Chapitre 11 : I belong to you

You are the flame in my heart,

You light my way in the dark,

You are the ultimate star.

You lift me up from above,

Your unconditional love,

Takes me to paradise.

I belong to you

And you

You belong to me too.

You make my life complete,

You make me feel so sweet.

(Lenny Kravitz)

oooOOOooo

Chemise blanche largement ouverte au col, pieds nus et pantalon beige retroussé aux genoux, Red passa une grosse partie de la mâtinée sur le pont supérieur du yacht, d'abord en essayant de se distraire avec la beauté de la Mer des Caraïbes et des rivages de Tobago, puis ensuite, comme bien souvent dans les moments de stress, en se réfugiant dans le travail et en passant des coups de fil à ses associés.

En deux jours, il venait de déstabiliser la Cabale sur le continent sud-américain et s'attendait à des répliques. L'équipe de Julian avait accédé aux dossiers contenus dans l'ordinateur de Felipa San Castillo et révélé de nombreuses failles dans l'organisation. Les informations portaient sur de nouvelles connections mondiales, notamment dans les pays émergents, dont il allait tirer profit. Au fil des heures, il se mit en devoir d'avertir tous ses contacts pour qu'ils prennent des précautions supplémentaires. La prudence était désormais de mise dans leurs actions communes.

Au vue de tous ces renseignements, Red avait mis en branle une nouvelle machination pour faire tomber un homme qui constituait un important rouage dans l'ossature de la Cabale. Sinuan Park dirigeait un groupe d'ingénieurs informaticiens qui lançaient des cyber-attaques sur les serveurs des entreprises mondiales et des principales agences de renseignement occidentales. Déstabilisation, espionnage industriel, vols de technologie ou de propriété intellectuelle, fausses rumeurs, prise de contrôle, détournements de fonds, figuraient parmi les armes de ce pirate des temps modernes. Les relations de cet homme avec la Corée du Nord et la Chine en faisaient quelqu'un d'excessivement dangereux et de difficilement atteignable, mais l'homme avait une faiblesse : il était corrompu jusqu'à la moelle. Trop sûr de lui, à la fois craint et respecté, le Coréen se croyait à l'abri à cause de ses puissants alliés. En lui tendant un piège, via une opération financière qui ne pouvait qu'attiser la convoitise de l'asiatique, Red n'aurait pas même à lever le petit doigt pour faire tomber ce pion et détourner l'attention loin d'Elizabeth Keen.

Il fallait qu'il fasse en sorte que le Directeur et ses alliés ne veuillent plus se focaliser sur la jeune femme pendant quelques temps. Ses importants moyens financiers amassés au fil des années ne servaient désormais plus qu'à lui permettre de jouer les derniers coups dans la partie d'échecs engagée contre la Cabale. La mobilisation de ses fonds était totalement tournée vers cet objectif. Peu importait ce que cela coûterait, le nom d'Elizabeth serait lavé, et elle retournerait à sa vie d'avant.

Si elle le souhaitait…

En l'espace de vingt quatre heures, les tables venaient de tourner drastiquement. Ils étaient devenus intimes et tout ce qu'il avait imaginé pour elle, était remis en cause. Il venait d'ouvrir une porte sur un futur dans lequel il pouvait éventuellement jouer un rôle actif.

Si jamais Elizabeth venait à le souhaiter…

Il ne savait pas encore ce qu'elle choisirait de faire, ni ce qu'il choisirait de faire. Il y avait trop d'inconnus dans l'équation, et il était tenté de la simplifier, encore plus que la veille. Trop de paramètres entraient en jeu. Il allait devoir lui parler pour établir une nouvelle stratégie, d'autant que Lizzie se reposait sur lui. Pourtant, lui révéler la vérité allait forcément remettre en cause le fragile équilibre auquel ils étaient parvenus.

A un moment, il aperçut la jeune femme qui profitait du soleil, en tee-shirt, short et lunettes de soleil. Quand il tourna les yeux vers elle quelques minutes plus tard, elle avait disparu.

Vers treize heures, il envoya Dembé lui descendre un plateau repas. Quand l'Afro-américain lui annonça plus tard qu'elle n'avait touché à rien, il se décida avec appréhension à la rejoindre dans le salon.

Red la trouva allongée sur le canapé, endormie. Il s'approcha d'elle et la regarda avec un sourire affectueux, avant de prendre un plaid et de le poser délicatement sur elle. Ce simple geste la sortit tout de même du sommeil léger dans lequel elle était plongée.

