Réveil et confusion

Sa tête la faisait souffrir. Comme si quelque chose lui cognait l'intérieur du crâne à allure régulière. Elle aurait voulu que cela cessât, pour qu'elle pût se rendormir et finir sa nuit. Enfin, c'était étrange, car elle sentait une lumière vive percer à travers ses paupières, une lumière de soleil d'été. N'était-ce donc pas la nuit ? Andromeda ouvrit alors difficilement les yeux pour s'en rendre compte, mais elle fronça aussitôt les sourcils. Le plafond n'était pas celui de son lit à baldaquin il était haut, large et blanc. Où était-elle ? La jeune fille tenta de se remémorer ce qui avait pu se dérouler la vieille, mais son esprit était confus. Elle se souvenait de ses cours et des examens qui approchaient. Elle devait d'ailleurs se remettre rapidement à réviser.

Andromeda se redressa alors pour observer la pièce. Ce n'était définitivement pas son dortoir. Le lit dans lequel elle se trouvait était entouré par des rideaux blancs qui lui bloquaient la vue sur ce qui se trouvait derrière. C'était l'infirmerie. Elle y était entrée quelques fois déjà, mais en était vite ressortie. Elle n'aimait pas l'ambiance pesante qui y régnait. Mais comment avait-elle bien pu se retrouver là ? Elle tira finalement les draps qui la recouvraient et se mit debout, tentant d'ignorer les protestations de son crâne dont la douleur s'était faite plus vive. Pieds nus, elle passa entre les rideaux tirés, jetant des regards de tous les côtés. L'infirmerie était silencieuse, et la jeune fille ne pouvait deviner la présence d'autres personnes derrière les différents tissus, mais ses yeux tombèrent sur la grande porte de sortie à la fin du long couloir central. Elle s'y dirigea d'un pas rapide. Elle désirait sortir de là au plus vite, que personne ne pût remarquer qu'elle fût là. Elle ne savait pourquoi, mais elle se sentait quelque peu honteuse de se trouver là, alors même qu'elle en ignorait la raison. Etait-ce simplement dû à cette migraine incessante ?

Andromeda sursauta alors brusquement quand un petit toussotement la tira de ses pensées. Elle se retourna vivement vers l'origine de ce bruit et ouvrit de grands yeux. Une fille, dont le visage ne lui était que vaguement familier, lui souriait sans retenue depuis son lit. Elle avait elle-même tiré ses rideaux, semblait-il, pour avoir vue sur la porte d'entrée.

« Bonjour », lança-t-elle, mais Andromeda continua à la dévisager sans répondre. Elle ne lui inspirait pas confiance.

« Tu as l'air plus en forme que ce qu'on raconte. Ils t'ont pourtant refusé toute visite. Que s'est-il passé avec Bigs ? L'école est impatiente de savoir. Je voulais faire ma petite enquête mais ta sœur m'a facilité la tâche en me jetant un sortilège insectisant. »

Andromeda ouvrit de grands yeux. Bigs ? Que s'était-il passé avec Bigs ? Comment pouvait-elle répondre alors qu'elle-même n'en savait rien ? Elle ouvrit alors la bouche pour nier que quelque chose se fût passé, mais soudainement, les événements de la veille lui revinrent en tête. Elle se souvint alors du cours du professeur Bigs, de sa demande de rester après celui-ci, de leur discussion étrange, puis d'une petite boîte qu'il lui avait montrée et de la fumée noire qui en était sortie quand elle s'était ouverte, mais plus rien ensuite. Le vide total. Que s'était-il passé ? Tous ces souvenirs lui revenaient en tête comme un puzzle, et elle sentit alors la douleur de sa tête se vivifier à n'en plus être supportable. Elle tenta de l'apaiser en pressant ses mains sur ses tempes, mais rien n'y fit. C'est alors qu'une voix s'éleva brusquement derrière elle, l'appelant, suivie de longs et rapides pas.

