— Hum-hum… Oui. Très bien. Non, dites-lui qu'il sera payé une fois que nous serons sûrs que c'est bien elle.
Scharnhorst raccrocha et se tourna vers Summer, perplexe.
— Un témoin déclare héberger dans son hôtel une femme blonde, les yeux bleus, et qui porterait un manteau blanc. Ça ressemble à la description de votre Femme en Blanc.
— Une troisième ?!
— Ça commence à en faire beaucoup pour une petite colonie. Il se passe quoi ici ? Une réunion de famille ?
Summer se prit la tête entre les mains, cherchant à comprendre la raison de cette troisième personne à Mountain Glenn.
— Mais pourquoi ici ? se demanda-t-elle à voix haute.
— C'est vous la Chasseresse, à vous de me le dire.
Elle hocha imperceptiblement la tête. Derrière ses incompréhensions, elle se rappelait des paroles d'Ozpin, terrifiants de vérité. Toujours plus réels à mesure qu'elle enquêtait.
Les Grimms attaqueront toujours les lieux où sont passés les Quatre. Et les Quatre attaqueront toujours là où se rassemble des hordes de Grimms.
Summer Rose savait que son équipe était forte, l'une des plus fortes de Remnant. En ajoutant Scharnhorst et ses hommes, n'importe qui aurait donné vainqueur la Chasseresse. Mais derrière ces fausses apparences, Mountain Glenn avait-elle déjà subie l'attaque d'une horde ? Ce n'était pas une centaine ou un millier de Grimms qui attaquaient, mais dix mille au bas mot, voire plus ! Comment résisteraient-ils face au nombre ? Mais… Que se passerait-il si elle obtenait l'aide des Quatre ?
— Où se trouve-t-elle ?
— Pas loin d'ici, à une dizaine de minutes je dirai…
— Je préviens mon équipe !
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Le tatouage caché sous un maquillage, la Femme en Noir servait le café dans un autre restaurant sous un nom d'emprunt. Le gérant cherchait de toute urgence une remplaçante et n'avait pas hésité une seconde en la voyant. Une beauté pareille ramenait certainement plus de clients chez lui ! Pour elle, c'était une aubaine : les bars et les restaurants étaient les meilleurs endroits pour collecter des informations. Les vieillards bavards et les soldats en repos représentaient une mine d'informations qu'elle savait exploiter.
C'est ainsi qu'elle apprit l'existence de l'équipe de Chasseurs originaire de Vale. Ainsi donc, Ozpin avait envoyé ses boy-scouts pour eux ? Elle ignorait pourquoi mais cela expliquait les avis de recherche…
Question : comment savaient-ils qu'elle serait ici ? L'existence d'Ozpin et la leur était différente, il n'était pas capable de percevoir le signal…
Elle entendit la porte s'ouvrir dans son dos et elle se retourna, avenante comme le devait une serveuse.
— Bienvenue ! Que désir... ?
Son souffle lui manqua. Face à elle se dressait une vieille connaissance : un homme charpenté, très musclé. Le teint hâlé et le regard intimidant.
Hazel Rainart !
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Elle resta immobile devant lui et il la regarda de haut, comme il le faisait pour tout le monde vu sa taille massive. Il la dévisagea longuement et elle sentit son corps se raidir, prêt à fuir au moindre geste hostile.
— Un verre. S'il vous plait.
Il n'avait pas changé. Réservé comme toujours. Ne l'avait-il vraiment pas reconnu à travers son déguisement ? Il est vrai qu'il n'aurait probablement jamais pensé l'imaginer avec un tablier et un chignon. Et sans son tatouage…
Elle se rattrapa de manière à ne pas exposer sa véritable identité.
— Bien sûr, monsieur. Installez-vous je vous en prie, je reviens tout de suite.
Il s'installa en face du comptoir sans lui adresser plus longtemps un regard. Dès qu'elle s'assura qu'il lui tournait le dos, elle s'éclipsa rapidement vers la cuisine. Elle passa en trombe devant le cuisinier et l'autre serveuse du restaurant, tous les deux étonnés de la voir passer en trombe en jetant ses affaires de service par terre.
— Hé ! Qu'est-ce qui se passe ?
— Je démissionne.
Avant même qu'il n'ait répondu, elle avait déjà enfilée son manteau noir et sortait par la porte de derrière.
Pour tomber nez à nez avec Arthur Watts.
— Bien le bonjour Sélénée.
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Sélénée regarda Arthur en silence, sidérée de le revoir après tant d'années… Inchangé.
Il avait toujours son éternel manteau gris avec ses doublures jaunes gray. Ses yeux étaient toujours verts, et ses cheveux gris sombres. La seule différence avec ses souvenirs était les prémices d'une moustache sur ses lèvres. Il avait toujours dis qu'il s'en ferait pousser une quand il serait plus vieux…
Non ! Pas maintenant !
— Tu n'as pas changé, déclara-t-elle d'une voix glaciale.
