Coucou tout le monde !
Que dire ? Voici enfin le chapitre 11 ! Pour ceux qui suivent mes aventures sur Tumblr (dance-dance-bokuaka) vous saurez que ce chapitre à été quasi écrit en une journée. Le reste du temps, j'étais occupé à déprimer, passer le bac (anticipé), pleurer sur Le Monde de Dory, et faire face au sens de l'existence. Bref. Je suis de retours ! Désolé les crevettes !
Je voudrais d'abord vous remercier pour votre patience, et pour vos nombreux retours ! Ils me font extrêmement plaisir, et j'y réponds dans la foulée ! Pour être honnête, j'aurai très bien pu arrêter la fic ici si je n'avais pas eu tous vos messages enthousiastes pour m'encourager ! Merci à vous !
Bien sûr, merci encore à Akimitsu N, ma correctrice !
Et sur ce, je ne m'étale pas plus, j'espère que ce chapitre vous plaira ! On se retrouve en bas !
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- Oh mon dieu ! Akaashi ! Mais qu'est-ce qui s'est passé ?!
Yachi s'était écriée la première, les mains plaquées contre la bouche.
Tout le monde s'était retourné dans le théâtre pour observer le centre de l'attention tandis que la petite blonde accourait vers le danseur classique.
Akaashi avait simplement secoué la tête en baissant les yeux.
- Je suis tombé dans les escaliers.
Encore un mensonge. Mais il avait fait en sorte d'en trouver un suffisamment gros, suffisamment évident, afin que tout le monde déniche la supercherie. Ces gens là auraient la décence de ne pas exprimer leur incrédulité.
Ce fut le cas. Yachi fronça un instant les sourcils, puis leva vers son ami un regard plein d'inquiétude. Akaashi refusa de croiser son regard.
- Ah oui ? fit-elle d'une petite voix qui sonnait faux. Comment c'est arrivé ?
Les artistes qui étaient déjà là se joignirent au duo pour écouter le récit falsifié du danseur classique. Il inventa une histoire banale, son voisin qui transportait des cartons, Akaashi perdu dans ses pensées, la collision des deux corps, et le danseur classique en bas des escaliers. Aucune preuve.
Tous hochèrent la tête. Polis.
Noya lui donna un coup de poing amicale contre l'épaule :
- Tu t'en remettras vite va !
Seulement il ne savait pas que sous le col roulé d'Akaashi se cachaient encore bien des blessures. Il avait décidé de cacher tout ses hématomes sous ses vêtements, le temps qu'ils disparaissent. Une roulade dans les escaliers n'amochait pas un corps tant que ça après tout. Heureusement nous étions au mois de décembre et le froid hivernal devenait glacial dans le théâtre sous-chauffé, aussi les vêtements couvrants du danseur ne sortaient pas du lot.
- Bon, finit par déclarer Tsukishima.
Il glissa à travers l'amas d'artistes comme un requin dans un banc de poissons.
- Tu pourras danser aujourd'hui ? demanda-t-il.
Son visage n'affichait aucune expression. Cet homme s'en fichait royalement de savoir si son artiste allait bien. Il pensait pour le groupe, il pensait pratique, il pensait au futur.
- Oui. Bien sûr, affirma Akaashi.
Et lui s'en fichait de savoir que son metteur en scène n'aurait pas pleuré sur son sort. Il n'était pas là pour jouer les sentiments, ou du moins pas tant qu'il n'était pas sur scène.
Tous se remirent au travail. Il était tôt et la fatigue hivernale commençait déjà à se faire sentir sur la troupe. Les lumières du mois de décembre n'étaient pas aussi féeriques qu'elles en avaient l'air. La magie de Noël ne touchait pas tout le monde, malgré les dires des téléfilms. Peut être en émerveillait elle encore quelques uns ; Yamaguchi par exemple était vêtu exclusivement, depuis quelques temps déjà, de pulls sur le thème de Noël. Les enfants aussi rêvaient peut être encore un peu. Mais il s'agit ici de Londres. Une grosse ville. Les enfants rêvent-ils encore dans la fumée, le brouillard et la pluie ? Akaashi ne se souvenait pas vraiment de ce que cela faisait d'être enfant.
Il avait l'impression d'avoir toujours eu des préoccupations d'adultes.
C'était comme s'il avait toujours eu ce poids sur lui, une certaine crainte, comme si à tout moment n'importe qui allait lui sauter dessus pour lui faire des reproches.
Il dansait alors. Il pratiquait un passage durant lequel il glissait derrière les autres sans être vu par les autres animaux. Cette scène visait à annoncer son arrivée. C'était un passage facile - en fait, il le connaissait déjà par coeur - mais il commençait toujours la journée par son énième pirouette en guise d'échauffement.
Il repensait à la veille.
À la façon dont il avait dansé devant Bokuto, et comment, en quelques secondes à peine, tout avait semblé différent. Il n'arrivait pas à reproduire ce sentiment. Sans doute pensait-il trop. Mais s'il aimait tant danser c'est parce que cela lui permettait de se vider les entrailles. Alors quoi ? Il avait passé la soirée à se remettre en question. Pourtant s'il y avait bien une chose dont il croyait être sûr dans sa vie, c'était bien la danse.
Et pourtant aujourd'hui il avait la tête dans les nuages à force d'y penser. Il virevoltait et cette mimique du tourment dans ses pensées en cet instant lui fit du bien.
Après un moment, Akaashi finit par s'exercer sur une autre scène, une certaine pirouette lui donnant du fil à retordre. Dans le fond, Nishinoya n'arrêtait pas de glousser tandis qu'Asahi lui souriait doucement. Le plus petit se penchait vers lui, lui murmurait une chose à l'oreille et son acolyte rougissait soudainement, tandis que Nishinoya riait, fort et dans un mouvement saccadé, tout près, tout proche d'Asahi, et Akaashi comprit sans savoir comment que le plus petit cherchait désespérément l'attention de son partenaire.
Le danseur classique semblait soudainement réaliser des choses étranges depuis la veille. Peut être que les coups qu'il avait reçu lui avait bousculé quelques synapses ? Peut être était-il en train de perdre la tête ?
- Tu sembles bien distrait, aujourd'hui, déclara soudain une voix dans le dos d'Akaashi.
Le danseur retomba lourdement au milieu de sa figure, se faisant un peu mal aux talons sur le coup.
Juste là se tenait Sugawara. Akaashi reprit vivement sa respiration, accueillant sa venue comme une bonne surprise. Le danseur moderne lui sourit, puis entreprit une série d'étirements en lui jetant tout de même un regard en biais, un regard qui en savait beaucoup. Peut être lui aussi s'était-il fait reconnecter les neurones, ce qui expliquait sa sagesse mystérieuse.
- Dis moi, c'est dingue cette histoire que tu as raconté, engagea-t-il mine de rien.
