Posté le : 25/11/2012

Note (about you & me) :

VOICI UN FLINGUE

VOUS AVEZ LE DROIT DE TIRER

Je suis dans la merde, je sais. J'ai à peu près trois semaines de retard, et je vous assure que c'est pas parce que j'ai rien glandé. Au contraire. Vous allez vite le voir, ce chapitre est très long et pourtant inachevé. J'ai coupé là mais j'avais prévu une suite d'au moins quatre pages de plus. Mais je l'ai fait pour vous. Je sais que c'est insupportable d'attendre. J'espère que je ne vous ai pas perdu dans la spirale du temps. J'espère vraiment. Je suis sincèrement désolée.

Tous ceux qui me suivent, sachez que j'admire votre patience et que je vous adore. Je vous prie de bien vouloir me pardonner.

RAR (guests) :

Guest : Ah ce pauvre Vernon ! Je lui en fais voir de toutes les couleurs ^^ En tous cas, je suis contente que mon idée t'ait plu ! Merci beaucoup !

Rougnougnou : Oh merci, c'est gentil ! Je suis vraiment désolée de t'avoir fait attendre tant de temps !

ArtemisSnape : Tu ne peux pas savoir combien j'ai été émue en lisant ta review ! Franchement, tous ces compliments, c'est trop… Je suis vraiment très heureuse d'apprendre que j'ai pu t'émouvoir, que mes mots t'ont procuré des sentiments variés et tout…Vraiment merci et de nouveau, des excuses pour mon retard.

Note (disclaimer) : « Le Bal de Noël » est le titre du chapitre 24 d' « Harry Potter et la Coupe de Feu » (tome IV). Comme d'hab', rien ne m'appartient, tout est à Mrs Rowling, excepté quelques petites choses…

"AND TOMMY DOESN'T WHAT DAY IT IS

HE DOESN'T WHO JESUS WAS

OR WHAT PRAYING IS

HOW CAN HE BE SAVED?"

[Christmas - The Who]

EN ESPERANT QUE CA VALAIT LE COUP D'ATTENDRE


11

Le Bal de Noël

Deux petits coups vifs du peigne tranchèrent dans la chevelure indisciplinée, une dernière mèche vira de bord, et un semblant d'ordre fut rétabli sur le crâne d'Harry. Il était certes impossible de déterminer combien de temps durerait cet arrangement mais, au moins, cette fois, on ne pourrait pas lui reprocher d'avoir rendu les armes sans combattre.

Satisfait, Harry s'écarta du miroir. Comme s'il maniait un javelot, il tourna le peigne entre ses doigts et visa la corbeille à brosses. L'objet traversa la pièce en un éclair avant de percuter une bouteille de savon. Celle-ci plongea depuis le rebord de la commode et Harry se crispa tandis qu'elle explosait contre le sol. Des pas retentirent sur le palier et la porte de la salle de bains s'ouvrit.

« Qu'est-ce que tu fous ? » demanda Ron en passant juste la tête dans l'entrebâillement.

Il regarda la flaque de savon par terre, Harry, puis encore la flaque.

« Tu es vraiment trop fort, dit-il. Respect. Tu es bientôt prêt ?

— Ouais. Juste deux minutes, le temps de remettre ce truc dans le flacon.

— Ok. »

Ron commença à retirer sa tête mais il interrompit soudainement son mouvement.

« Trois minutes. A ta place, je me coifferais un peu. On dirait que tu viens de traverser une tornade. »

Il referma la porte et Harry pivota vers le miroir. Ses cheveux partaient de nouveau dans tous les sens. Avec un soupir agacé, il sortit sa baguette magique de sa poche et se mit à son travail de nettoyage.

Quand il quitta finalement la pièce, Ron attendait sur le palier, sa robe de soirée posée sur son avant-bras, sa serviette de bains jetée par-dessus son épaule.

« J'ai réussi à tout remettre dans la bouteille », déclara Harry, plutôt fier de lui.

Cependant Ron ne lui prêta pas la moindre attention et s'enferma précipitamment dans la salle de bains. Harry se retournait à peine que, déjà, l'eau se mettait à couler. Il fronça les sourcils, un peu pris au dépourvu, et regagna leur chambre.

Hermione, assise sur le lit de Ron, achevait ses préparatifs. Elle avait éparpillé toutes ses affaires sur le matelas et les rangeait une à une dans son petit sac en perles. Elle portait une robe noire toute simple, dépourvue de tout agrément, ainsi que des chaussures plates, également noires.

« Ron a l'air bizarre », fit remarquer Harry en venant s'asseoir à côté d'elle.

Elle glissa son porte-cartes dans le petit sac et leva les yeux sur lui.

« Il est nerveux, confirma-t-elle. Nous ne sommes pas allés au Ministère depuis la cérémonie de juin dernier et ce n'est pas étonnant qu'il soit un peu tendu. Et puis…Je crois qu'il s'inquiète pour toi.

— Pour moi ? » fit Harry, surpris.

Hermione hocha la tête en prenant sa trousse de maquillage. Elle l'ouvrit, vérifia que tout y était, avant de la mettre également dans le sac. Elle se retourna vers lui.

« Ne joue pas avec le feu, Harry. Quoi que dise Willow, essaye de garder l'esprit de Noël.

— Tu penses que Willow va me provoquer ? demanda prudemment Harry. Que c'est un guet-apens ?

— Non, pas un guet-apens. Willow était obligé de t'inviter : toutes les personnalités de la communauté magique britannique sont conviées à ce bal, c'est la tradition. S'il ne t'avait pas invité, les journaux en auraient fait leurs choux gras. Il veut donc éviter de faire trop de vagues. Il y a donc très peu de chances pour qu'il te cherche ouvertement.»

Elle marqua une pause et Harry l'encouragea à continuer avec un geste de la main.

« Willow va te provoquer, c'est inévitable : il veut que tu t'énerves, que tu fasses scandale, pour que tout le monde pense qu'il a raison de te tenir à l'écart du gouvernement. Mais s'il te cherche trop manifestement, personne ne sera dupe. Tout sera sous-entendu, allusif.

— D'accord, je me contenterais de manger des petits fours et de danser bien gentiment. De toute façon, quoi que je dise, personne ne me croira, ajouta-t-il sombrement. Les articles sur les Procès Noirs me réduisent au silence pour un bon moment…

— Non ! s'écria précipitamment Hermione. Harry, ne pense surtout pas ça ! »

Harry la considéra avec de grands yeux étonnés. Il ne savait plus comment réagir et l'interrogea d'un haussement de sourcils.

« Ce n'est pas parce que personne ne te prend au sérieux qu'il faut te taire, précisa-t-elle. Laisser Willow faire ce qu'il veut ne ferait qu'aggraver la situation. Tu te souviens, quand tu disais que Voldemort était revenu et que personne ne t'écoutait ? Là aussi les journaux se moquaient de toi…Mais tu n'as pas baissé les bras.

— Je croyais que c'était ce que tu me disais de faire, dit Harry.

— Non, non, pas du tout ! Je te demande juste…Et j'imagine que c'est aussi ce que souhaite Ron…Fais attention à toi, Harry. Nous n'avons pas besoin que l'article paraisse, tu ne crois pas ?

— L'article ? répéta Harry, le cœur brusquement serré. Mais…Béa m'a dit qu'elle l'avait détruit ! Et s'ils avaient vraiment voulu l'éditer, même s'il avait fallu le réécrire, ils l'auraient fait depuis longtemps, non ?

— Justement. Ne leur donne pas une bonne raison de le vendre à la Gazette. C'est ce genre de scandale que Ron et moi aimerions t'éviter.

— Merci. Je ferais au mieux », promit Harry, encore tremblant.

Sans répondre, Hermione rassembla sur ses genoux les dernières affaires encore éparses avant de les ranger à leur tour dans le petit sac en perles. Sous l'éclairage artificiel, ses longs cheveux se teintaient d'élégants reflets blonds et les contours de son visage étaient soulignés d'un trait de lumière.

« Tu es très belle. »

Harry se mordilla la langue, gêné par sa spontanéité, tandis que les joues d'Hermione s'empourpraient. Elle releva la tête vers lui.

