir ! »
Si les paroles d'Inuyasha avaient pour but d'effrayer Rin, Miroku pouvait dire avec une certaine fierté qu'elles avaient échoué. Rin restait immobile alors que lui, Shippo et Kohaku s'était tendu, frappés par la violence des mots durs que recevait Rin.
« Souviens-toi des nuits au clair de lune, continua Rin, souviens-toi de Kagome.
- Ka-go-me ? »
Une émotion qui n'avait rien de bestiale ou cruelle, surgit sur le visage d'Inuyasha, un reflet d'une bataille interne qui se balançait entre le youki d'un démon et la persévérance d'un humain.
« Oui, Kagome, pressa doucement Rin. La femme que tu aimes. »
Inuyasha se jeta brusquement contre la barrière avec un hurlement de rage.
« Inuyasha ! cria Shippo. Arrête ! Tu vas te faire mal ! »
Il continuait pourtant à se cogner contre la barrière qui n'était pas prête de céder.
« Libère-moi, chienne ! Donne-moi la perle ! »
Rin s'écarta de la barrière, son visage plissé par l'inquiétude alors qu'elle se mordait la lèvre.
« Rin ? demanda Miroku.
« Il est toujours là, répondit-elle, au fin fond de lui-même… Mais le sang yokai prend le dessus. Et… et je ne sais pas quoi faire, Miroku. Je ne sais même pas si je peux utiliser la perle contre lui… Il est puissant et le yokai en lui pourrait utiliser ses pouvoirs à son avantage. »
Rin avait ses grands yeux sombres sur lui, Miroku, espérant qu'il avait une solution. Mais comment aurait-il pu trouver une réponse ? Si même le Shikon no Tama était impuissant, que pouvait-il bien faire ?
« Il y a ce soir, dit Shippo. C'est une nuit de nouvelle lune. »
Rin était la seule à ne pas comprendre l'implication des paroles de Shippo. Inuyasha ne lui avait donc rien dit sur sa condition de hanyo. Il en avait sans doute pas ressenti le besoin. Miroku était d'avis de partager le secret avec Rin. Elle était une miko, elle trouverait peut-être la solution avec cette information. Inuyasha ne lui en voudrait pas s'il lui disait la vérité.
« Les nuits de nouvelles lune, Inuyasha prend une forme complètement humaine, dit-il à Rin. Cela pourrait ralentir les effets de la poudre. »
Rin était étonnée, mais ne parut pas vexée d'avoir été tenue à l'écart de ce secret. Elle devint plus pensive, comme si elle traitait cette information dans le but de résoudre le problème. Mais son visage n'indiquait pas qu'elle avait gagné un avantage supplémentaire.
« D'ici la tombée de la nuit, dit-elle lentement, je l'aurai perdu. Inuyasha sera entièrement transformé en yokai et je ne sais pas si la transformation sera alors inversée…
- Et merde ! » jura Miroku.
Cela ne lui arrivait pas souvent, mais c'était le seul mot qui pouvait décrire leur situation. Sango lui manqua soudainement. Quand il manquait d'idée ou de conviction, elle était là pour le compléter, le rassurer et trouver ce qui n'allait pas, même après six ans de mariage. Qu'aurait-elle fait, qu'aurait-elle dit ? Elle se serait d'abord déjà emportée contre Inuyasha, déclarant que tout ceci ne serait pas arrivé s'il ne s'était pas disputé avec Kagome. Et ensuite… Kagome, mais bien sûr !
« Kagome, dit-il. Peut-être qu'elle pourrait l'atteindre. »
Les sentiments entre Kagome et Inuyasha étaient peut-être la solution. Oui, s'il y avait une seule personne capable de sauver Inuyasha, c'était bien Kagome. Il grimaça en se rappelant qu'elle était dans son époque, et il faudrait une chance incroyable pour qu'elle revînt subitement les voir.
« Le puit est scellé, dit Rin pensivement mais avant que tout espoir ne le quittât définitivement elle continua. Je pense pouvoir le traverser.
- Comme ça, tu nous amènes Kagome, dit Kohaku qui regardait mal à l'aise Inuyasha enragé dans sa cage.
- Non, dit-elle, j'emmène Inuyasha avec moi.
- Quoi ?! s'écria Kohaku. Rin, tu te rends compte du risque que tu prends ? Inuyasha est fou à lier, il n'est même plus capable de nous reconnaître !
- Et le temps que j'amène Kagome, nous aurons déjà perdu Inuyasha, dit Rin fermement.
- Rin, je ne suis pas sûr…, commença Miroku.
- Je vous en prie ! Kagome est peut-être la seule à pouvoir le sauver. Quand j'ai parlé d'elle, c'est comme s'il se souvenait. Si vous étiez à ma place, vous n'hésiteriez pas un instant. »
Le regard de la jeune femme était déterminé, défiant le désir de Miroku de la protéger. Elle risquait de mourir, au moindre moment d'inattention, tuée par un ami. Mon meilleur ami. Miroku refusait de la mettre en danger, mais ne pouvait pas interdire à Inuyasha sa seule chance de salvation.
« Miroku ? »
Pourquoi demandait-elle sa permission ? Il savait qu'elle avait pris sa décision, et que rien, ni personne, pas même Naraku ou Sesshomaru, ne pouvait l'en détourner. Il soupira. Il devenait trop vieux pour ces dilemmes. Sa place était au village, avec Sango, à surveiller Ren-chan et Kiyoshi qui joueraient avec Rin, tandis que les garçons dormiraient sous le chêne. Pourquoi la vie ne pouvait-elle pas être aussi simple ? Et toujours ces yeux bruns attendaient son accord.
« Soit, dit-il.
- Merci, Miroku.
- Quoi !? Miroku, cria presque Kohaku, tu n'es pas sérieux ! Tu la connais, elle voudra le faire seul… elle…
- Arrête de parler de moi comme si j'étais absente, Kohaku !
