Chapitre 10 – Une poupée bleue au milieu des métalleux
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- … Sérieusement ? ronchonnait Bill devant la Cheminette de son Bureau. Mais c'est ce soir !
- Désolée, Bill ! fit l'Auror. Je file !
- Nymphadora Tonks ! cria Bill à la cheminée vide. Tu ne t'en tireras pas comme ça !
- Je dérange ? dit la voix de Fleur, qui regarda dans l'âtre d'un air intrigué.
Elle posa sa valise. Visiblement, elle avait pris le premier train, pour rentrer dès le lendemain de la rentrée scolaire.
- Non, pas du tout… dit Bill en se relevant et en époussetant sa chemise (ce qui ne fit qu'étaler les cendres en taches grises sur le tissu). Juste une décommande de dernière minute…
- Pour un concert ?
- C'est ça, dit-il en prenant la pile de parchemins couverts de diagramme qu'ils devaient étudier ensemble pour trouver un moyen d'ouvrir le coffre-fort numéro 54.
C'était un des coffres les plus anciens, et les protections magiques qui l'entouraient avaient parfois tendance à confondre ses gardiens avec des voleurs… Ce n'était qu'à la troisième disparition de Gobelin en une semaine que Gringotts avait commencé à s'inquiéter pour la sécurité de ses employés…
Fleur prit son courage à deux mains.
- Je ne fais rien ce soir… je peux venir, si tu veux…
- Je ne crois pas que ce soit le genre de musique que tu apprécierais…
- C'est de la musique anglaise, non ? Alors j'aimerai, dit-elle d'un air buté.
Comment dire non à des yeux bleu marine comme ça… A une fille qui était un quart vélane, corrigea-t-il dans sa tête.
- Okay.
- Alors… « c'est dans la poche », c'est ça que vous dites, non ?
- C'est ce que disent les Gobelins, rit-il. Mais je comprends l'idée… On y va ? Avant qu'un autre Gobelin ne serve de déjeuner à ce fichu coffre…
- Oh, mais c'est déjà le cas, dit-elle sans marquer la moindre émotion. Il y a deux heures… tu n'as pas reçu la note ?
- Par le grand Ragnarok… Et ils ne s'affolent pas plus que ça… Allons-y !
Et cinq minutes plus tard, Fleur s'esclaffait, assise à l'avant du wagon qui descendait dans les galeries inférieures, l'air de s'amuser autant qu'un enfant dans le grand 8 d'un parc d'attractions.
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Le lundi matin, Remus se leva et se frotta le visage. Par la barbe de Merlin, il devait arrêter de penser à elle.
Arrêter d'y penser, arrêter d'y penser, arrêter d'y…
Le petit déjeuner avait été préparé dans la cuisine. Sirius mordait sans conviction dans un croissant au beurre. Ils savaient tous les deux que Nymphadora s'était levée avant eux pour aller les chercher. Sa vaisselle sale était posée dans l'évier - il savait qu'elle la ferait à son retour. Elle ne déléguait jamais.
Il soupira.
Par Merlin, si elle arrivait à lui manquer dès huit heures du matin, il avait un grave problème.
- Réunion ce soir, lui apprit Sirius entre deux bouchées.
Remus hocha la tête.
- Tu penses à Harry ?
- A comment éviscérer Servilus et faire disparaître le corps sans que Dumbledore s'en rende compte, plus précisément, dit-il avec un de ses sourires canins.
- On sait tous les deux qu'il est le mieux placé pour apprendre l'Occlumencie à Harry.
- Rien ne nous dit qu'il ira dans ce sens…
- Patmol, je t'ai déjà dit que Rogue…
- Il se fichait de Lily, répliqua Sirius, d'une voix presque mordante. Alors arrête de te faire des illusions. Il n'est avec nous que parce qu'il pense que ça sauvera sa peau.
Remus avait toujours été convaincu que le fait que Dumbledore fasse confiance à Rogue avait à voir avec son amitié pour Lily Evans. Une théorie que Sirius n'avait jamais crue.
- Eh bien alors, c'est plutôt rassurant, si ses calculs l'amènent à choisir l'Ordre ! Parce qu'au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, il a accès aux points faibles et forts des deux camps ! S'il estime que rester du côté de Dumbledore est le plus viable, je pense qu'on peut considérer que c'est bon signe pour nous !
