Hey hey ! Ce chapitre est celui qui a reçu le plus de reviews ! Merci ! Merci ! Je m'excuse un milliard de fois pour le fait que Mello soit OOC. Je pense qu'une fois que j'aurais terminé CDDLN, j'essayerais de faire une version réécrite où Mello sera moins OOC. Je vous aime, lectrices et revieweuses (ça se dit ?) ! Je vous aime vraiment très fort, toutes !

Réponses aux reviews :

Blueguns : Merci ! Ouah, je n'imaginais pas qu'on conseillerait un jour ma fiction à quelqu'un (essuie une petite larme) ! Oui, le je crois que le chapitre 4 (avec la baston pour Sayu) a beaucoup plu. Et je me suis éclatée en l'écrivant.

Llo : Merci ! Ne t'en fais pas, je n'abandonnerais jamais cette fiction. Une fois que j'ai commencé un truc, je préfère le finir. Il n'y a pas beaucoup de fictions Mello x Sayu mais je ne sais pas pourquoi, quand j'ai lu le tome 8 de Death Note, j'ai tout de suite pensé à ce couple. Ça doit être mon esprit tordu... contente qu'il te plaise ! Je sais que Mello est OOC on me l'a déjà dit et malheureusement, il semblerait que je sois incapable de rectifier le tir. Enfin, si ça ne te dérange pas, ça va, mais j'essayerais quand même de le rendre plus proche de l'original. J'aime aussi le chapitre 4 et tu es la deuxième personne à me dire qu'elle apprécie ce passage (et la mafia). C'est vrai que je me suis fait un petit délire quand je l'ai écrit et je ne savais pas comment les gens allaient prendre ça, mais je suis soulagée que ça plaise !

Ana : Merci ! Je sais que Mello est OOC. Je sais que je l'ai fait horriblement mièvre et romantique et j'ai beau essayer de revenir au perso original, je n'y arrive pas. C'est horrible ! Oui, mon histoire est invraisemblable, oui elle est mièvre (ça doit être à cause de Mello. Si je continue à le faire OOC je vais avancer sa date de mort et on en parlera plus... XD) mais je suis vraiment super heureuse que malgré ça elle te plaise et je vais essayer de l'améliorer. Heureusement que Sayu est bien sinon je ne sais pas où serait partie cette fiction...
En tout cas, si tu as des conseils pour le caractère de Mello, je suis preneuse !

À toutes celles qui pensent que Mello est OOC et qui ont bien raison (bouhouhou), j'aimerais avoir des conseils de votre part pour le rendre plus proche de l'original. Si vous avez des répliques ou des réactions qu'il pourrait avoir, des idées précises sur son vrai caractère, s'il vous plait, dîtes les moi.

Ce chapitre est à lire avec un truc triste. Par exemple, Color of the wind, ou Numb de Linkin Park... enfin surtout pas un truc joyeux. M'enfin, après c'est vous, quoi.

Bonne lecture !

Chapitre 10 :

Souffrance

-Sayu…

La voix de Light était faible, triste. C'était rare. Sayu sentait que quelque chose n'allait pas. Son grand frère était fatigué, presque désespéré. Elle resserra sa prise sur le téléphone, s'assit sur son lit. Il l'avait appelée assez soudainement, en pleine nuit. Sa mère était partie chez des amies, elle avait donc été tirée du sommeil sans ménagement par la sonnerie du téléphone, qui ne lui apportait sans doute rien de bon.

Mais c'était mieux que ce soit elle qui ait répondu. Sa mère était plutôt mélancolique depuis que son père avait dû partir brusquement pour les Etats-Unis. Si c'était une mauvaise nouvelle, c'était peut-être plus sage que ce soit elle qui la reçoive en premier.

-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle, anxieuse.

Elle avait un mauvais pressentiment. Elle aurait donné cher pour pouvoir se rendormir et ne pas entendre ce qu'elle sentait venir.

-Papa est mort.

Papa est mort. Papa est mort. Papa est mort.

Sayu lâcha le téléphone. L'appareil tomba en douceur sur les couvertures.

Non, ce n'était pas possible, c'était impossible. Il devait revenir. Il devait revenir ! Il ne pouvait pas être mort… il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas ! IL NE POUVAIT PAS !

