A lire avec Teardrop - Massive Attack
Le diagnosticien se tourna vers Cuddy qui lui faisait signe de se lancer.
_ Je ne peux rien vous dire avant d'être certain que...
_ Dois-je me mettre à genou et te supplier pour te retirer une information aussi importante! demanda-t-elle en se rapprochant.
_ Je...
_ Alors tu étais prêt à voir mourir Wilson pour garder cette information?
Il jeta un furtif regard en direction de son ami qui s'était adossé au mur, bras croisés.
_ Bien sûr que non...
_ Ne m'oblige pas à te supplier... S'il te plaît...
Il se mordit la lèvre inférieure et ferma les yeux.
House rouvrit les yeux et jeta un coup d'œil autour de lui. La douleur se réveilla alors et lui rappela avec cruauté la situation précaire dans laquelle il se trouvait. Son dernier souvenir était cette conversation qu'il avait eu avec John... Ou n'était-ce qu'un rêve...
Il gigota sur la table et constata avec stupéfaction qu'il n'était plus attaché. Il se redressa alors comme un ressort et d'un air hagard, parcourut la pièce du regard.
Pourquoi se réveiller avec ses liens défaits? Était-il en plein rêve? Ou voulait-on simplement lui tendre un piège?
Tout cela n'avait aucun sens... Il tendit l'oreille. Rien, aucun bruit...
Il glissa de la table avec précaution et manqua de s'écrouler au sol. Ses membres étaient à la fois engourdis et endoloris. Il se traîna jusqu'à la porte de sortie avec silence et application.
Alors qu'il avançait sa main vers la poignée, l'hésitation vint étreindre son esprit. Il se figea un instant en se demandant s'il était raisonnable de quitter cette pièce sans savoir ce qu'il y avait derrière cette porte. Il était blessé et épuisé... Il ne savait pas combien ils étaient et ne savait même pas où il était. S'aventurer en dehors de cette pièce, c'était risquer de mettre un terme définitif à sa vie. De plus, il savait que Wilson et Cuddy étaient quelque part... Peut être même dans la pièce d'à côté... Il tourna la poignée et ouvrit doucement la porte en priant pour qu'elle ne grince pas. Par la suite, il glissa la tête en dehors et examina le couloir. Personne. Pas un bruit. Le corridor était éclairé par une faible lumière issue d'une ampoule agonisante. Il ouvrit en grand la porte et s'engagea vers l'inconnu. Qu'il reste ou qu'il bouge... Le résultat serait le même. Et si sa conversation avec John n'était pas un rêve, il avait encore une chance...
House avança un long moment à l'aveuglette, en longeant les murs. Sa jambe lui criait sa douleur et son corps tremblait de rage et de fatigue. Poussé par une envie croissante d'arriver au bout de ce couloir, il ignora les plaintes de son enveloppe charnelle, focalisant sa pensée sur le sortie, la délivrance et toutes ces choses qu'il jugeait sans importance il y a encore quelques heures... Jours... Mois? Il avait perdu toute notion du temps dans cet espace confiné et oppressant. Ses seules sensations étant la douleur et les soulagements éphémères... Il trébucha mais se rattrapa de justesse. "Encore un peu" se disait-il sans cesse en posant un pied devant l'autre.
Des larmes de frustration lui montèrent aux yeux alors qu'il trébuchait une nouvelle fois et s'étalait sur le sol froid de ce maudit couloir sans fin. Pestant silencieusement contre sa douleur, il se redressa et commença à ramper en priant pour que personne n'arrive.
Après plusieurs minutes de lutte acharnée contre lui même, il arriva au bout du chemin. Une porte en acier se dressait à présent face à lui et semblait être le dernier rempart entre lui et la liberté. Il s'accrocha à la poignée et entendit avec un profond soulagement les gonds céder. Il se glissa à l'extérieur et se retrouva dans une pièce circulaire dans laquelle étaient entreposés divers tableaux et sculptures. House contourna tant bien que mal ce bric-à-brac en s'efforçant d'être le plus discret possible et arriva jusqu'à la sortie. Alors qu'il s'apprêtait à ouvrir la porte, il entendit des éclats voix s'élever de derrière.
_ Tu vois John. Toi au moins tu avais un minimum de cervelle. dit un homme dont la voix lui était inconnue.
Des bruits de pas résonnèrent et il entendit une porte se fermer. Il entrebâilla alors la sienne avec prudence.
Un homme arborant un costume noir lui faisait dos. Il avait les cheveux striés de blanc et prenait appui sur une canne finement sculptée.
_ John?
Devant lui se tenait Mc Vaughen qui se retournait... Et se retrouva face au canon de son pistolet.
