XI
Hanokh
Note de l'auteur : Finalement il y aura un 12ème chapitre, j'ai encore trop de choses à dire. Bonne lecture et merci pour vos commentaires!
Je me réveillai lentement, reconnus l'infirmerie et les souvenirs des derniers évènements me revinrent en mémoire. Je n'avais aucune idée de l'heure qu'il était, mais nous étions manifestement passés en phase nocturne, vu que la pièce était plongée dans l'obscurité. J'allumai la lumière, repoussai le drap blanc et posai mes pieds au sol, pour tester ma jambe, avant de me lever prudemment. La douleur ne vint pas. Bones avait fait du bon boulot, il n'y avait aucune cicatrice sur mon mollet. Je me dirigeai vers un synthétiseur et programmais un uniforme propre et une nouvelle paire de bottes, avant d'enfiler le tout à la hâte. Mes muscles courbaturés protestèrent, mais j'avais perdu assez de temps comme ça. Je sortis de la chambre individuelle que l'on m'avait allouée et retrouvai Léonard à son bureau, concentré sur un quelconque rapport. Il releva la tête en m'entendant arriver.
« Je vois que tu vas mieux et que tu es déjà prêt à en découdre avec ton prisonnier. Spock m'a fait un résumé. Ce type a vraiment l'air dérangé, à ce que j'ai compris. » Constata-t-il.
« Il faut que je l'interroge, qu'il explique ses actes. Où est Spock ? » Demandai-je.
« Ton Vulcain de mari est dans ses quartiers. Après qu'il soit revenu sur le vaisseau avec les infirmières, le maire et les enfants, je lui ai ordonnais d'aller se reposer et lui, au moins, il ne discute pas mes recommandations médicales. Il t'attend pour l'interrogatoire. Il a fait installer nos invités dans l'aile réservée aux hôtes. » M'expliqua-t-il.
« Parce que tu t'imagines réellement qu'il s'est reposé ? Bones ! On parle de Spock ! Il a dû s'avancer sur son compte rendu. » M'exclamai-je, en levant les mains au ciel. « Il est quelle heure ? »
« 22.35 heures. Tu as dormi cinq heures. » M'informa-t-il.
« C'est déjà beaucoup trop. Comment va Hanokh ? »
« Un bras et deux côtes cassés, une légère entaille à la tête, mais il est tout à fait capable de parler. Évite juste de le brutaliser… encore. » Dit-il, d'un air réprobateur.
« Je ne l'ai pas brutalisé ! Il est tombé tout seul ! » M'indignai-je.
« Si tu veux. Reste calme quand tu iras lui parler. Il n'est pas au mieux de sa force. »
« Et tu penses que nous aurions été dans quel état, si Spock n'avait pas semé la créature qu'il avait envoyée nous tuer ? » Répliquai-je, énervé.
« Ces actes sont peut-être graves, mais prends en considération qu'il a perdu la quasi-totalité de son peuple. Ça rendrait fou n'importe qui. »
« Spock n'est pas devenu fêlé. » Contrai-je.
« Oui, mais il avait le soutien nécessaire. Il t'avait, toi. De plus, il a eu la chance extraordinaire de pouvoir changer le passé. » Me répondit-il, à voix basse, au cas où quelqu'un écouterait.
« Tu as peut-être raison. Mais, je ne sais pas encore à quel point cet homme est impliqué dans les actes que l'on incombait à Sylak, dans un premier temps. Je déciderai si j'ai envie d'être compréhensif avec lui, quand j'en saurai plus. J'y vais. À plus tard et merci de m'avoir recousu proprement. » Conclus-je, en me dirigeant vers la sortie.
« À tout à l'heure, Jim. »
…
J'allai en premier lieu, dans les quartiers de mon compagnon. J'irai ensuite prendre des nouvelles de Dror. Je sonnai à la porte et très vite, il vint m'ouvrir. Ce qui prouvait bien qu'il ne dormait pas, comme je le pensais. Je le poussai à l'intérieur et refermai derrière moi, avant de me blottir dans ses bras et l'agrippai ensuite par les épaules, pour le plaquer contre un mur et le regardai longuement dans les yeux.
« Écoute-moi bien. La prochaine fois que tu te mets volontairement en danger de mort, pour me protéger, j'irai te chercher jusque dans le septième cercle de l'enfer de Dante, pour te botter de cul. Est-ce clair ? » Débitai-je, d'une voix basse.
