Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur :
Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort

Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.


Chapitre 10 : Prises de contact

Une dizaine de jours s'écoula et Kakashi, sur les conseils de Tsunade, tenta de récréer des habitudes de vie à deux. Obéir à une routine était très important pour le bon rétablissement d'un amnésique.

Il partagea donc équitablement les tâches ménagères : il s'occupait du linge, Iruka du ménage, il faisait la cuisine, Iruka mettait et débarrassait la table. Pour la vaisselle, ils alternaient : quand l'un la faisait, l'autre l'essuyait.

« Ils sont morts comment, tes parents ? »

Iruka fixait intensément le bol qu'il caressait de son torchon quand il avait osé poser cette question à Kakashi. Ca le travaillait depuis la stèle des héros mais le jounin pouvait parfois se montrer tellement intimidant qu'il n'avait pas eu le cran d'aborder le sujet plus tôt.

La vaisselle tinta, glissant des doigts de Kakashi. Cette question l'assommait, il n'avait aucune envie de parler de ça.

Iruka fit mine de ne pas remarquer la raideur apparue dans le corps du jounin.

« Tu… tu as dit que ta mère n'était pas d'ici… », l'encouragea-t-il.

Le jounin s'éclaircit la gorge : s'il voulait restaurer quelque chose avec Iruka, il se devait de répondre à ses questions.

« Elle est morte quand j'étais petit, abrégea-t-il. J'ai aucun souvenir d'elle, j'ai même jamais vu une photo. »

Iruka opina, le cœur serré par une révélation aussi cruelle. Même lui savait à quoi ressemblait sa mère.

« Elle était malade ? », tenta-t-il.

A ce qu'il avait compris, elle était civile. Il considéra qu'une femme à priori jeune avait de bonnes chances d'être morte de maladie.

« J'en sais rien, mentit Kakashi après quelques secondes de silence, mon père ne me l'a jamais dit… »

Iruka évita de dire tout haut ce qu'il pensait d'un père qui ne transmettait pas ce genre d'informations à son fils et préféra enchaîner :

« Et lui ?, hasarda-t-il. Tu as parlé de 'déshonneur' la dernière fois. »

« Mon père, articula Kakashi en tentant de reprendre sa vaisselle, mon père était un ninja fabuleux. Meilleur que je ne le serais jamais. Mais… mais il avait son caractère. Il a refusé, un jour, d'obéir à un ordre qu'il pensait cruel et ça a causé la mort de beaucoup de monde. On lui en a voulu et il a préféré se suicider plutôt que d'assumer les conséquences de ses actes. »

Iruka ne put faire autrement que de remarquer le ressentiment dans la voix de Kakashi. Et encore, ce dernier avait beaucoup évolué sur la question. Il ne ressentait plus ni rage, ni honte. Il était simplement fâché d'avoir dû affronter la vie sans père pour l'épauler.

« Tu avais quel âge ? »

Kakashi frottait énergiquement la spatule en bois dont il s'était servi pour démouler l'omelette.

« Je sais plus trop. Huit ans, peut-être neuf. »

De nouveau, Iruka acquiesça.

« Tu as été en famille d'accueil ? », s'enquit-il.

Il n'avait toujours pas bien compris ce qui était mis en place, dans ce village, pour les gamins orphelins.

Kakashi haussa les épaules tout en rangeant la spatule sur l'égouttoir.

« J'étais précoce, j'ai vécu seul. Ils m'ont juste donné un tuteur au cas où. »

Iruka allait demander l'identité de ce fameux tuteur mais il la devina avant de poser la question.

« Le Quatrième ? »

« Le Quatrième. », confirma Kakashi.

Iruka savait ce qu'il était advenu du Quatrième. Encore un peu et il allait penser que Kakashi était un vrai porte-malheur.

« Tu as parlé d'un ami, aussi, non ? »

« Il s'appelait Obito. Pour la faire courte, disons qu'il est mort en mission pendant la guerre. »

Il était vraiment inutile d'ajouter qu'il n'était pas vraiment mort ce jour-là et qu'il avait viré psychopathe par la suite.

« Quelle guerre ? interrogea Iruka. La dernière ? Celle où Naruto a gagné ? »

« Non, la précédente, le détrompa Kakashi tout en s'attaquant à la poêle à frire. Tu veux bien essuyer la spatule, s'il te plait ? Le bois vieillit mal quand il est humide. »

En fait, il ne savait pas si le bois vieillissait vraiment mal quand il était humide mais son Iruka d'avant avait toujours trouvé qu'il était d'une importance capitale d'essuyer la spatule.

