CHAPITRE XI :Libéré

Les couloirs du Ministère étaient pratiquement déserts en ce vendredi matin. Un ordre général en provenance du Ministre de la Magie en personne avait déclaré cette journée comme étant un congé supplémentaire pour tous les employés de tous les départements sans exception en guise de remerciement pour tous les services rendus au courant de l'année.

Draco avait d'ailleurs sourcillé quelque peu en lisant le communiqué, songeant avec embarras qu'en conséquence, le congé qu'il avait accordé à Paul, son plus proche collaborateur, à titre de cadeau de Noël devrait être remplacé par autre chose… Il caressa l'idée de lui faire livrer l'un des traditionnels paniers-cadeaux qu'il lui envoyait à chaque année, mais pour une raison qu'il ignorait, cette pensée le rebuta et il se promit de réfléchir à une manière plus délicate de souligner le dévouement, la gentillesse et le travail incroyable que Paul exécutait pour lui. Peut-être accepterait-il son invitation pour le soir de Noël, le temps d'un verre, qui sait… Draco savait que Paul souhaitait sincèrement sa présence. Et puis s'il y réfléchissait bien, il n'avait jamais vraiment pris le temps de rencontrer sa famille, malgré tout … Oui, ce serait sûrement une bonne façon de le remercier d'une manière plus personnelle…

Draco traversa le corridor qui menait à son propre bureau et il remarqua que les seuls personnes présentes ce matin étaient les retardataires notoires du département, lesquels à n'en pas douter, étaient présents si tôt en matinée pour se débarrasser des tâches urgentes qu'ils auraient dû avoir terminées cent fois avant le congé des Fêtes.

Le blond ne fit pas attention à eux et entra dans son bureau, s'y installant comme à tous les jours. Il prit sa plume préférée, puis ouvrit son dossier sans se soucier une seule seconde du communiqué du Ministre qui flottait dans les airs au dessus de son bureau sans relâche, l'avertissant silencieusement qu'il n'aurait pas dû se trouver là ce matin.

Il prit une profonde inspiration, comme apaisé par le silence enivrant et oh! combien inhabituel de l'endroit, puis se plongea dans son travail avec la ferme intention de terminer ce qu'il avait entamé hier soir.

&&&

Ce n'est que vers les 11 heures que le blond leva le nez de ses dossiers et retira ses lunettes de lecture et s'étira, songeant vaguement qu'il n'avait pas pris la peine de lire les grands titres ce matin. Bien sûr, rien d'intéressant au niveau politique ne se jouait si près des Fêtes de fin d'année, mais Draco considérait tout de même qu'il était primordial dans son métier de se tenir bien au fait des dernières actualités, peu importe les circonstances. Et avec un peu de chance, sa lecture lui permettrait de trouver un ou deux sujets quelconques afin d'alimenter les conversations de courtoisie avec les épouses de quelques riches collaborateurs du Ministère… après tout, cet aspect aussi, faisait partie de sa tâche…

Résolu à prendre quelques minutes de repos, il se leva et vint s'asseoir dans son fauteuil donnant sur la large baie vitrée pour lire la Gazette du sorcier, le seul quotidien à être publié aujourd'hui.

Quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver face à face avec l'image d'un Harry tout sourire et rayonnant de bonheur à la une!

En gros titre, on pouvait lire : « RECHERCHÉ : Le garçon qui les a tous conquis…»

Draco resta figé un instant, bouche ouverte, avant d'ouvrir frénétiquement le journal en deuxième page pour lire l'article, terrorisé à l'idée que la presse ait tout découvert à propos de Harry, même si à prime abord, le titre ne laissait pas présager cette issue.

Près de l'article, il y avait une photo de Draco qui envoyait la main encadrée dans un cœur grotesque où flottaient périodiquement les mots « célibataire » et « à marier ». Le blond grimaça et passa une main exaspérée dans ses cheveux en se lançant dans la lecture.

« Ils sont arrivés ensemble par le côté moldu parce que j'ai l'impression que Monsieur Malfoy tentait de passer sous silence son escapade sur le Chemin de traverse. Mais le Petit est tellement sympathique qu'il est tout de suite venu à mon comptoir pour se faire servir un peu d'eau quand même. Je ne pense pas qu'il se passe quelque chose entre eux à l'heure actuelle… mais ça serait bien : Comme je disais à Draco hier, le Petit est vraiment charmant. Peut-être un peu jeune pour lui, mais vraiment charmant. »

Tom, tenancier et propriétaire du Chaudron Baveur

« Le garçon est passé et quand je l'ai regardé, il m'a sourie, alors je lui ai fait un bonjour. Il avait l'air vraiment très gentil et j'ai dit à maman que j'allais me marier avec lui quand je serai une grande fille »

Patricia, 5 ans.

« Ils ont pris le thé tous les deux. Ils discutaient à voix très basse alors je n'ai rien pu entendre de leur conversation, mais j'avais l'impression que Draco Malfoy était étrangement protecteur envers lui. Mais c'est juste une impression… C'est Monsieur Malfoy qui a réglé la note pour lui. Je trouve qu'ils feraient vraiment un couple parfait, tous les deux. J'espère que la rumeur est vraie!»

Alicia Young, propriétaire du salon de thé Feuille de Choux.

« Ils avaient l'air très complices. Draco Malfoy riait vraiment beaucoup et j'avoue que ça m'a scié; je pensais pas que c't'homme là savait rire depuis la mort du Sauveur. Je suppose qu'il venait de se passer un truc parce que le p'tit mec, lui, avait l'air complètement traumatisé. Mais peu importe, si le p'tit gars arrive à l'faire sortir de sa coquille comme ça, alors moi j'l'adore! »

Gery Hamilton, responsable de l'entretien ménager chez Gringotts.

Ce n'est là qu'un petit échantillon des commentaires que nous avons recueillis hier en fin d'après-midi suite au passage extrêmement remarqué sur le Chemin de Traverse de Draco Malfoy accompagné d'un garçon mystérieux qui, selon nos informateurs, porterait le prénom de Harry.

Rappelons -pour ceux qui auraient vécu sur une autre planète pendant quelques années- que le jeune dignitaire Draco Malfoy, éploré depuis la mort du Sauveur, porte le deuil depuis plus de 5 ans déjà et n'a jamais été vu publiquement en compagnie d'un homme dans un contexte non professionnel depuis.