« Très clair. Mais, sache que si c'était à refaire, je n'hésiterais pas une seule seconde. Ta vie m'importe plus que la mienne. »
« Mais… »
« Oses prétendre que tu n'aurais pas fait la même chose. »
Je ne trouvai rien à redire, alors je l'embrassai, tout simplement, parce qu'il avait raison. Il me rendit mon étreinte, désespérément. Je me rendis compte que je risquai d'autant plus de le perdre en travaillant avec lui, parce qu'il voudrait passer avant moi sur les dangers. Mais, il pointait du doigt le fait que l'inverse était également vrai. Notre baiser glissa doucement vers quelque chose de plus charnel et j'y mis fin avant que l'on ne dérape vraiment. Nous avions d'autres choses à faire.
« Comment va Dror ? » Lui demandai-je, en posant mon front contre le sien.
« Très bien. Il essayait de rester digne devant moi, mais je voyais bien qu'il trépignait d'impatience à l'idée que tu lui fasses visiter le vaisseau. » Dit-il, en déposant un bisou sur mon nez.
Je souris à cette idée, ravis de faire découvrir les moindres recoins de l'Enterprise à ce gosse. Mais avant, nous dévions obtenir des informations d'Hanokh.
…
Nous pénétrâmes dans l'aile de détention. Derrière le champ de force qui fermait sa cellule, l'Ogmiosien semblait calme. Son bras, dans une attelle, reposait sur ses genoux. Il se tourna vers nous, en nous voyant arriver. Je pus alors apercevoir l'hématome sur son front, là où se trouvait une plaie quelques heures avant. L'épuisement se lisait sur son visage et j'eus presque pitié de lui, durant un instant. Mais, je me repris, il fallait que je reste objectif. Je me plantai devant lui et il se leva avec peine, pour me faire face.
« Vous savez pourquoi vous êtes là ? » Lui demandai-je, selon la procédure, pour m'assurer qu'il était lucide.
« Oui, Capitaine Kirk. »
« Très bien. Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Racontez-nous tout depuis le début. » Exigeai-je directement.
Il rassembla ses idées quelques secondes, chercha ses mots.
« Tout a commencé par l'arrivée de cet homme d'un autre monde, qui s'est ensuite autoproclamé dieu. »
« Son nom était Sylak. » Lui appris-je.
« Je ne le savais pas. Ce Sylak s'est donc écrasé sur notre planète. Nous l'avons accueilli et soigné et quand nous l'avons finalement remis sur pied, il a trouvé à redire sur notre manière de vivre. Elle n'était peut-être pas parfaite, mais c'était la nôtre. »
« Il semblait pourtant croire que ce n'était que chaos et anarchie. »
« C'était le cas. Mais cela convenait à la plupart d'entre nous. Il en était ainsi depuis l'époque que nous appelons l'éveil. Ce jour où notre terre nous a donné nos pouvoirs. Nous n'avons fait que nous en servir. »
« Sans ordres, ni retenue. Vous avez mis à mal votre civilisation en agissant avec tant d'inconscience. » Commenta Spock.
« Vous pensez valoir mieux que nous ? À ce que je vois, vous être de la même espèce que ce Sylak. Si tous vos compatriotes sont aussi malades que lui, vous n'avez aucune leçon à me donner. » Répliqua-t-il.
« Fort heureusement, ce n'est pas le cas. Mon peuple ne voit que par la logique et ne fait pas grand cas des émotions. Seul compte le bien du plus grand nombre. » L'informa mon compagnon.
« De bien belles paroles. Mais totalement vides de sens. Du moins en ce qui vous concerne. J'ai vu ce dont vous êtes capable par amour pour lui. » Lui dit-il, en me désignant d'un signe de tête. « Ne venez pas ensuite me parler de logique et de détachement affectif. C'est d'une telle hypocrisie. »
« Vous ne savez pas de quoi vous parlez, vous ne nous connaissez pas. »
« Je vous retourne votre phrase, monsieur Spock. »
Mon compagnon resta silencieux.
« Je vous l'accorde. » Enchaînai-je. « Nous voudrions justement comprendre. Reprenez votre histoire, je vous pris. » L'invitai-je.