Et soudain le coeur d'Akaashi s'arrêta. Il haussa les sourcils avec un sourire poli, l'incitant à continuer. "Merde", était pourtant le seul mot qui engonçait ses pensées en cet instant.
- Tomber dans les escaliers en rentrant comme ça dans quelqu'un, il faut déjà le faire. Mais alors venant de toi, un sportif professionnel… Je dis juste que là tu m'as scotché.
Ah. Alors Sugawara avait décidé de le confronter par rapport à cette histoire. Akaashi n'avait pourtant pas l'intention de jouer les sentiments et les larmes au travail. Ici, tout était différent d'avec Bokuto et les autres. Ici il considérait que son mensonge était parfaitement professionnel, et il avait beau admirer Sugawara, il ne considérait pas sa curiosité comme de bon goût. Un mensonge n'est jamais là pour rien. Il protège quelque chose.
Néanmoins, il fallait avouer qu'il appréciait être qualifié à juste titre de sportif professionnel. Combien de fois avait-il dû endurer les blablas non renseignés d'étrangers, qui considéraient la danse comme une activité facile, douce, divertissante, et le sport conventionnel comme un véritable mode de vie, difficile, qui demande du travail ?
- Oh tu sais, reprit Akaashi d'un faux air distrait. Ça ne veut rien dire, ça pourrait arriver à tout le monde.
Il jeta un coup d'œil vers son collègue et il remarqua que l'intéressé était lui-même occupé à l'observer distraitement. L'atmosphère était étrange. Tout les autres semblaient soudain si loin, perdus dans un monde totalement à part. Et Akaashi était coincé, un peu piégé sous l'emprise de Sugawara. Ils jouaient à un jeu bien subtil, et pourtant si futile. Seulement notre danseur classique vouait une importance à l'homme en face de lui, une admiration, et au fond il ne pouvait s'empêcher de vouloir l'approbation du plus vieux. S'il voulait qu'une seule personne dans ce vieux théâtre froid et grinçant le comprenne, il s'agissait bien de Sugawara.
- En plus, ajouta-il alors sans même peser ses mots. On est au mois de décembre. On est tous fatigués je crois.
Son interlocuteur hocha doucement la tête, et Akaashi savait pertinemment qu'il ne croyait pas un mot de son charabia. Il esquissa d'ailleurs un pâle sourire, sans même le regarder, puis souffla, d'une manière qui semblait signifier une certaine confidence entre les deux artistes :
- Tu es un danseur talentueux Keiji ; ne laisse pas des secrets trop lourds te pourrir de l'intérieur.
Et un silence blanc, irréel, suivit ses paroles.
L'intéressé ne bougeait plus. Il pensait, figé.
- On a tous des choses à cacher, reprit Sugawara.
Et cette fois il se levait.
- C'est normal. Mais fais attention. On finit par se retrouver coincé dans les mensonges et les secrets.
Et Sugawara avait l'air de savoir de quoi il parlait. Presque autant qu'Akaashi.
Après cela le fameux danseur moderne était retourné aux côtés de Daichi, qui s'entraînait alors avec Shimizu. Dès son arrivée, son partenaire avait penché la tête sur la droite en souriant, de ces sourires lumineux qu'on ne réalise pas vraiment, de ces sourires simples. Sugawara avait glissé ses mains dans son dos, triturant ses doigts sans relâche, les entremêlant les uns avec les autres.
Plus tard, Yachi était revenue vers Akaashi.
Il était midi, et pour être parfaitement franc, plus personne ne mangeait à l'extérieur maintenant. Tous ramenait leur sandwich, leur salade, leur repas pour le manger sur place, sur le grand plancher du vieux temps. Les spots de lumières étaient là bien placés : ils étaient braqués sur la scène, on pouvait ainsi voir chaque ridule du bois sur le sol, chaque grain de poussière qui flottait dans l'atmosphère, mais ils étaient installés en sorte que les personnes sous leur feu n'étaient pas aveuglées. En outre, il n'y avait pas de fenêtre dans le théâtre. Logique ; l'obscurité était de mise. On s'éclairait, lorsque l'on n'était pas sur scène, de lampes imitant des chandeliers, alignés dans un rythme parfait le long des murs près des sièges. L'ambiance était tamisée de ce côté de la pièce, aussi tous avaient fini par se rassembler sur scène pour manger, tandis que les confessions et discussions privées se faisaient plus souvent en coulisses.
C'est ainsi que, alors qu'Akaashi déballait son sandwich acheté le matin même, Yachi vint s'installer près de lui.
- Coucou, fit-elle avec un petit sourire.
Autant être honnête, Akaashi ne comprenait toujours pas pourquoi la jeune fille l'avait élu comme son meilleur ami dans la troupe. Pas qu'il s'en plaigne. Il appréciait Yachi, il n'émanait d'elle pas une once de méchanceté. Mais Akaashi n'était pas vraiment le meilleur ami dont une fille comme elle puisse rêver. Il pouvait être froid et trop franc. Il ne s'intéressait pas aux rumeurs, ni aux dernières modes, il faisait juste de son mieux pour montrer de l'intérêt à cette petite blonde qui lui en donnait déjà tant.
- Salut, répondit le danseur classique. Ça va ? Il s'est passé des choses hier quand je n'étais pas là ? demanda-t-il pour engager la discussion.
Elle s'assit en croisant les jambes. Sa jupe à volants tournoya par la même occasion. Elle soupira.
- Oui, on peut dire ça, lâcha-t-elle, l'air préoccupé.
- C'est encore cette histoire avec Yamaguchi ? continua Akaashi de but en blanc.
Et la jeune fille pencha la tête en soupirant.
- Oui, il m'a proposé d'aller au cinéma avec lui, avoua-t-elle.
Et sans doute n'avait-elle pas prévu que sa voix tremble de la sorte.
Akaashi haussa les sourcils, surpris. Le si fébrile Yamaguchi avait donc bien un plan en tête.
- Qu'est-ce que tu as répondu ? dit-il d'un ton mesuré, sincèrement curieux. T'as envie d'y aller ?
- Je crois pas… Ça ne me dérangerait pas si j'étais certaine qu'il ne tenterait rien pour me draguer… Sincèrement, il ne m'intéresse pas du tout… Et puis j'ai eu l'air débile, je suis devenue toute rouge et j'ai bredouillé… J'ai dit qu'il fallait que je vois parce que j'avais peut-être quelque chose de prévu… avoua-t-elle d'une traite.
Elle secoua la tête, ses cheveux blonds lui retombant sur les yeux.
- Il t'avait invité quand ? demanda alors Akaashi.
Après tout, maintenant qu'il était dans la confidence, il pouvait bien épauler Yachi avec ses problèmes. Peut être pourait-il l'aider à trouver une excuse réaliste ?
- Il n'a pas précisé… souffla-t-elle d'un air discret.
Akaashi haussa un sourcil, resserrant son emprise sur son sandwich entre ses mains.
