Aloha !

Voici qu'est venu le temps du chapitre 11, le chapitre de la grande révélation de ce premier tome – j'ai dit grande, pas incroyable XD Je pense que la majorité d'entre vous l'auront déjà deviné.

En vous souhaitant une bonne lecture !


– 11 –

La dame aux yeux saphir


Dimanche 7 février 2016, Poudlard

.

La Saint-Valentin approchant à grands pas, de même qu'à l'occasion d'Halloween et de Noël, Poudlard sembla être plongé dans une sorte d'effervescence, quoique bien différente de celle qui avait accompagné les autres fêtes du début d'année scolaire. En effet, l'époque était cette fois-ci apparemment aux murmures et aux gloussements dans les couloirs, surtout de la part des filles de quatrième et cinquième année, ainsi qu'au plaisanteries peu élégantes des garçons du même âge. Mais heureusement pour la petite Mina, elle ne saisissait pas la moitié des allusions des plus grands.

Cela ne l'empêchait pas, cependant, depuis l'arrivée du premier février, de sentir dans le creux de son ventre une tempête chaque fois que Dimitri venait lui parler. Ou qu'elle le croisait, tout simplement, et ce même de très loin. En réalité, elle ne pouvait s'empêcher de se demander si elle devait – ou pouvait – lui offrir quelque chose. Il avait été très gentil avec elle ces dernières semaines, tenant absolument à se rattraper, et voulant également s'assurer que Wyckson ne s'en prendrait plus à elle. Cette dernière avait l'air de s'être clamée suite à l'intervention de Benett en la faveur de Shanna et de Mina, et les deux Serdaigle étaient loin de s'en plaindre. Elles avaient plutôt l'impression qu'une épine leur avait été enlevé, et en douceur.

Voulant croire de tout son être que Wyckson avait enfin abandonné son petit harcèlement pitoyable, Mina se préparait donc à cette deuxième partie d'année scolaire plus sereinement.

« Non mais Poufsouffle ! »

L'exclamation indignée de Martin Arrin recentra l'attention de Mina sur cette conversation si intéressante que les garçons de son année entretenaient avec passion dans leur salle commune. La veille, Serdaigle, et à la surprise générale, avait perdu son premier match contre Poufsouffle. De peu, certes, mais les pronostics étaient pourtant en leur faveur et...

« Ils n'en ont rien à faire du Quidditch ! Et nous, on a une super équipe ! Comment on a pu perdre ? »

Voilà, en quelques mots, ce que ressassait Martin depuis que Mina et Shanna s'étaient installées non loin des garçons. La fillette le soupçonnait d'ailleurs d'en rabâcher les oreilles de ses amis depuis la toute dernière minutes du match.

« Peut-être qu'ils veulent vraiment la coupe, cette année ? suggéra Leopold Rowle.

– Et puis, comment tu peux savoir si les Poufsouffle en ont ou pas quelque chose à faire du Quidditch, toi ? » s'exaspéra Benett en levant les yeux au ciel, visiblement fatiguée d'avoir à entendre ses plaintes.

Martin marmonna quelque chose à propos de son frère et Mina cacha un rictus, alors que Shanna lui jetait un regard significatif. Martin camarade de classe avait un frère aîné, Amaury, en cinquième année à Serdaigle et, de plus, poursuiveur dans l'équipe de leur maison, et leur camarade avait la fâcheuse tendance à citer Amaury à chacune de ses phrases, comme si sa parole faisait loi. Jamais Mina ne pourrait s'imaginer appliquer la même relation avec William, quand bien même il avait été content de la toupie aux lumières multicolores qu'elle s'était procurée pour son anniversaire avec l'aide de Dimitri.

La jeune Parker jeta un coup d'oeil à Benett. Comment en étaient-ils arrivés, tous les huit première année de Serdaigle, filles et garçons confondus, à être ainsi réunis dans un coin de la salle commune pour la première fois de l'année ? Elle se souvenait être descendue avec Shanna dans l'espoir de profiter de la chaleur et de la convivialité de la pièce pour lire un peu, avait fini par s'intéresser aux voix de ses camarades, qui discutaient activement, et à celle de Benett, qui ponctuait de temps à autres leurs échanges de piques sarcastiques.

