Disclaimer:

Aucun des personnages présents dans cette fanfiction, ni l'univers dans lequel ils évoluent, ne m'appartiennent. Le mérite de leur création revient à Mathieu Sommet, avec son émission Salut Les Geeks. De même, la réalisation de cette fiction n'a pas de but lucratif.

Trigger Warning: Attention, ce chapitre contient une scène de smut, plus précisément de Frottage.

Voici donc enfin le tant attendu chapitre de lemon! Le premier d'une longue liste, ça ne fait que commencer. ;)

Un grand grand merci à La Succube qui a passé un temps fou avec moi à corriger ce *%§ £$ de chapitre, que j'avais écrit en une semaine et où cela s'est fortement ressenti lors de nos longues sessions de correction. Vous n'en avez peut être pas l'impression mais au vu de mon emploi du temps j'ai battu un record de rapidité. ...Je ne le ferais plus jamais autant vous prévenir.

J'espère que ce chapitre vous plaira, je vous souhaite à tous une bonne lecture! ;)


Chapitre 11 : Ça commence à faire long...

*bip bip bip*

Mathieu se sentit émerger lentement, en entendant le bruit caractéristique d'un thermomètre ayant achevé son office. Il ne se demanda pas pourquoi ce son retentissait en ce moment dans sa chambre. Son esprit était engourdi de fatigue, et sa tête, à la fois lourde et légère, semblait comme embrumée, l'empêchant de porter attention à ce qui l'entourait. Tout ce qu'il souhaitait, c'était que le bruit strident s'arrête pour pouvoir se rendormir.

Un courant d'air frais s'engouffra sous la couverture alors qu'elle était soulevée et qu'une main froide se glissait dans la manche de son t-shirt. Sous le contact glacé, il ne put retenir un gémissement de protestation, tandis qu'un frisson le parcourait tout entier. Il avait si froid... Paradoxalement, il sentait que son visage était brûlant, et il se rendit compte qu'il avait de la fièvre. Une voix inquiète s'éleva :

« Mathieu ? »

Le podcasteur fronça les sourcils, tandis que les rouages de son cerveau se remettaient à tourner péniblement. Cette voix... Le jeune schizophrène entrouvrit les yeux, un peu ébloui par la lumière, et son regard se posa sur une silhouette floue vêtue de blanc. Il laissa sa vision s'accommoder lentement, jusqu'à obtenir une image nette de la personnalité à son chevet, et la surprise parvint presque à percer le brouillard qui l'enveloppait.

Que faisait donc le Prof, assis en face de lui dans sa chambre ?

Son esprit ensommeillé refusait de le laisser se poser les milles questions que cette apparition n'aurait pas manqué de faire émerger autrement, tandis que son corps faible et engourdi ne l'autorisait pas à se redresser. Il se contenta donc de s'imprégner de la vue du scientifique qu'il avait assez durement renvoyé. Ce dernier lui sourit gentiment.

« 39°C, voilà certes une amélioration appréciable. Mais rendors toi donc, ton corps a encore besoin de repos. »

Mathieu ferma un instant ses paupières lourdes et brûlantes, avant de les rouvrir sur le spectacle saisissant de l'homme de science en train de lui sourire. Les mots du Prof prirent progressivement du sens, et il força ses lèvres à bouger.

« Prof... »

Sa voix rauque lui fit une drôle d'impression et il se racla la gorge. Remarquant qu'il avait toute l'attention du scientifique, il prit une inspiration.

« Qu'est ce que tu fais là ?... »

L'homme à la blouse blanche eut un brusque mouvement de recul, comme sous l'effet d'une gifle. L'instant d'après, le Prof avait retrouvé contenance, et son sourire s'était envolé. Sa voix reprit son habituel ton cassant.

« Le Geek m'a appelé il y a quelques heures pour me dire que tu étais malade. Il a requis ma présence en ces lieux. Un problème à cela ? »

La dernière phrase avait été prononcée avec défi, et le scientifique le regardait la tête haute. Mathieu eut un petit pincement au cœur devant le changement d'attitude de sa personnalité. Son cerveau recommençait à fonctionner à peu près normalement, et il réfléchit intensément à une réponse qui ne braquerait pas encore plus l'homme en face de lui. Lentement, il s'expliqua, un peu gêné :

« Non, pas du tout... Mais, je me demandais, enfin... J'avoue que, je suis un peu surpris... Après tout, nos derniers échanges n'ont pas été des plus... chaleureux... Enfin... »

Il jeta un œil à l'homme de science. Ce dernier s'était un peu détendu à ces paroles, et haussant les sourcils d'un air dédaigneux, il répliqua de sa voix pincée :

« Je n'allais pas laisser le Geek développer un ulcère gastrique à cause de toi. Je ne suis pas insensible à ce point. »

