Tout s'était finalement bien terminé. La flag team et Lorne étaient rentrés entiers, et Héléa s'était aussitôt réfugié près de Teyla, à l'infirmerie. Carson n'admettant les débordements chez lui, elle savait très bien qu'elle y serait tranquille. Et puis, elle avait besoin de parler. Seule une femme pouvait réellement comprendre ce qu'elle ressentait à ce moment là. Elles discutaient doucement, quand Teyla lui posa soudain LA question.

« Et… excuse-moi de te demander ça comme ça, … mais est-ce que tu sais si tu pourras avoir d'autres enfants ? »

Héléa eut un soupir amer.

« Je ne sais pas. Mais vu ça … » fit elle en levant son t-shirt « cela m'étonnerait ».

« Pourquoi tu n'en parles pas à Carson ? Promets moi de ne pas te miner pour ça. Ok ?»

« D'accord » répondit son amie.

Héléa resta avec elle jusqu'à ce que toute l'équipe ait passé son check-up, puis sortit du box de Teyla.

« Ah Héléa ! Je m'apprêtais à venir vous chercher. »

Il s'acquitta de son examen avec rapidité et efficacité. Mais, lorsqu'il eut fini, il hésita.

« Héléa…j'ai malencontreusement entendu une partie de votre discussion avec Teyla. Si vous le souhaitez, nous pourrons en discuter, quand vous le voudrez, bien sur. »

Elle accepta sans un mot.

« Bon allez filez, vous avez besoin de repos »

Héléa ne demanda pas son reste. Passant au mess récupérer un bon thermos de thé chaud – merci Mariah de lui avoir fait découvrir ça – et une boite de gâteaux elle en sortit avec une petite sacoche – « tes réserves personnelles » lui avait dit la femme en souriant.

Elle passa par ses quartiers récupérer ses couvertures, partit, dans l'intention de s'installer sur « son » balcon. Elle passait la porte du balcon quand elle se sentit attrapée le coude.

Elle laissa tomber son chargement et se retourna vivement.

« Ronon tu m'as fait peur ! »

« Désolé »

Le Runner avait la voix légèrement plus rauque que d'habitude.

« C'est quoi tout ça ? » fit il en se baissant pour l'aider à ramasser.

« Deux couvertures, et de quoi boire et grignoter… je comptais aller profiter du calme de l'océan. Tu restes avec moi ? »

Elle finit de passer la porte, et lui la suivit. Il se mit dans un coin, ne sachant que faire de ce qu'il avait dans les bras.

« Viens là je ne vais pas te manger. Et puis, tu me donnes le tournis à rester debout. »

Il déposa son fardeau, puis installa son grand corps à côté d'elle sur la couverture. Lorsqu'elle se tourna vers lui, elle vit dans un rayon de lune qu'il avait les yeux gonflés.

Ronon, pleurer ? Peut être que le nom de Kaïran lui a rappelé les souvenirs…

« Ronon ? Tu es sur que ça va ? »

Nom de Dieu. Ne pas craquer, rester calme. Tu es un homme, tu ne dois pas craquer. Pas maintenant. Plus tard. Quand tu seras seul.

« Hey… tu sais, toi aussi tu as le droit de craquer de temps en temps… »

Son attention était désarmante. Ronon ferma les yeux et s'appuya son dos contre le mur.

Respire… Làààà. Calme toi…Oublier Sateda, oublier Kaïran…

Malgré ses efforts, il sentit une larme rouler sur sa joue et atterrir à la commissure de ses lèvres. Salé. Il avait presque oublié que les larmes l'étaient. Ce n'est que quand il sentit deux bras apaisants autour de lui qu'il se laissa aller.

Héléa se sentit soulagée qu'il ose enfin se livrer. Elle avait parlé avec Teyla, et la jeune athosienne lui avait confirmé que Ronon ne parlait pas de son passé. Même avec elle.

Apaisé. Voila comment il se sentait. Cela devait faire une bonne heure qu'il était dans les bras d'Héléa. Et il se surprenait à apprécier ce contact. Deux bras autour de lui, un corps chaud tout contre le sien.

Héléa, de son côté, n'avait pas envie de le lâcher. Cela lui faisait du bien a elle aussi, d avoir quelqu'un dans les bras. Elle s'était contenté de rester là, sans parler, à lui communiquer autant de chaleur humaine qu'elle le pouvait.