« Pardonnes-moi, je ne voulais pas te réveiller. »

« J'ai juste fermé les yeux une minute... » Dit-elle en se les frottant.

« Toute la tension qui était sur tes épaules ces derniers temps, est en train de retomber. Tu as besoin de te reposer, Lizzie… Que dirais-tu si nous passions quelques jours, toi et moi, sur ce yacht, avant de revenir à Rodès ? »

Elle lui sourit doucement en guise de réponse et tapota sur le canapé.

« Viens là. »

Il obéit et s'assit à côté d'elle. Elle l'enlaça et posa sa tête contre son épaule, sans remarquer qu'il s'était tendu ostensiblement.

« D'une certaine façon, c'est assez irréel... C'est comme si un film défilait dans ma tête dont j'aurais été la spectatrice… Ce n'est pas comme si je pouvais y changer grand-chose, tu vois ? »

« Oui, mais tes réactions émotives sont bien réelles, en revanche. »

Elle se détacha de lui en soupirant et se leva pour aller se servir un verre d'eau. Il la suivit du regard.

« Dembé m'a dit que tu n'avais rien mangé. »

« J'ai avalé quelques fruits. »

« Pourquoi ne sortirais-tu pas dehors pour profiter du soleil ? »

« Cette pénombre convient mieux à ma morosité. »

Elle reprit place en face de lui et le dévisagea. Il resta impassible et attendit qu'elle soit prête à se livrer.

« Masha ne se rendait pas compte à l'époque, mais avec le recul... J'ai réagi à cause du choc, de l'intensité de la projection. Te voir, couché sur le sol, grimaçant de douleur, avec cette peur panique qui me paralysait. Je voulais faire quelque chose, mais je ne pouvais pas… Cette impuissance, c'était… affreux. J'ai senti mon cœur se déchirer… »

Elizabeth porta machinalement les mains à sa poitrine, comme si elle ressentait encore la douleur physique suscitée par les images dans son esprit. Elle inspira profondément pour chasser l'angoisse et lui sourit faiblement, quand elle vit son regard inquiet.

« Lizzie, tu n'as pas à te sentir coupable de quoi que ce soit. Si nous sommes là tous les deux vivants, c'est que nous avons fait ce qu'il fallait pour nous en sortir. »

« Tu devrais peut-être tout me raconter ? »

« Tu sais presque tout ce qu'il ya à savoir… C'est toi qui m'as trouvé. Je suppose que nous nous sommes mutuellement sauvés la vie. »

« Que s'est-il passé ? Pourquoi étais-tu allongé sur le sol comme ça ? »

Il la regarda en silence, alors que son visage se fermait graduellement. Elizabeth sentit la tension qui grandissait en lui. Elle savait qu'il lui cachait encore des détails importants.

« Que faisais-tu dans la maison de mes parents ?... Tu étais avec qui ? Mon père ? Ma mère ?... C'était ta mission de les surveiller ?... Tu voulais le Fulcrum, toi aussi ? »

De guerre lasse, il finit par lâcher :

« Elizabeth, nous avons tous commis des erreurs ce soir là. Rien n'était ce qu'il semblait être. »

« Dis-moi la vérité, alors… »

Il se mura dans un silence qui s'éternisa. Au lieu de se laisser envahir par la colère, elle le regarda de plus en plus froidement, soudain déterminée à obtenir de lui, ce qu'elle voulait d'une façon ou d'une autre…

« Raymond, j'ai besoin de savoir et surtout, j'ai besoin que tu sois honnête avec moi... Sans honnêteté, toi et moi ? Ici et maintenant, considères que c'est terminé… »

Il prit un moment avant de répondre et secoua la tête.

« Lizzie, ne te sers pas de mes sentiments pour faire levier sur moi. »

« Si je compte autant pour toi, alors cela ne devrait pas être un problème, n'est-ce pas ? »

« Tu as plus à perdre que moi. »

« Vraiment ? »

Elle le regarda avec défi. Red accusa le coup parce qu'elle avait trouvé sa faille. C'était lui le plus vulnérable désormais et il détestait ça, cette perte de contrôle, cette pression qu'elle pouvait exercer sur lui. Il était un maître de la manipulation, un artiste de la diversion mais quand il s'agissait de Lizzie, il était tout simplement impuissant. Il l'aimait d'un amour aveugle et absolu. Elle passerait toujours avant tout.

Il sentit le piège se refermer et un vent de panique l'envahir. Il ne doutait pas un instant qu'elle parlait sérieusement. Elle allait le quitter, mais c'était au dessus de ses forces, pas après la nuit qu'ils venaient de passer ensemble. Il n'était pas prêt à renoncer à elle… Demain, après-demain, peut-être ?