« Miss Black, vous n'avez pas l'intention de sortir d'ici ainsi, j'espère ! »

C'était l'infirmière, Mrs Weaver, qui s'approcha d'Andromeda et l'inspecta d'un rapide coup d'œil. Elle jeta ensuite un regard sévère vers la fille assise sur son lit et lui lança :

« Veuillez garder votre nez en dehors des affaires des autres, Miss Skeeter. »

Sans qu'elle eût le temps de protester, Mrs Weaver ferma ses rideaux d'un coup de baguette magique et poussa doucement Andromeda pour lui faire regagner son lit.

« Vous ne pouvez pas sortir maintenant, Miss Black, vous n'êtes pas encore remise, et le désordre va mettre un peu de temps à se dissiper. »

La jeune fille ne répondit rien et rejoignit son lit sans protestation. Elle n'avait plus grande envie de sortir de là, si ce qui s'était passé la veille avait attiré l'attention de toute l'école. De plus, son mal de tête ne s'apaisait pas.

« Je vais vous donner une potion pour votre tête. Vous poserez les questions que vous avez envie de poser plus tard, mais pas à moi. »

Andromeda fronça les sourcils. Qui répondrait à ses interrogations ? Car elle avait bien mille questions à poser à propos de cette affaire. Mrs Weaver lui fit boire une potion qui avait un goût curieux, mais elle n'eut pas le temps de sentir sa douleur se dissiper qu'elle avait sombré dans un sommeil sans rêve.

Elle revint à elle de longues heures plus tard, alors que le soleil avait commencé sa descente dans le ciel. Ce fut de petites voix murmurantes qui la réveillèrent et la jeune fille ouvrit les yeux dans l'espoir de voir sa sœur ou ses amis, mais ce n'était aucune de ces personnes qui se tenait au pied de son lit, discutant avec Mrs Weaver. Devant elle, le professeur Dumbledore l'observait, accompagné du professeur Slughorn, et quand il vit qu'elle s'était réveillée, il lui dit, d'une voix douce :

« Bonsoir, Miss Black. »

Surprise, Andromeda mit un temps avant de répondre :

« Bonsoir, professeur. »

Alors, Dumbledore se tourna vers Mrs Weaver et la pria de les laisser seuls. Et tandis qu'elle se retirait vers son bureau, il fit un signe de tête au professeur de potions qui acquiesça puis se dirigea vers la sortie après avoir adressé un petit sourire à la jeune fille. Le directeur vint ensuite s'asseoir sur la chaise située près du lit d'Andromeda et la regarda, par-dessus ses lunettes en demi-lunes. D'une certaine façon, la jeune fille eut l'impression qu'il lisait en elle, qu'il pouvait comprendre sa confusion et ses interrogations malgré l'air impassible qu'elle tentait de garder en surface. Enfin, il parla, après lui avoir adressé un sourire :

« J'aimerais tout d'abord savoir, Miss Black, comment vous vous sentez ?

— Bien, répondit automatiquement Andromeda.

— Votre tête vous fait-elle encore souffrir ?

— Non. »

Cela était vrai, la douleur avait disparu, mais la jeune fille pensa que les effets anesthésiants de la potion de Mrs Weaver ne s'étaient peut-être pas encore dissipés totalement.

« J'en suis ravi », répondit alors Dumbledore avec un nouveau sourire qui parut étrangement sincère à Andromeda. Elle ne comprenait pas pourquoi ce sorcier, à qui elle n'avait jusqu'alors jamais adressé ma parole, compatissait à ses souffrances. Ce n'était pas normal. Un homme compatissait pour sa famille et ses amis, pas pour des étrangers.

« A présent, je suis certain que vous avez des questions à propos de ce qui s'est passé hier avec le professeur Bigs. Cependant, il nous faut commencer par le début, et c'est, je pense, à vous de débuter le récit.

— Mais... Le professeur Bigs... » contesta la jeune fille d'une voix calme. Elle n'avait guère envie de raconter ce dont elle se souvenait et encore moins de se remémorer ce qu'elle ne se rappelait pas.

« Malheureusement, le professeur Bigs n'est pas prédisposé à nous raconter sa version des faits. »

Andromeda fronça les sourcils. Que lui était-il finalement arrivé ?

« La raison viendra avec le temps », ajouta Dumbledore, comme s'il avait lu dans ses pensées. Le silence s'installa un moment entre eux tandis qu'Andromeda se demandait ce qu'elle devait faire. Elle n'aimait pas se livrer si ouvertement, encore moins à des personnes qu'elle ne connaissait pas, et surtout pas à un sorcier dont on lui avait souvent répété de se méfier.

