Elle l'avait ramené, dans un silence terrible. Il l'avait observée furtivement, elle était droite, forte, et n'avait pas bronché. Lui avait voulu attraper sa main, la serrer, elle était là, douce tentation, terrible, qui apportait avec elle tant de sentiments étranges. Elle était resté dans la voiture, sans un regard pour lui, il la pensait fâchée, mais il avait vu l'éclat dans ses yeux, Ziva David allait pleurer, par sa faute.
Elle l'avait observé silencieusement, attendant qu'il descende de la voiture. Il l'avait fixé, et avait posé sa main sur la sienne, sur le pommeau de vitesses, elle avait relevé le regard pour le fixer droit dans les yeux. Il l'avait vu vaciller, il l'avait vu trembler et n'avait pas hésité. Il s'était penché, et l'avait embrasser , poussé par une force qu'il ne pouvait plus maîtriser, pousser par une envie qu'il avait déjà connue, destructrice, imparable. Elle avait répondu, timidement, et il s'était accroché à se baiser, désespérément.
Mais la réalité l'avait frappé, elle n'était pas revenu, elle le lui avait dit. Il s'était écarté, rapidement, repensant à d'autres choses, Gibbs, Zoé... il était sorti rapidement, la regardant à peine, une douleur atroce avait pris place alors qu'ils se séparaient.
Il était rentré chez lui, les idées encore plus sombres, plus troubles.
Il était maintenant dans son salon, sa chaise était retournée sur le sol juste à côté, la même bouteille devant lui, cette fois un verre déjà plein dans sa main. Il n'y avait pas de remise en question, il était seul, et avait tout foiré. Il se laissa à revoir le garçon, subir son châtiment, il se laissa à entendre les cris, se laisser envahir par la haine qu'il avait ressentie là-bas, contre lui. Son corps tremblait, et seule la douce brûlure du whisky semblait l'apaiser. Il ne se sentait plus capable de rester fort, de fuir ses fantômes. Gibbs l'avait rejeté, l'avait ignoré, surement trop en colère ou trop déçu.
Ça faisait mal, tellement mal, un second verre suivit le premier, il voulait se noyer. Il ne s'était jamais senti plus seul qu'à cet instant, un vent de nostalgie, dangereux, interdit, souffla sur lui. Il revit Kate, pure, douce, certainement horrifiée, Jenny et son regard dur, protecteur, sans espoir aux derniers instants. Ils étaient là, chaque fantôme, chaque plaie dans son armure… Il avala un troisième verre, savourant le nuage qui envahissait la pièce alors.
Il avait besoin de Gibbs, en avait toujours eu besoin. Il avait ressenti le vide quand il était parti, l'image paternelle, le soutient sur lequel il s'était construit. Il ne supportera pas d'avoir détruit ce lien, n'affronterait pas le regard de Luke chaque instant, sachant qu'on le lui reprochait, qu'on l'abandonnait pour cela. Il avait tué un enfant bon sang, un enfant que chacun avait essayé de sauver, pour l'homme qui le haïssait surement maintenant. Il était un martyr, ignoble martyr donc la culpabilité le rongerait.
Il sentit une colère contre Gibbs, contre lui-même, l'abandon, le retour de Ziva qui compliquait tant les choses. Un quatrième, cinquième et énième verre étaient passés puis son téléphone avait sonné.
Il n'avait pas regardé qui l'appelait, qui pouvait se soucier d'un monstre dans son antre? Il avait balancé l'objet avec force de l'autre côté de la salle. Le portable avait atterri sur la télévision, laissant des gerbes d'étincelles voler dans la salle, et un bruit fatal s'élever dans l'air. Le geste le soulagea, et l'espace d'un instant il repensa à sa mère, cause de cet écran, de ses films, celle qui l'avait abandonné.
Il attrapa alors le verre et l'envoya voler de la même façon. Un cri rauque s'échappa de sa gorge, et un autre objet suivit. Une certaine torpeur s'empara de lui, prise dans un monde de rage et d'abandon. Il ignora le boucan qu'il générait, ignora les coups sur la porte. Il essaya de se lever sur son pied mais retomba sur le sofa. Il envoya alors de rage, la table valdinguer d'un coup de pied avant de s'affaisser dans le canapé, à bout de forces, une douleur, dans le genou, éveillée.
Il remarqua alors doucement, sous sa respiration rapide, éreintée, l'humidité sur son visage. Ses poumons ne suivaient pas, l'angoisse le prenait, mais il ne voulait pas se laisser vaincre. Son corps était troublé par de nombreux spasmes alors qu'il luttait, et quand une main vint se poser sur son épaule, il ne put s'empêcher de tressaillir, saisir son arme à coté de lui et la pointer, de sa place, sur l'intrus.
L'homme en face de lui avait les yeux grands ouverts, écarquillés par la surprise. Il avait ses deux mains légèrement en l'air, et semblait bloqué par la peur. Il observa son regard se transformer en quelque chose de plus tendre, inquiet, et il relâcha son arme.
« Junior ? »
Il ne comprit pas alors ce qui se passa, l'espace d'un instant il avait voulu lutter, mais les tremblements s'étaient transformés en sanglots, doux, puis réels et sa respiration erratique avait laissé place à des plaintes incontrôlées. Il s'était retourné et laissé glisser sur le sol, au pied du canapé, sa jambe, dans son atèle, poussée plus loin, il s'était laissé tomber, sombrer.
Il entendit son père jeter sa veste rapidement et s'approcher pour le serrer dans ses bras.
Ce geste était incroyable, étrange dans le contexte, mais il se laissa à pleurer comme le petit garçon qu'il était à l'instant, dans les bras de son père. Il s'accrocha à lui, savourant la présence paternelle, fragile et nouvelle, mais rassurante face à l'abandon de Gibbs. Il était son père, à cet instant, et peu importe si le vieil homme se sentit dépassé et à court de mots, il se sentit comme le petit garçon de 8 ans, encore aimé, encore chéri.
Il l'appela même un instant et entendit le son des paroles troublées de senior. Il se laissa à penser à Ziva qu'il avait abandonné dans la voiture, à d'autres temps où les choses auraient pu être plus simples, où elle l'aurait aidée, il aurait voulu que son père l'aide, et le lui à surement demandé, mais il s'était endormis là et s'était, il ne sait trop comment retrouver sur le canapé, au petit matin.
Son père était resté toute la matinée, plutôt silencieuse.
Il lui avait fait un petit déjeuner et il l'avait accepté avec un sourire, mais son père n'avait pas répondu à ce geste, trop préoccuper, troublé par cet aspect, nouveau, de son fils.
Il savait qu'ils allaient avoir cette conversation, mais il n'en avait pas envie, il voulait profiter de l'instant, de son père qui s'occupe de lui. Alors quand senior avait commencé à parler, il lui avait simplement demandé de ne pas le faire maintenant. Ils s'étaient observés et l'homme avait compris.
Ils avaient profité de cette fin de mâtiné simplement, parlant du nouvel appartement du vieil homme. Il avait profité de la chaleur de cette proximité, l'homme juste à coté de lui dans le canapé. S'il ne s'était pas retenu, retenu par le manque soudain d'alcool, il aurait posé sa tête sur l'épaule réconfortante de l'homme.
Finalement il était parti, laissant l'appartement dans un silence soudain, dans le désordre que Senior avait tenté de camoufler en rangeant quelques petites choses...