Sirius secoua la tête en souriant. Comme si Remus était plus naïf qu'il ne le croyait.
- Rappelle-moi quand tu auras grandi, dit Remus, avant de monter sa tasse de café et ses croissants dans sa chambre.
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Bill secoua la tête, en riant, incrédule. Fleur Delacour était sans doute la seule personne de sa connaissance qui serait venue en robe bleu pastel et en babys en velours, à un concert d'Underground Howl. Underground Howl. Il aurait pensé que même une Française comprendrait le genre de musique que jouait le groupe…
Il attendait avec impatience de voir sa tête quand elle découvrirait la faune qui se réunirait pour le concert. Ce serait l'occasion de se moquer un peu de sa caractérielle (et hautaine) collègue et de la faire descendre de ses grands chevaux…
Le premier qui tente une main baladeuse va se faire bouffer, pensa-t-il. Potentiellement au sens propre. Et dans la cuisine française, on aimait la viande peu cuite.
- Quoi ? demanda-t-elle candidement en voyant son air amusé. Ce n'est pas assez habillé ?
- Ce n'est pas ça… rit-il. Tu es un peu trop « propre » pour être dans la fosse, c'est tout…
- Je ne comprends pas, dit-elle sincèrement.
- Tu ne vas pas tarder…
Une heure plus tard, ils faisaient la queue devant la salle de concert – un bar miteux où Bill et Charlie avaient leurs habitudes, les étés où l'aîné des enfants Weasley rentrait. Percy n'avait jamais accepté d'y entrer. L'endroit sentait le tabac (et d'autres substances fumables), la bière et le chauffé.
- C'est… surprenant, dit-elle en plissant le nez. C'est incroyable que les gens soient si peu polis, dit-elle en indiquant le bout de la rue, où deux hommes se disputaient violemment, séparés par le gérant.
- C'est tout ? rit-il en regardant cette poupée bleue au milieu des métalleux. Pas d'autres réactions ?
- Ca me fait plaisir que tu m'aies invitée, dit-elle sincèrement.
Ce n'était pas exactement la réponse attendue, pensa-t-il, mais c'était agréable.
Les hommes se rapprochaient, en se disputant de plus en plus fort.
- Calmez-vous, les garçons, dit-il, voyant que Fleur était de plus en plus mal à l'aise (il n'allait pas laisser ces deux idiots faire fuir Fleur alors qu'elle avait survécu à la vue du public tatoué, piercé et émêché qui les entourait). Tout le monde est venu pour s'amuser, pas pour voir ce genre de…
Le débat s'envenima. Les gens autour d'eux s'agitaient. Fleur ressemblait à une petite fille perdue au milieu de tous ces grands gars au style punk.
Un des tapageurs poussa Bill un peu trop fort. Fleur s'interposa. Le mec en face rit. Dommage pour lui. Les petits poings serrés de la française laissèrent deux beaux hématomes sur sa mâchoire carrée. Beaucoup des gens de la file d'attente rirent, et le gérant du bar raccompagna les deux bagarreurs loin de son établissement.
- Elle a des crocs, la gamine, rit quelqu'un.
- Faites-les passer devant, rit un autre.
C'est ainsi que Bill et Fleur, tous fiers d'eux, finirent juste sous la scène, à écouter Underground Howl leur hurler dans les oreilles. Mis à part pour une surdité partielle à la sortie, on pouvait dire que leur premier rendez-vous (officieux) avait été une réussite.
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Le cœur de Narcissa Malfoy manqua un battement – c'était ainsi que le Manoir lui signalait l'approche de plusieurs visiteurs. Elle se leva immédiatement et alla à la fenêtre. Son mari frappa à la porte au même moment – en tant que propriétaire du manoir, il pouvait y transplaner, ce qui n'était pas le cas de ses « invités ». Il portait toujours son masque et son capuchon.
- Ils arrivent, dit-il simplement. Viens.
Elle fit apparaître des vêtements de jour et se coiffa d'un coup de baguette magique, puis elle prit la main tendue et le suivit pour aller accueillir les nouveaux arrivants.
C'était le début d'une nouvelle ère pour le manoir Malfoy, Lucius le savait. Il évita le regard de sa femme.
- Un instant… dit-elle sur le palier du premier étage.