Le jeune homme obtempéra tout en calculant quel âge pouvait avoir Kakashi durant la Troisième guerre. Pas plus de quinze ans, en tout cas.

« Donc, résuma-t-il, dans ton enfance, tu as perdu tes deux parents, ton tuteur qui était aussi ton sensei et ton meilleur ami ? »,

« Y a eu Rin, aussi, ajouta Kakashi pour ne pas avoir à l'annoncer plus tard, mon autre coéquipière. Gentille fille. Morte en mission après le démon renard. »

Il évita de préciser qu'il avait dû la tuer de ses propres mains.

Les yeux d'Iruka s'agrandissaient à chaque fois que Kakashi ouvrait la bouche. Le jounin énumérait les tragédies de son existence avec un tel flegme, comme s'il parlait de quelqu'un d'autre. Iruka devina comme cet homme, depuis l'enfance, avait dû apprendre à vivre avec le chagrin.

La spatule était sèche. Iruka alla la ranger dans la pinte de bière vide qui leur servait de pot à gros couverts mais resta accolé au plan de travail, réfléchissant à tout ce qu'il venait d'apprendre.

« C'est ce que tu voulais dire, en fait, la dernière fois, quand tu m'as expliqué que tu étais trop occupé pour aider Naruto ? »

La vaisselle était terminée. Kakashi déposa la poêle sur l'égouttoir et déboucha l'évier.

« Disons juste qu'il est difficile de s'occuper d'un petit être sans défense quand on n'a eu soi-même personne pour s'occuper de soi. »

« Bien sûr que c'était difficile. », approuva Iruka.

« Y a plus rien à essuyer, constata Kakashi d'une voix neutre, mais je dois encore passer un coup sur la cuisinière. C'est bon pour toi, va te reposer. »

Iruka se redressa. Il était fatigué, comme toujours, mais il avait des scrupules, ce soir, à laisser Kakashi tout seul dans cette cuisine. Il ne savait pas trop pourquoi.

Kakashi déversait déjà le produit récurant sur les taches de cuisson fraîches. Il commença à gratter la plaque de la cuisinière tout en devinant Iruka, sur son côté droit, qui se rapprochait.

« Tu as fait ta part de corvées, insista-t-il, va te reposer. »

Mais la main d'Iruka s'était déjà posée près de la sienne et sans qu'il ne cherche à résister, le jeune homme lui prit l'éponge qu'il tenait. Kakashi resta immobile une seconde : c'était la première fois qu'ils étaient si proches, tous les deux, de la volonté d'Iruka.

« Je vais m'occuper de ça, expliquait déjà son acolyte qui semblait inconscient du trouble qu'il avait provoqué. Ce soir, c'est toi qui te reposes. »

~/~/~

« Je me suis levé vers dix heures. J'ai pris mon petit déjeuner. J'ai lu puis j'ai aidé pour ranger les courses. J'ai mis la table et j'ai déjeuné. J'ai relu et mis à jour mon carnet. Je me suis endormi, la sieste a duré entre deux et trois heures. J'ai fait mes exercices de rééducation. J'ai mis la table, dîné et débarrassé. J'ai aidé pour la vaisselle. Je suis allé me coucher. Voilà pour mardi. »

Shizune opina de la tête en prenant un air concerné.

« Et moralement, comment ça va ? »

« Je sais pas trop, j'ai du mal avec mes émotions. C'est un peu comme si j'étais anesthésié… »

« C'est normal, décréta Shizune. Des cauchemars ? »

« Aucun. Je dirai même que j'ai le sommeil très lourd. J'ai beaucoup de mal à me lever le matin. »

« Rien d'anormal, commenta-t-elle encore. Dans l'ensemble, tout à l'air d'aller. Nous nous revoyons en fin de semaine ? »

Iruka acquiesça et se laissa raccompagner jusqu'à la sortie. L'entretien n'avait pas duré plus d'un quart d'heure.

~/~/~

Ça avait sonné et Kakashi était dans la salle de bain. De toute évidence, c'était à Iruka d'aller ouvrir. Il s'avança prudemment : les portes l'angoissaient beaucoup, il ne savait jamais ce qui se cachait derrière.