Et voilà qu'ils étaient maintenant quasiment installés en cercle, et même si les garçons – et plus particulièrement Martin – avaient le presque monopole de la parole, c'était finalement plutôt agréable de se sentir dans un groupe... composé de plus de deux filles.

« Nan, mais c'est juste que...

– On a comprit, Martin !

– Oh, Ruby s'énerve, cachez-vous, plaisanta Ethan Atton en plaquant ses deux mains sur ses cheveux roux comme pour mimer qu'il se protégeait d'une quelconque attaque imminente.

– J'en ai juste marre d'entendre tout le temps parler de Quidditch.

– Et de quoi tu voudrais parler, alors ? demanda Max Schneider avec une voix qui laissait présager une plaisanterie. De la Saint-Valentin ?

– Et pourquoi est-ce que j'aurais envie de parler de ça, au juste ?

– Bah, t'es une fille, non ? D'accord, le Quidditch, c'est plus pour les garçons mais... Toutes les filles aiment la Saint-Valentin. »

Tel fut l'argument que Max débita, tout fier de lui, en s'enfonçant un peu plus dans son fauteuil, l'air satisfait de lui-même. Grave erreur. Le regard que lui lança Ruby Benett, les paupières plissées, lui promettait une rafale d'insultes dans une demie-seconde, le temps pour la soupape d'indignation de Benett d'exploser.

Heureusement, Ethan sauva la situation en donnant un énorme coup de coude dans les côtes de Leopold, une expression taquine plaquée sur le visage.

« En parlant de la Saint-Valentin...

– Tais-toi ! » le somma son ami alors que ses pommettes devenaient subitement roses.

Mina sentit son attention croître en captant ces quelques mots échangés. Ah, tiens, tiens, tiens. Est-ce que Leopold avait envie d'envoyer une carte à quelqu'un lui aussi ? Mais qui ? Visiblement, cette question était partagée par les autres car l'intérêt de tout le monde pour la fête qui arrivait sembla soudain indiscutable.

« Mais tu nous avais pas dit que t'étais amoureux d'une fille !

– Je suis pas amoureux ! protesta Leopold se détournant, vexé par les rires de ses amis.

– Regardez, il rougit, c'est trop mignon !

– Alors, c'est qui ?

– Il est amoureux, il est amoureux !

– Mais non – mais beurk – mais n'importe quoi ! insista le persécuté en faisant semblant de vomir.

– Laissez-le tranquille. »

La petite voix qui s'éleva pour prendre sa défense étonna tellement que le silence se fit dans leur groupe. Mina jeta un coup d'oeil plus que surpris à Shanna, qui s'était elle aussi mise à rougir violemment, quoique Mina soupçonne cette réaction de n'être dû qu'à sa prise de position dans cette situation. Quoi qu'il en soit, les garçons arrêtèrent – pour le moment du moins – de taquiner Martin.

Honnêtement, Mina aurait détesté être à sa place. Que diraient ses camarades s'ils apprenaient pour Dimitri ? Finalement, elle eu beau se creuser la tête pendant plusieurs secondes, il lui fut impossible de répondre elle-même à sa question. Après tout, peut-être se permettaient-ils cela avec Martin parce qu'ils étaient proche, ce qui n'étaient absolument pas le cas avec elle. Mais alors ? L'embêteraient-ils quand même ? A vrai dire, Mina espérait qu'ils ne l'apprennent jamais et qu'elle n'aurait jamais à connaître leur réaction. Que ferait-elle ensuite, si toute l'école – c'est-à-dire la quasi totalité de son monde – savait ? Si Dimitri savait ? Cette idée la paniqua tellement qu'elle pria pour ne pas rougir violemment à son tour. Jamais.

« En tout cas, si tu veux un conseil, essayes d'être original si tu veux lui dire que t'es amoureux d'elle. » décréta Benett en se levant de son pouffe.

Leopold leva des yeux pleins d'un espoir qu'il essayait en vain de camoufler en vain.

« A-ah oui ? Et t'as une idée ?

– Evite de le faire le jour de la Saint-Valentin. Par exemple. »

Et alors que Benett quittait leur petit groupe, sans doute pour rejoindre leur dortoir, les autres échangèrent des regards entendus.