Selon nos sources, les deux hommes se seraient rendus ensemble chez Madame Guipure, couturière officielle de Monsieur Malfoy, après avoir visité quelques boutiques du Chemin et n'en seraient ressortis que plusieurs heures plus tard. Considérant que le bal annuel au profit des enfants malades de Sainte-Mangouste a lieu ce soir et que le jeune sous-ministre a confirmé sa présence ainsi que celle de son « invité » auprès de l'organisation, gageons que nous reverrons le jeune éphèbe dans le paysage mondain sous peu! Malheureusement, Madame Guipure n'a voulu émettre aucun commentaire à ce sujet ni nous confirmer la chose, mais la Gazette du Sorcier sera sur place ce soir pour couvrir l'évènement et qui sait, peut-être même obtenir des aveux exclusifs… C'est une histoire à suivre!

Le sorcier grogna en apercevant le nom de Rita Skeeter en dessous de l'article et prit une note mentale d'éviter la célèbre reporter à tout prix… il ne savait que trop bien tout le mal qu'elle pouvait engendrer avec sa plume à papote et sa langue de vipère et il était absolument hors de question que Harry en souffre...

Une sensation familière se fit sentir et l'homme releva un peu la tête, paniqué, en inspirant puis expirant profondément pour se calmer, tentant à tout prix de chasser les images nettes qui dansaient déjà devant ses yeux sans qu'il n'y puisse quoi que ce soit.

FLASHBACK

-Ne craignez-vous donc pas une attaque surprise des Mangemort ce soir?

William se redressa et adressa un petit sourire au professeur Dumbledore qui se tenait près de son élève avant de répondre.

-Des mesures de sécurité très spéciales ont été prises pour éviter cela. Je sais qu'il y a toujours un risque, mais je suis bien entouré. Et puis ce n'est pas comme si j'ignorais qui sont les sympathisants de Voldemort parmi les invités.

Un frisson général lorsqu'il prononça le nom de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer le-nom sembla secouer l'assistance, ce qui sembla particulièrement énerver le jeune homme.

- Mais arrêtez donc tous de frémir comme des poules mouillées! Déclara William d'une voix assurée. Si tout le monde osait prononcer son nom, Voldemort perdrait assurément de son pouvoir et ce serait déjà une manière de commencer la lutte.

Le garçon secoua la tête pour se rappeler à l'ordre, puis poursuivit son idée :

-Enfin bref, pour répondre à votre question, non je ne crains pas une attaque car je sais précisément de qui me méfier. Beaucoup de gens présents ce soir étaient des amis ou connaissance de mes parents et j'ai grandi en côtoyant ces gens, je ne suis donc pas dupe; les Mangemort ne portent pas de masques lorsqu'ils sont entre eux, vous savez… Mais de toute manière, je ne crois qu'aucun d'eux ne soit assez stupide pour s'exposer à la justice en tentant de m'approcher. La moindre preuve supplémentaire pourrait les conduire à Askaban comme mes chers parents et ils ne le savent que trop bien.

La journaliste hocha la tête, un sourire étrange sur le visage, puis s'avança vers eux, se détachant de la foule qui était maintenant massée autour d'eux.

-Vous êtes bien courageux, pour un si jeune homme, dit-elle d'une voix forte pour être certaine d'être bien entendue par tous. C'est admirable; nommer Celui-Dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, être un membre actif de l'Ordre du Phoenix, accepter sans broncher la condamnation de vos parents… assumer votre homosexualité.

Un profond malaise se fit sentir dans la foule de gens venus entendre ou récolter les commentaires de l'Élu et tout le monde garda le silence dans l'attente de la réponse du jeune homme qui, pour un moment, sembla complètement désarçonné...

William chercha à nouveau le regard vif et bleu du professeur Dumbledore mais il ne pu y lire aucune des réponses qu'il cherchait; il ne vit dans les yeux du vieil homme que de la fierté et un appui inconditionnel envers lui, quelle que soit sa décision. Alors le jeune sorcier ne chercha pas plus loin.

Sans penser à tout ce qu'impliquait ses paroles et aux conséquences qui suivraient inévitablement ces aveux, il se lança :

-C'est après ce qui s'est passé à l'école, affirma-t-il d'une voix légèrement rauque; vous avez reçu des lettres d'étudiant pour vous demander d'annoncer la nouvelle, mais vous vouliez vérifier par vous-même avant, c'est ça? Vous essayez de me piéger…

La journaliste secoua ses boucles blondes et stoppa le mouvement convulsif de sa plume d'un vert criard en lui souriant méchamment.

-Vous piégez? Non, voyons! C'est que vous êtes une idole maintenant pour nos lecteurs, mon Petit, et puisque selon mes informateurs, vous ne semblez nullement réticent à annoncer devant d'autres élèves de votre classe que vous aimez les garçons, il semble simplement naturel que le public soit mis au courant lui aussi…

William réfléchit un instant avant de répondre au sourire victorieux de Rita Skeeter.

-Un garçon… Pas plusieurs garçons ; j'aime ce garçon.

Celui qu'on appelait l'Élu ferma les yeux très fort en grimaçant, avant d'appeler timidement son prénom.

« Draco? »

La foule se retourna vers le jeune homme aux cheveux d'un blond reconnaissable entre tous. Ce dernier pâlit ostensiblement avant de marcher très lentement vers William qui l'appelait d'un geste discret de la main sous le murmure insistant de tous les invités.

-Vous avez raison Madame Skeeter, reprit-il en souriant au garçon qui l'avait maintenant rejoint, autant pour se redonner contenance que pour rassurer l'autre jeune homme qui pâlissait un peu plus à chaque seconde. Les gens ont le droit de savoir ce qui en est exactement et je compte sur vous pour rédiger fidèlement cet article… Et puis de toute manière ce n'est pas comme si c'était nouveau; Draco et moi, nous avons toujours été inséparables. Depuis notre plus tendre enfance, en fait…

William se rapprocha de lui un peu plus et les flashs des caméras les aveuglèrent presque, ce qui l'encouragea à poursuivre.

-Mais l'adolescence fait bouger bien des choses; nous avons eu d'autres amis, nous avons été répartis dans des maisons différentes, mais ce lien entre nous ne s'est jamais atténué, au contraire. Au départ, c'était comme avant, mais ensuite… ensuite il y a eu cette jalousie que je ressentais en le voyant tisser des amitiés avec d'autres. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi je ressentais ça. Je savais pourtant que je n'avais aucune raison de me sentir menacé parce que tout son temps libre, c'était avec moi qu'il le passait et malgré tout, rien n'avait changé.

William lui sourit à nouveau et Draco fuie son regard, encore plus blanc que tout à l'heure, si c'était possible.

-Mais je me trompais, poursuivit-il. Tout était en train de changer; je me suis réveillé un matin pour m'apercevoir que je le regardais différemment -que je le regardais tout le temps, en fait!- Que sa manière de rire me plaisait. Qu'il était tellement gracieux en vol. Que j'aimais ses silences et sa solitude, son humour noir, sa répartie…

Le jeune homme haussa les épaules d'un air désolé en s'adressant plus à la foule qui était de plus en plus nombreuse à s'attrouper autour d'eux, qu'à la célèbre journaliste de la Gazette du Sorcier.