- Oh, vous allez pas recommencer, marmonna Shippo.
- Mais, Rin…
- Kohaku, dit Miroku calmement, c'est notre seule chance pour aider Inuyasha.
- Et Rin, dans tout ça ? Elle ne compte pas pour toi !? »
Pour la première fois de sa vie, Miroku eut envie de frapper le jeune frère de Sango. Shippo le précéda donnant un coup sur le crâne de Kohaku.
« Mais ça va pas de dire des trucs comme ça ? dit Shippo alors que Kohaku se frottait l'arrière du crâne.
- De plus, ajouta Miroku avec tout le calme qu'il pouvait rassembler, Rin l'aurait fait avec ou sans mon accord. N'est-ce pas, Rin ? »
Elle eut au moins la délicatesse de rougir, et Miroku sourit légèrement. Le visage de Rin devint ensuite plus grave et elle se tourna vers Inuyasha qui se débattait encore dans la barrière.
« Je couperai par la forêt, dit-elle. J'espère ne rencontrer aucun obstacle jusqu'au puit.
- Rin, je viens avec toi, annonça Kohaku.
- Tu me générais, je ne pourrais pas me concentrer efficacement si je dois m'inquiéter de la sécurité de l'un de mes amis. »
Le ton de Rin était doux, mais Miroku devina que Kohaku était blessé par la remarque. Elle devait aussi le savoir, mais n'ajouta rien pour consoler le jeune homme.
« Je vous retrouverai au village, dit-elle. En attendant, Shippo, je te confie AhUn. »
Les deux têtes protestèrent, et Rin quitta un instant des yeux Inuyasha pour regarder sévèrement le dragon.
« C'était un ordre, AhUn. »
Miroku pensait que Sesshomaru aurait employé le même ton pour asservir AhUn. Et il avait l'effet voulu. AhUn complièrent, même de mauvaise grâce.
« Maintenant, écartez-vous, dit Rin.
- Sois prudente, dit Miroku en tirant affectueusement sur une mèche de la jeune femme.
- Je suis toujours prudente, » sourit Rin.
Ce qui valut un rire étouffé de Shippo. Il avait raison, malgré ce que Rin croyait, elle était une menace pour elle-même.
Ils s'écartèrent pourtant, la laissant face à face avec le yokai Inuyasha. Rin construisit une barrière autour d'eux, empêchant Kohaku, Shippo, Kirara, AhUn et lui-même d'intervenir dans la bataille qui allait suivre.
Mon Dieu, faîtes que ma décision ne soit pas une erreur. Faîtes qu'elle réussisse, saine et sauve.
Rin fixait Inuyasha sans ciller. Elle devait se concentrer pour sentir la parcelle d'humanité qui s'éclipsait petit à petit au fond de l'âme du hanyo. Son sang de yokai était puissant, mais ses sentiments humains tout autant. C'était pour cette raison que Rin ne perdait pas espoir de ramener Inuyasha comme avant.
Elle devait trouver Kagome d'abord, dans cet autre monde au-delà du temps. Rin espérait qu'elle était à proximité du puit dans cette époque future. C'était une condition sur laquelle Rin comptait désespérément. Sinon…
Non pour la première fois, depuis que Miroku avait mentionné Kagome, Rin considéra l'autre option qu'il lui restait. Il y avait Kikyo aussi qui pouvait aider Inuyasha. Elle n'en avait pas parlé, incertaine de ce qu'elle ressentait à propos de cette solution.
Elle pouvait ressentir l'aura de la miko assez loin d'eux, mais elle était toujours plus proche qu'une Kagome perdu elle ne savait où dans le futur. Rin n'était pas prête pourtant. Elle n'était pas prête d'affronter Kikyo, et de lui céder volontairement… Quoi ? Mon bonheur ? Elle y avait renoncé déjà. Alors, alors pourquoi hésitait-elle pour sauver Inuyasha ? Pourquoi laissait-elle son égoïsme d'humaine prendre le dessus ?
Je n'ai plus le temps de choisir, maintenant. Elle se mentait, cachée si habilement derrière la prophétie. Là où elle ne demanderait pas l'aide de Naraku, elle refuserait aussi celle de Kikyo. Car de l'un ou de l'autre, elle perdrait cette stupide bataille des derniers héritiers de Midoriko, aussi sûrement que le neige fondait au printemps. Et Rin ne pouvait pas se permettre de perdre face à Kikyo et Naraku. Pas pour l'instant.
« Nous allons voir Kagome, Inuyasha, comme on l'avait prévu. »
Une nouvelle fois, elle sentit le vieux Inuyasha qu'elle connaissait émerger du fin fond de son âme. C'était rapide, le temps d'un souffle, vite balayé par le yokai.
« Je prendrai la perle avant, et je te détruirai ! » rugit-il.
Rin était peinée de voir Inuyasha, son ami, comme ces autres yokai qui avaient tenté de la tuer pour la perle. Beaucoup de choses étaient différentes. Aucun d'eux n'avaient été son ami, et Kikyo lui avait appris à tirer bien avant de leur laisser le temps de parler. Est-ce qu'ils lui auraient jetés ce genre de discours au visage ? Leur haine, leur soif de destruction et de pouvoir, était-ce tout ce qui les habitaient ?
Elle ne montra pas qu'elle était affectée par les paroles d'Inuyasha et se prépara. Elle recula et défit la barrière qui encageait Inuyasha. Comme prévu, il se lança sur elle. Au dernier moment, quand il allait la déchirer de ses griffes, elle reconstruisit une autre barrière et l'emprisonna.
« Chienne ! Tu me le payeras ! »
Rin l'ignora et focalisa son énergie pour déplacer le grand kekkai qui les séparait d'éventuels intrus qui se serait interposé stupidement pour la protéger : Miroku, Shippo, Kohaku, Ahun… et Sesshomaru. Elle ne pouvait pas risquer de laisser Inuyasha tuer des personnes. Jamais il ne se le pardonnerait.