« Pourquoi devrais-je vous raconter cela ?

— Parce que c'est en prenant conscience de nos erreurs qu'on évite de les répéter. Le professeur Bigs a été un bon enseignant, avec une très grande connaissance des forces du mal contre lesquelles il vous a appris à vous défendre, mais peut-être n'était-il pas la bonne personne pour ce poste. C'est ce que j'aimerais savoir. »

Andromeda ne pouvait pas juger de cela, elle avait eu trop d'a priori à son sujet pour avoir un avis objectif sur sa façon d'enseigner. Mais elle avait soudainement envie de faire confiance à ce sorcier qui, aussi âgé qu'il semblait être, lui parlait comme si ce qu'elle avait à dire importait, oubliant qu'elle n'était finalement encore qu'une enfant. Elle prit alors une longue inspiration et regarda le directeur dans les yeux.

« Je l'ai croisé à la bibliothèque mercredi, nous nous sommes salués, et quand j'ai remarqué, par hasard, qu'il voulait emprunter des livres en rapport avec la magie noire, il m'a posé une étrange question. » Elle marqua une pause. « Il m'a demandé ce que j'en pensais.

— Et que lui avez-vous répondu ?

— Je n'y avais jamais réfléchi… alors je lui ai simplement répondu que je n'avais pas d'avis. Et ensuite, il m'a demandé de rester à la fin de son cours suivant. Ce que j'ai fait.

« Je n'avais pas pensé que ça pouvait avoir un rapport avec notre précédent échange, mais il m'a dit que ma réponse l'avait intéressé. Parce qu'en général, les gens considèrent la magie noire comme mauvaise ou en sont fascinés. Alors, il m'a dit qu'il avait travaillé au Ministère comme conjureur de magie noire, parce qu'elle le fascinait.

« Et il m'a alors demandé de l'aider, parce qu'il avait récupéré un objet dont il n'avait jusque-là pas réussi à briser le sort. Je n'avais pas compris en quoi je pouvais l'aider. Donc il l'a sorti d'un des tiroirs de son bureau. C'était une petite boîte fermée, et dessus... »

A ce moment, elle se tut, se rendant compte qu'elle ne pouvait divulguer cette information. Elle ne pouvait dire qu'elle s'était retrouvée nez à nez avec un objet ayant appartenu à sa noble famille et qui renfermait de la magie noire. Mais elle ne pouvait laisser sa phrase en suspens. Ce qui s'était passé la veille dépendait de ce détail. Si elle devait se taire maintenant, elle aurait dû ne rien dire du tout dès le début. Alors, Dumbledore, remarquant son hésitation, finit par lui dire :

« Cette discussion restera bien entendu entre nous, et vous ne serez aucunement jugée. »

Andromeda acquiesça et baissa les yeux. Cet homme savait placer des mots justes pour donner de la confiance. D'une petite voix, oubliant ses craintes, elle reprit :

« Dessus, il y avait les armoiries de ma famille. Et puis, je ne sais pas pourquoi, je l'ai prise dans mes mains et elle s'est ouverte.

— D'elle-même ?

— Je… Je lui ai demandé de s'ouvrir. Je ne sais pas comment… pourquoi j'ai dit ça. Je n'aurais pas dû…

— Ce qui est fait ne peut pas être défait. Continuez, je vous prie.

— Je... Ensuite, une fumée noire a commencé à sortir du coffret et à monter vers moi, alors j'ai voulu le lâcher, mais le professeur Bigs l'a prise et la fumée l'a entouré et il a crié et... »

Et c'était la fin de son récit. Elle sentait son cœur battre à toute allure. Elle se souvenait également d'un coup qu'elle avait reçu sur la tête, mais elle n'avait toujours pas compris ce qui en était l'origine.

« Et cette fumée a endommagé le cerveau du professeur Bigs, continua alors Dumbledore d'un air triste, il vit, mais ne réagit plus à ce qui l'entoure. »

Andromeda fronça légèrement les sourcils. Cette magie était-elle donc si dangereuse ? Avait-elle donc réchappé au même sort ? Elle se sentit soudainement envahie par une bouffée de chaleur.

