Merci à audrey1989 et Terzima pour leur avis.

On retourne sur Carrie.

On n'est pas loin de la fin, encore peut-être deux ou trois chapitres et un épilogue.

Un chapitre plus court pour faciliter la traduction à Terzima. J'essaierai de publier plus vite.

Bonne lecture.


Une nouvelle vie

Partie 11


CARRIE

Brody était parti depuis une heure.

Saul était allé le ramener, ils devaient revenir demain, j'avais insisté. Quant à Quinn, il en avait pris pour son grade et il était aussi parti peu après. Dire qu'il m'avait privé de la seule chose qui aurait pu m'aider à ne pas perdre la tête durant tout ce temps que j'avais passé seule ici ! Je lui en voulais d'une force ! Je m'étais sentie repartir dans le bas-fond de ce qu'il y avait de pire en moi, sans aucune possibilité de contrer cette descente. Sa présence ne m'avait pas aidé à aller mieux, malgré ses efforts, je me perdais en moi-même, sans possibilité de contact avec la réalité. Le passage des infirmières, des médecins, des femmes d'entretien, rien de tout ça ne me perturbait. A croire que j'avais été anesthésiée tout ce temps.

Je me renfonçai dans le fauteuil une place où j'étais installée dans la salle commune, devant moi la télé jouait des trucs à la con que regardaient d'autres résidents, c'était en français, je ne comprenais rien. De toute façon, j'étais ailleurs, mon esprit s'échappait pour rejoindre celui que j'aimais.

La seule vue de Brody m'avait remontée d'un coup. Il avait cet effet sur moi. Il m'avait paru encore plus beau, tellement irréel comme sorti d'un rêve. Et puis il m'avait dit toutes ces choses…

Je ne pus m'empêcher de sourire, j'étais heureuse.

Je caressai machinalement mon ventre. Les coups de ma fille se faisaient plus précis, plus réguliers, elle aimait se manifester la journée, et la nuit elle me laissait en paix. Je me montrais un peu plus maternelle, du moins j'essayais car ce n'était pas évident, je n'y connaissais rien, et ce n'était pas inné comme on pourrait le croire. Elle était ce qui me rapprochait le plus de Brody, un rappel de son existence.

Tout doucement la salle se vida, c'était l'heure de diner mais je n'avais pas faim. Je pris la télécommande et zappai jusqu'à trouver une chaine d'info américaine. Je m'immergeai totalement sans m'en rendre compte dans cet amas d'informations parfois sordides, parfois héroïques, parfois flippantes. Le terrorisme malheureusement était plus présent que jamais, de manière insidieuse, irréparable, parfois avec des éléments insignifiants. Mais mon œil expérimenté savait le définir. J'avais du mal à rester insensible, c'était mon leitmotiv depuis tant de temps, la passivité pour moi relevait du crime.

J'eus du mal à respirer quand je réalisai à quel point cela me paraissait impossible de rester inactive, et être active cela impliquait de renoncer à certaines choses fondamentales.

Je secouai la tête, refusant de sacrifier mon amour, ma future famille.

-Comment je vais faire ? Paniquai-je.

Je me prostrai dans le fauteuil, ramenant mes jambes sous moi, enveloppant mon bébé de mes bras. J'eus envie de pleurer, encore. C'était lassant, pesant, pénible.

-Alors toujours fâchée ?

Je fis un bond, me renfrognai devant l'apparition inopportune de mon ancien collègue.

-Casse-toi Quinn, putain !

Il fit le tour et s'accroupit pour me faire face, les bras posés sur les accoudoirs. Je voulus m'en détourner mais je n'en avais pas la force, je fermai les yeux au final.

-Qu'est-ce qui y'a ?

-Si tu crois que je vais me confier à toi !

-Tu peux tout me dire, persista-t-il avec tranquillité.

-Je t'ai dit ce que j'avais à dire, ne te mêle plus de ma vie, bordel !

Il resta là et patienta, je le perçus. Je finis par rouvrir les yeux, excédée.

-Comment t'es rentré dans le bâtiment ? Les heures de visites sont passées.

-Comme si ça allait m'arrêter.

-Tu ne dois pas te faire repérer.

-Ne dis pas d'ânerie, Carrie. Il n'y a pas de possibilité que ça arrive.

