NB : Claircqn / Darkyaoilove : Je comprends parfaitement votre désapprobation devant les événements du dernier chapitre (mais, ma foi, ça m'étonne que vous soyez davantage bouleversé(e)s par Bellamy couchant avec Raven que par l'éventuelle virée vers Mars. Comme quoi, cette dernière doit vous paraître logique – somehow - ?) mais est-ce que je vous ai déjà parlé de l'une de mes spécialités littéraires ?... Non ? Vraiment ?... La torture du lectorat, voilà. Le slowburn dans toute sa splendeur. Le Bellarke surviendra au moment où vous vous y attendrez le moins, parce que… parce que… ce ne serait pas intéressant, sinon. Je ne pense pas qu'une bonne fiction soit obligée de suivre une ligne régulière et parfaitement romantique ; n'oublions pas que nous affaire à Bellamy qui, sans être particulièrement émotif, est toujours dans l'utilitarisme. S'il couche avec Raven, ce n'est pas par sentimentalisme ; tout le contraire, même. Tout au long de the 100, Bellamy semble avoir toujours agi dans l'idée que « la fin justifie les moyens », alors tâchez de ne pas trop grincer des dents et de ne pas accueillir sa relation avec Raven comme une grande infidélité à Clarke, mais plutôt comme… quelque chose d'utile et de nécessaire. Le Bellarke viendra, j'vous le promets.

Enfin, merci pour votre avis :'3 ce dernier – même négatif – m'aide à avancer.

+ Point culture : Constantin Tsiolkovski a réellement existé et était considéré – pour de vrai ! - comme le père de l'astronautique (c'est grâce à lui que les fusées se détachent en plusieurs parties quand elles décollent) il a vécu au XIXéme siècle, mais on va plutôt dire qu'il est né dans les années 80 du XXéme siècle – histoire de pas en faire un centenaire historique.

Jour 369 :

Bellamy roula négligemment sur le bord de son matelas, rejetant au passage l'épaisse couverture synthétique qui recouvrait son corps. Ses yeux sombres errèrent un instant sur le cadran du réveil, dont les chiffres rouges clignotaient faiblement dans l'obscurité. Du temps de sa vie sur Terre, le soleil serait venu le réveiller, bien avant que le surplus de sommeil n'achève son œuvre de reconstruction. Allongé dans son lit étroit, Bellamy se surprit à repenser à l'Aube, telle qu'elle lui était apparue durant sa vie Terrienne. Une réflexion un brin nostalgique, qui dessinait dans sa tête les grandes courbes d'un ciel rouge, puis rosi, dans lequel se levait lentement le soleil, étirant les nuages pour apparaître dans toute sa perfection. La nature prenant des airs de fête sous ses rayons et la caresse de ces derniers contre sa peau hâlée restait aussi réconfortante que s'il avait passé toute sa vie à fouler ce sol.

Bellamy referma un instant les yeux, pour savourer cette étrange vision qui ne ressemblait en rien à l'univers gris de l'Anneau. Elle le ramenait près d'un an en arrière, lorsque les arbres étaient omniprésents, juste avant cette grande catastrophe.

Cependant, ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi parfaitement reposé dans l'Anneau, mais ça, il le devait en grande partie à Raven. Le souvenir de l'instant qu'ils avaient partagé dans la salle de contrôle accéléra momentanément le pouls du jeune homme et il se redressa sur ses coudes, passant ses doigts dans ses cheveux sombres.

Est-ce qu'il regrettait ce qu'il s'était passé ?

Non. Pas vraiment.

Leur étreinte avait été salutaire dans la mesure où elle leur avait permis de retrouver un rien de stabilité ; son corps avait, très naturellement, répondu à celui de Raven et il se rappelait encore de la vague émotion qui l'avait étreint au moment où il l'avait allongée sur la table, entre les débris de ses créations qui s'entassaient en piles instables autour d'eux. Bellamy avait ensuite longuement contemplé la technicienne, avant de l'embrasser avec une passion renouvelée ; au fil de cette étreinte, il avait senti que son corps se purgeait, se détendait, retrouvait un équilibre salutaire – un bien-être qu'il n'avait plus ressenti depuis des mois.

Certes, il n'était pas amoureux de Raven. Mais tant qu'à faire l'amour avec quelqu'un, il préférait que ce soit avec elle car, malgré ses airs un peu rudes et son bagout de charcutier, la jeune fille prenait, au plus fort de ses sensations, des expressions d'intense lascivité, s'ouvrant à celui qu'elle accueillait avec une extraordinaire générosité. Ses sourires devenaient alors plus fluides, tandis qu'elle croquait dans le vif de l'épaule de Bellamy, les yeux mi-clos.