« Mais cette fumée n'a pas seulement atteint le professeur Bigs, n'est-ce pas ? demanda alors le directeur d'un air soucieux.

— Non, répondit Andromeda après une pause, je... J'ai vu et entendu des choses. Je ne sais ce que c'était, mais... Il y avait des choses horribles, des corps, des cris... D'où est-ce que ça venait ? Vous le savez, vous ? »

Dumbledore s'accorda un temps de réflexion avant de dire doucement :

« C'était, je pense, des souvenirs. Les souvenirs de la personne qui les a enfermés dans cette boîte et qui souhaitait que seuls ses descendants puissent y avoir accès.

— Et... Où est-elle maintenant ? »

A cette question, Dumbledore afficha un sourire énigmatique.

« En lieu sûr, bien entendu. Le professeur Bigs n'aurait pas dû être encore en possession de cet objet. Mais à présent, je doute que quelqu'un cherchera à découvrir ses secrets. »

En quelque sorte, Andromeda se sentit rassurée. Penser que cette boîte renfermait des vrais souvenirs lui faisait froid dans le dos. A présent, elle voulait l'oublier, si cela était possible, et reprendre sa vie comme si de rien n'était, même si elle se doutait que cette expérience était encore trop imprégnée dans son esprit pour l'ignorer totalement.

« Mais comment le professeur Bigs a-t-il eu cette boîte ?

— Comme il vous l'a dit, il a travaillé au Ministère où il se voyait confier des objets de ce genre pour les étudier et les rendre inoffensifs. Il devait toujours les restituer après un certain moment, qu'il eût réussi à les traiter ou non. Le professeur Bigs avait finalement été obligé de poser sa démission, à cause de la disparition de certains de ces objets, alors qu'il n'était pourtant pas prouvé qu'il en fût la cause, et bien qu'il eût toujours nié. Plusieurs des objets disparus ont par la suite été retrouvés chez un autre conjureur. Mis hors de cause, le professeur Bigs a été rappelé par le Ministère, mais celui-ci a refusé de réintégrer son poste. C'est pour cela que je lui ai proposé celui de professeur de Défense contre les forces du mal, ce que je regrette, à présent. »

La jeune fille resta silencieuse quelques instants. Bigs avait ainsi dérobé le coffret au Ministère. Etait-ce dans l'unique but de trouver comment conjurer son maléfice ? Cela sonnait étrangement faux. Elle sentait que son professeur de Défense contre les forces du mal ne lui avait pas tout dit de ses intentions, et en quelque sorte, cela l'inquiétait. Avait-il souhaité faire quelque chose de mal ? Avait-il souhaité lui faire du mal ? Elle frissonna à cette pensée. Finalement, elle n'était pas sûre de vouloir comprendre ce qui aurait pu se passer si le professeur Bigs avait réussi à neutraliser la magie du coffret. Elle tenta de détourner son esprit de cette réflexion et demanda au professeur Dumbledore :

« Mais... Que s'est-il passé exactement, après que je me suis évanouie ? La fille, tout à l'heure, elle disait que tout le monde voulait savoir, mais... Cela signifie que tout le monde est au courant ?

— Ah oui, fit Dumbledore avec un grand sourire, il est vrai que depuis hier soir, les rumeurs les plus folles courent dans toutes les maisons, mais peu approchent la vérité. Nous avons bien entendu prévenu les élèves que le professeur Bigs serait dans l'incapacité d'assurer ses cours jusqu'à la fin de l'année, mais que les examens de Défense contre les forces du mal auraient lieu comme prévus. Il me semble tout de même que l'élève qui vous a trouvée après cet incident, a su rester discret. Il a d'ailleurs rapidement fait prévenir Mrs Weaver et moi-même, et est resté à vos côtés jusqu'à notre arrivée.

— Qui ? » interrogea Andromeda. Elle se demanda si c'était un de ses amis qui avait dû revenir la chercher en pensant que son entrevue avec Bigs durait trop longtemps.