-Disons que toutes ces choses, combinées au fait qu'aucune fille ne me captivait de cette manière, j'ai fini par m'avouer que j'étais amoureux de lui…

William sentit ses joues s'empourprer un peu plus mais continua tout de même ses explications.

-J'en ai beaucoup souffert… Je le côtoyais à tous les jours sans pouvoir lui dire, toujours caché sous le masque d'un ami alors que je crevais de tout lui avouer. Mais je ne voulais pas le brusquer et je craignais plus que tout d'être rejeté ou pire, de perdre son amitié… et ça, je ne pouvais pas m'y résoudre. Alors j'ai attendu, et voilà où nous en sommes aujourd'hui, dit-il en esquissant un sourire mi-timide, mi-victorieux, en enlaçant les doigts de Draco aux siens sans lui demander son avis.

Un autre silence sembla durer une éternité et le garçon baissa les yeux, trop anxieux pour analyser la réaction des gens autour. Quelques secondes s'écoulèrent à nouveau mais une voix de femme que William ne connaissait pas demanda :

-Et alors? On veut savoir ce qui s'est passé ensuite!

Quelques voix s'élevèrent pour l'appuyer et on entendit des « oui ! » « comment lui as-tu dit? » « on veut savoir », mais aussi certains commentaires qui l'encouragèrent à continuer comme : «j'ai toujours pensé que ce petit était honnête » et « moi je trouve qu'ils vont bien ensemble » ou « Quelle force de caractère pour un si jeune homme! ».

William interrogea Draco du regard et ce dernier acquiesça silencieusement, trop épuisé et vulnérable pour protester d'une quelconque manière.

-Pour faire une histoire courte, disons que nous nous étions disputés tous les deux; il voulait m'accompagner à quelque part –dans un endroit dangereux- et moi j'ai eu peur pour lui et j'ai refusé. Il a insisté, j'ai paniqué et je suis parti. Il m'a suivi, je l'ai repoussé… des drames d'adolescents, vous savez… Finalement, j'étais tellement énervé que je lui ai crié dessus d'une manière absolument grossière. J'étais bouleversé et j'avais si peur de le perdre que je n'ai pas su contrôler mes paroles; je lui ai avoué que je l'aimais et que je ne pouvais pas supporter l'idée qu'il soit mis en danger par ma faute. Et voilà. Je suis parti sans me retourner… j'avais trop de peine de toute manière pour tenter d'expliquer quoi que ce soit.

Draco frissonna et se rapprocha instinctivement de l'autre garçon qui glissa son bras autour de lui. Le jeune homme blond ferma les yeux en refusant d'un signe de tête mais il ne le repoussa toutefois pas, de peur de vaciller. Il était au plus mal, mais son amant qui se tenait la tête haute à ses côtés ne le voyait pas...

Il voulait nier ses paroles, dire devant tout le monde que c'était faux, qu'ils ne formaient pas un couple, qu'il n'était pas homosexuel… Repousser son bras et partir rejoindre ses parents, dans son univers confortable et rassurant où tout était si facile. Mais sa gorge était trop sèche et il sentait au plus profond de son être que s'il quittait Will maintenant, se serait comme renier les promesses tacites qu'il lui avait faites en acceptant de le suivre dans sa lutte contre Voldemort. Et il savait que son amoureux ne lui pardonnerait pas, qu'il ne comprendrait pas; il avait trop besoin de son appui. C'était tout ou rien, ce soir…

-L'angoisse était pire que tout, poursuivit le jeune sauveur, ignorant de plus belle le malaise de Draco dont il ne se doutait même pas, trop obnubilé par les photographes et le public qui glorifiaient chacune de ses paroles. Je craignais sa réaction, mais quand je suis revenu au matin…

Le garçon se mordit un peu la lèvre en souriant tendrement à l'évocation de ce souvenir.

-…Draco m'attendait. Il n'a pas parlé, il n'a rien dit… il est simplement venu à moi et nous nous sommes embrassés. Nous n'en avons jamais reparlé depuis, parce que je crois que c'était une évidence pour chacun de nous que ça devait se terminer… ainsi…

William ne pu s'empêcher de serrer son amant un peu plus fort contre lui, lui murmurant un « merci » et« je t'aime » discret à l'oreille alors que les flashs des appareils photos les aveuglaient encore.

… mais Draco ne l'entendit pas. Non, car il fixait un point dans la foule…

Les mots silencieux qu'il venait de deviner sur les lèvres de Lucius Malfoy qui s'était détaché de la masse compacte de gens qui les entouraient résonnaient dans sa tête, faisant un vacarme fou: «Traître... Tu n'es plus mon fils ». Et comme autant de coups de poignard, il regarda sur les joues pâles de sa mère rouler des larmes de honte qui achevèrent de le noyer.

Draco vit le sourire victorieux de Rita Skeeter, entendit la voix inquiète de Will et un grondement sourd dans la foule, puis plus rien; il s'était évanoui.

FIN DU FLASHBACK

Draco avala la potion avec son habituel sursaut de dégoût et reposa le flacon vide sur la table de bois avec tellement d'intensité que celui-ci se brisa. Il contempla pendant quelques secondes les morceaux de verres éclatés imbibés des dernières gouttes du liquide doré en soupirant avec lassitude. C'était la deuxième fois en deux jours et la troisième fois cette semaine qu'il faisait une crise… Et étrangement cette fois, il n'avait même pas essayé de la combattre. Il était juste trop las pour ça…

Il avait peur d'affronter la soirée de ce soir, peur d'expliquer la présence de Harry à ses côtés, peur que quelqu'un découvre la vérité et que le jeune moldu en souffre. Peur que Rita Skeeter ne le coince à nouveau et que tous les deux en souffrent, une fois de plus. Peur pour lui. Peur de lui. Peur qu'il lui en veuille pour ce baiser qu'il avait bien failli lui donner hier soir. Peur qu'il se sente trahi. Peur qu'il ne précipite son départ et qu'il rompe leur contrat…

Et tout ça se mélangeait dans sa tête d'une manière tellement anarchique qu'il savait que c'était perdu d'avance. Alors il avait tout de suite avalé sa potion avec son lot de colère et d'humiliation.

Mais lorsqu'il s'était assis devant son dossier ouvert pour poursuivre son travail de nouveau, quelque chose le poussa à lire les vœux du Ministre adjacent au communiqué qui flottait toujours inlassablement au dessus de sa tête.

