Le lendemain matin, le réveille au clairon fut difficile. Ils geignirent, brusqués, et se resserrèrent l'un contre l'autre inconsciemment. Lorsque le chant militaire horripilant de la trompette cessa, ils se décontractèrent, et se prirent quelques secondes pour se réveiller. Ils se sentaient vidé, dans tous les sens du terme, et n'avaient aucune envie de se lever. S'ils le pouvaient, ils resteraient même au lit toute la journée, à s'apporter quelques caresses, et dormir. Malheureusement, ils n'avaient pas le choix : une réunion les attendait dans une heure et demi.
Keith essaya de bouger, mais son partenaire l'écrasait de tout son poids.
- Lance... Lèves-toi...
- Uhm...
Le grognement endormit qui lui répondit n'était que peu convainquant, alors il pinça ses côtes avec agacement. Le paladin se redressa vivement en s'exclamant de douleur.
- Aïe ! Mais ça va pas ?! Espèce de sale mulet brutal !
Keith poussa un petit rire mélangeant un sentiment triomphant avec de la douceur, figeant son compagnon. Ce dernier rougit et cligna plusieurs fois des yeux. Son inactivité lui valu un regard interrogatif. La proximité de leurs corps lui rappela à quel point il était encore collant, et sale, ce qui lui donna un bon échappatoire.
Pour garder la face, et faire ravaler cette fierté au combien agaçante du paladin rouge, Lance se pencha vers ses lèvres avec son air enjôleur. Son sourire était relevé par cette chose si unique qu'il y avait entre eux. Charmé, Keith loucha sur ses lèvres, avant de relever ses yeux obscurcit dans les siens.
- Une douche, kitten ?
Le surnom l'ébranla brusquement, et il ne sut comment réagir tant le choc était grand. En le voyant se décomposer, le cubain se redressa, paniqué.
- E-enfin, si tu veux, hein, m-mais on peut aussi y aller séparément, ç-ça me va très bien !
Cette différence drastique entre cette soudaine timidité paniquée, si propre à Lance, et ce côté tant érotique auquel il avait eu droit toute la soirée, le fit rire.
- Mais tu peux rire ?!
- Bien sûr, crétin, râla Keith en lui frappant mollement le bras, un sourire amusé aux lèvres. Bon bouge.
Lance se redressa pour le laisser se lever, et le regarda aller jusqu'à la salle de bain. Éberlué par les formes qu'il trouvait de plus en plus gracieuses, il resta coi, admirant chaque mouvement. En voyant son amant se stopper devant la petite pièce, il l'interrogea du regard.
- Bon alors, t'attends quoi ?
Il bondit sur ses pieds pour le rejoindre, tous deux s'engouffrant dans la salle de bain en ne pouvant s'empêcher de se coller en riant. Ils prirent ce qu'ils crurent bien être la meilleure douche de toute leur existence. Même ce premier bain après deux mois de voyage dans les lions n'avait pas été aussi délicieux. Encore enveloppé dans leur monde, ils s'étaient couvert d'attentions : des baisers, des caresses, de petites morsures taquines, et même un suçon facilement dissimulable sous un tee-shirt.
C'est une fois sur le chemin vers le réfectoire qu'ils se rendirent compte de la situation, et qu'ils s'échangèrent un regard indécis en perdant leur sourire. Comment devaient-ils réagir ? Est-ce qu'ils devaient se laisser aller ? Si oui les autres allaient posé des questions, vouloir savoir s'ils étaient en couple, comment en parler ? Quoi expliquer ? Comment se qualifier ?
- Euh... Lance ? commença Keith dans l'intimité de l'ascenseur.
- Uhm ? répondit distraitement celui-ci avec embarras.
- On pourrait le garder pour nous pour l'instant ?... C'est juste... Je ne sais pas comment leur dire ça...
Lance lui jeta un regard doux et emplit de gratitude, le faisant frissonner. Il ne sut pas à quel point sa confession lui faisait plaisir.