OoO

« J'ai trop mangé, décréta Mina alors que Shanna et elle sortaient de la Grande Salle, où elles venaient de terminer leur déjeuner. Je suis sûre que je vais m'endormir en potions.

– Ça m'étonnerait, miss Grayce-Martin a prévu de la pratique aujourd'hui. »

En ce début de semaine, le rythme scolaire avait reprit son cours, les déceptions sportives du weekend avaient été partiellement oubliées.

Cependant, les professeurs semblaient à tout prix vouloir empêcher d'oublier que la Saint-Valentin serait bientôt à leurs portes. Ainsi, le professeur Flitwick leur avait promis de leur apprendre à plier des parchemin en forme de cœur d'un coup de baguette, le professeur Londubat leur avait fait rempoté des fleurs la vieille, qu'ils pourraient cueillir et offrir dimanche, et le professeur Ross leur annonça que son prochain cours spécial se déroulerait ce vendredi, à l'occasion de cette fête.

Leur professeur de potion avait-elle préparé quelque chose de spécial ? Peut-être.

« Hey, Mina ! »

La petite se retourna pour voir son frère se diriger vers elle alors qu'elle s'apprêtait à quitter le grand hall pour s'engouffrer dans les sous-sols en direction de son prochain cours. Etonnée que Will vienne lui parler aussi spontanément – et devant ses amis qui plus est – Mina fronça légèrement les sourcils, présumant un problème.

« Qu'est-ce qu'il y a ?

– Ca va ?

– Oui. Et toi ?

– Ca va. »

Et ensuite ? Mina jeta un coup d'oeil gêné à Shanna, témoin de leur conversation des plus stériles. Qu'allait en penser sa camarade ?

« Tu veux quelque chose ?

– Non, pas vraiment... Enfin si ! »

Il semblait chercher ses mots, ce qui ne lui ressemblait pas vraiment. La plupart du temps, soit il ne parlait pas, soit il s'exprimait par monosyllabes. D'un coup, Mina se mit à douter qu'il aille réellement bien et son idée d'un problème s'imposa un peu plus à elle. Avait-il reçu une lettre du manoir ? Une mauvaise nouvelle ?

« Quoi ? le pressa-t-elle, soudain inquiète.

– C'est qui... Smeth-Wyckson, exactement ?

– Quoi ? » répéta Mina, abasourdie cette fois-ci.

Qu'est-ce que Wyckson avait à voir avec l'attitude de son grand frère. La pensée saugrenue qu'il pourrait peut-être la trouver jolie et vouloir, la Saint-Valentin approchant, le lui avouer, la traversa et l'agaça aussitôt.

« Ilona Smeth-Wyckson. C'est ça, non ? C'est Dimitri m'en a parlé. »

Dimitri ? Oh, par Merlin, il n'avait pas fait ça ? Mina passa en une demie-seconde de l'attente à la colère. Elle. N'avait. Pas. Besoin. D'aide. Et puis, cela faisait des jours que Wyckson ne l'avait plus cherché. De quoi se mêlaient-ils, tous les deux ? Alors ils passaient son temps à l'ignorer et décidaient de ne s'imposer que lorsqu'ils la pensaient trop faible pour se défendre toute seule ? C'était terriblement humiliant. Et devant Shanna en plus !

« T'énerve pas ! devança Will en voyant le visage de sa petite sœur s'assombrir considérablement. Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu avais des problèmes ?

– Parce que je n'en ai pas.

– Dimitri m'a dit que...

– Je m'en fiche de ce qu'il t'a dit, ok ! » A ses côtés, elle sentit Shanna reculer de deux pas, sûrement pour leur laisser un semblant d'intimité. « J'ai pas besoin de vous !

– Ok. Tu sais quoi ? Débrouille-toi toute seule !

– Exactement. Merci ! »

Vexé au plus haut point, William tourna les talons sans même les saluer et sans un dernier regard, s'arrêtant à peine auprès de ses amis qui durent quasiment lui courir après, après avoir jeté un coup d'oeil intrigué et presque accusateur vers Mina. Cette dernière leur jeta à tous un regard noir. Elle en avait marre qu'on la prenne pour un bébé.

Le pas et le coeur lourds, Mina fit volte face et descendit les escaliers qui les conduiraient aux cachots et à leur salle de classe, Shanna sur ses talons, silencieuse. Les premières secondes du moins, car au bout d'un certain temps, et alors qu'elles étaient presque arrivées à destination, sa camarade se permit enfin de donner son avis.