« En cette période de réjouissance, je vous offre ce qui est le plus précieux sur cette terre : du temps. Le temps de partager, le temps de rire, de festoyer, de célébrer avec les êtres qui vous sont chers. Le temps d'aimer. Le temps de vivre. Le temps de prendre le temps…

Que ces Fêtes vous apportent bonheur et joie et que cette Nouvelle année soit pour vous tous, source de renouveau et de sérénité. »

Draco soupira profondément et se laissa tomber au fond de son siège de cuir, tournant la tête pour contempler sur la table basse la copie de la Gazette du Sorcier de ce matin.

-Pourquoi je suis encore en train de penser à toi, Harry? murmura-t-il à demie voix, exaspéré et à bout de nerf. Pourquoi me fais-tu autant d'effet? Pourquoi?

Il regarda un long moment les yeux verts éclatants du jeune Moldu qui lui souriaient sur la photo et les mille et une réponses spontanées qu'il trouva pour répondre à sa propre question le troublèrent profondément… Il revoyait les mains de Harry se poser sur lui et sentait encore l'odeur de sa peau lorsqu'il l'avait tenu dans ses bras hier soir et à l'évocation de ce souvenir, son corps lui fit comprendre de la plus brutale des manières à quel point il avait eu envie de lui. À quel point il avait encore envie de lui

Une vague de douleur, de remord, de volupté et d'angoisse confondue le traversa jusqu'aux os et il se laissa glisser légèrement sur son fauteuil, désespéré. Et alors que sa main dégrafait son pantalon avant de s'y glisser, Draco songea vaguement qu'il aurait toute la vie pour analyser son comportement des derniers jours lorsque la semaine sera terminée et que Harry s'en irait… Oui, toute la vie…

La première caresse qu'il imprima sur sa chair lui arracha un gémissement sourd.

Il ferma les yeux…

**********

C'est alors qu'il s'affairait à se concocter un gin-tonic qu'il le vit apparaître timidement dans la pièce.

-Bonsoir, murmura-t-il en s'arrêtant sur le seuil.

Draco leva les sourcils d'un air appréciateur et mit quelques secondes avant de réussir à lui répondre.

Les deux hommes se regardèrent et comme le parfait reflet de l'autre, ils laissèrent s'échapper un rire gêné avant de dire tous les deux « tu es… ».

Les joues de Harry se teintèrent de rouge et Draco compléta sa phrase en s'approchant du jeune moldu avec assurance, son verre à la main.

-…à couper le souffle, dit-il en lui souriant pour se redonner contenance.

Harry prit une longue inspiration qui souleva ses épaules d'une manière presque douloureuse et baissa les yeux alors que le sorcier arrivait à sa hauteur.

-Et toi tu es très… tu es…

Le garçon poussa un petit gémissement avant d'enfouir son visage dans ses mains de cette manière théâtrale qui lui était si particulière.

-Je n'arrive même pas à trouver un seul mot qui te convienne! Tu es juste trop beau-et- trop-parfait-et-trop-et-trop-élégant-et-sexy-et-attirant-et-je-me-demande-ce-que-je-fous-là ce-soir… parce que… parce que je vais sûrement me planter et te couvrir de honte, ou étrangler le premier homme qui t'adressera la parole, ou me faire tripoter par des vieux salauds qui auront deviné « ce que je suis », confondre les mots transplanage et médicomage, appeler un rouquin Weasley alors que ça n'en sera pas un, ou … ou croiser un gobelin et me remettre à pleurer, ou c'est tout à fait possible que…

Le blond posa une main sur son bras. Les yeux du jeune moldu croisent les siens et étonnamment, plus une seule parole ne franchie ses lèvres.

-Tout ira bien, dit Draco. Tu es parfait, je t'assure. Et même si tu ne l'étais pas, ce ne serait pas grave. Sois tout simplement toi-même, Harry, et tout ira à merveille. J'ai confiance en toi…

Les yeux du jeune Moldu brillèrent de larmes d'angoisse et d'émotion qu'il essaya de masquer en s'éloignant un peu de Draco en gesticulant.

-Ouais de toute manière, ce n'est pas comme si c'était la première fois qu'on m'invitait dans une soirée de la haute. Ça m'arrive tout le temps! Rigola Harry en ouvrant les bras. À toutes les semaines… même plusieurs fois par semaine! Le caviar et le vin de champagne, c'est du bonbon, pour moi!

Draco le regarda et ne pu retenir le sourire tendre qui s'installa de lui-même sur son visage. Il était si content, si soulagé de voir que Harry, malgré son angoisse évidente, ne lui tenait pas rancune pour tout ce qui s'était passé hier. Que tout était exactement comme il l'avait dit et que jamais le noir de cette journée n'avait existé…

-Et puis tu savais que je maîtrise une bonne vingtaine de danses? Poursuivit-il. Les femmes font la queue pour faire quelques pas avec moi. Non c'est vrai, je te jure!

Harry fit quelques tours sur lui-même en faisant maladroitement valser sa cavalière imaginaire et s'arrêta devant le blond, légèrement pantelant.

-Je ne vois pas pourquoi j'aurais à m'inquiéter. Vraiment! ajouta-t-il avant de saisir le verre de Draco pour prendre une longue gorgée du liquide clair dans un geste frénétique qu'il n'avait pas réussi à retenir. Hum, c'est bon! annonça-t-il, surpris, après un moment de réflexion.

Draco rigola un peu avant de lui faire signe qu'il pouvait terminer le verre.

-Gin tonic; je me doutais que tu aimerais…

Il regarda le garçon avaler ce qui restait du liquide avant de sortir sa baguette pour faire disparaître le verre, mais au moment où Harry l'aperçue, il se figea, l'air soudainement affolé.

-Une baguette… je n'ai pas de baguette! Tous les sorciers ont une baguette et je serai le seul à ne pas en avoir. Tout le monde s'en apercevra et je serai démasqué en moins de temps qu'il faut pour dire « moldu »! C'est impossible, je ne peux pas y aller, tu n'as qu'à appeler quelqu'un d'autre ou y aller seul ou réserver une autre escorte chez les sorciers ou peu importe, moi je me tire d'ici! Passe une excellente soirée!

Harry le salua d'un geste naïf de la main et esquissa un mouvement vif pour se diriger vers la porte d'entrée mais Draco le stoppa en saisissant son bras au passage.

-Prend la mienne, alors. Personne ne doute plus de mon statut de sorcier, dans ce monde, et je ne crois pas que j'en aurai besoin ce soir avec toutes les mesures de sécurité mises en place à Poudlard pour l'évènement. Et puis tu n'auras qu'à rester près de moi… au cas où j'aurais à m'en servir. Tient, dit-il en la lui tendant. Il y a dans ta robe un repli spécialement conçu pour l'y glisser au niveau de la cuisse, du côté droit puisque tu es droitier. Là, dit-il en ramenant le jeune moldu à lui avant de faire glisser l'objet dans son écrin.