Il inspira avant d'ouvrir et eut le souffle un peu coupé quand il se retrouva face à une femme absolument splendide. Elle eut un sourire discret et presque intimidant.

« Bonsoir Iruka. Je suis passée voir Kakashi, il est là ? »

Il acquiesça sans réussir à fermer immédiatement la bouche. Le sourire de la jeune femme s'accentua.

« Je peux entrer ? »

Iruka opina avant de comprendre.

« Oh ! Oui ! Oui, oui, bien sûr, je suis vraiment très impoli. »

Il s'effaça pour la laisser passer et en regardant de plus près son accoutrement, il comprit qu'elle était ninja.

« Il prend sa douche, expliqua-t-il. Je peux vous servir quelque chose à boire, en attendant ? »

Il bougeait tout en parlant, il retourna derrière le comptoir. Elle, elle resta dans le salon. Elle avait beau être magnifique, elle n'en demeurait pas moins une inconnue. Et les inconnus l'effrayaient. Une distance de sécurité de quelques mètres lui paraissait essentielle.

« Merci mais non, répondit-elle avec une politesse exquise. Je ne vais pas rester. »

« Ca a sonné, annonça Kakashi en surgissant du couloir, tu es allé ouvrir ? »

Il était habillé de son uniforme habituel et il portait masque et bandeau. Seuls ses cheveux humides trahissaient qu'il sortait de la douche, il les frottait énergiquement dans une serviette reposant sur ses épaules.

Iruka eut une hésitation : comment Kakashi avait-il pu se rhabiller si vite ?

« Madame demande à te voir, finit-il par déclarer en pointant la nouvelle arrivée du menton. »

« Madame ? répéta Kakashi en fixant son invitée. On t'appelle madame, maintenant ? Tu as vieilli, apparemment, Kurenai. »

Elle croisa les bras en soupirant.

« Je… je suis désolé, balbutia Iruka. Je ne voulais pas me montrer impoli. »

« Tu n'es pas impoli, rectifia immédiatement Kurenai, c'est ton copain qui est un goujat. »

Ils tressaillirent tous les deux au mot « copain » mais personne ne fit le moindre commentaire.

« Comment ça s'est passé ? », relança Kakashi.

« C'était une mission de rang C, rappela Kurenai, comment crois-tu que ça s'est passé ? ».

« Ne sois pas vexée, c'est normal de te donner de petites missions pour ta reprise… »

« Il n'empêche que c'est agaçant. Ca a beau faire trois ans que je ne combats plus, je reste bien meilleure que ça ! Je pourrais être plus utile. Là, ce qui a été le plus difficile dans cette mission, c'est de ne pas voir ma fille de la journée ! »

« Moi qui pensais que ça te ferait un peu de vacances… Tu as fait ton rapport ? On t'a donné autre chose ? »

Elle opina mais garda le silence, jetant un regard appuyé sur Iruka qui ne perdait pas une miette de la conversation derrière son comptoir. Kakashi suivit son mouvement.

« Il se fout pas mal des missions ninja. On peut parler devant lui. », affirma-t-il.

« Non, Kakashi, on ne peut pas. C'est un civil, maintenant. »

« Vous voulez que j'aille dans la chambre ? », demanda timidement Iruka, comprenant bien qu'il était de trop.

« Non, répondit Kakashi, on va plutôt aller prendre l'air. On est obligé, tu sais, toute mission ninja est confidentielle. »

« Je comprends, reprit Iruka d'une voix neutre. Madame, j'ai été ravi de vous rencontrer. »

« C'est Kurenai, rectifia-t-elle, et on se connait depuis suffisamment longtemps pour que tu me tutoies. »

Il hésita.

« D'accord, céda-t-il, j'essayerai d'y penser pour la prochaine fois. »

Les deux ninjas sortirent et Iruka resta rongé par la curiosité : il aurait vraiment adoré savoir en quoi consistait une de leur fameuse mission « confidentielle ».

~/~/~

« Ca n'arrivera pas, décréta Kakashi, ça n'arrivera plus. »

« Bien sûr que si. », contra Kurenai en rajoutant un peu d'alcool à son jus de fruits.

Ils s'étaient arrêtés dans une épicerie pour faire du stock et ils s'étaient posés sur une pelouse, dans le parc. Kakashi avait bien fait une remarque ou deux sur le fait qu'une jeune maman n'était pas censée prendre des cuites avant de rentrer voir sa progéniture mais Kurenai lui avait répondu qu'elle n'était plus si jeune que ça et qu'elle avait besoin de décompresser.