« Il voulait juste t'aider, tu sais ? »

Mina poussa un profond soupire et haussa les épaules pour toute réponse, trop exaspérée pour y réfléchir.

OoO

La première chose à laquelle pense Mina lorsqu'elle se rendit compte qu'elle était plongée dans une obscurité si lumineuse qu'elle ne pouvait qu'être irréelle, fut qu'elle était fatiguée de ses allés et retours à l'intérieur de ce rêve plus qu'étrange. Mais bien vite, la curiosité la reprit, ainsi que ce sentiment d'impuissance qui la saisissait chaque fois qu'elle se retrouvait ici.

Une nouvelle fois, la fillette fit un tour sur elle-même, ses bras fendant l'air lourd tout autour d'elle. Et une nouvelle fois, elle croisa le regard bleu saphir qui lui semblait si familier et pourtant si plein de mystères qu'elle brûlait de comprendre, d'une impatience mélangée d'inquiétude face à l'inconnu. Mais cette fois-ci, son regard fut attiré comme un aimant vers un élément qu'elle n'avait jamais remarqué auparavant. Avait-il jamais été là ?

« Bonsoir, Wilhelmina. »

Puis, comme toujours, Mina ouvrit la bouche pour répondre à cette voix si chaude et si douce, mais ce simple geste lui donna une sensation de grand vertige et elle se réveilla en sursaut.

Son cœur battant pourtant à tout rompre, Mina ne ressentit aucune panique lorsqu'elle ouvrit les yeux, trop habituée à présent à se réveil brutal. Il lui fallu cependant quelques secondes pour reprendre sa respiration, aussi hachée que si elle avait courut une heure durant dans le parc du château.

Elle l'avait vu.

Lentement, Mina se redressa. La couverture qui glissa de son corps la fit frissonner. A moins que ce ne soit l'appréhension de ce qui pourrait suivre. Sortie de son lit, Mina s'agenouilla devant sa table de chevet et en tira le premier tiroir, duquel elle prit un écrin de tissu noir. A l'intérieur, dormait paisiblement son pendentif, inoffensif. L'était-il ? Mais pourquoi la dame aux yeux saphir l'avait-il subitement autour du coup, elle aussi ?

Son cerveau embrouillé de fillette de onze ans dû bien admettre une chose : il y avait quelque chose à propos de ce collier, quelque chose qu'elle n'aurait jamais pu soupçonner, elle en était certaine. Quel lien avait-il donc avec cette femme ? Et plus important encore, qui était-elle ?

OoO

« Tu as vraiment l'air fatigué. Tu as dormi ?

– Pas très bien. » avoua Mina en étouffant un bâillement.

Assise à la table des Serdaigle dans la Grande Salle avec Shanna pour le petit déjeuner en ce jeudi matin, Mina frottait ses yeux rougit de fatigue. Elle n'avait pas réussit à se rendormir après son rêve de la vieille, trop tourmentée par toutes ses questions sans réponses pour retrouver le chemin du sommeil. De plus, ils avaient également eu la vieille leur cours d'astronomie, qui s'était terminé tard, ce qui ne lui avait pas permis d'emmagasiner beaucoup d'énergie pour sa journée.

Du coin de l'oeil, elle aperçu la Dame Grise roder, mais Mina décida d'ignorer sa présence, sans même se demander si elle l'observait ou non. Elle était juste las.

« Tu as pensé à aller voir madame Pomfresh ? Je suis sûre qu'elle aurait quelque chose pour t'aider à dormir.

– Ca va aller, j'ai l'habitude.

– Justement. Ça t'arrive trop de ne pas dormir. Non ? »

Mina ne savait pas quoi répondre. Non, elle ne dormait pas bien. Mais était-ce vraiment grave ? Après tout, c'était la première fois qu'elle se sentait aussi épuisée. Sûrement une mauvaise période à passer. Elle fit part de cette réflexion à Shanna qui se contenta de la fixer, visiblement peu convaincue. Et Mina ne pouvait que l'approuver.