Mathieu rit faiblement, et un fantôme de sourire effleura les lèvres du scientifique. À présent bien réveillé, le podcasteur se demanda comment il en était arrivé là. Il tenta à nouveau de se redresser, mais il parvint à peine à soulever sa tête, avant de s'affaler pitoyablement. Son corps avait perdu toute sa force. Poussant un soupir vaguement agacé, il maugréa dans sa barbe :

« Qu'est ce que j'ai encore foutu pour être dans cet état là ? »

Le regard perçant du Prof rencontra le sien, et sa réponse fusa avec acidité :

« Comme toujours, Mathieu, tu oublies que tu n'es qu'un mammifère et que ton corps a besoin de sommeil pour pouvoir fonctionner. Est ce que cette émission est plus importante que ta santé ? Qu'un épisode soit posté un ou deux jours plus tard que prévu, est ce un tel drame ? »

« OH PUTAIN L'ÉPISODE ! »

Mathieu essaya de se relever brusquement et parvint presque à s'asseoir avant de s'écrouler à nouveau, complètement flasque. Le sang lui monta à la tête tandis que sa chambre se mit à tourner autour de lui. Bordel.

Dirigeant son regard vers sa personnalité la plus sérieuse, il lui demanda d'un ton paniqué :

« Prof ! Ramène mon pc ici s'il te plaît j'ai oublié de programmer la publication de l'épisode sur Youtube ! Il doit sortir aujourd'hui à dix huit heures ! Il est quelle heure ? »

Il parvint à projeter son bras vers sa table de chevet et à s'emparer de son téléphone portable. Quinze heure. Il soupira de soulagement.

« Bon ça va, j'ai encore le temps, il est déjà chargé y'a plus qu'à programmer... Faut que je prévienne les fans... Prof ? »

Remarquant le soudain silence, il dirigea son regard sur l'homme de science. Ce dernier semblait sur le point d'exploser. Les dents serrées, les poings crispés et le regard dangereusement sombre, il faisait un peu peur au podcasteur, qui se demanda avec inquiétude s'il devrait appeler à l'aide. Le scientifique n'était pas quelqu'un de violent mais à l'instant, il ne l'aurait pas juré. Quelques interminables secondes de silence passèrent. Puis d'un ton étrangement calme, l'homme à la blouse blanche prit la parole :

« C'est donc si important que ça pour toi ? »

Avant que Mathieu ne puisse envisager la moindre réponse, le Prof se leva et se dirigea vers la porte. Il lança par dessus son épaule :

« Si tu veux ton pc, repose toi et va le chercher toi même, quand tu iras mieux. Oh, et au fait. »

Il se retourna vers le podcasteur, la main sur la poignée de porte.

« Je vais rester quelques jours, le temps de m'assurer que tu te rétablis correctement. J'installerai mes affaires dans la chambre de la Fille, puisque de ce que j'ai pu voir tu as jugé nécessaire d'attribuer mon ancienne chambre à cet animal de cirque que tu appelles « Maître Panda ». »

Sur ce, il ouvrit la porte, derrière laquelle apparut la Fille avec un bol d'où s'échappait un nuage de vapeur. Elle regarda l'homme à la blouse blanche partir à grands pas dans le couloir avec des yeux ronds, avant de se tourner de nouveau vers son créateur. Avec un petit sourire, elle annonça joyeusement :

« J'ai préparé à manger ! »

Un podcasteur estomaqué lui répondit d'un lent hochement de tête. La jeune femme entra alors dans sa chambre sans plus de cérémonie. Jetant encore un coup d'œil en direction de la porte, elle fronça les sourcils en marmonnant :

« Qu'est ce qu'il a encore celui là... »

La blonde vint s'asseoir sur la chaise qui avait été installée au chevet du malade. Une odeur agréable parvint aux narines du podcasteur, qui commença à lorgner le bol qui se trouvait entre les mains de sa personnalité féminine. Cela n'échappa pas à la Fille qui lui adressa un petit sourire victorieux.

« Je t'ai préparé un bouillon de riz. C'est facile à digérer. Tu veux manger maintenant ? »

La jeune femme à la force surprenante l'aida à s'asseoir dans son lit, avant de lui tendre le repas aux allures peu ragoutantes, mais à l'odeur alléchante. Mathieu mourrait de faim, et s'il n'avait pas toujours confiance dans les essais culinaires de la blonde, celui ci était prometteur. Et de toute façon il avait trop faim. Il saisit la grande cuillère et prit une pleine bouchée du plat, qui s'avéra délicieux.