« Lizzie, je ne crois pas que ce soit une bonne idée… »

Elle l'interrompit d'un ton ferme :

« … Ne me parle pas de ma sécurité personnelle, ce n'est plus un argument valable. Le Fulcrum a été dévoilé dans la presse, je suis déjà dans le collimateur de la Cabale, qu'est-ce qui pourrait m'arriver de pire ? »

De pire ? Tout… pensa t-il, avec une triste dérision. Comment lui dire ? Comment lui expliquer sans se chercher des excuses, sans la blesser davantage ? Entre la peste et le choléra, que pouvait-il choisir ? Il n'avait aucune échappatoire. C'était une position impossible à tenir.

S'il lui cachait encore la vérité, il la perdait. S'il la lui disait, il la perdait aussi…

Red hésitait, clairement à la torture. Même si elle n'en montrait rien, Elizabeth attendait anxieusement qu'il s'exprime et désespérait d'avoir jamais des réponses. Alors qu'elle détournait les yeux, la mort dans l'âme, en se disant que rien ne changerait, il décida d'être sincère, comme elle le lui avait demandé. Il était temps qu'il paye pour les péchés qu'il avait commis. Après tout ce qu'elle avait traversé, par sa faute à lui, il lui devait au moins une dernière explication.

« J'étais arrogant, inexpérimenté et… amoureux. Du moins, c'est ce que je croyais. »

Elizabeth eut un choc en comprenant immédiatement ce qu'il sous-entendait. Elle eut involontairement un mouvement de recul, pâlit et le dévisagea avec un sentiment d'horreur mêlé d'incrédulité.

C'était donc vrai, ce qu'elle soupçonnait depuis le début ? Il avait aimé sa mère, il avait aimé Katarina Rostova !

Red vit le changement s'opérer en elle, alors qu'elle assemblait les pièces du puzzle. Il se lança soudain, de peur qu'elle refuse son explication :

« Lizzie, écoutes-moi… Fin 1988, j'ai fait la connaissance de ton père. Quand il m'a présenté sa femme, Katarina, j'ignorais à ce moment-là qui elle était réellement, ce qu'elle avait fait pour échapper aux griffes du KGB... Tu avais trois ans, ma fille en avait six. Nos familles ont commencé à se fréquenter, nous passions beaucoup de temps ensemble… A cette époque, ma vie privée était chaotique. Très vite, ta mère et moi sommes devenus proches. »

« Vous êtes devenus amants… »

Il baissa la tête, embarrassé, et refusa de croiser le regard d'Elizabeth.

« Ton père a fini par découvrir notre liaison. Dans un moment de colère, il t'a pris avec lui et il est parti avec le Fulcrum, dont il était responsable. Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris que son départ avait mis en branle une série d'événements imprévisibles, quand la Cabale a cru qu'il avait trahi leur confiance... Désespérée, Katarina a rompu avec moi. Elle aimait ton père, elle t'aimait… Elle savait aussi que le KGB avait lancé des tueurs à sa poursuite et qu'ils attendaient dans l'ombre le moment favorable pour l'abattre. Tant qu'elle était avec ton père, elle était protégée par la puissance de la Cabale. Sans ton père… » Il secoua la tête avec tristesse. « … Je n'étais qu'un idiot, blessé dans mon orgueil par cette rupture. Un soir, je l'ai suivie, là où ton père avait trouvé refuge avec toi, sans savoir que les russes me surveillaient… »

Elizabeth se mit soudain à pâlir et murmura :

« Ils l'ont retrouvée… »

Red sembla rétrécir devant elle. Un tic agita son œil gauche et il se frotta les mains l'une contre l'autre de façon nerveuse.

« Tes parents se sont disputés et tu as tiré sur ton père. En entendant le coup de feu, j'ai fait irruption dans la maison, mais il était trop tard. Tu t'étais déjà enfuie et je ne t'ai pas vue… Les russes sont arrivés dans la foulée et nous ont trouvés en train de nous occuper du cadavre. Ils ont emmené ta mère et ils m'ont laissé pour mort dans l'incendie qu'ils ont déclenché pour faire croire à la disparition de la famille entière... C'est devenu officiellement une dispute qui aurait mal tourné. »

« Mon dieu… » Lizzie porta la main à sa bouche, les yeux agrandis par la compréhension et l'horreur. « … La Cabale a cru que tu avais tué mes parents, que tu avais trahi ton pays en donnant le Fulcrum aux russes et que Katarina s'était enfuie avec eux !... Et ma mère a cru que j'étais morte dans l'incendie ! »

Il se contenta de hocher la tête avec lassitude.