- Attends… Tu lui as dit que tu avais un truc de prévu alors qu'il ne t'a pas dit quand il voulait sortir ? récapitula-t-il d'un ton dubitatif.
Et là la petite blonde releva d'un tête d'un mouvement précipité, les yeux équarquillés.
- Oh non ! explosa-t-elle dans tout le théâtre.
Sa voix résonna sur la scène vide de décor, et tous tournèrent la tête vers elle. Yachi devint immédiatement écarlate, avant de plaquer ses mains contre sa bouche puis de baisser à nouveau la tête.
- Oh là là, je suis trop bête ! cria-t-elle dans un murmure.
Elle releva ses yeux écarquillés, au bord des larmes, vers un Akaashi qui fronçait les sourcils en pinçant les lèvres. Il aurait sans doute trouvé cela drôle si Yachi n'était pas si sensible, et si sa cornée n'était pas couverte de larmes.
- Qu'est-ce qu'il va penser de moi maintenant ?! continua-t-elle d'un air catastrophé. Il doit me trouver hyper malpolie, et puis il va croire que je le déteste, alors que c'est juste que... bah j'ai pas envie de sortir avec lui moi ! Et j'en peux plus de ses petits regards qu'il m'envoie ! Je suis ridicule, j'en ai trop marre, y'a qu'à moi que ça arrive ce genre d'histoire, qu'est-ce qu'on va faire de moi ? J'ai envie de m'enterrer dans un trou et de dormir jusqu'à ce que tout le monde m'oublie, clotûra-t-elle d'une voix qui s'était transformée en gémissement.
Akaashi savait qu'il devrait répondre quelque chose, la rassurer, lui dire qu'elle n'était pas ridicule, mais le fait est qu'effectivement l'instant n'était pas glorieux… Et comme mentionné précédemment, il n'avait jamais été très bon avec les mensonges.
Il jouait nerveusement avec ses doigts, mal à l'aise, ouvrit la bouche, hésita…
- Bah t'inquiète, je paris qu'il a même pas remarqué…
Yachi releva la tête, une moue dubitative sur le visage. Elle fronça les sourcils, puis se mit à rire. D'un rire un peu nerveux, mais c'était toujours mieux que les larmes. Alors la voyant sourire, Akaashi se mit à rire à son tour.
- Tu ne sais vraiment pas mentir, dit-elle entre deux éclats.
Eh oui. Et l'intéressé baissa les yeux, sans savoir si elle poussait le sous entendu jusqu'à son piètre coquard. Il ne s'arrêta cependant pas de rire.
Éventuellement, ils finirent par se calmer, et Akaashi reprit :
- Je suis désolé, je suis pas de très bon conseil.
Il faisant pourtant de son mieux. Ça ne devait pas être dans ses gênes.
- C'est pas grave, Keiji, répondit Yachi avec un petit sourire. Tu m'écoutes, c'est l'important.
Ils se sourirent, puis Akaashi remarqua du coin de l'oeil une silhouette se lever. Il tourna la tête. Shimizu quittait un groupe composé de Tanaka, Nishinoya et Asahi, et se dirigeait maintenant vers eux.
- Hey, fit Akaashi à demie-voix. Voilà Shimizu.
La petite blonde tourna la tête vers l'intéressée.
- Ah oui ! Elle est au courant de ce que je viens de te dire. Hier j'étais dans un état bizarre, et elle l'a remarqué alors j'ai bien été obligée de lui expliquer, fit-elle d'un ton précipité, comme si elle s'excusait.
Akaashi étouffa un rire.
- Elle donne sûrement de meilleurs conseils que moi… ajouta-t-il sur le ton de la confidence.
Il croisa le regard de la petite blonde, qui se mit à glousser doucement. Il l'a rejoignit bien vite. Cependant Shimizu arrivait, alors ils se tournèrent vers elle.
- Coucou, fit Yachi avec un sourire timide.
- Bonjour, répondit la jeune femme d'un ton posé, un sourire réconfortant tourné vers elle. Bonjour Keiji, reprit-elle à l'attention du danseur classique.
- Bonjour, répondit Akaashi.
Shimizu s'assit alors, les jambes croisées en tailleur. Ses longs cheveux noirs lui retombants sur les épaules.
- Je t'ai entendu crier tout à l'heure, commenca-t-elle en s'adressant à Yachi. J'ai le pressentiment que c'est encore à cause de… ton prétendant, glissa-t-elle avec un air malicieux.
L'intéressée se mit à glousser, la tête rentrée dans les épaules.
- Oui… répondit-elle.
Et elle soupira.
- En fait avec Akaashi on vient de se rendre compte que je lui ai dit que j'avais sûrement quelque chose de prévu quand il m'invitait sauf qu'il n'a pas dit QUAND il voulait qu'on sorte…
Elle leva le regard vers Shimizu, qui venait d'ouvrir grand la bouche, avant de lever lentement sa main pour venir la placer devant ses lèvres, l'air dramatique.
- Je sais, c'est la honte… répliqua Yachi avec un petit sourire.
Et Shimizu se mit à rire doucement.
- Non, non, ma belle c'est pas grave va, si ça se trouve il a même pas fait attention !
Et bizarrement, cela sonnait tellement plus vrai dans sa bouche.
- Bon, qu'est-ce que tu vas faire alors ? demanda-t-elle.
- Je ne sais pas… Je crois que je n'ai pas envie de le voir…
- Alors n'y va pas ! Tu n'as pas à te forcer !
- C'est que je me sens mal pour lui… bredouilla Yachi.
Et on pouvait voir tout les tourments du monde dans ses yeux. Comme quoi tous les humains ne fonctionnent pas de la même façon, car dans les yeux de Shimizu il n'y avait que de la résignation.
- Écoute choupette, reprit la plus âgée.
Akaashi écoutait attentivement. Il songea à ces petits surnoms que se donnaient certaines filles. Comme cela sonnait normal d'entendre une fille en appeler une autre par des mots doux, tandis que parmi les garçons, ces mots là ne devaient même pas être murmurés.
- Tu n'as pas à te sentir coupable. Ce n'est tout de même pas de ta faute si il t'aime, quand même !
Et c'était vrai. Mais comme Yachi, Akaashi avait pitié. Cette dernière haussa les épaules.
- Tu as sans doute raison. En même temps peut être que je le juge trop vite, peut être qu'il est quelqu'un de super quand on apprend à le connaître…
Shimizu haussa les épaules à son tour, sembla hésiter une seconde.
- Personnellement je trouve qu'il n'a rien d'intriguant. Et apparemment, tu es d'accord avec moi non ? déclara-t-elle, sérieuse.
Yachi hocha la tête, puis se tourna vers Akaashi.
- Qu'est-ce que tu en penses Akaashi ?
Notre danseur classique croisa le regard de son interlocutrice, puis de sa voisine, dont les grands cils noirs bordaient le regard, lui donnant l'air féerique dans la lumière artificielle du théâtre. On attendait sa réponse.
