Les étoiles de l'orage
Chapitre 10 : Entretiens et discussions
Elane repoussa le grimoire sur lequel elle travaillait pour dégager le morceau de parchemin censé se trouver dessous. Elle fronça les sourcils. Un certain nombre de morceaux de parchemin se trouvaient sous l'épais volume, mais pas celui qu'elle cherchait. Elle recula légèrement sa chaise pour croiser ses longues jambes. Le meuble était petit, et elle s'était déjà cognée plusieurs fois. Le ministère avait un certain nombre de cagibis, pompeusement qualifiés de « bureaux personnels » qu'il allouait à ceux qui, comme elle, venait de l'étranger.
Il y aurait la place de faire trente pièces comme la mienne dans le bureau de Fudge, songea-t-elle. Elle poussa délicatement un dossier. Elle faillit crier victoire en trouvant le morceau de parchemin, mais le bruit d'une pile de papier tombant par terre la retint. Elle ferma les yeux. Elle ne voulait pas connaître l'étendue des dégâts, du moins, pas encore. Elle entendit encore une feuille tomber et se risqua à jeter un coup d'œil par-dessus son bureau.
La situation n'était pas si dramatique : seul un tiers des parchemins se trouvant sur sa table était tombé. Elle la contourna et commença à tout ramasser, posant les dossiers sur la deuxième chaise au fur et à mesure qu'elle remettait leur contenu en place. Elle réfléchit un instant. Elle ne pouvait les laisser sur la chaise indéfiniment, un courant d'air pouvait les faire tomber à tout moment. L'étagère était déjà surchargée et il n'y avait plus de place sur le bureau. Elle pouvait éventuellement les poser sur le meuble de rangement… Ou poser certains ouvrages sur le meuble, ce qui libérerait de la place sur l'étagère…
Deux coups furent frappés à la porte et Fudge entra sans attendre une autorisation.
- Où en est l'enquête de Dumbledore ?demanda-t-il sans même la saluer. Est-ce qu'il avance ? Qu'a-t-il appris ?
Elane s'assit calmement et croisa à nouveau ses longues jambes. Fudge y jeta un rapide coup d'œil, déconcerté par son calme. En général, lorsqu'il déboulait dans les bureaux de ses employés pour exiger des renseignements, la plupart lui obéissaient. Hormis les Aurores, les Départements des Mystères et de la Justice magique, ainsi que quelques employés isolés. En fait, un certain nombre préférait refiler le « problème Fudge » ainsi qu'ils l'appelaient, à leurs chefs de service.
- Bonjour, Mr Fudge, dit-elle calmement. Je suis ravie de voir que vous allez bien.
Ainsi rappelé aux bonnes manières, Fudge retira poliment son chapeau melon, qu'il fit tourner entre ses mains et marmonna :
- Bonjour, j'espère que vous aussi, vous allez bien. Excusez-moi pour mon intrusion, mais je…enfin je…
- Vous vouliez connaître les résultats de l'enquête de Dumbledore.
Fudge marmotta que c'était exact.
- Mais je crois qu'il n'était pas tenu de vous informer de ses progrès, non ? Vous comprenez que sur une enquête aussi délicate, la plus grande discrétion est de rigueur.
Fudge marmotta « Bien sûr, bien sûr… » Elane l'observa et éprouva de la compassion pour lui. Les traits du ministre étaient tirés, et il semblait avoir perdu du poids en très peu de temps. Il avait l'air d'un homme traqué. Depuis que la preuve du retour de Voldemort avait été faite, l'opposition guettait le moindre de ses faux pas.
- Je sais que vous occupez une position difficile, reprit-elle d'une voix douce. Mais je ne peux pas vous fournir les renseignements que vous réclamez.
- Je comprend, soupira Fudge.
Elane ne dit rien. Elle n'avait jamais beaucoup apprécié Fudge, et ce n'était pas son désespoir qui le ferait remonter dans son estime. Néanmoins, elle le plaignait. Il se leva.
- Je ferais mieux de retourner dans mon bureau.
- Excellente idée.
