Jonction avec la partie II, où on changera de cadre... :)

Disclaimer : L'univers HP appartient à JKR.

Bonne lecture !


Chapitre 11 : Les engueulades

Et notre jugement, tout dernier qu'il soit, réservons-le à nous-mêmes, pour nous-mêmes et personne d'autre.

(Alain Damasio, La Zone du Dehors)

Comment as-tu osé, sale vipère, comment as-tu osé accepter ce poste ? Comment as-tu pu penser une seule seconde que tu en étais digne et que tu aurais les capacités pour l'assumer ? Des centaines de sorciers, même ceux qui n'y connaissent rien en Arithmancie, le méritaient plus que toi, et tu as osé le voler. N'espère plus jamais me parler ou me raconter tes fabuleuses aventures à Poudlard...

Les insultes continuaient sur trois pages de parchemin manuscrites d'une écriture rageuse, à l'encre noire. La voix d'Emily se brisa avant qu'elle n'ait pu finir de lire la missive en entier à Alcide, qui écoutait calmement. Assis sur le lit de la chambre d'Emily, personne d'autre ne risquait de les entendre.

- Alcide, fais quelque chose ! Et si elle avait raison, et si... Enfin quand même, elle m'insulte...

- Mily, commença doucement Alcide, du même ton paternel qu'il prenait toujours pour la réconforter, Pernelle parle sous le coup de la colère. Tu sais qu'enseigner à Poudlard fait partie de ses rêves d'enfance, ça a dû être un coup dur pour elle d'apprendre que...

- Comment l'a-t-elle appris, d'ailleurs ?

- Je l'ai dit à papa et maman qui ont dû le lui répéter, je suppose. Écoute, je... c'était trop important, je ne pouvais pas leur cacher. Leur cacher ça, ça signifiait que vous n'aviez plus du tout de relation, que vous renonciez à tout contact. J'ai fait ce qu'il fallait, j'en suis persuadé. Pernelle a juste mal réagi sur le coup, ce qui peut se concevoir.

- Je ne veux plus la voir. Plus jamais.

- Je lui parlerai, conclut paisiblement Alcide. Maintenant excuse-moi, j'adorerais parler plus longtemps avec toi mais je dois aller travailler. Surtout, ne crois pas un mot de ce qu'elle a écrit dans cette lettre, je suis persuadé qu'elle-même n'en pense pas un mot. Au revoir, sœurette !

Mais Alcide avait toujours vu les gens meilleurs qu'ils étaient. Il cherchait toujours de la bonté partout, même là où il n'y en avait plus. Emily était persuadée que sa sœur pensait chaque mot qu'elle lui avait écrit, et plus encore, que ces mots elle les ressentait du plus profond de son cœur. Plus grave encore, en relisant la lettre encore et encore, Emily commençait à penser qu'elle l'avait méritée.

Viens maintenant s'il te plaît

Emy

Son style se faisait décidément de plus en plus télégraphique lorsqu'elle écrivait à Erwan. Cette fois, il mit moins de cinq minutes pour transplaner dans sa chambre. Après sa discussion avec Alcide, elle n'avait même pas le courage de lui expliquer la situation, et elle lui tendit la lettre de Pernelle sans ajouter un mot.

- Elle a raison, je ferai sans doute une professeur d'Arithmancie horrible... et une professeur Cracmolle, comment ça pourrait fonctionner ? J'ai eu tort d'accepter...

- Je ne savais même pas que tu avais eu ce poste.

La voix d'Erwan claqua comme une sentence dans la chambre d'Emily. Et elle se souvint soudainement qu'avec tous les derniers événements, elle avait purement et simplement oublié de le prévenir. La déception et peut-être même une pointe de douleur se lisaient sur son visage.

- C'est rien, j'ai été stupide que penser que c'est à moi que tu le dirais en premier. Félicitations pour ta nouvelle vie. Et au fait, ta sœur se trompe, je suis sûr que tu seras parfaite pour ce poste. Seulement, je... Je pensais que tu aimais bien travailler avec moi. Et je pensais que tu me faisais suffisamment confiance pour me mettre au courant. Je pensais que par conviction, tu resterais à nos côtés. Je suis désolé d'apprendre que je me suis trompé sur autant de choses à ton sujet.

- Erwan, dans deux semaines ils vont se rendre compte que je suis beaucoup trop mauvaise et ils vont me renvoyer ici !

- Tu sais quoi ? Je ne suis d'accord avec aucun des mots de la lettre de ta sœur. Aucun. Mais elle te décrit comme quelqu'un de faible et pitoyable, et en te comportant comme une victime et en pleurnichant sur ton lit, tu lui donnes juste profondément raison. Tu vas aller à Poudlard et tu t'en sortiras très bien. Mais ne va pas penser que je pourrai rentrer facilement à Poudlard et qu'on se reverra souvent. Poudlard est très surveillé. Ne va pas croire non plus que ton absence de pouvoirs magiques ne posera jamais problème. Et ne va pas penser que notre collaboration pourra continuer. Cependant, je te souhaite le meilleur pour la suite, tu mérites amplement ce poste et je suis sûre que tu seras brillante. Au revoir, Emily.

Six mois qu'ils travaillaient ensemble, et la jeune femme n'arrivait pas à se souvenir de la dernière fois où il avait utilisé son prénom en entier, surtout d'une façon aussi froide.

- Ah, et au fait... N'oublie pas de prévenir Abelforth. Je sais maintenant que tu peux avoir tendance à oublier les gens qui se soucient de toi.

C'est sur ces derniers mots qu'il transplana. Emily ne s'était jamais sentie aussi vide. Son teint avait pris une couleur originale, le translucide des fantômes teinté d'un léger vert olivâtre qui trahissait sa vague envie de vomir. Comme un robot, elle écrivit une lettre à Albus Dumbledore pour lui confirmer qu'elle acceptait le poste, et elle descendit au rez-de-chaussée pour avoir enfin la discussion avec Albelforth. Oui, c'était décidé, quelque soit les obstacles, elle irait à Poudlard lundi matin à neuf heures. En fait, elle allait même demander à Dumbledore d'arriver la veille, pour mieux prendre ses marques.