« Merci, Harry. Mais tu ne diras plus ça lorsque tu auras vu Ginny dans sa nouvelle robe…

— Je pense que si, assura Harry. Tu es toujours très jolie. »

Hermione sourit et son regard retomba sur le contenu de son sac. Harry se rappelait la première fois qu'elle lui avait montré ce sac, à quel point il l'avait trouvé ridiculement petit. A présent, la vue de ce sac lui apportait des pensées bien différentes. A ses yeux, il était presque devenu un symbole. Le symbole d'Hermione. Il était content de la voir le porter ce soir.

« C'est vraiment stupide, dit-elle encore, mais j'ai un mauvais pressentiment. J'ai l'impression que la soirée ne va pas être de tout repos.

— Nous allons au bal de Noël du Ministre de la Magie, répondit Harry. Il y aura pleins de gens célèbres, riches, ou pire, les deux, des journalistes, des politiciens… Je ne m'attends pas à ce que ce soit tranquille. »

Hermione sourit de nouveau et Harry reprit :

« De toute façon, même si ça devait se passer horriblement mal et que je mettais à dire n'importe quoi sous l'effet de Whisky Pur Feu, tu seras là, cette fois. Tu viendras secourir mon honneur.

— Et comment ? demanda Hermione en riant.

— Oh, tu as déjà montré que tu avais plus d'un tour dans ton sac, dit Harry en désignant le petit sac en perles. Et Ron sera là aussi. Pour empirer la situation. Je rigole. Il y aura Ron pour t'aider.

— Et Ginny aussi, ajouta Hermione.

— Et Ginny aussi », répéta Harry.

Il sentit une boule de chaleur se répandre dans sa poitrine, couler à l'intérieur de lui comme la lave d'un volcan. Il voulut monter ses pieds sur le lit et replier ses jambes contre son torse mais Hermione lui frappa le tibia avec son sac.

« On ne met pas ses chaussures sur les draps ! lança-t-elle.

— D'accord, d'accord, pas la peine de me violenter, j'ai compris. On ne se sert du lit conjugal comme paillasson !

— Oh Harry ! Si Mrs Weasley t'entendait…, pouffa Hermione.

— Eh bien ?

— Ron m'a raconté qu'elle était assez traditionnelle sur certains points…

— Ah bon ? Lesquels ? »

Hermione leva les yeux au ciel pendant qu'il prenait son air le plus innocent.

« Et vous avez décidé de respecter les consignes de Mrs Weasley ? » demanda-t-il avant d'avoir pu se retenir.

Hermione, la figure toute rose, lui jeta un regard noir.

« On n'est plus au Moyen-Age, Harry !

— Ma mère serait ravie d'entendre ça », dit George en entrant dans la chambre.

Hermione et Harry se redressèrent brusquement.

« Tu es là depuis combien de temps ? demanda Harry en rougissant.

— Assez longtemps, répondit George sans en préciser davantage.

— Je ne disais pas ça pour me moquer, se hâta d'expliquer Hermione. Nous plaisantions. Nous n'étions pas sérieux.

— Je sais ce que signifie plaisanter, Hermione, répondit George en s'appuyant contre le mur. Je te rappelle que tu parles à George Weasley.

— Non mais, hors contexte, tu aurais pu croire que, commença-t-elle.

— Tu t'enfonces là, lui souffla Harry à l'oreille.

— Tiens, voilà, la reine de la soirée », commenta George, mettant fin à leur embarras.

Ginny entra à son tour dans la chambre. Elle avait enroulé ses cheveux autour de sa tête, formant une véritable couronne de tresses rousses, et des traits de noir redessinaient les courbes de ses yeux, renforçant l'effet pénétrant de son regard. Elle portait une courte robe d'argent, des talons hauts assortis et un collier inconnu d'Harry scintillait à son cou.

« Tu es… », dit-il, le souffle coupé.

Elle tournoya sur elle-même, comme une petite fille qui vient de revêtir un costume de princesse, levant les bras au plafond.

« Tu trouves, vraiment ? demanda-t-elle avec une moue mutine.

— Ginny, il n'a encore rien dit, fit remarquer George.

— Je sais qu'elle lui plaît. »

Harry était content que Ginny le sache parce que lui-même n'en était pas certain. La robe était splendide mais, avec, Ginny paraissait beaucoup plus âgée, bien plus mature que lui. Même debout, à côté d'elle, il se sentit comme un enfant. Il n'avait pas l'habitude de la voir dans des tenues aussi élaborées et le port de cette robe argentée le mettait mal à l'aise.

« Oui, elle est vraiment…Magnifique, dit-il finalement. Et toi, tu es merveilleuse. »

Ginny sourit et passa ses bras autour de son cou. Elle l'embrassa doucement sur les lèvres. Harry appuya son front contre le sien, déposa un nouveau baiser sur le coin de sa bouche.

« Interdiction de bécoter ma sœur dans ma chambre, dit Ron en les rejoignant.

— Tu es prêt ? » demanda Harry, sans relever.

Il lâcha cependant les hanches de Ginny.

« Ouais. Quelle heure est-il ?

— Dix-huit heures trente, répondit Hermione après consultation de sa montre. Nous sommes invités pour dix-neuf heures donc tout va bien.

— Dix-huit heures trente ? répéta Ginny, soudain pressée. Oh, je n'ai pas encore fait mon sac ! »

Elle se pencha pour embrasser Harry une dernière fois et dans un tourbillon brillant, elle se précipita dans la cage d'escalier. Harry entendit ses talons résonner un long moment sur les marches puis il se laissa tomber en arrière sur le lit. Il rebondit une fois sur le matelas, les bras en croix, les yeux rivés au plafond. Il pensait à la soirée à venir. Les paroles d'Hermione lui avaient clarifié l'esprit et il était bien décidé à faire de son mieux pour ne pas se jeter hors du Ministère à grands coups de baguettes.

« George, tu es vraiment sûr que tu ne vas pas venir ? demanda tout à coup Hermione. Tu sais, nous avons tous les trois le droit d'inviter quelqu'un…Ginny est avec Harry, mais tu pourrais venir avec Ron…Ou moi.

— Pourquoi tu me poses cette fichue question tout le temps ? marmonna George.

— Parce que…

— Ne te fatigue pas à me mentir. Je sais que ma mère vous a demandé de m'emmener. »

Harry, aux aguets, se redressa sur ses coudes. George, toujours appuyé contre le mur, avait les yeux rivés sur Hermione. Celle-ci avait la bouche entrouverte et son regard fuyait, gêné, sur les côtés.

« Hermione, Ron, s'il vous plaît, emmenez George avec vous au Ministère, reprit George en imitant méchamment la voix de Mrs Weasley. Il a besoin de sortir, de s'aérer l'esprit. Il faut l'obliger à penser à autre chose, je l'ai lu dans Psychologies Magazine, le numéro spécial « Aidez votre enfant à faire son deuil »…

— Elle n'a peut-être pas tort, non ? risqua Hermione d'une toute petite voix.

— Si. Tout ça, c'est juste des conneries, rétorqua George d'un ton méprisant.

— Mais…Prendre l'air, voir des gens, c'est ce qui nous aide à tenir le coup. Et c'est plutôt agréable, tu ne trouves…

— Tu ne comprends pas, la coupa sèchement George. Vous ne comprenez pas. Vous devriez pourtant. Je ne veux pas que ma vie soit agréable. »

Il sortit de la chambre et claqua la porte derrière lui. Harry fixa un instant le battant clos, de légers frissons parcourant sa nuque.

« Je suis vraiment stupide », soupira Hermione.

Elle vint s'asseoir sombrement sur le lit, à côté d'Harry. Elle se tordit nerveusement les doigts.

« Ne dis pas n'importe quoi, lui dit Harry. Tu n'es pas stupide. Pas du tout stupide.

— Ce n'est pas de ta faute », assura Ron.

Il s'assit à son tour, tout près d'elle, tenant l'une de ses mains entre les siennes. Elle appuya la tête contre son épaule, les traits crispés. Harry prit l'autre main, la pressa contre sa paume, et ils restèrent ainsi un long moment, dans un doux silence.