En un instant, il avait retrouvé toute sa superbe.
- Dites à Dumbledore que lorsqu'il aura fini son enquête, je veux en être informé, ainsi que de ses résultats. Et je veux en être informé dès qu'elle sera finie, et non pas un ou deux mois plus tard.
- Très bien, Mr le ministre, dit-elle d'un ton ironique. Mais je vous rappelle que je ne suis pas sous vos ordres, et que vous allez donc devoir charger quelqu'un d'autre de transmettre le message.
Fudge repartit la tête haute vers d'autres employés à intimider et Elane referma la porte pour retourner à son problème de rangement. Poser quelques grimoires sur le meuble de rangement semblait une excellente idée, mais est-ce que cela dégagerait suffisamment de place ?
On frappa de nouveau à sa porte, mais cette fois, la personne qui se trouvait de l'autre côté attendit sa permission pour entrer.
- Bonjour. Vous êtes bien Miss, ou plutôt Mlle Rösle ?
- C'est moi.
Elane n'avait jamais vu l'homme qui se trouvait en face d'elle, mais elle sut immédiatement qui il était. Il ressemblait un peu à Wladeck et Joachim, mais surtout au père de ce dernier.
- Je suis Roberto Szpilmann, le cousin de Joachim.
- Je sais.
Elle lui désigna la chaise.
- Asseyez-vous.
Il retira son manteau et s'exécuta.
- Je suis membre de la Guilde.
- Aurais-je dû vous présenter ainsi à l'homme qui vient de sortir d'ici ? sourit Elane.
Roberto esquissa un sourire. L'aversion de Fudge pour la Guilde était notoire.
- Je préférerais que vous ne le fassiez pas.
Le silence s'installa entre eux. Elane ne fit rien pour le rompre. Nous nous observons mutuellement, et ignorons si nous pouvons nous faire confiance, songea-t-elle. Chacun essaie de prendre la mesure de l'autre sans pour autant dévoiler son jeu. Elle reprit finalement la parole.
- Je sais pourquoi vous êtes venu me parler, alors pourquoi ne pas me dire ce que vous avez à dire ? A moins que vous ne préfériez parler à Joachim.
La franchise était préférable à la joute verbale. Roberto éclata de rire. C'était la première fois qu'il riait depuis la visite de son cousin.
-Vous avez raison. Il vous a déjà dit tout ce que je lui ai appris lors de sa visite, je suppose ?
Elane hocha la tête.
-Il a eu l'air surpris lorsque je lui ai dit que John Bennett avait fait parti de la Guilde. La vérité est qu'il s'est inscrit environ un mois après sa fille. Il est vite devenu un membre apprécié et respecté, digne de confiance. Il travaillait avec sa fille et son gendre… Est-ce que cette pièce est sûre ?
Elle comprit son inquiétude. Tendant sa baguette vers la porte, elle lui jeta un sort d'Impassibilité sans remuer les lèvres. Elle hésita, puis ajouta encore un sort destiné à renforcer le charme de Mutisme dont toutes les portes du Ministère étaient systématiquement équipées.
-Maintenant, elle devrait l'être. Vous disiez que Bennett travaillait avec sa fille et son gendre, ce que nous savons déjà. Nous savons également qu'ils travaillaient sur un plan de surveillance des ex-Mangemorts.
-J'ajouterais à ça qu'ils …travaillaient, allons nous dire, pour la Guilde. Plus exactement, ils se livraient à un travail d'espionnage pour le compte de la Guilde.
Elane s'était préparée à entendre un certain nombre de révélations stupéfiantes, mais pas celle-ci. Pourtant, son visage ne reflétait qu'une légère surprise.
-De l'espionnage ?
-Oui. Plus exactement, c'est la Guilde qui a incité Jane et Francis à proposer ce plan de surveillance. Il nous fallait avoir accès aux renseignements du ministère pour pouvoir effectuer une bonne surveillance.
Le visage de Roberto s'assombrit.
