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11. Juste une dernière question
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Ce n'était pas simple. Absolument rien n'était jamais simple lorsque les termes Dean Winchester et émotions étaient employés ensemble. Ce n'était pas simple. Ce n'était pas merveilleux. Ce n'était pas génial. Mais c'était mieux.
Que ce soit juste une main se posant sur l'épaule de l'ange, glissant jusque vers sa main pour la serrer une seconde lors d'une chasse, ou un baiser sur la tempe lorsqu'il s'éclipsait d'une pièce, Dean faisait de son mieux pour ne plus retenir ses petits gestes qu'il avait envie de donner. S'il voulait s'approcher de Castiel lors des explications de Sam, il ne s'en empêchait pas. Il se laisser aller à utiliser l'ange comme coussin lorsqu'ils regardaient un film ensemble, sans avoir peur que celui-ci entende les battements trop rapides de son cœur.
En réalité, s'il devait être honnête, Dean avouerait que rien n'avait réellement changé. Ce n'était pas la première fois qu'il faisait ces gestes, qu'il embrassait l'ange, qu'il lui prenait la main, qu'il était doux ou même affectueusement niais avec lui. Mais c'était sa façon d'appréhender la situation qui changeait. Il laissait Charlie et Sam voir ces gestes, d'une part, mais ça ne comptait pas vraiment puisque Sam n'était pas censé être au courant depuis si longtemps que ça. Mais il combattait surtout son réflexe de s'enfuir et de ne pas trop s'impliquer. Il laissait les choses prendre le dessus sur lui, ignorant la peur qui lui vrillait le ventre.
Evidemment, il y avait encore des fois où ses vieilles habitudes reprenaient le dessus, comme lorsqu'il avait le regard plongé dans celui de Castiel, un matin, dans la cuisine et avait reculer comme brûlé lorsque Charlie était entrée dans la pièce. Il avait fait plusieurs pas en arrière, les joues couleur tomate, avant que la jeune fille ne soupire et s'exclame, « Mec, je suis au courant ! »
Sam et Charlie leur venaient en aide comme ils pouvaient. Majoritairement en essayant de ne pas trop bousculer l'ainé pour qu'il ne parte pas se cacher dans ses retranchements. Une fois, le cadet était arrivé alors que les deux s'embrassaient passionnément, l'ange à moitié allongé sur la table de la bibliothèque, et il avait simplement fait demi-tour le plus silencieusement possible, se retenant de leur rappeler qu'ils mangeaient à cette table un jour sur deux.
Castiel demeurait patient devant les maladresses de son compagnon. Même l'ange le plus naïf du paradis ne l'était pas assez pour croire que Dean allait pouvoir renoncer à des années de refoulement émotionnel si soudainement. Il s'était fermement accroché à ces réflexes durant les derniers mois et le chasseur faisait certainement partie des personnes ayant le plus de mal à briser leurs habitudes. Et surtout, il voyait comme Dean combattait la peur qui s'immisçait dans son âme, le voyait douter parfois que ce soit une bonne solution, le voyait s'en vouloir de se sentir comme ça, et il voyait aussi son âme briller si fort de tout l'amour qu'il n'essayait plus de réprimer. Castiel pouvait patienter, il avait tout le temps du monde.
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Tout avait été si soudain. C'était une minuscule étincelle qui avait démarré un feu de forêt. Ils étaient juste assis dans la cuisine du bunker, Castiel lisait un livre, même pas un livre de recherche, juste un roman, le regard calme et concentré passant rapidement sur les mots et les lignes, ses doigts saisissant inconsciemment la page pour la tourner au plus vite et interrompre sa lecture le moins longtemps possible. Et Dean, lui, était censé déjeuner mais son café était froid, ses mains immobiles tenaient la tasse alors qu'il regardait son ange, le dévisageant, incapable de détourner les yeux.