La jeune fille sentait déjà les larmes qui coulaient sur ses joues. Sa voix qui se brisait et se cassait alors qu'elle essayait de se rassurer. Sa respiration erratique et entrecoupée de sanglots. Son cœur en miettes.

Elle reprit le téléphone avec des mains tremblantes et le reporta à son oreille.

-Light. Dis moi que ce n'est pas vrai. Dis moi que tu te trompes.

-Sayu… je… je l'ai vu… je l'ai vu dans ses derniers instants… je suis désolé…

Il ne put continuer et elle sentait de la rage et des larmes dans sa voix. Light ne pleurait jamais. Il n'était pas comme elle, il était fort et savait contenir ses émotions. Mais là, elle sentait qu'il pleurait intérieurement, que sa douleur était aussi forte que la sienne.

-Non, non ! C'est pas possible ! Il avait promis… de revenir…

Les mots lui manquèrent et elle glissa à genoux sur le sol.

-Light… Light ! sanglota-t-elle. Pourquoi est-ce qu'il est mort ? Pourquoi est-ce qu'il a risqué sa vie ? Comment ça s'est passé ?

-C'est compliqué…

-Je veux savoir !

Light resta un long moment silencieux, pesant le pour et le contre. Finalement, il se décida.

-Sois forte, petite sœur, lui conseilla-t-il.

Il souffrait aussi. Choisissant avec soin les mots qui feraient le moins mal, il raconta.

-Ceux qui t'ont enlevée… avaient le cahier. Tu t'en souviens ? Alors Papa avec le bureau d'enquête, a trouvé leur planque… ils ont monté un plan qu'ils pensaient imparable… et ils se sont lancés à l'assaut. Malheureusement, leur chef avait prévu des mesures de sécurité. Il a fait exploser les issues de secours est s'est enfermé dans la salle de contrôle en menaçant de tout faire sauter. Papa a dû y aller seul pour négocier car il avait le cahier récupéré en main. Je ne sais pas ce qui s'est passé dedans… mais un homme qui s'était caché a tiré sur Papa. Il a reçu une balle dans la nuque… Ensuite, le chef de la mafia a tout fait exploser. Papa est mort à l'hôpital…

-Le chef… répéta doucement la jeune fille.

-Oui… celui qui t'a enlevée. Il a disparu mais il doit être blessé… j'essaye de le retrouver.

Mello. Mello. C'était Mello qui avait tué son père. C'était Mello qui était à l'origine de sa disparition. Il avait ensuite fui, pour éviter la vengeance. Cette… ordure. Elle se força à rester calme. Au moins quelques instants de plus.

-Light… je… je vois. S'il te plait… demain, appelle Maman pour lui dire… je sais que c'est dur, mais je n'en aurait pas la force.

-D'accord. Sois forte, Sayu.

-Je t'en prie, Light… fais attention à toi.

Elle raccrocha, incapable de dire un mot de plus.

Elle se haïssait. C'était de sa faute à elle. Si elle n'avait jamais été enlevée… rien de tout cela ne serait arrivé. Si elle avait fait plus attention… qu'au lieu de parler avec son clone, elle avait fui… son père serait encore vivant.

Et elle haïssait Mello.

Tout était de sa faute. Il avait commandé son enlèvement, il avait tué son père.

Il avait tué son père ! Il l'avait assassiné, il l'en avait privée ! Il… méritait de mourir, comme Kira ! C'était le pire de tous ! Un monstre, rien qu'un monstre !

Mais elle se détestait encore plus. Parce que malgré tout, elle l'aimait encore. Elle l'aimait encore tellement. Elle le haïssait mais elle ne pouvait pas s'empêcher de croire en lui.

Pourquoi avait-il fallu qu'elle tombe amoureuse de lui ? Pourquoi ? Elle se détestait, elle le détestait. Elle devait le retrouver, le tuer, le…

Elle se mit à hurler. Elle s'arrachait les cordes vocales, elle transperçait sa gorge. Les larmes ravageaient son visage déjà dévasté par la souffrance. Ses ongles étaient fermement plantés dans ses paumes.

Elle avait mal. Elle avait horriblement mal. Elle voulait mourir. Elle voulait que tout s'arrête. Elle ne savait pas si la mort de son père était plus douloureuse que sa part de responsabilité dans l'affaire ou que son amour pour Mello.