Elle recula à nouveau. Plus rapidement cette fois-ci, elle ne devait pas perdre du temps. Cela se transformait en course d'endurance et d'habilité pour Rin, et elle ne pouvait pas faillir. Elle relâcha Inuyasha, restant plus longtemps sans construire une autre barrière, parant, esquivant les coups du hanyo puis lançant une boule d'air qui le força à reculer. Elle l'enferma à nouveau, n'attendant plus pour courir plus loin encore avant de libérer Inuyasha.
Il attaqua, elle para, ses lames d'acier égratignant plus d'une fois le haori rouge en poil de rat d'Inuyasha. Elle préférait économiser ses pouvoirs tant qu'il ne venait pas à l'idée à Inuyasha de dégainer le Tessaiga. Et ainsi plusieurs fois encore, jusqu'à ce que Rin commençât à reconnaître la forêt qui les entourait, la forêt d'Inuyasha. Elle était proche.
« Tiens bon, Inuyasha ! »
Ce fut une erreur de parler à se moment précis, demandant un fragment de sa concentration ailleurs que sur sa défense. Ce qui suffit à Inuyasha pour prendre le dessus. Elle reçut un coup de griffe violent, qui lacéra la peau de son ventre et son haori blanc. Elle cria, plus sous l'effet de surprise que de la douleur, et canalisa instinctivement une boule d'énergie purificatrice qui projeta Inuyasha en arrière. Elle l'enferma dans une barrière et s'arrêta un instant.
Elle en avait bien besoin, essoufflée par l'effort qu'elle avait fourni, son cœur battant douloureusement contre sa poitrine. Et elle avait eu peur, très peur. Elle avait failli purifier Inuyasha, sous la surprise et l'habitude. Un yokai moins puissant serait mort même égratigné par l'une de ses flèches. Elle devait se concentrer pour ne plus faire la même erreur.
Rin posa distraitement sa main sur son ventre, réveillant alors une douleur cinglante qu'elle avait jusque là ignorée. Son regard fut attiré par la sensation chaude d'humidité sous ses doigts. Elle saignait ! Son sang coulait de cinq griffures profondes qui écorchaient sa peau.
Elle releva la tête quand elle entendit un rire démoniaque.
« Tu vois petite miko, juste un aperçu de ce que je te ferai quand on aura fini de jouer. Je vais me faire un plaisir de te tuer. »
Rin se sentit pâlir. Le yokai qui était Inuyasha savait ce qu'il disait. Il le ferait, ayant tout oublié d'elle ou de leur amitié.
« Pitié, Inuyasha, souviens-toi de qui tu es, de moi, ton amie… »
Son murmure fit éclater de rire Inuyasha, mais Rin crut déceler une sorte de sanglot aussi. Elle essaya de pénétrer dans l'esprit d'Inuyasha, quelque chose qu'elle n'aimait pas faire, consciente qu'elle forçait sa présence dans l'âme de son ami. Et elle n'y était pas la bienvenue. Le yokai la repoussait, l'attaquait d'images sanglantes de la mort qu'il lui réservait. Rin aurait vomi si elle n'avait pas fait bien avant. Elle ignora sa douleur, et les cris furieux d'Inuyasha, et continua pour trouver finalement son ami.
'Inuyasha !
'Rin… Je ne veux pas… te tuer…'
Il était encore là, le bon vieux Inuyasha qu'elle connaissait et qu'elle voulait sauver.
'Et je ne te laisserai pas faire, je te le promets…
'Tue-moi, Rin, tue-moi avant qu'il ne soit trop tard,' supplia-t-il.
Rin se glaça, son cœur s'arrêta même de battre l'espace d'une seconde.
'Non, je ne ferai jamais ça, Inuyasha ! Kagome t'aidera !
'S'il te plait, Rin… Je ne veux pas lui faire de mal… je ne veux pas devenir complètement fou… '
Rin s'arracha de l'esprit d'Inuyasha qui cria de douleur. Elle était complètement sonnée parce qu'il venait de lui dire, et retenait à grande peine des larmes qui voulaient couler. Elle se sentit fatiguée, tellement fatiguée.
Tout en revenait à Naraku et à ses plans destructeurs. Dans le feu de sa propre rage et le sang de sa folie, le demi-sang disparaîtra pour devenir un démon assoiffé de ton pouvoir. Une folie avide de sang. Voilà ce qu'il lui avait dit, soudainement, s'amusant à la prévenir en posant des énigmes. Elle était furieuse de n'avoir rien compris, incapable de déjouer le plan qu'il lui avait dévoilé.
Elle serra les poings et regarda Inuyasha qui léchait son sang de ses griffes. Elle frémit, mais se tendit à nouveau. Elle n'abandonnerait pas ! Elle était proche du puit, elle pouvait y arriver, elle en était certaine !
Rin recula à pas rapide, ignorant la douleur de son ventre, et libéra Inuyasha. Elle avait décidé de se battre jusqu'au puit contre lui, car elle doutait de ses capacités à emprisonner Inuyasha dans une autre barrière. Elle avait besoin d'économiser ses forces.
La lutte s'engagea de nouveau, Rin se défendant aussi bien de ses lames que de ses pouvoirs spirituels. Elle para et contra, chaque coup de griffes acérées qu'il lui donnait, maîtrisant toujours la direction qu'ils prenaient. En temps normal, elle aurait frissonné devant ce regard de prédateur, elle, qui en était la proie. En temps normal, mais cette situation n'avait rien de normal, et les détails ne présentaient plus d'importance.