- Je ne sais pas trop. Il est gentil, ça c'est sûr, affirma-t-il.
Qui pourrait dire le contraire du doux Yamaguchi ?
- Au final, je n'en sais pas beaucoup plus que vous. On ne s'ait jamais vraiment parlé. Il est timide de toutes façons, il parle sérieusement qu'avec Tsukishima, je crois qu'il n'ose pas avec nous.
- Tu l'impressionnes, Yachi, fit Shimizu d'une vois douce.
Et l'intéressée haussa les sourcils, peu convaincue. La petite blonde ne devait pas en avoir l'habitude, c'est vrai. Au fond peut être Yamaguchi et elle se ressemblaient-ils trop ? Pourtant la douceur de Yachi était attendrissante, chez Yamaguchi elle était pathétique. Étrange.
- En tous cas, il n'est pas dangereux ; il est gentil, clôtura Akaashi.
- Peut être trop gentil, ajouta Shimizu, à moitié perdue dans ses pensées.
Yachi tourna le regard vers elle, et un micro silence s'installa. Akaashi, trouvant la mine désolée de la petite chanteuse trop envahissante, décida que détendre un peu l'atmosphère ne sera pas du luxe, et tenta donc de changer légèrement de sujet.
- Quoi, tu préfères les bad boys, c'est ça ? demanda-t-il à Shimizu, sur le ton de la plaisanterie.
C'était vrai qu'il n'imaginait pas Shimizu attirée par la douceur, voir la mièvrerie d'un Yamaguchi, mais il la voyait plutôt les cheveux dans le vent, en amazone sur une vieille moto, les bras encerclant une silhouette en manteau de cuir.
- Oh non ! s'exclama-t-elle, l'air surprise.
Et la mise en scène imaginée par Akaashi éclata. Shimizu marqua une pause. Yachi remit en place une mèche de cheveux derrière son oreille.
- En fait, c'est les boys en général qui ne sont pas trop mon genre, affirma-t-elle, les yeux baissés sur sa salade, l'air tranquille.
Akaashi mit une seconde à appréhender l'affirmation. S'il avait imaginé ça ! Il repensa immédiatement à Iwaizumi et Oikawa. Cependant, comme Shizumi relevait la tête, et remarquait sa surprise, elle reprit :
- J'aime les filles, quoi. Je suis lesbienne.
Elle battit des cils d'un air impassible, puis se concentra à nouveau sur sa salade.
- Ah, oui, oui, j'avais compris, répondit Akaashi sans vraiment réfléchir.
Et il remarqua Yachi, dont le regard était braqué sur le sol, comme si elle fut en pleine réflexion.
- Allez tout le monde, on s'y remet ! s'exclama soudain Nishinoya, tonitruant.
Il était debout au rebord de la scène, les mains en porte-voix, tandis qu'à côté de lui, Asahi était accroupi, en pleine discussion avec Tsukishima en bas de la scène. Tous se levèrent. La discussion en resta là.
Shimizu s'en alla avec un petit au revoir, rejoignit son groupe de travail.
- Faudrait qu'on travaille la scène entre toi, moi, Hinata et Kageyama, avança Akaashi à l'attention de Yachi.
Cette dernière avait le regard perdu dans le vague, elle le suivait physiquement, mais c'était là la seule marque de sa présence. Akaashi fronça les sourcils, confus. D'où lui venait cette soudaine introspection ?
- Yachi ? dit-il en lui donnant une petite frappe contre le bras.
- Hein ? fit-elle en sursauta à l'appel de son nom. Désolée, se reprit-elle en passant une main dans ses cheveux. J'étais perdue dans mes pensées.
Ils travaillèrent finalement le passage qu'Akaashi avait suggéré. Ils y passèrent toute l'après-midi, mais cela en valut la peine, car le soir ils maîtrisaient la scène de manière générale.
- Faudrait s'y remettre demain ! s'exclama Hinata.
- Ouais, reprit Kageyama. Sur les prochains jours, il faudra le refaire plusieurs fois pour être sûr qu'on s'en souvienne.
Yachi hocha la tête distraitement.
Elle avait été dans les nuages toute l'après-midi. Oh, sérieuse, comme d'habitude. Mais loin, loin de tout. Elle ne parlait pas, exécutait les pirouettes et les couplets qu'on lui commandait, mais son libre arbitre avait été limité.
Akaashi ne s'en inquiétait pas, mais se posait des questions. Sûrement pensait-elle encore à ses soucis avec Yamaguchi ?
En se dirigeant vers les coulisses le soirs, il l'interpella une dernière fois :
- Alors, tu sais ce que tu vas faire ?
Elle le regarda d'un air surpris, voir même vaguement effrayé, avant de hausser vivement les sourcils.
- Ah ! Tu veux parler de Yamaguchi ! Heu… Eh bien je ne pense vraiment pas que j'irai…
Akaashi hocha la tête. Il comprenait son choix. Il la laissa pour se diriger vers ce qu'il pouvait désormais appeler sa loge. Les coulisses avaient été finalement réparties, et Akaashi partageait la sienne avec Tanaka et Nishinoya.
Lorsqu'il en ouvrit la porte, il croisa le regard de Sugawara qui par le simple contact visuel lui rappela leur discussion du matin, avant de s'engouffrer dans sa loge à la suite de Daichi. Akaashi soupira profondément.
À l'intérieur, Nishinoya était occupé à se recoiffer tout en râlant :
- Ça me saoule, pourquoi tout le monde est avec son duo et pas moi ?
- Y'avait plus de place pour toi avec Asahi, c'est la vie mec, répliqua Tanaka d'un air goguenard.
- Nan mais c'est nul, genre tout le monde est tranquille avec leurs potes et tout et pis là y'a moi qui…
Il marqua une pause. Akaashi s'avança et vint s'asseoir à sa place, ôtant une barrette qu'il avait placé contre sa tempe pour se libérer d'une mèche rebelle.
- Enfin, reprit vivement Nishinoya. Genre vous êtes mes potes aussi, genre je vous kiffe et tout, mais Asahi…
- Ouais, ouais, t'inquiètes, reprit Tanaka.
Il se leva et vint serrer la tête du plus petit de son bras droit tout en lui ébouriffant les cheveux de sa main libre.
- On a bien compris qu'Asahi c'est ton crush, ça va, ça va, je t'en veux pas… avança-t-il en riant.
Nishinoya se mit à ricaner tout en se débattant, pour se défaire de l'emprise du plus grand.
- Raah, fit-il avec un sourire en coin, l'air moqueur. Sois pas jaloux, mon vrai grand amour c'est toi, va !
- Aah, ça fait des années que j'attends que tu t'en rendes compte ! répliqua Tanaka, une main dramatique contre son coeur.
- Tanaka ! s'exclama vivement Nishinoya.
Akaashi tourna la tête vers eux depuis sa chaise.
- Tanaka, reprit le plus petit, voudrais-tu m'épouser ?!