Comment pouvait-elle aimer l'assassin de son père ? Elle le haïssait tellement. Elle se haïssait tellement ! Elle en voulait au monde, au destin, aux dieux, à Kira, à elle-même, à Mello, à tout. Elle aurait aimé que tout disparaisse, que tout s'arrête.

Se réveiller et découvrir que tout cela n'était qu'un rêve. Appeler Light et qu'il lui dise en souriant que son père était encore en vie. Qu'il le lui passe et qu'elle puisse dire « je t'aime » à l'homme qui lui avait donné la vie. Que Kira soit arrêté et que tout redevienne comme avant. Qu'elle n'ait pas à s'en vouloir d'aimer Mello.

Mais elle continua à hurler, elle ne se réveilla pas, la souffrance ne s'arrêta pas.

Puis, sa voix se perdit dans sa gorge. Puis, elle éclata en sanglot. Puis, elle s'effondra sur le sol et s'évanouit.


Le lendemain fut monotone et triste. Sayu et sa mère n'arrivaient plus à se parler, plus à sourire. Elles avaient trop perdu. Elles ne pouvaient pas dire un mot sans que le souvenir de Soichiro ne leur revienne. Elles ne faisaient qu'échanger des banalités sans importance.

Pourtant, après l'annonce de Light, elles s'étaient mutuellement réconfortées, elles s'étaient mutuellement soutenues. Sans sa mère, Sayu ne sait pas ce qu'elle aurait fait. Et celle-ci ne savait pas ce qu'elle aurait fait sans Sayu.

Mais Sachiko souffrait de voir son mari en Sayu, elle dépérissait. Ce même jour, elle décida d'aller se reposer chez une amie. Sayu comprenait : cela la soulageait presque. Elle n'avait plus à s'en vouloir de ressembler à son père et de voir sa mère s'affaiblir.

Et elle se retrouva seule avec son chagrin. Elle n'alla pas à l'université, Marisa lui prit les cours et les lui apporta le soir. Sa présence seule lui remonta le moral car Marisa comprenait son chagrin, sa douleur. Elle avait perdu sa mère il y avait peu de temps, alors elle comprenait. Elle la réconforta, elle la laissa pleurer dans ses bras, elle essaya de la faire sourire, de la distraire.

C'est pendant cette journée que les deux filles devinrent meilleures amies. Plus proches que des sœurs, elles étaient rassemblées par cette même souffrance, cette même envie de vivre et de mourir à la fois.

Et le jour suivant, Sayu avait repris goût à la vie. Elle avait décidé d'aller à l'université, de se reprendre, de se changer les idées. Elle avait déjà vécu une période d'apathie, ce n'était pas le moment recommencer !

Elle allait sortir, lorsque son portable sonna.

Appel masqué.

Cependant, prise d'une intuition, elle décrocha.

-Allô ? fit une voix masculine.

Presque railleuse sans le vouloir, calme et nonchalante, un peu rauque. C'était… surprenant.

-Qui êtes-vous ? demanda-t-elle.

-Je m'appelle Matt.

Les souvenirs de Sayu voltigèrent.

« -Matt te ressemble vraiment dans le sens où vous n'avez pas peur de souffrir, du moins que vous pouvez caser une ou deux répliques narquoises.

-Pas faux. Il s'appelle Matt ?

-À la Wammy's, on a que des surnoms, on est les seuls à connaître notre vrai nom. On peut le dire à nos amis les plus proches, donc je connais le sien, et il connaît le mien. »

Se rappeler de Mello lui faisait mal, la mettait en colère.

-Bon, avant que tu ne raccroches parce que tu repenses à Mello, j'ai une petite proposition à te faire.

Comment l'avait-il deviné ? Comment l'avait-il su ? C'était une blague, ça ne pouvait pas être vrai…

-Tu dois te poser des questions à propos de moi et tout et tout mais je t'expliquerais plus tard. Je suis au courant pour toi et Mello, si tu te poses la question…

Décidément, elle ne pouvait pas en placer une. Il parut écouter quelqu'un assez attentivement et reprit :

-Dis-moi Sayu, ça te dirait d'aller aux USA rencontrer le meurtrier de ton père ?