Le courrier arriva et la sauva de devoir se justifier plus car Shanna reçue une lettre de ses parents qui accapara soudain toute son attention. Mina aussi reçu un mot, un peu brouillon et aux tournures de phrases enfantines et inexactes, car rédigé de la main de sa petite, mais qui lui redonna clairement le sourire.

.

Mardi 9 février 2016

Mina,

Je trouvais que ça faisait longtemps que nous avions pas reçu de lettre de toi alors je me suis dit que j'allais t'écrire une lettre pour te raconter. J'ai fait de la magie ça y est ! Pas comme quand j'étais un petit bébé, tu sais, comme maman et papa peuvent nous raconter comment on faisait de la magie quand on était bébé. J'ai fait de la vraie magie.

Tu vois, Kitty était occupée à faire du ménage et moi je lui avais promis de pas bouger de la salle de jeux mais j'avais soif et du coup je suis allée dans la cuisine. Et il y avait Tiny et Saë. Mais je voulais me servir mon verre toute seule. Mais j'étais trop petite. Et puis tu vois j'étais vraiment triste de pas pouvoir me servir mon verre d'eau toute seule. Alors d'un coup il y a un jet d'eau qui est sortie du robinet et qui a fait des bonds (comme les ricochets que Dimitri il faisait sur le lac tu te souviens ?) jusqu'à mon verre pour le remplir.

Je suis très contente. Tout le monde va bien, maman, papa et Kitty t'embrassent (et moi aussi !) J'ai écris la même lettre à Will pour qu'il soit au courant.

Bisous,

Wendy (et maman et papa et Kitty)

.

Mina sentait bien que son sourire devait paraître éclatant. Elle était tellement heureuse pour sa sœur, et imaginait sa mère se retenir, pour ne pas vexée sa benjamine, de s'arracher les cheveux à la relecture de cette lettre si imparfaite. Mais ce n'était pas grave. Wendy avait fait de la magie. Elle était terriblement contente pour elle et cette nouvelle chassa la dure nuit qu'elle venait d'avoir. Wendy avait écrit cette lettre deux jours auparavant. Elle essayerait de lui répondre le plus tôt possible pour la féliciter et l'encourager.

« Des bonnes nouvelles ? devina Shanna en referma son propre courrier.

– Oui. Ma petite sœur, Wendy, elle a fait de la magie pour la première fois.

– Elle a quel âge ?

– Six ans. Moi c'était à neuf ans, j'ai changé la couleur d'une boule de neige en jouant dans le jardin. Et toi ?

– Trois ans. J'avais envie de faire une partie de dame parce que mon père y joue beaucoup. Mais personne ne voulait jouer avec moi. Alors j'ai joué toute seule, en faisant bouger les noirs par magie. Mes parents n'en revenaient pas quand ils sont entrés dans le salon. »

Mina sourit, impressionnée. Trois ans ? Pour de la magie quasi-consciente, c'était extrêmement tôt, non ? William n'avait pas eu sa première manifestation avant ses cinq ans et Mina avait toujours pensé que ce devait être précoce.

Un petit toussotement gêné interrompit leur conversation et Mina tourna la tête pour voir une Benett, les doigts triturant nerveusement l'anse de son sac de cours, qui se balançait presque imperceptiblement d'avant en arrière.

« Pardon, est-ce que... Est-ce que je peux m'asseoir là ? » finit par demander leur camarade de dortoir en un souffle tout en désignant la place à côté de Shanna.

La jeune Parker et son amie échangèrent un regard étonné mais ne firent aucune remarque et acquiescèrent prudemment.

« Vas y. »

Benett eu une sorte de rictus qui pétait en fait un sourire crispé et s'assit délicatement sur le banc, sans un mot, les lèvres roulés à l'intérieur de sa bouche. La discussion ne reprit pas immédiatement et le silence pesa sur Mina comme une chape de plomb. La curiosité, aussi. C'était bien la première fois que Benett leur manifestait un quelconque intérêt autre que moqueur ou entourée de Wyckson et de sa bande.

« Et donc... On va toujours à la bibliothèque avant les cours ? questionna Shanna d'une petite voix, comme si elle appréhendait de briser le silence.

– Si tu veux. » Benett avait l'air de trouver un intérêt certain et soudain aux couverts. « Qu'est-ce que tu veux qu'on travaille ?

– La défense contre les forces du mal, pour demain ? » proposa l'asiatique.

