11.
- Je ne sais pas, mais quelque chose me souffle que ce n'est pas trop une bonne chose pour moi de me retrouver devant un ancêtre mort depuis plusieurs décennies !
- « ancêtre », même mes gamins n'ont jamais osé m'appeler ainsi, fit un tatillon Aldéran.
Il rit dans la foulée.
- Évidemment, dans le cas présent, il n'y a pas d'autre appellation possible ! Qu'est-ce qui t'est encore arrivé, à toi ?
- On dirait l'hôpital qui se fout de la charité, grogna Albator. Je parie que tu as connu cette situation plus souvent qu'à ton tour, à l'époque.
- Ce qui fait que je parle en toute connaissance de cause !
- Quel besoin as-tu d'être là ? Je t'assure que j'ai bien assez avec mes propres emmerdes, grinça le grand corsaire balafré.
- J'ai constaté que tu cartonnais effectivement en ce moment.
- Tu m'espionnes ? grommela Albator, ronchon.
- Tu fais partie de ma descendance, je suis lié à toi au plus près. Rien ne peut m'échapper, mais je n'ai pas à intervenir.
- D'où le fait que tu sois là devant moi ! ironisa le capitaine de l'Arcadia. Tu t'ennuies à ce point ?
- Non, c'est toi qu'il est nécessaire de secouer un peu fit une femme papillon en se mêlant à la conversation.
- Talmaïdès. C'est une réunion de groupe ou quoi ?
- Je crois que tu as pu te rendre compte, au fil des ans, de ce qu'ourdissent mes sœurs ?
- Ça pète de plus en plus, partout… énonça Albator. Et les vainqueurs instaurent la loi martiale. Pour l'instant ce ne sont que des poches isolées, éloignées les unes des autres. Mais c'est telle une gangrène, cela finira par gagner les plus grandes alliances de gouvernements et autres régimes tout puissants. Pour l'instant, mon monde ne se doute de rien pourtant on a tenté de faire comprendre qu'il se tramait quelque chose et que ces troubles n'avaient rien de naturel.
- Certains esprits ne peuvent concevoir ce que tu t'échinais à leur expliquer, reprit la Carsinoé en volant autour des deux hommes. Il en faut une tournure particulière pour accepter les expériences que tu as déjà vécue, que ce soit suite au châtiment de Dambale ou autres voies.
- Un indéniable don de famille, glissa Aldéran.
- Mais, je n'ai pas du tout l'intention de me mesurer aux Carsinoés ! protesta Albator. Ce n'est pas mon affaire. Je n'en ai pas les moyens.
- Elles sont plus près de la Terre que tu ne le crois, siffla Talmaïdès. Ce n'est plus qu'une question d'années !
- Tu saurais être plus précise ?
- Je n'ai guère de notions du temps. Pour moi c'est imminent, mais à l'échelle de votre vie de mortels ça pourrait encore prendre quelques années.
Albator fit quelques pas dans l'étrangle jungle aux couleurs psychédéliques dans laquelle il se trouvait avec ses deux étranges compagnons.
- Tu n'arrêtes pas de me prédire cet affrontement, Talmaïdès. Mais je n'ai pas plus les moyens d'attaque que ceux de me défendre !
Aldéran se rapprocha de son descendant.
- Tu n'as peut-être pas de chromosome doré, mais de par les liens du sang, je peux te donner accès à mon Sanctuaire, à ses ressources, enfin certaines.
- Un Sanctuaire ?
Aldéran avait longuement posé ses paumes sur le tronc d'un arbre gigantesque qui avait vibré à l'unisson des battements de son cœur.
- Je t'ai présenté à l'Arbre de Vie et il t'a reconnu comme lié à ce lieu désormais.
Albator ouvrit un œil rond.
- Tu lui as parlé ? Je n'ai rien entendu !
- Entre lui et moi, depuis le temps, nous n'avons plus besoin de paroles ! Suis-moi, je vais te faire découvrir la Colonie Sylvidres.
- La quoi ?
- Le peuple de ma sœur aînée.
- Elles risquent de ne pas apprécier de voir quelqu'un d'inconnu et d'armé !
- Nous serons invisibles, pour ne pas les perturber, justement. D'autant plus que…
- Quoi donc, Aldéran ? interrogea le grand corsaire balafré.
- D'autant plus que tu es la jeune réplique de mon père, ça les perturberait grandement car, elles, n'ont rien oublié de lui ! Et je peux t'avouer que ça me fait très bizarre d'être là à tes côtés, alors que tu lui ressembles comme deux gouttes d'eau et que tu portes son prénom !
- L'histoire est un éternel recommencement, c'est ça ? Ce n'est donc pas un hasard si de tous les vaisseaux j'ai eu l'Arcadia !
- Ce cuirassé suit notre lignée.
Tout en parcourant les avenues de la cité capitale de la Colonie Sylvidres, Aldéran avait résumé à son descendant ce qu'elles étaient et comment leurs destins s'étaient croisés.
- … Elles sont pacifiques, mais si elles devaient un jour t'assister, elles ressortiraient leurs Zoness. Elles le feront, je peux te l'assurer, et l'Arbre de Vie les dopera et les protègera.
- Comme si elles allaient…
- Elles obéiront à Sandromange, leur Reine. Et aucune des souveraines n'ignorent ce qu'elles doivent à mon père, et à moi. Après deux cent ans, tu es mon digne héritier, elles n'hésiteront pas !
- Je refuserai de les envoyer à une mort certaine ! protesta Albator.
- Tu changeras d'avis et tu prendras tes responsabilités une fois que tu auras découvert les Sanctuaires, leurs alliances particulières, et que tu sauras quels sont ceux qui se rallieront à toi.
- Tout cela me semble bien compliqué, je n'y comprends rien !
- Chaque pièce trouvera sa place le moment venu, assura Aldéran alors qu'ils se retrouvaient instantanément dans la jungle colorée du rêve, ou cauchemar, du capitaine de l'Arcadia.
Une sorte d'éclair, mais surgi du sol, traversa l'air et une silhouette apparut.
- Clio !
- Oh, Albator, je t'ai enfin retrouvé ! lança la Jurassienne en le rejoignant en quelques pas.
- Que fais-tu ici ? Est-ce que tu as eu des soucis ?
- Non, je te cherchais. Et maintenant je te ramène avec moi, tu n'es parti que trop longtemps !
Albator se tourna vers ses deux interlocuteurs.
- Ce n'est pas que votre compagnie fut désagréable, cette fois, mais je préfère de loin mon monde ! Adieu !
- A un de ces jours, rectifia Aldéran.