« Mr Tonks. Charmant garçon mais quelque peu étourdi, répondit Dumbledore sur un ton léger. Il avait oublié une de ses affaires dans la salle de classe. »

Tonks ? Un Sang-de-Bourbe l'avait trouvée dans cet état et était resté un temps à côté d'elle ? Après ce qu'il s'était passé quelques jours auparavant, elle ne pouvait imaginer qu'il n'eût rien dit à ses amis, c'était pourtant une occasion de prendre sa revanche, de se moquer d'elle.

« Avez-vous encore des questions, Miss Black ? »

En vérité, Andromeda aurait pu passer sa soirée à poser des questions ou à reposer celles pour lesquelles elle avait déjà eu une réponse, pour être sûre. Mais elle n'avait jamais aimé laisser sa curiosité prendre le dessus.

« Est-ce que le professeur Bigs s'en remettra ? » demanda-t-elle alors simplement. Ce n'était pas dans un élan de compassion que cette interrogation l'avait traversée, elle ne savait plus très bien ce qu'elle pensait de lui à présent, mais elle désirait finalement tout de même connaître la gravité de l'affaire.

« Seul le temps nous le dira, répondit le directeur, mais il a été atteint par un maléfice puissant. Il est entre les mains des meilleurs médicomages de Ste Mangouste, à présent.

— Alors c'est vrai que le poste de professeur de Défense contre les forces du mal est maudit, n'est-ce pas ? On dit qu'aucun professeur n'est resté plus d'un an depuis une dizaine d'années.

— Cela aussi, le temps nous le dira, mais j'ose espérer que cette malédiction se terminera bientôt, car je commence à être à court de professeurs. »

Andromeda sentit une pointe de malice dans sa voix. Puis elle le vit se lever. La discussion allait se terminer.

« A présent, il vous faut vous reposer, mais je crois que vos amis vont vouloir vous voir avant le repas. J'ai dit à Mrs Weaver qu'elle pouvait vous autoriser quelques visites aujourd'hui et au professeur Slughorn de les prévenir.

— Est-ce que je peux...

— Leur parler de ce qu'il s'est passé ? C'est à vous de le décider. Cette affaire est la vôtre à présent. Bien, bonne soirée ! »

Cette fois, il s'était levé et allait se retourner, mais la jeune fille ne souhaitait curieusement toujours pas le voir partir.

« Professeur ? Encore une dernière chose.

— Oui ?

— Quand vais-je pouvoir sortir ?

— Quand vous vous sentirez prête.

— Mais... Les examens commencent dans deux jours.

— Au vu de ce qu'il s'est produit, vous en serez bien entendu dispensée.

— Mais je souhaite les passer. »

A cette réponse, Dumbledore sourit et acquiesça. Andromeda avait travaillé dur pour réussir au mieux ces examens. Tous ses efforts seraient vains si elle ne pouvait s'y présenter.

« Dans ce cas, vous les passerez ici-même sous la surveillance de Mrs Weaver si vous le désirez.

— Je... Merci. »

Il était étrange d'entendre ce mot sortir de sa bouche sans qu'il s'adressât à un membre de sa famille ou un de ses proches amis, mais elle avait senti que c'était le seul convenable après cette discussion, et au fond d'elle, elle ne le regrettait pas.

Le directeur l'observa encore un moment à travers ses lunettes en demi-lunes, puis il salua la jeune fille et la laissa seule, refermant le rideau derrière lui.

La jeune fille resta un moment assise, à ressasser dans sa tête ce que lui avait dit le professeur, tel qu'elle ne remarqua qu'au dernier moment les voix qui s'étaient rapprochées rapidement de sa cellule. Elle constata avec plaisir que sa sœur ainsi que Rabastan, Rodric et Melinda étaient venus la voir.

« Andy ! l'appela Bellatrix avec un grand sourire. Tu as mis trop de temps à te réveiller, j'en avais marre d'attendre devant cette satanée porte, surtout en sachant que cette murlap de Skeeter était à l'intérieur. Je ne comprends même pas pourquoi ils nous ont refusé l'accès !

— Pour éviter toute la cacophonie que tu es en train de faire, Black, répliqua Rabastan.

— La ferme, Lestrange. Andromeda se serait réveillée bien plus tôt au moins !

— Merci de te proposer comme réveil, Bella, répondit l'intéressée, mais je crois que j'avais bien besoin de ce surplus de sommeil.