- Oui, bien sûr. À vrai dire, moi non plus je ne saurais pas quoi dire...
En voyant le voyage s'achever bientôt, il poussa l'audace en allant attirer son menton dans sa direction par une caresse de ses doigts. Keith, loin de se douter de ses intentions, tourna la tête vers lui, et frissonna en recevant un doux baiser.
- On a le temps d'y réfléchir. On a tout notre temps...
Cette marge généreuse le gonfla de bonheur et de sérénité. Il remercia cette patience en l'embrassant rapidement, avant de revenir à sa place. Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, et ils rejoignirent leurs amis à table. Dès qu'ils prirent place, Allura se tourna vers eux avec un air ennuyé. L'angoisse noua leur estomacs.
- J'ai frappé chez vous hier soir, pourquoi personne n'est venu m'ouvrir ?
À la fois soulagés, et rancuniers, ils se décontractèrent.
- Pardon je dormais déjà, lança Lance le plus naturellement du monde.
- Et toi ? demanda-t-elle vers son autre paladin.
- Musique, j'ai pas entendu, désolé...
Shiro fronça les sourcils en le regardant avec suspicions, le trouvant étrange. Keith se concentra sur son thé, évitant le moindre regard.
- Bien, bien, je saurais maintenant que si j'ai besoin d'un chargeur pour la tablette, je ne dois pas venir vous voir...
- Je suis vraiment désolé, princesse, pleurnicha Lance en s'étalant sur la table pour tenter de l'atteindre, mais elle l'esquiva sèchement en croisant les bras.
- Non !
Il pleurnicha désespérément, ce qui fit rire les autres. Du moins, sauf Keith qui jeta un regard sombre à son amant avant de revenir à son thé. La bonne humeur perdura tout de même pendant le repas, et dans l'ascenseur, les amants apprécièrent un contact discret de leurs doigts. Ils se sentaient encore émotionnellement sensible, et souhaitaient rester en contact, aussi bien visuel que physique.
La réunion qui suivit était longue, et Iverson était plus énervé que jamais. Shiro, Samuel, et Veronica firent preuves d'une patience sans nom avec lui. Une fois libéré, tous se rendirent sur le chantier. Lance allait partir mais sa sœur l'intercepta un instant.
- Hey, frangin.
- Tu voulais quelque chose ? sourit-il.
- J'ai pas pu m'empêcher de remarquer que tu avais l'air plus détendu aujourd'hui, tu as retrouvé le sommeil ?
- J'ai passé une bonne nuit, répondit simplement son cadet.
- Moi qui pensait qu'être avec Keith te semblerait insurmontable, je m'étais trompée, pouffa la jeune femme.
- Oh, on en a vécu des pires, tu sais. Partager une chambre n'est pas si terrible.
- Je suis contente que ça se passe bien, et que tu arrives à dormir à nouveau. S'il y a le moindre problème, viens en parler à ta frangine, d'accord ? fit-elle doucement en le prenant dans ses bras.
- Entendu, sourit son frère en la serrant à son tour.
Ils se séparèrent après un instant, et elle le regarda partir pour prendre l'ascenseur. Shiro s'approcha d'elle lorsqu'ils furent seul. Il avait les traits du visage tiré, et l'air soucieux.
- Alors ? C'était quoi en bas de son cou ?
- Un beau et resplendissant suçon ! s'exclama joyeusement Veronica. Et une petite morsure en prime !
Shiro se sentit se briser et partir en poussière, obligé d'admettre que son petit protéger avait bel et bien quitté l'enfance. Il avait vu ce petit bout grandir, lui avait appris certaine choses fondamentales de la vie, lui avait mis les manettes d'un vaisseau dans les mains... C'était étrange de le voir ainsi devenir un homme. Il se sentait également bizarre au sujet Lance, au combien il aimait draguer à droite et à gauche et que sa pureté d'esprit avait clairement disparu depuis longtemps. Tous ces adolescents qu'il avait vu grandir à la garnison devenait des adultes, il était à la fois ému et triste.