Le violoniste, l'oreille aux aguets et son archer à la main, attendait son entrée sans impatience. Il n'était que dix-neuf heures quarante-cinq et, jusqu'à vingt heures, le programme établi par le chef d'orchestre avait été malicieusement surnommé « musique d'ascenseur » par ses musiciens. Des morceaux choisis à la demande du Ministre de la Magie, avait expliqué le chef. Ils se contentaient de combler les vides sonores jusqu'au discours. Après, ils auraient carte blanche. Ils ne s'en tiraient pas si mal, lorsque l'on y réfléchissait.

Ils étaient installés au balcon et, malgré lui, le regard du violoniste inactif plongeait dans les festivités. Il avait conscience que c'était un monde bien différent du sien qui s'étendait à ses pieds. Il n'imaginait pas à quel point. Il revint à sa partition et leva son archet. Plus que trois mesures.

En contrebas, personne ne se souciait de lui, ou même de sa production sonore. Les invités parlaient haut, riaient fort et valsaient d'un groupe à un autre sans souci de rythme. A travers la salle, quelques fleurs respirant une ambition pestilentielle avaient éclos : autour du cœur, formé d'un ou deux représentant politique portant la traditionnelle robe violette, des sorciers et des sorcières s'amassaient et se pressaient, semblables à des pétales multicolores. Les autres invités demeuraient en grappes plus réduites, sans pour autant produire moins d'agitation. Les flutes de champagne tintaient les unes contre les autres, les plateaux ensorcelés qui circulaient parmi la foule se vidaient avec rapidité. Enfin, les journalistes étaient dispersés aux quatre coins, certains affichant ostensiblement un appareil photographique, d'autres se mêlant aux célébrités.

« J'ai bien cru que nous n'allions jamais y arriver, disait Hermione alors qu'ils franchissaient les portes de la salle. Enfin, qui devait se charger des invitations ?

— Toi, répondit Ron.

— Sûrement pas, je ne les aurais pas oubliées.

— Je ne pensais pas qu'on nous les demanderait dans l'ascenseur, dit Harry. Je pensais qu'il y aurait un portier avec une liste à l'entrée.

— Un portier ? Vraiment, ricana Ron.

— Bref. On y est maintenant », conclut Ginny.

Son regard brilla à la vue d'une sorcière esseulée, appuyée à une colonne de marbre, l'air perdu. Elle avait de longs cheveux verts et portait une robe en peau de dragon tacheté.

« C'est la chanteuse des Bizarr' Sisters ! souffla-t-elle avec ravissement.

— Qui ? demanda Harry, perplexe.

— Tu sais bien ! Elles étaient au Bal de Noël du Tournoi des Trois Sorciers !

— Ah elle…Ouais, peut-être… », fit Harry.

Il plissa les yeux, comme si ce simple geste allait lui rendre la mémoire. Sans succès, évidemment.

« Je vais aller la voir, décida Ginny. Je vous rejoindrais après. »

Elle lâcha le bras d'Harry et rejoignit la chanteuse d'un pas vif. De loin, Harry la regarda se présenter et serrer la main de la musicienne avant de se retourner vers Hermione :

« Il n'y aurait pas des gens plus intéressants ? lui demanda-t-il dans un soupir.

— Comment veux-tu que je le sache ? Est-ce qu'on nous a donné une liste de tous les présents ?

— Ils auraient dû », intervint Ron.

Il attrapa au vol un canapé au saumon sur un plateau qui filait comme l'éclair et le jeta dans sa bouche ouverte.

« Dé-li-chieux ! » assura-t-il à Harry en levant les pouces.

Harry sortit les mains de ses poches et saisit trois coupes pleines sur un autre plateau.

« Champagne ? proposa-t-il en les offrant à ses amis. On est là pour profiter après tout, ajouta-t-il à l'intention d'Hermione.

— Je n'ai fait aucun commentaire, protesta celle-ci. Et oui, je veux bien. »

Elle prit sa flûte, Ron la sienne, et ils trinquèrent avec enthousiasme.

« Joyeux réveillon ! »

Harry but une gorgée et le liquide lui réchauffa la gorge, pétillant de délicieuses petites bulles. Il se sentit aussitôt plus à l'aise. Il tenait une coupe, comme chacun des invités, se mêlait à la foule des célébrités. Il y avait dans cette atmosphère quelque chose qui lui plaisait.

« Harry ? Comme on se retrouve ! Tu vas bien ? »

Il pivota sur ses talons pour faire face à…Gloria Rubio. Vêtue d'une longue robe rouge, elle avait un air très différent de la dernière fois. Elle semblait plus adulte et, par conséquent, son image collait bien plus à son rôle au sein du Ministère de la Magie. C'était peut-être dû au fait que, sans Dudley à ses côtés, elle paraissait beaucoup plus grande.

« Salut ! lança Harry en levant son verre vers elle. Oui, et toi ? »

A sa grande surprise, elle se pencha vers lui pour l'embrasser sur la joue.

« Oui, je m'amuse assez. Je suis avec quelques collègues étrangers qui sont ici pour les mêmes raisons que moi et ils sont tous vraiment adorables !

— Dudley n'est pas là ? » demanda Harry en jetant un regard appuyé à Ron et à Hermione par-dessus les épaules de Gloria.

Il vit le visage de ses deux amis s'éclairer sous la révélation. Dès leur retour de Londres, il leur avait parlé de Gloria et de Dudley, pour être certain que cette fois, ils n'imaginent pas les mêmes scénarios qu'avec Béa Cassidy.

« Oh non…Bien sûr il aurait pu venir mais il ne…Enfin, Dudley n'est pas…Il a sans doute un peu…

— Je vois, sourit Harry.

— Il faut que je te dise…Il m'a avoué la vérité, finalement. Maintenant, je sais pour ses parents, et pour toi…Dudley était assez gêné. Mais tu sais qu'il est désolé. Tu le sais sinon tu ne l'aurais pas aidé dans son mensonge.

— Oui, je sais, répondit Harry. Je le sais depuis longtemps. »

Il revoyait Dudley, au moment des adieux, plus d'un an auparavant, lui dire qu'il ne prenait pas inutilement de la place. Son cousin et lui n'avaient jamais rien partagé, jamais rien eu en commun, rien pour s'apprécier, mais il comprenait à présent que tout ça n'avait plus tant d'importance. Après la guerre, un nouveau monde magique renaissait un nouveau lui-même, un Harry séparé de Voldemort, renaissait également. Alors pourquoi pas un nouveau Dudley ?

Peut-être qu'en fait, en dépit de tout, les gens changent, songea Harry avec optimisme. Peut-être que les gens peuvent changer.

« Pourquoi a-t-il dit qu'il ne connaissait rien à la magie ? demanda-t-il tout d'un coup. Pourquoi a-t-il prétendu une telle chose ?

— Il est plus facile de cacher toute la vérité qu'une seule parcelle, répondit Gloria. J'imagine qu'il ne voulait pas que je sache que tu étais de sa famille. J'aurais sûrement posé des tas de questions et il aurait dû me raconter des souvenirs dont il n'est sans doute pas très fier…

— Mais il l'a fait maintenant ?

— Oui, il l'a fait. Et c'est tant mieux. »

Harry hocha la tête et décrocha son regard de celui de Gloria. Derrière elle, Ginny avait rejoint Ron et Hermione. Un peu à l'écart, ils chuchotaient en leur direction.

« Je vais te présenter », proposa-t-il.

Il l'invita à se retourner et ils se rapprochèrent des trois autres.

« Gloria Rubio, la copine de mon cousin Dudley, dit-il à la cantonade. Je vous ai déjà parlé. Voici Hermione, Ron, et ma petite amie Ginny.

— Enchantée ! »

Hermione s'empressa de faire la bise à Gloria, très vite suivie par Ron et Ginny. Elle se mit ensuite à lui poser des dizaines de questions au sujet de son travail et de ce qu'elle pensait du renouveau administratif, des politiciens, du réveil de l'économie, du Ministre…

Malgré lui, Harry perdit le fil de la conversation. Il avait beau essayé de se concentrer, leurs paroles glissaient le long de son esprit, et rien ne s'étendait à temps pour les rattraper. Il se contenta alors de boire une autre coupe de champagne en tenant la main de Ginny. Celle-ci semblait aussi peu intéressée que lui par les réalités fiscales du monde magique. Il sombra peu à peu dans une absence épuisante.