Il sourit. Ça aussi, ça n'avait pas changé…
— Je t'avais dit que c'était ce que je prévoyais.
La dernière fois qu'elle l'avait vu, c'était il y a plus de vingt ans. Ainsi donc, il s'était vraiment lié corps et âme à Elle.
— Serveuse, hein ? Cette tenue t'allait étrangement à ravir. Le chignon, un peu moins…
Il y avait toujours dans sa voix l'intonation du désir, comme auparavant… Sauf qu'il l'avait trahi. Et trop nombreux étaient ceux qui avaient soufferts de cette trahison.
Était-ce parce que ses acolytes étaient ici que le signal l'avait conduite ici ?
— Je lis la surprise sur ton visage, pourquoi ? Tu ne croyais quand même pas que Salem allait vous laisser massacrer ses petits soldats sans broncher, Fille du Père ?
Elle fronça les sourcils, irritée d'être appelée de cette façon.
— Ne m'appelle pas comme ça ! Il ne nous a jamais considérez comme tel !
— Oh pardonne-moi… J'oubliais que tu n'as de famille que le nom. C'est si triste.
Sa façon de s'excuser faussement était plus insultant encore, mais elle ne put que serrer les poings sans agir. Attaquer ici, si près des civils, était trop dangereux… Et ils le savaient tous les deux.
— Et si nous passions aux choses sérieuses ? entendit-elle derrière lui.
Derrière Arthur, elle aperçut un homme pâle avec une queue de cheval et un manteau en cuir. Il avait l'air profondément énervé de perdre son temps en parlotte.
— Pardonne Tyrian, il est prometteur mais manque encore de patience, expliqua Arthur avec condescendance. Tu sais comment sont les jeunes, n'est-ce pas ? (Un clin d'œil complice, qu'elle ne lui rendit pas.) Ce n'est pas grave, nous aurons tout le temps de nous parler dans le domaine de ma reine.
— Et tu crois vraiment que je vais te suivre bien docilement ?
Arthur leva les mains, exposant volontairement ses gants. Ces gants qu'elle lui avait offerts…
Au final, notre malédiction est sans fin, n'est-ce pas ? pensa-t-elle tristement.
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Elle porta sa main à sa tête et tira les deux baguettes qui tenaient son chignon, laissant sa longue chevelure noire couler dans son dos et sur ses épaules. Comme elle avait l'habitude les porter, comme à cette époque où il l'avait connu…
— Arthur Watts… Je t'ai dit que si tu la rejoignais réellement, je te tuerai la prochaine fois que je te verrai.
Elle broya les baguettes dans sa main comme s'il s'agissait de brindilles.
— Je me rappelle de quelque chose comme ça, ou, admit en semblant chercher ce passage dans sa mémoire.
Sa façon de paraitre indifférent au danger était nouvelle, par contre. Croyait-il qu'à eux deux, ils pouvaient la vaincre ?
— Dans ce cas, ne te plains pas si je te tue.
Il soupira, non pas par déception, mais par ennui.
— Puis-ce que c'est comme ça, je suppose que je n'ai pas le choix…
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Elle perçut un bruit dans son dos, aussi silencieux que le vent. Elle tourna la tête alors que son instinct hurlait au danger. Son cerveau enregistra un poing massif, le visage de Hazel dans l'ombre du palier et en arrière-plan, les corps sans vie du cuisinier et de la serveuse, leurs nuques à un angle inhabituel.
D'un bond, elle évita l'attaque de Hazel qui explosa le sol là où elle se trouvait l'instant précédent !
Elle atterrit au milieu du trio et Tyrian attaqua, laissant Arthur en retrait.
Sélénée avait vécue de nombreuses guerres auparavant. Aussi être cernée et assaillie de toute part n'était pas nouveau pour elle. Elle évita avec une même adresse les lames attachées aux bracelets de Tyrian et les poings dévastateurs de Hazel. Ses gestes étaient fluides, réactifs, presque graciles dans la mêlée. Le monde autour d'elle était devenu son ennemi et elle semblait danser dans cet enfer.
Elle se pencha en arrière et les lames de Tyrian frôlèrent sa jugulaire. D'un pas de côté, elle évita le poing de Hazel qui explosa le mur à côté d'elle, la poussière les aveugla tous les deux pendant quelques instants…
Derrière elle !
Elle pivota sur elle-même et enfonça son coude dans le ventre de Tyrian tout en évitant les lames aux bouts de ses bras. Celui-ci lâcha un juron étouffé et elle lui décocha un puissant coup de pied en pleine tempe, l'envoyant percuter un mur à plusieurs mètres de là ! Elle avait mis assez de force dans ce coup pour lui briser la nuque à coup sûr.
Elle se retourna vers Hazel et Arthur.
— Suivant, dit-elle froidement en levant un poing menaçant vers eux.
Hazel fit un pas menaçant vers elle mais s'arrêta en entendant Arthur derrière lui.