- Tu vas t'en remettre, l'encouragea Veronica en tapotant son épaule avant de le dépasser.
Il l'entendit s'extasier dans son dos comme quoi son petit frère avait enfin une touche, et qu'il avait en plus ramené un beau garçon à la maison. Lui, il resta au milieu du couloir, l'air vide.
Du côté des autres paladins, ils s'activèrent sur le chantier toute la journée, ayant à peine le temps de déjeuner. Le montages des portes automatiques prenait un temps fou, et à chaque fois, un nouveau problème survenait.
Keith, qui faisait partir du montage électronique, avait passé sa journée pencher au sol pour des soudures et des branchages minuscules. Il manqua de pièces, la fatigue commençant à se faire ressentir, et demanda à un cadet pas loin de lui en chercher d'autres. Il fit des soudures en attendant d'avoir l'électronique nécessaire pour terminer la connectique de la porte.
Des pas vinrent dans sa direction, et il reconnut directement les chaussures qui se présentèrent à ses côtés. Il se redressa, et leva le menton avec un petit sourire pour réceptionner un délicat baiser de Lance. En se séparant de ses lèvres, un soupir d'aise lui échappa. Il prit les composant qu'il lui apportait, et se pencha pour les placer.
Une main caressa sa nuque. La tendresse était agréable, mais en recevoir autant lui était encore inconnu, et il en était un peu mal à l'aise. Il s'écarta un peu dans un tressaut, et leva les yeux vers son amant. Ce dernier sentit un pincement au niveau de son cœur en le voyant avec cet air suspicieux et méfiant, mais accepta de retirer sa main.
- D-désolé...
Remarquant sa réaction, Keith se décontracta, changeant du tout au tout. Lance était toujours aussi surpris de le voir passer de cet aspect sauvage, à celui d'un chaton ronronnant sous sa paume.
- Tu as besoin d'autre chose ?
- Non, c'est bon, merci pour les pièces.
Keith reçut un petit sourire qu'il sut être triste, avant de le voir repartir. Il n'avait pas comprit ce subit changement de comportement, se demandant bien pourquoi il avait perdu sa bonne humeur aussi vite. Il haussa les épaules, et se concentra sur son travail.
Vers la fin d'après-midi, sa mère l'aida aux finissions. Il convergea régulièrement son regard sur elle, énormément de questions se bousculant dans sa tête. Krolia prit son mal en patience, mais en ne voyant pas son fils se lancer, elle décida de faire le premier pas.
- Qu'est-ce qu'il y a, Yurak ?
Ce prénom, qui était celui qu'elle avait choisi avant que son père ne propose le sien actuel, marquait une affection certaine. Il se sentit frêle en l'entendant, et l'approche maternel ouvrit son cœur.
- C'est... Un peu gênant...
- Quoi donc ?
- Au sujet de...
Il se stoppa, regardant de tous les côtés pour s'assurer que personne n'entende, avant de revenir à elle pour lui faire comprendre sans un mot de quoi il parlait. Le rouge aux joues, le regard sur le côté, et un épaule qui remonta timidement, il retenu son souffle.
- Tu sais... "Ça"...
Au début, sa mère pensait qu'il parlait de Lance, mais le qualificatif manquait trop d'affection pour que ce soit le cas. Elle comprit ensuite qu'il parlait de sexe, et se demanda bien ce qui pouvait l'intriguer et le gêner à ce point.
- On a supposé que c'est parce que je suis à moitié galra, mais j'ai, disons... Des "particularités"...
- Tu parles du shatri ?
Perdu, car il n'avait jamais entendu ce mot, il la questionna du regard.
- Une zone avec des excroissances.