Il continua de manger avec enthousiasme, sous le regard de sa personnalité visiblement pas peu fière de son succès. Son repas achevé, il poussa un soupir de contentement, déposant le bol sur sa table de chevet. Puis il regarda la jeune femme, qui semblait perdue dans ses pensées. Le podcasteur s'adressa à elle.

« La Fille ? Merci pour le repas. »

« Hmmm ? Oh de rien mon chou. J'étais contente d'avoir un prétexte pour venir vous voir. »

La Fille lui fit un clin d'œil et Mathieu sourit, un peu gêné de s'être fait appelé « mon chou » par la femme barbue.

Les premiers temps de son renvoi, la Fille n'avait plus donné signe de vie. Plus tard, il avait appris qu'elle lui en avait énormément voulu de l'avoir sèchement renvoyée de l'émission et de l'appartement. Puis elle et le Prof s'étaient trouvés un nouveau logement et elle avait démarré sa propre chaîne Youtube de conseils beauté, qui étonnamment, avait très bien fonctionné.

Depuis, sa joie avait été telle qu'elle avait tiré un trait sur le passé, et qu'elle était revenue le voir, souriante, demandant des nouvelles de tout le monde, avant de se vanter abondamment de son propre projet. Cela avait soulagé le podcasteur, qui s'était montré volontairement dur lors du renvoi de ses personnalités pour qu'elles puissent plus facilement se détacher de lui et changer de vie. Et cela avait fonctionné. Du moins, c'était ce qu'il croyait...

Une expression soucieuse sur le visage, il interrogea la Fille.

« T'as une idée de ce qu'a le Prof ? Il était pas comme d'habitude... »

La jeune femme plissa les yeux.

« … Je sais pas trop Mathieu. Ça fait quelques temps qu'il est de plus en plus renfermé... Tu sais, il a beau faire comme si son incroyable cerveau rempli de science infuse était au dessus des sentiments et des émotions, s'il y a bien une chose que j'ai appris en vivant avec lui, c'est qu'il est loin d'être l'homme insensible pour lequel il se fait passer. Et même s'il n'en parle jamais, je sais que l'émission lui manque beaucoup. »

La Fille se mit à sourire.

« Tu aurais vu sa tête quand tu lui as proposé de participer au dernier épisode ! »

Mathieu détourna le regard. Il n'avait pas trop réfléchi cette fois là en appelant le Prof sur son portable. Il s'était juste dit qu'une petite intervention serait sympa et ferait plaisir aux fans. Le scientifique n'avait pas vraiment agi différemment avec lui depuis son renvoi, si ce n'était son attitude froide et distante... Enfin, jusqu'à tout à l'heure. Il avait entraperçu une nouvelle facette de l'homme de science. Et il commençait à se demander s'il n'était pas le plus touché des deux personnalités finalement.

Il repensa à ce que lui avait dit le scientifique. Il comptait rester quelques jours à l'appartement ? Il n'était pas sûr de devoir autoriser cela. Et en même temps, le comportement de sa personnalité l'intriguait.

Poussant un soupir, il décida de le laisser faire... pour le moment. Quelque chose de plus pressant nécessitait son attention. Il apostropha de nouveau la Fille :

« Eh, je peux te demander un service ? Tu pourrais me ramener mon PC ? »


« Écoute gros, tu te plains que le Patron te parle plus comme avant, mais si tu l'évites, y'a aucun moyen que les choses s'arrangent ! »

Maître Panda serra les dents. Des volutes de fumées flottaient au dessus de leur tête, irritant son sensible odorat. Le bordel permanent qui constituait la chambre du camé l'exaspérait, et surtout, il ne supportait plus ces faux airs de sagesse que le Hippie se donnait. Qu'est ce qu'il y connaissait après tout ? Il passait sont temps à fuir dans la drogue ! Se rencognant contre un pouf avachi, il répliqua :

« Je ne me plains pas ! Je n'ai jamais été aussi tranquille que depuis qu'il me traite comme... Comme si je n'existais pas, mais c'est frustrant ! »

Le Hippie lui adressa un gentil sourire, et d'une voix douce, il répondit :

« C'est bien ce que je dis, gros, ça te plaît pas que le boss soit comme ça avec toi ! Mais pour que ça change, il faut aller le voir. »

L'animal poussa un soupir tendu. Il comprenait le raisonnement du camé, mais il ne pouvait pas suivre les conseils qu'il lui donnait. Encore moins lui expliquer pourquoi. Et plus ce dernier insistait, plus il sentait la pression monter en lui, comme la vapeur brûlante d'un auto-cuiseur. Il essaya de sauver cette discussion qui avait pourtant étonnamment bien commencé. Ignorant le nuage de fumée acre qui venait agacer ses narines, il marmonna sombrement :

« Ça ne changera rien... Comment va Capsule de Bière au fait ? »

L'homme de Babylone répliqua d'un ton malicieux :