Son regard se promenait sur chaque parcelle de son visage, absorbant l'expression qu'il y trouvait. Il se demandait si les yeux trop bleus voyaient réellement les mots, ou si les images qu'ils lisaient se transposaient sur leurs rétines et les faisaient voyager là où le roman voulait les emporter. Ses sourcils se fronçaient parfois, ses lèvres s'entre-ouvraient et se plissaient. Dean savait qu'en ce moment, ils ne partageaient pas la même réalité, que c'était comme regarder quelqu'un qui dormait. Et Castiel semblait si paisible une fois endormi. Il n'avait jamais eu la chance d'observer son ange lorsqu'il dormait, celui-ci se réveillant toujours avant lui, s'il s'endormait tout court. Il se sentait privilégié de pouvoir être en sa présence alors que sa garde était abaissée, et d'observer le spectacle à couper le souffle qu'il était dans la plus grande discrétion.
Peut-être Castiel sentit-il son regard, ou bien il y avait une interruption dans l'histoire qu'il lisait, car il releva les yeux sur lui. C'était si soudain que Dean faillit sursauter. Il l'aurait certainement fait si les saphirs ne l'avaient pas cloué sur place. Il y avait certainement quelque chose d'idiot là-dedans, mais il sentit chaque muscle de son corps se détendre alors qu'il plongeait son regard dans celui de son ange. Une paix sans nom l'envahit, se faufilant dans chaque cellule de son être et y prenant place comme si son ADN avait tout simplement toujours contenu un espace vide destiné à l'accueillir. La sensation de douceur, de paix, de chaleur, embrouilla son cerveau, comme un doux brouillard matinal, comme un nuage de drogue qui endort les sens et réveille les émotions, comme ce sentiment d'être enfin chez soi après un long voyage. Le long voyage de toute une vie.
Et Dean sourit, pas largement, pas de toutes ses dents, juste un minime changement dans la commissure de ses lèvres, un éclat de joie qui ne passe réellement que par le regard. Un bonheur communicatif qui se reflète sur le visage de la personne avec laquelle vous le partagez. Vous n'êtes pas sûr d'à quel point elle ressent la même chose que vous et vous seriez prêt à lui offrir un bout de ce sentiment, mais vous avez trop peur de l'abimer, alors vous le garder intact, égoïstement rien que pour vous.
Ils joignirent leurs mains sur la table, le contact électrique mais doux. Un courant chatouilla sa peau, naissant du bout de ses doigts et causant des tremblements de terre sur le reste de sa main, de son poignet et de son bras alors qu'il s'y propageait en vague. Le temps s'était arrêté, ou peut-être qu'il continuait mais cela n'avait aucune importance, car eux deux, ensemble et seul, à cet instant, ils défiaient le temps et le rythme du monde, ils leur riaient au nez en les oubliant.
A travers le brouillard, les battements de son cœur lui parvinrent, rapides, et il prit une grande inspiration pour les calmer. L'air autour de lui semblait pur, mais lourd, et n'apporta pas d'aide à ses poumons. Son souffle était coupé face à l'homme devant lui. L'onde électrique et chaude se propagea dans son corps, laissant des marques brulantes sur son passage, mais lentement ses cicatrices commencèrent à picoter, ses nerfs à vif. Le brouillard se levait, son esprit retrouvant conscience et le monde extérieur était bruyant.
L'amour qu'il éprouvait pour Castiel prenait naissance dans son cœur, dans son esprit, son ventre, sa gorge, et il grossissait. L'air ne passait plus dans sa gorge et son cœur devait redoubler d'effort pour battre d'une force toujours plus accélérée. Son ventre se serrait et se retournait sur lui-même alors que son esprit était incapable de penser et pourtant ne pouvait se taire. Ses sens étaient à vif et tout était trop réel, chaque perception doublée, triplée.
Il regardait toujours son ange et tout était trop. Il l'aimait trop. Ses émotions se déchargeaient dans ses veines et son sang bouillait alors qu'il propageait ce venin dans le reste de son corps. Il eut le besoin vital de sortir de sa peau, de partir d'ici, de disparaitre de la réalité. C'était douloureux, d'aimer si fort. C'était trop puissant. Sa vision se floutait, son ouïe sifflait.