Même si elle ne lui en parlerait pas ce soir, il savait que son retour à la vie ninja la stressait. Pas qu'elle ait peur pour sa vie, non, pas vraiment. Comme n'importe lequel d'entre eux, c'était une considération parfaitement secondaire. Mais elle s'inquiétait, bien sûr, de ne plus être là pour sa fille. Comment grandirait-elle sans parent pour la guider ? Elle voyait bien ce que ça avait donné avec Kakashi.

« Il n'est plus le même, je te dis. C'est quelqu'un de totalement différent ! Je ne suis même pas sûr… Je ne suis même plus sûr de l'aimer encore, en fait. »

« Pardon ? Toi, tu n'aimerais plus Iruka ? Tu plaisantes, j'espère ? »

« L'ancien Iruka, ça oui, je l'aimais. Mais celui-là, je ne sais pas… »

« Tu es au courant que c'est la même personne ? »

« Justement non ! s'énerva le jounin. C'est ça que j'essaye de te faire comprendre ! Il est différent, d'accord ? Ils n'ont rien à voir ! Cet Iruka-là… Cet Iruka-là, c'est juste une enveloppe ! Tu crois que tu aurais continué à aimer Asuma s'il était devenu un connard arrogant et violent ? Ou, je sais pas, moi, juste quelqu'un de méchant ? »

« Evite de mêler Asuma à ça, répartit froidement la jeune femme. Quant au reste, la personne que j'ai vue dans ton appartement ne me semblait être ni violente, ni méchante, ni quoi que ce soit d'autre… »

« Il t'a appelé madame ! insista Kakashi. Il t'a vouvoyée ! Alors qu'il n'y a pas si longtemps, tu passais la nuit chez nous pour le rassurer quand je ne rentrais pas de mission à l'heure ! »

« C'est temporaire. », tenta Kurenai.

« C'est permanent ! Et il me traite à longueur de journée comme un étranger ! Je t'assure, c'est insupportable. »

Elle but une gorgée de son breuvage, le temps de trouver un nouvel argument.

« C'est toujours Iruka, s'obstina-t-elle finalement, la tête vide, certes, mais c'est toujours lui. Il faut juste que tu lui rappelles qui il est. »

« Oh ? Heureusement que tu es là ! Ca ne m'était pas venu à l'esprit jusqu'à présent ! »

Elle soupira et posa son verre en équilibre sur une motte de terre. Elle se tourna vers lui et lui saisit les mains.

« Je ne veux pas être blessante, Kakashi, tu es un ami… Mais je te connais depuis qu'on est enfant et tu as toujours été… Kakashi, tu étais incasable. Mais vraiment, incasable. Pire que Gai ! Même quand tu étais ado, depuis toujours en fait, les gens glissent sur toi. C'est comme si on était tous de passage, tu t'attends à ce qu'on disparaisse, tu ne t'attaches pas. Y'a eu que lui. Je ne sais pas comment il a fait, mais lui, lui, il t'a touché. Il s'est frayé un chemin jusqu'à toi et… ça ne se reproduira pas. Avec personne d'autre. Juste lui. Il est fait pour toi. »

Il fronça un sourcil, cherchant à retirer ses mains.

« T'es quand même pas en train de me parler d'âme sœur ou d'autres niaiseries dans le genre ? »

« Si, avoua-t-elle, je crois que c'est ce que je suis en train de faire. C'est toujours Iruka, insista-t-elle, il est là, quelque part. Retrouve-le. »

« Puisque je te dis, articula-t-il, que je n'y arrive pas ! »

Elle prit son verre et balança ce qui restait du contenu sur la pelouse. D'un geste alerte, elle se releva.

« C'est que tu ne fais pas suffisamment d'efforts, décréta-t-elle sèchement. Débrouille-toi comme tu veux mais ramène-le. Et n'essaye pas de me faire croire que tu ne l'aimes plus, tu veux ? Je ne suis pas stupide. »

Elle s'éloigna.

Il espérait se détendre, ce soir. Ça n'avait pas été le cas. Il se demanda si cette conversation avec Kurenai l'avait aidé ou si au contraire, elle l'avait enfoncé encore davantage.

~/~/~

Kakashi était sorti faire des courses.