Elle se battait, non dansait, cette danse de la vie et de la mort, esquivant un coup fatal de son adversaire qui trancha un arbre centenaire. Elle était proche de son but, le puit derrière elle à quelques dizaines de pas, quand elle sentit sa barrière principale s'effondrer. Elle tenta de réprimer la panique qui naissait brusquement en elle.
Miroku et les autres accourraient, et à leur tête, venait Sesshomaru.
Dire que Miroku était inquiet était l'entendement même. Lui, les garçons, Kirara et AhUn suivaient la progression de la barrière de Rin. Ils étaient tous inquiets, d'ailleurs. Les oreilles de Shippo se muaient pour les yeux avertis vers le lieu où devait être Rin et Inuyasha, son expression parfois paniquée comme si ce qu'il entendait ne lui plaisait pas. Kirara ne cachait pas son malaise, alors qu'AhUn semblaient regretter d'avoir obéi à leur maîtresse.
Et Kohaku… Kohaku était une boule de rage et de colère, ce qui était une chose rare pour un jeune homme aussi patient que lui. Il était terrifié, et cachait ainsi maladroitement sa peur. Miroku le comprenait bien, il venait lui-même à regretter d'avoir laissé Rin agir à sa guise. Il se savait trop laxiste avec elle, et ne pouvait rien lui refuser, tout comme il ne pouvait rien refuser à Ren-chan. Il n'avait pas le même problème avec Kiyoshi, ce qui signifiait une chose : si Sango devait tomber encore enceinte, il devrait prier de ne pas avoir une autre fille.
Une charge d'énergie pure attira son attention sur ce qui devait se passer au-delà de la barrière. Rin utilisait ses pouvoirs à forte dose, ce qui semblait dire que la bataille était intense. Y arrivera-t-elle ? Certainement, elle était Rin, elle pouvait tout faire. Que ce soit purifier un Taiyokai en humain que de contrer une malédiction, pensa-t-il en regardant sa main. Elle pouvait sauver Inuyasha et survivre, il devait le croire.
« Il approche, » déclara soudainement Shippo avec de la surprise.
Miroku se demandait de qui Shippo parlait, mais la puissance d'un youki, qui les avait suivi depuis le village lui répondit. Sesshomaru rodait autour de la grande barrière de Rin et venait droit vers eux. Miroku sentait que cela ne présageait rien de bon.
« Qui …? » demanda Kohaku qui eut la prudence de prendre sa faucille en main.
Miroku se tendit de tout son long quand le taiyokai sauta devant eux, et se plaça en face de lui, ignorant aussi bien Kohaku que Shippo.
« Sesshomaru, » dit Miroku aussi poliment qu'il le pouvait.
Miroku détestait d'avoir à lever la tête pour croiser le regard de Sesshomaru. Du coin de l'œil, il aperçut Shippo maintenir Kohaku par les épaules, ce qui était une bonne idée. On ne savait jamais avec Kohaku, lorsque Rin et Sesshomaru étaient concernés.
« Que fait-elle ? » demanda Sesshomaru en ordonnant une réponse de sa part.
Deviner qui il entendait par elle n'était pas une difficulté pour Miroku.
« Rin essaye de sauver Inuyasha, répondit-il sèchement.
- Qu'a-t-il fait du Tessaiga ? Il ne serait pas dans cet état s'il en avait pris soin. »
Miroku se demandait comment Sesshomaru savait pour l'état actuel d'Inuyasha et du lien entre sa transformation et l'épée de leur père.
« Le Tessaiga est avec Inuyasha, dit Miroku. Il s'est avéré inefficace.
- Vous auriez dû tuer Inuyasha, alors. »
Les paroles de Sesshomaru choquèrent Miroku, alors qu'elles n'auraient pas dû le surprendre. Il n'y avait jamais eu d'amour fraternel perdu entre Inuyasha et Sesshomaru.
« Il est votre frère, insista quand même Miroku.
- Inuyasha n'est pas digne du sang de mon père qui coule dans ses veines. Il ne mérite pas que Rin risque sa vie pour lui, il ne mérite que la mort. Tu n'aurais jamais dû la laisser faire, humain. »
Miroku se retint de le frapper.
« Je n'aurais pas pu la convaincre de faire autrement, lui dit-il. Rin avait pris sa décision.
- Alors tu es bien faible.
- Pas même vous aurez pu la convaincre, interrompit Shippo qui retenait toujours un Kohaku livide. Ce qui fait de vous un être faible aussi ! »
C'était une chose particulièrement stupide à dire, en particuliers à un InuTaiyokai. Leur fierté dépassait leur égocentrisme, déjà aussi étendu qu'un océan. Sesshomaru dégaina Tokijin prêt à s'avancer sur Shippo, mais quelque chose l'arrêta net. Ses yeux dorés s'écarquillèrent sous l'effet de la surprise et aussi une émotion brève qui ressemblait à de la peur.
Sesshomaru s'intéressa alors à la barrière qu'il frappa de son épée… en vain.
« N'insistez pas, dit Miroku. Les barrières de Rin ne sont peut-être pas puissantes, mais elles sont complexes…
- La ferme ! »
Miroku aperçut le regard rouge sang de Sesshomaru. Il était furieux, perdant le contrôle de ses émotions. La peur agrippa le ventre de Miroku. Il y avait une seule raison pouvant expliquer la colère de Sesshomaru.
« Miroku ! appela Shippo. Rin… elle est blessée. Son odeur, c'est que du sang… »
Mon dieu, non faîtes qu'elle vive ! Et peut-être que les Dieux l'écoutaient finalement, car la barrière se déplaça à nouveau, plus loin dans la forêt vers le Puit Dévoreur d'Os, leur prouvant à tous qu'elle vivait encore. Sesshomaru courut à sa poursuite, et sans hésitation, Miroku, les garçons avec AhUn et Kirara le suivaient derrière.
Arrivés à la barrière, ils trouvèrent Sesshomaru lançant des attaques puissantes contre l'obstacle érigé par Rin.