« Je n'étais pas en mesure de me disculper. Kate Kaplan s'est occupée de tout et m'a fait disparaître le temps que j'aille mieux. Tu as été placée chez Sam et je suis devenu l'homme à abattre… »

« En ne pouvant pas t'atteindre, il s'en sont pris à ta famille… »

La mine complètement défaite, les épaules affaissées en signe d'accablement, Red semblait nettement accuser son âge. Sa lèvre inférieure tremblait, sous le poids de la culpabilité et du secret qu'il gardait depuis si longtemps.

« Je suis désolé, Lizzie. Tout est de ma faute... Si ta mère et moi n'avions pas cédé à nos désirs, rien de tout cela ne serait jamais arrivé. »

Elizabeth resta un moment sidérée par ses révélations, dont l'ampleur et les conséquences la dépassaient totalement. Comment une simple liaison avait-elle pu dégénérer ainsi, détruire la vie d'au moins six personnes, briser deux familles, sans compter toutes les victimes qu'elle avait dû faire au cours des vingt cinq dernières années ? C'était incommensurable…

« L'aimais-tu seulement ? »

Red fit lentement un signe de tête négatif. Elizabeth expira l'air qu'elle avait inconsciemment retenu et résuma la situation en trois mots qui semblaient bien pauvres en regard de la catastrophe causée :

« Quel immense gâchis… »

Il y eut un silence pesant qu'il rompit d'une voix sourde et tremblante.

« Je suis responsable de tout le malheur qui est arrivé dans ta vie… Je comprendrai parfaitement que tu ne veuilles plus jamais me voir. »

Red n'osait toujours pas la regarder. Le cœur d'Elizabeth se serra. Il était l'image même de la culpabilité et du repentir impossible. Un homme éternellement brisé par des événements qui s'étaient enchaînés involontairement et inexorablement, comme dans une tragédie grecque où la roue du destin brisait implacablement les hommes…

Elle se leva et alla remplir deux verres de whisky. Ils en avaient tous les deux besoin. Quand elle revint vers lui, il n'avait pas bougé. Il accepta le verre qu'elle lui mit de force dans la main… sans le porter à ses lèvres. Le visage las, il semblait anéanti par ses aveux.

Elizabeth l'observa encore un instant, vida son verre d'une traite en tremblant. Elle se força à respirer calmement et prit sa décision.

« Ma mère a autant sa part de responsabilités que toi dans ces événements, peut-être même plus, car elle savait sans doute des choses que tu ignorais. Elle n'avait pas mesuré que ces instants de faiblesse déclencheraient tout un concours de circonstances malheureuses qui s'enchaîneraient… »

« Ne me cherche pas d'excuses, Lizzie, je n'en ai aucune. »

« … Red, cela fait plus de vingt ans que tu vis avec le souvenir de ce que tu as perdu, ta famille, ton honneur, toute ta vie et que tu essaies de réparer cette erreur tragique… Plus d'un aurait renoncé devant l'immensité de la tâche, mais pas toi… Envers et contre tous, tu t'es accroché, mais ce faisant, tu te punis, encore et encore… »

« Je mérite mon sort. Je ne demande pas que l'on m'exonère de ce que j'ai fait. Je ne demande rien à personne. »

« Oh, Red… Je ne minimise pas la culpabilité qui te ronge, mais je pense que tu t'es déjà bien suffisamment flagellé et crucifié comme ça. Je n'ai pas à en rajouter… Et je ne vais certainement pas te blâmer pour des actes indépendants de ta volonté…

« J'en suis l'élément déclencheur, le seul et unique responsable. C'est à cause de moi si… »

« Qu'est-ce que tu en sais ? Tu n'étais pas là quand mes parents se sont disputés ! Ils se battaient à cause du Fulcrum, pas à cause de toi ! Katarina savait que mon père avait fait une erreur en s'en allant et qu'il devait le rendre avant que tout dégénère et que la Cabale le tue !... Red, ma mère savait ce qui allait se passer !... Même sans toi, les russes l'auraient sans doute retrouvée et auraient saisi une opportunité de la tuer à un autre moment… »

« Ton père est mort. »

« Ce n'est pas toi qui as appuyé sur la gâchette cette nuit là ! C'est moi qui ai tué mon père, et tu auras beau te convaincre que tu es mon mangeur de péchés, cela ne change rien au fardeau que je dois porter… »

Il vida son verre d'une traite et le porta contre son front, en fermant les yeux.