Ce dernier avait eu – un peu – l'impression de rentrer à la maison et d'y trouver un élément si familier qu'il en devient troublant. Coucher avec Raven lui avait vaguement rappelé ses moments de gloire, où tout ce qui lui importait était le pouvoir - un rude désir de puissance, qui l'avait aveuglé. Peut-être que, lors de leur première étreinte, l'avait-il effectivement désirée mais, depuis leur alliance, ce sentiment était devenu autre chose, une sorte de confiance inébranlable. L'Arcadien savait que Raven était une personne sur laquelle on pouvait compter pour à peu près tout.

Par ailleurs, Bellamy ne s'était senti infidèle à personne. Bien sûr, il savait maintenant qu'il avait des sentiments très forts pour Clarke – un peu étranges, un peu nerveux – mais la jeune blonde était si loin qu'il avait l'impression de ne pas la désirer, physiquement parlant. Entre elle et lui, c'était autre chose. Tout comme ce qu'il avait partagé avec Raven. Là aussi, c'était une forme différente d'affection, au risque de verser dans le sophisme.

Bellamy s'allongea sur le dos, repensant vaguement au pillow-talk d'après la baise :

« Je crois que j'ai compris ce que tu voulais dire, la première nuit, au sujet de… Finn. Que ce qu'on avait fait, ça ne t'avait pas aidée. » avait-il dit à Raven, alors qu'ils étaient assis l'un à côté de l'autre, adossés au mur

« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? » avait répondu la jeune femme, en lissant d'une main absente ses longs cheveux qui serpentaient contre son dos courbé

« Je me sens… reposé. Mais pas plus complet qu'avant. »

« Tu dis ça à cause de Clarke ? »

Bellamy avait fermé les yeux, pour jouer avec l'image de la blondinette sur l'écran de ses paupières :

« Peut-être. »

« Bellamy, écoute, je ne suis pas très douée pour parler sentiments… Enfin, plus trop depuis que Finn… est mort. Mais j'aurais pu difficilement être aveugle à ton mal-être. Il ressemble trop au mien, la culpabilité, la honte... C'était comme si on t'avait vidé de ton essence. Après, c'est sûr qu'ici tu n'es plus autant sollicité qu'en bas, mais il te manquait clairement autre chose. On a un peu choisi de t'ignorer, parce qu'on avait d'autres soucis. Et pourtant, on savait tous clairement à quoi c'était relié… Comme quand j'avais besoin de Finn, toi, t'avais besoin de quelqu'un en particulier. Et la culpabilité t'a fait couler. »

« Je sais. Même Echo m'a fait remarquer que j'étais devenu une loque. »

« Murphy aussi. »

Bellamy avait penché la tête avec lassitude :

« Est-ce que cette discussion est supposée faire avancer les choses ? Clarke me manque, oui, et alors ? »

« Je sais que tu n'as peut-être pas envie d'entendre ça, pas maintenant en tout cas, mais nous avons clairement besoin d'un but, un point fixe vers lequel se diriger. Actuellement, nous avons un seul objectif : retourner sur Terre, mais ce n'est pas suffisant ! C'est trop vague, trop lointain, et même, qu'est ce qui nous dit que ça se sera calmé d'ici quatre ans ? De toute façon, quatre ans, c'est une éternité dans l'espace et nous avons besoin de nous solidariser de nouveau. Oui, je radote, mais Mars semble être l'idéal. Ça fait trop longtemps que nous nous traînons tous dans l'Anneau, comme des âmes en peine. Il faut que nous retrouvions notre cohésion. Sans Clarke, sans Terre, nous ne sommes que l'ombre de ceux que nous étions. »

« Je te trouve dure, Raven. » avait rétorqué Bellamy

Un instant amollie par leur étreinte, la technicienne s'était alors brusquement redressée, faisant sursauter le jeune homme, comme si ses réflexions avaient continué leur petit bout de chemin dans sa tête, en silence :

« Mais bien sûr ! Absolument tout miser sur le Voyage, Bellamy. Sur Mars, même si leur civilisation n'existe plus, il y aura encore des restes, probablement des navettes, des choses qui fonctionnent, enfin ! Le but ne serait pas seulement d'y aller, mais de revenir avec un gain doublé. »

Bellamy avait haussé un sourcil perplexe :

« En fait, tu ne m'écoutes pas non plus, c'est ça ? »

Il aurait dû s'en douter ; prise au piège de son hyperactivité, Raven avait pris l'habitude de réfléchir tout haut, donnant l'impression de s'adresser à son interlocuteur, alors qu'en réalité la jeune femme soliloquait. C'est d'ailleurs pourquoi elle sautait souvent du coq à l'âne.