« Très bien... Lui n'a rien à régler avec le criminel de cet appart ! Et qu'est ce qui te dit qu'en parler avec lui ne changerait rien ? T'en sauras rien tant que t'essaieras pas gros ! »

L'ursidé se releva subitement. Il craquait. Jetant un regard noir au camé, il s'insurgea :

« Arrête de me répéter la même chose à tout bout de champs ! J'en ai rien à faire de cet enfoiré de criminel ! Je suis très bien comme ça ! »

Le sourire du pacifiste s'évanouit, tandis qu'un air inquiet vint le remplacer. L'atmosphère était tendue. Pas du côté de l'homme au bob, qui s'en faisait pour son ami, mais l'animal, lui, semblait sur le point d'exploser. Au bout de quelques secondes d'un silence pesant, le Hippie tenta d'une petite voix :

« Tu sais gros, tu dis toujours que tout va bien mais... Sincèrement, ça a pas l'air. Tu voudrais pas... »

Lui coupant la parole, le panda furieux cracha avec venin :

« J'ai pas l'air d'aller bien ? Et toi, tu crois que t'as l'air d'aller bien peut-être quand tu passes tes journées à planer ? T'as un putain de problème d'addiction, tu crois vraiment que tu peux me faire la morale ? »

Maître Panda sut à l'instant où ils quittaient ses lèvres qu'il allait regretter ses mots durs. Pourtant, face au regard blessé du camé, il ne prit pas la peine de s'excuser, et il sortit rapidement de la pièce. Il descendit l'escalier en trombe, et se mit à faire les cent pas dans le salon de l'appartement. Il bouillait de l'intérieur, et avait besoin d'extérioriser toute la nervosité qui s'était insidieusement accumulée lors de la discussion qui venait de prendre fin.

Ça avait pourtant bien commencé. L'animal avait été ravi de retrouver un Hippie en pleine possession de ses capacités, soulagé même, de sortir un instant de l'enfer dans lequel il s'était enfermé durant les trois derniers jours. Il s'était plaints du Prof, qui habitait avec eux depuis que Mathieu était tombé malade, et bien que ce dernier semblait aller beaucoup mieux, le scientifique ne paraissait pas sur le point de repartir dans son propre appartement. Au grand dam de l'animal, qui ne pouvait même plus profiter en paix du temps où le criminel était sorti. L'homme à la blouse blanche lui lançait pique sur pique, et l'ursidé craignait d'en venir un jour aux mains. Puis il avait abordé la question de l'homme au costard noir, deuxième personnalité qu'il évitait à tout prix, tout en se plaignant que celui-ci l'ignorait.

Puis le ton était monté. Et il s'était défoulé sur le pauvre drogué.

L'animal s'arrêta. Progressivement, un sentiment de honte vint remplacer la frénésie qui l'habitait. La pression redescendit. Finalement, le chanteur s'avança à pas lents vers le canapé, avant de s'y laisser tomber mollement. Saisissant son visage entre ses mains, il s'interrogea. Mais qu'était-il donc en train de faire ? Pourquoi s'en prenait-il à son seul véritable ami ? Il aurait pourtant aimé lui expliquer...

Mais il ne pouvait pas admettre que plusieurs nuit d'affilées, dès que ses yeux se fermaient, les images érotiques du corps du Patron s'imposaient à lui.

Il ne pouvait pas avouer que les nuits blanches s'enchaînaient à cause de cette tension sexuelle qui montait sans cesse, et qu'il n'osait pas soulager, de peur de faire grandir le désir tabou qu'il ressentait envers l'homme en noir.

Il ne pouvait pas lui dire que s'il allait voir le criminel, il avait peur d'être celui qui ferait le premier pas.

L'animal sentit le sang battre à ses tempes tandis que des images du délinquant sexuel s'imposaient de nouveau à son esprit, et il secoua la tête, les dents serrées.

Ce qui l'avait convaincu d'éviter le Patron en premier lieu, était sa réaction trois jours plus tôt, lorsque ne supportant plus l'attitude plus que frustrante de ce dernier, il s'était emporté contre lui, laissant entendre qu'il regrettait le harcèlement auquel il était auparavant exposé. …Ce qui n'était, bien entendu, pas vrai. L'ursidé ne souhaitait pas perdre le contrôle de lui-même au profit de ses pulsions animales.

Cependant, il devait bien se l'avouer, il serait bien plus simple pour lui de se laisser emporter par ce tourbillon qu'était le criminel et de pouvoir mettre sur le dos de l'homme en noir la responsabilité d'une telle perte de contrôle.

Alors pourquoi.