Et il se jeta d'un air désespéré au sol, les mains ouvertes sur un écrin invisible. Il mordillait sa lèvre inférieur, dans le vain espoir de s'empêcher de rire.
Tanaka, brillant acteur malgré tout, prit un visage profondément ému, prit son ami par les mains, et l'aida à se relever, avant de déclarer :
- Nishinoya, mon péché, mon âme, je t'ai toujours aimé…
Ce fut la niaiserie de trop, les deux finirent par exploser de rire l'un en face de l'autre, avant de se serrer dans leur bras, toujours hilares. Depuis sa place, Akaashi sourit, amusé, avant de défaire ses chaussons de danse.
Lorsqu'ils furent calmés, ils avaient les yeux rouges d'avoir trop ri.
- Tu vois, tu rigoles bien quand même sans ton Asahi ! déclara Tanaka, les mains sur les hanches.
Il prononça le prénom du chanteur gargantuesque d'une voix suraiguë, et d'un air idiot, avant de battre des cils et d'envoyer des baisers volants à répétition dans la pièce, dans le simple but de se moquer de Nishinoya. Ce dernier malgré tout pris la moquerie à la rigolade, puisqu'il se mit à rire à son tour.
- Ouais, j'avoue, c'est vrai. Asahi je peut même pas le toucher sans qu'il sursaute. C'est chaud s't'euplé, on a des figures à faire à un moment, il est en plein stress genre "imagine je te fais tomber" gnagnagna…
Le plus petit gonfla les joues avant de soupirer.
- Genre il est pas trop "contact physique" tout ça…
Il imita les guillemets avec ses doigts en roulant des yeux.
- Il est timide parce qu'il est amoureux, va, nargua Tanaka en retirant son t-shirt.
- En même temps, reprit Nishinoya, une main sur la hanche, l'autre dans les cheveux, comment ne pas succomber à mon charme irrésistible ?
Tanaka se tourna vers lui, et Akaashi vit grâce à un jeu de miroirs dans la pièce, le visage désabusé qu'il arborait quand il répondit après une courte pause :
- Lol.
Nishinoya fronça les sourcils, en contraste avec le sourire amusé sur ses lèvres, avant de s'emparer d'une chaussure qui traînait là pour frapper son ami avec. Ils finirent par exploser de rire à nouveau, et Akaashi songea combien leur amitié s'était liée rapidement, mais comment elle semblait aujourd'hui une évidence.
Il songea encore une fois à comment il n'avait jamais eu de véritable ami. Il songea à son lui-même de douze ans, qui aurait vu cette scène sous un regard de jalousie. Puis il songea à Bokuto, qui avait déjà une place importante dans sa vie, et il songea à ce qu'ils pourraient devenir. Cependant, ce dernier avait déjà un meilleur ami, Kuroo. Qui d'ailleurs, après mûre réflexion, ne semblait pas apprécier le rapprochement qui s'était opéré entre Akaashi et son ami. De plus, le danseur classique ne voulait pas détruire ce qui les liait. Il ne leur souhaitait pas du mal.
À côté de lui, Nishinoya et Tanaka avaient reprit leur discussion, et entre temps, Akaashi avait fini de se changer, alors il déclara :
- Bon allez, je vais y aller moi.
Les deux amis se tournèrent vers lui.
- À demain Keiji ! firent-ils en choeur.
Et l'intéressé les salua d'un mouvement de la main avant de s'emparer de son sac et de quitter la pièce.
Le couloir était vide derrière la porte, et le calme qu'il y trouva lui sauta aux oreilles tant il était différent de l'atmosphère qu'il venait de quitter.
Il marcha d'un pas rythmé jusqu'au grand hall. Ses pas résonnaient dans un écho étouffé contre la moquette ancienne du théâtre. Il déboula finalement devant la grande porte. Là, il jeta son écharpe autour de son cou, prêt à affronter le froid, puis fit une pause.
Il n'allait pas mentir, il avait peur.
Il avait encore mal dans tout le corps, et il fut soudainement très conscient de toutes ses blessures ; son coquard lui lança, et son coeur commença à trembler dans sa poitrine. Et si ils étaient encore là ? Il n'aurait pas de la chance à chaque fois. Que ce serait-il passé si Bokuto n'était pas arrivé ? Ses jambes soudainement lui parurent très faibles, comme s'il était bizarrement fatigué, et ses poumons, eux, peinaient à brasser l'air.
Des pas se firent entendre dans son dos, et Akaashi eut peur qu'on le surprenne là, qu'on lui demande "pourquoi tu fais cette tête ?", "pourquoi tu attends là ?". Il fit volte face, et Daichi débarqua, bras-dessus, bras-dessous avec Sugawara. En le voyant, le plus petit glissa son bras hors de l'étreinte de son ami. Un instant étrange passa. Il faisait déjà noir dehors, et si prêt de la porte, Akaashi pouvait sentir l'air glacé de l'extérieur lui chatouiller la joue, le bras, le flan. La lumière dans le hall parut soudain très froide, et baignait la pièce dans un contraste menaçant. Akaashi avait du mal à percevoir chaque détail de l'entrée, il avait l'impression d'étouffer, comme s'il y avait beaucoup trop de choses ici.
- Bah, Keiji, qu'est-ce que tu fais là ? demanda soudain Daichi, et Akaashi fut propulsé dans la réalité.
Le silence l'oppressait.
- Oh, fit-il d'une voix blanche, j'ai oublié quelque chose je crois ! affirma-t-il.
Et il se surprit de son audace, de sa réactivité. L'adrénaline était une hormone fantastique.
Fourrant ses mains dans ses poches, mal à l'aise, il fit volte-face, et fit mine de se diriger à nouveau vers les coulisses. Seulement, il passa devant Sugawara, qui le suivit du regard, les yeux plissés. Lui n'était pas dupe.
- À demain alors ! lança cependant Daichi en se dirigeant vers la porte, et Sugawara le suivit.
Ils s'engouffrèrent à l'extérieur, et le vent siffla en se glissant dans l'enceinte du théâtre.
Akaashi resta planté là, à nouveau seul. Et il se sentit encore plus mal à l'aise. Il allait bien devoir sortir un jour ou l'autre de toutes façons. Y avait-il une autre solution ?
Alors il prit une profonde inspiration, fronça les sourcils, et les poings fermement fermés dans ses poches, il se dirigea vers la porte.
Il réfléchissait à toute vitesse. Il allait marcher vite, la tête basse. Il ne s'arrêterait sous aucun prétexte. Il n'emprunterait que les grandes avenues, quitte à faire des détours. Et en aucun cas il ne devrait montrer qu'il tremblait, personne ne devait percevoir son trouble. Tout allait bien se passer. Si quoi que ce soit arrivait, il devrait parler fort, se faire remarquer. Il ne courrait qu'en cas d'extrême urgence, car ce serait confirmer sa panique.