Iruka avait un peu honte de l'admettre mais il ressentait toujours une vague de soulagement quand Kakashi sortait. Parce qu'il ne se sentait plus constamment observé. Parque qu'il n'était pas obligé de jouer un rôle, d'être en représentation perpétuelle, de faire comme si tout allait bien. Combien de temps cette mascarade allait-elle encore durer ? Cela faisait déjà presque deux mois qu'ils vivaient sous le même toit et rien ne s'arrangeait. Il avait parfois l'impression qu'il n'était pas réel, qu'il n'était que le fantôme d'un être adoré et disparu. Il ne savait pas comment agir avec tous ces gens qui le reconnaissaient. Pourtant, il sortait le moins possible… Et quand il était à l'intérieur, c'était avec Kakashi qu'il ne savait pas se comporter…

Oui, il était heureux quand Kakashi sortait.

Il se leva, décida de se faire un thé pour se détendre. Il alla jusqu'à la cuisine, ouvrit le robinet, remplit sa théière et il l'entendit. Il entendit un bruit. Un bruit qui n'était pas vraiment un bruit. C'était un frottement, un frôlement, une anomalie dans l'air. Un bruit qui, de toute manière, il le savait, n'aurait pas dû être perçu par son oreille. C'était son instinct d'ancien ninja qui lui faisait entendre ce bruit. Tout comme son ancien esprit ninja lui faisait calculer les différentes possibilités de fuite et enregistrer les tiroirs qui contenaient des armes potentielles.

Il se retourna doucement et subitement à la fois. Il ne voulait pas être considéré comme une menace.

Et il le vit.

Son cerveau se mit à fonctionner à toute vitesse, à recoller les morceaux les uns avec les autres : le bandeau ninja, la chevelure blonde, la couleur orange, les yeux bleus écarquillés et étrangement brillants.

« Bonjour Naruto. », parvint-il à articuler.

Il était ému. Sans raison. C'était absurde.

« Iruka-sensei, prononça le garçon, je suis si content de vous voir. »

Iruka comprit ce qui allait arriver. Il savait et cela l'effrayait. Les informations qu'il avait accumulées sur Naruto se rappelaient à lui. C'était un émotif. Un impulsif. Il ferma les yeux quand le jeune homme passa outre le comptoir qui les séparait et le serra douloureusement dans ses bras.

« Iruka-sensei, répéta-t-il, je suis si content. Si content. »

Iruka ne réagissait pas et il sentait qu'il restait parfaitement raide entre les bras de cet enfant.

Naruto finit par s'en rendre compte et le relâcha un peu brutalement. Il recula d'un pas.

« Pardon, s'excusa-t-il. C'est vrai, vous ne savez pas qui je suis. Et moi qui vous fais un câlin ! Je suis trop bête ! En plus, on ne s'est jamais fait beaucoup de câlins alors, je ne sais vraiment pas pourquoi je fais ça ! »

Il eut un rire nerveux, un sourire forcé. Il se gratta l'arrière du crâne de la main.

Iruka ne savait pas quoi lui répondre et pourtant, il cherchait. Pour la première fois depuis son réveil, il avait envie de faire bonne impression à quelqu'un.

« Tu… tu veux des ramens ? », se hasarda-t-il, finalement, ne trouvant rien d'autre.

Il se maudit lui-même : c'était tellement facile de résumer l'identité de ce garçon à ses habitudes alimentaires…

De l'autre côté du comptoir, Naruto écarquilla des yeux émerveillés.

« Ouah, sensei, vous vous souvenez que j'aime les ramens ? »

« Euh… non, dut bien avouer le jeune homme, c'est Kakashi qui me l'a dit. »

Naruto hocha la tête, ses yeux reprenant leur taille normale.

Il y eut un silence. Iruka croisa les bras, les décroisa, se gratta la cicatrice, recroisa les bras.

« Je veux bien, marmonna Naruto dans le silence. Pour les ramens. J'ai rien mangé depuis deux jours alors, ouais, des ramens ça m'irait bien. »

Iruka prit ça pour un ordre. En plus, les ramens, c'était quasiment le seul truc qu'il savait cuisiner lui-même. Il se mit en quête d'une casserole, la remplit d'eau, mit à chauffer.

Lorsqu'il n'eut plus rien à faire, il se retourna, cherchant à paraître décontracté. Il observa Naruto du coin de l'œil. On lui avait décrit ce garçon comme expansif, il ne pouvait pas parler un peu ? Il détailla ce qu'il pouvait voir de lui de sa position et il remarqua la boue sur les vêtements, les yeux fatigués et le visage sale.