Il en fut tiré par l'extinction subite des bougies accrochées aux lustres de cristal. Au même instant, l'orchestre conclut son septième morceau. La salle de bal demeura un instant plongée dans cette silencieuse obscurité puis un halo de lumière bleutée enveloppa l'un des balcons et le Ministre apparut à la rambarde. Il avait l'air plus âgé que la dernière fois qu'Harry l'avait rencontré, sans doute le poids des responsabilités qui tirait, affaissait ses traits.

« Sorcières, Sorciers, bonsoir. »

Sa voix amplifiée par magie s'éleva et les cous se tendirent plus encore vers le balcon, tout chuchotement interrompu.

« Bienvenue au traditionnel Bal de Noël du Ministère de la Magie. Le gouvernement tout entier est heureux de vous accueillir en ces lieux pour la nuit du réveillon. Une nuit que les Moldus associent souvent au qualificatif de « magique ». La magie de Noël ! disent-ils. Je suis de leur avis. Ces instants de partage, de bonheur, de retrouvailles, ne pourront être recréés, même avec les sortilèges les plus puissants. Sans doute le Ministre Strougler pensait-il à cela lorsqu'il réunit, pour la première fois en 1777, les personnalités de l'année écoulée. Mais cette année, je crois que le Bal a plus d'importance qu'il n'en a jamais eue. Sorcières, Sorciers, nous sortons d'un long tunnel. Un long tunnel dont nous ne voyions pas le bout. Tant de choses terribles se sont passées dans notre pays ! Tant de choses terribles se sont passées dans ce bâtiment même, sous ordre du Ministère ! Nous avons connu des mois bien sombres. Nous avons côtoyé la mort, nous avons eu peur, nous avons risqué nos vies. Dans une semaine, cette année touchera à sa fin. Nous ne l'oublierons pas, cela non, cela jamais. Nous ne l'oublierons pas. Nos expériences, nos erreurs, nous ont appris. Elles sont à l'origine de toutes les nouvelles politiques du Ministère de la Magie. Le phénix renaît de ses cendres cependant il n'oublie pas ce qu'il apprit durant ses vies antérieures. C'est ce qui lui procure sa sagesse. Après avoir été un véritable détraqueur, suçant joie et aspirant bonheur, votre Ministère sera phénix. De jour en jour, il croît, forcit, apprend et vous couvre de ses ailes protectrices. Il s'efforce de guérir vos plaies, de ramener la joie, de transmettre l'espoir. Nous sommes des phénix, désormais. Nous sommes tous des phénix et nous bâtissons un monde plus beau ! »

Willow s'interrompit pour rendre son souffle. Il désigna l'assemblée du doigt :

« Si vous êtes ici ce soir, c'est parce que vous êtes la personnification de ce renouveau. Vous êtes musicien et vos instruments chantent l'espoir. Vous êtes auteur et vous écrivez l'avenir. Vous êtes artiste et vos œuvres apportent réflexions ou bonheur des yeux. La culture renaît. Un pays sans culture n'est pas un véritable pays.L'Homme sans l'Art n'est pas un Homme. Vous êtes notre humanisation.

» Vous êtes chef d'une entreprise. Vous êtes à l'origine d'un projet mondial. Vous êtes économiste. Vous êtes investisseur. L'économie, c'est vous qui la poussez et la soutenez. Vous êtes les piliers des marchés nationaux. Les piliers de notre Etat.

» Vous êtes politicien. Vous vous battez pour les droits des uns, des autres. Vous dirigez. Vous apportez votre savoir à ceux qui vous entourent. Vous êtes l'épaule sur laquelle pleurer, la main que l'on tient, celui qui mène, celui qui guide. Vous travaillez pour le Ministère. Officiellement ou non. Les lois sociales, l'intérêt du peuple, c'est vous qui le défendez.

» Vous êtes étranger. Vous venez voir ce qu'il se passe ici, en Angleterre. Comment nous nous relevons de nos batailles. Comment nous pansons nos plaies. Comment nous travaillons. Eh bien, voyez ! Nous ouvrons le Ministère à tous et à toutes ! Les nouvelles politiques du gouvernement ne sont pas secrètes. Elles nous concernent tous alors elles vous concernent aussi. Aujourd'hui, le Gouvernement Magique Anglais renaît.

» Il renaît. Il renaît, grâce à vous, vous qui êtes un héros ! Un héros de guerre. Un héros sans qui nous ne serions que cendres. Un héros sans qui rien de tout ça ne serait possible. Vous êtes Harry James Potter. Vous êtes Hermione Jean Granger. Vous êtes Ronald Bilius Weasley. Nous profitons de cette soirée pour vous adresser de nouveaux remerciements. Sachez que notre reconnaissance est éternelle. Sachez qu'à jamais vos noms demeureront gravés dans le marbre de l'Histoire.

» A vous tous, vous représentez le peuple magique anglais. Vous êtes l'incarnation de son courage, de son intelligence, de sa force. Notre peuple se relève notre monde renaît. Grâce à vous, grâce à tous les sorciers d'Angleterre. Je conclurais donc en ces termes :

» Vive l'Angleterre ! Vive la Magie ! Et joyeux Noël à tous ! »

L'assemblée se répandit en de bruyants applaudissements. La bulle de lumière bleutée autour du balcon éclata, la pénombre retomba. Puis les lustres de cristal pendus au plafond se rallumèrent. Harry cligna des yeux, ébloui par la vivacité de la lumière. Il pencha la tête, regarda Ron, Hermione et Ginny, de nouveau pendue à son bras. Il les avait comme oublié, l'espace d'un instant. Il avait l'impression de s'être endormi.

« Mon héros », murmura Ginny à son oreille, riant doucement.

Son souffle chaud parcourut sa nuque et il sourit.

« Le buffet a été ouvert, constata joyeusement Ron. Si on allait y faire un tour ? »


Planté devant la table des desserts, Harry réfléchissait.

Il y avait là une immense variété de gâteaux et il était dans l'incapacité complète de se décider. Il savait pourtant qu'il pouvait prendre deux ou trois parts différents. Il savait même qu'il ne pouvait pas se tromper car tous les plats précédents avaient été succulents : quoi qu'il prenne, il y avait peu de risques qu'il le regrette ensuite. Enfin, il avait parfaitement conscience que ce choix n'aurait aucun impact. Il avait déjà pris des décisions beaucoup plus importantes. Tellement importantes qu'à côté, la simple question de ce qu'il allait manger semblait vraiment ridicule.

« Rien ne vaut la bûche au chocolat. »

Harry releva la tête. Une jeune sorcière, grande, un peu ronde, lui désignait le gâteau en question avec un petit sourire.

« Aurais-tu déjà tout goûté ? demanda Harry, amusé.

— Oh, presque tous, répondit Bea Cassidy d'un ton naturel. Ce serait tellement dommage de ne pas profiter de toutes ces délicieuses choses…

— On dit que la gourmandise est un vilain défaut.

— Eh bien j'irais brûler en Enfer, répondit Bea avec légèreté. Au moins j'aurais profité des bonnes choses terrestres avant. Comme ce pudding au caramel divin et cette succulente glace à la citrouille…

— Même la glace ? fit Harry, un peu surpris.

— Bien sûr, pourquoi pas ?

— Il fait trop froid pour manger de la glace », dit Harry en réprimant un frisson.

Il lui suffisait d'en parler pour sentir de gros glaçons glisser dans sa gorge.

« Il ne fait pas si froid à l'intérieur, commenta Bea. Et puis, comme ça, on n'a même besoin d'un sortilège de refroidissement. Elle ne risque pas de fondre.

— Non, c'est vrai », admit Harry.

Il regarda de nouveau la table des desserts, les doigts repliés sur le menton. Il n'était pas mécontent de croiser Bea. Il avait un certain nombre de questions à lui poser. De plus, il n'était pas contre l'idée d'apprendre à la connaître un peu plus.

« Donc la bûche au chocolat ? reprit-il.

— C'est toujours le gâteau au chocolat, répondit Béa sur un ton d'évidence. Le chocolat est une valeur sûre : même un gâteau au chocolat raté aura le goût du chocolat.