Dean écarta sa main, trop chaud, trop de contact, trop. Il se leva, sa chaise crissant contre le sol et hurlant à ses oreilles. Il vit un éclair de peur dans le regard de l'ange et cela lui donna la nausée. Il ne pouvait pas lui faire du mal, il ne pouvait pas ne pas le faire, il en était incapable, il allait lui briser le cœur, il ne voulait pas le faire, il allait le faire, il se haïssait. Il recula, détourna le regard avant de se détourner physiquement. Il allait s'enfuir, mais ses jambes se bloquèrent alors qu'une once de volonté le retenait. Il tremblait, son corps cherchant à la fois à partir et à rester. Doucement, une main vint se poser sur son bras, puis le retint fermement, Castiel le retenait, l'attirant vers lui et le prenant dans ses bras. Dean serra fort, aussi fort qu'il le pouvait, mais Castiel serra en retour. Et un homme n'est rien contre la force d'un ange.
Un des bras de Castiel était passé dans le bas de son dos et sa deuxième main maintenait sa nuque, la tête de Dean posée sur son épaule. Sa voix murmurait doucement des paroles rassurantes, des promesses que tout irait bien, mais le contact était trop pour l'homme qui n'entendait que son cœur battre contre ses tympans. Ce même cœur qui s'épuisait à se serrer trop fort, à lui donner l'impression qu'il implosait, qui foudroyait son corps du besoin de partir, de courir et de s'échapper. Dean détestait son cœur.
Il ne pouvait pas gérer quelque chose de tel. « Ssshh, » souffla Castiel doucement au creux de son oreille. Dean secoua la tête, il était incapable de parler, incapable de lui communiquer la douleur et la peur qu'il ressentait, incapable de lui parler de la force de ce qu'il ressentait pour lui. « Je sais, » murmura son ange, lisant certainement dans l'âme affolée ce que ses lèvres ne pouvaient pas prononcer.
Puis, il confia, « C'est pareil pour moi. »
Alors, les bras de Dean vinrent l'agripper plus fortement encore, se retenant à lui comme un noyer s'accroche à sa bouée. Parce que s'accrocher trop fort à lui le tuerait peut-être, mais il mourrait aussi s'il ne le faisait pas.
Il enfouit sa tête dans l'épaule de Castiel alors qu'une larme coulait de ses paupières fermées. Ses sentiments embrouillaient ses pensées, parasitaient son esprit. Il voulait s'excuser, pas seulement de réagir ainsi, mais de savoir qu'il faisait subir à son ange la même chose, le même chaos incompréhensible et terrifiant, de savoir que la même force courrait dans son corps et brulait ses veines. Ses doigts de Castiel caressèrent doucement sa nuque, un mouvement répétitif pour le calmer, pour apaiser son âme tourmentée. Et, lentement, sa respiration reprit un rythme normal, les battements de son cœur ralentirent et le besoin de sortir hors de son corps s'estompa.
Il songea au fait que Castiel aurait pu si aisément le calmer, par une paire d'ailes ou une lueur bleutée, et qu'il ne l'avait pas fait. « Merci, » murmura-t-il, sa voix toujours légèrement emprisonnée dans sa gorge. Les lèvres de Castiel frôlèrent la peau de son cou en réponse.
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Dean fixait l'obscurité autour de lui, ne trouvant pas le sommeil. Il avait un bras passé par-dessus l'estomac de son ange alors qu'il était allongé contre lui, sa tête reposant dans le creux entre son épaule et son cou. « Cas ?
- Oui ? » murmura l'ange en réponse, sa tête se tournant vers Dean, pouvant peut-être le voir, ou au moins voir une part de lui dans le noir.
« Je voulais savoir si tu dormais.
- Je n'ai pas besoin de dormir.
- Oui mais … tu dors quand même non?
- Oui, » répondit Castiel, « mais j'attends que tu te sois endormi d'abord.
