Chapitre 10 : Celui qui fut laissé derrière.
La nuit passa bien vite et le jour ne tarda pas à montrer le bout de son nez. Les levés de soleil qui d'ordinaires étaient très beaux le devenaient encore plus ici, sur cette ile où les bulles irisées aux sept couleurs de l'arc en ciel renvoyaient leurs éclats un peu partout sur l'île. Il était presque 5 heures et on entendait au loin quelques bruits d'animation, signe que l'île se réveillait.
L'hibisquis hôtel était un de ces hôtels privilégiés doté d'une plage privée et d'une vue imprenable sur la mer. La nuit était à cent mille béryls et le luxe des lieux les valaient.
Comme à son habitude, Sergio arriva un bon quart d'heure en avance, car il était très ponctuel. Il décida de s'asseoir tranquillement sur un banc, dans le square en attendant Emiliae.
Dix minutes passèrent, puis quinze, puis vingt, puis trente et toujours aucune trace de sa cousine. Il n'aimait pas ça. Soudain, il crut qu'il lui était arrivé quelque chose en chemin, puis il se fit des films catastrophe dans la tête. Il paniqua.
Et finalement, une heure plus tard…
-Emiliae !
Cette dernière arrivait tranquillement, les mains dans les poches, seule.
-Sergio. Eh bien, quelle mine. En quinze ans j'en aurai eu du mal à te reconnaitre.
-Tu étais en retard, j'ai cru qu'il t'était arrivé quelque chose de grave ! fit il inquiet
-Ah ! Non, c'est mon réveil qui a oublié de sonner.
-…
-…
-Je vois. Fit alors Sergio en riant légèrement. Mal à l'aise
Il allait même jusqu'à se demander si cette dernière ne l'avait pas fait exprès… Soudain, il vit sa mine légèrement souriante devenir particulièrement sinistre. Il se fit plaquer contre un arbre, une lame sous la gorge et le regard polaire de cette dernière capable du pire.
-Où sont Il Doctore et Brighella ? Si jamais il s'avère que tu aies touché à un seul de leur cheveux… Je vais te…
-Ils seront relâchés, après notre il avec difficulté. Elle retira sa lame de sous sa gorge et ce dernier se mit à sortir sa tirade. Elle leva les yeux au ciel et se les massa, car elle n'arrivait pas à se concentrer de si bon matin. Emiliae, ça faisait tellement longtemps ! Eh bien, tu ne réponds pas ? Mais ! Nous sommes amis n'est ce pas ? Rappelles toi ! Tous ces bons moments qu'on a passés à Dressrosa ! Toutes ces choses qu'on a vécues ensemble ! Et tu me laisses derrière, tout seul avec ces monstres alors que tous les autres sont avec toi ? Franz, Flora et même ma sœur Antonella ! Je suis tout seul Emiliae ! Tout seul ! Qu'ai-je fait pour être abandonné, laissé pour compte ? Eh bien, parle ! Mais parle !
-…
-Je vois… En fait, tu n'en avais rien à faire de moi, et ce depuis le début. Tu me blesses Emiliae, tu me blesses !
Cette dernière ne disait rien, à l'écart. Ce mélo la saoulait. Avec le temps elle avait espéré qu'il soit devenu un peu plus fort, mais en fait il restait le même chouinard qu'à l'époque… Pitoyable.
-Et les autres ? Ils vont bien au moins ? Comprends-moi, ça va faire au moins dix ans que je n'ai pas eu de nouvelles !
-Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, dira t'on.
-Mais euh ! fit ce dernier en serrant les poings.
-Ca va… C'est pas la joie, mais ça va. La santé de Franz ne s'arrange pas avec toutes les cigarettes qu'il fume, ta sœur Antonella n'arrête pas d'essayer de persécuter tous ceux qui ne lui plaisent pas et Flora… Disons qu'un peu avant mon départ il y a deux ans, on s'est un peu disputées. Du coup, elle est restée à Belladonna.
Sergio regardait Emiliae sans comprendre. Elle, se disputer avec Flora ? Impossible. Il connaissait très bien son amie, il savait qu'elle était gentille et aimante, et qu'elle n'aimait pas créer inutilement des problèmes. Que se passait il donc là-bas ? Il mourrait d'envie de le savoir !
-Emmènes moi avec toi !
-Hein ? Fit cette dernière sans comprendre.
-Emmènes moi ! Je n'en peux plus des Cornelli, du règne tyrannique de ton frère Lorenzo. J'étouffe !
-Il n'en est pas question !
Sergio recula de quelques pas, choqué. Il ne comprenait pas. Mais pourquoi s'obstinait elle à ne pas vouloir de lui, qu'avait il fait pour mériter une chose pareille ?
-Mais …
-Moi aussi, figures toi, j'ai des personnes auxquelles je tiens. Et tant qu'il existera, elles ne seront en sécurité nulle part.
-Attends un instant, quand tu dis « il », tu penses à …
-Je t'interdis de prononcer son nom ! s'écria elle alors froidement. Tant qu'il sera là, rien ne changera chez les Cornelli, tout restera en suspend et leurs morts ne serviront à rien.
-Tu es folle Emiliae. Après toutes ces années, tu crois encore que le clan peut changer… Mais un jour tu te rendras toi-même à l'évidence… Les jours du clan sont comptés et celle qui finira par annoncer leur trépas, ce sera toi.
