Chapitre 10

Lorsque le réveil sonna dans le dortoir des Griffons, Harry eut du mal à ouvrir les yeux. Encore une nuit qu'il avait passé sans faire de cauchemar. Il ne mit pas longtemps à se remémorer sa soirée et se demanda si le blond, qu'il avait vu cette nuit, dans ce qui avait été des rêves, était pour quelque chose dans son absence de cauchemar. Mais si c'était le cas… Voldemort pourrait peut-être reprendre le contrôle de son esprit dans la journée comme il l'avait fait la veille ! Il faudrait qu'il reste concentré cette journée. En plus, Harry n'avait même pas eu le temps de parler de l'occlumencie avec Malfoy. Malfoy… Mais quelle mouche le piquait celui là ?

- Oh Harry ! Debout ! , s'écria Ron.

Son ami était déjà sur ses pieds et baillait en s'étirant. Harry concéda à se lever lui aussi et prit la direction de la salle de bain. Sous la douche, il retrouva le chemin tortueux de son esprit. Le blond l'obsédait. C'était moins le blond en lui-même que le revirement de personnalité. Malfoy était… gentil ! Mais ces deux mots dans la même phrase… Ce n'était pas possible. Mais ce qui étonna encore plus Harry c'était les mystérieux pouvoirs du Serpentard. Certes un Petrificus totalus n'était pas en soi même dangereux et Malfoy aurait pu l'éviter avec un sortilège informulé mais le Sectumsempra… Harry était persuadé que ce que Malfoy cachait avait son importance. Mais de là à lui faire confiance ! Il fallait être fou pour faire confiance à un Malfoy ! Et pourtant, Harry mourrait d'envie de lui faire confiance. Il commençait à apprécier de plus en plus leur rendez vous nocturnes. Malfoy… Ce n'était ni Ron ni Hermione. Il n'était pas obligé de faire semblant d'être enjoué pour les rassurer. Il n'était pas obligé de parler. Il n'était pas obligé de sourire.

Harry sortit de sa douche, s'habilla et prit avec Ron la direction de la grande salle pour prendre leur petit déjeuné. Ils y retrouvèrent Hermione qui avait déjà fait un détour par la bibliothèque pour approfondir et finir son devoir sur les douze symboliques des runes lunaires. Les deux amis d'Harry parlèrent pendant tout le repas de l'utilité ou non des runes qui restaient totalement abstraites pour Ron et totalement indispensables pour Hermione. En bref, une discussion qui permit à Harry d'observer sans être importuné Malfoy qui lui faisait face. La table des Serpentards était séparée de celle des Griffondors par celle des Serdaigles. Mais entre les élèves des autres maisons, Harry distinguait le blond qui était en grande conversation avec son voisin de droite. Malfoy était toujours égal à lui-même. Prétentieux, hautain, gominé… Comment se pouvait-il que ce petit con soit le même que celui qu'Harry voyait le soir en haut de la tour d'astronomie ?

Alors qu'Harry se faisait cette réflexion, le blond tourna les yeux vers lui se sentant soudainement observé. Et alors que leurs regard s'accrochèrent, le Griffond remarqua la différence notable qu'il y avait maintenant chez le Serpentard. Ses yeux avaient muris. Son regard souffrait d'une tristesse qu'Harry ne comprenait pas. Et ce regard n'évoquait ni la rancœur, ni l'animosité, ni la cruauté que ces deux lacs glacés avaient déjà exprimés. Il n'y avait plus que la tristesse et un soupçon d'une autre émotion qu'Harry ne pouvait nommer.

Leur confrontation oculaire n'échappa à personne. Les deux princes se défiaient comme à leurs habitudes… Pour la plupart des élèves de Poudlard, il en était ainsi effectivement. Mais pour les deux protagonistes, cet échange n'était qu'un regard tel qu'ils auraient pu en échanger au sommet de leur tour. Un regard plein de questions.

Sans aucun geste mal placé, sans grimace, sans insulte, Malfoy détourna le regard et repris sa conversation comme si de rien n'était. Harry quand à lui fut harcelé par une voix qu'il ne connaissait que trop bien. Celle de son meilleur ami…

- Qu'est-ce qu'elle a la fouine ? Elle a enfin compris qu'il fallait qu'elle se méfie de toi ?