La question la surprit tellement qu'elle en oublia de répondre. Matt n'ajouta rien de plus, jusqu'à ce qu'elle se secoue et retrouve la parole.

-Je… revoir Mello ? Mais… comment… et…

-Va à l'aéroport…(quelqu'un d'inaudible pour elle lui parla) ah, oui, merci, fais tes valises, avant. Tu vas partir pour… hum… pas mal de temps ? Donc, va à l'aéroport de Narita, quelqu'un t'y attendra et te fournira ton billet d'avion. Tu prendras le vol SE333.

Elle l'entendit moins fort, comme s'il parlait à quelqu'un d'autre.

-Hey, Mello, c'est pas le vol que tu as fait prendre à son père ? Bon, bref…

Il parla de nouveau plus fort. Quelque part, Sayu se demandait s'il n'avait pas fait exprès de la laisser entendre sa phrase pour qu'elle se rende compte qu'il n'était pas en train de lui faire une blague. De toute façon, s'il était bien un génie comme Mello, ce n'était pas étonnant qu'il ait deviné qu'elle se serait mise en colère en entendant parler du meurtrier de son père et qu'il ait tout manigancé pour qu'elle n'ait pas d'autres choix que de le croire.

-Ensuite, je t'attendrais à l'aéroport et je t'emmènerais voir ton ex-ravisseur. Je suis sûr que tu as des choses à lui dire. Tu seras juste sympa de pas lui taper dessus parce qu'il est pas vraiment en état de répliquer et que ça m'embêterait de perdre mon meilleur ami juste après l'avoir enfin retrouvé… ce con…

Il émit un petit rire. Visiblement, ce n'était pas quelqu'un de stressé. Plutôt détendu, même. C'était troublant.

-Alors ? Partante ?

-D'accord, répondit-elle sans réfléchir.

Elle avait envie de tuer/crier sur/tabasser/faire culpabiliser/faire souffrir/retrouver Mello. C'était un peu impulsif, certes, mais après tout, qu'avait-elle à perdre ? Elle tenait là la chance de venger son père.

Puis, elle se rendit compte qu'il y avait un problème. Si elle disparaissait brusquement, sa mère et Marisa allaient s'inquiéter…

Elle exposa le problème à son interlocuteur, qui, encore une fois, paraissait avoir tout prévu.

-Pas de problème pour ça, Fukusha te remplacera. Elle sait parfaitement quoi faire pour que le peu de gens autour de toi ne remarque rien, fais lui confiance.

-D'accord.

-Dans ce cas, c'est parti ! Je te préviens, tu ne peux plus reculer.

Et il raccrocha. Sayu le trouva étonnamment sympathique bien que légèrement énervant (il ne lui avait pas du tout laissé le choix, en fait, et l'avait presque manipulée). Mais elle sentait que son empressement était aussi de l'inquiétude. Il s'inquiétait vraiment pour son meilleur ami. Elle se demandait comment elle allait réagir devant Mello. Une douleur sourde monta dans son cœur.

-Pas le moment, grommela-t-elle en secouant la tête.

Elle fila faire ses bagages pour éviter d'y penser.


Sayu se retrouva à l'aéroport en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Elle était allée vraiment vite.

Maintenant, il ne lui restait plus qu'à retrouver la personne possédant son billet. C'était bien beau, mais elle ne savait pas du tout à qui s'adresser. Et impossible de sortir une pancarte avec marquée : Je suis Sayu Yagami, qui a mon billet pour aller retrouver le meurtrier de mon père ?

Au moment où elle se demandait si elle n'aurait pas dû demander des précisions sur ce point à Matt, quelqu'un l'interpella.

-Yagami Sayu ?

Elle se retourna et fit face à une jeune fille brune d'à peu près son âge. Les cheveux courts en bataille, elle avait deux mèches plus longues qui encadraient son visage et dont l'une cachait son œil gauche. Fine et fluette, elle était très jolie. Elle portait sac en bandoulière et était entièrement vêtue de noir.

Mais ce qui frappa Sayu fut qu'elle était exactement comme elle après son apathie. Les même traits tirés. La même maigreur anorexique. Le même regard dévasté. La même impression de vide et de mort. La fille paraissait elle, avoir perdu une grande partie d'elle même. Comme si elle allait disparaître en une traînée de cendre.