Après ces mots, il partit de son côté malgré les cris de cette dernière, malgré les menaces… Mais néanmoins sur d'une chose : tant qu'Emiliae avait besoin d'yeux et d'oreilles sur ce qui se passait à Dressrosa, lui il ne serait jamais libre de partir. Il prit son escargotphone et appela donatello :
-C'est bon, tu peux les libérer.
-Alors tu es toujours en vie, railla ce dernier. Surprenant.
-Argh ! La ferme !
…
C'est en fin de matinée qu'Emiliae retourna sur son navire. Il Doctore et Brighella étaient de retour depuis plusieurs heures déjà. A peine eut elle mit le pied sur le pont que Franz l'apostropha :
-Mais où étais tu passée ?!
-Je me promenais…
-Seule ? Sans escorte alors que la convention sur les armes est demain et que tu es dans la ligne de mire de la moitié de ses participants ?! Mais qu'est ce qui se passe dans ta tête ?
-Rien… C'est bien ça le problème… Je me sens si vide…
-Vide ? Ca a à voir avec le rendez-vous de ce matin ? Qui as-tu donc rencontré pour être choqué à ce point ?
-Sergio.
-Oh…
-Oui ! Exactement. Et il nous en veut de l'avoir abandonné.
-Ah… Mais quel gamin…
-C'est ça ! Il passe son temps à geindre en espérant attirer l'attention. Il ne comprend rien. M'enfin…
Emiliae partit alors s'exiler dans sa chambre, à l'abri de tout. Franz la regarda passer sans rien dire, que pouvait-il dire ou faire de toute manière ? Et puis, Arlesquino venait juste de revenir à son tour. Il l'attrapa furieusement par le bras avant de dire froidement :
-Toi, dans la chambre d'Emiliae. Arlesquino allait répliquer mais s'exécuta quand même.
…
- Que fabriques-tu ici ? Je ne t'ai pas demandé !
Arlesquino resta de marbre, droit comme un i, dans un coin de la pièce à la regarder s'avachir dans son immense lit à baldaquin, la tête enfouie dans une multitude d'oreillers qu'il savait incroyablement moelleux.
-Vous pleurez ?
-Non je ne pleure pas.
-Si vous pleurez.
-Mais non ! poursuivit cette dernière après de nombreux soubresauts et des couinements indescriptibles.
Il soupira avant de s'asseoir sur le rebord du lit et de poser une main réconfortante sur son épaule. Les tremblements d'Emiliae cessèrent.
-Je le vois bien. Fit ce dernier en douceur.
-Oh, Arlesquino ! Céda-t-elle en l'enlaçant passionnément dans sa grande faiblesse. Toi, tu ne me quitteras pas hein ? Tu seras toujours là pour moi ? Tu ne vivras que pour moi.
Que pouvait-il répondre à ça ? Lui qui était devenu son esclave à la seconde où ils se sont vus. Lui qui avait d'ordinaire le cœur si froid, comment pouvait-il autant bruler d'ardeur pour quelqu'un d'autre ? C'était déraisonnable et insensé, mais pourtant :
-Ma vie toute entière vous est dévouée. Comment pourriez-vous en douter ?
- Alors aime-moi ! Aime moi plus intensément encore que toutes les autres nuits que nous avons passé ensemble. Montre-moi l'étendue … de ta folie !
…
« Sergio, voici notre dona, Emiliae. Sois un bon ami pour elle , s'il te plait. »
Ces mots, ils n'arrêtaient pas de défiler dans son crane ces jours ci. Le fameux jour où il la rencontra pour la première fois. Ils avaient alors 11 ans. Il était de coutume dans les riches familles que les amis ou fiancés soient décidés à l'avance. Ce fut leur cas. Cette idée de mariage avait été un stratagème politique visant à la réunion entre les Cornelli de Dressrosa et ceux de South Blue, censé servir à apaiser les tensions. Sergio et Antonella avaient été envoyés en ce sens.
Au départ, on leur avait dit que tout était sensé bien se passer.
Et puis…
Ils avaient été abandonnés.
-Alors c'était vrai, tu étais bien à Shaobondy après tout…
-Grande sœur ! fit ce dernier en courant vers cette dernière, les larmes aux yeux.
Cassandre l'esquiva habilement.
-Ah… Tu pleurniches toujours autant à ce que je vois ! fit elle dégoutée. Où est donc passé ta résolution de devenir un homme, un vrai capable de me protéger ? Tu me fais pitié.
-Mais …
- Assez ! S'exclama-t-elle froidement. Ne cherches plus à revoir Emiliae, dans ton intérêt. Combien de fois faudra t'il te le mettre dans le crane ? Pour te protéger, sais-tu exactement combien de sacrifices j'ai dû faire ? Non, tu ne sais rien. Et c'est mieux ainsi. Parce que tu n'as pas idée du sort qui est réservé à ceux qui savent dans cette famille, non, tu n'as pas idée. C'est un sort que je déconseillerai même à mon pire ennemi. Alors par pitié, fais ce que je te dis. Pour ton bien.
-Mais grande sœur Antonella, et toi ? Je croyais que tu détestais Emiliae.
-C'est vrai . Si elle n'était pas née, notre vie n'aurait pas ressemblé à ça. Mais… je n'ai aucun endroit où retourner et la seule à me tendre la main, c'est elle. Ce chemin garantit à la fois ma fortune et ma survie. Je n'ai pas à me plaindre.
-Grande sœur…
-Sergio, tu as conscience que dans ce monde, les gens au cœur pur comme le tien sont les premiers à tomber ? Si tu veux survivre, tu dois l'abandonner, avant qu'il ne te tue.
C'était mon dernier conseil pour toi, imbécile de petit frère.
A suivre …