Comme il pensait si fort, ses mouvements étaient devenus automatiques. Il poussa la porte, et le vent lui piqua les joues, mais il ne sentait rien.
Il descendit fébrilement les quelques marches.
Et si ils avaient des recherches, et savaient désormais où il travaillait ? Pire : et si ils avaient des recherches et savaient maintenant où il vivait ? Et si ils l'attendaient devant chez lui ? Il serait piégé en dehors de chez lui. Que pourrait-il faire ? Ses pensées semblaient troubles, il avait du mal à réfléchir de façon linéaire. Il avançait désormais dans la rue. Il faisait sombre et les grands lampadaires semblaient pleins de secrets. Était-ce une bonne occasion pour appeler la Police ? Mais et si le temps que les flics arrivent, ses bourreaux le repéraient et l'emmenaient dans une ruelle mystérieuse où personne ne le retrouverait jamais ? Et si ils avaient maintenant prévenu tout leur gang et qu'ils l'attendaient à plusieurs endroits de la ville ? Et si ils avaient mit en place…
Soudain, une puissante main vint s'écraser contre son épaule. Elle l'agrippait fermement, lourdement, l'empêchant de s'échapper. Akaashi se figea sur place, et son coeur explosa dans sa poitrine, ses bras se mirent à trembler, et il se retourna si vivement qu'il se fit mal à la nuque tandis qu'il agrippait à son tour la main inconnue, dans le vain espoir de la chasser... Cependant, le visage auquel il fit face n'était pas menaçant ; loin de là. Akaashi sursauta, et il eut une soudaine envie de pleurer de soulagement.
- Bokuto ? bredouilla-t-il.
Sa voix était rauque et tremblait comme les battements de son coeur.
En effet, face à lui se tenait un Bokuto tout sourire, les yeux lumineux, les joues rouges à cause du froid. Sa main avec laquelle il poussait l'emprise menaçante tomba contre son flan.
- Coucou Akaashi, ça va ?
Il ôta sa poigne de son épaule, et l'intéressé ne sut pas quoi répondre. Il prit un instant pour retrouver ses esprit, se calmer, et soupirer une bonne fois pour toute, avant d'avouer :
- Tu m'as fait peur… Ça va et toi ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Le plus grand sourit de toutes ses dents.
- Je suis venu te chercher ! Je me suis dit qu'après ce qui s'est passé hier, tu serais peut être content de ne pas rentrer tout seul.
Il pencha la tête sur côté, interrogatif, ce qui fit rire le danseur classique, le libérant de son angoisse de l'instant précédent.
- Oui, c'est vrai, c'est gentil… Merci, répondit-il.
Et Bokuto haussa les épaules, mais souriait joyeusement.
Akaashi remarqua alors seulement qu'il tremblait, sa mâchoire était fébrile et ses expressions un peu figées.
- Tu es là depuis longtemps ? semanda-t-il.
- Oh, commença Bokuto en haussant les épaules. Je sais pas, une petite demi-heure ?
Et Akaashi plaqua sa main contre sa bouche. En plein mois de décembre, à cette heure ci, il faisait déjà froid, mais en plus l'accoutrement du plus grand n'était pas des plus adaptés. En effet, il portait un simple t-shirt à manches courtes, un jogging, ses baskets habituelles, et pour seule protection, il avait ajouté par dessus une veste de jogging noire, à peine doublée.
- Mais tu vas congeler ! s'exclama Akaashi. Viens on se dépêche, ça te réchauffera, décida-t-il en commençant à marcher.
Et Bokuto, sans jamais lâcher son sourire, le suivit.
- Tu aurais dû rentrer dans le théâtre ! Ils sont tous gentils, t'en fais pas. Si on t'avait fait une remarque, tu auras dit que tu étais mon ami et ça serait passé ! poursuivit Akaashi.
Il se sentait mal pour lui. Non seulement il se pliait en quatre pour l'aider, mais en plus il devait patienter tout seul dans le froid. Le danseur classique se tourna vers son ami. Il avait l'air amusé pourtant, et le regardait, l'air serein.
- C'est gentil de t'inquiéter pour moi, déclara-t-il d'une voix étonnement douce. Mais t'inquiètes, ça va !
Visiblement, ça n'allait pas. Il tremblait de froid. Mais Akaashi ne fit aucune remarque. Il se contenta de l'observer et de lui offrir un petit sourire.
- Bon ! reprit soudain Bokuto, et Akaashi sursauta. T'as bien dansé aujourd'hui alors ? demanda-t-il, souriant.
Akaashi ne put s'empêcher de sourire lui aussi. Il y avait quelque chose dans la diction, la dégaine de Bokuto qu'il aurait trouvé de mauvais goût chez n'importe qui d'autre, mais qui l'attendrissait chez lui, qui l'amusait, le réconfortait.
- Oui, répondit Akaashi. On a travaillé une scène avec les autres, et on a bien avancé, on était plutôt contents de nous.
- Les autres ? fit alors Bokuto, curieux.
Et Akaashi lui expliqua le long du chemin. Éventuellement, ils passèrent devant la ruelle où il avait rencontré Kenneth, mais Bokuto prit grand soin de rappeler son attention à cette instant en lui posant une longue question sur son travail au théâtre. Akaashi lui parla de chaque membre de la troupe, de Yachi, de Sugawara qu'il admirait tant. Il lui expliqua l'histoire de la pièce, en se gardant bien de lui divulguer la fin.
- Tu verras bien le jour du spectacle. Ce n'est pas intéressant s'il n'y a pas de surprise.
Et Bokuto fit mine de faire la tête, insista un peu, puis laissa tomber avec un petit sourire. Il s'intéressait, en tout cas, posait des questions, écoutait attentivement. Aux deux tiers du chemin, Akaashi lui rendit la pareille :
- Et toi ? Tu as bien dansé aussi ? demanda-t-il.
Un vieux crachin commençait à tomber sur la ville, si bien que progresser à travers la foule pressée de rentrer chez elle devenait de plus en plus pénible. Ils passèrent devant le Starbucks où travaillait Bokuto.
- Mouais, on peut dire ça, répondit ce dernier. Tu sais à cette époque, c'est plus difficile de danser dehors. Les gens sont fatigués, ils en ont marre, et puis il fait froid, ils ne s'arrêtent pas. Et puis nous aussi on est plus fatigués.
Akaashi hocha la tête, pensif. Quelle existance. Si éloignée de la sienne. Le danseur classique avait l'impression de ne rien connaître à la vie en comparaison avec Bokuto.
- Les gens laissent un peu d'argent quand même ? demanda-t-il, concerné.
- Un peu, hasarda le plus grand. Ça dépends. Aujourd'hui il a plu vers dix heures, alors dans ce cas là, laisse tomber. Mais bon, c'est pas grave, on a de la chance d'avoir un taf à côté quoi !
Il sourit à nouveau.
Ils continuèrent leur chemin.