Son sourire était creux, son masque de naturel, faux. Même sa voix semblait mélancolique.

Elle lui tendit un billet d'avion.

-Bon voyage, ajouta-t-elle en le lui donnant.

-Qui… commença Sayu.

-Je suis une amie de Mello et de Matt. Je n'avais plus de nouvelles de Mello depuis qu'il est parti de la Wammy's, je suis contente de savoir qu'il va bien. Je suis aussi heureuse de voir qu'il a tenu sa promesse… et qu'il aura quelqu'un pour lui en plus de Matt. S'il te plait, passe leur le bonjour de ma part. Dis à Mello de prendre soin de lui et à Matt de faire attention à lui.

Elle réfléchit quelques secondes, hésitant à en dire plus, puis se décida.

-N'en veux pas à Mello. Il est violent, entêté, brusque, mais il n'aurait jamais voulu tuer ton père. Il porte sur lui le poids de toutes les morts, de toutes les vies qu'il risque. Il paraît inhumain, mais il souffre déjà. Ne lui ajoute pas en plus le fardeau de ta haine.

-Pourquoi je ferais ça ?

Sayu, qui avait une sacré impression de déjà vu parce qu'elle n'arrivait pas à en placer une, était presque outrée qu'on lui demande de ne pas en vouloir au blond. Elle avait envie de demander à la fille de quel droit elle lui disait ça, mais son interlocutrice paraissait avoir déjà tellement souffert qu'elle se rendit compte que c'était à elle de se demander de quel droit elle jugeait Mello. Il avait certes, tué son père, mais elle ne savait rien de lui.

Elle regretta aussitôt de s'être emportée mais la fille sourit juste tristement.

-Est-ce que tu as lu Le Cid de Corneille ? Non, sans doute pas, ça ne doit pas être très connu au Japon… c'est un bon livre.

Elle tira un livre de son sac.

-Rien ne vaudra l'original, lui assura-t-elle. Mais j'ai fait de mon mieux pour en faire une traduction qui laisse passer les mêmes sentiments que Corneille les écrits.

Sans attendre, elle lui mit le bouquin dans les mains.

-Euh… merci, dit Sayu qui se sentit bête.

Pourquoi, elle n'aurait pas su le dire.

L'autre sourit avec l'air de quelqu'un qui a accompli sa mission et peut enfin lâcher son masque. Du tout au tout, son expression changea. Ses yeux se dilatèrent, son regard devenant fou et désespéré, ses mains se mirent à trembler, son visage se décomposa.

Elle avait à présent les traits d'une folle brisée.

Elle prit le visage de Sayu entre ses mains tremblantes.

-Dis-leur de ne pas mourir. Ne les laisse pas tomber. Dis-leur de vivre. Dis-leur que je tiens le coup, mais plus pour longtemps. Moi… moi je ne vais pas pouvoir vivre si eux ne le peuvent pas. Parce que Kira m'a déjà tout pris. Il m'a déjà trop pris. Dis-leur que Kira doit mourir. Pour… pour la Justice… pour L… dis-leur… de ne pas se détruire…

La jeune fille était tétanisée. Elle ne savait pas quoi dire, pas comment réagit. La… la créature en face d'elle était ravagée par la souffrance et le désespoir. Elle avait envie de la prendre dans ses bras, de la rassurer. Mais elle ne pouvait pas bouger. Car en même temps, elle avait peur. La fille pouvait, si elle le voulait, la tuer ici même, elle le sentait. Elle était dangereuse. Et elle était désespérée.

-Et toi, continua la folle, toi… apprends à pardonner à ceux qui le méritent… Mello… il a besoin d'aide… si tu ne veux pas qu'il meure, il faudra… aime le… perdre la personne qu'on aime, rien de plus douloureux…

Doucement, les mains de son interlocutrice quittèrent son visage et tandis que son index droit pointait le cœur de Sayu, la gauche se posait délicatement sur son ventre. Elle ferma les yeux, l'air apaisée.

-La vie, murmura-t-elle, la vie… oui, reste en vie, Sayu, la vie, voilà ce qui est important… chéris ta vie…

Puis, elle se recula d'un pas, plus calme et transperça la jeune fille de son regard étrange.

-Adieu ! murmura-t-elle.