— Dans tous les cas, l'attitude de Dumbledore a été intolérable. Il n'a voulu rien dire. J'avais pourtant le droit d'être au courant ! Du coup, je ne sais que ce que Père a eu le temps de me lâcher avant de repartir.

— Père était là ?

— Oui, Dumbledore l'a convoqué hier soir pour lui expliquer ce qui s'était passé.

— Et est-il venu...?

— Te voir ? Non, il est reparti juste après avoir vu Dumbledore. Il avait l'air énervé. »

Andromeda ne demanda rien de plus. Elle sentit naître une pointe de déception dans son cœur. Ainsi, son père s'était déplacé jusque-là mais n'avait pas pris la peine de lui rendre visite. D'un autre côté, il était peut-être préférable qu'il ne l'eût pas vue dans cette situation humiliante et il avait certainement d'autres problèmes plus importants à régler autre part. C'était un homme occupé.

« Et sinon, ça va ? demanda alors Melinda, soucieuse, qui était restée silencieuse jusqu'à présent.

— Oui, je vais très bien. L'infirmière m'a donné une potion pour mon mal de tête. »

Le groupe continua à échanger pendant encore un petit moment, mais personne n'osa demander à la jeune fille ce qu'il s'était réellement passé la veille, car ils voyaient bien qu'elle semblait encore troublée par l'affaire. Seule Bellatrix resta une fois que les autres eurent décidé d'aller prendre leur repas, et elle n'eut pas besoin de demander à sa sœur de faire son récit, celle-ci se lança toute seule, rapidement et brièvement. L'aînée l'écouta silencieusement, mais son visage affichait ses nombreuses réactions, et à la fin de l'explication de sa cadette, la colère se lisait ouvertement sur son visage.

« Je le savais depuis le début que ce sorcier n'était pas net, il n'y avait qu'un idiot comme Dumbledore pour ne pas le voir ! Bigs a bien mérité son état actuel. Il a cherché à t'humilier et t'utiliser. »

Andromeda acquiesça silencieusement, même si elle n'aurait pas émis un jugement si sévère sur le professeur Dumbledore. Personne n'avait pu prédire les réels intérêts de Bigs, elle la première.

Bellatrix fut finalement priée de sortir par Mrs Weaver sous prétexte qu'Andromeda devait se reposer. Mais celle-ci ne se sentait plus fatiguée, à présent. Elle n'avait fait que dormir depuis la veille et elle aurait préféré passer ce temps-là à réviser pour ses examens, mais l'infirmière lui rapporta une autre potion qui la plongea dans un nouveau sommeil profond jusqu'au lendemain matin.

Ce jour-là, elle eut le droit à autant de visites qu'elle le désirait, mais elle renvoya tout le monde, pour qu'elle pût réviser, une fois que Melinda fut passée pour lui apporter ses livres et parchemins de cours.

La semaine d'examens commença alors sans que la jeune fille eût le temps de repenser au récent événement. Elle passa les épreuves à l'infirmerie, comme Dumbledore lui avait promis, sous la surveillance de Mrs Weaver. Puisqu'Andromeda était la seule élève qui était restée pendant cette période, cette dernière n'avait de toute façon aucune autre occupation.

Mais en milieu de semaine, la jeune fille décida qu'il était temps pour elle de sortir de son antre. Selon ses camarades, les pensées des élèves de Poudlard avaient fini par être totalement absorbées par les examens, ce qu'elle constata le jeudi matin, même si elle sentit les regards se poser sur elle quelques instants, par curiosité. Mais personne ne lui posa de question, et même Rita Skeeter ne s'intéressait déjà plus à elle, enthousiasmée par d'autres commérages plus actuels. Andromeda prit ainsi l'habitude de marcher dans les couloirs sans prêter attention aux visages qu'elle croisait, en se coupant du monde, gardant ses pensées focalisées sur le contenu de ses cours, qu'elle connaissait par cœur maintenant et qu'elle se récitait machinalement dans sa tête. Elle se laissait guider par son instinct, et les autres se décalaient sur son passage comme ils le faisaient pour les fantômes qui peuplaient le château, préférant ne pas attirer l'attention de la jeune Black dont le regard déconnecté la rendait plus sombre à leurs yeux. Elle ne réagissait qu'à l'appel de son prénom, ignorant les braves qui osaient lui adresser des remarques moqueuses.