-C'est pour cela qu'ils ont été tués. Après leur mort, il nous fallait quelqu'un d'autre pour poursuivre leur travail. John savait ce qu'ils faisaient et les avait aidés, bien qu'il ne faisait pas de l'espionnage à proprement parler. De plus, il était membre de la Guilde, aussi est-ce lui qui leur a succédé.
Elane réfléchit rapidement.
-Si on avait voulu les tuer simplement car ils travaillaient à un plan de surveillance des Mangemorts, il aurait peut-être été plus simple de les tuer tous les trois en même temps, au lieu d'attendre environ huit mois. Si on a attendu, c'est qu'ils ne représentaient un danger que parce qu'ils conciliaient deux sources d'informations : la Guilde et le ministère. Donc, la Guilde devait savoir quelque chose que le ministère ignorait. Ou alors, c'est que John, sa fille et son gendre ont découvert quelque chose de très…gênant.
Roberto lui lança un regard admiratif.
-En effet. Je suis persuadé qu'ils sont morts car ils savaient quelque chose de gênant, comme vous dites.
-Et quelle est cette chose ?
Elane s'interrompit en voyant l'expression de son interlocuteur.
-Vous ignorez ce que c'était ? demanda-t-elle d'une voix douce.
-Je l'ignore, murmura-t-il. Je l'ignore…
Ils se turent. Elane frissonna en songeant à la petite Harriett. Son grand-père avait été un héros, mais était maintenant l'objet de suspicions. Roberto recommença à parler.
-Je crois que Jane et Francis Minton savaient quelque chose sur Lucius Malefoy.
Elane rassembla rapidement ses connaissances sur Lucius Malefoy. Sirius lui en avait parlé, Malefoy avait épousé sa cousine Narcissa Black, la sœur d'Andromeda, et donc la tante de Tonks.
-Mais Lucius Malefoy était en prison lors de la mort de John Bennett, dit-elle lentement. Quelqu'un d'autre s'en donc…occupé. Ils savaient donc quelque chose de compromettant non seulement pour Malefoy, mais cela impliquait également quelqu'un d'autre.
- C'est sûrement vrai, dit Roberto d'un ton désenchanté. Jane et Francis n'ont jamais pu nous dire ce qu'ils savaient, ils sont morts après être revenus de Cornouailles. Ils étaient déjà en Ecosse, probablement sur le chemin du château.
Elane avait le cœur serré. Elle se souvint soudain que Roberto avait dit à Joachim que le début de l'histoire remontait à l'attaque des Londubats.
-Vous n'aviez pas parlé des Londubats ?
Roberto hocha la tête.
-Mrs Londubat – je parle de la grand-mère- était la demi-sœur de Mrs Bennett. La mère de Mrs Londubat s'était marié jeune, et fut également veuve très jeune. Elle se maria une seconde fois, et de ce second mariage est née Mrs Bennett. Mrs Londubat devait avoir une douzaine d'année lorsque sa sœur est née, et l'aimait beaucoup. Les deux familles étaient donc très proches. Jane Minton avait dit à Mrs Londubat, quelques semaines avant de mourir, qu'elle savait « quelque chose à propos du responsable de l'attaque sur Franck et Alice ».
-Le responsable ? Je croyais qu'ils étaient tous condamnés à perpétuité ? A moins que… non, Jane est morte avant que l'évasion massive d'Azkaban ait lieu.
-Justement, c'est ce que nous ne comprenons pas.
Roberto soupira puis repoussa sa chaise. Il remit sa cape sur ses épaules.
-Vous savez où et comment me contacter, je suppose. Mais je suppose qu'il ne serait pas très prudent de ma part de chercher à vous joindre par le biais du ministère…
-Effectivement.
Elane réfléchit un instant.
-Vous n'avez qu'à écrire au professeur Dumbledore, au collège Poudlard. Mettez votre lettre dans une deuxième enveloppe, qui portera mon nom ou celui de Joachim. Personne ne trouvera suspecte une lettre provenant d'une école de magie destinée à une autre école.
-Entendu.
Elle lui tendit sa main, sur laquelle il s'inclina.
