Chapitre 10 : juste très improbable
Il se passa deux semaines avant que Martha et Mickey ne les recontactent. Ils vinrent les voir au Manoir. Ils avaient découvert quelque chose, qui s'avérait très surprenant.
- QUOI ?
Ce fut la seule chose qu'Enaya réussit à articuler.
- C'est authentique, répondit Martha. On a vérifié. La cité d'Ys appartenait au roi Arthur, de par son mariage avec Guenièvre. Elle a été cédée aux Atlantes, en présence de Merlin, deux ans après le début du règne d'Arthur. Apparemment, le contrat stipulait que pour la reprendre, les trois ou leur descendant les plus proches, par l'ainé, devait présenter un champion.
- Génial, constata la jeune fille. C'est génial. Donc, on doit retrouver les descendants d'un couple qui n'a jamais eu d'enfant, et le descendant d'un mage lui-même fils d'un démon, le tout parmi 7 milliards de personnes ! j'ai tout compris ?
- Elle craque, chuchota William à l'oreille de Mickey.
Malheureusement, il chuchota un peu trop fort, et Enaya l'entendit. Elle se retourna vivement vers lui, et explosa :
- Non je ne craque pas ! je suis très calme, je n'ai jamais été aussi calme de toute ma vie ! est-ce que j'ai l'air agacé ?
Ce fut ce moment que choisi Antonio pour lancer une plaisanterie fumeuse. Elle se retourna vers lui avec un regard atterré, puis lança d'un ton désespéré :
- Est-ce que quelqu'un aurait une corde, s'il vous plait ?
- Le suicide n'est pas la solution, intervint le Docteur.
- Qui parle de suicide ? demanda-t-elle avec un sourire sadique.
- Whoh whoh whoh whoh whoh ! s'écria le Docteur. On se calme, on respire, on relativise. Molto bene !
- Elle est toujours comme ça ? demanda Mickey à William.
- Oh, là elle est calme, répondit-il. Quand j'étais petit, un jour, il a ramené un tank au manoir. Pour le montrer à Enaya, au lieu de l'appeler, il a défoncé le portail et plusieurs murs avec, jusqu'à ce qu'il arrive jusqu'à elle. Elle s'est tellement énervée qu'elle a fait presque autant de dégâts que lui. Pendant ce temps, lui, il était mort de rire.
Mickey lui jeta un regard ahuri, avant de secouer la tête.
- Maison de fou, soupira-t-il.
- Vous n'avez pas idée.
Pendant cette conversation, le Docteur avait réussi à calmer Enaya.
- Bien, dit-elle. Quitte à effectuer une mission quasi-impossible, autant s'y mettre tout de suite. Comment peut-on faire ? je veux dire, on ne peut pas faire le tour de la planète en disant à tout le monde « excusez-moi, vous ne descendriez pas de Merlin, d'Arthur ou de Guenièvre, par hasard ? » on gagnerait un aller simple pour l'asile.
- J'ai peut-être une idée, fit alors mickey, mais ça ne va pas vous plaire.
- Et c'est quoi cette idée ? demanda Enaya
- On laisse découvrir aux Atlantes qu'on sait pour Ys. Ils voudront se débarrasser des obstacles, on les surveille, ils les retrouvent, on intervient.
- Pardon ? s'étouffa le Docteur.
- Le plan de Mickey est bon, intervint Martha.
- Martha !
- Docteur, écoutez. Il est très possible que les Atlantes aient toujours gardé un œil sur les personnes en question. C'est le moyen le plus rapide de les retrouver.
- On parle de mettre en jeu la vie de trois innocents et de leur famille, répondit Enaya. Même si on les surveille, on ne peut pas être surs de pouvoir les empêcher de les tuer. Je refuse de prendre ce risque.
- Vous avez un meilleur plan ?
- On retrouve Merlin, fit le Docteur. J'ai une machine, dans le Tardis, qui permet de retrouver une personne grâce à une goutte de sang de sa famille. Il suffit de le relier à un ordinateur.
- Vous avez un pisteur ADN ! s'exclama Antonio. Un pisteur ADN qui fonctionne ?
- Oui, pourquoi ?
- J'essaie d'en construire un depuis des années ! où avez-vous eu le vôtre ?
- Je l'ai construit. Un jour où je m'ennuyais, comme pour mon tournevis sonique.
Antonio ouvrit la bouche, puis la referma, incapable de dire un mot.
- Est-ce qu'il va bien ? s'inquiéta le Docteur.
- Il est sous le choc, rit Enaya. Je crois qu'il frôle la crise cardiaque.
- J'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas ?