— Je vois », dit Harry.

Il coupa une épaisse tranche de bûche et la fit glisser dans une assiette. Il prit ensuite une petite fourchette dans le panier à couverts avant de se retourner vers Béa.

« Alors, comment ça se passe ? demanda-t-il.

— Comment se passe quoi ?

— Comment ça se passe ici, au Ministère. Tu travailles toujours au cabinet ministériel ?

— Oh, ça… »

Bea leva les yeux au ciel, se tortilla un peu nerveusement.

« Je ne voulais pas que nous parlions de ça ce soir. J'aurais voulu que nous discutions d'autre chose…Je veux dire, c'est Noël, non ? » demanda-t-elle.

Harry hocha la tête, déçu. Il avait l'impression de rester sur sa faim. Il ressentait un besoin de connaître les affaires internes du gouvernement.

Bea sembla lire sa déception sur son visage car elle reprit brusquement :

« Mais on peut en parler, oui, ce ne serait pas si mal après tout. »

Elle lui sourit maladroitement.

« J'aurais vraiment aimé aborder d'autres sujets, ajouta-t-elle. Apprendre à te connaître, tout ça.

— Moi aussi, assura Harry. Mais je pense que je dois savoir, non ? »

Bea opina gravement du menton. Elle se redressa, prit une légère inspiration et une expression beaucoup plus sérieuse s'installa sur ses traits.

« Willow fait ce qu'il dit, veille aux choses qui sont en son pouvoir. Ici, beaucoup décrivent une politique de confiance, juste et libre. Les dossiers sont présentés à qui veut les voir la surface est lisse, impeccable.

— La surface, nota Harry, très attentif. Dans tes lettres, tu me parlais des Langues de Plomb…Tu les as vus ? Ils sont vraiment louches…Personne ne sait ce qu'ils font, là-bas, dans leur Département des Mystères…

— Ils sont présents, oui, mais est-ce réellement si étonnant ? fit Bea. J'ai été surprise, sur le coup. Mais tous les chefs de gouvernement du monde doivent consulter ce type de personnes, non ? J'ai demandé à mon père, avec beaucoup de prudence, et aux Etats-Unis, c'est la même chose…Ce ne sont certes pas des Langues de Plomb mais, finalement, ça revient au même et…

— Comment s'appellent-ils aux Etats-Unis ? demanda Harry, par curiosité.

— Les Specials, répondit Bea. Beaucoup de rumeurs courent sur eux aussi, comme sur les Langues de Plomb. Ils auraient des pouvoirs cachés, des aptitudes inimaginables, des armes secrètes ils pourraient se rendre invisibles à volonté, entendre à des kilomètres, voir la nuit. Cet effet de mystère est d'ailleurs amplifié par le fait que les bureaux du C.M.U ne sont même pas au siège du Gouvernement.

— C.M.U ? releva Harry.

— Le « Central Magical Unit », traduisit Bea. Le rêve de tous les petits sorciers. Les histoires des moldus leur détraquent le cerveau. Ils s'imaginent que les services secrets magiques, c'est encore plus le pied que les services secrets moldus.

— Ils n'ont peut-être pas tellement tort », dit Harry.

Il attendit un instant, scrutant le visage de Bea. Elle lui sourit, et il lui rendit son sourire.

« Tu veux bien reprendre, s'il te plaît ? la pria-t-il.

— Oh, oui ! Bien sûr…Dans mes lettres, je disais que Willow passait beaucoup de temps avec les Langues de Plomb mais je ne me rendais pas vraiment compte. J'ai fini par me renseigner auprès des autres dignitaires étrangers, pour ne pas attirer les soupçons, et une espagnole, Gloria Rubio, a répondu à mes questions. C'est une jeune femme très instruite, très cultivée, et elle m'a appris que c'était tout à fait normal. Selon elle, même chez les Moldus, les services secrets sont plus présents que ne le croient le commun des gens.

— Mais de quoi parle Willow avec les Langues de Plomb ? Si tu m'en as parlé, c'est que ça avait un rapport avec moi, non ?

— Si ça peut te rassurer, ça m'étonnerait qu'ils ne parlent que de toi, plaisanta Bea. Ils ont certainement d'autres choses à gérer. Des agents en mission dans les conflits moldus, des espions dans d'autres pays, des chercheurs sur des nouvelles technologies ou des phénomènes inexpliqués…Je n'en sais rien, je ne fais qu'imaginer. Ils bossent sur des trucs dont nous n'avons même pas idée.

— J'ai été au Département des Mystères, raconta Harry. Il y avait des trucs vraiment bizarres et je suis loin d'avoir tout vu. J'aimerais bien qu'on m'explique un jour.

— Tu ne sauras jamais. Je suis sûre que même eux, ils ne travaillent que sur un seul projet à la fois et ignorent ce que font les autres. A mon avis, il doit y en avoir une poignée penchée sur ton cas. Sur ordre de Willow, bien sûr. Je pense que si le Ministre a eu connaissance des Reliques de la Mort, c'est grâce à eux. Ils ont dû interroger des gens, faire des recherches, mener des expériences... »

Harry considéra Bea, sa part de bûche encore intacte dans son assiette. Il avait l'impression d'être tombé dans un film de James Bond : il était au cœur d'une fête avec une jeune femme qui lui parlait de renseignements, d'espionnage et de manigances politiques. Il ne savait pas trop quoi penser de la situation.

« Qu'est-ce que tu penses de l'article ? demanda-t-il lentement.

— Il y a beaucoup de possibilités. Peut-être que le Ministère connaît toute la vérité et n'en révèle qu'une partie peut-être qu'ils dévoilent tout ce qu'ils savent. Peut-être qu'ils enrobent leurs connaissances de mensonges. En tous cas, ils savent des choses, preuve qu'ils ne sont pas tout blanc. Ils enquêtent à droite, à gauche, comme je te l'ai dit. Ils veulent te détruire, et peut-être qu'ils font la même chose avec d'autres personnes dont nous n'avons pas idée. Il y a quelque chose derrière ça qui n'est pas très honnête. Mais personne ne leur demande de compte là-dessus.

Elle s'interrompit avant de reprendre :

« Tout ce dont je peux être sûre, c'est qu'il y a au moins un minimum de vérité. Ils n'auraient pas inventé tout ça. »

Elle planta son regard noir et franc dans celui d'Harry. Il se sentit un peu mal à l'aise mais ne détourna pas les yeux. Son expression avait de nouveau changé. Elle ne faisait plus un rapport sur les actions du Ministère, elle attendait quelque chose de lui. Elle attendait une réponse. Une réponse honnête. Tout est toujours une question de vérité.

« Il y a quelque chose que j'aimerais savoir. »

Elle marqua une nouvelle pause. Harry ne répondit rien. Il entendait la question avant même qu'elle ne la pose.

« Est-ce que tu es le Maître de la Mort ? souffla-t-elle après un temps interminable.

— Non, répondit fermement Harry.

— Si tu l'étais, tu me le dirais ?

— Je n'en sais rien. Pour moi, la question ne se pose pas. Je ne le suis pas. A quoi bon se demander ce qu'on ferait si…alors que ce « si » n'a jamais été, n'est pas, et ne sera pas ?

— C'est vrai. Tu as raison. »

Elle réfléchit un instant, l'air soucieux.

« J'imagine que tu ne m'en diras pas plus.

— Tout est dans l'article.

— L'article, répéta-t-elle avec lenteur. L'article n'est qu'un article. Mais, dans ce cas, tu ne risques rien. »

Elle se pencha vers lui, posa la main sur son épaule. Il leva les yeux vers elle. Elle sourit gentiment.

« Eh, Harry, ça va aller ! Ne t'en fais pas. Mange maintenant. J'en ai assez d'avoir cette bûche sous mon nez, c'est trop tentant !

— Tu peux en prendre, je n'ai plus très faim », lui proposa-t-il.

Bea prit une petite fourchette et piqua un morceau de la bûche. Elle le glissa avec délice dans sa bouche.

« Franchement, Harry, c'est merveilleux…Tu ne sais pas ce que tu manques ! »

Elle planta un nouveau morceau au bout des dents de sa fourchette et l'approcha d'Harry.