Cela aurait pu passer pour de la prétention, mais non, et c'était énervant cette confiance en lui-même et en ses capacités !

-Dégage !

Je fis une tentative pour me lever une fois sur mes pieds, je marchai jusqu'à la sortie. Il ne me suivit pas, concentré sur la télé. Dans ma chambre, il y avait déjà un plateau repas. Je me mis en pyjama et entamai mon repas froid. C'était insipide, je n'avais pas envie de ça. Je rêvais d'un bon steak, de pommes de terre au four et d'un verre de vin.

Après le repas, l'envie de fumer me reprit violemment. La frustration fut si immense que j'eus envie de vomir. Quand je revins des toilettes adjacentes, Quinn était encore là !

-Putain tu veux que j't'en mette une !

-Essaie, je veux voir ça.

Je fis deux grands pas vers lui et « bim ! », il s'en mangea une belle. Il ne sembla pas plus secoué que ça, au contraire je le surpris à sourire légèrement, adoucissant son visage, ce qui était plutôt déconcertant.

-Content de te retrouver, collègue.

-T'es vraiment cinglé.

Je le contournai pour retourner au lit, dépitée de cette nausée persistante. Etait-ce le stress ? Sûrement. J'avais cette boule au creux de l'estomac, et le seul moyen de la faire partir était de régler ce qui me tourmentait. Mais comment faire ?

-Reviens avec nous Carrie, rentre aux Etats-Unis. Tu pourras reprendre ton travail de manière officieuse.

C'était tentant. Il vit mon hésitation, s'engouffra dans la brèche.

-On te trouvera un p'tit coin tranquille où tu pourras rester avec ton père, il s'occupera de ta fille une fois que tu seras prête à retravailler.

Papa…

-Et puis ta sœur…

-Arrête !

Je me bouchais les oreilles. Il tenta de retirer mes mains mais je devins agressive, il cessa alors de me harceler. Ses mots cognaient dans chaque recoin de ma tête, le mal était fait, ce fut le début de l'enfer. Je lui hurlai de s'en aller, encore et encore. La nausée s'amplifia, des bras me saisirent, des visages mouvant se matérialisèrent sous mes yeux terrifiés. Je me débattis, affolée, je manquai d'air. Et puis un masque me couvrit le nez et la bouche, je m'engourdis lentement, cessant de gesticuler. Je luttais contre le sommeil, marmonnant encore et encore le nom de Brody….

Je me levai le lendemain avec un mal de crâne carabiné. Impossible de sortir du lit, j'étais naze, vaseuse. Mon esprit embrumé s'éclaircit progressivement laissant filtrer des données de la veille qui me crispèrent d'angoisse.

Je parvins à m'asseoir et l'envie de faire pipi me tomba dessus comme un huissier sur un mauvais payeur, je pris doucement appui sur mes jambes flageolantes au lieu de biper une infirmière. Le temps d'arriver aux toilettes, j'avais eu des fuites, putain, la honte ! Assise sur les chiottes, je pleurai de misère, j'étais pitoyable.

« Pourquoi tu te mets dans cet état, ce n'est pas grave. »

-Brody ?

Non, il n'était pas là, c'était dans ma tête, mon subconscient me rassurait de cette manière. De toute façon, c'était ce qu'il aurait dit et il aurait raison. Je me frottai le visage, tirai le rideau de douche et mis en marche les robinets. Je posai en vrac mes fringues sur le côté et me jetai sous le jet d'eau chaude. L'effet fut immédiat, je me détendis, cependant, je ne devais pas rester trop longtemps, ma tension chutait facilement sous la chaleur.

Quelqu'un frappa à la porte.

-Je vous ai apporté votre petit déjeuner et vos médicaments, m'annonça la voix d'une femme dans un anglais parfait.

-Merci.

-Ne restez pas longtemps sous la douche.

-Oui, oui.

-Le médecin passera vous voir dans la matinée.

-D'accord.

Tant mieux, j'avais des choses à lui dire !

Devant la glace, une fois séchée, j'eus du mal à m'observer, je ne me reconnaissais pas avec cette coiffure, cette teinte de cheveux et ce corps translucide strié de veines de plus en plus apparentes, sans parler de ma poitrine effroyablement généreuse et douloureuse. En un mois de temps mon corps avait doublé de volume, je me sentais comme une baleine, je ne voyais presque plus mes pieds.