- Euh... Ça doit être ça, rougit-il, se souvenant de la réaction de surprise de Lance.
- Oui, c'est spécifique au galra.
Elle retourna à ce qu'elle faisait, comme si elle venait simplement de lui dire qu'elle avait acheté du pain le matin. Interloqué par autant de nonchalance sur ce sujet au combien embarrassant pour lui. En remarquant sa réaction, elle se figea, perdue.
- Quoi ?
- Enfin, c'est... C'est un peu gênant...
- C'est que du sexe, Yurak, c'est normal de vouloir en savoir plus si ça t'intéresse.
La pédagogie froide dont elle faisait preuve hurlait d'acceptation sur ses choix de vie comme elle le dérangeait par son manque de compassion. Il était devenu écarlate, et avait tellement chaud qu'il crut qu'il allait fondre et partir en vapeur d'eau.
- C'est pas que ça m'intéresse..., essaya-t-il de se défiler, embarrassé, malgré que c'était purement un mensonge.
- Profites-en, le shatri est fait pour plaire aux deux partenaires.
- Maman !
Perdue sous la panique de son enfant, elle se tut, et le laissa digérer ces informations. Pour les galra, parler de sexe était comme parler de la pluie et du beau temps, ce n'était qu'une chose parmi d'autre. Un point était néanmoins essentiel à soulever, elle décida donc de le révéler malgré l'embarra de sa progéniture.
- Ne t'étonnes pas si à force de le solliciter ça fait ressortir certaine partie de toi. Ton sang galra peut facilement refaire surface lors des moments de fortes émotions.
- J'ai compris, bredouilla Keith en ayant l'impression de mourir sous la honte et la gêne.
Il ne put s'empêcher d'entendre chacun de ses mots en boucle dans sa tête pendant de longues minutes. Toujours en s'occupant de placer correctement les composant pour relier la connectique, il commença une rétrospection. Il toucha un peu sa joue cicatrisée.
- Une forte émotion... Comme la colère, la tristesse, ou...
- L'instinct de survie ? Oui, aussi. Les demi-galra on souvent une apparence qui change temporairement pendant ces moments, le temps de leur apporter la force nécessaire pour les surmonter.
Alors c'était bien ça, cette étrange sensation lorsque le clone de Shiro lui avait brûlé le visage en comptant le décapiter : son sang avait repris le dessus pour sa survie. Même ses instincts avaient comprit qu'il allait mourir ce jour là.
- En ce qui concerne cette extériorisation pendant l'acte, là par contre, c'est uniquement une perte de contrôle.
Revenant dans le vif du sujet, il piqua un fard, et s'étrangla soudainement avec sa salive. Inquiet qu'elle parle à nouveau du sexe de façon aussi détaché, il ne reprit pas la parole de la soirée. Lorsque la sonnerie de fin retenti, il rejoignit ses amis à table pour manger. Chaque voyage dans un ascenseur se passait aux côtés de Lance, et normalement, ils se touchaient doucement les doigts. Mais cette fois ci, il ne réagit pas, encore trop embarrassé par la conversation avec sa mère.
Lors du trajet vers l'étage du dortoir, son amant ne tenta pas d'approche, et parti devant sans même un regard pour rentrer dans leur chambre. Intrigué, il le suivit, et attendit d'être bien à l'abri des oreilles indiscrètes pour prendre la parole.
- Lance ?
- Uhm ?...
Il s'était à peine retourné vers lui, apathique, et semblait être au trente-sixième dessous. Bien qu'il ne sut pas bien pourquoi, il ne supporta pas de voir une expression aussi triste sur son visage. Il s'approcha, l'air préoccupé à son sujet, et vint l'embrasser. Ses baisers étaient timides, ressemblant plus à une légère caresse humide qu'à un contact direct. Il était si peu coutumier à cette pratique, qu'il ne savait pas quelle intensité était la bonne et dans quelle situation.