- Le pisteur ADN est l'un de ses plus grands projets, depuis que je le connais. Il a essayé le dernier modèle sur moi. Apparemment je suis la fille qu'ont eue ensemble Monsieur Spock et la princesse Raiponce. et vous, vous l'avez fabriqué parce que vous vous ennuyez.
- Oh !
- Quoi qu'il en soit, comment on le retrouve, Merlin ? certains disent qu'il est dans la forêt de Brocéliande…
- Non, tu ne m'as pas compris ! on le retrouve de son vivant ! le Tardis sert à ça, non ?
- Docteur ? dit Enaya
- Oui ?
- Je vous adore.
- Je sais ! qu'est-ce qu'on attend ? Allons-y !
Ils se précipitèrent donc vers le Tardis, et le Docteur virevolta autour de la console.
- Accroche-toi ! s'exclama-t-il, souriant comme un gamin.
Elle lui répondit par un éclat de rire, il abaissa la manette, et ils furent secoués dans tous les sens, jusqu'à ce qu'ils arrivent à leur destination. Elle s'apprêta à sortir, quand le Docteur la rappela.
- Où est-ce que tu vas comme ça ?
- Voir merlin !
- Tu veux être condamnée pour sorcellerie ? avec des vêtements aussi étranges, c'est ce qui risque d'arriver. Suis-moi.
Une dizaine de minutes plus tard, ils sortaient du dressing du Tardis. Le Docteur ne put s'empêcher de pouffer de rire en voyant l'expression sur le visage d'Enaya.
- Tu es ravissante, lui dit-il.
Elle lui répondit par une grimace.
- Je déteste les robes, dit-elle. On ne peut pas bouger là-dedans.
Elle était effectivement vêtue d'une robe marron, par-dessus un chemisier blanc. Lui portait un pantalon bariolé, une chemise, et un chapeau.
- Qui sommes-nous ? demanda-t-elle
- Je suis un humble troubadour, et toi la jeune paysanne qui m'accompagne sur les routes. Nous nous dirigeons vers Camelot pour apporter la distraction au repas du roi.
Enaya eut un sourire.
- Quoi ? demanda le Docteur.
- Rien. Je réalise seulement que je vais rencontrer le vrai roi Arthur, à Camelot.
Le seigneur du temps eut un rire d'enfant à Noël.
- On y va ? demanda-t-il.
- Oh oui !
Et ils se précipitèrent tous deux en riant hors du Tardis. Ils marchèrent donc une demi-journée, jusqu'à atteindre le mythique château du roi Arthur. Un garde les arrêta à l'entrée, et ils se présentèrent à lui.
- Vous tombez bien, dit-il. Le roi reçoit, ce soir et le barde est malade.
Il les fit donc escorter jusqu'au château, où une surprise de taille les attendait. Une délégation Atlante.
- Vous l'avez fait exprès ? demanda Enaya au Docteur.
- Je te jure que non !
- Donc c'est maintenant que tout se joue.
- Qu'est-ce que tu veux faire ?
- Il faut laisser les choses se dérouler sans intervenir.
Le Docteur la regarda d'un air surpris.
- Soyons pragmatique, expliqua-t-elle. Si on change les choses, si on les empêche d'avoir Ys, la prison sera ailleurs, ou mes amis seront morts. Il vaut mieux rattraper la situation qu'on connait, plutôt que d'en créer une nouvelle, dont on ne connait pas les conséquences.
- Bon raisonnement.
La jeune fille balaya la pièce du regard.
- Mais où est Merlin ? demanda-t-elle.
- Je pense que c'est lui, à côté du roi.
- Mais qu'est-il arrivé à la célèbre barbe de Merlin ? c'est censé être un vieux sage, et là, il ressemble plus à un page.
En effet, le sorcier (si c'était bien lui) semblait très jeune, et était parfaitement imberbe.
- Apparemment, c'était un mythe, fit le Docteur. Mais regarde. Arthur aussi est très jeune.
- J'le crois pas ! la BBC avait raison !
- Tu devrais toujours croire la BBC. Ce sont des programmes de qualité.
Toute cette conversation s'était faite à voix basse, pendant que le roi parlait aux Atlantes. Il s'adressa enfin à eux.
- On m'a dit que vous étiez en mesure de divertir mes invités. Montrez-nous ce que vous savez faire.
Le Docteur et son amie s'échangèrent un regard, puis firent une révérence. Discrètement, le Docteur mis en place un filtre de perception autour d'eux, puis il se saisit d'un luth, et ce mit à jouer. L'air était atrocement faux, et Enaya eut beaucoup de mal à garder son sérieux. Cependant leur public ne semblait pas entendre la même chose, et semblait apprécier ce qu'il entendait. Enaya attendit donc d'être sure de ne pas éclater de rire, puis elle se mit à chanter, faux également, ce qui lui attira un regard en coin du Docteur. Après plusieurs chansons, le roi déclara qu'il était temps d'aller dormir, et leur fournit une chambre.