« Cet homme déclara être Ogmios, notre dieu, envoyé pour nous sauver de la perdition. Il était si convaincant, que je me suis même surpris, un temps, à le croire. Il nous montra un autre chemin, une autre façon d'utiliser nos dons. Et au début, tout se passait très bien. Les gens vivaient dans une meilleure harmonie, nous recommençâmes à nous soucier les uns des autres. Certains retroussèrent leurs manches pour redonner un nouvel éclat à nos villes, utilisèrent leurs capacités pour ériger l'académie. C'était une idée de Sylak, il avait l'intention d'en construire une dans chaque cité, si celle-ci fonctionnait. Et elle fonctionna à merveille. Il apprenait aux enfants à contrôler convenablement leurs pouvoirs, à ne pas souhaiter n'importe quoi. Mais, après plusieurs années, certaines personnes ont commencé à se plaindre. En effet, pourquoi nous fatiguer à travailler et perdre du temps à satisfaire un dieu, quand nous pouvions avoir tout ce qui nous fallait, rien qu'en le formulant. Ce discours a fini par trouver un écho en moi. À cette époque, j'occupais déjà mon poste d'éducateur à l'école. On m'a donc assigné la tâche d'enquêter sur Ogmios, dans le but de trouver un point faible, une faille dans laquelle nous pourrions nous engouffrer. »
« Mais à la place vous avez découvert qu'il n'avait rien de divin. » Devinai-je.
« Exactement. Un matin, alors que je le croyais absent et que je fouillais son bureau à la recherche d'indices, j'ai entendu du bruit au-dessus de ma tête. Croyant à des nuisibles dans les combles, j'ai trouvé l'accès au plafond et je suis monté voir. Je l'ai alors surpris, penché sur ses machines, surveillant la ville avec ses caméras. »
« Qu'avez-vous fait ? » L'interrogeai-je.
« Sur le coup, la colère me fit presque me précipiter dehors pour distiller la vérité dans les rues… »
« Mais vous y avez finalement vu un profit. » Compléta Spock.
« J'entends de la réprobation dans votre voix. Mais, il est difficile d'effacer deux siècles d'individualisme en claquant des doigts. Je pense à moi, avant tout. Et quand je l'ai menacé de révéler son secret, il a tout de suite accepté de faire ce que je lui demandais. »
« C'est-à-dire ? » Demandai-je.
« J'avais le droit de faire ce que bon me semblait. Aucune restriction. Du moment que je le faisais dans la plus grande discrétion. »
« Mais, vous avez fini par vous faire repérer. » Déduis-je.
« Malheureusement, oui. Et par un des révolutionnaires, évidemment. Il s'est empressé d'aller faire un rapport aux autres. Ils pensaient que j'étais de mèche avec Sylak, que c'était la seule explication. Je devais sauver ma peau ! »
« Qu'avez-vous fait ? » L'encourageai-je.
« Je leur ai fait croire que je testais la capacité d'Ogmios à nous contrôler et nous punir. Et que malgré toutes mes tentatives, rien ne s'était produit. »
« Vous les avez convaincus qu'ils étaient en fait libres de faire ce qu'ils voulaient, sans craindre de représailles ?! » M'indignai-je. « Vous avez provoqué une révolution, alors que la paix régnait sur votre monde ! »
« Je n'avais pas prévu ce qui se passa ensuite ! Je ne pensais pas que Sylak avait un quelconque pouvoir, en réalité. Je n'ai jamais compris le fonctionnement de ses machines ! Je pensais que c'était du bluff et qu'il ne faisait rien d'autre que surveiller. Mais, quand il a vu que le peuple se soulevait, il s'est enfermé dans ce dôme, en haut de sa tour dorée et nous a plongés dans le chaos. D'un seul coup, tout ce qu'on disait prenait des proportions énormes, tout était hors de contrôle. Il y a eu de nombreux morts, ce jour-là. Des accidents pour la plupart. Il nous a alors annoncé que si nous voulions vivre, nous devions nous réduire au silence. Que c'était notre punition pour l'avoir provoqué. Il distribua ensuite les tablettes, pour que nous puissions malgré tout communiquer et nous apprit à nous en servir. Les gens se retournèrent contre les révolutionnaires, les montrèrent du doigt comme étant les responsables de la situation. Ils ont donc voulu se venger de moi. À partir de ce jour, je ne quittai plus l'académie. J'y avais déjà établi mes quartiers, pour plus de commodités et m'y cachai, tel un lâche, je l'avoue. »
« Mais vous aviez toujours votre avantage sur Sylak. » Lui rappelai-je.
« Effectivement. Mais, entre-temps, il avait lentement basculé dans la folie. Les évènements l'avaient grandement perturbé. Il se savait responsable d'un grand nombre de décès, ne sortait plus de son bureau. Il se serait laissé mourir de faim, si je n'avais pas été là. »
« Pourquoi l'aider ? » Lui demanda Spock.