Il soupira. Ce faisant, il lui souffla dans le cou. Cela la fit frissonner.

Il s'arracha avec une pointe de regrets à ses bras en lui disant « Tu as froid ».

« Non ça va. Et puis, il y a la deuxième couverture. »

« Bouge pas. »

Une sensation de vide. Un instant plus tard, il était de retour, drapant la couverture autour d'elle.

Il s'assit à côté d'elle. Il avait eu envie de partir, mais quelque chose de confus l'avait retenu.

L'envie de profiter un peu plus de sa présence sans doute.

« Tu es peut être un super soldat, mais tu n'es pas invincible. Je doute que Beckett ait envie de te soigner pour maladie. »

« Quoi ? »

« Viens là »

Se collant contre lui, elle lui fit passer un pan de la couverture. Quoi qu'il en dise, il ne faisait pas très chaud, la nuit. Elle se blottit sous la couverture, et laissa doucement sa tête tomber sur l'épaule de Ronon.

Passant un bras autour de ses épaules, il fit glisser le second sous ses genoux, et sans efforts apparents, la rapprocha de lui, de façon à ce qu'elle soit complètement dans ses bras, installée de profil entre ses jambes.

Ouch, j'aurais pas du faire ça moi. C'est pas raisonnable. Mais qu'est-ce qu'on est bien !

Peu à peu, la raison abandonnait ses prérogatives sur l'esprit de Ronon, laissant la place à ses sensations.

Héléa, elle, avait depuis quelques minutes déjà, laissé tomber l'idée d'être raisonnable.

Advienne que pourra !

Elle soupira de bien-être en se nichant tout contre lui, lui refermant ses bras autour d'elle. Elle avait l'oreille tout contre son cœur, qu'elle sentait battre légèrement en accéléré. Elle respirait son odeur.

Faudra que je remercie celui qui lui a conseillé ce parfum terrien. Il lui va merveilleusement bien.

Peu à peu, elle le sentait se détendre, et son cœur revenait à une vitesse plus normale. Le sien en faisait de même.

Bon sang s'il n'arrête pas de me caresser le dos, je vais m'endormir dans ses bras. Cela ne serait pas du plus bel effet.

« Ronon ? » la main qui glissait dans son dos s'arrêta. Nooon ! Encore !

« Hm ? »

« Mieux vaudrait peut être rejoindre nos quartiers… »

« Grmph »

Merde je l ai vexé.

« Non que je ne sois pas bien installée, mais tu fais un oreiller particulièrement confortable, donc je risque de… enfin… m'endormir quoi. »

« Pas grave »

« Ah ? »

« Grmph »

« Bon »

Elle se rappuya donc contre lui. Il ne dit pas un mot de plus, se contentant de la serrer contre lui, et de continuer sa caresse machinale.

L'oreille contre son cœur fit que son propre rythme cardiaque se mit peu à peu à l'unisson de celui de Ronon. Et ils s'endormirent quasiment en même temps. La dernière pensée cohérente d'Héléa fut que cela devenait une mauvaise habitude de ne pas dormir dans ses quartiers.

Le lendemain matin, John et Teyla se dirigeaient tous deux vers le gymnase quand ils se rencontrèrent.

« Bonjour Colonel ! »

« Bonjour Teyla ! »

« Vous êtes matinales, dites-moi ! »

« Vous aussi Colonel. Mais… je cherchais Héléa, nous devions nous voir ce matin. »

« Ah ben tiens ! Moi je cherche Ronon. On devait courir ensemble. »

« Ronon… »

« Héléa… »

« Ne commencez pas Colonel. Ils dorment peut être encore. »

« Si nous allions à leurs quartiers ? Ils sont proches, non ? Autant y aller ensemble. »

Sitôt dit, sitôt fait. Ils se dirigeaient vers les quartiers des deux Runners quand John s'arreta, le sourire au lèvres.

« Je crois que je les ai trouvé !»

« Où ça ? »

« Sur le balcon. Décidément, cet endroit est propice aux rencontres tardives »

En effet. C'était bien eux. Héléa était nichée contre Ronon, qui l'entourait visiblement de ses bras d'un air protecteur.