Le jeune homme ferma les yeux en marmonnant un peu et poussa un profond soupir, résigné.

-Tu ne t'éloigneras pas trop de moi, tu promets? Souffla-t-il.

Draco se rapprocha encore un peu en posant les mains autour de sa taille et lui sourit.

-Autant que faire se peut… Prêt?

Harry regarda quelques secondes les iris d'acier de Draco, puis ferma les yeux à son tour, comme on se jette à l'eau.

Une sensation désagréable qui lui était désormais familière secoua son corps. Lorsqu'elle s'arrêta, il su qu'ils y étaient…

*********

Devant eux, se dressait un immense portail d'acier et Harry ne pu s'empêcher de regarder partout autour, mais il n'y avait rien. Seulement un énorme mur qui protégeait l'entrée d'une vaste étendue, puis une route de terre battue de l'autre côté du portail qui paraissait mener à ce qui semblait être un village, là-bas au loin. Mais au moment où le jeune Moldu, saisi par le froid de cette nuit d'hiver, allait questionner l'homme qu'il accompagnait, une carriole tirée par des chevaux noirs ailés apparue et un valet sorti tout droit de nulle part les invita à y monter avec une courbette et un sourire affable.

Draco répondit avec un gracieux signe de tête et indiqua à Harry de passer devant d'un signe de la main, ce qu'il s'empressa de faire. Dès que la porte se fut refermée et que le véhicule se mit en route, le blond expliqua :

-Poudlard est encerclée par de très fortes protections magiques et personne ne peut transplaner au-delà de ce portail. De toute manière c'est parfait ainsi : personne ne voudrait pour tout l'or du monde rater la vue qu'offre le château le soir du grand bal de Noël, ajouta Draco en pointant la fenêtre de la portière.

Harry répondit à son sourire et s'avança vers la fenêtre, curieux, et ce qu'il vit lui coupa littéralement le souffle…

Dehors, une douce neige commençait à tomber alors qu'ils pénétraient dans ce qui semblait être un bulle de verre comme on vendait dans les magasins de fantaisie. Et devant eux, une allée de sapins blancs illuminés menant vers le plus beau château qui soit…

C'était donc ça, Poudlard…

Un frisson le traversa de part en part alors qu'il quittait l'allée pour entrer dans une immense enceinte circulaire où avaient été érigés des centaines de sculptures de glace toutes plus belles les unes que les autres. La carriole fit un tour complet avant de s'immobiliser en douceur devant l'entrée principale.

-On y est, annonça Draco d'une voix calme qui fit tout de même sursauter le jeune moldu, tout perdu qu'il était dans sa contemplation du décor. Ça va aller?

Harry secoua la tête, incapable de produire un seul son et regarda le blond descendre avec agilité de la voiture et devancer le valet pour lui tendre la main.

- Courage! dit-il en lui faisant un clin d'œil.

Tout hésitant, le jeune moldu saisit sa main et descendit à son tour, mais avant même qu'il n'eut touché le sol, son regard se braqua sur l'immense couronne de pin suspendue au dessus de la porte d'entrée du château et il s'effondra presque contre Draco qui le retint de justesse.

-Elle est… magnifique, murmura-t-il en clignant plusieurs fois des paupières pour chasser la brume émue qui avait envahie son regard.

Harry avait toujours eu une fascination pour les couronnes de Noël… C'était pour lui le symbole suprême de l'harmonie des Fêtes; l'image des branches si puissantes de cet arbre qu'on avait rassemblées bout à bout pour créer un cercle parfait, orné de rubans et de guirlandes. Immanquablement dans son esprit, la couronne évoquait ses parents, sa famille; sur la seule photographie qu'il avait pu trouver d'eux, c'était d'ailleurs ainsi qu'ils étaient; un père et une mère tenant dans leur bras aimants un bambin heureux, tous rassemblés devant la porte de leur maison, devant cette couronne qu'ils venaient sûrement d'accrocher tous ensemble. Alors Harry en avait fait leur emblème…

Et de se retrouver ce soir devant la plus magnifique et la plus grande couronne de Noël de toutes, pour lui, signifiait le monde. C'était un peu comme si ses parents, d'où ils étaient, lui envoyaient un signe, un appui. Harry sentait leur présence au plus profond de lui-même à cet instant et cette certitude le libéra de tout le poids qu'il portait et transforma l'angoisse qui lui nouait les reins en une urgence de vivre l'instant présent, un besoin de boire toutes les merveilles qui s'offraient à lui.

Soudainement, sa présence en ce lieu n'avait plus rien d'incongrue, ou d'irréelle, mais devenait une voie, sa voie

Draco resserra légèrement sa prise sur le bras de Harry qu'il soutenait toujours, inquiet. Il savait que la pression qui pesait sur ses épaules était énorme pour un si jeune homme et il craignait d'être allé trop loin avec toute cette mascarade, pour lui-même comme pour le Moldu. Aussi quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'un rire clair s'échappa de sa gorge et que Harry saisit les bras de Draco en retour en se redressant, plantant son regard pétillant de malice dans le sien.

-J'ai passé la plus belle soirée de ma vie. Merci pour tout, murmura-t-il en se rapprochant de l'oreille de Draco pour ne pas être entendu des dizaines de personnes massées aux alentours.

Le blond haussa les sourcils et blêmit un peu, convaincu que le jeune Moldu allait lui demander à cet instant de le reconduire chez lui et ainsi mettre fin à leur entente. Mais avant même qu'il n'ait pu répliquer quoi que ce soit, Harry ajouta d'un air coquin en penchant la tête sur le côté:

-Juste au cas où j'oublierais de te le dire…

Le jeune Moldu fit mine d'ajuster le col de la robe du blond une seconde avant de l'étreindre rapidement, le rouge aux joues.

-Désolé pour ça… je sais que… enfin : c'est qu'il y a du monde ici, ouf! Ajouta-t-il en pointant la foule derrière lui. Mais je trouve que j'ai beaucoup de chance d'avoir croisé ta route. Je tenais à te le dire…

Draco passa de la stupeur la plus complète à la confusion totale et ne pu s'empêcher de rougir un peu à son tour; comment pouvait-on passer de l'angoisse jusqu'à une parfaite insouciance en moins d'une minute? Comment?

À moins peut-être de s'appeler Harry Potter…

Le blond hocha la tête, l'air de comprendre quelque chose…

-Tu es vraiment le plus étrange garçon que j'ai jamais rencontré, tu sais.

Le jeune Moldu lui sourit en retour en attrapant le bras que Draco lui tendait sous l'œil impatient du valet qui guettait l'arrivée de la prochaine carriole avant de se mettre en route pour rejoindre l'épais tapis de velours rouge qui conduisait les invités vers l'entrée du château.