« Allez, fais-moi plaisir…

Il ouvrit la bouche, pour protester, mais elle lui fourra le gâteau à l'intérieur avant qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit.

« D'accord, elle est très bonne », admit-il après avoir avalé.

Bea gloussa. Comme s'il n'avait jamais existé, son air sérieux avait disparu. Harry trouvait agréable la façon qu'elle avait de changer de comportement. A présent, elle ne ressemblait plus du tout à une informatrice, ou une confidente, mais plutôt à une amie. Il l'observa sous un jour nouveau. Elle cligna de l'œil.

« Alors, qu'est-ce que tu fais dans ton école ? »


Harry ne savait plus depuis combien de temps il discutait avec Bea. Il écoutait chacune de ses paroles avec une attention grandissante et elle faisait de même lorsqu'il parlait à son tour, le fixant avec admiration.

« Tu as vraiment volé un dragon à Gringotts ? Wouah, ça, je ne le savais pas ! s'écria-t-elle. Tu es franchement incroyable ! Allez, reprends un verre ! »

Un nouveau plateau de coupes remplies de champagne passa devant eux et elle en attrapa deux vivement.

« Allons, buvons ! Ce n'est pas tous les jours qu'on peut profiter d'un aussi bon champagne ! »

Elle tendit son verre à Harry et ils trinquèrent.

« Joyeux Noël ! lança-t-elle, la figure rose.

— Joyeux Noël ! »

Elle l'embrassa sur la joue et il la considéra avec étonnement, un peu déconcerté par ce geste. Elle rougit encore plus.

« J'ai toujours rêvé de faire la bise à Harry Potter, avoua-t-elle, visiblement gênée, et je trouvais que c'était le bon moment. Je t'admire depuis assez longtemps…J'ai l'impression de suivre tes exploits depuis toujours…Et pourtant, crois-moi, de mon côté de l'Atlantique, ce n'est pas si évident.

— Je n'ai jamais compris les gens qui m'admiraient depuis toujours, répondit Harry avec beaucoup de sérieux. Ce n'est pas de ma faute si j'ai survécu à ce sortilège débile, ajouta-t-il d'un ton amer.

— Ce n'est pas ça, expliqua doucement Bea. Il n'y a pas besoin d'être un génie pour savoir que ça allait avoir de graves conséquences sur le reste de ta vie. On parlait de toi comme un futur héros et c'est ce que tu es devenu. Un véritable héros. C'est normal que les gens t'admirent. Personnellement, je te trouve très impressionnant. »

Harry grimaça. Il n'aimait pas tellement quand Bea interrompait ses fascinants récits de voyage ou ses dissertations sur l'Amérique pour parler de lui. A chaque fois, il était de plus en plus difficile de le remettre sur le bon sujet.

« Ne fais pas ton modeste, répéta-t-elle, pour la quatrième fois au moins. Je ne cherche pas à te flatter. Je te dis seulement ce que je pense de toi. »

Harry haussa les épaules, évitant son regard. Il se rendait bien compte que Bea l'appréciait beaucoup, un peu trop même, et il s'efforçait de la tenir à distance. Il devinait sans trop de difficultés ce qu'elle voulait : il voyait ses mains s'approcher des siennes, son expression admirative, ses joues roses, ses yeux brillants. Il la trouvait vraiment sympathique mais sa conduite l'embêtait un peu. Il pensa à Ginny, et à ce qu'elle avait dit la première fois qu'il avait mentionné le nom de Bea.

Le nom de Ginny surgissait tout juste dans son esprit quand, au même instant, il repéra sa tête flamboyante fendant la foule. Elle se rapprochait, jouant des coudes pour les rejoindre. Elle finit par arriver devant eux et lança avec légèreté :

« Ah ! Te voilà, Harry ! Je commençais à me demander où tu étais… »

Elle s'interrompit brusquement en remarquant Bea. Elle l'observa de la tête aux pieds avant de se retourner vers Harry.

« Tu me présentes ? proposa-t-elle d'un ton un peu acide.

— Euh, fit Harry, pris par surprise. Eh bien, oui. Voilà Bea Cassidy, dont je t'ai déjà parlé. Bea, voici Ginny Weasley, ma petite amie. »

Ginny hocha la tête et plissa les yeux.

« Tu es donc la fameuse informatrice d'Harry, dit-elle.

— Oui », répondit Bea.

Ce seul mot suffit à Harry pour sentir, à travers le changement du ton de Bea, une tension nouvelle. Ce « oui » tranchait dans l'air, claquait désagréablement à ses oreilles. Ses entrailles se resserrèrent comme un nœud coulant.

« Harry m'a déjà parlé de toi, fit Ginny. Tu viens des Etats-Unis, il me semble ? »

Harry voulut poser une main tendre sur le haut de son bras pour l'apaiser mais elle l'esquiva. Bea se contenta d'hocher la tête.

« Alors, l'Angleterre, ce n'est pas trop ennuyant ? reprit Ginny. Je veux dire, tu travailles au Ministère, du coup ? Qu'est-ce que tu en penses ?

— C'est…instructif, répondit lentement Bea, avec prudence. Je dirais même intéressant. Votre pays est à présent au centre de tous les regards, votre Ministre parle de « renaissance » et les derniers communiques de votre gouvernement dégagent de nouveaux axes au niveau de la politique magique mondiale. Je dois l'avouer, je suis même plutôt surprise de la rapidité de votre redressement.

— Intéressant ? releva Ginny. Je vois. Nous ne sommes qu'un sujet d'analyse, bien sûr. Il n'y a pas de vrais gens qui sont morts, ajouta-t-elle d'un air mauvais.

— Non, corrigea fermement Bea. Je m'implique. Aux côtés d'Harry.

— Vraiment ? Je me posais justement cette question…

— Comment ça ? » intervint Harry.

Mais personne ne l'écouta.

« Tu te posais cette question, répéta Bea. Pourquoi ?

— Pourquoi ? Oui, ça, c'est une bonne question. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu essayes de te rapprocher d'Harry ? Qu'est-ce que tu lui veux ? Qu'est-ce que tu nous veux ? »

Les intonations de Ginny se firent franchement agressives sur la dernière interrogation et Harry écarquilla les yeux, mal à l'aise devant cette subite incorrection.

« Ginny, souffla-t-il, choqué.

— Qu'est-ce que tu lui veux ? » répéta Ginny.

Bea fronça les sourcils, faisant mine de ne pas comprendre. Mais elle ne trompait pas Harry. Son cœur se crispa dans sa poitrine.

« Qu'est-ce que je veux à Harry ?

— Oui.

— Lui apporter l'aide que je peux apporter, répondit Bea d'un air ennuyé. Je ne vois pas…

— Impossible, coupa Ginny. Tu es la fille d'un ambassadeur, tu bosses pour Willow. Tu n'es pas stupide.

— Je le prends comme un compliment.

— On fait avec ce qu'on a.

— Très drôle. Tu as une autre blague à nous faire partager ?

— Je ne plaisantais pas. Toi, par contre, tu te fous de nous.

— Ginny, glissa Harry.

— Quoi ?

— Ne lui parle pas comme ça, s'il te plaît. Sans Bea, il y aurait cet…article dans la Gazette.

— Très juste, approuva Bea, satisfaite. Preuve que je ne suis pas complètement inutile. Merci beaucoup, Harry. »

Elle lui fit un clin d'œil. Ginny contrattaqua aussitôt :

« Ah oui ? Tu veux savoir ce que je pense de toi, de tout ça ?

— Non.

— Tant pis, tu le sauras quand même. Je pense que le Ministre cache des choses et que toi, tu es de son côté. Je ne te fais pas confiance. Tu ne nous délivres pas de vraies informations. J'en conclus que tu veux être bien vue des deux côtés. Avoir le beurre, l'argent du beurre, et le fermier, tant qu'on y est. Je me trompe ?

— Oui, intervint rapidement Harry. Pourquoi tu lui dis tout ça ? Arrête, s'il te plaît…

— Je veux qu'elle sache tout le mal que je pense d'elle.