-Je suis content de vous avoir rencontré, et ce n'est pas une simple formule de politesse. Je pense que maintenant nous avons de grandes chances de découvrir pourquoi Jane, Francis et John sont morts, dit-il.
-J'espère que cela nous aidera aussi dans notre lutte contre Voldemort, murmura-t-elle.
-Moi aussi, moi aussi.
Il hésita puis ajouta :
-Si je peux être utile à l'Ordre, dites à Joachim de me le faire savoir. Dumbledore peut compter sur mon aide, aussi petite soit-elle.
Il poussa la porte et sortit. Restée seule, Elane s'assit sur la chaise qu'avaient occupée Roberto et Fudge. Elle repassa dans sa tête toute la conversation qui venait d'avoir lieu, amis aucune idée lumineuse ne lui vint. Elle tenta alors une autre approche : cette conversation lui avait-elle appris quelque chose ? Oui. Quoi ? Le lien de famille entre les Bennetts et les Londubats, le fait que John avait pris la place de sa fille et son gendre après leur mort, la mission d'espionnage que la Guilde avait lancée, les soupçons sur Lucius Malefoy…
Les pensées tournoyaient dans sa tête sans qu'elle parvienne à les saisir. Elle tenta de répondre à une dernière question : Quel était le lien entre toutes ces bribes d'informations ? La réponse ne se fit pas attendre : Voldemort. Tout remontait toujours à lui et à sa folie meurtrière. C'était lui qui avait tué ou fait tuer tant de gens, brisé tant de vies, séparé tant de familles… Elane se força à chasser ces pensées de son esprit.
Elle joua machinalement avec une plume, les yeux fixés sur le grimoire qui trônait sur son bureau. Elle était en train de traduire une page recouverte d'un texte en latin lorsque Fudge était arrivé. Elle reprit le morceau de parchemin où elle avait inscrit la traduction au fur et à mesure, mais le cœur n'y était pas. Finalement elle mit le parchemin dans le grimoire et fourra le tout dans son sac. Lorsqu'elle le referma quelqu'un frappa timidement à la porte.
-Entrez ! fit-elle, se demandant si son bureau n'avait pas été mis sur le circuit d'une marche populaire sans qu'elle ne soit au courant.
Mrs Bennett entra alors. Plus pâle que la dernière fois qu'Elane l'avait vue, elle tenait Harriett par la main.
-Excusez-moi, dit-elle nerveusement, je suis passée pour remplir quelques papiers….et…et je me suis dit que je pouvais peut-être venir vous voir. Mais je vous dérange ?
-Bien sûr que non ! s'écria chaleureusement Elane.
Elle lui désigna la deuxième chaise qui décidément, se montrait très utile ce matin, et rapprocha la sienne, car parler par-dessus un bureau crée tout de suite une certaine distance, tandis que deux chaises l'une en face de l'autre formaient une ambiance plus familière.
La porte s'ouvrit soudain et Tonks passa la tête par l'embrasure.
-Excuse-moi de te déranger, commença-t-elle.
Elle aperçut soudain Mrs Bennett et Harriett.
-Oh, bonjour.
-Bonjour, dit Harriett avec un grand sourire, que Tonks lui rendit.
-Elane, reprit-elle, Fudge viens de débouler dans mon bureau et m'a hurlé dessus pour savoir si j'avais la traduction du journal du loup-garou, euh…Wilha…, non ce n'est pas ça ?
-Le journal de Wilhelm ?
Elane sortit un dossier d'un tiroir.
-Voici la première partie, qui couvre les années 1890 à 1893. J'ai des problèmes, car il a souvent recours à un vieux dialecte allemand et en plus j'ai un autre texte sur les bras, alors la suite risque d'attendre un peu.
-Pas grave, fit Tonks. Je peux attendre, mais Fudge m'a demandé à la voir rien que pour le plaisir de débarquer en hurlant dans le bureau des Aurores.
Elle sourit à Harriett.
-Si
vous devez parler ensemble, je peux peut-être emmener la
petite boire un peu d'eau, ou quelque chose d'autre et manger
quelques biscuits, proposa-t-elle.