« Miroku, il faut faire quelque chose ! s'écria Kohaku. On ne peut pas la laisser ! »
Non, bien sûr que non. Elle ne tiendrait peut-être pas, blessée et après la journée qu'elle avait eue. Pourtant, cette barrière qu'elle avait crée posait des difficultés. Sesshomaru tentait de la franchir sans obtenir de résultats. Miroku était tout aussi incapable de faire mieux. A moins que…
« Sesshomaru ! appela-t-il. Tout seul, vous ne réussirez pas à détruire la barrière, mais à nous deux, nous pouvons y parvenir. »
Sesshomaru s'arrêta de frapper. Ses yeux rouge sang, si identiques à ceux d'Inuyasha dans sa forme de démon, le considérèrent en prenant une teinte dorée moins effrayante. Un éclat rougeâtre y résidait, mais Miroku n'aurait su dire s'il correspondait au reflet du crépuscule qui tombait sur eux, ou bien au reste du youki qui brûlait au fond du taiyokai.
Miroku se rendit compte que Sesshomaru devenait intéressé par sa proposition. C'était de toute façon la seule solution qu'il voyait, allier leurs pouvoirs opposés par nature pour détruire la barrière de Rin. Ce n'était peut-être pas aussi efficace que le Tessaiga rouge, mais les barrières de Rin n'étaient pas aussi solides que celles de Naraku. Ils avaient une chance, si Sesshomaru acceptait de mettre sa fierté de côté pour travailler avec un humain.
« Je vous en prie, Sesshomaru. Pour Rin. »
Il ne lui répondit pas, mais Miroku crut déceler une lueur étrange dans les yeux du taiyokai avant qu'elle ne fût remplacée par une façade d'indifférence. Sesshomaru acquiesça légèrement, remplissant Miroku d'un immense soulagement. Il remercia les Dieux des sentiments de Sesshomaru pour Rin, pour la première fois de sa vie. A présent ils pouvaient réussir à la sauver.
Miroku sortit un offudas de sa poche et tint fermement son bâton sacré.
« A trois, on détruit la barrière, dit-il en lui faisant face avec Sesshomaru à ses côtés. Un, deux, trois ! »
Miroku colla son offudas sur la barrière et frappa de toute son énergie spirituelle avec son bâton. Sesshomaru frappa avec la même force, et la barrière éclata sous l'action de leurs pouvoirs. Sans attendre, Sesshomaru disparut dans les arbres pour rejoindre Inuyasha et Rin. Miroku monta sur Kirara avec Kohaku, suivi par Shippo sur AhUn. Ils se dépêchèrent de les retrouver.
Des traces de sang étaient parcheminées ici et là, sur le chemin. Il fut pourtant plus stupéfié par la scène qui les accueillit dans la clairière du Puit Dévoreur d'Os. Face à face, se tenaient Sesshomaru et Rin qui cachait derrière elle un Inuyasha enchaîné par des liens invisibles. Il se tordait pour essayer de s'en libérer en vain. Ce qu'il y avait de plus remarquable, c'était de voir s'affronter deux déterminations, comme celles de Sesshomaru et de Rin, qui ne cillaient même pas malgré les cris bestiaux d'Inuyasha.
Comme l'avait dit Shippo, elle était blessée, des traces de griffes marquant le ventre de Rin, saignant encore en tâchant son haori blanc déjà en lambeaux. Même ainsi, elle se tenait droite et fière devant Sesshomaru.
« Moine, appela Sesshomaru sans briser sa connexion avec le regard de Rin, nous allons recommencer comme toute à l'heure. »
Il voulait briser une autre barrière qui entourait Rin et Inuyasha. Miroku était d'accord, c'était à eux de se charger d'Inuyasha maintenant. Il descendit de Kirara, les garçons à sa suite, et rejoignit Sesshomaru. Une trace d'émotion se glissa sur l'expression ferme de Rin.
« Je vous en prie, Miroku, je suis à deux doigts de réussir… Si je tarde nous perdrons Inuyasha.
- Rin, tu es blessée…, dit Kohaku.
- On ne peut pas abandonner Inuyasha, dit-elle en ignorant les cris du hanyo.
- On trouvera un autre moyen, tenta de rassurer Miroku.
- Lequel ?! Dîtes-moi juste lequel ?! »
Miroku n'avait pas de réponse, et ils le savaient tous. Il n'avait qu'une promesse à offrir, celle de trouver une solution acceptable.
« Je suis désolée, Rin. Si Inuyasha pouvait choisir, il ne voudrait pas mettre ta vie en péril. Sesshomaru, appela ensuite Miroku pour lui signifier qu'il était prêt.
- Si vous brisez cette barrière, dit Rin froidement, j'en reconstruirai une autre. »
Miroku et Sesshomaru hésitèrent. Elle le ferait, Miroku n'en avait aucun doute. Parfois il détestait qu'elle fût si puissante.
Il échangea un bref regard avec Sesshomaru. Apparemment, il ne savait pas quoi faire lui non plus, et prenait la menace de Rin au sérieux.
Un rugissement plus guttural, plus effrayant, s'éleva derrière Rin qui se tourna brusquement.
« Inuyasha ? demanda-t-elle d'une voix tremblante.
- Rin, qu'est-ce qu'il y a ? demanda Shippo.
- Je… je l'ai perdu… Non, mon dieu, non ! »
Inuyasha rugissait encore en se débattant avec frénésie. Miroku sentit Rin puiser dans ses pouvoirs, d'une façon complexe, autour du hanyo. Inuyasha hurla alors, d'un hurlement qui n'était ni humain ni même yokai. C'étaient des hurlements d'une bête assoiffé de sang, et Miroku fut alors pleinement frappé par les paroles de Rin.