— Ce que tu penses ne m'intéresse pas, répliqua Bea. D'ailleurs, à mon avis, ça n'intéresse pas grand-monde…

— Elle m'a expliqué beaucoup de choses, nous avons eu une longue conversation, assura Harry, lui coupant presque la parole pour éviter le pire. Je t'expliquerais plus tard, si tu veux…Je pourrais te raconter ce qu'il se passe… »

Il réfléchissait à un moyen d'arrêter l'engrenage. Ginny le regardait avec condescendance. Autour d'eux, les invités commençaient à se retourner pour les observer. Harry s'aperçut qu'ils faisaient beaucoup trop de bruit, que leur discussion ressortait comme un néon fluorescent sur l'ambiance feutrée et joyeuse de la fête.

« Une longue conversation, répéta Ginny d'un ton glacial. Ah oui. Je vois.

— Une longue conversation », confirma Bea.

Harry ferma les yeux, conscient que les choses allaient empirer.

« Je lui ai appris tout ce que je savais du gouvernement.

— Une longue conversation ! Tiens, dit encore Ginny, pincée. Et de quoi avez-vous parlé, si ce n'est pas indiscret ? Et ne me répondez pas de « problèmes politiques » ! Je ne suis pas idiote, je peux comprendre de quoi il s'agit !

— De, dit Harry mais Bea l'interrompit :

— C'est à Harry que j'ai dites ces choses, pas à toi. Si tu veux vraiment savoir, tu lui demanderas.

— Mais ! s'écria Harry, sentant que la situation lui échappait de plus en plus.

— Oui, c'est bien ce que je pensais. Il ne s'agit pas uniquement de problèmes politiques et de tes manigances avec Willow…

— Je ne manigance rien avec Willow, coupa sèchement Bea.

— Mais bien sûr, et moi, je suis un dragon.

— Oui, une sale dragonne qui surveille ses œufs de peur qu'on les lui vole, rétorqua Bea. Harry et moi passions un bon moment avant que tu ne rappliques.

— Une sale dragonne ! Moi ! Harry ! »

Ginny se tourna vers lui, les poings sur les hanches. Elle pencha la tête sur le côté, visiblement énervée.

« Elle me racontait les Etats-Unis, répondit-il, n'osant pas trop se mouiller.

— Ah oui. Passionnant, en effet. Et après, on me dit que ça ne me concerne pas, qu'on parlait de politique ! Vous parliez vraiment de politique !

— On en a parlé, assura Harry. Beaucoup. Mais les Etats-Unis…

— Les Etats-Unis ! répéta Ginny. Ron, Hermione et moi, nous parlions de l'Angleterre, c'est très intéressant aussi.

— Peut-être pas autant, risqua Harry, dansant nerveusement d'une jambe sur l'autre.

— Harry, cette fille vient de me traiter de sale dragonne ! Pourquoi on est encore là ? Viens, on y va ! lança tout d'un coup Ginny.

— Un conseil : ça ne sert à rien de l'attacher, dit Bea. Il n'en sera plus que tenté d'aller voir ailleurs.

— Quoi ? Qu'est-ce que tu insinues ?

— Harry n'est pas ta propriété privée ! Si tu n'arrives pas à le garder amoureux et qu'il préfère passer du temps avec moi qu'avec toi, c'est ton problème, pas le sien, ni le mien, poursuivit Bea, désinvolte.

— Tu es complètement folle ! s'écria Ginny, outrée. Tu t'es regardée ? Avec tes cheveux d'épouvantail et ton gros corps ? Tu es tellement grosse qu'on dirait que les coutures de ta robe vont craquer d'un instant à l'autre ! »

Harry crispa la mâchoire. Il aurait voulu fermer les yeux, se boucher les oreilles. Tous ses membres tremblaient.

« Oui, allons-y, confirma-t-il. Laisse tomber, tout ça, c'est rien…

— C'est rien ? répéta Ginny d'une voix haut perchée. Tu as passé la moitié de la soirée avec elle ! Avec Ron et Hermione, on t'attendait à table !

— On est tout le temps ensemble, répliqua Harry, alors que je ne vois jamais Bea ! J'avais envie de plus la connaître. Elle nous est d'une précieuse ! Sans elle, j'aurais été calomnié et le Ministre aurait pu faire ce qu'il voulait, tout le monde aurait pensé qu'il avait raison de me laisser de côté ! Sans elle, nous ne serions pas ici ce soir !

— Et bien ça ne serait pas plus mal ! Je n'aurais pas eu à porter cette robe qui me gratte, ni ces chaussures qui m'empêchent de marcher ! J'ai fait tout ça pour toi, pour t'accompagner à ton foutu Bal de Noël, pour ne pas avoir l'air d'un épouvantail à côté d'Harry Potter ! Tu m'as bien dit que ce Bal signifiait que Willow n'avait pas encore le pouvoir de nous écarter définitivement du système et que c'était pour cette raison qu'il fallait y aller ! Mais, finalement, il semblerait que tu t'en fiches pas mal que je sois là ou pas !

— Bien résumé, commenta Bea.

— Toi, ta gueule ! », lui cria Harry, avant d'avoir pu s'en empêcher.

Il balançait ses poings fermés d'avant en arrière, il était sur les nerfs.

« Je passais un bon moment avec Bea et, oui, tu as raison, tu es venue tout gâcher ! J'apprenais des choses sur les Etats-Unis, je pensais à d'autres choses et je me renseignais sur le Ministre ! C'est important pour moi de savoir ce qu'il trafique !

— Tu apprenais des versions erronées ! On ne connaît pas cette fille, Harry ! Tout ce qu'on sait, c'est que c'est une séductrice de bas étage qui se croit mieux que tout le monde parce qu'elle est en train de te mener en bateau !

— Non, elle ne me mène pas en bateau, on peut lui faire confiance. Ce n'est pas parce qu'elle me drague qu'elle est malhonnête ! Ce n'est pas un crime, bordel de merde !

— Harry, nous sommes en couple ! Je suis extrêmement tolérante…

— J'ai le droit de te poser des questions ! Qu'est-ce qu'on sait de cette fille ? On ne sait rien ! Et toi, tu te laisses draguer devant une table à desserts pendant des heures !

— Et toi, tu as mis ta langue dans la bouche de Marcus ? Et alors ? Et alors ? » hurla Harry, perdant contrôle.

Les quelques groupes d'invités autour d'eux cessèrent complétement de discuter et les dévisagèrent sans se gêner. Harry tremblait de fureur. Bea semblait partagée entre la déception et la joie. Ginny le fixa sans rien dire, pâle.

« Quoi ? demanda-t-elle d'une voix blanche.

— Tu as très bien entendu », jeta Harry.

Et il détourna les talons avant qu'elle ne se mette à pleurer. Il n'avait pas envie de la voir pleurer. Il savait que ça l'énerverait encore plus.


Harry avançait à grandes enjambées. Les poings crispés, défiguré par la fureur, la mâchoire serrée. Il avait la gorge entaillée comme s'il avait mangé, englouti de la ferraille. Son cœur battait à lui fracasser les côtes. Il n'entendait pas la neige craquer sous ses pieds il n'entendait rien, rien d'autre que sa tempête intérieure. Le sang lui montait à la tête et il voyait trouble, de grosses taches rouges parsemaient le décor.

Son esprit s'embrasait comme une torche. Les filles. Les filles. Dans les romans, les coupables, c'étaient toujours les garçons. C'étaient toujours eux qui posaient problème, eux qui agissaient comme des bêtes insensibles, eux qui faisaient n'importe quoi, couchaient à droite à gauche, et tout était toujours de leur faute. Mais ce n'était pas la réalité. Ce n'était pas du tout la vérité. Les filles se cachaient derrière cette fausse image de gentillesse, de larmes et de pauvre petite chose. Mais Harry, lui, savait depuis longtemps que ce n'était pas vrai. Les filles pouvaient être de vraies coupables. Elles pouvaient être horribles.

Il n'avait pas fait d'erreurs. Il n'avait fait aucune erreur. Il ne regrettait qu'une seule chose : ne pas avoir plaquée Ginny des mois plus tôt. Voire même des années plutôt. Ne jamais être sorti avec elle. Il avait cru qu'elle était intelligente, gentille, attentionnée, il avait cru qu'elle l'aimait. Mais il avait eu tort de lui pardonner. La preuve. Elle l'avait trompé et maintenant, elle venait jouer les jalouses. Semer la tempête, emmerder le monde. La soirée se passait très bien jusqu'à ce qu'elle vienne.