-Pourquoi
pas ? Si ça ne vous dérange pas, s'empressa
Elane d'ajouter à l'intention de Mrs Bennett.
Celle-ci n'y voyait aucun inconvénient. Quand Harriett fut partie, tenant la main de Tonks, Elane proposa une tasse de café à Mrs Bennett.
-Je
ne sais pas exactement pourquoi je suis venue, soupira-t-elle tandis
qu'Elane remplissait deux tasses. Mais j'avais besoin de parler
à quelqu'un.
-Je
comprend, dit-elle en lui tendant une tasse.-Certaines
personnes m'ont regardé d'un air étrange, quand je
suis passée. Savez-vous pourquoi ?
Elane était gênée. Elle ne voulait accabler davantage la veuve, mais elle ne voyait pas comment lui cacher les soupçons qui portaient sur son mari.
-Je crois que je le sais. Certaines personnes…pensent que… votre mari avait voulu passer un pacte avec Voldemort.
Mrs Bennett pâlit encore davantage.
-Non, ce n'est pas possible ! Il n'aurait pas…il n'aurait jamais…
Elane se pencha en avant et prit les mains tremblantes dans les siennes.
-Je sais qu'il ne l'a pas fait. Et vous aussi vous le savez. Il nous faut maintenant en convaincre les autres. Nous essayons de retrouver la personne qui a tender de faire croire cela, et pourquoi. Mais nous avons besoin que vous n'en parliez à personne. Si quelque chose qui vous paraît important vous revient, n'hésitez pas à venir m'en parler.
Poussée par une inspiration subite, elle ajouta.
-Votre mari était dans la Guilde, le saviez-vous ?
Mrs Bennett fit non de la tête.
- Il
y serait entré environ un mois après votre fille.-Il
en avait parlé, mais je ne savais pas qu'il l'avait fait.
Quelque fois, il parlait de choses qui m'étonnaient, mais
je croyais que ma fille ou mon gendre lui en avait parlé, ils
étaient très proches.
- Si
vous vous souvenez de quelque chose de particulier, parlez-en moi,
ou à défaut, parlez-en à Nymphadora Tonks ou
Maugrey Fol Œil.
- D'accord.
Elles finirent leur tasse de café puis Mrs Bennett dit qu'elle devait rentrer et demanda où se trouvait Harriett.
- Je vais vous accompagner au hall, et nous passerons prendre Harriett.
Elle se munit de son sac en bandoulière et de son sac à main, hésita puis ajouta la suite du journal de Wilhelm dans son grand sac et précéda Mrs Bennett le long du chemin vers la salle où elle avait parlé à Kingsley, il y a trois jours. Trois jours déjà, trois jours seulement. Elle avait l'impression que beaucoup plus de temps s'était écoulé depuis.
En entrant dans la salle, elles entendirent deux rires. Tonks et Harriett étaient assises sur le tapis. Elane s'arrêta un instant pour les observer, fascinée. La connivence et l'entente entre elles étaient extraordinaires, alors qu'elles n'avaient pas passé beaucoup de temps ensemble. Mrs Bennett récupéra sa petite-fille, remercia Elane et Tonks puis se dirigea vers le hall en compagnie d'Elane. Elane se dirigea vers l'une des cheminées réservées au départ. Elle hésita un instant avant de lancer la Poudre de Cheminette dans l'âtre. Elle ne pouvait se rendre au Square Grimmaurd, les cheminées ministérielles étant surveillées. Où aller ? Poudlard ? Le Chemin de Traverse, puis le Square à partir de « Weasley, Farces pour sorciers facétieux » ?
Finalement elle lança une poignée de poudre dans le feu et annonça « Maison d'Alastor Maugrey, dit Fol Œil ». Lorsqu'elle réapparut dans son salon, il était à nouveau penché sur un chaudron.
- Bonjour, tu arrives juste à temps pour m'aider à embouteiller tout ce chaudron, fit-il.