Bokuto décrit quelques clients bizarres qui étaient venus au café cet après-midi là, et Akaashi riait en l'écoutant. Il finirent par arriver devant l'immeuble du plus petit.
- Merci beaucoup d'être venu me prendre, déclara Akaashi, un peu gêné.
Il ne savait pas où poser son regard. Il était touché, mais ne savait pas comment l'exprimer.
- T'inquiètes, ça me fait plaisir !
Il marqua une petite pause.
- Et demain, reprit-il, hésitant, tu quittes à quelle heure ?
Le coeur d'Akaashi fit un bon dans sa poitrine.
- Heu… Dix-neuf heures, affirma-t-il.
- Et, ça t'embête si je passe encore te chercher ? demanda Bokuto en triturant ses mains dans son dos.
Akaashi haussa haut les sourcils, les yeux équarquillés.
- Bien sûr que non, au contraire ! Ça me fait très plaisir que tu sois là ! Mais, si ça t'ennuies, je comprends hein, je veux pas que tu te sentes obligé de…
Bokuto balaya l'air de la main, ne le laissant pas terminer.
- Mais nan, pas du tout, t'inquiètes ! En plus ça donne un bon prétexte à Kenma pour rentrer plus tôt le soir, donc tu soulages tout le monde je crois ! répliqua-t-il en riant.
Akaashi l'imita, puis réalisa :
- Et Kuroo ? Qu'est-ce qu'il en dit ?
Bokuto croisa les bras.
- Kuroo il râle pour tout et rien en ce moment de toutes façons !
Akaashi baissa les yeux. Un silence duveteux s'installa, durant lequel notre danseur classique remarqua que les doigts de Bokuto tremblaient contre ses avants-bras. Il pinça les lèvres, coupable, et soudain une idée lui vint.
- Tu veux monter une minute ? lâcha-t-il de but en blanc. Je te ferais un café, juste histoire de te réchauffer. ...Si tu as le temps ? ajouta-t-il, incertain.
Il était ravi de l'inviter. Pourtant, il avait pour habitude de tenir à son calme, sa solitude, sa bulle bien tranquille. Et sentir des inconnus baigner dans son intimité l'avait toujours mit mal à l'aise. De plus, pour être parfaitement honnête, Lev était la seule personne extérieur à être jamais venue dans son appartement. Il se sentait un peu anxieux. Prononcer ces mots lui faisait bizarre. Était-ce bien comme cela qu'on invitait les gens chez soit ?
Heureusement, Bokuto se mit à sourire presque instantanément.
- Ah bah, si je dérange pas, je veux bien, ça me fera du bien !
Et Akaashi sourit à son tour, soulagé.
Il sortit ses clées de sa poche, et entreprit d'ouvrir la porte de la cage d'escaliers. À l'intérieur, il se dépêcha de récupérer son courrier, puis il guida son invité à l'étage.
- Bon pas d'ascenseur ici non plus, s'excusa Akaashi. C'est un vieux bâtiment, y'avait pas la place pour en construire un.
En effet, il régnait dans la cage d'escaliers, cette ambiance de vintage britannique. Entre les vieilles briques, la lumière jaune tamisée, et les plafonds inhabituellement bas, on se serait cru à une autre époque.
Ils déboulèrent cependant rapidement au troisième étage, et Akaashi déverrouilla la porte fébrilement. Il ne se souvenait plus de l'état de son appartement. À quel point y avait-il du désordre ? Quand avait-il fait le ménage pour la dernière fois ? Il prit une grand inspiration, puis décida qu'il n'était plus temps de se poser la question. Il poussa la porte, et pénétra à l'intérieur, Bokuto à sa suite.
- Voilà, mets toi à l'aise, déclara Akaashi, un peu incertain, en ôta ses chaussures.
Son invité l'imita.
Pendant ce temps, Akaashi réfléchissait. Il accrocha son manteau sur le porte manteau, et prit la veste humide que Bokuto lui tendait.
- Oh ! fit Akaashi en se souvenant que le plus grand portait un simple t-shirt en dessous de son sweat. Attends, je vais te passer un truc à mettre par dessus.
Bokuto sourit.
- Bah oui, hein, chacun son tour d'être bizarre dans les habits des autres, répliqua-t-il.
Akaashi sourit en se souvenant de son allure dans les habits du plus grand, tandis qu'il guidait ce dernier jusque dans sa chambre. Là, il fouilla dans sa commode. Rien. Rien. Rien et encore rien. Bizarrement tous ses vêtements lui paraissaient soudainement inappropriés. Il leva vivement la tête, et remarqua posé sur son lit un gilet dix fois trop grand qu'il avait l'habitude de porter à la maison.
- Tiens ! fit-il en s'en emparant. Ça ; ça devrait être bien pour toi !
Il tendit le vêtement à Bokuto, qui l'enfila en remerciant son hôte.
- Merci, j'ai déjà moins l'impression d'être un chien mouillé.
Il se mit à rire, alors Akaashi l'imita, un peu tendu.
Ils retournèrent dans l'entrée, puis passèrent dans la cuisine.
- Vas-y, assieds toi, fit Akaashi en désignant une chaise sous la table.
Il était soudainement conscient de tous les objets pas à leur place, de tous les défauts dans le papier peint, de toutes les imperfections qu'il avait oublié au fil du temps. Il s'apprêtait à s'en excuser, lorsque Bokuto prit la parole :
- Dis donc, c'est beau chez toi, souffla-t-il.
Et Akaashi ouvrit la bouche, surpris.
Son interlocuteur observait la pièce d'un air clame, admiratif. Il était posé sur sa chaise, les chevilles croisées, un bras sur la table, l'autre remettant en place les cheveux dans sa nuque.
- J'aimerais bien avoir un appart' comme toi, ajouta-t-il avec un sourire, se tournant à nouveau vers le plus petit.
Hésitant, l'intéressé le remercia d'une petite voix, et entreprit de remplir deux tasses de café. Il possédait une vieille machine, qu'il avait récupéré de ses parents. Elle était un peu longue à la détente, mais elle faisait son travail.
Des petits tapotements répétitifs commencèrent alors à résonner contre la vitre, et d'un seul coup d'oeil, Akaashi comprit qu'il avait commencé à pleuvoir.
- Et merde, soupira Bokuto.
Et il s'enferma un peu plus dans le gilet prêté par Akaashi. L'intéressé sourit en le voyant faire.
- Ça passera, va, le rassura Akaashi en s'asseyant en face de lui. La machine est un peu longue, mais le café arrive, ajouta-t-il. De toutes façons, ça t'évite de rentrer sous la pluie.
Bokuto hocha la tête.
- Je vais prévenir les autres quand même, fit-il en sortant son téléphone.
Il tapota l'écran rapidement un moment, puis le rangea aussitôt.
- J'envoie toujours ce genre de messages à Kenma en premier, déclara-t-il. Au moins je suis sûr que lui il regarde son téléphone.