Mina hocha la tête. Benett n'avait toujours pas ouvert la bouche et ne semblait pas en avoir le projet. Shanna et elle se jetèrent des regards entendus, des haussement d'épaules, puis la camarade de Mina l'enjoignit d'un mouvement de tête à s'adresser à Benett. Pourquoi elle ? Elle n'avait pas spécialement envie de parler à celle qui lui avait refilé des pastilles de gerbes, surtout si c'était de le but de la mettre à l'aise. Elle n'avait pas envie qu'elle se sente moins gênée, elle avait de quoi. Mais Shanna insista et Mina retint un gros soupire avant de se tourner plus visiblement vers Benett.

« Tu as terminé ton devoir, toi ? »

L'interpellé mit une seconde à comprendre que la question lui était adressée, ouvrit la bouche, la referma à la manière d'une imitation d'un poisson rouge.

« Non, pas encore. Je voulais le faire ce soir. »

Estimant avoir remplit sa part d'effort, Mina s'efforça tout de même de lui sourire poliment avant de retourner à son assiette pratiquement vide. Shanna, elle, comme à son habitude, avait à peine grignoté et l'attendait depuis un petit moment. Elles pourraient bientôt y aller.

« Tu veux venir avec nous ? A la bibliothèque, précisa la voix de Shanna. On y va avant l'histoire de la magie pour travailler un peu. »

Mina releva la tête à la vitesse de l'éclair pour fixer Shanna avec stupéfaction.

Quoi ?

« D'accord. » répondit Benett, les yeux elle aussi rivés sur son assiette.

Cette dernière se redressa tout de même pour chercher le regard de Mina et son approbation. La fillette tenta du mieux qu'elle le pu d'effacer cette expression choquée de son visage et sourit de nouveau.

« Génial. »

Mais une fois qu'elles se levèrent toutes les trois pour se rendre dans l'antre de madame Pince, et alors que Benett marchait légèrement devant Shanna et Mina, la jeune Parker attira l'attention de sa camarade d'un ton presque interdit :

« Pourquoi t'as fait ça ?

– Ça quoi ?

– Proposer à Benett de venir avec nous.

– Parce qu'elle est toute seule, répondit Shanna avec évidence, sans comprendre pour Mina se mettait dans cet état.

– Elle est pas toute seule, elle est avec Wyckson. Tu te souviens ? Elles se moquent de nous depuis le début de l'année. »

Shanna soupira, secoua la tête, et la laissa sur cette ultime phrase :

« Franchement, Mina, pourquoi tu penses qu'elle passe autant de temps avec les garçons, maintenant ? »

Mina se laissa distancer de quelques pas avant de suivre ses deux camarade. Shanna avait accélérer le sien pour se retrouver à la hauteur de Benett, sans pour autant chercher à engager la conversation. Mina observa leurs dos, toute à sa réflexion. Pourquoi est-ce que Benett passait autant de temps avec Martin, Ethan, Max, Leopold, Anthony ?

Lorsqu'elles s'installèrent toutes les trois à une table, le plus loin qu'elles le purent de madame Pince, et qu'elles sortirent ses affaires pour commencer à comparer leurs recherches pour le devoir de défense contre les forces du mal, Mina posa sur Benett un regard autrement plus interrogateur qu'accusateur. Et sûrement plus indulgent.

OoO

Ce jeudi, à la fin de son heure de cours, le professeur Ross leur confirma que son cours spécial se déroulerait le lendemain et leur demanda de réfléchir à quelle personne pourrait-il bien être lié. Mina avait bien une petite idée, mais pour une raison qu'elle ignorait, elle n'arrivait pas à se résoudre à le formuler.

Ainsi, au moment où les élèves de première année de Serdaigle et de Gryffondor entrèrent dans la salle de cours d'histoire de la magie le jour suivant, les dominantes de couleur bleu et bronze ne la surpris pas vraiment mais la dérangea, de manière inexplicable.