Elle alla fouiller au fond de son secrétaire et en retira la boîte dans laquelle elle avait conservé la baguette magique noire. Elle lui avait toujours trouvé un air presque cruel, avec son bout recourbé comme une griffe. La baguette aurait dû être détruite après le procès, mais le nom Malfoy inspirait toujours le respect aux bonnes personnes.
Ce soir, Bellatrix la folle ne referait qu'un avec sa baguette. Sa sœur reprendrait sa place à la droite du Seigneur des Ténèbres et Narcissa retournerait dans l'ombre.
Narcissa sut que ce n'était pas seulement la fraîcheur de l'air nocturne qui la fit frissonner, mais elle ignora le signal d'alarme que, pour la première fois depuis près de quinze ans, son sixième sens avait tiré.
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Remus lut le message. Une fois. Deux fois. Sirius fit de même.
Ca recommençait. Fort.
Le dernier rempart construit par le Ministère contre la barbarie avait failli. Il ne restait plus qu'eux pour la repousser.
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Nymphadora frappa dans le punching ball, encore et encore. La salle de sport et le studio de danse destinés aux employés du Ministère était toujours vide entre dix heures et onze heures du soir : c'était son créneau favori.
Sa baguette émit un sifflement. Il était temps de passer à la gymnastique suédoise.
Elle tira la langue à son reflet dans le miroir. Son visage empourpré fut bientôt encadré d'une coupe à la garçonne très courte. Elle alluma son Walkman moldu amélioré et commença son échauffement au son de "I'm gonna fight them ooooff" (Seven Army Nation – The White stripes).
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- …Tonks ! Auror Tonks!
Nymphadora retira ses écouteurs et sourit à son supérieur, Savage, qui était accompagné de l'Auror Hawkes.
- Désolée… les Bizarr's Sisters, fit-elle sur un ton d'excuse.
- Azkaban s'est vidé, dit Savage d'une voix blanche.
- Pardon ? dit-elle en enlevant son deuxième écouteur pour être sûre d'avoir bien entendu.
- Azkaban. Tous les anciens Mangemorts s'en sont échappé.
Toute la chaleur que le sport lui avait apportée sembla disparaître d'un coup.
- Scrimgeour veut que tu ailles prévenir Fol'œil et que vous surveillez l'Allée des Embrumes. On a tout le Bureau en code rouge, Anderson essaye de calmer la presse, mais il faut qu'on ait l'air de faire quelque chose ou on va devoir essuyer une vague de panique générale…
- Le Ministre veut des résultats. Ce soir. Les journalistes arrivent déjà… confirma Hawkes.
- Le Ministre ferait peut-être mieux d'admettre à tous ses électeurs que les Mangemorts ont eu une aide extérieure, répliqua-t-elle.
- Je ne te conseille pas de dire ça en dehors de cette salle de sport, fit Savage. Le coupable officiel est Sirius Black, dit-il avec une grimace, qui ne laissait aucun doute sur ce que lui, en pensait réellement.
- Bien sûûûûr, pourquoi n'y ai-je pas pensé avant ? Un bagnard réfugié au Tibet qui arrive à faire s'évader, quoi ? six Mangemorts, à lui tout seul ? Mais c'est qu'il est futé ! dit-elle amèrement.
- Dix Mangemorts, dit sombrement Hawkes.
Elle alla se changer, enfila son long manteau et prit un balai et une Cape d'Invisibilité au Bureau pour arriver le plus vite chez Maugrey (l'Auror paranoïaque n'avait bien sûr pas de Cheminette).
Si elle avait croisé Fudge dans les couloirs, ministre et employeur ou pas, elle l'aurait giflé.
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L'aube semblait l'éclairer avec une froideur ironique.
Eh oui, le soleil revient toujours même si tu as l'impression que le monde est bien noir.
Nymphadora regarda sa montre. Six heures. Elle avait officiellement treize heures de sommeil à rattraper depuis la rentrée.
Elle n'avait envie de voir ni Remus, ni Sirius, ce matin. Sirius plaisanterait sur le fait qu'il faisait la une sans avoir besoin de quitter son canapé, ou broierait encore plus le noir… Remus tenterait de dire que la situation n'était pas si dramatique, que l'Ordre était organisé et prévenu. Elle n'avait vraiment pas envie d'entendre ça.
Elle transplana… droit dans une flaque de boue qui aspergea son manteau de taches brunes.