Le souffle de Lance trembla contre sa peau avant qu'il ne le sente attraper son visage pour l'embrasser plus franchement. Ses émotions s'emballèrent, et une nué de sentiment se bouleversa en lui. C'était toujours un véritable festival dans son corps quand ce garçon était présent, et plus encore lorsqu'il le touchait. Il se sentait à la fois terriblement heureux, et gêné, se demandant s'il pouvait vraiment se laisser aller, et s'il méritait autant d'attention.
Une pression dans son bassin germa, et il glissa inconsciemment ses mains sur les joues du cubain pour approfondir l'échange. Tout était si simple quand il se laissait simplement aller, sans qu'il n'ait à se poser de question. Lance l'embrassait, il répondait, ils se faisaient l'amour, et s'endormaient paisiblement, l'esprit enfin libre.
Il stoppa les baisers un bref instant pour le regarder intensément, sentant les prémisses d'une routine qui allait vite s'installer. Il embrassa légèrement ses lèvres une première fois avant de parler, calant un petit baiser dès qu'ils finissaient une phrase.
- Tu... As besoin de te doucher ?..., demanda-t-il très bas, plus occupé à retirer délicatement sa veste plutôt qu'à l'interroger en l'embrassant.
- Non... Demain matin, plutôt..., souffla son amant en roulant une épaule après l'autre pour que le vêtement glisse le long de ses bras, et de faire pareil pour lui. Et toi ?...
- Pareil...
Keith l'invitant clairement à la passion, il tira sur sa nuque pour plaquer ses lèvres sur les siennes, avant de reculer jusqu'à son lit. Il n'avait pas vraiment réfléchit, plus agit par réflexe : ils n'avaient découcher que dans ce lit spécifiquement, alors il se rendait naturellement dessus.
Enhardit, le demi-galra, le poussa sur le matelas, et ils s'installèrent correctement dessus. À califourchon sur son bassin, un sentiment euphorique de contrôle lui fit un bien fou. L'idée de diriger la danse pour cette fois l'aida à pousser l'audace en embrassant plus son partenaire, et en le caressant longuement.
La préparation le mit sous tension et l'impatienta, mais les délicieuses attentions portée à son shatri lui fit jeter la tête en arrière. Que ce soit de ses doigts bien trop agiles pour leur propre bien, ou avec son sexe, lorsque ce point précis était caressé, retenir sa voix devenait particulièrement difficile.
Il prit le rythme de l'ébat, ondulant souplement du bassin en trouvant petit à petit la vitesse qui semblait leur convenir. Ils serrèrent les lèvres, plaquèrent parfois leur main sur la bouche de l'autre, et s'embrassaient pour étouffer les bruits. Le plaisir grandit en eux avec une pression ardente et humide qui finit par exploser dans un orgasme salvateur.
Pendant qu'ils récupéraient, essoufflés comme à leur habitude, et encore liés, Lance caressa doucement son corps. Il passait ses paumes sur ses flancs, ses cuisses, son ventre, le tout dans des gestes tranquilles qui ne cherchaient pas à le séduire, mais juste à le détendre. Charmé, il ferma les yeux qui redevenait blanc, et commença doucement à ronronner.
Sa respiration revenant à la normale, son esprit vidé de toutes pensées, il posa à nouveau son regard sur son amant. Il eut la désagréable surprise de le voir préoccupé, et se demanda ce qui pouvait bien lui trotter dans la tête pour être déconcentrer dans un moment pareil.
- Hey...
Lance leva les yeux sur lui, une brillance déchirante dans ses yeux lui brisant le cœur. Il caressa sa joue, bien que maladroitement.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Aujourd'hui, tu... Tu avais l'air de m'en vouloir, alors je pensais avoir fait quelque chose de travers...
- Non, je t'en veux pas du tout, rétorqua Keith, interloqué. Pourquoi tu pensais ça ?