Elle tourna les talons. Sayu ne mit qu'une seconde à se ressaisir et la chercha du regard, mais elle avait déjà disparu. Aussi insaisissable que l'ombre d'un rêve.


Assise à sa place, Sayu méditait son étrange rencontre en regardant les nuages par le hublot de l'avion. Après une petite hésitation, elle finit par rouvrir son sac dans lequel elle avait rangé le livre, pour le prendre.

C'était Le Cid, de Corneille. Elle l'ouvrit. Un petit morceau de papier s'en échappa et elle le rattrapa vivement. Il était écrit comme à la va-vite. Elle écarquilla les yeux en le lisant.

Sayu méditait encore cette étrange rencontre. Elle se demandait qui était cette inconnue et pourquoi elle lui avait donné ce livre. Elle le prit et l'ouvrit, mais un petit morceau de papier s'en échappa. Elle le rattrapa et fut surprise en le lisant. Ça décrivait parfaitement ce qu'elle venait de faire ! Elle se demanda si elle trouverait d'autres morceaux de papiers dans le livre et comment l'inconnue avait-elle pu savoir ce qu'elle allait faire.

-Impossible, murmura-t-elle.

Et pourtant, le papier était réel. Comme un rappel de sa rencontre avec la folle. Comme pour lui demander de ne pas oublier de dire ce qu'elle lui avait demandé de dire à Mello et Matt.

La jeune fille soupira et commença à lire. À la scène III se trouvait encore un petit morceau de papier.

Sayu se demandait en quoi ce livre la concernait mais elle était bien décidée à lire jusqu'au bout, à comprendre l'inconnue. Inconnue qui, d'ailleurs, aimait lire et écrire.

Pardonne, lui disait doucement l'inconnue.

Mais Sayu ne la comprenait toujours pas.

Elle voulait tuer Mello rien qu'à sa vue.

Elle le haïssait ne le pardonnait pas.

Un poème. En français. Sayu ne comprit pas mais, en retournant le papier, trouva la traduction en japonais. Elle se mordit la lèvre. Décidemment, c'était bien trop mystérieux pour elle. Elle continua sa lecture.

Et arrivée à la scène V, elle comprit en quoi ça la concernait.

Rodrigue allait tuer le père de Chimène.

Elle trouva encore un papier.

Sayu compris enfin en quoi ça la concernait. Rodrigue allait tuer le père de Chimène. Il hésitait, se posait des questions. Cependant, le devoir était plus fort. Mais il s'en voulait et savait très bien que Chimène allait le haïr. Sayu se demandait si Mello aussi s'en était voulu et s'il savait qu'elle allait le détester après, mais le seul moyen de le confirmer était de le revoir. Et au fond d'elle, elle savait que Mello n'avait pas voulu tuer son père et qu'il regrettait sa mort.

Parce qu'il a tué son père,

Elle aurait voulu le haïr,

Mais elle l'aimait encore.

Cette fois, c'était un haïku en japonais. Sayu était intriguée et se demandait à quoi elle aurait droit au prochain papier.

Mais en même temps, elle était troublée. C'était peut-être Matt qui l'avait avertie de son amour pour Mello, mais comment l'inconnue aurait-elle pu savoir qu'elle l'aimait encore ? Tout était bien trop étrange.

Elle parcouru les milliers de kilomètres qui la séparaient de Mello en lisant Le Cid et les morceaux de papier de l'inconnu.

Dès qu'elle voyait un parallèle entre sa situation et celle de Rodrigue et Chimène, un papier apparaissait, porteur de son trouble et d'un poème qui résumait ses sentiments, mais la conseillait également.

Par exemple, lorsqu'elle avait lu la scène IV de l'acte II, elle s'était sentie proche de Chimène, prête à accuser Mello, à demander justice. Et un mot l'attendait.

Sayu se voyait en Chimène, désespérée et dévastée, en colère et triste d'aimer encore la personne qui lui avait pris son père. Elle se demandait ce que le morceau de papier allait lui apporter cette fois-ci. Encore un poème ? Elle y pensait pour éviter d'avoir à douter de sa colère et de sa rage. Elle ne voulait pas pardonner à Mello. Elle voulait encore être en colère contre lui.