« Je crois, fit-il en se rapprochant, je crois que tu as quelque chose dans les cheveux… »

Il n'osa pas se servir de ses mains, il ne fit que fixer les mèches suspectes de plus près, se rapprochant sensiblement du comptoir. Naruto se passa brutalement les doigts sur le crâne.

« Oh, ça, comprit-il, c'est rien. Juste du sang. »

Iruka avala difficilement sa salive.

« Tu t'es blessé ? », interrogea-t-il.

« Mais non, sensei, c'est pas mon sang… », répondit l'autre, tranquille. Mais il comprit à la tête d'Iruka que son affirmation n'avait rien d'évidente pour lui.

« Pardon, s'excusa-t-il, j'aurais dû passer prendre une douche chez moi avant de venir. Je me suis précipité, j'avais tellement envie de vous voir… »

Avec force, il passa la main au-dessus du comptoir pour la reposer sur l'épaule de son ancien professeur.

« Vous avez l'air d'aller bien, constata-t-il. Je suis content. Vraiment content. »

L'émerveillement que semblait ressentir Naruto à sa vue le troublait. Il essaya de changer de sujet.

« Comment tu es entré ? », demanda-t-il tout en retirant doucement son épaule de la poigne du garçon pour s'en retourner à la cuisinière.

« C'était ouvert. », répondit l'autre en s'asseyant sur un des tabourets hauts en croisant ses coudes devant lui.

Apparemment, Naruto n'était pas entré volontairement en mode furtif, il avait dû le faire sans même s'en rendre compte. Ou alors, pensa plus simplement Iruka, ce qui était furtif pour un nouveau civil comme lui ne l'était pas du tout pour un ninja. Probablement que Kakashi l'aurait entendu arriver à trois kilomètres…

« Combien de fois faut-il que je te dise de fermer la porte quand je ne suis pas là ? »

La porte avait claqué. Là, il l'avait bien entendue. Kakashi avait les bras chargés de sac en plastique et s'était servi d'un de ses pieds pour la repousser en arrière.

« Tiens, remarqua-t-il plus calmement, salut Naruto. »

Le garçon s'était retourné mais resta assis sur son tabouret.

« Yo, sensei ! », s'exclama-t-il en levant une main tout en dévisageant d'une manière peu discrète son second mentor.

Kakashi traversa le salon en quelques enjambées et vint poser ses sacs dans la cuisine.

« Tu es rentré depuis longtemps ? », reprit le jounin sur le ton de la conversation.

Il n'eut aucune réponse : Naruto semblait comme bloqué. Iruka s'en inquiéta tout en déversant l'eau brûlante qui avait terminé de chauffer dans le bol du garçon.

« Un problème, Naruto ? ».

Le jeune homme continuait à fixer Kakashi comme s'il lui était poussé une deuxième tête.

« Non, se reprit-il finalement. Non ! Pas du tout ! C'est juste… C'est juste… »

Il hésita, la face toujours écarquillée. Il se suréleva sur son tabouret pour pouvoir dévisager le jounin masqué d'une manière encore plus impolie.

« Kakashi-sensei, énonça-t-il d'une voix hésitante, vous venez tout de même pas d'aller faire des courses, là, si ? »

Si Kakashi n'avait pas porté un bandeau, Naruto aurait parfaitement pu distinguer la veine du front de son mentor gonfler exagérément.

« Finement observé, Naruto. », répondit ce dernier, d'une voix cassante.

« Il ne devrait pas ? », s'étonna Iruka.

Naruto observa son bouillon une seconde avant de détailler de nouveau son ancien professeur.

« Ca non, révéla-t-il, goguenard. Kakashi-sensei ne fait pas les courses. Kakashi-sensei ne fait rien d'autre non plus, d'ailleurs. »

Le jounin roula de l'œil tout en soupirant.

« Pour qui tu me fais passer, Naruto ? », pesta-t-il.

« Eh ! poursuivit l'autre. Je vous adore, sensei, hein. Vraiment ! Mais faut être honnête : vous êtes le plus grand flemmard de toute l'histoire de l'art ninja ! »

Kakashi se racla la gorge avec force.

« Et c'est toi qui dis ça ? Toi qui ne passes chez nous que pour mettre les pieds sous la table ? »

« Je passe parce que vous vous ennuyez quand je ne suis pas là ! », se défendit le jeune homme.