Ils avaient échoué. Il n'y avait plus d'Inuyasha, son meilleur avait disparu. Miroku se sentit coupable, il l'avait trahi et abandonné. Il ne restait plus qu'un vide au fond de Miroku, quelque part, aussi profond que le kazaana.
« Inuyasha ! » cria Rin, des larmes semblant frôler sa voix.
Elle courut auprès d'Inuyasha, aussi près que le permettait la prudence, alors qu'il essayait de l'atteindre, de la déchiqueter de ses griffes.
« Rin ! Ecarte-toi ! » cria Kohaku.
Elle ne l'écoutait pas, et tomba à genoux devant la forme repliée mais menaçante d'Inuyasha. Miroku pouvait voir le profil de son visage. Elle pleurait.
« Rin, » appela Sesshomaru d'une voix ferme et calme.
Elle ne lui répondit pas, mais Sesshomaru insista avec un ton moins dur.
« Retire la barrière, je le finirai moi-même.
- Non, non…
- Tu sais que c'est ce qu'il aurait voulu, Rin. »
Rin plaqua une main sur sa bouche.
« Rin, dit Sesshomaru, s'il te plait. »
Miroku fut choqué d'entendre le taiyokai dire 's'il te plait'. Il oublia presque un instant la peine tellement injuste de perdre Inuyasha, alors qu'il était toujours là, physiquement. Rin était aussi choquée que lui et tourna son visage humide vers Sesshomaru. Miroku crut qu'elle allait céder à leur demande, car elle se releva et essuya ses larmes du revers de la main. Elle trouva la force de sourire à Sesshomaru.
« Il aime Kagome. Elle est son présent et son futur… Pour elle, il redeviendra comme avant. Je vais dans le futur, Sesshomaru.
- Ne vois-tu pas qu'il est incapable d'aimer !? s'exclama Sesshomaru avec frustration.
- Pourquoi ? demanda-t-elle avec amertume. Parce qu'il est un yokai ? Tout le monde sait aimer, Sesshomaru, même un yokai… même Naraku qui a abandonné son cœur pour s'interdire d'aimer… »
Sa voix s'éteignait. Miroku se demandait si elle avait conscience de répéter pratiquement mots à mots ce qu'elle leur avait dit dans un accès de fièvre deux ans auparavant. Elle croyait dur comme fer que Sesshomaru était capable d'aimer. Que Naraku lui-même en était capable.
Ainsi allait le cœur de Rin qui naïvement peut-être présumait que l'amour résoudrait tout, dans les moments critiques ou de peine. Miroku aussi, aurait tant voulu y croire.
« Rin… » commença-t-il.
Elle leur tourna le dos, donnant toute son attention à la forme d'Inuyasha.
« On va voir Kagome, Inuyasha ? Et puis, tu m'avais promis de m'apprendre à descendre aux arbres, tu te souviens ? »
Elle courut vers le puit, donnant le signal à lui et Sesshomaru, après un regard rapidement échangé, d'attaquer la barrière. Elle vola en éclat, laissant le temps nécessaire à Rin de monter sur le rebord du puits, les bras écartés pour maintenir un équilibre précaire, mais son regard fixé sur Inuyasha.
« Inuyasha ! » cria-t-elle focalisant l'attention du démon Inuyasha sur elle seule.
Rin fit un pas un arrière, et elle tomba dans le puits, malgré l'appel désespéré de Kohaku. Sesshomaru tenta de rattraper son frère, d'un bond, mais tout s'était joué beaucoup trop vite. Inuyasha commençait une lente transformation en chien géant, libre des chaînes spirituelles de Rin et se jeta dans le puit, d'où jaillit un flot aveuglant d'énergie violette et rose.
Sesshomaru sauta à leur suite, et Miroku se pencha par dessus le parapet pour en voir le fond. Il n'y avait que Sesshomaru qui gronda de colère, et d'un autre sentiment aussi, un sentiment d'échec. Car ils avaient aussi perdu Rin.
La miko, était devant lui citant un seul mot qui voulait réveiller une partie de lui qu'il avait éliminé. Son identité. Et autre chose de plus profond encore. Ka-go-me. Un écho d'émotion peut-être essaya de faire surface, mais il l'écrasa avec toute la haine qu'il pouvait ressentir pour la miko détentrice du pouvoir unique qu'il convoitait. Il la ferait gémir, pleurer, hurler par la souffrance qu'il lui infligerait. Pour avoir obtenu le pouvoir qui lui revenait, pour avoir oser le blesser. Il se délecterait encore de son sang qu'il avait à peine goûté sans en être rassasié, et de sa chaire entre ses crocs.
Il déchiquetterait son cœur, puis prendrait ce visage, humide de larmes avec cet étrange sourire qu'il devait faire disparaître. Et après, il y aurait l'autre. Celui de même sang, celui qu'il haïssait pour être ce qu'il n'était pas encore. Oui, il se ferait un plaisir de le détruire aussi. Les humains mourraient après, avec leurs stupides montures yokai et le kitsune. Il en fera un bain de sang, ruisselant dans sa bouche jusqu'à en devenir ivre.
Mais d'abord, il y avait la miko, source de pouvoir infini, la mikoqui courait vers le rebord du puit, ses yeux implacables qu'il arracherait en premier pour lui avoir montré de la compassion. Et tout en la regardant, la miko fit un pas en arrière, vers sa mort, le faisant enrager. C'était à lui de la tuer ! La miko ne lui échapperait pas ! Il se jeta alors, libre de devenir lui, fort comme il le pouvait. Il voulait la tuer, la miko et son insoumission.
Il tomba dans le puit, tomba encore, entouré, bercé par le pouvoir qu'il convoitait, et lui rappelant la miko. Et une autre femme aussi, elle, une inconnue, capable de faire douter son existence même de yokai. Non ! Il était lui, même dans ce monde sans loi, sans règle physique, qui n'était que le temps à son état primitif.