Elle n'avait même pas la force de brandir son poing vers le ciel ou de râler contre qui voulait l'entendre. Elle sentit aussitôt que les protections placées autour de la maison de ses parents avaient été augmentée. Le cottage et son petit jardin décoré d'une mare pleine de grenouilles avaient retrouvré l'atmosphère qu'elle avait connue dans ses jeunes années. Sa mère ouvrit la porte d'entrée sans rien dire.
Nul besoin de parler : elles avaient toutes les deux les yeux rouges. La Gazette était posée sur la table de la cuisine.
Pour la première fois depuis qu'elle avait six ans, Nymphadora alla dormir dans le lit parental.
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Nymphadora posa violemment sur la table de la cuisine les dossiers qu'elle avait dupliqué (volé aurait été un terme plus juste) au Bureau des Aurors. La réunion n'avait pas encore commencé, mais les conversations allaient bon train. Tous parlaient de l'évasion d'Azkaban (qu'elle vivait aux premières loges dès qu'elle mettait les pieds au travail) mais aussi du meurtre de Moroz. A ce sujet-là, bien que toute la communauté magique britannique lise la Gazette, il semblait que seul l'Ordre sache lire entre les lignes, ces temps-ci.
Ce serait une réunion de crise – une de plus, si elle considérait sa semaine. Elle remarqua, presqu'avec dégoût que Sirius appréciait d'avoir l'occasion de revoir du monde. Bien sûr, il n'appréciait pas plus qu'elle qu'autant de membres de leur famille proche et éloignée soit dans la nature, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de lui en vouloir d'être si enthousiaste à l'idée de se relancer dans l'action. Elle, était éreintée. Elle savait reconnaitre les symptômes du burn-out, et si elle ne faisait pas plus attention...
Elle avait déjeuné avec une Amélia Bones très secouée. Tonks savait qu'elle et son frère Timothy (le père de Susan Bones, une camarade de classe d'Harry, Ron et Hermione) avaient été les seuls rescapés de sa famille, à l'issue de la Première guerre. En tant que membre éminent du Magenmagot, elle avait également dû essuyer interviews sur interviews au cours des dernières quarante-huit heures. Tout le monde voulait savoir quel projet de loi, sur les moyens du Bureau des Aurors et les conditions d'arrestations, d'interrogatoire et de détention, serait examiné pour faire face à cette situation exceptionnelle. Ça n'augurait rien de bon.
Dumbledore arriva enfin. Tout le monde s'arrêta de parler. Ceux qui espionnaient à l'extérieur rendirent compte de leurs (maigres) trouvailles et les autres écoutèrent. Remus évitait son regard. Par la barbe de Merlin, elle aurait bien aimé un peu de soutien de sa part… Sirius et le loup-garou remarquèrent qu'elle fut un peu froide vis-à-vis du Directeur, mais ne firent qu'échanger un regard étonné. Elle ne leur avait pas parlé de Noël.
A minuit, chacun rentra chez soi. Bon retour dans la routine du QG, pensa-t-elle avant de s'écrouler comme une masse, toute habillée, sur le lit à baldaquin qui avait été celui des sœurs Black, quelque vingt ans plus tôt.
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Pour changer, Tonks rentra tard, le soir suivant. Elle passa sa tête par la porte du salon.
- Sur quel argent est-ce que vous vivez ?
Ce n'était pas la première fois qu'elle se posait la question, mais c'était la première fois qu'elle osait la poser.
- J'étais professeur particulier jusque récemment… répondit le loup-garou.
- Pourquoi tu ne te fais pas embaucher par des Moldus ?
- Parce que je n'ai pas encore renoncé à l'idée que la société magique puisse avoir besoin de moi, dit-il avec un sourire en coin - sourire qui n'atteignit pas ses yeux, nota-t-elle.
Il ne mentionna pas le fait que Dumbledore lui versait une pension. Le Directeur était logé, nourri et blanchi aux frais de l'école. Il estimait donc ne pas avoir besoin de salaire – salaire qui était la principale source de financement de l'Ordre.