-Et c'est un sorcier qui dit ça! murmura-t-il en riant… mais avoue que c'est ce qui te plait chez moi? Répliqua-t-il du tac au tac.

Draco éclata d'un rire sincère avant de poser sa main sur la sienne avec décorum pour le guider alors que dans sa tête, une petite voix lui murmurait : « ça… et –malheureusement pour moi- tellement d'autres choses, Harry, tellement d'autres choses… ».

&&&

-Monsieur Malfoy!!! Monsieur Malfoy, une entrevue pour le Chicanneur!!!

-Un commentaire, s'il vous plait!!!

-Monsieur Malfoy!!! Je vous en prie! Pensez au lecteurs et lectrices de Mode-Sorcière!

-Monsieur Malfoy! Une photo de vous et votre copain!!! Harry?... Harry?

Le garçon tourna discrètement la tête en direction de la journaliste qui l'interpellait et une grande clameur retentie dans la foule des médias présents « il s'appelle vraiment Harry! » « Skeater avait raison » « Harry… Harry… Quel est votre nom de famille? » « vous avez entendu ça? ».

Draco sentit les doigts de Harry s'imprimer violemment dans sa chair et le garçon se rapprocha de lui instinctivement, intimidé d'être ainsi le centre de l'attention de tout ces regards inconnus. Le sorcier pouvait sentir la nervosité du garçon qui avait peine à avancer tant il était aveuglé par les flashs des caméras et il sentit une vague intense de sympathie envers lui. Il se rappelait bien les premières fois qu'il avait dû faire face à cette meute déchaînée et lui aussi avait paniqué à l'époque. Alors sans réfléchir vraiment au conséquences, il fit glisser son bras le long du sien jusqu'à rejoindre ses doigts qu'il enlaça aux siens d'une manière rassurante.

-Courage: depuis quelques années, il n'y a aucun journaliste autorisé à l'intérieur du château, lui glissa-t-il à l'oreille en se penchant vers lui. Tu veux qu'on fasse la course jusque là-bas?

Le sourire figé du jeune Moldu se transforma en un sourire véritable et si le visage de Draco, lui, resta neutre, le regard doux et pétillant qu'il lui offrit parlait de lui-même.

-Nous allons nous arrêter maintenant. Je vais faire un court commentaire et nous allons laisser les journalistes prendre quelques clichés avant d'entrer dans le château. Ça te va? Murmura le blond.

Harry prit une profonde inspiration et s'arrêta de lui-même, immédiatement imité par Draco. Le sorcier s'éclaircit la voix avant de prendre la parole.

-Bonsoir à tous. Je vous remercie de la couverture médiatique que vous accordez à cet événement. Comme vous le savez très certainement, j'ai moi-même investi mon temps et mon argent pour cette œuvre et le bien-être des petits malades me tient particulièrement à cœur, d'autant plus que cette année, l'intégralité des fonds sera investie pour réaliser les rêves de plusieurs enfants de l'unité pédiatrique de Ste-Mangouste.

-L'enfance : c'est pour cette raison que vous avez choisi ce garçon pour vous accompagner? demanda un jeune journaliste à l'air frondeur.

La foule éclata de rire et Draco ne pu retenir lui-même un léger rictus amusé en regardant le visage de Harry tourner au pourpre.

-Nous y voilà… En effet, j'ai eu vent de certaines rumeurs nous concernant mais je vais devoir vous décevoir à nouveau à ce sujet : Harry est le fils unique d'un couple d'anciens amis Américains de mes parents. Effectivement, nous avons une légère différence d'âge, mais nous sommes tout de même de bons amis depuis un certains temps déjà : nous sommes côtoyés dans notre enfance lors de quelques voyages que j'ai fait en Amérique et sommes toujours demeurés en contact depuis.

-Je suis en visite en Angleterre pour quelques temps et Draco s'est gentiment offert pour faciliter mon adaptation ici, poursuivit Harry d'une voix légèrement rauque qu'il essaya du mieux qu'il pouvait de contrôler malgré la nervosité manifeste à laquelle il était en proie. Il a eu l'amabilité de me proposer de l'accompagner ce soir pour que je m'intègre un peu.

Le blond sourcilla, agréablement surpris que Harry se sente la liberté de prendre ainsi la parole. Un grand brouhaha s'éleva de la foule compacte qui était rassemblée à l'entrée du château et pendant un moment, le jeune Moldu craignit d'avoir commis une grave erreur. Mais au moment où son cœur s'emballait, il sentit la main de Draco exercer une légère pression sur la sienne et il se relaxa.

-Comptez-vous demeurer longtemps en Angleterre, Harry?

-Je... oui, enfin, non… je l'ignore, je…

-Habitez-vous avec Monsieur Malfoy?

-Non!!!!!! Quelle question!!! …enfin, si, mais seulement pour quelques jours, le temps que je trouve un endroit convenable où m'installer pendant mon séjour…

-Avez-vous l'intention de poursuivre des études ou de travailler à Londres?

-Je… je… je suis en train d'y réfléchir…

-Quel métier exercez-vous?

-Je n'ai pas de m… enfin, je suis… je

-Trouvez-vous que Monsieur Malfoy est un bon parti?

-Quoi???

-Est-ce que vous considérez cette soirée comme votre première sortie publique en tant que couple?

-Non!!!! Ce n'est pas du tout… non!

-Et comment trouvez-vous Londres, Harry? demanda une petite femme replète à la robe antique qui lui sembla soudainement extrêmement sympathique.

Le jeune Moldu poussa un long et profond soupir avant de lui adresser un sourire rayonnant et plein de reconnaissance.

-C'est très différent de chez moi, dit-il en fermant les yeux quelques secondes, soulagé. Mais contrairement à ce qu'on m'en avait dit, les Anglais sont des gens très accueillants et chaleureux! Et j'adore leur accent… je l'ai tout de suite adopté moi-même, dit-il avec un fort parlé « british »! C'est complètement contagieux! Ajouta-t-il en se grattant le crâne de manière théâtrale, les faisant tous éclater de rire.

Draco profita de l'hilarité générale pour promener son regard sur les journalistes et ce qu'il constata le laissa sans voix pendant de longues secondes; tous les regards sans exception étaient tournés vers le garçon qui se tenait à ses côtés. Ils s'étaient tous massés les uns contre les autres derrière la barrière magiquement érigée pour le voir de plus près, pour lui parler, délaissant complètement les autres invités qui passaient derrière eux sans être vus… comme avant… comme à l'époque où William était encore en vie…

Instinctivement, Draco retira sa main de celle de Harry et s'éloigna un peu, presque imperceptiblement, mais assez pour que le jeune moldu ressente clairement le changement dans son attitude et il baissa les yeux, gêné par sa propre hardiesse.