Très bien, très bien, si c'est comme ça, avait songé Bellamy, en ramassant son tee-shirt pour l'enfiler. Il s'était levé et avait fixé sur la technicienne un regard scrutateur : Raven était en train de se rhabiller à son tour, rendue fébrile par ses propres paroles. Elle avait néanmoins pris la peine de se tourner une dernière fois vers l'Arcadien, avant de retourner vaquer à ses occupations :

« 24 heures pour prendre une décision, ça te va ? On se retrouve tous dans 24 heures pour mettre au vote le Voyage, ok ? J'aurai des arguments en béton à ce moment-là. »

Mais Bellamy, sans s'impliquer davantage dans la nervosité de la jeune femme, avait tourné les talons.

Puis, il avait dormi pendant près de quatorze heures, d'un sommeil lourd et vide de rêves.

Lorsqu'il avait fini par ouvrir les yeux, c'était le calme de la station qui l'avait bouleversé, davantage que cette vision de l'Aube. Après cet instant de vague réflexion qu'il s'était octroyé, il s'était redressé, cherchant du regard ses vêtements. Les paroles de Raven lui tournaient encore dans la tête, envahissantes ; ainsi donc, elle était prête à tout sacrifier pour Mars ? Génial. Mais depuis qu'elle avait pris – en quelque sorte – le contrôle de l'Anneau, elle avait révélé un caractère bien plus tenace que sur Terre.

Et pourtant, si elle avait effectivement raison ?

La question laissa Bellamy rêveur, tandis qu'il achevait d'enfiler son jean. Si la civilisation Martienne avait été florissante pendant près de 17 ans, ils avaient parfaitement pu développer des choses fascinantes…

Cette expédition ne le ferait pas revenir plus tôt auprès de Clarke, mais elle avait au moins pris des allures de bonne idée. Tuer le temps en s'immergeant dans un nouveau projet et se persuader que l'on fait ça pour le Bien de l'Humanité – cela dit, il avait bien fait de même au Mont Weather, dans d'autres circonstances.

Après tout, ce qu'il considérait comme l'Humanité, c'était son peuple, les Arcadiens.


Quelques heures plus tard, la voix de Raven se fit de nouveau entendre au travers des hauts parleurs situés à intervalles réguliers dans l'Anneau. On put aussi voir Murphy demander à sa Native de copine, d'un ton visiblement ennuyé : « mais qu'est-ce qu'elle a encore, l'autre ? », tandis que dans la ferme hydroponique, Harper et Monty échangeaient un regard intrigué. Dans une autre pièce, Echo s'immobilisa, les muscles tendus par l'échauffement qu'elle venait d'accomplir. Elle passa une main sur son front en sueur, avant de se diriger, à son tour, vers la salle de contrôle.

Lentement, une solide troupe se constitua, pour s'engager dans la pièce centrale de la station, vers Raven. Cette dernière se tenait au centre et achevait de pianoter sur un clavier. Mettant un point final à ce qu'elle avait préparé, la technicienne se tourna vers l'écran le plus large :

« Glad, maintenant que nous sommes tous là, c'est à ton tour. Déroule-nous ton exposé. »

Docile, l'IA afficha ce qui ressemblait fort à un powerpoint futuriste (le slide en moins) et commença à débiter un joli petit discours – l'enthousiasme en moins :

« La vie sur Mars. Les premiers colons Russes qui s'y sont installés ont emmené avec eux les plus grandes technologies inventées par l'Homme, ce qui leur a permis de rendre l'atmosphère respirable dans des petits dômes qui ponctuent la planète (photos d'ingénieurs qui présentent fièrement le plant d'un arbre dans un monticule de terre importée. Le plant ressemble étrangement à un citronnier). Au bout de 17 ans, selon les derniers rapports reçus, la population initiale de colons avait augmenté de 15%, deux couples sur trois avaient donné naissance à des enfants (coupure de presse présentant le premier enfant né sur Mars, un poupon souriant perdu entre les bras d'une grosse femme, et on pouvait lire « Mihaïl Constantinovitch Ribionov, le premier Martien ! »), élevant ainsi le nombre de colons à 345. La plupart d'entre eux étaient des techniciens formés aux sciences de l'espace et ont ainsi pu développer la qualité de vie sur Mars, permettant à leur colonie de s'épanouir. Parmi ces techniciens, on retrouve Constantin Tsiolkovski, considéré comme le Père de l'astronautique moderne (photo du monsieur en question, souriant et barbu). Cet homme était l'un des plus grands ingénieurs Terriens et, malgré la tension mondiale croissante, avait collaboré avec Eligius Corporation pour mettre au point les réacteurs de la fusée qu'ils prévoyaient d'envoyer à la suite de Cold Gaze. Tsiolkovski a donc participé à une alliance Russo-Américaine, en vue d'une colonisation totale de Mars. D'autres pays ont manifesté leur désir de se joindre à la conquête spatiale, mais avant que ces projets ne se concrétisent, le Monde était en feu. On peut donc émettre l'hypothèse qu'une colonie ayant Tsiolkovski comme fondateur a largement eu les moyens de bâtir une civilisation prospère et épanouie. Je ne doute pas que Tsiolkovski ait pu construire des réacteurs bien plus puissants sur Mars que ceux qui, par exemple, ont soutenu l'Arche pendant le siècle passé dans l'espace. »