« Dans deux jours, nous fêteront la Saint-Valentin. La fête des amoureux. » Quelques ricanements fusèrent depuis les sièges de James Potter et Logan Wood. Le professeur Ross les ignora. « Je parie que vous en avez entendu parlé toute la semaine, et j'ai moi aussi ma contribution à apporter. Aujourd'hui, nous allons donc parler de Rowena Serdaigle. Qui souhaite commencer ? »

A la sortie du cours, Mina était comme dans un état second et vit à peine défiler le reste de la journée. Prétextant de se sentir très mal et d'avoir besoin de repos, excuse appuyée sur son teint pâle que Shanna souligna aussitôt, la fillette sauta le diner et grimpa sans attendre dans leur dortoir. Le souffle lui manquait ; elle avait courut sans s'en rendre compte. En toute hâte, elle sortit de son tiroir l'écrin, puis le pendentif d'aigle en argent et aux yeux de saphir, avant de le passer autour de son cou et de se recroqueviller sur son lit, sans même se changer. Ne comptait plus que l'image de la femme qui hantait ses rêves depuis le début de l'année scolaire, et Mina, silencieusement, pria de toutes ses forces pour le sommeil vienne le plus rapidement possible.

Mais rien ne vint.

Après ce qui lui paru une éternité, frigorifiée de ne pas avoir prit le temps de tirer la couverture sur son corps, Mina ouvrit les yeux, dépitée de ne pas encore avoir réussit à s'endormir. Mais l'obscurité qui l'accueillit la fit sursauter. Elle y était. Mina tourna de nouveau sur elle-même, comme toujours, comme si elle se présentait enfin sur scène le spectacle qu'elle répétait depuis des mois. Des mois de fatigue, de travail. Elle était envahie par un sentiment de soulagement indescriptible.

« Bonsoir, Wilhelmina. »

La jeune femme apparu finalement, ses yeux bleus si particuliers brillants d'une étincelle chaleureuse, ses boucles d'ébènes rebondissant gracieusement contre son dos à chaque nouveau pas. Elle se déplaçait plus rapidement que les dernières fois, lui sembla-t-il. Ou peut-être n'était-ce que l'habitude, l'anticipation du moindre détail, de cette pièce de théâtre qu'elle connaissait par cœur.

Une pièce de théâtre dont elle connaissait enfin le nom des protagonistes.

Alors, ancrant son regard dans celui de la jeune femme, elle prononça ses premiers mots :

« Vous êtes Rowena Serdaigle. »

La dame aux yeux saphir sourit d'une expression si douce que Mina en fut frapper de plein fouet. Elle avait cette étincelle de fierté aux fond des prunelles...

« En effet, jeune Wilhelmina.

– Je ne comprends pas. »

Ces mots-ci lui avaient échappé. Bien qu'un sentiment de liberté l'étreignait, elle ne pouvait ignorer être totalement perdue.

« J'en suis consciente, et en suis désolée, crois-le bien.

– Est-ce que vous êtes vraie ?

– Suis-je vivante ? » Rowena secoua la tête en clignant doucement des paupières. « J'ai bien peur que la réponse soit non.

– Vous êtes un fantôme ?

– Oui. Et non. Je ne suis plus qu'une âme, un souvenir.

– Je ne comprends pas. »

Mina observa les traits si beaux de cette femme qui la contemplait comme si elle avait devant elle le plus précieux des trésors. Cette ainsi qu'elle le percevait, et cela la mettait de plus en plus mal à l'aise. Et puis, comment pouvait-elle entretenir une discussion dans un rêve avec un esprit ? Qu'elle n'avait bien entendu jamais connu de son vivant, bien entendu. Pourquoi n'avait-elle pas été en mesure de prononcer le moindre mot avant ce soir ? Que lui voulait-elle ? Quel sorte de pouvoir avait ce collier autour de son coup, celui-là même que Rowena possédait également ?

Comme si elle lisait dans ses pensées, la fondatrice leva une main gracieuse devant elle pour l'empêcher de pose une seule des questions qui la tracassait. Le tissus de sa longue robe médiévale bleue nuit chatoyait malgré l'absence d'un source quelconque de lumière autour d'elles.

« Je perçois ton tourment.

– Pourquoi est-ce que vous venez me voir en rêve ?

– Pour t'aider à trouver la voie.

– La voie ? »

Mina fronça les sourcils. Elle devait complètement délirer. Oui, cela devait être ça. Elle était tombée malade aujourd'hui, et, obnubilée par cette histoire, avait finit par faire ce rêve démentiel, créé de toute pièce par la fièvre qui avait dû monter lorsqu'elle s'était endormie.