- C'est vrai qu'on ne s'est pas vu beaucoup, mais j'ai l'impression qu'il ne le lâche jamais, répondit Akaashi, histoire de lancer la conversation.
- C'est ça. C'est parce qu'il joue à des jeux dessus, genre des trucs en ligne… C'est pas trop mon genre, avec Kuroo on joue genre à la Wii tu vois, on se fait des soirées Mario Kart et tout, mais voilà. Kenma est même pas autorisé à jouer à chaque fois, sinon il gagne tout le temps, c'est pas juste !
En parlant ainsi de ses amis, il se mit à sourire en baissant les yeux.
- Parce qu'il est trop fort ou parce que vous êtes nuls ? demanda Akaashi.
Il n'avait jamais particulièrement aimé les jeux vidéos, mais ça ne le dérangeait pas d'en parler avec Bokuto.
- Parce qu'il est trop fort ! répliqua l'intéressé, l'air outré. Kuroo et moi on est pas trop nuls ! Le pire c'est Iwa, lui il est vraiment nul !
Il accompagna ses mots d'un ricanement affectif.
- Genre, il comprend rien, et puis en plus il s'énerve, alors on le fait chier exprès t'sais ! expliqua-t-il. Ou alors on lui laisse un tour d'avance dans les courses, mais il perd quand même, c'est trop marrant, il pète un câble à chaque fois !
Sans vraiment le réaliser, Akaashi se mit à sourire en l'écoutant.
- La prochaine fois que tu viens on se fera une compet', tu vas voir c'est trop bien ! s'exclama Bokuto dans l'entrain de sa phrase.
Et le coeur d'Akaashi fit un petit bond. "La prochaine fois" impliquait une sorte d'engagement. Cela voulait dire quelque chose, cela soulignait un lien qui les liait, et Akaashi sourit encore.
- Tu sais je suis nul aussi, répondit-il, car c'était quand même vrai.
- Oh, t'inquiètes, impossible que tu sois plus nul que Iwa !
Et comme soulevés par une force commune, ils se mirent à rire de concert.
Éventuellement, le café fut prêt, et ils continuèrent leurs discussions en se réchauffant les entrailles. Il s'arrêta de pleuvoir, et au bout d'un moment, Bokuto se leva en déclarant :
- Bon, bah je vais devoir y aller, moi.
Son ton était un peu effacé, un peu fatigué. Akaashi se sentait content de lui. Tout s'était bien passé. Bokuto entreprit de retirer le gilet du danseur classique, et avec un dernier coup d'oeil à l'extérieur, ce dernier devina qu'il faisait encore froid.
- Oh non ! s'exclama-t-il. Garde le va, tu me le rendras la prochaine fois !
Ils se sourirent.
Devant la porte, Bokuto déclara :
- Merci en tout cas, j'espère que j'ai pas dérangé !
- Oh non, pas du tout, répondit Akaashi. De toutes façons je suis tout seul ici.
Bokuto haussa les sourcils.
- Ah oui, c'est vrai… souffla-t-il, l'air décontenancé. Mais tu n'avais pas parlé d'un voisin ou…
Il laissa sa phrase en suspend, et Akaashi fut surpris de voir qu'il se souvenait de ce détail.
- Si, Lev ! Mais il n'est pas là en ce moment. Il est logé près de là où il travaille. Il est comme ça, il vit au jour le jour, quoi…
Akaashi sourit. Au fond il aimait bien Lev. Même si c'était plus facile de l'aimer quand il était loin. Il ressemblait un peu à Bokuto, dans cet entrain pour tout, qu'il avait.
- Je pense que vous vous aimeriez bien, ajouta Akaashi.
- Ah oui ? fit l'intéressé en haussant un sourcil.
Et le plus petit hocha doucement la tête.
Un instant passa. On entendait le bruit des voitures dans la rue dehors, le vent contre les murs, quelqu'un qui montait dans l'escalier.
- Ce n'est pas les mêmes bruits chez toi et chez moi, constata Bokuto.
Akaashi sourit.
- J'avais pensé la même chose quand j'étais chez toi, répondit-il.
Ils se sourirent. C'était drôle de connaître quelqu'un qui partageait, par le plus grand des hasards, une de ses pensées. C'était drôle comme les gens pouvaient se ressembler et être différent. C'était drôle comment, parmi les sept milliards d'habitants sur Terre, parmi les sept millions d'années vécues par l'humanité, deux être humains pouvaient se croiser et s'apprécier.
Bokuto finit par définitivement s'en aller. Akaashi le raccompagna jusqu'en bas de l'immeuble.
- Merci de m'avoir réchauffé en tout cas, déclara le plus grand avec un grand sourire.
- Merci à toi de m'avoir raccompagné, répliqua Akaashi.
Il sourit en baissant les yeux. Une petite pause s'en suivit.
- Ça ira tout seul chez toi ? finit par demander Bokuto, l'air sincèrement préoccupé.
Le danseur classique hocha la tête.
- Oui, j'ai l'habitude.
Bokuto pencha la tête sur le côté.
- Bon. Alors à demain ? Dix-neuf heures c'est ça ?
- C'est ça. Merci encore. À demain, souffla Akaashi, les paupières fébriles dans le vent frigorifié.
Et son ami fit volte-face, avec un dernier salut de la main.
Et Akaashi le regarda partir, le coeur gonflé de reconnaissance. En remontant les escaliers, il se trouva bizarre. La tête ailleurs.
Il se fit penser à Yachi.
ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo
Alors ? Qu'en pensez vous ? Mais qu'est-ce qui se passe dans la tête de tout ce petit monde là à votre avis ? Dans la tête de Yachi ? Dans la tête de Sugawara ? Shizumi lesbi, ça vous étonne ? La relation Noya/Tanaka, elle vous fait rire ? Vous aussi vous avez un ami comme ça ?
Je suis ouverte à tous retours, honnêtement je me dérouille un peu là, et il a été dur à sortir ce chapitre là. J'ai un peu de mal à prendre du recul par rapport à celui ci, alors n'hésitez pas à me le dire si vous le trouvez moins bien/mieux que les autres !
Globalement, est-ce que vous avez des choses à redire sur la fic, des choses qui vous ennuient, des choses que je pourrais améliorer, que vous trouvez flou/difficile à comprendre ?
En tous cas, j'espère que ce chapitre vous aura plu, moi je suis bien contente d'enfin pouvoir le publier et de vous retrouver !
A plus les petits chats !
PS: N'oubliez pas de passer sur le blog Tumblr de la fic, dance-dance-bokuaka ! J'y poste des petites update sur l'avancée des chapitres, des petits dessins, et j'attends les vôtres si vous en avez à me montrer !
PS2: Rappel : Je recherche toujours quelqu'un pour traduire Dance Dance, en anglais ou en espagnol ! Si ça vous intéresse ou si vous connaissez quelqu'un que ça pourrait intéresser, je suis totalement preneuse ! Coeurs sur vous !