_ Tu y as presque cru n'est-ce pas?
House tressauta alors que Cuddy posait une main moite sur son bras.
_ Reste avec nous. lui glissa-t-elle.
Il hocha distraitement la tête tout en se dégageant de sa prise.
_ Tout ce que j'ai fait, c'était pour nous sortir de là...
_ Il faudrait déjà qu'on sache ce que tu as fait. souligna Wilson.
_ Très bien... Je vais tout vous dire... Au point où nous en sommes...
La doyenne lui fit signe de continuer.
_ J'ai...
Une explosion fit vibrer les murs tandis qu'un bruit sourd s'engouffrait dans la cave.
House se retrouva à terre en une fraction de seconde alors qu'une pellicule de gravas s'abattait sur leur tête.
_ Nom de Dieu! cracha un Wilson lointain.
_ Tout le monde va bien? demanda Cuddy en toussotant.
House cligna plusieurs fois des yeux en espérant pouvoir distinguer le bout de son nez, en vain.
Il sentit la main de Cuddy entrer en contact avec sa jambe et la presser doucement.
_ Ce n'est pas vraiment le moment. Calmez vos ardeurs très chère!
En guise de réponse, il reçu un tape sur la jambe et une flopée de jurons.
_ Il y a un temps pour être sérieux et...
_ Un temps pour paniquer. finit Wilson.
House se redressa et s'épousseta. De son côté, Cuddy jeta un coup d'œil à l'entrée de la cave mais ne perçu rien. Ils étaient plongés dans le noir complet.
_ Mes oreilles sifflent. signala l'oncologue qui semblait s'être rapproché d'eux.
_ Et on s'en fout! répliqua House.
_ Chut! intima Cuddy. Écoutez!
Le diagnosticien tendit l'oreille et entendit des éclats de voix et des détonations lointaines.
_ C'est la troisième guerre mondiale en haut. dit-il.
_ Je peux paniquer maintenant? demanda l'oncologue qui était à présent juste à côté de lui.
_ C'est le moment ou jamais pour tenter de fuir cet endroit, tu paniqueras plus tard.
_ Comment veux-tu fuir dans ce noir total?
_ Peu importe, qui ne tente rien n'a rien. répondit Cuddy en se relevant.
Elle attrapa House par le col, puis glissa une main sous son aisselle droite et l'aida à se relever à son tour. Wilson bondit sur ses pieds et inspira profondément.
_ Euh... C'est bien beau de vouloir sortir mais on est toujours enfermé dans cette cellule. réalisa-t-il en entrant en contact avec les barreaux.
_ Et merde! s'exclama Cuddy en s'y accrochant.
House s'apprêtait à parler quand une proche détonation suivit d'un cri d'agonie parvint jusqu'à eux. Les trois prisonniers se turent, conscients que quelqu'un était proche. Il entendirent alors une marche craquer sous le poids d'une quatrième personne. Chacun se figea, Wilson cessant carrément de respirer. L'inconnu descendit l'escalier sans dire un mot. A chaque marche qui grinçait ou craquait, le cœur de House faisait un bon.
Arrivé en bas, l'inconnu sortit une lampe de poche et l'alluma, éclairant ainsi les alentours. Cuddy esquissa un geste de recul mais House l'immobilisa en se plaquant contre elle. Il pouvait à présent sentir son cœur battre contre sa poitrine et son souffle saccadé glisser sur sa nuque. Il resserra un peu plus sa prise, espérant ainsi pouvoir la calmer, mais en contre partie, elle lui écrasa le pied à l'aide de son talon. Il ferma les yeux sous l'effet de la douleur et se pinça les lèvres pour ne pas hurler. Comme pour s'excuser, elle lui effleura le cou de ses lèvres et se détendit. House garda les paupières closes, attentif au moindre bruit alentour. L'inconnu continuait d'avancer... Prudemment... Faisant craquer de temps à autre des débris sous ses pieds.
Le temps semblait s'être arrêté jusqu'à que le diagnosticien reçoive un coup de coude de la part de Wilson. Il rouvrit immédiatement les yeux et prit un certain temps à s'habituer à la lumière braquée dans leur direction. L'oncologue, fébrile, recula en trébuchant sans quitter des yeux l'homme qui se tenait devant eux, arme au poing.
House lâcha Cuddy et lui fit face. La doyenne se retourna alors et étouffa un cri de surprise.
_ Vous en avez mis du temps. déclara le diagnosticien.
John Mc Vaughen sourit et brandit un trousseau de clefs.
_ Les jumelles étaient coriaces. expliqua-t-il en ouvrant la porte de la cellule.
TBC...