Mais elle ne reconnut pas la voix qui l'interpela par son prénom, le vendredi soir, à la sortie du dernier examen. Elle se retourna cependant sans se méfier et fut surprise de voir le visage de Ted Tonks la fixer d'un air attentif. La jeune fille fronça les sourcils. Que lui voulait-il ? Et comment osait-il utiliser son prénom ?

« Je... commença-t-il, Je suis content de voir que tu vas bien. »

Andromeda ne put empêcher un air surpris de s'afficher sur son visage. Cherchait-il à l'humilier ? Etait-il même assez intelligent pour chercher à l'humilier ? Cela lui semblait être l'intention la plus logique, mais elle ne décelait pourtant aucune malice dans ses yeux. Il n'y avait que de la sympathie, une sympathie dont elle n'arrivait pas à deviner l'origine. Elle continua à le fixer pendant encore de longues secondes, se demandant comment elle pouvait bien réagir à cela, mais le long silence commença à déstabiliser le jeune garçon dont le regard la fuya.

« Je... Non, oublie, je n'ai rien dit, lança-t-il finalement en reprenant son chemin, désolé de t'avoir dérangée, Black. »

Il s'en alla alors d'un pas rapide, sans jeter d'autre regard vers la jeune fille. Elle resta encore quelques instants immobile, essayant de donner un sens à ce moment incompréhensible pour elle. Mais ses pensées étaient confuses, et elle finit par se dire qu'il devait être normal pour elle de ne pas appréhender un être si différent d'elle. Il n'était qu'un Sang-de-bourbe, après tout. Elle reprit donc son chemin vers la salle commune, essayant de lier ce moment à ce que lui avait dit Dumbledore. Comment, malgré la rancœur qu'il devait avoir pour elle, n'aurait-il pas cherché à l'humilier après l'événement de la semaine passée, et pour quelle raison chercherait-il à lui démontrer de la sympathie ? Tout était étrange.

« Ça ne va pas, Anne ? » entendit-elle alors la voix de Melinda lui demander. La jeune Black était arrivée dans la salle commune des Serpentard et ses amis l'y attendaient, affalés dans les fauteuils près de la cheminée où semblaient se consumer des flammes de glace. La journée avait été chaude et les astuces de climatisation ne manquaient pas parmi les élèves.

« Tout va bien, » répondit Andromeda en observant Rodric s'asperger le visage de brume d'eau avec l'aide de sa baguette. Elle se dirigea ensuite vers son dortoir, prétextant qu'elle devait ranger ses affaires, mais n'y sortit plus de la soirée.

Avec la fin des examens, seul l'incident avec le Professeur Bigs pouvait tenir occupées ses pensées, et la morosité la gagna pendant les dernières semaines de l'année scolaire, que même l'obtention de ses résultats ne fit pas disparaître.

Elle avait d'ailleurs globalement très réussi, obtenant des notes excellentes en sortilèges et en potions, mais en échouant totalement à son examen de Défense contre les forces du mal. Malgré tous les efforts qu'elle avait fournis les derniers mois, elle avait senti toutes ses connaissances la quitter lorsqu'il lui avait fallu se pencher sur cette matière qu'elle pensait définitivement maudite.

Curieusement, ce fut en reprenant le train pour rentrer chez elle, et en retrouvant sa famille qu'elle parvint à se détacher quelque peu de l'événement de cette fin d'année, sans l'oublier pour autant. Elle se sentait en sécurité chez elle, où personne, pensait-elle, ne pouvait lui faire du mal. Revoir sa petite sœur l'apaisa également, car celle-ci allait rentrer à Poudlard à la fin de l'été, et sa bonne humeur animait le manoir.


Voici pour les réponses que vous attendiez ! Un grand merci d'ailleurs aux personnes qui m'ont laissé un commentaire pour le dernier chapitre !

La deuxième année d'Andromeda se termine donc, et de nouvelles épreuves l'attendront en troisième année (qui s'étendra, comme vous l'aurez compris sur une demi-dizaine de chapitres) !