- Oh, » fit-il en réponse. Il resta silencieux. Castiel ne dit rien non plus pendant quelques instants. Il n'y avait aucun bruit dans le bunker à cette heure tardive et cela faisait plus d'une semaine que tout était calme. Aucune affaire, donc aucune raison de partir. Dean aurait dû se sentir à l'étroit, avoir besoin de sortir du bunker, mais la présence de Castiel semblait l'avoir aimanté à l'intérieur.
« Dean ? » appela finalement Castiel.
« Oui ?
- Pourquoi tu voulais savoir si je dormais ? » demanda-t-il.
Dean resta un court instant silencieux. « Hum … » commença-t-il. « Je … » Il rougit, et même si son ange ne pouvait pas le voir, il enfouit la tête dans son oreiller pour se cacher.
« Dean, arrêtes tu ne peux pas bien respirer comme ça, » lui dit Castiel avec un soupçon d'amusement dans la voix.
Finalement, Dean releva la tête et se tourna vers son ange. Même s'il ne pouvait pas le voir, il fixa un point qu'il pensait pouvoir être ses yeux. « Je voulais te dire que – que je … hum. » Il se tut à nouveau, sa voix semblant résonner autour d'eux dans la nuit. Il se mordit la lèvre. Castiel ne dit rien, attendant simplement. Puis les yeux émeraude se fermèrent avec agacement et il soupira, « Je suis pathétique. »
Castiel rit doucement et se pencha pour déposer un baiser sur sa tempe. « Moi aussi Dean. Moi aussi. » Et Dean savait qu'il ne disait pas ça en rapport avec le pathétique.
Il y eut de nouveau un silence, puis Dean demanda, « Cas, qu'est-ce que ça fait d'être un ange ? »
Castiel ne dit rien pendant plusieurs secondes, semblant se demander quoi donner comme réponse. Puis, il prit une grande inspiration avant de lister. « Je peux entendre les insectes bouger dans la terre qui entoure le bunker. Je peux sentir d'ici les rayons de soleil qui heurtent la Terre même s'ils se sont d'abord répercutés sur la Lune. Je peux entendre la respiration et les battements de cœur de chaque personne dans le bunker. Je peux sentir l'odeur du café que Charlie a déjà préparé pour demain matin. Je peux distinguer chaque atome qui compose cette odeur, comme je le peux pour tout ce que je goute. Lorsque tu sens une tarte aux pommes, je sens chaque ingrédient indépendamment, je sens chaque étape de sa transformation, depuis la première poussière qui l'a composé. Comme je sens chaque atome qui compose quelque chose que je touche. Je voie et ressens chaque détail de chaque chose à chaque instant. »
Dean resta silencieux un instant. Même lorsque l'ange eut fini de parler, le ton solennel de sa voix avait bercé l'homme dans une sorte de transe, et il n'était pas sûr d'avoir le droit de la briser.
« Et ce n'est pas ... gênant ? » demanda-t-il finalement.
Mais Castiel ne comprit pas, « Comment ça ?
- Eh bien, tu dis que quand tu goutes quelque chose, tu sens chacun des atomes qui le composent, individuellement. Et je sais que tu as un jour dis que tu n'aimais pas ça, que tu préférais la nourriture lorsque tu étais … humain. Alors quand – quand je t'embrasse … ça doit être la même chose. Non ? » Il rougit à nouveau et se réjouit d'être dans le noir, car Castiel ne pouvait pas le voir. Il oublia consciencieusement le fait que son compagnon pouvait voir sa gêne de son âme.
« Non, » répondit finalement Castiel.
« Pourquoi?
- Parce que … » Il sembla hésiter sur le terme. « Tu brouilles tout. »
Dean resta ébahi quelques secondes. « Je – je quoi ?
- Tu brouilles mes sens, » expliqua Castiel. « Je suis incapable de discerner chaque atome, ou même de les voir, ou de les sentir, quand tu es là, près de moi. Tu brouilles tout … c'est – c'est étrange. »
Dean ne sut pas quoi répondre à ça. Il se mordit la lèvre, son cœur battait trop vite, battait dans ses tympans et l'essoufflait alors qu'il ne bougeait même pas.