« Il a l'air presque… détendu. »

« Oui, c'est bien la première fois que je le vois comme ça. »

« Je crois que cette nuit ni l'un ni l'autre n'auront fait de cauchemars. »

« A moins que ce ne soient ces cauchemars qui les aient amené ici en pleine nuit »

« En effet. Bon, nous allons les réveiller ? »

« Non, Teyla, j'ai une meilleure idée. Nous n'avons pas de missions de prévues n'est ce pas ? »

John, sous ses dehors de militaire bourru, s'était attaché aux deux Runners. Il savait que sous les dehors un peu ours de Ronon se cachait un homme bien, et il avait appris à apprécier, tant la guerrière que la femme, chez Héléa. Il exposa rapidement son idée à Teyla, qui l'approuva avec un grand sourire. Ils se rendirent au mess, où ils récupérèrent le petit déjeuner des deux satédiens, plus le leur. Mariah leur donna tout ce qu'il leur fallait avec un grand sourire, puis retourna s'occuper de ses plateaux.

« Chez vous où chez moi ? » lança John. « Euh non, après réflexion, chez vous c'est plus grand. »

« Oui, et je possède une grande table athosienne, Colonel »

« Ah oui c'est vrai. Et vous êtes plus près du balcon ».

Les quartiers de Teyla étant proches de ceux d'Héléa, John était le seul membre de SG1 à ne pas être dans cette section, avec Rodney.

Ils installèrent tout, puis préparèrent deux tasses : une de café bien noir, pour Ronon, et du thé bien sucré pour Héléa.

Puis ils allèrent à pas de loups sur le balcon, et Teyla appela doucement Héléa. Héléa ouvrit un œil, puis l'autre, et se rappela où elle était. Les idées encore un peu embrumées, elle les referma, le temps de les réordonner.

Balcon, Ronon, bras musclés, odeur délicieuse, dormir, Teyla. Teyla ? Mais qu'est-ce qu'elle fout là ?

Elle fronça les sourcil puis réouvrit les yeux, et sourit à son amie. Elle eut une seconde d'inquiétude en apercevant John, mais le regard rassurant de Teyla effaça ses doutes. Teyla lui montra Ronon, du regard. Héléa acquiesça doucement.

Mince… Comment le réveiller en douceur ?

Elle dégagea sa main gauche du dos de Ronon, puis fit doucement glisser ses doigts dans le cou de l'homme, dons une chatouilleuse caresse. Ce faisant elle l'appelait doucement.

Il ouvrit les yeux, surpris de ne pas se trouver dans son lit. Puis il sourit en se rappelant la soirée de la veille. Son sourire disparut quand il vit ses deux collègues, mais tout comme Héléa, les sourires francs dissipèrent ses doutes et lui ramenèrent le sourire.

« Bonjour, vous deux ! » lança John.

Ils déposèrent les tasses à côtés des deux dormeurs.

« Petit déjeuner dans les quartiers de Teyla dans cinq minutes ! »

Et ils disparurent aussi silencieusement qu'ils étaient arrivés. Héléa s'étira doucement contre Ronon, ce qui lui arracha un petit rire. Puis elle se dégagea et se leva, enlevant d'un coup la couverture. Le froid du matin l'assaillit, et il grogna.

Elle ramassa les deux tasses, et lui tendit la sienne. Elle s'approcha de la rambarde, et le spectacle lui arracha un cri d'émerveillement.

« Voilà longtemps que je n'avais rien vu d'aussi beau. »

Il vint se poster derrière elle, pour profiter du spectacle. Tenant sa tasse d'une main, il lui entoura la taille de l'autre.

« On ferait mieux de se dépêcher, sinon il vont revenir nous chercher. Je vais vite me doucher. »

Ronon eut une petite moue d'enfant boudeur. Elle éclata de rire, lui planta une petit baiser sur la jouer et fila, après avoir repris ses affaire.

« A tout de suite ! »

En retard. Je suis en retard. C'est malin.

Zut de zut j'aurais pas du passer autant de temps sous la douche.

« Oops pardon ! Ah c'est toi ?»

Ils avaient encore failli se rentrer dedans, au moment de frapper à la porte de Teyla.

Tout sourire, Héléa frappa doucement, alors que Ronon avait retrouvé son masque impassible.

J'ai peut-être trouvé la fissure dans la carapace…

Ils entrèrent sur invitation de Teyla, et trouvèrent une table couverte de victuailles, à laquelle ils s'attaquèrent tous quatre avec appétit.