« C'est ça, oui ! Et le canapé que tu nous squattes ? Il s'ennuie aussi quand t'es pas là ? »

S'en suivit un nombre de piques incalculable sur l'inutilité de l'un et la paresse de l'autre.

Iruka écoutait d'une oreille distraite, faisant mine de trouver tout ceci vaguement amusant. Il voyait bien la complicité et la joie que ces deux hommes avaient de se retrouver mais il sentait aussi que tout ceci était un peu forcé. Que Naruto et Kakashi augmentaient le trait pour masquer l'absence d'un troisième larron : lui-même. De ce qu'il avait compris des explications toujours un peu laconiques de Kakashi, il était une sorte de zone neutre, celui qui pacifiait, qui faisait le trait d'union entre les autres. Et là, le fait de rester en retrait déséquilibrait les deux autres qui compensaient en beuglant un peu plus fort et en se montrant un peu trop sarcastique.

Un sentiment de culpabilité grandit en lui : c'était lui qui posait problème, le manque d'harmonie venait de lui et il aurait probablement été très heureux de cette fausse dispute s'il avait été en mesure d'y participer.

« Eh bien, lançait Kakashi à son ancien apprenti, puisque tu es si utile à la société, tu n'as qu'à aider à ranger les courses. »

« Quoi ? Mais non ! Vous voyez pas que je mange, là ? Mon bouillon va refroidir ! »

« Son bouillon va refroidir, répéta Kakashi d'une voix aigüe, pauvre petit… »

« Je vais t'aider, moi. »

Iruka était intervenu, mettant fin à la joute des deux autres. Il savait bien qu'il cassait l'ambiance mais il était fatigué de leurs cris et de leur fausse bonne humeur.

Kakashi sembla le comprendre et, soudainement très calme, il tendit un sac à Iruka.

« Merci beaucoup. », énonça-t-il.

Le silence tomba. Naruto se mit à aspirer son bouillon, la tête dans le bol. Les deux autres se débattaient entre sacs et placards avec la force de l'habitude. Ils finirent tous en même temps et alors qu'Iruka se demandait quoi faire de ses mains, Naruto repoussa son bol et d'une voix que le jeune homme ne lui connaissait pas encore, il déclara :

« Sensei, on doit parler boutique. »

Plus de chaleur, plus d'exclamation aiguë, simplement une voix coupante et qui n'admettait pas de réplique.

« Hm, se contenta de répondre Kakashi, ennuyé, s'il le faut… »

Son œil se tourna vers Iruka et revint sur Naruto.

« On a qu'à sortir prendre l'air. », proposa-t-il.

« Non ! s'exclama Iruka. C'est bon, je vais aller lire dans ma chambre. Ne vous dérangez pas pour moi. »

Kakashi acquiesça et Iruka s'éclipsa. Les deux hommes, une fois seuls, allèrent s'asseoir sur le canapé.

« Shikamaru les a débusqués. », annonça Naruto sans préambule.

Kakashi, courbé, fixa ses mains jointes sur un de ses genoux.

« Il est sûr de lui ? », interrogea-t-il d'une voix maitrisée.

« Il l'est. », répondit l'autre, catégorique.

« Sur quels indices ? »

« Ce qui l'a beaucoup aidé, développa Naruto, c'est le tatouage qu'Iruka-sensei avait sur l'épaule… »

« L'étoile à sept branches ? »

Le jeune homme acquiesça.

« On a communiqué avec les autres villages, on a regroupé les infos. Depuis… l'agression d'Iruka-sensei, il y a eu d'autres victimes. Toutes avaient ce tatouage. Ca nous a permis de délimiter des périmètres d'action. On est allé sur le terrain, on a visité les différents lieux susceptibles de les cacher… J'en ai vérifié plusieurs moi-même. On a trouvé deux planques sûres mais il en existe d'autres. »

« Et qui sont-ils ? »

« On sait pas bien. Une espèce de secte, des illuminés. Apparemment, ils croiraient à une légende débile qui ferait d'eux des êtres élus du destin. Ils pensent qu'ils sont les premières pierres d'une nouvelle civilisation mais pour cela, ils doivent d'abord détruire les sociétés déjà existantes. »

« Et pourquoi lui ? soupira Kakashi. Pourquoi Iruka ? »

« Une bonne source d'informations. On pense que c'est pour ça… On est pas sûr, en fait. »

« C'est quoi le plan, maintenant ? »

« On commence par les planques qu'on a. On les interroge jusqu'à avoir d'autres planques à fouiller… »

« Ils doivent être jugés ? »

Naruto secoua négativement la tête.