Enaya parvint à repérer la chambre de Merlin. Ils attendirent donc une heure, puis elle alla voir le sorcier. Il lui ouvrit la porte.
- Bonjour, charmante demoiselle, lui dit-il.
- Merlin, répondit-elle, j'ai besoin de votre aide.
- Vraiment ? fit-il avec un sourire charmeur.
Enaya écarquilla les yeux.
- Un conseil, n'allez pas sur ce terrain-là avec moi. Non, franchement, ça ne marchera pas. Mon ami et moi, on a quelque chose à vous demander, et c'est très important.
Le regard de merlin se fit tout d'un coup beaucoup plus sérieux. Il lui demanda des explications, elle s'exécuta, et il l'écouta sans l'interrompre, puis reprit la parole.
- Qu'est-ce qui me prouve que vous ne me mentez pas ? demanda-t-il. Votre histoire est quand-même un peu incroyable…
- Nous nous doutions que vous voudriez des preuves. C'est pourquoi le Docteur a décidé de vous accorder un voyage. Si vous voulez bien me suivre, vous aurez votre preuve.
- Vous m'intriguez…
Elle se contenta de sourire, et l'invita à la suivre. Elle le conduisit jusqu'à la chambre du Docteur, et frappa trois fois à la porte. A ce signal, le seigneur du temps sortit à son tour, et tous trois se glissèrent silencieusement en dehors du château. Là, Enaya demanda à ses deux compagnons de s'éloigner de quelques pas, puis poussa un long sifflement. Des loups sortirent de la forêt et encerclèrent la jeune fille. Le Docteur voulut intervenir, mais Merlin l'arrêta. Elle s'agenouilla et posa les mains sur ses cuisses. Le mâle dominant s'approcha doucement d'elle. Lorsqu'il fut tout proche, d'un geste ample, elle attrapa la tête de l'animal, et planta son regard dans ses yeux. Elle chuchota ensuite quelque chose que personne n'entendit. Le loup jappa, et les autres membres de la meute s'en allèrent. Seuls les deux plus robustes restèrent avec leur chef. Enaya se releva et se tourna vers Merlin et le Docteur.
- Ils acceptent de nous prendre sur leur dos jusqu'au Tardis, leur dit-elle.
- Tu parles aux loups, constata le Docteur.
Elle hocha la tête, comme si c'était une chose normale.
- C'est votre animal, n'est-ce pas ? demanda Merlin.
Elle répondit par un sourire.
- Ce qui veut dire, exactement ? demanda le Docteur.
- Chaque être humain est lié à un animal, expliqua Enaya. Généralement, ça se traduit par une sorte de tendresse pour cette espèce. Ceux qui poussent ce lien plus loin gagnent certaines de ses caractéristiques. Et poussé à un niveau maximum, il peut permettre une communication entre l'humain et l'animal.
- Je n'ai jamais vu quelqu'un à un tel niveau, fit Merlin, fasciné.
- J'ai travaillé des années pour en arriver là. vous aussi, vous y arriverez un jour.
- Mais ils ne vont pas supporter notre poids, argumenta le Docteur.
- Si vous permettez… fit Merlin.
Il prononça une formule magique, et les loups doublèrent presque de taille. Enaya monta sur le dos de l'un d'entre eux, et invita les autres à en faire de même. Les loups se mirent donc à courir, sous les indications d'Enaya, et deux heures plus tard, ils les déposèrent à proximité du Tardis. Les trois compagnons n'eurent ainsi qu'une centaine de mètres à parcourir avant d'arriver à la cabine de police. Merlin eut un regard éberlué.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il.
- Mon vaisseau, répondit fièrement le Docteur. Elle s'appelle le Tardis.
- Elle ?
- Oui, c'est une fille.
- Et comment le savez-vous ?
- Elle me l'a dit. Les Tardis sont des êtres vivants et télépathes. Un jour, je l'ai entendu parler, alors je suis entré, et je l'ai volée à mon peuple. Enfin… empruntée.
- Votre peuple ?
- Les seigneurs du temps. Ils élevaient les Tardis et régissaient le temps.
- Pourquoi au passé ?
- Ils ont tous disparus. Je suis le dernier seigneur du temps, et ceci est le dernier Tardis.
- Pourquoi cette forme ? demanda encore merlin.
- Oh ! c'est un système de camouflage.
- Pas très discret.
- Le système c'est bloqué dans les années 1950 à Londres, se vexa le Docteur. Vous entrez ?