« Dean ?
- Oui ? » demanda-t-il, mais Castiel resta silencieux. Dean attendit que son cœur se calme un peu, que ses pensées cessent d'être aussi agiter pour dire, « Je suis désolé de brouiller tes sens.
- Ne le sois pas, » répondit doucement son compagnon. Puis, il ajouta, « C'est plutôt agréable. Le monde devient silencieux. Calme.
- Comme – hum – comme là, maintenant ?
- Eh bien, » confia Castiel, « j'entends les insectes à l'extérieur du bunker, et je suis conscient de la lumière qui passe sous la porte depuis le couloir, et je – »
Dean le coupa en l'embrassant. « Et maintenant ? » demanda-t-il.
Castiel rit doucement. « C'est un jeu ? »
Dean se rapprocha plus près de lui, refermant ses bras autour de lui dans une étreinte plus serrée. « Peut-être, » répondit-il.
Dans le noir, Dean pouvait le sentir sourire. « Alors gagne le, s'il te plaît. »
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Castiel aurait déjà dû partir depuis une heure. Charlie lui avait demandé de la rejoindre sur une affaire, elle n'arrivait pas à trouver le contre sort et ils n'étaient pas arrivés à l'aider à distance. Comme les deux frères devaient partir sur une autre chasse, c'était à l'ange qu'était revenu la tâche d'aller l'aider. Mais il avait dû dire au revoir à Dean et le baiser s'était éternisé, et l'un avait tiré le t-shirt de l'autre qui l'avait alors retiré. Cela faisait une heure que Castiel aurait dû partir.
Il recherchait donc ses affaires, alors que Dean appréciait la vue de son amant aux cheveux ébouriffés, à moitié vêtu se penchant et se redressant à la recherche du reste de ses affaires. Il se mordit la lèvre inférieure pendant qu'il le regardait sans aucune gêne.
Alors que Castiel s'apprêtait à sortir sans bruit, Dean l'intercepta. « Je t'aime. »
L'ange s'immobilisa instantanément, se retournant vers celui qui venait de parler, un sourire illuminant son visage, de la pure tendresse dans ses yeux. « Mais tu le savais déjà, non ? » ajouta Dean, incapable de ne pas sourire à son tour.
« Mais je le savais déjà, » acquiesça Castiel. Et soudainement, il ne voulait plus quitter la pièce, c'était comme si le sortilège qui envoutait Dean allait disparaitre dès qu'il franchirait la porte. Un sortilège qui n'existait pas. Un sortilège qui n'avait vraiment rien à voir avec deux grandes ailes noires.
Et lorsqu'il partit finalement, parce qu'il devait partir, parce que si le temps s'arrêtait pour lui, pour eux, il ne s'arrêtait pas pour le reste du monde ; lorsqu'il partit finalement, Dean réalisa que Charlie avait raison et que le dire ne rendait vraiment rien différent. Le dire ne changeait pas ce qu'il ressentait. Le dire ne changeait pas ce que Castiel ressentait pour lui. Cela ne changeait pas le fait qu'ils se retrouveraient dans un baiser – et certainement plus – lorsqu'ils rentreraient d'une chasse. Cela ne changeait pas l'état dans lequel son cœur serait si quelque chose arrivait à son ange. Mais cela faisait sourire Castiel, un sourire juste un peu plus doux, un peu plus grand. Le dire lui fit comprendre que peut-être, il était réellement capable d'apprendre.
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« Hey, les gars, j'ai trouvé un truc, » annonça Charlie sans relever les yeux de son ordinateur. Les deux frères se tournèrent vers elle. Elle avait inventé un programme informatique qui repérait les informations bizarres pouvant mener à des enquêtes, c'était assez large pour qu'ils ne manquent rien et aient donc toujours à faire le tri, mais ça leur faisait déjà gagner beaucoup de temps. « Beaver Falls, Pennsylvanie. Il y a eu trois personnes dévorées et la personne accusée d'avoir commis tout ça affirme être un loup garou. J'ai vérifié les dates des meurtres, ils ont tous eu lieu lors d'une pleine lune.