Non, non, ne pas déprimer. Ce n'était que temporaire.

Je m'étais habillé, coiffée, et je ne pensais plus qu'à me recoucher, gênée par cette douleur familière dans l'aine. Dans le lit, je dévorai le contenu du plateau, avalai mes médocs infects et me recouchai dans la foulée, éreintée.

Plus tard dans la matinée, je pus enfin réfléchir sérieusement à comment régler ce problème d'angoisse sur mon avenir sans travail. Je tournai ça dans tous les sens, je ne trouvai qu'une seule solution. Ce fut à ce moment qu'entra le médecin de garde. Il était plutôt jeune, assez avenant. Nous avions déjà discuté, il était attentif. Il parcourut le dossier qu'il avait en main, parla tout seul, puis me posa quelques questions sur mon ressenti physique.

-J'ai toujours ces douleurs ici (je lui montrai la zone concernée) et, par moment, j'ai mal aux hanches et au niveau du coccyx, c'est ponctuel mais c'est atroce. Je peux même pas m'asseoir !

-Votre bassin s'élargit, c'est normal.

-Ah ouais, râlai-je, merci de me prévenir. Et ces remontées acides, mon œsophage est comme un volcan, y'a rien pour calmer tout ça ?

-Je vais rajouter un anti-acide dans votre traitement. Et sinon, rien d'autre qui vous contrarie ?

-Non.

-Vous êtes sûre ? Hier soir, pourtant…

-Ah oui, le coupai-je, en parlant de ça, j'aimerais qu'il y ait plus de vigilance dans ce bâtiment, n'importe qui peu entrer comme dans un moulin.

-Comment ça ?

-J'ai été importunée et cela m'a rendue un peu tendue.

-Il n'y avait personne avec vous hier soir.

-Je vous dis que si.

-Et vous n'étiez pas juste tendue, m'ignora-t-il, vous étiez en pleine crise d'hystérie.

Oh, je voyais très bien où il voulait en venir. Mieux valait fermer mon bec ou aller dans son sens. Cela m'écorcha la bouche, et je maudis Quinn avec une rare énergie.

-J'étais un peu stressée, je ne me rappelle peut-être plus très bien ce qui s'est passé. Je veux juste un peu de calme, pour pouvoir mener cette grossesse à terme.

-Est-ce la visite de votre conjoint qui vous a mis dans cet état ?

-Non ! M'indignai-je, scandalisée. Au contraire, il est ce qu'il y a de plus stable dans ma vie, il me rassure.

-Comprend-il ce qui l'attend par la suite ?

Je soupirai.

-Peut-être pas.

Je pris le temps de réfléchir.

-Cependant, il est le seul à parvenir à me tenir droite, à ne pas déraper, il arrive à me remonter.

-Un lourd fardeau, non ?

De quoi se mêlait-il ?

-Je fais pareil pour lui. Nous avons besoin l'un de l'autre, nous nous complétons, nous nous comprenons, nous nous aimons. Alors le reste importe peu.

OoooO

Après le déjeuner, je sortis prendre l'air pour réfléchir aux paroles du médecin. Je croisai quelques résidents je restai en retrait, je ne parlais à personne, pas même au personnel. Il était temps que mon état s'améliore et que je quitte cet endroit. Je détaillai le ciel, le soleil tentait une percée, je profitai des quelques rayons, assise sur un des bancs près de la fontaine. Le temps s'étira, je restai relativement calme, étrangement sereine.

J'avais pris ma décision.

Le temps s'étira alors avec longueur, j'étais pressée de mettre des mots sur tout ça, d'en parler à Saul. Alors quand il se matérialisa devant moi, mes paroles l'inondèrent sans que je ne puisse en tarir le flot. Il dut mettre un terme à cette folie verbale pour s'asseoir et récapituler.

-Tu veux former de jeunes recrus, aller avec eux sur le terrain et pendant ce temps Brody garde ta fille.

-Notre fille, oui. Il sera un bon père, bien meilleur que moi en tant que mère.

-Qu'en sais-tu ?

-Je le sais.

-Tu te rends compte de la folie que tu as eu d'avoir cet enfant ?

-Elle est ce dont il a besoin, elle est la preuve de mon amour pour lui. Il saura faire face, j'ai en lui une confiance aveugle même s'il ne le sait pas.