Et Harry contre toute attente éclata de rire. Car, depuis hier soir, il n'était plus du tout persuadé de l'emporter dans une joute avec le blond. Et Malfoy ne se méfiait absolument pas d'Harry. Le blond comme Harry avait juste compris que quelque fois dans la vie, il suffisait d'un soupçon de diplomatie pour voir les choses autrement. Et Harry voyait la vie totalement différemment dorénavant. Sa vie tournait autour du blond. Après seulement deux soirées passées avec le Serpentard, Harry n'attendait que la nuit qui se profilait devant lui. Une nuit pleine de révélations, il l'espérait.

Mais pour l'instant, Harry et ses camarades se dirigeaient vers les serres de botaniques. Le professeur Chourave leur fit extraire de la sève de Bulfudiate qui servait dans la préparation de la potion Repoussos. On sentant l'odeur nauséabonde de l'extrait, Harry comprit d'où venait le goût détestable de la potion qu'il avait du ingurgiter en seconde année pour faire repousser les os de son bras. La sève ne pouvait servir qu'après distillation car sinon elle se révélait être un poison mortel. Distillation que les élèves entreprirent d'effectuer. Un seul degré de différence avec les consignes du Professeur et l'extrait était perdu.

A midi, quand les Griffondors et les Serdaigles remontèrent des serres, ils se dirigèrent avec peu d'appétit vers les tables de la grande salle, l'estomac tout retourné par les effluves pestilentielles qu'ils avaient respirées. Hormis Ron qui avait toujours faim….

L'après midi fut beaucoup plus agréable pour Harry car en Métamorphose, McGonnagal proposait de réviser les acquis de l'an passé pour voir ce qu'il restait de son enseignement à ses élèves. Ensuite vint le second cours de DCFM de la semaine. Quand les Griffondors arrivèrent devant la classe, les Serpentards étaient déjà là à attendre, pour certains en braillant, pour d'autres en complotant et pour un seul en réfléchissant. Le blond était assis contre un pilier un peu à l'écart de ses camarades et son regard était dans le vague, perdu dans ses pensés. Quand les rouge et or arrivèrent à leur hauteur, les Serpentards se retournèrent vers eux dans une attitude de défi. Prêts à répondre, il furent stoppé par la porte de la classe qui s'ouvrit sur leur professeur. Vêtu de noir, il ressemblait à son frère. A bien y regarder, seul son expression amicale, quelques rides en moins et ses tenues moldues le différenciaient du professeur de potions. Lenwé s'effaça de la porte pour laisser rentrer les élèves des deux maisons. Ils pénétrèrent dans une classe vide de chaise et de table. Seul le bureau trônait au fond de la salle. Les élèves se regroupèrent ainsi en deux groupes distincts en fonction de leur maison, au milieu de la salle ne sachant quoi faire.

- Posez vos affaires au fond de la salle et mettez vous sur deux lignes.

Lenwé regagna son bureau et s'assit dessus tandis que les élèves s'exécutaient. Machinalement, les deux maisons partirent poser leurs affaires aux deux extrémités de la pièce et se fut naturellement que les Griffondors se retrouvèrent face aux Serpentards.

Sans savoir par quel hasard, Harry prit la dernière place qui restait qui se voulait être celle face à Malfoy. Harry était gêné et quelque peu énervé de se retrouver face à lui. A son grand étonnement, quand le blond leva les yeux vers lui après l'avoir détaillé de la tête aux pieds, il ne décela dans les yeux acier qu'une étincelle amusée et non plus narquoise comme cela se serait passé auparavant.

- Bien ! Très bien ! Maintenant, chacun me fait un Patronus.

Toutes les têtes pivotèrent vers le professeur. Apparemment, celui-ci ne voulait pas perdre de temps en paroles inutiles. Ce cours commençait réellement à ressembler de plus en plus à un entrainement en vue d'une guerre.