Merlin lui jeta un regard suspicieux, puis poussa la porte.
- Je vous parie qu'il ne le dit pas, dit Enaya au Docteur.
- Paru tenu. Ils le disent tous.
Merlin ressortit, et fit le tour de la cabine
- Comment est-ce possible ? s'exclama-t-il.
Enaya eut un rire victorieux, et le Docteur grogna.
- Je vous ai promis un voyage, dit-il au sorcier. En voulez-vous ?
- Oui.
- Alors tous à bord.
- Où nous emmenez-vous, Docteur ? demanda Enaya en entrant.
- Je ne sais pas. Où peut-on aller ? mieux vaut éviter l'Angleterre Victorienne ou Elisabéthaine.
- Mieux vaut éviter le futur tout court, à mon avis. Pourquoi pas l'époque des dinosaures ? j'ai toujours rêvé de voir un diplodocus.
- Va pour le jurassique, alors.
Le Docteur régla les manettes.
- Accrochez-vous ! s'écria-t-il.
Il enclencha le levier principal, et le vaisseau voyagea à travers le vortex temporel. Merlin manqua de perdre l'équilibre quand le vaisseau s'arrêta.
- Où est-on ? demanda-t-il.
- Derrière cette porte, répondit le Docteur, la terre telle qu'elle était à ses débuts, avant l'apparition des hommes.
- Je peux ? demanda Enaya.
Le Docteur hocha la tête avec un sourire paternel, et elle poussa un cri de joie lorsque, ouvrant la porte, elle vit un brachiosaure traverser tranquillement la prairie devant elle. Elle fut bientôt rejointe par Merlin, qui regardait ce spectacle avec autant d'émerveillement qu'elle, puis par le Docteur, qui se contentait de sourire, comme si c'était quelque chose qu'il voyait fréquemment. Ils se retournèrent tous vers leur gauche en entendant un rugissement.
- T-Rex… fit Enaya avec un large sourire. Je veux le voir !
Le Docteur la regarda d'un air réprobateur.
- S'il vous plait ! fit-elle avec de grands yeux.
Le Docteur poussa un soupir, puis finit par céder.
- D'accord, fit-il. Mais on ne va pas trop près.
Elle se retint de lui sauter au cou. Les trois sortirent furtivement du Tardis, et se cachèrent derrière un gros rocher. Merlin écarquilla les yeux en voyant la gigantesque créature lorsqu'elle passa au pas de charge devant leur cachette. Ils restèrent un moment sans bouger, fascinés par le dinosaure, puis, lorsqu'il fut parti, le Docteur recommanda qu'ils en fassent de même. De retour dans le Tardis, il se tourna vers Merlin.
- Vous nous croyez, maintenant ? lui demanda-t-il.
Le visage du sorcier reprit un air sérieux, et il hocha la tête. Il leur demanda ce qu'ils attendaient de lui.
- Il nous faut une goutte de votre sang, répondit Enaya. Nous avons une machine qui nous permettra de retrouver votre descendant. Je pense que grâce à lui nous pourrons de retrouver Arthur et Guenièvre.
Merlin tendit le bras.
- Allez chercher votre machine, dit-il.
Le Docteur l'invita à s'approcher de la console du Tardis, et souleva un capuchon, laissant apparaître une aiguille. Le sorcier comprit, et se piqua le bout de l'index, dont tombèrent quelques gouttes de sang. Le Docteur referma le capuchon, et la machine se mit à vibrer, et à transmettre les données à l'ordinateur principal du manoir, auquel le Docteur l'avait relié.
- Et maintenant ? demanda Merlin.
- On vous ramène à Camelot.
- Je ne peux pas le rencontrer ?
- Non, expliqua le seigneur du temps. Cela créerait un paradoxe, et nous n'avons vraiment pas besoin de ça.
Le sorcier hocha la tête, et le Docteur activa le Tardis. Ils déposèrent Merlin à l'entrée du château, et repartirent aussitôt vers le manoir. Dès leur arrivée, ils se précipitèrent dans la salle de l'ordinateur.
- Vous avez quelque chose ? demanda le Docteur en s'approchant de l'écran.
- Le résultat vient de s'afficher, dit Martha.
- Enaya, renchérit William, tu ne vas pas le croire.
Les deux s'approchèrent un peu plus pour lire le nom qui s'était affiché.
- C'est impossible, souffla Enaya.
- Je ne comprends pas, répondit le Docteur.
La jeune fille lui chuchota l'explication à l'oreille, et il ouvrit des yeux ronds d'étonnement.
- Ce n'est pas impossible, dit-il. C'est juste très improbable.