Oui, pourquoi, à présent que son corps et ses instincts se rebellaient contre ses principes de vie, pourquoi, maintenant qu'il serait si simple pour ce sale pervers de l'entraîner dans la pente obscure du sexe récréatif, POURQUOI ne faisait-il rien ?

L'abattement le saisit, et il poussa un soupir frustré. Une voix hautaine le fit sursauter :

« Le soupir est une manifestation de fatigue ou de stress, alors comment se fait-il que quelqu'un d'aussi inactif en produise ? À moins que l'oisiveté représente déjà un trop grand effort pour quelqu'un qui passe sa vie habillé en pyjama ? »

L'animal se retourna vivement et observa d'un œil noir l'homme de science traverser le salon en direction de l'escalier. Il ouvrit la bouche, des mots acides sur le bout de la langue, mais finit par les ravaler avec difficulté, en même temps que sa colère.

Comme toujours, le Prof lui balançait une pique en guise de bonjour, sans daigner abaisser son regard sur son interlocuteur, puis vaquait à ses occupations comme si de rien n'était. Les premières fois, l'ursidé avait essayé d'engager un dialogue, mais le scientifique retournait toutes ses paroles contre lui, amenant la conversation à se transformer en engueulade. Au final, ce qui marchait encore le mieux, c'était de l'ignorer. Ne souhaitant pas engager une nouvelle dispute dans la même demi heure, le panda se contenta donc de fusiller l'homme à la blouse blanche du regard le temps que ce dernier monte en direction de sa chambre, encaissant amèrement l'insulte.

Une fois le dernier pan de la blouse blanche hors de vue, le chanteur sentit la tension de ses épaules se relâcher. Se pelotonnant dans le coin de canapé qu'il occupait, il enlaça ses jambes de ses bras et posa son front sur ses genoux. Il se sentait mal. Frustré, épuisé, énervé, déprimé... Il était à la fois à fleur de peau et complètement vanné, et ses sautes d'humeur ne faisaient qu'aggraver son mal-être.

La tête vide de toute pensée, il n'avait même plus la force de s'indigner contre son prédécesseur. À quoi bon après tout ? Rien de ce qu'il essayait ne marchait. Il valait mieux tout garder en lui, et laisser passer l'orage...

L'épuisement le submergea. Tout cela le dépassait. Il ne savait plus quoi faire à part s'enfermer seul dans sa chambre pour éviter les tensions. Et seul dans sa chambre, il tournait en rond tel un lion en cage. C'était sans issue. Quoi qu'il fasse, il était mal...

Ressassant ces pensées négatives, encore et encore, il finit par s'endormir, prostré sur la surface matelassée du canapé.


Le Patron glissa un doigt le long de la nuque d'un Maître Panda complètement endormi. L'animal, roulé en boule, la tête ayant glissé sur le côté, ne réagit pas. Qu'il est mignon, se dit le criminel avec un sourire pervers. Quel dommage que son plan l'empêche de profiter de la situation. Vraiment, un sacré gâchis. Mais bon, si cela lui permettait de faire tomber un panda consentant dans ses filets... Il n'était plus à une journée près. De toute façon, si son plan ne fonctionnait pas aujourd'hui, il laissait tomber et il violait la boule de poil. Non mais, fallait pas déconner non plus ! Il voulait bien se mettre au défi de temps en temps, mais là, il n'en pouvait plus. Se forcer à être gentil comme ça, ça allait bien un moment.

Une dernière fois donc, le criminel s'astreignit à faire preuve de patience et de retenue. Mais son plan allait fonctionner, c'était certain. L'homme en noir alla s'installer à côté de l'ursidé, sans manquer de reluquer les courbes mises en valeur par la position de son corps. Cela lui fit penser à une technique particulière de bondage, et des images du chanteur attaché, son kigurumi déchiré par endroits, se mirent à défiler dans son crâne sans qu'il puisse les arrêter. Un gémissement de l'animal endormi acheva de l'exciter et il contempla le développement rapide d'une bosse sur le devant de son pantalon. Allons bon... Voilà qui risquait de mettre en péril son projet...

Il s'efforça de penser à quelque chose de déplaisant, mais son esprit dépravé parvenait sans peine à tout détourner de façon sexy. Fichtre.

Un mouvement à sa gauche le sortit de ses pensées et une décharge d'adrénaline le parcourut. Toute son attention se focalisa sur la peluche à ses côtés en train de se réveiller, sa tête se redressant tout doucement, et ses petits yeux s'ouvrant avec difficulté. Oubliant son souci, le criminel sourit. Il était temps de mettre son plan à exécution.

S'installant contre le canapé, déployant ses bras le long du dossier et déposant l'une de ses jambes sur son genou dans une attitude décontractée, il se mit à regarder droit devant lui avec un sourire en coin. D'une voix rauque et posée, il lança négligemment.