- Quand est la prochaine ? » demanda Sam.
Charlie regarda le calendrier. « Dans deux semaines.
- On a le temps alors, » intervint Dean et les deux autres levèrent des yeux surpris vers lui. Il ne détourna pas les yeux du journal qu'il était en train de lire.
« Euh … ouais, » dit Charlie septique. « Mais autant avoir le plus de temps possible pour préparer le coup si c'est pas juste un taré.
- Je pense, aussi, » la soutint Sam.
Dean se leva, évitant toujours soigneusement de croiser leur regard. « Pas aujourd'hui, » répondit-il seulement. Les deux autres le regardèrent sans comprendre, leur regard en point d'interrogation l'incitant à continuer. « J'ai un truc de prévu, » s'excusa-t-il avant de simplement quitter la pièce.
« Il est sérieux ? » pu-t-il néanmoins entendre Charlie demander avant qu'il ne quitte la pièce.
Il se dirigea jusque la chambre de Castiel et frappa deux coups contre celle-ci. Un entrez légèrement grognon lui répondit. Il entra, sourcils froncés, pour voir Castiel assis sur son lit avec un livre à la main, le regardant comme si celui-ci l'avait personnellement insulté. « Ca va ? » demanda-t-il.
Castiel releva la tête vers lui et son regard s'adoucit aussitôt. « Bonjour Dean.
- Salut, » répondit-il en venant s'assoir à côté de lui. « Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Je pensais qu'en lisant réellement ce livre je le comprendrais mieux, mais je le trouve toujours aussi illogique. » Il regardait à nouveau le livre en fronçant les sourcils. Puis, il releva les yeux vers Dean, plus détendu. « Tu voulais quelque chose ?
- Prends tes affaires, je t'emmène faire un tour, » dit-il, sourire aux lèvres. L'ange le regarda sans comprendre. « Fais-moi confiance, » ajouta-t-il. Une lueur complice brilla dans les yeux de l'ange, car même si cela faisait un moment qu'ils avaient décidé de se faire confiance, cela sonnait toujours comme un défi.
« D'accord, » répondit l'ange en se penchant pour l'embrasser rapidement. Il posa ensuite le livre et prit son trench-coat qu'il avait laissé trainer sur une chaise. Dean se leva, puis ensemble ils se dirigèrent jusqu'au garage, prirent l'Impala et quittèrent le bunker.
« Charlie et Sam savent que nous partons ? » demanda Castiel lorsque la voiture s'aventura dans le chemin de terre qui menait au bunker.
« Ils comprendront vite, » répondit Dean. Castiel fronça les sourcils en fixant avec insistance le profil de son compagnon. Ce dernier soupira. « Je n'avais aucune idée de comment leur dire, alors j'ai trouvé ça plus simple. » Il se tut un instant. « Et j'avais pas envie de voir Charlie sautiller dans tous les sens.
- Où allons-nous ?
- C'est une surprise.
- Pourquoi ? » demanda Castiel et un sourire vint sublimer les lèvres de Dean.
Il lui jeta un rapide regard avant de se reconcentrer sur la route. « J'arrive pas à croire que ce soit moi qui est retenu ça, » avoua-t-il amusé.
Castiel fronça encore plus les sourcils. « Dean, de quoi parles-tu ?
- Aujourd'hui, ça fait exactement un an que je t'ai embrassé pour la première fois, » expliqua-t-il. Dès que les mots eurent quitté ses lèvres, il ressentit un besoin vital de les reprendre. Il prit une grande inspiration pour faire fuir la gêne qui menaçait de prendre trop d'espace dans sa gorge et ajouta, « Les humains aiment fêter ce genre de choses.
- Un anniversaire, » intervint Castiel comme pour l'aider et Dean acquiesça. Il lui jeta un rapide regard et croisa celui plein d'affection de son ange, illuminé par le sourire sur ses lèvres. « C'est une bonne idée, » le conforta-t-il.