Âme bleue, flamme de glace

Chaleur froide et soleil noir

Acier pluvieux des mots lasses

Eden perdu, vaine histoire

Encore une fois, le poème était en français et elle avait trouvé la traduction au dos du papier (et n'avait quand même rien compris)… avec un conseil.

Rien ne sert de vouloir en vouloir. Combien de personnes ont données leur vie pour cesser d'être en colère ? Il n'y a rien de plus beau que de pardonner. C'est très dur de pardonner. Alors pourquoi vouloir être en colère alors qu'on fait déjà ce que tant d'autres peinent à faire ?

C'était une excellente question à laquelle Sayu n'avait pas de réponse. Alors elle avait laissé l'interrogation en suspens pour lire.

Scène I de l'acte III, scène II de l'acte III, scène III de l'acte III, elle y avait aussi trouvé des papiers. Des papiers qui lui expliquaient que Mello s'en voulait de l'avoir « trahie ». Des mots qui lui racontaient à quel point la vengeance est inutile et destructrice. Qu'elle-même finirait par brûler de la vengeance. Des paroles qui lui prouvaient qu'elle ne devait pas s'en vouloir d'aimer. Qu'il fallait qu'elle en profite tant qu'elle le pouvait, de cet amour. Que l'amour ne vous touche autant qu'une seule fois dans votre vie. Des phrases et des poèmes qui la faisaient douter.

Mais le pire vint lors de la scène IV de l'acte III. La confrontation de Chimène et Rodrigue. Elle eut envie de pleurer. D'ailleurs, elle pleura. Des larmes qu'elle ne maîtrisait pas roulèrent sur ses joues. Des larmes silencieuses.

Sayu pleurait. Des larmes sans noms, des larmes muettes. Elle ne comprenait que trop bien Chimène, elle ne comprenait que trop bien Rodrigue… elle ne comprenait que trop bien Mello. Elle s'en voulait d'avoir voulu la perte de ce qu'elle craignait le plus de perdre. Elle doutait de tout ce dont elle avait été si certaine. Que devait-elle faire ? Elle ne comprenait plus rien !

J'ai souffert et je n'ai rien dit

J'ai tout gardé pour moi, j'ai pleuré dans la nuit

J'ai voulu être forte, j'ai connu la douleur

Mais plus encore, j'ai appris la solitude, la peur.

Elle dut une nouvelle fois tourner la feuille pour comprendre les mots de l'inconnue. Même si elle n'avait pas de conseils cette fois-ci, c'était parce que le vrai conseil était dans le livre. Et elle le comprenait. Elle haïssait Mello, elle l'aimait… elle ne devait pas vouloir se venger. Elle devait laisser partir sa rage. Elle devait laisser partir Mello. Ne pas le dénoncer à la police ou tenter de le tuer.

« Va, je ne te hais point. »

Tout au long du livre, d'autres papiers porteurs de poèmes et de conseils l'attendaient. À la fin, sur la dernière page du livre, l'inconnue avait marqué :

Sayu, accepte ce que tu ressens. Mello t'aime. Tu aimes Mello. Alors, pourquoi cela ne pourrait-il pas donner un bel happy end ?

Va et vis, porteuse d'âme.

Sayu referma le livre et le rangea dans son sac. Dans sa tête, tout se bousculait, tout se confrontait. Elle avait envie de dormir maintenant, de se laisser aller, de tout oublier.

Mais ce ne fut pas possible. L'avion venait d'atterrir.

À l'aéroport, valises en mains, elle ne chercha pas Matt. Sous son crâne, c'était la tempête. Elle ne savait plus quoi faire, elle était perdue. Complètement perdue.

Qu'est-ce que je dois faire ? pensa-t-elle.

Elle avait besoin d'aide, là, maintenant, tout de suite.

-Salut ! lança une voix.

Elle sortit de ses pensées et aperçut un jeune homme assez grand, aux cheveux auburn en bataille avec des goggles sur ses yeux verts. Il portait une veste sans manches en peau de mouton, un pull rayé, un jean bleu et de bottes hautes.

-Je suis Matt, se présenta-t-il en lui prenant une de ses valises.

Il arrivait pile au bon moment, au moment même où elle avait besoin d'une réponse. Elle lui en était reconnaissante.

-Yagami Sayu, dit-elle.