« Alors, bien dormi gamin ? »

Maître Panda sursauta violemment à ces paroles. Se tournant vers l'homme en noir, un air paniqué sur le visage, il commença à se redresser, mais le criminel le retint par le bras, sans quitter sa position.

« Attends, faut qu'on parle tous les deux. Reste. »

Avec force, il ramena l'animal sur le canapé. Ce dernier le regardait d'un air terrifié. Ceci surprit un peu le criminel, qui daigna tourner légèrement la tête vers son compagnon et le rassura d'un ton doux :

« Fais pas cette tête... J'ai dit 'parler', pas 'violer, tuer, puis jeter dans une gouttière' »

Sa petite blague fut récompensée par le rire bref de son interlocuteur, qui sembla se détendre un tout petit peu. Sérieux, l'animal pensait encore après tout le cinéma qu'il lui avait servi qu'il voulait lui faire du mal ? Peut-être qu'un petit éclaircissement était de mise. Détournant de nouveau la tête, il continua :

« Tu sais... J'ai conscience que j'ai pas vraiment été un chic type avec toi les premiers temps. On peut pas dire qu'alcooliser quelqu'un pour pouvoir profiter de lui soit la meilleure technique d'accueil de tous les temps... »

Il aperçut du coin de l'œil un petit sourire effleurer le temps d'un souffle le visage de son interlocuteur.

« … Et on peut pas dire que je me sois vraiment rattrapé après, mais... Faut que tu saches... Je te veux aucun mal. »

Cette fois, il regarda le panda à ses côtés droit dans les yeux. Ce dernier baissa la tête, la mine sombre. Le Patron lui redressa doucement le menton du doigt.

« J'ai essayé ces derniers temps de me... Racheter. D'arrêter d'être la brute épaisse que j'ai pas cessé d'être avec toi. Je voulais que tu sois heureux. »

Il laissa retomber sa main.

« Mais t'as pas l'air heureux, pas vrai ? »

Il arrêta vivement le début de protestation de l'animal en posant un doigt sur ses lèvres.

« Shhhhh... Inutile de nier. Tu crois que j'avais pas vu les cernes sous tes jolis yeux ? Tu crois que j'avais pas remarqué que tu mangeais rien le soir, et que tu passais tout ton temps enfermé dans ta chambre ? Tu crois que j'ai pas été fichu de capter que ça allait pas ? Merde Panda, tu t'es même endormi en pleine journée sur ce canapé, roulé en boule comme un chaton perdu. Alors s'il te plaît, garde tes conneries pour quelqu'un d'autre. »

Prenant l'expression la plus sérieuse et dramatique qu'il soit capable d'adopter, l'homme en noir acheva :

« Je m'inquiète pour toi gamin. »

Le Patron contempla son œuvre. Le chanteur semblait stupéfait. Puis, le rouge lui montant aux joues, l'animal détourna les yeux, l'air malheureux. Le criminel du faire preuve d'une retenue immense pour s'empêcher de s'emparer du panda sur le champs. Avec ses épaules baissées, ses yeux tristes et ses lèvres légèrement tremblantes, il était sublime. Son instinct de prédateur lui hurlait de n'en faire qu'une bouchée, mais il l'ignora.

L'homme en noir finit par briser le silence, d'une voix la plus douce possible :

« Qu'est ce qui t'arrive gamin ? C'est le Prof, c'est ça ? Cet enfoiré est pas foutu de comprendre que t'y es pour rien si Mathieu t'as choisi pour le remplacer ? »

Soudain, le maître redressa la tête, un air furieux sur le visage. Sa voix claire et brûlante de colère résonna dans l'appartement :

« Pourquoi tu fais ça ? »

Le temps s'arrêta. Le Patron regarda sans comprendre sa proie réagir de façon complètement imprévue. L'ursidé était en colère... Contre lui ?

L'animal éleva la voix :

« Qu'est ce que tu cherches à faire ? Pourquoi t'es aussi distant avec moi ? »

Distant ? Comment l'ursidé pouvait penser un truc pareil ? Il venait d'être super 'romantique' là non ? Il devrait plutôt se demander pourquoi il cherchait tant à se rapprocher ! Il répliqua d'une voix ferme :

« Je suis pas distant. »

« Si tu l'es ! »

La voix du panda se brisa sur ces mots, et le Patron vit avec stupeur les prunelles de l'animal se remplir de larmes. Le criminel était perdu. Brusquement, le chanteur essuya ses yeux avec rage et se leva :

« Si je ne t'intéresse plus, aie au moins les couilles de me le dire en face ! Plutôt que de me traiter comme ton pote ! J'en ai marre de ta sollicitude, de ta façon de me traiter différemment des autres ! Tu avais dit que tu me ferais tien ! »

L'animal reprenait sa respiration, rouge d'avoir crié. Le criminel n'en croyait pas ses oreilles. Maître Panda. LE Maître Panda. La fière boule de poils, la peluche coincée, venait de lui reprocher de ne pas tenir ses promesses décadentes. Son esprit entra en ébullition face aux multiples possibilités que lui offrait cette nouvelle situation.