Castiel finit par envoyer un message à Charlie pour les prévenir qu'ils étaient partis, elle leur demanda où mais il ne répondit pas, il n'en avait aucune idée et Dean refusait de répondre, un sourire narquois aux lèvres.
Cela faisait deux semaines que Dean se demandait s'il devait ou non faire quelque chose pour ce jour-là et si oui, quoi. Il avait pensé retourner là où tout avait commencé, mais une chambre de motel lugubre ne ressemblait pas à une bonne idée. Il avait ensuite pris le tout au pied de la lettre et avait pensé retourner à la grande perdue dans laquelle il avait vu Castiel pour la première fois ; ce qui n'était définitivement pas un bon choix non plus. Il serait mal à l'aise dans n'importe quel restaurant, ou n'importe quel lieu qui impliquerait un rendez-vous galant entre eux et il ne voulait pas rendre Castiel triste à cause de sa constipation émotionnelle aujourd'hui. Là où il l'amenait, ce n'était nulle part de spécial, c'était simple, et il avait peur de le décevoir.
« Dean, est-ce que tout va bien ? » demanda Castiel soucieux, remarquant certainement le trouble de son partenaire.
Il prit une grande inspiration avant d'expirer tout l'air de ses poumons. Puis il eut un léger rire nerveux en secouant la tête. « C'est stupide, » dit-il. Castiel ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais la referma. « T'allais me dire que t'as l'habitude, hein ? » ajouta-t-il en se tournant une seconde vers son ange pour voir le regard légèrement coupable de celui-ci alors qu'il haussait une épaule. Dean rit avant de reprendre. « J'espère juste que tu ne seras pas déçu.
- Comment est-ce que je pourrais l'être ?
- C'est juste que … t'attends pas à – je sais pas – pas à un truc énorme ou –
- Dean, je comprends à peine le concept de fêter un anniversaire, alors ne t'en fais pas, » le rassura Castiel et l'autre hocha la tête.
Il tourna à un embranchement et ralentit en se dirigeant vers un parking. « C'est là, » informa-t-il. Castiel regarda par la fenêtre et vue un panneau indiquant Clinton State Park. Une immense prairie d'herbe verte, entrecoupée irrégulièrement d'arbres aux feuilles brunies par l'automne, s'étalait jusqu'à un large lac d'eau claire. Le ciel était dégagé et le soleil, encore haut dans le celui-ci, faisait miroiter l'eau. Ils descendirent tous deux de la voiture et commencèrent à marcher. Castiel savait qu'il avait déjà vu ou entendu le nom de ce parc quelque part et il se souvint subitement d'où ; le lac se situait juste en bordure de Lawrence.
Les deux hommes marchèrent jusqu'au bord du lac et Dean lui prit la main, entrelaçant leurs doigts. Ils longèrent sans vraiment parler le lac, marchant sur un chemin de terre encadré de chaque côté par des herbes hautes jaunissantes avec la saison. Ils avaient l'impression d'être coupés du monde, seuls avec le bruit du vent et le clapotis de l'eau. Le soleil les réchauffait presque chaleureusement et Castiel avait l'étrange impression qu'il était ici chez lui, comme s'il ne devait plus jamais partir, comme s'il avait été fait pour se tenir en cet endroit précis. A voix basse, il dit tout ça à Dean et celui-ci sourit. « J'espérais que tu ressentes ça, » lui dit-il. « C'est l'effet de tes ailes sur moi. »
Castiel tira doucement sur sa main pour qu'il arrête de marcher et prit son visage en coupe pour l'embrasser. Dean entoura ses bras autour de lui, serrant son ange fort contre lui. Lorsqu'il rompit le baiser, Castiel enfouit son visage dans le cou de Dean, ne voulant pas s'écarter de lui. « Cas ? » appela-t-il doucement.