« Parce que je voyais, à ce moment-là, plus d'intérêt à maintenir l'illusion de son pouvoir. Et je commençai à régner dans l'ombre, à sa place, à organiser des projets. Pour cela, je devais avant tout apprendre à me servir de ses appareils. Mais, il m'était impossible d'en avoir l'accès, c'était la seule chose qu'il me refusait, et je n'arrivais jamais à le convaincre de quitter son office. Il dormait dans son grenier, y avait même installé des commodités, derrière une porte dans le fond de la pièce. Je cherchai encore un moyen d'arriver à mes fins, quand c'est arrivé. »
« Le jour de la quasi-extinction de votre espèce. » Complétai-je.
« Oui. Je n'avais aucun moyen de savoir que les révolutionnaires n'avaient pas dit leur dernier mot. Au prix de gros efforts, ils avaient fini par convaincre la majorité qu'ils pouvaient encore renverser Ogmios, s'ils s'y mettaient tous en même temps. Ils commencèrent par essayer de faire exploser l'école, tout simplement. »
« Avec les enfants à l'intérieur ! » M'offusquai-je.
« Je pense qu'ils avaient simplement perdu la raison, à ce moment-là. Ils prétendaient que les enfants devaient disparaître avec lui, car il les avait endoctrinés avec ses idées. Mais, comme vous avez pu sûrement le constater, cela n'a pas fonctionné. La bâtisse renvoyait les coups à ceux qui l'avaient attaquée. La moitié de la ville fut détruite. Ils auraient dû comprendre, à ce moment-là, que c'était peine perdue. Mais ; ils tentèrent une dernière chose. Ils s'étaient mis en tête de souhaiter voir l'académie simplement disparaître, avant de le formuler tous en même temps. Mais l'idée, malgré sa puissance phénoménale, se répercuta simplement sur le champ de force… avant de se retourner contre eux. C'est là qu'ils disparurent. En une seconde, la planète était vide. »
« Mais… je ne comprends pas. Pourquoi ne pas avoir tout bonnement formulé le vœu qu'ils réapparaissent ? » M'étonnai-je.
« Nos pouvoirs obéissent à trois règles de base. Nous ne pouvons pas voyager dans le temps, ni forcer les sentiments d'une autre personne et surtout, nous ne pouvons pas ressusciter les morts. J'étais donc impuissant. Suite à ce jour, Sylak perdit réellement la raison. Il commença à agir comme si rien n'était arrivé, il délirait. Je me retrouvais seul avec Bina, Hana, Saguite et Mrit. Je réussis à les maintenir dans le secret, elles et les enfants, durant quelques heures, car ils s'étaient réfugiés dans le sous-sol, de peur que le dôme nous lâche. Mais très vite, les élèves demandèrent des nouvelles de leurs familles. La loi voulait qu'ils entrent à l'académie à leur naissance et qu'ils en sortent à l'âge de sept ans. Entre-temps, les visites n'étaient autorisées que le week-end, dans le parc avoisinant l'école. Je devais donc trouver une solution. C'est là que l'idée me vint de simuler une population redevenue paisible. Le projet était ardu. Mais, avec la puissance que me procurait la machine, je pouvais l'étendre sur toute la ville, ce qui était suffisant. Je m'appuyai sur mes souvenirs, mes émotions. J'étais conscient que des failles subsistaient, mais maintenir l'illusion s'avéra difficile. Puis un jour, Dror ne se présenta pas à l'appel. Je savais qu'il avait compris et cherchais à le retrouver, sans succès. La suite, vous la connaissez. »
Il termina son monologue, les larmes aux yeux, la voix brisée par le chagrin. Je me rendis compte que tout ceci n'était qu'une succession de mauvais choix. Mais, cela n'excusait pas d'avoir essayé de nous tuer.
« Pourquoi nous avoir attaqués ? » Demandai-je.
« J'ai paniqué. Je savais que vous finiriez par découvrir la vérité et, Sylak mort, je me retrouvais le seul coupable désigné. Je tiens à ce que vous sachiez que je regrette. Ça et tout le reste. Je suis conscient d'être en grande partie responsable de ce qui s'est passé. Mais soyez sûr que ce n'était pas mon intention. » Se justifia-t-il.
« Je veux bien vous croire, mais vous serez malgré tout jugé pour vos fautes, devant un tribunal. » Conclus-je, avant de me tourner vers Spock. « As-tu ordonné à Sulu de mettre le cap sur la base stellaire la plus proche ? »
« Affirmatif. Nous sommes en route depuis mon retour sur l'Enterprise. » Me répondit-il.
« Bien. Nous allons donc vous laisser vous reposer. Nous viendrons vous chercher quand nous serons arrivés à destination. » Informai-je Hanokh, avant de me diriger vers la sortie.
Mon compagnon me suivit.