Aussitôt, il reprit les choses en main. Se levant à son tour, il toisa le chanteur.

« Eh bien, p'tet que j'aurais pas eu besoin d'en arriver là si t'avais été sincère envers toi-même dès le départ. »

L'ursidé le contempla les yeux ronds. Il ouvrit la bouche à plusieurs reprises, avant de parvenir à articuler :

« Tu. Tu en as fait. Exprès ? »

Le Patron lui offrit un sourire condescendant et se rapprocha tranquillement de sa proie.

« Tu sais, moi aussi j'en ai marre, gamin. Marre que tu me fasses passer pour le méchant de l'histoire. Marre que tu fasses semblant que je ne t'attire pas. Marre d'être traité comme un criminel, quand on sait tous les deux que tu meures d'envie qu'on baise sauvagement là, maintenant, tout de suite. »

L'homme en noir avait baissé la voix, avançant vers l'ursidé qui semblait comme hypnotisé. Il avait prononcé la dernière phrase d'un timbre rauque et sourd dans le creux de l'oreille de l'animal, qui fut parcouru d'un long frisson. Le criminel exultait intérieurement, il avait visé juste ! Posant légèrement ses mains sur les hanches pelucheuses, il murmura de sa voix caverneuse :

« Tu en as envie n'est ce pas ? Dis le. »

Maître Panda recula, le regardant de ses grands yeux effrayés. Effrayés, mais aussi, en y regardant de plus près, brillants de désir. Le criminel avança de nouveau, jusqu'à coincer sa proie contre un mur.

L'animal tremblait contre lui, la respiration courte, et le visage brûlant. La tension grimpait dangereusement. L'homme en noir effleura de ses lèvres le cou du panda, remontant vers son oreille, où il souffla à nouveau :

« Dis le. »

L'animal gémit, détournant la tête, et essayant de se dégager faiblement de son emprise. Le criminel le plaqua de tout son corps contre la surface dure et froide. Ce faisant leurs corps entrèrent en contact, et à travers son jean et le kigurumi de son vis à vis, il sentit le sexe gonflé et dur du chanteur. Le Patron lâcha un grognement appréciateur, savourant la chaleur que leur promiscuité engendrait. C'était comme si la barrière de leurs vêtement s'était évanouie, laissant leurs peaux brûlantes se rencontrer. Il laissa son bassin onduler contre celui du panda, sentant la friction du textile qui l'enserrait stimuler agréablement son membre en érection. Il déplaça ses mains et se mit à malaxer les fesses rebondies de l'ursidé au même rythme lent et langoureux qu'avaient naturellement adopté ses hanches. Il mordilla le lobe de l'oreille de l'animal, qui poussa un soupir tremblant de désir. L'homme en noir grogna d'un ton pressant.

« Dis le ! »

Le pauvre panda poussa un gémissement pitoyable, ses hanches suivant contre son gré le mouvement imposé par le prédateur, son corps brûlant parcouru de frissons. Le chanteur déglutit et commença d'une voix hésitante.

« Je... »

Il s'étrangla sur ce mot unique. Mais le Patron n'en avait pas fini avec lui. Il était bien décidé à soutirer l'aveu de l'animal. Il appuya plus fortement son sexe contre celui de l'ursidé, engendrant un frottement agréablement douloureux qui arracha un râle de plaisir au panda.

Les mains du criminel remontèrent le long du corps frissonnant, pour venir taquiner les tétons du chanteur. Ce dernier perdait le contrôle, sa respiration lourde et les yeux voilés de désir. L'homme en noir sentit les mains de l'animal agripper le dos de sa veste et le tirer contre lui, accentuant les frottements de leurs bassins.

Le Patron s'immobilisa. Il croisa le regard perdu de sa proie, qui continua le temps de deux ou trois mouvements de faire se rencontrer leurs verges à travers leurs vêtements tendus. Puis il s'arrêta à son tour, produisant un gémissement frustré. Le criminel rapprocha son visage de celui du panda, jusqu'à ce que son souffle caresse ses lèvres tremblantes. D'une voix vibrante de désir, il exigea :

« Dis le ! »

Entre index et pouces, il fit doucement rouler les tétons de l'animal, qui poussa un cri de plaisir, au sommet de l'excitation. Son souffle était saccadé, et il bredouilla d'un ton suppliant :

« Ah... Pa-Patron... S'il te plaît... J'en peux plus... Je veux... Je veux plus... »

Le criminel poussa un grondement appréciateur. Il reprit le mouvement de ses hanches.