Tous les élèves s'exécutèrent, et ce fut une myriade d'animaux argentés qui se mirent à gambader et à tournoyer dans la salle. Le cerf d'Harry se matérialisa et s'installa docilement à coté de son invocateur, tournant légèrement la tête pour plonger son regard dans les yeux d'Harry. Face à lui, Drago, qui n'eu pas plus de mal à faire apparaitre son Patronus, fut surpris et agacé quand son animal prit forme. D'une part, il n'avait jamais révélé quelle forme prenait son Patronus et de deux, il n'avait pas prévu que le pelage de son lynx présente les mêmes arabesques dont sa propre peau pouvait se recouvrir. Harry ouvrit grand les yeux en voyant le Patronus qui lui faisait face. Il fut subjugué par la beauté de l'animal et par la puissance qui en émanait. Lui aussi reconnu les dessins sur le pelage et ce fut seulement à cet instant qu'il releva les yeux vers le blond tandis que le lynx s'asseyait et semblait défier du regard le cerf qui le dominait de sa haute taille. Drago fit disparaitre son lynx d'un mouvement de baguette et esquissa un mince sourire à l'attention du brun qui le dévisageait. Personne autour d'eux ne s'occupait d'eux et quand le blond baissait son masque d'arrogance il était séduisant. Le brun se flagella mentalement de penser de telles choses. Mais pourtant c'était vrai. Il semblait à Harry, qu'en se noyant un peu plus dans l'acier des ces yeux, il perdrait la raison. Il ressentait tellement de calme aux cotés du Serpentard que ça l'effrayait. Il ne comprenait pas ce besoin qu'il avait de juste rester proche de lui. Il se secoua pour chasser ses idées en même temps que s'évaporait le reste des Patronus.

La voix de leur professeur s'éleva :

- Très bien. Maintenant, à tour de rôle, vous lancerez sur votre partenaire un sortilège de votre choix entre l'Expelliarmus, le Jambencoton et le Petrificus totalus. Et uniquement un de ces trois là. Votre partenaire aura à se défendre par un Protégo. Simple n'est-ce pas ?

Effectivement, c'était très simple. D'une telle simplicité qu'aucun des élèves ne comprit. Chacun maitrisait parfaitement ces sortilèges, aussi sourirent-ils face à la soit-disante difficulté de l'exercice.

- Donc; la ligne à ma droite lance le sortilège, la ligne à ma gauche se protège.

Harry faisait partit de la ligne de droite et lorsqu'il tourna son regard vers Malfoy, il ne put contenir un sourire carnassier se dessiner sur ses lèvres. C'était à lui de lancer le sortilège en premier et la lueur de peur qu'il décela un bref instant dans les yeux du Serpentard le satisfaisait. Quand à Drago, il était peu persuadé que le brun se contente d'un des trois sortilèges énoncés par leur professeur.

- A trois ! Un…

Les deux lignes se préparèrent.

- Deux…

Lenwé lança sur tous les élèves de la ligne de gauche un Bloclang en informulé. Ainsi, la ligne de gauche se retrouva muette et sans défense face à la ligne de droite.

- Trois !

Sous les yeux affolés des élèves de la ligne de gauche, les sorts fusèrent et tous les élèves de cette ligne se retrouvèrent affalés par terre, n'ayant réussi à articuler leur Protégo. Seul Drago faisait encore face à son partenaire. L'instinct de survie l'avait poussé à utiliser une autre forme de magie. Celle qu'il utilisait sans baguette. Il avait juste tendue la main qui ne tenait pas sa baguette devant lui. Les arabesques apparurent sous les yeux médusés d'Harry. Alors que les autres élèves étaient soit affalés par terre soit hilares devant la défaite de leur partenaire, Harry s'avança vers la main tendue du Serpentard pour observer ces étranges lignes. Mais la main disparut sous la manche du Serpentard aussi vite que les arabesques étaient apparues. Les langues se décollèrent des palais des élèves à terre et tous purent se redresser.

- Mon but et de vous apprendre à maitriser les sorts informulés. Ce n'est absolument pas évident et cela nécessite beaucoup d'entrainement. Mais un sort informulé peut vous faire gagner l'avantage sur votre ennemi car vous le prenait par surprise. Ce n'est pas la difficulté d'un sort qui importe mais votre rapidité.

Lenwé déambulait entre les deux lignes et tous l'observaient avec attention. Sauf Harry qui avait toujours les yeux fixaient sur le Serpentard. Décidemment, le blond était de plus en plus étrange, tout comme ses capacité magiques. Ses prouesses n'étonnaient plus Harry mais l'intriguaient et le fascinaient.