-Bien, je crois que nous avons accaparé assez de votre précieux temps, alors nous ne ferons plus de commentaire pour ce soir, dit le blond en observant le changement de réaction chez le jeune homme. Merci à tous et bonne soirée.

Mais quand il esquissa un mouvement pour se diriger vers le château, Harry le retint calmement.

-Attend. Moi j'aurais quelque chose à ajouter… si tu me le permets, dit-il en cherchant son approbation du regard. Voilà: vous êtes tous très gentils de l'attention que vous portez aux invités de ce soir ainsi qu'à ce couple que je ne forme PAS avec Draco, mais j'espère que vous saurez aussi rapporter dans vos journaux les vraies choses importantes… Parce qu'un enfant qui ne croit plus en ses rêves, ce n'est plus un enfant, dit-il lentement, en articulant chaque syllabe… Et Draco le disait tout à l'heure: chacun de nous doit faire un geste. Il le faut! Alors n'oubliez pas de parler de l'objectif de cette soirée et contribuez à cette réussite : vous en avez le pouvoir…

Les flashs des caméras crépitèrent et Draco serra à nouveau la main de Harry dans la sienne, les joues pâle d'émotion, avant d'entraîner le jeune Moldu vers l'entrée du château. Mais juste avant qu'ils ne franchissent la porte, une voix nasillarde s'éleva par-dessus la rumeur de la foule et l'appela :

-Alors, Monsieur Draco Malfoy. On tourne la page et on ne songe même pas à m'en accorder l'exclusivité? Moi qui croyait que nous étions bons amis!

Le jeune sorcier se retourna dans sa direction et vit Rita Skeeter qui était nonchalamment adossé à même la pierre du château et caressait distraitement l'extrémité de sa plume à papotte, semblant bien loin des préoccupations des autres journalistes présents.

À regret, il s'arrêta et demanda à Harry de l'attendre de l'autre côté de la porte en le rassurant d'un regard et lui promettant qu'il ne serait pas long.

Il s'approcha de la femme pour éviter d'être entendu et elle l'accueilli avec un sourire triomphant.

-Avec des amis comme vous, je n'ai pas besoin d'ennemi…

-Un Moldu, annonça-t-elle sans sourciller à sa remarque. Ce si charmant jeune homme est un Moldu.

Draco suivit Harry des yeux et le regarda disparaître dans le château, réfléchissant à toute allure. Il reporta son attention sur la journaliste, puis sourit en retour.

-Effectivement. Vous êtes toujours très bien informée, Rita. Ce sont les Gobelins?

-Oh, vous savez… depuis l'ère de la coopération magique entre les espèces, les Gobelins sont assurément une très bonne source d'informations pour ceux qui savent attirer leur sympathie. Vous pourriez avoir de gros ennuis au Ministère si ça se savait, Draco… Tut tut tut… c'est très vilain de transgresser des règles aussi fondamentales, surtout lorsque l'on occupe un poste clé au département de la justice. Vous devriez montrer l'exemple…

Le blond s'approcha encore un peu de la journaliste pour éviter que les personnes qui passaient près d'eux ne les entendent.

-Qu'est-ce que vous voulez? Cracha-t-il.

-Je vous l'ai dit : l'exclusivité. Qui est-il? D'où vient-il? Qu'est-ce que vous aimez chez lui? Je veux une histoire à raconter…

-Vous n'en aurez pas, pour la simple et bonne raison qu'il n'y a rien à dire. Harry m'accompagne ce soir : fin de l'histoire! Il n'y a rien d'autre entre nous, comme il l'a lui-même précisé tout à l'heure. Rien du tout!

-Alors vous avez pris un Moldu quelconque pour lui dévoiler notre monde. C'est une grave infraction au Code Magique dans ce cas…

-Je considère Harry comme un ami et j'ai tous les droits de lui dévoiler; il n'a rien d'un Moldu quelconque. Rien du tout.

-Vous savez pourtant comme moi que les seules exceptions pour rompre le secret sont envers les parents et les frères et sœurs des nés-moldus, ainsi que pour les conjoints –la journaliste lui adressa un sourire complice- des sorciers…

Draco avança encore vers elle jusqu'à la frôler, la dominant de toute sa hauteur, puis attrapa sa plume à papotte qui s'agitait frénétiquement sur le carnet qu'elle tenait dans ses mains et la cassa en deux sous le regard absolument outré de Skeeter.

-Et alors? Répondit-il, glacial.

-Alors… soit vous avez commis un délit punissable par une peine minimale d'emprisonnement de trois mois à Azkaban, soit vous avez une relation intime –ou avez l'intention de développer une relation intime- avec ce jeune homme, ce qui vous fournirait un motif valable, dit sèchement la journaliste, soudainement beaucoup moins souriante. Choisissez Monsieur Malfoy, car il n'y a pas d'intermédiaire.

Le blond serra les dents, comprenant qu'il était dans un cul-de-sac absolu, puis posa son regard brillant de rage sur cette femme qu'il haïssait du plus profond de son être; Rita Skeeter avait gâché tellement de choses dans sa vie, de la relation avec ses parents jusqu'aux moments les plus intimes avec William… Elle avait obtenu par le chantage des informations qui auraient dues leur appartenir de dévoiler et à chaque fois, il s'était senti brisé dans son intégrité, sali.

Et quand son amant était mort, il s'était juré sur sa mémoire de ne plus jamais plier devant elle.

Jamais.

Il prit une longue inspiration pour se calmer, puis recula d'un pas.

-Dénoncez-moi si vous le voulez; je n'en ai rien à faire… Si je dois perdre mon emploi, je le perdrai, si je dois aller à Azkaban, j'irai, dit-il avec dignité. Mais je ne veux plus jamais avoir affaire à votre langue de vipère, Skeeter. Est-ce assez clair?

La femme haussa les sourcils d'un air indifférent.

-C'est dommage. Vraiment dommage. Croyez-moi, j'aurais préféré avoir une jolie histoire d'amour à écrire avant Noël plutôt qu'une sordide histoire de prostitution. Oui, vraiment… surtout que je dois avouer que vous avez très certainement déniché une perle rare, Draco; j'étais presque prête à croire à vos sottises, moi! Charismatique, beau, sincère, intelligent, ce Harry Potter a de quoi enchanter votre petit public… outre le fait que c'est un gigolo que vous avez ramassé dans la rue, bien sûr.

-Bien sûr, répéta Draco d'une voix éteinte en prenant appui sur le mur de pierre du château de peur de basculer dans le vide.

Le jeune sorcier regarda en direction de la porte et presque simultanément, Harry apparut dans l'embrasure en le cherchant des yeux.