« Tu sais très bien que la Cabale t'a ensuite fait porter le chapeau parce que quelqu'un en haut lieu a eu peur d'être tenu pour responsable de ce fiasco ! Tu étais le bouc-émissaire idéal ! Oh, Red !... Quand arrêteras-tu de t'en vouloir pour tout ? »

Il eut un rictus involontaire et le dégoût qu'il éprouvait pour lui-même s'afficha sur son visage.

« Probablement jamais… » Répondit-il, d'une voix lugubre. « … Jusqu'à mon dernier souffle, je continuerai… »

Elizabeth ne le supporta pas et prit son visage entre ses deux mains pour l'obliger à la regarder. Même ainsi, il demeura les yeux baissés, honteux.

« Regarde-moi bien, Raymond Reddington. Je te pardonne, tu m'entends ?... Je sais combien ce geste compte à tes yeux, alors comprends-moi bien : Je… te… pardonne ! »

Elle martela les mots avec conviction. Il leva alors des yeux hantés sur elle, emplis de regrets.

« J'ai couché avec ta mère. Tu ne peux certainement pas me pardonner ça. »

« Aussi dérangeante que soit cette pensée, qui suis-je pour te juger ? Je ne sais rien des circonstances qui vous ont amenées à vous rapprocher, je ne sais rien de ses motivations à elle, rien des tiennes... Tu croyais peut-être l'aimer ? C'était une erreur, Red... Tout le monde fait des erreurs. Moi, la première... Je sais que tu sais, que la nuit précédant la mort de Connolly, j'ai couché avec Tom sur son bateau… »

Elle le sentit serrer la mâchoire sous ses doigts, confirmant ses suspicions.

« Je croyais encore l'aimer. C'était une erreur, mais il a fallu que je la fasse pour que je me rende compte que je faisais complètement fausse route… Je m'en veux de l'avoir fait, mais j'ai ouvert les yeux… »

« Lizzie, ça n'est en rien comparable à… »

« Bien sûr que si ! Parce que la Cabale m'avait piégée, parce que j'étais perdue, parce que j'ai ensuite commis l'irréparable en tuant Tom Connolly de sang froid ! »

« Tu n'étais plus lucide, alors que moi, j'ai agi en toute connaissance de cause. »

« En es-tu sûr ? Tu m'as affirmé que ta vie privée était chaotique… Jusqu'à quel point étais-tu lucide à cette époque là ? »

Il ne répondit pas. Même après tout ce temps, il ne parvenait pas à dire s'il avait enchainé les conquêtes pour échapper à un mariage dans lequel il était malheureux, ou s'il avait créé son propre malheur en se perdant dans un tourbillon d'aventures extraconjugales, qui étaient à l'origine de la dégradation de sa relation avec Carla. C'était sans doute un peu des deux.

« Il est facile de juger son comportement avec le recul et de s'en vouloir. Seules les personnes honnêtes avec elles-mêmes et courageuses dans leurs examens de conscience savent affronter leurs plus grandes peurs sans concessions ou leurs échecs sans se chercher d'excuses… Tu es de ceux-là, Red. Ces moments ont fait de toi l'homme que tu es aujourd'hui, mais ils ne doivent plus te définir. Tu as changé. Tu es meilleur. »

« Je ne suis plus l'homme que j'étais, c'est vrai, mais je ne suis certainement pas un homme meilleur, Lizzie, ni un homme bien tout court… »

« Suis-je la seule à lire entre les lignes, à voir à travers les apparences ? Ou est-ce un réflexe de te cacher derrière cet écran de fumée comme s'il s'agissait d'une seconde peau, tout ça pour te protéger ? Tu n'as pas à être ainsi avec moi, parce que je te connais et que jamais, jamais je n'utiliserai ça contre toi... »

Il déglutit, pris au piège. Elle sentit qu'il n'était pas prêt à abandonner et continua :

« … Je te connais et j'accepte ce que tu es… Il y a l'homme qui vit dans les ténèbres, qui a dû s'adapter pour sa survie en étant impitoyable, le poisson hideux, comme tu t'es toi-même défini… Et il y a aussi celui qui est merveilleux, attentionné et aimant, dédié à un idéal de justice, celui qui cherche son chemin vers la rédemption… C'est cet homme aux multiples visages que tu as voulu me montrer et dont je suis tombée amoureuse. C'est cette personnalité complexe et entière que j'ai décidé de pardonner… »

Elle lui secoua doucement la tête, comme si cela pouvait lui faire entrer un peu de plomb dans la cervelle.