- Etant donné que ce sont vos camarades qui vous ont attaqué, je suppose que vous n'avez pas eu assez peur de leur sortilège pour vous défendre instinctivement.

Lenwé lança un coup d'œil appuyé à Harry et Drago. Car il était persuadé que Drago savait qu'Harry ne satisferait pas d'un sortilège de base et que c'est pour cette raison qu'il avait bloqué le sortilège du brun, qui en fait avait lancé un Furunculus.

- Donc, pour le prochain tour, je serais votre adversaire !

Alors que les protestations fusèrent, le silence revint immédiatement dans la salle car toutes les langues furent collées au palais de leur propriétaire. Lenwé se plaça en premier devant Ron. Le professeur brandit sa baguette et prononça le sort qui fit que deux secondes plus tard Ron s'écroula, pétrifié. Le professeur fit de même devant chaque élève et chacun s'écroula. Il ne restait plus que trois élèves encore debout : Hermione, Harry et Drago. Lenwé se plaça devant Hermione. Le visage de la jeune fille révélait son extrême concentration, ses sourcils étaient froncés et formaient une barre au dessus de ses jolis yeux noisette. Lenwé prononça le sort et à la grande stupéfaction des trois élèves, Hermione bloqua le sort. Harry était heureux et un sourire fier se dessina sur ses lèvres. Quand à Hermione, elle rayonnait.

- Très bien Hermione ! Félicita leur professeur. A toi maintenant Drago. Petrificus totalus.

Le sort sembla passer au travers du corps du Serpentard sans l'atteindre. Le blond n'avait même pas essayé de brandir sa baguette. Hermione resta médusée mais ne fit aucun mouvement démontrant son étonnement. Son cerveau analysait la situation et Harry savait qu'elle arriverait à la constatation que Drago était puissant. Très puissant. Harry pouvait entendre le cerveau d'Hermione hurler « il faut que j'aille à la bibliothèque ». Le blond avait simplement fermé les yeux et Harry savait que c'était pour dissimuler ses pupilles dorées. Mais le sort avait été bloqué.

- Harry, à toi.

Le Griffondor essaya de se concentrer mais il était fasciné par les prunelles dorées qui avaient décidées de le fixer derrière son professeur. Harry se noyait dans cet océan d'or et n'arrivait pas à se concentrer sur son Protégo. Il entendit à peine Lenwé prononcer le sort, fasciné par les yeux du Serpentard. Mais à sa grande surprise, rien ne se produisit. Et quand il détourna les yeux des prunelles qui redevenaient argentés, ce fut pour tomber sur deux visages qui le fixaient. Le premier était enchanté, celui d'Hermione, le second était troublé. Apparemment, le sortilège n'avait pas fonctionné sur Harry. Enfin, plus exactement, Harry avait du bloquer le sortilège et le brun ne savait pas comment il avait fait.

Lenwé se détourna d'Harry et remonta sur l'esplanade où se trouver son bureau. Aussi tôt, tous les élèves se relevèrent et retrouvèrent l'usage de la parole.

- Merci à vous tous. Je veux que vous vous entrainez aux informulés dès que vous en avez l'occasion. Nous vérifierons vos progrès au prochain cours.

Les élèves reprirent leurs affaires et sortirent de la classe. La journée de cours était terminée et les rouge et or se suivirent pour regagner leur salle commune. Les trois amis marchaient côte à côte et seul Ron parlait du cours de DCFM et du fait qu'il n'ait pas réussi son Protégo informulé. Hermione quand à elle réfléchissait à toute vitesse. Malfoy. Bloquer les sortilèges aussi facilement… Ils étaient arrivés devant le tableau de la grosse dame.

- Je vous laisse, s'exclama Hermione. Il faut que j'aille à la bibliothèque.

Et elle s'enfuit en courant. La phrase de son amie avait réussi à faire sortir Harry de ses pensées et lui arracha un sourire. Alors qu'il montait poser ses affaires sur son lit, ses pensées le rattrapèrent. Harry savait que Malfoy bloquerait le sortilège du professeur puisque la veille au soir, ils s'étaient livrés au même exercice en haut de la tour d'astronomie. Mais lui-même, comment avait-il fait pour se protéger alors qu'il ne se concentrait même pas ?