-Ouais, je sais, Mello n'arrête pas de parler de toi. Bon, vu qu'il dort à moitié et qu'il délire à cause de la fièvre, ce n'est pas franchement de sa faute.

Il la regarda droit dans les yeux. Un moment, Sayu crut qu'il allait percuter quelqu'un, comme ils marchaient, mais le jeune homme semblait posséder une aura particulière et les gens le voyaient et l'évitaient.

-Il s'en veut horriblement, tu sais, lui expliqua-t-il. Il ne souhaitait pas tuer ton père. Il est désolé pour ce qui s'est passé. Mello peut tuer sans aucun remord, mais ça ne fait pas de lui un assassin pour autant. Il sait quelle valeur à une vie. Il porte le poids de chaque vie prise. Lui ne le sait pas, mais moi je le vois. A quel point les jours heureux de notre enfance sont loin…

-Je… je comprends…

Elle soupira. Que pouvait-elle dire de plus ? Puis, une question lui brûla les lèvres.

-Qui était la fille qui m'a donné le billet ?

-Je ne sais pas. Honnêtement, j'ai demandé à une de nos amies de te donner le billet, mais je ne sais pas laquelle a décidé d'y aller.

-Parce qu'elle m'a donné un livre… Le Cid, de Corneille.

-Il y avait des papiers qui te décrivaient, avec des poèmes et des conseils, dedans ? demanda Matt.

-C… comment tu le sais ?

-Typique… elle fait toujours ça…

Il regarda au loin et ce fut à son tour de soupirer.

-Alors, reprit-il, tu as changé d'avis au sujet de Mello ?

-Je suis perdue, avoua Sayu, je ne sais plus quoi faire. Je ne sais plus quoi penser…

Elle se rappela des messages de la fille.

-Ah, j'y pense, cette fille m'a dit de vous dire bonjour… pour toi, de faire attention à toi…

Un fin sourire triste étira les lèvres du rouquin. Il tira une cigarette et un briquet de sa poche et alluma le tout d'une seule main sans ralentir l'allure. Son briquet disparu dans sa manche tandis qu'il prenait une longue bouffée de nicotine.

-Elle m'a ensuite dit que vous ne deviez pas mourir, continua Sayu, que vous deviez vivre. Qu'elle tient le coup, mais plus pour longtemps. Elle a dit qu'elle n'allait pas pouvoir vivre si vous ne le pouvez pas. Parce que Kira lui a déjà tout pris, qu'il lui a déjà trop pris. Elle m'a dit de vous dire que Kira devait mourir, pour la Justice et pour L. Et enfin… elle m'a dit : dis-leur de ne pas se détruire.

Matt hocha lentement la tête. Puis, il baissa les yeux et marmonna comme s'il se parlait à lui-même :

-Justice, j'espère que tu vas bien.

Merci d'avoir lu

Oui, j'ai mis un OC, Justice. J'ai hésité avec Linda, mais comme j'avais fait plusieurs fois allusion à Justice je me suis dit que je pouvais la mettre encore une fois. Et comme je venais de me rendre compte que mon histoire ressemblait beaucoup à celle du Cid (je précise que je ne l'avais pas encore lu mais que j'ai lu le début pour la fiction et le livre entier après et que oui, j'ai aimé), j'ai préféré mettre l'écrivain, Justice. Si vous ne savez pas qui c'est, elle est dans une autre de mes fictions, Wammy's girl Near, Mello and Matt generation, ainsi que dans le bonus.

J'ai commencé à écrire avec elle en me disant que si ça n'allait pas, je réecrirais le passage avec Linda, mais les mots me sont venus naturellement et j'ai écrit ce chapitre très vite. Finalement, je l'aimais bien donc je n'ai pas trouvé nécessaire de le refaire.

Le coup des bouts de papiers est inspiré du Miroir de Cassandre de Bernard Werber pour ceux qui l'ont lu, ça vous rappellera des choses. Pour les autres... qu'est-ce que vous attendez ?

Bon, j'arrête de vous embêter. N'oubliez pas que j'attends vos conseils pour rectifier Mello, surtout qu'il apparaît dans le prochain chapitre et que je ne l'ai pas encore écrit rien que pour attendre vos conseils !

Hey, des reviews s'il vous plait ?