L'obscurité fit place à la lumière violette et rose du pouvoir ultime. Il suivit cette lumière, cette aura, vers l'autre côté, qu'une partie de lui-même connaissait comme un monde étrange. C'était là que la miko voulait se réfugier, c'était là aussi qu'elle vivait, cet écho lointain qui résidait quelque part en lui. C'était là que tout se jouerait.
Il la sentit, la miko, son odeur détestable par sa douceur de fleurs ensoleillées, plus haut dans le monde de leur destination. Et il l'entendit, son appel, si près et si lointain, urgent et pris par une peur désespérée.
« Kagome ! »
Il se sentit touché par quelque chose, par ce nom, et non les sentiments alarmés de la miko qui auraient dû lui plaire. Il aimait ses victimes effrayées et désespérées. Il s'en sentait plus puissant encore, plus puissant que la miko et son pouvoir.
Mais ce nom… Il réprima cet être informe au fond de lui qui voulait renaître de sa destruction.
Il jaillit du puit faisant voler des planches de bois autour de lui. Sa forme complète était grande et n'avait aucun mal pour détruire ce qui faisait obstacle à son passage. Il se focalisa sur la miko, qui ouvrit la porte avec fracas, amenant brusquement la lumière du soir dans la salle obscure.
« Kagome ! » cria-t-elle encore.
Il hésita, l'espace d'une seconde qu'il haït jusqu'à en rugir de rage. La miko se retourna avec des yeux écarquillés, puis elle referma la porte, les séparant de l'extérieur. Il sauta sur la miko pour la détruire, et faire entendre le craquement de ses os sous ses pattes… Il ne reçut qu'un tranchant de ses lames, qui traça une marque sanglante sur son pelage, l'obligeant de s'écarter en grondant de douleur. La miko était couverte de leur deux sangs, et il désira encore plus sa mort.
Il sauta encore, plus rapide et esquivant les lames ensanglantées, sans lui laisser une chance de riposter. Il la plaqua d'une patte contre la cloison de bois qui céda sous la violence de l'impact. Même à terre, la miko n'était pas vaincue, brûlante d'énergie purificatrice qui l'obligea à la libérer.
La miko se releva, ses mains brillantes d'une lumière mauve et rose, alors qu'il essayait de combattre la douleur qui venait de sa patte et parcourrait le reste de leur corps. Il se força à l'ignorer et reprit son attaque, mais il butta contre une barrière invisible. La miko l'avait à nouveau enfermé.
Il hurla, et jura sa mort, à cette miko qui se tenait triomphante entre deux ruisseaux de larmes, cette miko qu'il briserait en riant de sa voix rauque et gutturale.
« Rin ? »
Il détacha son regard de la miko, attiré par cette autre voix, douce et belle, rassurante et chaleureuse. Il vit une femme, si familière que son cœur se mit à battre douloureusement réveillant cet écho qu'il avait voulu ignorer en tant que yokai.
« Kagome ! cria la miko. S'il te plait, viens m'aider, Inuyasha, il… »
La femme courut rejoindre la miko, mais ses yeux bruns ne regardaient que lui, avec tant d'émotions humaines, qu'il se trouva incapable de les cerner. Mais il aurait aimé en être capable, ne serait-ce qu'une seule fois.
« Rin, dit-elle, enlève la barrière.
- Mais Kagome, il…
- S'il te plait, fais-le pour moi. »
Trois autres humains étaient apparus derrière elle à distance respectueuse, une femme, un vieillard et un adolescent. Ils ne l'intéressaient pas. Tout ce qui comptait, c'était cette femme. Kagome. Oui, Kagome, son nom qui avait une valeur tellement importante, même s'il ne savait pas pourquoi. Ou peut-être qu'il le savait, en fait.
Elle marcha vers lui, la tête haute pour pouvoir le regarder droit dans les yeux. Elle tendit sa main sur la paroi invisible. Il ne résista pas à l'instinct qui le dictait de poser son museau contre la barrière, là où ses doigts butaient. Il désirait qu'une seule chose, c'était de pouvoir sentir le contact de sa peau, sa douceur. Il gémit, car la barrière le lui empêchait.
« Rin, dit-elle alors.
- O… oui. »
Son souhait fut réalisé, la texture de sa peau de la femme caressait son museau humide. Il respira son parfum qui lui avait tellement manqué. Mais ce n'était pas suffisant, il aurait aimé plus, même s'il ne pouvait pas définir quoi.
« Inuyasha… Tu m'as tellement manqué. »
Inuyasha. C'était son nom, il l'avait oublié. Comment avait-il pu oublier son nom, et la façon dont elle le prononçait ? Comment avait-il pu oublier Kagome ?
Elle continuait à le caresser, ses deux mains, ses bras entourèrent doucement sa gueule aux dents aiguisées. Elle ne le craignait pas, elle savait qu'il ne la blesserait pas. Jamais. Sa tête vint s'appuyer contre lui, sa chaleur humaine le berçant jusqu'à le guider vers cette âme exceptionnelle qui était celle de Kagome. Et il l'aimait, devant n'importe quelle autre femme. Elle avait amené de la lumière dans sa vie.
Il gémit quand il sentit les larmes de la femme qu'il aimait. Il détestait cette odeur. Il détestait quand elle pleurait. Il ferait tout pour la voir heureuse. Même renoncer au pouvoir.
« Inuyasha, s'il te plait, reviens comme avant. »
Il accepta sans hésitation. Il ferait tout pour être celui qu'elle aimerait. Un spasme pénible le frappa alors que son corps entier se contractait. Il se métamorphosa en homme, non hanyo, défiant cette souffrance physique qui voulait le détourner de sa volonté.
« Inuyasha ! » cria Kagome effrayée.