Il était exaspéré par mes paroles, je m'en fichais bien.

-Je rentrerai au minimum une fois par mois, je veux que tu puisses me le garantir.

-Il ne va pas être d'accord.

-Je vais essayer de lui expliquer. Je voulais valider ça avec toi d'abord.

-Ça ne va pas être simple Carrie, tu te rends compte de…

-Tu sauras gérer, de toute façon ton but depuis le départ était bien de me rapatrier aux Etats-Unis sans Brody, non ?

Il se rembrunit.

-J'aurais dû m'en douter, Brody a lâché le morceau.

-De quoi tu parles ?

-Je lui ai révélé mes attentes te concernant, ça ne lui a pas plu.

J'étais décontenancée, pourquoi il ne s'en était pas confié à moi ?

-Sans blague. Tu l'avais mal jugé, il n'est pas venu pleurer dans mes jupes, ce n'est pas son style. A l'avenir, si tu veux qu'on s'entende Saul, tu ne t'immisces plus dans mes choix, ni dans les siens. Tu nous fiches la paix !

-Carrie…

-Tu as ce que tu veux ! Ne chipote pas, fais ce que je te demande ! Assure-toi qu'ils soient en sécurité quand je ne suis pas là et je me rendrais disponible.

Il garda le silence, un silence circonspect avec un regard fixe qui pouvait en déstabiliser plus d'un.

-Où est Brody ?

-Il attend dans la voiture.

-Et Quinn ?

-Je ne sais pas.

-Trouve-le et garde-le à distance, je ne veux pas le voir pour l'instant.

-Pourquoi ?

-Tu sais pourquoi. Je veux voir Brody. Nous avons à discuter.

OoooO

Nous nous faisions face, lui assis sur le fauteuil, et moi assise dans mon lit. Il était devenu aussi gris que la pierre, cela tourmentait mon cœur. Il avait cessé de parler après mon monologue, il était inerte et cela m'angoissait.

-Brody ?

Silence.

-Dis quelque chose ?

Silence. Il ne parvenait pas à me regarder. L'avais-je trahi ?

-Tu m'en veux ? Tu me trouves égoïste ?

Il secoua la tête par la négative sans pour autant croiser mon regard. Ses mains se trituraient, se frottaient l'une contre l'autre. Je lui avais fait du mal, j'en étais consciente.

-Je t'aime tu sais, ne crois pas que je t'abandonne, je ne pourrai jamais renoncer à toi mais…

Mais quoi ? Qu'est-ce qui pouvait justifier que je le fasse souffrir autant ?

-Tu n'es pas faite pour rester à la maison, je sais tout ça, Carrie et je l'accepte.

Je ne m'en étonnai pas, il me connaissait bien et il était généreux. Mais le poids sur ma poitrine persistait. Il parvint à me sourire, ce qui termina de broyer mon cœur de traitresse. Je réalisai ce que j'étais : une femme immonde qui avait trahi notre amour.

-Je suis désolée.

Non, pas de larmes. Trop tard, j'étais effondrée, je sortis du lit pour m'agenouiller à ses pieds.

-Je n'ai pensé qu'à moi.

Ma joue se posa sur sa cuisse, ma main chercha la sienne, elles se trouvèrent, s'étreignirent.

-Pardonne-moi.

Sa main libre caressa mes cheveux.

-Il n'y a rien à pardonner, relève-toi.

Il tira sur mes avant-bras, pour m'aider à me redresser. Je m'installai sur ses cuisses, le serrant dans mes bras, c'était une position que j'affectionnais. C'était sécurisant, et c'était ce dont j'avais besoin en cet instant.

Il se pencha pour m'embrasser la joue.

-Tu m'as redonné mon identité, une famille, un but. Je te dois tout, murmura-t-il.

Je lui devais tout aussi.

-C'est pour ça que tu acceptes mes exigences ?

Il me força à lui faire face. Je me sentis fondre face à ses yeux brillant de tendresse. Ses doigts parcourent légèrement mon front, mon arcade sourcilière, ma pommette, mon nez, le coin de ma bouche, pour terminer sur mon menton qu'il attrapa.

-On fera comme tu voudras, pas parce que j'y suis obligé mais parce que je t'aime.


La suite quand je pourrai.