Et soudainement, tout fut clair dans sa tête; car au fond c'était si simple…

-Je vais vous le répéter pour une dernière fois Skeeter, dit-il en se retournant pour s'adresser à elle : je n'en ai rien à faire. Et Harry non plus, si c'est là votre dernier argument. Il est Moldu et oui, vous avez raison, il se prostitue pour gagner sa vie. À partir de là, je ne vois vraiment pas quel tort vous pourriez causer à sa personne ou à sa réputation; ce qu'il vit au quotidien est déjà l'enfer, alors… Quant à la mienne, je m'en fous. Écrivez ce que vous voulez, dites ce que vous voulez, traînez-moi dans la boue, je n'en ai cure. Car au fond, qu'est-ce que j'ai à perdre : un métier que j'adore? Un amoureux? Une famille? Je n'ai rien de tout ça. Alors qu'importe…

Il recula à nouveau d'un pas mais sa robe se coinça dans une villosité de la pierre et il perdit pied. Une fraction de seconde plus tard, Harry était descendu à ses côtés et lui tendait une main qu'il accepta sans réticence.

Il se redressa à ses côtés et plongea son regard d'acier dans celui trop vert du jeune moldu, qui sourit en rougissant adorablement avant de dire, l'air contrit:

-pardonne-moi, je ne voulais pas vous interrompre, mais comme tu avais dit que tu ne serais pas long, je commençais à m'inquiéter…

Draco le dévisagea d'un regard insondable, avant de lui rendre son sourire à son tour, trouvant la réponse qu'il cherchait dans la chaleur enivrante de la paume de Harry contre la sienne.

-Tu n'interrompais rien du tout, ne t'en fait pas. Nous avions terminé.

Doucement, il s'approcha encore un peu plus de lui, puis il glissa une main au creux de ses reins et l'autre dans ses cheveux pour tenter de discipliner une mèche rebelle qui s'était évadée de l'ordre qu'il y avait mis.

Harry baissa vivement les yeux et rougit de plus belle malgré lui alors que des dizaines de flashs de caméra les aveuglaient à nouveau et que des éclats de voix enthousiastes s'élevaient de la foule. Le sorcier, satisfait, se glissa contre lui et posa imperceptiblement sa joue contre la sienne avant de lui murmurer à l'oreille pour ne pas être entendu :

-Maintenant que ces voyeurs ont satisfait leur besoin d'images croustillantes, je t'offre un verre, beau brun?

Le Moldu rejeta la tête en arrière en éclatant d'un rire clair, avant de reproduire le geste de Draco d'un air complice, tout en laissant sa main reposer à plat contre son torse.

-Je ne sais pas à quoi tu joues, Draco Malfoy, lui murmura-t-il tout bas. Mais s'il y a bien une chose que tu m'as apprise, c'est que je suis définitivement mieux d'accepter ces verres quand tu me les offres! Ce sera donc avec plaisir.

Le blond inclina la tête et lui fit un gracieux signe de la main lui indiquant de passer devant. Il regarda comme tout le monde le jeune homme gravir les quelques marches qui les séparaient de la porte, puis se retourna d'un mouvement vif en direction de la journaliste qui n'avait rien manqué de leur échange.

-De toute manière qui vous croirait, Rita? dit-il d'un air sardonique. Quand les autres magazines auront publié des photos de nous deux qui disent le contraire, quand la radio sorcière aura rapporté les paroles tellement inspirantes que Harry a prononcées ce soir, quand on parlera partout de notre si belle complicité et de l'amitié sincère qui nous unie en espérant que cette amitié deviendra amour, qui voudra bien croire ce que vous aurez à dire? Qui?

Draco salua une dernière fois les gens d'un signe de la main et gravit les dernières marches qui le séparait de l'entrée du château.

Et malgré son cœur qui cognait fort dans sa poitrine, sa tête brûlante de fièvre et sa magie qu'il sentait fluctuer en d'intenses vagues qui l'affaiblissait un peu plus à chaque seconde, il se sentait bien. Il se sentait vivant et libre…

Libre comme il ne l'avait jamais été

La main tremblante, il attrapa le bras de Harry et l'entraîna en vitesse tout près du premier bar installé un peu à l'écart, près de la porte de la Grande Salle, sous les regards plus qu'intrigués de plusieurs personnes. Et malgré les protestations de ce dernier, il le poussa sur l'un des tabourets, se laissa tomber sur celui d'en face, puis commanda :

-Vodka… sur glace pour moi, avec jus d'orange pour lui.

Harry haussa les épaules d'un air indifférent, puis sourit au serveur pour appuyer le choix que Draco avait fait pour lui.

Lorsque l'homme se fut éloigné et qu'ils se retrouvèrent seuls tous les deux, le jeune Moldu posa une main inquiète sur le genou du blond.

-Il s'est passé quelque chose avec cette femme? Tu as l'air vraiment bizarre… Ou peut-être est-ce à cause de moi, je n'aurais jamais dû prendre la parole tout à l'heure. C'était vraiment très idiot de ma part. Je ne sais pas ce qui s'est passé; c'est comme si je jouais un rôle… C'était plus fort que moi et…

-Je l'ai fait.

Harry suspendit ses paroles et plongea son regard dans celui pétillant d'émotion de Draco.

-Pardon?

-Je… l'ai… fait! Dit Draco en détachant bien chacun des mots qu'il prononçait, comme s'il en savourait chaque accent. J'ai rembarré Skeeter ! Toute ma vie j'ai voulu le faire… À chaque fois j'espérais avoir le cran de ne pas craindre ses menaces et aujourd'hui je l'ai fait. J'ai réussi. Putain… je me sens bien! Dit-il en éclatant de rire, immédiatement imité par Harry.

-Je ne suis pas trop certain de comprendre de quoi il s'agit, mais ça semble te faire drôlement plaisir, ajouta le jeune Moldu dans un sourire complice.

-Tu n'en as pas idée.

Les deux hommes saisirent les verres que le serveur venait d'apporter et Draco proposa un toast.

-La soirée n'est pas encore commencée, mais je sens que cette nuit passera à l'histoire, dit-il en exagérant son geste, imitant les manières théâtrales de Harry qui leva son verre à son tour, amusé.

-Parce que tu as rabroué cette femme, la soirée sera historique? Demanda le brun d'un air moqueur en se rapprochant un peu de lui jusqu'à ce que leurs genoux se touchent.

-Précisément. C'est le début d'une vie nouvelle, Harry, dit-il en frappant légèrement son verre contre le sien. Santé!

Le jeune Moldu évalua du regard le visage soudainement sérieux de Draco et il eut l'étrange impression que ces dernières paroles du blond n'étaient pas dépourvues de sens...