Bea n'avait pas arrangé les choses. Cette idée déplaisait à Harry parce qu'il n'avait rien contre elle. A part ça. Elle le draguait sous le nez de sa copine. Elle l'avait fait exprès. Elle avait tout fait exprès. Elle avait vu la réaction de Ginny et elle n'avait pas pu s'empêcher d'en rajouter une couche, d'envenimer la situation. C'était bien des trucs de fille, ça, songea Harry avec hargne. Des piques injustes, des tours sournois. Il ne supportait pas. Rien que de repenser à ce qui venait de se passer, il avait envie de vomir.

Il s'arrêta de marcher. Il aurait voulu pouvoir arrêter de penser en même temps. Il était malade. Il marchait depuis presque une heure déjà. Et il ressassait tout le temps les mêmes problèmes, tout le temps les mêmes choses auxquelles il ne pouvait plus rien. Auxquelles il n'avait jamais rien pu, d'ailleurs. Il ne voulait pas penser à Bea parce qu'il ne voulait pas imaginer ce qu'elle allait faire, si elle allait continuer de le soutenir ou si elle le poursuivre comme une fan hystérique. Il ne voulait pas penser à Ginny parce qu'il ne voulait pas penser au fait qu'il vivait chez elle, qu'il passait les fêtes de Noël chez elle. Il ne savait pas ce qu'il lui dirait, ni ce qu'il dirait à Ron et à Hermione. Il ne savait qu'une seule chose : il voulait que tout ça se termine. Ou que ça n'ait jamais existé.

Il avait les entrailles explosées. Il tremblait. Le froid lui mordait les doigts, lui dévorait les joues. Son esprit s'enflammait, et le feu se propageait, se poursuivait. Il aurait voulu que ça s'arrête. Il voyait les visages de Ginny, de Bea, de Ron se succéder dans sa tête et il avait envie de frapper, frapper quelqu'un, n'importe qui. Mais les rues de Londres étaient désertes : tout le monde réveillonnait au chaud, s'offrait des cadeaux, bien loin du vent glacé, de la colère et de son cerveau embrumé alors il donna un violent coup de poing dans un panneau routier.

« Putain de merde ! »

Il sentit des larmes dévaler sur son visage. Du sang ruissela sur ses doigts. Il était blessé de partout.


Le parc était vraiment mal éclairé. Les mains de retour dans les poches de sa cape, Harry remontait l'allée principale. De nouveau régulier, son souffle dessinait une fine buée devant ses lèvres. Sa fureur était retombée et il s'efforçait de réfléchir calmement, sans s'énerver.

Il avait conscience qu'il ne pouvait pas faire marche arrière et, finalement, ce n'était pas plus mal. Au moins, il ne ferait pas deux fois la même erreur. Ça ne pouvait pas durer éternellement, se dit-il, il y avait Marcus entre nous. C'était un trop gros secret. Il expira doucement. Il se sentait encore mal mais il se remettait doucement. Il allait s'en sortir.

En dépit de la protection de ses lunettes, le vent lui piquait les yeux. Il peinait à les garder suffisamment longtemps ouverts pour voir devant lui. C'est pour cette raison qu'il ne remarqua pas immédiatement la silhouette au bout de l'allée.

La silhouette du bout de l'allée avançait difficilement, d'un pas mal assuré. Elle était grande, fine, et sombre. Elle était trop loin d'Harry pour que, même une fois qu'il l'ait aperçu, il put dire s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme. En tous cas, il n'avait pas besoin de le savoir pour la trouver inquiétante.

Tout de suite, il imagina le pire. Il ne voyait pas qui d'autre qu'un dangereux drogué ou un assassin potentiel pouvait errer dans le parc d'un quartier mal famé, la nuit du vingt-quatre décembre. Une attaque, songea-t-il avec lassitude, c'est la dernière chose dont j'ai besoin ce soir. Dans les profondeurs de sa poche, sa main se posa sur sa baguette magique, parée à toute éventualité. Il s'avança jusqu'au réverbère le plus proche et s'immobilisa sous le faible faisceau lumineux. Il surveilla le moindre mouvement de la silhouette. Il ne sut d'abord pas si elle s'approchait de lui ou si elle poursuivait son chemin dos à lui. Puis ses contours se précisèrent, la démarche étrange se fit plus remarquable, et il sentit son cœur battre plus fort. Il sortit sa baguette magique, la gardant néanmoins cachée dans sa manche. Il attendit encore, les yeux plissés.

Le rôdeur finit par parvenir à sa hauteur. Il ne le regarda pas, ne le vit sans doute pas. Mais, en dépit du col qui masquait la majeure partie du visage et de la position inhabituelle, Harry, lui, le reconnut.

« Malefoy ? » s'écria-t-il sans y croire.

Malefoy ne cilla même pas à l'appel de son nom. Il continua d'avancer lentement, dansant un peu d'un pied sur l'autre. Il était parcouru de grands frissons et sa peau était encore plus pâle qu'à l'ordinaire.

« Malefoy ? Tu…Tu vas bien ? »

Harry bondit devant lui et lui saisit brusquement le bras, le forçant à se retourner vers lui. Ses yeux se heurtèrent aussitôt au regard terne de Malefoy. Les bords rougis, les cernes noirs, les vaisseaux sanguins encerclant l'iris, tout trahissait un état inhabituel. Sans s'en apercevoir, Harry enfonça ses ongles dans la manche de la cape de Malefoy.

« Malefoy ? Wouhou ? »

Il agita son autre main devant les pupilles fixes de Malefoy et celui-ci cligna enfin des paupières.

« Ah…Potter…Salut, marmonna-t-il.

— Je n'aurais jamais cru ça de toi », dit Harry, sincèrement étonné.

Malefoy cligna de nouveau des yeux.

« Non, vraiment, fit Harry. Je n'arrive pas à le croire. Malefoy, bourré, drogué, ou les deux à la fois, à la nuit de Noël. Drôle de surprise. »

Il secoua la tête.

« Je n'arrive pas à le croire, répéta-t-il.

— Bourré », répéta Drago d'un ton vide.

Puis il sembla se reprendre.

« Non…Non. Je ne suis…pas… bourré. Tu me prends…pour quoi, Potter ? réussit-il à articuler.

— Pour toi-même. C'est-à-dire pour un petit con arrogant, prétentieux, n'apportant aucune valeur aux traditions, qui passe la nuit de Noël dans un parc, complètement défoncé et… »

Harry s'interrompit juste à temps pour s'écarter : Malefoy se pencha sur le côté et vomit sur un gros tas de neige. Puis, les jambes flageolantes, il tomba à genoux devant Harry.

« Waouh, Malefoy. Carrément. »

Tous les sentiments confus d'Harry s'étaient évaporés et, à présent, il se sentait tout à fait réveillé, l'esprit vif, à la recherche de réponses. Il s'accroupit à la hauteur de Malefoy. Il le regarda, avec sa bouche affaissée, ses iris voilés. Il était trop perdu, trop déconcerté pour le haïr.

« Malefoy… »

Il lui posa une main sur l'épaule. Malefoy tressaillait nerveusement, ses lèvres bleuies tremblaient. Il fixait un point inexistant au-dessus de la tête d'Harry, les yeux écarquillés.

« Malefoy, quel jour on est ?

— …le vingt juin…Oui, le vingt juin…1997.

— Malefoy ! On est à Noël ! 1998 ! »

Harry le secoua, troublé.

« Froid, croassa Malefoy. Trop froid. »

Alors un éclair de génie traversa l'esprit d'Harry. Il se retourna précipitamment, comme s'il s'attendait à voir quelqu'un jaillir de la nuit. Il ne vit rien et revint à Malefoy. Il attrapa le visage de Malefoy entre ses mains.

« Ils sont ? » le pressa-t-il.

Malefoy ne répondit pas.

« Malefoy ! Où est-ce qu'ils sont ?

— Qui… ?

— Les Détraqueurs, bordel ! »