Elane lança sacs et cape sur le canapé et s'approcha du plan de travail. Pendant un quart d'heure, ils travaillèrent en silence. Ils l'avaient si souvent ensemble que la plupart des échanges de paroles étaient devenus superflus. Lorsqu'elle eut enfoncé le dernier bouchon sur la dernière fiole, Maugrey s'épongea le front et dit :
-Je suppose que tu n'es pas venue uniquement pour me prêter main-forte.
Elane reconnut que non et lui relata les différents entretiens de la matinée.
-Le responsable de l'agression sur les Londubats ? Lucius Malfoy ? répéta-t-il, perplexe.
Pas plus qu'elle, il ne voyait le lien entre ces deux événements.
- Tu connais tous les noms des responsables, non ?
C'était plus une affirmation qu'une question. Le visage de Maugrey s'assombrit.
- Et pour cause, c'est moi qui les ai tous arrêtés.
Elane s'assit à côté de lui sur le canapé, attendant que Maugrey se remette à parler. Ce qui ne tarda pas. Son visage était sombre, mais également triste. Il parlait les yeux baissés, penché en avant, les mains croisées.
- Jamais je n'avais autant eu envie de capturer quelqu'un, je crois. J'avais été l'instructeur de Frank, et j'avais suivi de près la formation d'Alice. Tous deux étaient bons, très bons même. Et ils étaient très aimés. Tous les membres du bureau des Aurores étaient sur les dents, tu peux me croire. Certains passèrent des nuits là-bas, en attendant que des renseignements arrivent…. Dès qu'ils avaient du nouveau ils joignaient tous les Aurores mis sur l'affaire, moi en particulier. Ils comptaient sur moi pour les attraper… Jamais St Mangouste n'a vu sa salle d'accueil réservée aux visiteurs aussi remplie… Fudge a passé vingt-quatre heures à leur chevet, peut-être le plus beau geste qu'il ait jamais fait… Et dire qu'il ne faisait même pas ça pour ramasser des voix… Enfin bref, il était sous le choc, nous l'étions tous d'ailleurs. Des gens aussi gentils, et comment pouvait-on parvenir à faire ça à d'aussi bons Aurores ?
Maugrey s'arrêta un instant de parler. Quand il reprit, il semblait plus las que jamais.
- Frank et Alice Londubat étaient avec James Potter et Sirius Black les Aurores les plus doués de leur promotion, et probablement de leur génération. On a vu comment tous les quatre ont finis… Et Lily…une médicomage d'exception…
Sa voix devint amère.
- Les deux Potter sont morts, les Londubat sont davantage dans l'au-delà qu'ici, et Sirius… Sirius a passé douze ans à Azkaban, deux ans à se cacher de tous, et un an enfermé dans la maison qu'il détestait le plus au monde… Qui aurait cru ça ?
Il se tut. Elane chercha sa main et la serra. Elle comprenait ce qu'il ressentait. « Qui aurait cru ça ? » Les mots de Maugrey s'imprimèrent dans son esprit. Ils demeurèrent un long moment assis en silence l'un à côté de l'autre. Maugrey se remit à parler.
- Tout ça pour te dire que l'on m'avait remis une liste de dix personnes à capturer, et que ces dix personnes étaient sous les verrous pendant des années, jusqu'à ce qu'elles s'évadent récemment.
- Elles se sont évadées, mais Malfoy est allé en prison, dit lentement Elane. Donc, même si il était responsable de la mort de Jane et Francis Minton, il ne peut pas être responsable de celle de John Bennett.
- Peut-être avait-il pris des précautions, suggéra Maugrey. Peut-être avait-il demandé à quelqu'un de s'occuper de John Bennett au cas où lui-même irait en prison.
Elane fut soulagée de voir Maugrey redevenir lui-même.
- Ce qui nous amène à ce que je voulais dire, poursuivit-elle. Quelqu'un d'autre est au courant. Et apparemment, ce quelqu'un est aussi dangereux que Lucius Malfoy.
Elle devança les protestations de Maugrey.
- Ou que la personne, quelle qu'elle soit.
Elle se leva et se mit à arpenter le salon.
-Peut-être que c'est l'autre personne au courant qui a agit les deux fois, sur les ordres de Malfoy ou de quelqu'un d'autre. Quelqu'un s'est occupé de Jane et Francis Minton à leur retour de Cornouailles et….