Il aperçut Rin maintenir Kagome par les épaules, et l'empêcher d'intervenir dans sa transformation. Elle avait raison, il voulait redevenir comme avant, même s'il devait traverser l'enfer pour parvenir. Il se mordit les lèvres jusqu'au sang pour se retenir de crier, mais même ainsi, un bruit rendu rauque par la douleur lui déchirait la gorge.
Ses pattes perdaient son pelage blanc pour découvrir une peau plus humaine qu'il connaissait mieux. Ses genoux ne le tenaient plus et il s'écroula au sol. Il passa fébrilement une main dans ses cheveux blancs, alors qu'il essayait de reprendre sa respiration.
« Inuyasha ! »
Kagome se jeta à son cou. Il la serra fort contre lui, en ignorant les blessures ou les courbatures de son corps. Il inspira profondément l'odeur fruitée des cheveux de Kagome, et de Kagome aussi, tout simplement, au-delà de la fadeur de ses larmes, comme si sa vie en dépendait.
« Kagome, plus jamais… plus jamais… » murmura-t-il dans le creux de son cou.
Elle frémit, signifiant sans un mot qu'elle avait compris. Il ne la quitterait plus, rien ne les séparerait, pas même Kikyo qu'il aimait tant, ou son souvenir qu'il chérirait jusqu'à sa mort. Kagome était sa vie, maintenant, son présent et son futur. Il ne la perdrait jamais.
Il s'écarta légèrement d'elle pour se plonger dans ses grands yeux bruns emplis d'une flamme éclatante qu'il savait posséder quand il la regardait. C'était leur amour. Et elle en était plus belle encore. Sa Kagome.
« Je t'aime, Kagome. »
Sans attendre une réponse de sa part, il s'empara de ses lèvres, goûtant leur douce saveur. Elle lui rendit son baiser, avec toute la passion qui l'habitait, car jamais, Kagome ne faisait les choses à moitié.
« Je t'aime aussi, idiot, » murmura-t-elle doucement.
Il sourit contre ses lèvres, incapable de s'offusquer, et l'embrassa à nouveau, clamant tout ce qu'elle lui offrait.
« Trouvez-vous une chambre, » dit Rin d'une voix amusée.
Inuyasha et Kagome se détachèrent, en se rappelant soudainement qu'ils n'étaient pas seuls. Rin, assise non loin d'eux, avait un grand sourire qu'il n'avait pas vu depuis bien longtemps, et nerveusement il le lui rendit. Il avait été le premier à lui faire une remarque du même genre à Hakureizan, quand Sesshomaru avait guéri la main de Rin en la ravageant. Derrière Rin, la mère de Kagome avait un air rêveur ses deux mains entrecroisées contre sa joue. A côté d'elle, le grand-père pleurait de joie alors que Sota avait devant ses yeux un appareil qui lançait des éclairs lumineux.
« Sota ! cria Kagome. Arrête de nous photographier !
- Tu rigoles, répondit le jeune homme. Il faut que j'immortalise à tout jamais la première déclaration de ma grande sœur préférée et d'Inu-onichan ! Quand je vais raconter à Hitomi que ça vous a pris huit ans !
- Sota ! »
Rin éclata de rire et Inuyasha s'apprêta de la reprendre, quand une odeur de sang l'arrêta. Merde, Rin !
« Rin, ça va ? »
Il se releva avec difficulté, en gardant la main de Kagome dans la sienne pour rejoindre la jeune femme qui s'était arrêtée de rire, surprise. Les blessures qu'elle portait n'étaient pas belles à voir.
« Merde, Rin ! Sesshomaru va me tuer ! »
Kagome grimaça quand elle examina rapidement Rin puis Inuyasha. Il pensait qu'il n'était pas dans un meilleur étant que Rin. La jeune miko savait effectivement se défendre.
« Il n'est pas obligé de savoir, » dit lentement Kagome.
Rin et Inuyasha échangèrent un bref regard.
« Il était présent, annonça Rin d'une voix douce.
- Et le connaissant, ajouta Inuyasha, il doit être furieux.
- Voyons, Inuyasha, dit calmement Rin, je pourrai toujours lui parler. Il sait voir le bon sens.
- Pas quand toi et moi sommes concernés. »
Rin allait rétorquer, mais Kagome la devança.
« Assez vous deux. Le plus important est de soigner vos blessures. On verra pour Sesshomaru demain.
- Feh, je n'ai pas besoin d'être soigné, » dit-il avec mépris.
Il avait sa réputation de dur à cuire à garder, même après une bataille contre la gardienne du Shikon no Tama.
« Oh si, dit Kagome. Ce soir est une nuit de nouvelle lune, ce qui signifie que tu ne guériras pas tout seul.
- Je peux le soigner, dit Rin. C'est de ma faute s'il est dans cet état-là »
Elle baissa les yeux.
« Je n'y suis pas allée de main morte. Pardon, Inuyasha. »
Elle culpabilisait ? Alors qu'elle avait fait bien plus que simplement sauver sa vie ?
« Crétine ! T'as pas à t'excuser ! T'as fait un truc stupide qui aurait bien pu te tuer. Merde, j'ai failli te tuer, Rin. Et crois-moi si c'avait été le cas, je serais allé tout seul voir Sesshomaru pour qu'il me tranche la tête une bonne fois pour toute.
- Inuyasha…
- Keh, c'est bon j'ai dit. »
Elle s'approcha timidement, et puisa dans ses pouvoirs pour soigner ses blessures. Ce qu'il n'avait pourtant pas prévu, c'était de voir Rin pâlir, et tomber d'épuisement contre lui.
Merde ! Sesshomaru allait vraiment le tuer.
the world of inuyasha et kanon-and-milo: contente que cette fic vous plaise, j'espère qu'elle ne vous décevra pas trop par la suite.
Allez, c'est Noel, donc un chapitre 2 jours après le précédent (en même temps je ne pense pas poster la suite avant 2009), chapitre 12 qui sera intitulé "Ce que ton coeur désire".
A plus.