— Laisse-la-moi, Hazel, je crains que quelqu'un comme toi ne soit pas à la hauteur.
Hazel lâcha un grognement mais s'écarta, toisant son acolyte avec colère. Arthur s'en moquait, il n'avait d'yeux que pour elle. Sélénée le regardait aussi, mais sans aucun sentiment en tête, le passé était révolu et il était à présent son ennemi. Une proie facile en plus.
— Tu crois vraiment pouvoir me battre ? Tu n'es qu'un homme sans Semblance. Tu n'as aucune chance.
— Oh, je n'en doute pas. Tu as toujours eue une excellente mémoire. Mais vois-tu, Sa Majesté m'a offert plusieurs cadeaux pour m'occuper de vous.
Il écarta sa main de son torse mais rien ne se passait. Sélénée se prépara néanmoins à tout danger.
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Elle vit un phénomène étrange : tout autour d'Arthur, le sol en goudron et les débris de béton de la maison commencèrent à grésiller et à fumer sous l'intensité d'une chaleur surnaturelle. Sélénée comprit, mais ce qu'elle voyait était…
— …Impossible…
Arthur commença tranquillement à marcher vers elle, indifférent à ce qui l'entourait, un sourire énigmatique aux lèvres.
— Pas pour ma Reine.
La surprise passée, Sélénée réalisa que ce n'était pas aussi surprenant. « Elle » était l'autre côté de la Vie, qu'elle dispose des mêmes pouvoirs ne soit pas si étonnant… Une vie prolongée et une Semblance destructive. Tout ce qu'il aurait pu rêver…
— Ta reine est bien couarde pour t'envoyer à sa place.
Hazel fit un pas dans sa direction… avant de se raviser. Il croisa les bras et détourna la tête, comme si ce combat n'avait plus d'intérêt à ses yeux. Elle ne comprenait pas. C'était un guerrier, l'honneur était aussi important que le combat pour lui. Il n'aurait jamais laissé un tel affront impuni. À part si…
Cette fois, elle ne réagit pas assez vite en entendant le bruit derrière elle. Un coup de poignard l'atteignit au bas du dos. La douleur et la pression de la lame la firent basculer en avant et ce ne fut que par sa volonté qu'elle réussit à poser un pied devant elle pour ne pas tomber à genoux devant eux. Arthur cessa de marcher et aussitôt les courants de vents brûlants se dissipèrent autour de lui. Il souriait avec une douceur trompeuse.
Un quatrième adversaire ?
Non. Elle tourna la tête et découvrit Tyrian, ses yeux jaunes devenu bleus alors qu'une immonde queue de scorpion s'enfonçait plus encore dans sa chair… Un faunus… ?! Voilà pourquoi… Un humain n'aurait pas survécu autrement…
— Les apparences sont trompeuses, Fille du Père, dit-il en chassant le sang qui coulait d'une entaille à son front.
Tyrian fit tourner son dard dans la plaie et Sélénée laissa s'échapper un cri, puisant toujours plus en elle pour ne pas ployer. Elle sentait le poison circuler dans ses veines, paralyser progressivement ses membres, ses muscles. Son esprit s'embrouillait, elle n'arrivait plus à penser correctement, des étoiles brillaient devant ses yeux… Ses dents étaient serrées au possible mais elle parvint à articuler à l'attention de son assaillant.
— L'odeur…
— Hein ? dit Tyrian. Oh c'est vrai que la pierre qui fond est ragoutant mais on s'y fait assez vite...
— L'odeur des Faunus est particulière… Aah…Ils… ont une part animale très puissante… Impossible de la confondre…
Tyrian se tourna vers Arthur, attendant un ordre qui ne venait pas.
— Qu'est-ce que tu dis ? demanda Athur avec méfiance.
Le masque de douleur de Sélénée se changea.
Un sourire mauvais se dessina sur son visage. Un sourire de mort, de folie et de tuerie…
— Je dis juste que lorsque j'affronte un faunus, je prends mes précautions. Comme par exemple…
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Soudainement, elle se redressa comme si la douleur s'était tue. Incapable de comprendre ce qui se passait, Tyrian la vit se tourner vers lui, alors que sa queue continuait à injecter une quantité quasi-mortelle dans son organisme ! Les yeux de Sélénée se posèrent sur lui comme un oiseau sur un insecte.
—Elle est immunisée ? comprit-il trop tard.
— Bingo !
Le faunus vit alors le contour de Sélénée s'agrandir. Une inquiétante brume noire émanait du corps de la femme. Elle tendit une main devant elle et une partie de la brume se solidifia alors en une hampe noire comme de l'ébonite. Puis l'un des bouts devint un métal qui s'allongea en une longue forme incurvée facilement reconnaissable par tous les êtres vivants :
Une faux.
Une gigantesque faux !
Sous les yeux des envoyés de Salem, Sélénée venait de se transformer en véritable incarnation de la Mort…