Elle s'interrompit soudain.
- Mais bien sûr ! C'était évident !
- Si tu vois une quelconque évidence là-dedans, dis le moi, fit Maugrey d'un ton légèrement sarcastique.
- Bennett est mort en Cornouailles, et d'où revenaient les Mintons ? De Cornouailles ! Les deux fois, ils ont été attirés là-bas ! On peut donc conclure qu'ils suivaient la même piste.
Maugrey commençait à voir où elle voulait en venir.
- Attends une minute.
Il se leva à son tour et se dirigea vers la bibliothèque, d'où il sortit un dossier.
- J'ai là la liste des habitations de ceux qui ont été à un moment où à un autre mêlés à Voldemort. Et je crois que les Malfoy possèdent une charmante demeure au bord de la mer, dans le sud-ouest de l'Angleterre… voilà, c'est là.
Il agita une feuille.
- La résidence principale de Lucius Malfoy est un manoir en Cornouailles. Qu'est ce que tu dis de ça ?
- Que soit il s'agit d'une pure coïncidence, soit il a réellement quelque chose à voir avec tout ça. Dans tous les cas, il faut mettre tout le monde au courant, et surtout Dumbledore.
Maugrey jeta un coup d'œil à l'horloge, héritage d'une vieille tante acariâtre. Il était quatorze heures passées.
- Tu ferais bien de retourner chez Sir… au Square Grimmaurd. A cette heure-ci, pas mal de monde doit s'y trouver pour manger. Et d'ailleurs je crois savoir que la tribu des rouquins Weasley vient d'y prendre ses quartiers d'été, non ?
Elane réprima un sourire. Elle savait que Maugrey gardait un souvenir très vivace de la guerre qu'il avait dû mener l'été précédent contre les fausses baguettes magiques et les Oreilles à rallonge. Il avait acquis un grand respect pour tous les articles provenant de chez « Weasley, Farces pour sorciers facétieux ».
-Ils sont normalement arrivés ce matin à dix heures, confirma-t-elle.
Elle remit sa cape, récupéra son sac à main et le sac contenant la suite du journal du loup-garou Wilhelm, ainsi que ses traductions. Maugrey la regarda faire, appuyé au dossier du canapé.
-Tu n'oublieras pas de passer voir Dumbledore ? demanda-t-il.
- Bien sûr que non, dit-elle, surprise. Je peux utiliser ta cheminée ?
Il acquiesça.
-Au revoir, ajouta-t-il.
Elane s'empara d'une poignée de Poudre de Cheminette et la lança dans le feu en disant « 12, Square Grimmaurd ». Resté seul, Maugrey soupira.
-Albus, Albus, j'espère seulement que tu sais ce que tu fais…
Je me suis donné beaucoup de mal pour écrire le chapitre qui va suivre celui-ci, alors vous pourriez laisser une remarque, ça me rappelerait pourquoi j'ai dû livrer une si grosse bataille contre mon ordinateur. ( Rappel : pour les reviews c'est le bouton en bas à gauche!)
Thealie : C'est Harry qui va peindre ? Ce serait amusant ! Entre autres ! Mais beaucoup de gens seront mis à contribution, ça risque d'être amusant… Tu aurais imaginé Maugrey muni d'un pinceau ? Tout le monde va venir d'après ce que je lis. Ça va faire du monde ! Vingt personnes environ ! Alors, attends, je compte… Harry, les deux cousins Szpilmann, les Weasley…Environ quatorze personnes, plus ceux qui vont et viennent… Tu n'es pas loin du compte ! Heureusement que les Black avaient une grande maison ! Je pars du 4 au 18 août en voyage. Je ne pourrais pas reviewer durant cette période et les deux-trois jours après. Ça va me manquer ! Mais bon voyage quand même ! Et les autres n'ont qu'à se mettre aussi un peu à leur clavier, ça leur fera du bien !
Thalia : Merci pour ta review ! Tu as raison, c'était bref, clair, et j'étais très contente de la lire !