Rowena pencha la tête sur le côté, visiblement amusée. Malgré sa silhouette noble, elle semblait plus malicieuse que Mina ne l'aurait cru au départ.

« A quoi songes-tu ?

– Que vous n'êtes pas réelle.

– Sur ce point-ci, nous sommes d'accord. Cela ne veut pas forcément dire que cette discussion ne l'est pas, pas plus que ton destin, jeune Wilhelmina. Qu'en penses-tu ? »

Mina ne savait pas quoi dire. Elle avait la terrible impression que Rowena ne cherchait qu'à l'embrouiller encore plus qu'elle ne l'était déjà. Elle sentait, au fur et à mesure des explications de la dame aux yeux saphir, un nœud qu'elle ne côtoyait que trop souvent se former au fond de son ventre. Et puis quelle était cette histoire de destin ? Pourquoi avait-elle besoin de l'âme de la fondatrice de sa maison pour le trouver ? Etait-ce une habitude chez elle de visiter tous les élèves de sa maison, la première année ?

« Je ne sais pas. Je voudrais seulement que vous répondiez pour de vrai à mes questions. » osa avouer la fillette alors que le nœud se serrait davantage.

Rowena s'autorisa un petit rire.

« Jeune Wilhelmina, tu as encore tant à apprendre, et encore tant de questions à découvrir.

– Apprendre quoi ? Qu'est-ce que vous voulez dire ? »»

Rowena hésita, entrouvrit ses lèvres carmines pour formuler une réponse, lorsque tout autour d'elles, l'obscurité sembla soudain agitée de tremblements. Aussitôt, les traits de la fondatrice s'assombrir et elle se figea, comme si elle avait entendu un bruit menaçant dans ces ténèbres. Elle enchaîna finalement d'une voix plus pressée.

« Nous n'avons que peu de temps, Wilhelmina. Et il me faut de transmettre ce message.

– Qu'est-ce qu'il se passe ? gémit Mina d'une petite voix alors qu'elle sentait les vibrations jusque dans son propre corps. Arrêtez ça !

– Je ne peux pas. Je suis navrée que tu doives porter ce poids sur tes jeunes épaules, mais ce n'est pas à moi de te décharger de ce fardeau. Je ne puis que t'indiquer la route à suivre, te prendre la main pour tes premiers pas. »

Mina sentit ses paupières s'alourdirent d'un seul coup et la panique qui commençait à l'envahir se dissipa lentement. S'endormait-elle ? Mais elle rêvait déjà. Que lui arrivait-il ? Les deux yeux saphirs de Rowena devinrent ses points de repères, à mesure que tout le reste de cette femme semblait être peu à peu absorbé par les ténèbres.

« Ecoute-moi attentivement. » Sa voix chaude était soudainement devenue hypnotisante, sourde, et semblait provenir de tout les côtés à la fois, semblait sortir de l'obscurité elle-même, alors qu'elle continuait de se comporter comme si elle subissait un tremblement de terre. « Aller dans l'antre de la connaissance, aller là où les objets changent de nature, te prosterner devant la famille royale et explorer le troisième t'aidera à connaître la direction. Mais c'est dans mon foyer que tu trouveras le chemin vers les réponses à tes questions. »

Aller où ? Dans le quoi ? Mina sentit son corps se recouvrir d'une fine pellicule de sueur tandis qu'elle luttait pour garder les yeux ouverts. Mais il n'y avait plus rien auquel elle aurait pu se rattacher, qu'une obscurité écrasante et mouvementée.

« Attendez... »

Sa voix était lointaine, détachée de son corps. Elle se sentit tomber en arrière, lentement, trop lentement.

« Souviens-toi Wilhelmina. Aller dans l'antre de la connaissance, aller là où les objets changent de nature, te prosterner devant la famille royale et explorer le troisième t'aidera à connaître la direction. Mais c'est dans mon foyer que tu trouveras le chemin vers les réponses à tes questions. »


Voilà !

Maintenant – et sans surprise – vous connaissez l'identité de la dame aux yeux saphir. Mais qu'est-ce que cela signifie ?

Quels pronostics pour la suite des évènements ?

N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre, ce que vous espérez/devinez pour la suite. Il ne reste plus que deux chapitres avant le début du tome 2 !

A bientôt.