- Et moi… dit Sirius, j'ai tout l'héritage des Black à dilapider… Dingus me donne même un petit pourcentage sur la revente de mes trésors de famille, parfois… Sans parler du fait que pendant les 12 ans que j'ai passé en prison, les Gobelins ont calculé des intérêts sur l'argent que j'avais laissé dans mon coffre… ce qui fait pas mal d'argent. Je pensais que tout serait versé à Harry, mais les accords entre le Ministère et Gringotts font qu'on ne peut pas toucher à mon compte tant que je ne suis pas mort. Ni le bloquer, ni le léguer. Bill Weasley m'a pas mal aidé pour ça…
Tonks hocha la tête. Cette loi l'avait toujours agacée, et en particulier maintenant qu'il y avait eu une évasion massive de Mangemorts – elle doutait que l'évasion ait été monnayée, mais il était évident que les Mangemorts en fuite auraient accès d'une manière ou d'une autre à leurs avoirs bancaires.
- Merci… Bonne nuit, les garçons…
- Depuis quand on est « les garçons » ? dit Sirius en clignant des yeux.
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- Le palier du troisième étage n'est pas vraiment le meilleur endroit où parler, dit Remus d'un air ennuyé.
- Sirius est en train de s'occuper de Buckbeak… Et puis, tu n'as qu'à pas m'éviter ! répliqua-t-elle.
- Comment voulais-tu que je réagisse ? En te tombant dans les bras ?
- Ca aurait été bien, oui, dit-elle en une tentative d'humour. Merlin sait que j'aurais besoin de me détendre…
- J'ai l'âge d'être ton père ! répondit-il.
- Tu n'es pas si vieux ! répliqua-t-elle.
Il planta ses yeux dans les siens.
- J'ai toujours été vieux… Greyback a volé mon enfance, et Peter et Voldemort se sont chargés du reste… « La jeunesse » ?rit-il d'un rire sans joie. Je ne l'ai jamais connue… Alors que toi…
- Quoi, « moi » ? répliqua-t-elle férocement. J'ai passé mon enfance à la garderie de Sainte-Mangouste… Combien de cadavres et de blessés j'ai vu défiler avant mes quatre ans, selon toi ? Hein ? Et combien de fois j'ai joué au pitre pour dérider mes parents, parce que Voldemort avait tué un de leurs amis ? J'étais là quand ma mère a appris que Sirius avait été condamné à perpétuité à Azkaban… Alors ne vient pas me parler de jeunesse insouciante, Remus, parce que je ne connais pas ça plus que toi !
Sa poitrine se soulevait, tant elle avait parlé sans s'arrêter pour respirer. Elle détestait qu'il la prenne pour une gamine, ou pour un de ces enfants qui n'avaient connu que l'après-guerre…
Remus la trouvait extrêmement belle en ce moment-là. Et il se dit que oui, peut-être, la vie l'avait esquintée autant que lui. Il pouvait au moins lui reconnaitre ça.
- Je ne peux pas être en couple. Avec qui que ce soit, Nymphadora.
Elle avait noté qu'il avait dit « peux », non « veux ». Pour une fois, elle ne le reprit pas pour avoir employé son prénom. Elle savait qu'il faisait ça parce qu'il l'aimait bien et qu'il voulait qu'elle l'assume avec autant de fierté que le reste de sa personnalité.
- Alors, il faut qu'on arrête ce petit jeu, toi et moi… Je suis un loup-garou.
Elle voyait bien qu'il avait pensé que c'était un argument de poids, l'argument qui la ferait définitivement renoncer. Dommage pour lui.
- Je sais. Je m'en fiche.
- Pas moi.
- Remus ! Je ne sais même pas à quoi je ressemble! Mon visage a commencé à changer dès ma naissance ! Toi, tu te transformes en monstre une fois par mois, mais les 30 autres jours de chaque moi, tu vois le même visage dans le miroir ! Alors qu'est-ce que ça peut me faire que tu sois un loup-garou ?
Elle croisa les bras sur la poitrine.
Remus la regarda, ouvrit la bouche, puis secoua la tête.
- Ne le prends pas personnellement.
- Comment veux-tu que je ne le prenne pas personnellement ? murmura-t-elle.
Et elle claqua la porte de sa chambre derrière elle.
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- Elle est d'humeur exécrable depuis la fin des vacances… même avec Dumbledore… continua Sirius. Une idée du pourquoi du comment ?
En effet, Tonks empruntait de plus en plus sa moto volante pour se changer. Pour avoir fait pareil dans son adolescence, Sirius savait qu'elle faisait ça pour se calmer, voire éviter de frapper quelqu'un.
