Alors c'est comme ça qu'on fait pour laisser un petit commentaire avant un chapitre ! (mode pas douée)
Merci à tous pour vos commentaires et pour vos vues. Ça m'encourage vraiment à poursuivre :). La suite mardi prochain si tout se passe bien.
Bien. 11° chapitre déjà. La situation des deux frères se complique. ENJOY.
Des hurlements s'élevèrent dans le camp de Tadashi mais plus encore parmi leurs adversaires. La peine de mort était abolie dans le pays depuis des années, mais apparemment les lois que Hiro connaissait n'avaient plus court. Même si on emmenait déjà son grand frère dans l'arrière salle, même si tante Cassie semblait effondrée, Hiro, lui, n'avait pas peur. Il savait très bien ce qu'il lui restait à faire. Le piège tendu ne lui laissait plus d'autre choix que la capitulation. Pour l'instant !
Le regard du procureur parcourut l'assistance d'un air triomphant puis s'arrêta longuement sur lui. L'homme ne fut pas surpris de voir que l'enfant n'observait que lui. Il engagea avec lui un affrontement de volonté uniquement visuel. Hiro essaya de lui signifier qu'il n'était pas dupe qu'il avait très bien compris ce que Sand attendait de lui que le combat qui se jouait, se jouait entre eux deux et seulement entre eux deux. La vie de Tadashi dépendait des choix que prendrait le jeune garçon et du bon vouloir de monsieur le procureur.
Le visage d'Hiro n'était pas celui d'un vaincu, plutôt celui de quelqu'un à qui on vient de déclarer la guerre et qui la déclare en retour. Il cherchait à envoyer se message :
« Je ne vous laisserez pas vous en prendre à ma famille. »
Hiro se retourna et attrapa son sac.
-Qu'est-ce que tu fais ?
Tante Cassie n'avait pas perdue tout ses esprits visiblement. Hiro tira de son sac deux bottes. Il était hors de question qu'il se présente devant son adversaire dans un fauteuil roulant. Il avait terminé de concevoir ces bottes la veille à l'aide de son imprimante en trois dimensions. Le principe de fonctionnement était enfantin : elles se resserreraient autour de ses mollets à chacun de ses pas. Son corps pèserait sur eux plutôt que sur ses voutes plantaires qui elles ne toucheraient pas le sol. Comme à son habitude, il avait fait de sa création un objet voyant : rouge vif et argent. Il commença à les enfiler.
-Qu'est-ce que tu fais, répéta sa tante ?
-Je vais parler avec monsieur Sand, face à face.
Elle avait l'air surprise. Hiro souffla. Il était trop énervé pour tout lui réexpliquer.
-On t'a déjà dit que c'est à cause de moi que Tadashi est là. Je vais négocier. J'ai pas le choix.
Hiro se leva sur ses jambes. Il avait complètement oublié à quel point on se sent grandi lorsqu'on se tient sur ses jambes. Il se sentait fort dans ses nouvelles chaussures. De toute manière, il aurait soulevé des montagnes pour sauver Tadashi. Tante Cassie ne savait pas si elle était davantage surprise par le fait qu'il venait de se lever ou par ce qu'il prévoyait de faire. Elle ne fit aucun commentaire et suivit Hiro lorsqu'il s'éclipsa de la salle des débats.
Ils sortirent ensemble. Ils semèrent aussi bien les amis que les curieux et se rendirent au premier étage. Tante Cassie était obligée de trainer la chaise roulante d'Hiro derrière elle. Ils arrivèrent devant le bureau de Sand. Une femme rousse d'une quarantaine d'années, qu'Hiro prit pour la secrétaire de l'homme, vint lui demander.
-Vous voulez que j'appelle monsieur Sand ?
-Oui.
-Qui le demande ?
-Dîtes-lui que c'est lui qui m'a demandé et que maintenant je suis là.
La dame s'exécuta. Monsieur Sand se présenta à lui presque instantanément.
-Hiro Hamada.
Il accueillit Hiro avec une apparente décontraction. Il observa rapidement le garçon, des pieds à la tête. Ce n'était pas sa posture debout qui le surprenait le plus mais l'assurance dont il faisait preuve. La première fois qu'ils s'étaient rencontrés, Hiro était épuisé et blessé. Il lui avait semblé faible et fragile. Ce n'était plus le cas. Sand eut l'audace de lui tendre la main. Évidemment, Hiro ne la serra pas.
-Vous voulez qu'on parle dans le couloir ?
-Mais je t'en prie entre.
-Hiro ?
Il se tourna vers sa tante.
-Ça ira tante Cassie. Il vaut mieux que j'y aille seul.
-Je suis juste là si tu as besoin.
Hiro referma la porte derrière lui et se plaça en face du procureur qui s'était appuyé contre son bureau.
-J'ai des conditions.
En intervenant le premier, Hiro montra qu'il n'avait pas l'intention de laisser Sand menait la conversation. La réplique ne se fit pas attendre : son adversaire se mit à rire. Il croisa les bras.
-Des conditions ? Je préfèrerais qu'on commence par les miennes.
-C'est inutile. Je les connais. Je donne ma parole que je fabriquerai l'arme de destruction que vous attendez. J'irai là où vous me demanderez et j'adapterai mon invention à toutes vos exigences. Mais en échange je veux que vous libériez Tadashi immédiatement. Pas demain, tout de suite.
Sand fit un léger non de la tête. Ce n'était pas tout à fait un refus, juste une manœuvre pour faire croire à Hiro que ce n'était pas si simple.