« … Et je veux que tu te pardonnes… Si tu m'aimes, comme je crois que tu m'aimes, tu dois te pardonner… »

Son visage se tordit soudain. Il eut un hoquet désespéré et balbutia :

« Je ne peux pas… J'ai fait tellement… de mal autour de moi… tu ne comprends pas… »

Elizabeth le prit dans ses bras et le serra contre elle, en embrassant sa vulnérabilité. Il était tellement endommagé qu'il se croyait au-delà de toute réparation possible.

« Si, tu le peux… Il le faut, Red… Pour toi, pour nous, il le faut… »

« Je suis désolé, Lizzie… Je suis tellement désolé…

Red fut soudain secoué de violents spasmes, et Elizabeth comprit qu'il s'était mis à pleurer silencieusement. Les larmes lui montèrent aux yeux et elle résista à la tentation de les laisser couler… Elle devait être forte pour lui… pour eux deux, comme il l'avait été pour elle dans ses moments difficiles. Un besoin irrésistible de le protéger s'empara d'elle et elle s'y accrocha farouchement.

« Malgré tout ce qui s'est passé, je t'aime, Red… Je t'aime… Tu m'entends ? Je t'aime… »

Elizabeth le répéta jusqu'à ce qu'elle le convainque, lui insuffle la force de son amour, qu'elle l'inonde de lumière. Il avait vu juste dès leur première rencontre. Il avait besoin d'elle pour lui donner une seconde chance, et c'était exactement ce qu'elle allait faire. Il ne pouvait en être autrement, sinon c'en était fini d'eux.

Les sanglots de Red s'espacèrent peu à peu et il finit par se calmer. Après un dernier baiser, elle se recula et l'observa avec incertitude. Ses traits s'étaient creusés, ses yeux semblaient éteints. Il était ivre d'épuisement, comme s'il avait livré un combat contre lui-même.

« Viens… »

Sans un mot, elle entraîna Red qui la suivit docilement jusqu'à la chambre. Il se laissa faire avec indifférence quand elle commença à le déshabiller. Lentement, elle le débarrassa de ses vêtements, enleva les siens, puis vint se coucher à ses côtés, la poitrine calée contre son dos. Là, elle passa un bras protecteur autour de sa taille et de l'autre main, lui caressa doucement les cheveux en un geste hypnotique et rassurant. Avec le doux bercement du yacht, il finit par s'endormir.

Elizabeth garda les yeux ouverts et réfléchit. Elle essaya d'imaginer un Red plus jeune avec sa mère sans vraiment y parvenir. Cette pensée n'était pas dérangeante ou insupportable parce qu'elle ne se rappelait pas de Katarina Rostova. Sa mère était cette étrangère familière dont elle n'avait vu que le portrait en photo et qui restait finalement, très abstraite.

Etait-elle encore en vie ou bien avait-elle péri sous les balles du KGB ? Quand elle avait demandé à Red, il n'en avait plus été si sûr. La question qui revenait sans cesse dans son esprit finit par en amener d'autres. Se ressemblaient-elles réellement ? En quoi étaient-elles différentes ? Comment était-elle de caractère ? Avait-elle aimé Red ou simplement succombé devant sa séduction ? Elle était bien placée pour savoir que peu de femmes résistaient à son charme, même encore maintenant.

Elle observa la nuque et l'épaule puissante de l'homme endormi à ses côtés avec une nouvelle tendresse. Pendant l'espace de quelques minutes, cette vision lui donna un semblant de normalité. Elle s'imagina passer le reste de sa vie comme ça, allongée avec lui dans un lit rempli de couvertures, ou blottie étroitement contre lui sur un canapé en train de regarder l'un de ces vieux films romantiques qu'elle appréciait tant, pendant qu'il lisait avec de petites lunettes perchées sur le nez.

A cette idée, Elizabeth soupira avec un sourire. Ils avaient tant à faire ensemble. Se découvrir, se défier mutuellement, parler de leurs rêves, en bâtir de nouveaux, livrer des combats pour imposer leurs idées, se battre loyalement – ou pas – sans avoir peur de blesser l'autre émotionnellement. Elle se vit bien rester éveillée avec lui toute une nuit en discutant de tout et de n'importe quoi, en écoutant ses précieuses histoires ou tout simplement du jazz, ou se perdre avec lui dans les bois au cours d'une promenade automnale…

Etait-il le genre d'homme à offrir des fleurs ? A faire des cadeaux ? A laisser des petits mots sur le frigo pour la faire sourire, pour lui rappeler qu'il l'aimait ? A appeler sans arrêt, juste pour le plaisir d'entendre sa voix ? Attentionné comme il était, elle supposait que oui. Il y avait tant à découvrir avec lui. Sans doute qu'il la surprendrait…

Elle se savait aimée, désirée, suffisamment pour être en sécurité. Elle ferma finalement les yeux et s'endormit à son tour.

oooOOOooo

Elizabeth se réveilla la première et sortit du lit discrètement pour éviter de réveiller Red. Il ronflait doucement et n'avait pas bougé.