- Pas la moindre… Et puis c'est toi qui parle d'être d'une humeur exécrable ?
Sirius plissa les yeux. Cet air dégagé ne ressemblait pas au loup-garou : il l'avait immanquablement emprunté à son meilleur ami – c'est-à-dire lui.
- Lunard…
- …Oui ?
- Tu es sûr que tu n'as rien fait pour la contrarier ?
- Non ! Je ne peux jamais être « sûr » qu'aucun de mes gestes ne l'ait vexée, vu le niveau qu'a atteint sa susceptibilité récemment ! s'exclama-t-il, surpris de perdre ainsi son calme. Il est en alerte rouge depuis deux semaines !
- Tu as du rater un truc.
- Je n'ai rien raté du tout.
Remus croisa les bras sur sa poitrine et se mordilla la lèvre d'un air renfrogné. Il ne lui avait quand même pas demandé de l'embrasser !
La porte d'entrée claqua. Une Nymphadora en tenue de sport fit irruption dans la pièce, se planta devant Remus et colla son nez retroussé à quelques centimètres de celui du loup-garou.
Elle avait grandement besoin de se détendre, pensa Sirius.
- Un rendez-vous, Remus. Un seul, minuscule, rikiki, micro-sco-pique rendez-vous. C'est tout ce que je demande.
Il ne sut jamais si c'était la trouille, la perspective d'enfin se débarrasser d'elle et de la calmer, ou si c'était la proximité de ces grands (et beaux) yeux gris, mais il répondit par un :
- Accordé.
Nymphadora se redressa. Sourit.
- Super ! Je file prendre une douche ! A tout à l'heuuuure !
Et elle repartit aussi sec en sautillant et en mmmmhmmhant le thème principal de Dirty Dancing (« I had the time of my liiiife » pour ne pas le citer) dans les escaliers.
Remus, vaincu, se prit la tête dans les mains d'un air fataliste.
- Par Merlin, mais dans quoi est-ce que je me suis engagé…
- Enfin la paaaaix ! s'exclama Sirius en tendant les bras en signe de victoire. (Puis, avisant Remus : ) Oh, ça va, hein, pour un rendez-vous, on trouve pire qu'une fille qui partage le gène de la beauté divine avec moi…
- Sirius ?
- Quoi ?
- Tais-toi.
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- Qu'est-ce que vous avez fait pour vous mettre Nymphadora Tonks à dos ? demanda Minerva McGonagall, alors qu'ils remontaient la pente de Poudlard, après avoir assisté à une nouvelle réunion de l'Ordre.
- Quelque chose que je pensais qu'elle comprendrait.
La directrice de Gryffondor souleva un sourcil.
- Elle voulait dire à Andromeda que Sirius est innocent.
McGonagall se mordit la lèvre.
- Albus, je comprends pourquoi vous avez dit non… mais peut-être que Mrs Tonks a besoin, maintenant plus que jamais, de savoir qu'en effet, son cousin est innocent.
- Ça pourrait mettre en danger l'Ordre.
- Ça pourrait nous obtenir deux nouveaux membres. Nous savons tous les deux que les Tonks sont des gens bien. Ils aimeraient aider.
- Ça ne marche pas comme ça. Andromeda Tonks m'étriperait si elle savait que sa fille se met en danger, à ma demande, sur son temps libre. Elle ne cherchera pas où sont les responsabilités de chacun. Non, je ne peux pas revenir sur cette décision, mais si vous avez des suggestions pour que miss Tonks soit plus enthousiaste à l'idée de travailler avec moi, je suis tout ouï…
- Demandez à Remus de remplacer Fletcher pour encadrer la sortie à Pré-au-lard, dit simplement la sous-directrice.
- Quel bien cela peut-il faire ?
- Beaucoup de bien, croyez-moi.
Dumbledore fronça les sourcils. Il avait confié la mission à deux membres qu'il savait être célibataires et donc peu ennuyés à l'idée de passer la Saint-Valentin à surveiller des adolescents tout émoustillés par le 14 février.
Mais Remus Lupin et Nymphadora Tonks ?
Pour une fois, il n'avait rien vu venir.
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Accio reviews (prouvez moi que je ne suis pas une Cracmol ! ^^) et bon week-end !