« Au vu de leurs crimes et du fait qu'ils ont attaqué plusieurs pays, on a les autorisations maximales. On ne doit laisser aucune trace. »

« Un problème avec ça ? »

« D'ordinaire, ça m'en poserait. Là, moins. »

« Et pour les interrogatoires ? »

« Je comprends qu'on doive en passer par là mais je préfèrerais ne pas avoir à m'en charger. », avoua le garçon.

« Je m'en occuperai. »

Naruto releva subitement la tête.

« Alors, vous reprenez ? »

« Je t'ai suffisamment laissé faire le travail à ma place, Naruto. Je sais que ça t'a coûté de ne pas être là pour sa convalescence. »

« Arrêtez, sensei, c'était normal. Et si vous reprenez, on aura besoin de vous à plein temps. Vous non plus, vous ne pourrez plus veiller sur lui comme maintenant. »

« C'est peut-être mieux comme ça, souffla le jounin. Je crois qu'il a besoin que je le lâche un peu… »

Naruto hocha discrètement la tête.

« C'est pas la joie, hein ? Je veux dire, vous-deux… »

« Non, c'est pas la joie, comme tu dis… »

Naruto releva la tête et jeta un coup d'œil derrière lui, vers la chambre d'Iruka.

« Ca doit être bizarre de vivre avec lui, non ? Moi, ça n'a duré que cinq minutes et, déjà, j'ai trouvé ça bizarre… »

Kakashi haussa les épaules.

« On a une équipe ? », éluda-t-il.

« Plusieurs, répondit Naruto, Ibiki s'est évidemment porté volontaire ainsi qu'Ishiku. Il est moins bon médecin que Sakura mais j'ai préféré le prendre lui. Je n'ai pas trop envie de mêler Sakura à tout ça. Elle n'approuverait pas. »

« Tu as raison. Qui d'autre ? »

« Le Kazekage nous envoie Kankuro et Temari. »

« Le village du sable a été attaqué ? »

« Ouais, mais je crois que Gaara fait surtout ça pour rembourser sa dette. Rapport à la fois où on lui a sauvé la vie. Shôgi s'est aussi porté volontaire pour faire équipe avec Shikamaru. »

« Shôgi est un sensible, ce n'est pas forcément une bonne idée… »

« Shôgi vous adore pour Asuma et pour ce que vous avez fait pour son père. Il refusera d'être laissé de côté. »

Kakashi s'avoua vaincu, il était difficile d'écarter les gens qui vous étaient redevables.

« Et il paraît aussi que Kurenai a repris du service exprès pour pouvoir faire partie de cette mission… », poursuivit Naruto.

« Ouais, confirma Kakashi, j'ai pourtant essayé de la convaincre de ne pas le faire. Elle a une gosse, en plus. »

« Vous n'arriverez pas à dissuader vos amis de vous aider. Vous savez, tout le monde vous aime ici. Tout le monde aime Iruka. On est tous désolé de ce qui vous arrive. Il faut rétablir la justice et empêcher ces monstres de nuire. J'ai pas de doutes à ce sujet. »

« Quand partons-nous ? »

« Dans une semaine, le temps que je forme les équipes et que je gère les derniers préparatifs. On a plusieurs membres du clan Aburame qui surveillent les lieux. Ils nous préviendront au moindre mouvement de leur part. »

« C'est bien géré, Naruto. Tu m'as l'air d'être un bon capitaine… »

« Je peux m'occuper de tout ça sans vous, si vous voulez, insista le garçon. Restez là, profitez d'être avec lui. »

« Mais profiter de quoi, Naruto ? s'emporta le jounin. Et avec qui ? Tu ne comprends donc pas qu'ils me l'ont tué ? L'homme avec qui je vivais, l'homme qui t'a élevé… a disparu ! »

« Sensei… »

« Il est mort ! s'exclama Kakashi d'une voix qui restait étouffée. Mort ! Ils me l'ont pris ! Ils me l'ont pris et il est hors de question que je laisse quelqu'un d'autre les faire payer à ma place ! Tu es avec moi, Naruto ? Oui ou non ? »

Le garçon opina franchement.

« Je suis avec vous, Kakashi-sensei. »