L'interpelé releva la tête, s'écartant légèrement pour pouvoir regarder son compagnon dans les yeux. « Est-ce que tu te souviens de la première fois que tu m'as dit que tu m'aimais ? » Castiel ne put s'empêcher de se raidir légèrement. Comment oublier ça ? Une part de lui avait regretté ses mots au moment où il les avait prononcés, l'autre part, elle, savait qu'ils devaient de toute façon en passer par là.
Il hocha la tête. « Est-ce que tu te souviens de ce que je t'avais dit avant ? » demanda-t-il. Les yeux de Castiel l'observèrent avec une certaine réticence.
« Quelle partie ? » Il ne voulait pas parler de ce moment. Il se sentait si bien en cet endroit, en cet instant, avec Dean contre lui, avec tout si simple et si parfait. Il ne voulait vraiment pas gâcher ce moment en pensant au début de toutes les horreurs qu'ils s'étaient dit.
« Je t'avais demandé de m'épouser, » lui rappela Dean.
Castiel attendit quelques instants, se remémorant la réplique de son compagnon et attendant que celui-ci termine. Mais Dean s'arrêta là. « Ironiquement, » précisa l'ange.
« Et tu ne m'as jamais répondu, » ajouta le chasseur. L'autre le regarda perdu, ne sachant pas s'il plaisantait, ne comprenant pas où il voulait en venir. Dean soupira et posa son front contre le sien, les paupières closes. Castiel garda les yeux grands ouverts, dévisageant, comme il le pouvait à cette distance, son compagnon avec confusion. « Okay, » murmura l'homme pour lui-même.
Il se redressa et regarda son ange dans les yeux avec une détermination nouvelle. « Je sais que je suis un abruti. Et que j'avais dit ça pour – pour t'énerver ou peu importe, mais … j'en ai marre d'être un idiot, et j'ai peur de refaire l'idiot, et tu me connais assez pour savoir que je risque de le refaire.
- Dean –
- Non, laisse-moi finir, s'il te plait. Je suis un imbécile. Et pour une raison que je ne comprends pas, tu continues d'être prêt à m'offrir une seconde chance. » Il marqua une pause, sa voix changeant légèrement lorsqu'il reprit la parole. « Je compte pas passer un seul des jours qu'il me reste sans toi. Alors, cette fois, sans jouer les abruti … Castiel, est-ce que tu veux m'épouser ? »
Les herbes hautes bruissèrent sous la brise et l'eau se heurta sans mal contre les cailloux de la rive. Castiel regarda Dean, les lèvres entre-ouvertes, essayant de comprendre, essayant de savoir quoi dire. Comme tout début de feu, ce fut d'abord lent, une minuscule flamme, presque invisible, presque oubliable, mais lentement, elle grandit, et soudainement, sans prévenir, sans rien dire, elle embrasait tout autour d'elle et on ne voyait plus que le brasier. C'est ce qui était arrivé à l'âme de Dean, pendant que Castiel gardait le silence, envahie par les feux du doute et de la peur. L'ange fut terrifié de le voir partir en cendre, alors il prit le visage du chasseur en coupe et l'embrassa, laissant ses lèvres éteindre les flammes.
Lorsqu'il s'écarta, le feu avait à nouveau repris la taille d'une minuscule bougie perdue en pleine journée. Dean le regardait, expectatif, se mordant inconsciemment la lèvre inférieure en le fixant. « Cas, faut que tu me répondes un truc, alors fous en moi une si tu veux mais fais quelque chose. »
L'ange rit légèrement mais son compagnon se refusait encore à sourire. « Je ne sais pas vraiment ce que ça implique, » commença-t-il, « mais d'accord. Oui.
- Oh, bordel, merci, » souffla Dean avant d'attirer l'ange vers lui pour l'embrasser. Ils souriaient tous deux largement.
Après quelques instants, Castiel s'écarta. « Dean, qu'est-ce que ça implique ? » demanda-t-il, les sourcils froncés. Le sourire de son fiancé s'élargit encore.
« Que je pourrais plus m'enfuir. En dehors de ça … j'en ai aucune idée, » avoua-t-il. « Tu veux le découvrir ?
- Evidemment. »
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