Dès que Glad eut fini son exposé, Raven prit le relais :

« Constantin Tsiolkovski est notamment l'une des personnes dont on enseigne l'histoire dans les cours qui sont donnés sur l'Arche. Monty, tu devrais t'en rappeler, non ? Après tout, sa conception moderniste de l'astronautique a permis aussi de façonner les moteurs de l'Arche. »

« Eeeeeet ? En quoi ça nous fait avancer, de savoir qu'un technicien de haut vol est parti vers Mars ? » rétorqua Murphy, toujours prompte à la répartie

« Eh bien, si on réfléchit un peu, on s'aperçoit que la théorie d'une colonie Martienne marche tout à fait. La Terre en a reçu des nouvelles assez régulières pour savoir que tout ça tenait debout. Cet homme a donc pu mettre au point des fusées bien plus performantes, mais sur Mars. Imaginez donc que l'un d'entre nous s'y rende, et même si la civilisation humaine s'y est éteinte, il restera toujours des choses à ramener. »

« Parce que c'est possible de mettre en marche une fusée en étant seul ? » demanda Monty, l'air légèrement perplexe

« Oui et non. Tout dépend du niveau d'automatisation de l'appareil. Mais connaissant les travaux de Constantin Tsiolkovski, ça ne me paraît pas impossible. Alors, ce que je vous propose, c'est que l'on travaille tous ensemble à améliorer les fonctions de la navette, afin qu'elle réussisse à faire un voyage de six mois. Les travaux devraient prendre environ trois mois. Au bout de ce laps de temps, quelqu'un se dévouera pour la traversée et nous, on attendra son retour. Je suis parfaitement consciente que ce que je vous propose doit relever, à vos yeux, d'un idéalisme très naïf, mais il faut croire en ce que nous pourrions découvrir là-bas. »

Puis, après un nouvel instant de silence total :

« Je propose le vote. Que ceux qui veulent voir Mars lèvent la main. »

Les jeunes gens restèrent inertes pendant quelques minutes ; Bellamy pouvait imaginer le cheminement de leurs pensées, pesant le pour et le contre de la proposition de Raven. Et lui-même, alors qu'il se sentait toujours un peu indécis, avait envie de croire, à son tour, en ce qu'elle leur offrait. Il fut donc le premier à lever la main, recevant un regard satisfait de la technicienne.

Enfin, lentement, d'autres bras se dressèrent. Harper, Murphy, Emory, Echo – cette dernière comprenait-elle réellement les enjeux ? Mystère… Seul Monty gardait obstinément sa main contre sa cuisse, les sourcils froncés :

« Ça ne marchera jamais. Celui partira dans l'espace n'arrivera pas à revenir. Et nous ne retournerons pas sur Terre. » marmonna-t-il

Raven s'avança doucement vers lui :

« Peut-être. Mais c'est un pari à prendre. Pile, on perd si notre navette n'arrive pas à destination. Face, c'est toute une technologie supérieure qui s'offre à nous. Et éventuellement, des alliés, s'il reste des gens là-bas. Nous ne serons jamais de trop pour revenir sur Terre.»

Monty redressa la tête et soupira, avant de lever la main à son tour, comme à contrecœur. Il n'avait pas l'air réellement convaincu, mais ses yeux s'accrochaient à Harper qui, elle, gardait son bras bien droit, dressé vers le plafond.

Visiblement satisfaite, Raven se recula et son regard engloba le groupe :

« Bien. Nous allons donc pouvoir commencer à penser à comment envoyer la navette sur Mars. »

Bellamy se tourna vers Glad, songeant une nouvelle fois à Clarke et à sa solitude.

Il aurait tellement voulu la prévenir, lui dire…

On sera bientôt là, avec de nouveaux alliés. Plus que quatre ans, Clarke, sois patiente.