- Cette après-midi, quand j'ai voulu te toucher, tu m'as esquivé comme si j'avais la peste avant de me dévisager. On aurait dit... Que "ça" n'étais jamais arrivé...
Il ressentit pleinement la blessure de ses sentiments, et la culpabilité le prit à le gorge pour l'avoir laissé croire à une chose aussi affreuse qu'un rejet.
- Non..., souffla-t-il en secouant légèrement la tête, avant de recommencer avec un geste plus voyant. Non, bien sûr que non, je t'esquivais pas.
- Mais tout à l'heure...
- Écoutes...
Il ferma les yeux, et prit une profonde inspiration qu'il souffla, cherchant à récupérer sa capacité à réfléchir. Son regard se posa à nouveau sur lui, et Lance ressentit à quel point il était désolé.
- Parfois je suis encore en alerte alors que je ne devrais pas, une vieille habitude marmora...
Le cubain déglutit amèrement.
- Je suis désolé si j'ai été comme ça, je m'en rend pas compte...
C'était pas voulu, juste un mauvais réflexe ?
- Aussi... Je suis pas encore habitué à... À tout "ça", c'est nouveau pour moi, alors...
En réalisant l'ensemble du problème, dont celui principal qui venait d'être avoué, Lance sentit son cœur fondre. Le soulagement le libéra d'un poids énorme, et il se mit à rire. Surpris, Keith le dévisagea. Il accepta néanmoins de nouer leurs doigts qui dansèrent dans un tendre jeu sans règle.
- Ah, pardon, pardon, finit par dire le paladin bleu. C'est moi aussi, à être trop tactile... Tu sais, à Cuba, les gens sont comme ça, donc je me rend pas compte quand je suis trop collant avec les autres. N'hésite pas à me le dire si jamais tu as besoin d'espace, d'accord ? Je veux pas être lourd, et que ça devienne une corvée pour toi : si tu ne veux pas faire quelque chose, ne le fais pas, et je ne me vexerais jamais si tu l'exprimes, au contraire.
Keith sentit sa gorge se serrer avec une bouffée d'émotion qui lui donna les larmes aux yeux. Décidément, après l'amour il était bien trop sensible. Il humecta ses lèvres, battant des paupières pour en chasser l'humidité, et reprit le pas sur ce qu'il ressentait, avant de hocher la tête.
- Ouais, ok... Mais toi aussi.
- Compris, sourit doucement Lance en se redressant pour venir l'embrasser, le tenant au creux de ses bras.
- Ahw, a-attends, tressaillit-il en le sentant encore à l'intérieur de lui.
- Ah, pardon !
Ils se délièrent, avant de se regarder, et de rire en allant s'embrasser. Ils s'apaisèrent doucement, enchaînant les baisers, Lance reprenant lentement le dessus. Lorsqu'il se rendit compte qu'il était sur le dos, Keith rouvrit les yeux pour les plonger dans les siens. Il reçut un regard intense qui le fit autant chavirer que le large sourire doux et chaleureux de son ami.
- On peut refaire l'amour ?
Le terme lui donna une tonne de frissons, une sensation envahissant son crâne pour l'engourdir, et son corps pour le faire battre jusqu'à jaillir de sa poitrine. Ses paupières redevinrent humides, et sa gorge se serra tant qu'il se retrouva incapable de prononcer le moindre mot. Forcé d'agir pour répondre, il enserra étroitement le paladin bleu entre ses bras pour le tirer à ses lèvres, ses cuisses se collant à ses hanches lorsqu'elles les encadrèrent. Lance comprit sa réponse, et amorça le nouvel ébat avec joie.
Ce fut lent, délicat, et intense, leur cœurs grands ouverts. Apaisés, ils s'essuyèrent rapidement pour rester alanguis dans leurs bras quelques minutes. Keith se laissa aller à un ronronnement fluet, appréciant les quelques caresses de son amant avant que tous deux ne s'endorment profondément.