Il était bientôt l'heure du dîner et elle décida de prendre une douche. Ce soir, elle s'habillerait, se maquillerait et se parfumerait pour lui. Elle devait être parfaite. Elle voulait qu'il se sente aimer. L'eau qui coulait sur son corps sembla la laver de ses derniers soucis et elle s'attarda un peu encore, en appréciant la chaleur et la caresse du jet sur sa peau.

Lizzie ne l'entendit pas entrer dans la douche mais sentit tout à coup une présence dans son dos. Elle ne sursauta pas quand Red glissa ses mains sur ses hanches et sur son ventre, quand il déposa une série de petits baisers sur son épaule. Elle se contenta d'incliner la tête sur le côté en fermant les yeux pour lui permettre un meilleur accès à son cou. Il poursuivit ses tendres investigations jusqu'à atteindre un point précis sur lequel il s'acharna, quand il vit que cela la faisait violemment frissonner de plaisir. Elizabeth poussa un gémissement et se tortilla, le désir déjà chevillé au corps.

Immédiatement, Red se colla contre elle tandis que ses mains remontaient lentement vers sa poitrine, que ses doigts s'emparaient de ses mamelons qui durcirent. Lizzie sentit son érection contre ses fesses et avec un gémissement, rejeta la tête en arrière et se cambra davantage. Il eut un grondement en la sentant ainsi se presser contre lui. Il lui prit alors les lèvres et l'embrassa fiévreusement. Elizabeth se mit à gémir alors que le désir montait en elle à une vitesse vertigineuse,

Elle se retourna et le regarda enfin. Les pupilles de Red étaient dilatées et son visage couvert de gouttelettes d'eau n'exprimait que de l'adoration à l'état pure. Ses lèvres entrouvertes appelaient à des baisers sensuels. A voir sa réaction, elle devait renvoyer la même image, car il grogna en guise d'avertissement :

« Lizzie… »

Incapable de résister à son appel, elle l'embrassa avec possessivité. Leurs langues se mirent à danser ensemble, chacun essayant de prendre le contrôle de l'autre. Leurs baisers devinrent plus farouches, quand ils se mordillèrent les lèvres. Lizzie se laissa aller aux sensations qui déferlaient en elle, au torrent de lave qui coulait dans ses veines, à la boule de plaisir qui enflammait son bas-ventre.

Elle passa ses bras autour du cou de Red et glissa ses mains dans ses cheveux courts, caressa sa nuque, puis le haut de son dos. Elle s'agrippa à lui en sentant ses cicatrices sous ses doigts. Il émit un son guttural, presque primal, qui excita Elizabeth au plus haut point.

Tout à coup, il s'agenouilla devant elle et l'embrassa sur le pubis. Avec détermination, il souleva sa cuisse gauche et la posa sur son épaule droite. Elizabeth ne put s'empêcher de crier quand il inséra ensuite un doigt dans sa fente prodigieusement humide et quand il le fit glisser lentement entre son clitoris et son vagin. Il l'observa, fasciné par l'expression de plaisir inscrite sur son visage. Elle rejeta la tête en arrière et ferma les yeux en se mettant à gémir de plus belle, quand il la goutta enfin.

« Regardes-moi, Lizzie… Regardes-moi, ou j'arrête… »

Obéissante, elle baissa la tête et le dévisagea intensément. Son expression faciale était neutre, mais ses yeux – oh, ses yeux ! - brillaient d'un éclat dangereux, comme ceux d'un fauve guettant sa proie. Comme un écho à l'effet qu'il produisait en elle, elle émit un grognement de plaisir et haleta :

« S'il-te-plaît, Red… »

Elle passa la main sur sa nuque pour le faire revenir en place, mais il résista.

« Dis-moi d'abord ce que tu veux… » Gronda-t-il.

Elizabeth eut un long frisson devant sa voix qui avait baissé d'une octave.