-Je veux pouvoir mener mes recherches avec lui.
-Je ne m'opposerai pas à cette demande.
-Et bien sûr, une relaxe complète.
-Ca va de soi. C'était tout ?
-Lorsque demain les jurés déclareront Tadashi innocent, vous ne pourrez plus le trainer de nouveau ici. On ne refait pas deux fois le même procès.
Ce n'était ni une question, ni une demande. Hiro réfléchissait à haute voix.
-Nous savons tout les deux que dès que Tadashi sera hors de danger, je n'aurai plus aucune raison de vous obéir.
-Tu viens de donner ta parole.
-J'ai aussi signé les contrats de la Milice. Cette signature sur ce bout de papier, c'était un mensonge, un mensonge que j'ai été contraint de faire. C'est la même chose pour la parole que je vous donne aujourd'hui. Lorsqu'elle est forcée elle n'a aucune valeur.
-M'avouer par avance que tu ne vas pas respecter notre accord me paraît une erreur stratégique.
-Je ne vous apprends rien. Je sais que vous ne comptez pas seulement sur ma parole. Qu'est-ce que vous avez prévu ensuite ? Est-ce qu'au moins vous avez d'autres cartes à jouer ?
-Puisque apparemment tu souhaites la jouer frontale, je vais être très direct.
Sans cesser de croiser les bras Sand s'avança vers Hiro.
-Les moyens de pressions que j'ai contre toi sont plus nombreux que ce que tu sembles imaginer. A commencer par ta tante ici présente.
Même si Hiro s'attendait à cette attaque, elle lui fit tout de même mal. Il garda son sang froid même si son cœur s'emballait malgré lui.
-Vous avez tous été élus démocratiquement. Vous avez juré de respecter et de protéger les citoyens, de nous protéger. Depuis quand l'assassinat fait-il partie des méthodes du gouvernement ?
-Qui a parlé d'assassinat ? Je n'aurais même pas besoin de lever le petit doigt. Viens voir par là, Hiro.
Sand entraina le garçon devant la fenêtre de son bureau. Elle donnait sur l'entrée du tribunal. A travers la vitre on distinguait un attroupement constitué d'une cinquantaine de personnes. Sand ouvrit la fenêtre et Hiro entendit les gens scander : « A mort ! A mort ! » « Mort aux traitres ! ».
Sand observa la réaction d'Hiro : explicite. Son assurance disparaissait comme neige au soleil.
-Tu sais de qui ils parlent ?
Il ne pouvait l'ignorer. Hiro sentit un poids supplémentaire peser lourdement sur ses épaules. Il pensait combattre un homme. Il n'avait pas imaginé devoir combattre la Terre entière. Sa gorge se serra et il lutta contre les larmes. Les cris de haines continuaient et c'était comme s'ils lui étaient directement adressés.
-Lorsque les jurés auront innocenté Tadashi ça changera. Ils ne lui en voudront plus.
Monsieur Sand avait dû percevoir les trémolos de la voix d'Hiro. Il ne parvenait plus à les dissimuler.
-Tu n'y crois même pas toi-même. Tu as déjà entendu parler de ce mouvement de fanatiques ? Ils prônent un durcissement sévère des méthodes de l'État, une radicalisation de la répression, une généralisation de l'intrusion de l'État dans les affaires de chacun. C'est eux-mêmes qui se définissent comme des fanatiques. Demain, je ferais une déclaration pour innocenter Tadashi. Il sera parfaitement blanchit au regard de la loi. Mais à leurs yeux, ton frère restera coupable de trahison. De leur point de vue, nous sommes trop laxistes. Ils veulent du sang. Ils veulent tuer du colabo. S'ils se trompent tant pis. Beaucoup diront qu'il vaut mieux tuer un innocent que protéger un coupable, un meurtrier.
Sand referma la fenêtre. Le double vitrage fit taire les cris de la foule mais leurs échos continuèrent de harceler Hiro.
-Bien ! Tadashi pourra sortir dés ce soir si c'est toujours ce que tu souhaites.
Hiro faillit hurler « non » mais il resta tout simplement pétrifié. Tadashi ne devait surtout pas être libéré maintenant. C'était le jeter dans la fosse aux lions. Sand s'était redirigé vers son bureau.
-Heureusement pour vous, dans ma grande prévoyance, j'ai prévu une escorte. Quatre soldats veilleront sur vous nuit et jour. Ils ont une formation de garde du corps. Il faudra que vous les hébergiez. Ils te protégeront, toi et ta famille, aussi bien contre les fanatiques là-dehors que de la Milice lorsqu'elle aura découvert que tu bosses pour nous.
Effectivement, réfléchit Hiro, la Milice préférerait le faire assassiner plutôt que de voir les micro-robots entre les mains de l'ennemi. Merde ! Les choses ne redeviendraient jamais comme avant. Plus jamais ! Au moins, il y avait cette escorte. Elle était plus que jamais nécessaire. Même si Hiro soupçonnait l'escorte d'avoir un rôle officiel et officieux.
-Et ils feront régulièrement des rapports sur mes déplacements, ajouta Hiro lucide ?
-Ils auront la consignes de me demander l'autorisation avant n'importe lequel de tes déplacements.
-...
-Si tu essaies de me la faire de travers Hiro, et je sens que tu y penses très fort, je le découvrirais. Si tu ne tiens pas ta parole, il n'y aura plus de menaces préventives. Tu perdras quelqu'un qui t'es cher.