« Je veux sentir… ta langue… sur moi. »

Les yeux intenses de Red s'enflammèrent. Il glissa sa langue entre ses lèvres. Elle écarta la jambe davantage pour lui donner un meilleur accès. Red s'acharna alors sur le petit bout de chair, tendu et gonflé de désir. Il lécha son clitoris avec ardeur, suça, titilla et Elizabeth crut défaillir. Elle ne parvint pas à retenir ses cris.

Jamais elle n'avait été très vocale avec Tom, comme si elle se retenait, mais avec Red, c'était impossible de ne pas s'exprimer. Il réveillait en elle quelque chose d'animal et de sombre, qui avait un besoin impérieux de sortir. Quand il glissa un second doigt dans son vagin et les fit bouger à l'intérieur, elle ondula, se cambra, incapable de ne pas bouger devant tant de plaisirs combinés.

« Red… je te veux… au fond de moi… maintenant ! » Dit-elle en haletant.

Les yeux brûlants d'un feu sauvage, Red se redressa et la poussa sans ménagement contre le mur, puis la souleva sans effort. Elizabeth passa ses jambes autour de sa taille et il se positionna à l'entrée de son vagin. Lentement, sans le quitter du regard, elle s'empala sur lui, alors que leurs deux gémissements de plaisir s'élevaient.

« Tu es à moi… » Lui dit-il d'une voix rauque.

Il l'embrassa avec passion et elle gémit sans retenue quand il la marqua à l'épaule. Elle grimaça, mais y trouva aussi du plaisir. L'idée d'être à lui, de porter son empreinte, lui était plaisante. Elle l'accueillit même avec fierté. En cet instant, après ce qu'ils avaient vécu, elle comprenait le besoin qu'il éprouvait de retrouver le contrôle de la situation.

« Oui… Je t'appartiens. »

Satisfait de sa réponse, il commença à aller et venir en elle, en s'arc-boutant pour bien la pénétrer profondément. Il ne tarda pas à accélérer le mouvement en respirant plus fort et en donnait de violents coups de reins.

Liz l'accueillit avec bonheur et lâcha prise littéralement et figurativement. Elle était totalement à sa merci et quand il commença à la pilonner en grognant, Liz l'encouragea encore plus. Elle n'était plus que sensations exacerbées, désirs qui montaient en une spirale ascendante et qui l'emmenait vers des sommets. Elle ne s'entendait déjà plus crier sa passion.

« Vas-y ! Oooh ! C'est trop bon ! Oui, Red ! Vas-y ! Encore !… »

Leurs désirs devenaient de plus en plus brûlants, de plus en plus pressants. Les grognements saccadés de Red attestèrent qu'il était proche lui aussi, mais il voulait la faire partir, la sentir tressaillir autour de lui, au plus profond d'elle-même.

Encore quelques coups de reins, et le miracle s'accomplit. Elizabeth partit dans un grand cri, le corps tendu en arrière, abandonnée au feu suprême qui la foudroya sans relâche. En la voyant ainsi, en sachant que c'était lui qui la comblait, en sentant son vagin l'enserrer comme un étau, il partit à son tour et l'inonda de sa semence en quelques mouvements erratiques de bassin.

Tout disparut autour d'eux. Il n'y avait plus que deux corps enlacés dans la même jouissance, la même satiété… Front contre front, ils haletaient, tremblaient, cherchaient à reprendre leurs souffles… Ce qu'ils venaient de partager était unique.

Incapable de bouger, Red rouvrit les yeux et se noya dans deux saphirs qui brillaient intensément. Lizzie resta un moment ainsi, à le savourer du regard, puis elle l'embrassa doucement. En souriant, il lui retourna son baiser, avant de la dévisager à nouveau.

« Tu vas bien ? »

« La situation pourrait être pire. » Red jeta un coup d'œil significatif entre leurs deux corps et leva un sourcil ironique. « Je ne vais pas me plaindre… »

Elle eut un sourire qui fit apparaître ses adorables fossettes. Red la trouva belle à couper le souffle.

« Je t'aime, Lizzie. »

« Je sais… »

Elle le regarda avec indulgence et une grande tendresse.

« … C'est bien la seule chose dont tu n'as jamais fait un mystère. »

A suivre…

Ils sont-y pas mignons tout plein tous les deux ?

J'ai décidé de ne pas prendre le chemin de la facilité sur cette fic (ce qui va encore réserver des surprises), donc Red a été l'amant de Katarina Rostova avec des conséquences catastrophiques… Encore une nouvelle théorie sur la nuit de l'incendie avec le risque de ne pas me faire que des amies, mais bon, on est là pour expérimenter... On ignore encore à l'heure actuelle si c'est le cas dans la série. Ici, je leur laisse une porte de sortie.

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