« Vas-y gamin. Dis le... Dis moi ce que tu veux. »

L'homme au kigurumi haletait. Il reprit entre deux gémissements :

« Hnnngh... Patroooon... Ooooh... S'il te plaît... plus... J'ai envie de toi... hmmmm ! »

Le Patron s'était emparé des lèvres du panda au moment où les mots tant attendus avaient franchi leur seuil. Saisissant les fesses de l'ursidé, il avait accéléré ses mouvements, les frottements brûlants faisant grimper dangereusement la pression. Rompant le baiser, le chanteur enfouit son visage dans l'épaule de l'homme en noir, étouffant ses cris contre la veste de son amant. La tête de ce dernier se mit à tourner agréablement, tandis que sa vision devenait floue. Leurs mouvements devinrent saccadés, leurs souffles s'unirent, puis dans une dernière ligne droite, leurs bouches se rencontrèrent à nouveau, leurs langues s'emmêlèrent. Le plaisir brûlant explosa, intense, aveuglant pendant quelques secondes les deux hommes. Le criminel sentit les dents de l'animal se planter férocement dans sa lèvre inférieure et il gronda, tandis que son sexe se déchargeait à même son pantalon.

L'ursidé glissa contre le mur jusqu'au sol, entraînant l'homme en noir à sa suite, qui posa son front contre celui de son amant. Le souffle court, tout deux se remettaient doucement de leur orgasme. La sombre personnalité finit par se dégager de l'emprise du chanteur, qui était resté agrippé à sa veste, et s'installa à ses côtés contre le mur froid.

Un sourire commença à fleurir sur les lèvres du Patron. Il avait réussi. Il avait fait avouer au Panda son désir, et ils venaient de jouir ! Il contempla orgueilleusement son partenaire, et son sourire s'effaça. Le chanteur portait sur son visage une expression effarée.

L'animal se releva brusquement, pâle comme un linge, et s'enfuit sans demander son reste en direction de l'escalier, qu'il grimpa quatre à quatre. Une porte se referma violemment, puis le silence revint.

À son tour, le Patron se releva, puis s'épousseta. Peu importe. Il avait gagné. Son visage se fendit de nouveau d'un grand sourire. Il avait gagné ! Sifflotant, il se dirigea d'un pas chaloupé vers l'escalier. Il avait besoin de se changer. Ensuite, il irait partager la nouvelle avec sa complice. Car oui, ça y est, il s'était fait le panda !


Maître Panda claqua la porte de sa chambre derrière lui, et s'adossa contre elle, le souffle court.

Lentement, il se laissa glisser au sol, le regard perdu dans le vide.

Il n'arrivait pas à le croire. Il l'avait fait. Avec le Patron. Il ne savait pas quoi exactement, mais il l'avait fait.

Il se revit en train de se coller contre le criminel, son sexe en érection se frottant à celui de l'homme en noir, les grondements appréciateurs de celui ci, sa voix dans son oreille : « dis le. »

Il sentit son visage s'enflammer. Oui. Il l'avait dit. Il avait dit au Patron qu'il le désirait, qu'il voulait faire ce genre de choses avec lui.

La pièce se mit à tourner violemment autour de lui, tandis que tout son corps s'embrasait de honte. Il ramena ses genoux contre son torse et plongea la tête dedans. Qu'allait-t-il faire ? Il ne pourrait plus nier avoir ce genre de désir envers le criminel.

Il resserra ses jambes contre lui et quelque chose de mouillé le fit sursauter. C'était chaud et gluant. Il se rendit alors compte avec horreur qu'il avait joui dans son kigurumi. Son précieux vêtement. Son âme de panda. Rouge de colère et de honte, il s'apprêtait à se lever pour rejoindre la salle de bain quand il entendit des pas dans l'escalier, et l'homme en noir siffloter. Mortifié, il s'immobilisa.

Au bout d'un moment le bruit d'une porte qu'on referme résonna. L'animal resta figé. Quelques secondes plus tard, il se laissa de nouveau aller contre la porte, serrant ses jambes contre lui de toutes ses forces. Il ignora la sensation visqueuse sur son ventre. Il ne pouvait pas sortir. Pas quand le criminel était dans les parages.

L'ursidé enfoui sa tête dans ses bras. Il était perdu. Ce qu'il venait de vivre le choquait terriblement. Il avait aimé ça. Pendant toute la durée de l'action, il en avait toujours voulu plus. Il s'était agrippé au criminel, l'avait supplié de continuer. Et, contrairement à ce qu'il avait toujours pensé jusqu'à présent, une fois l'acte terminé, il n'avait pas ressenti de dégoût. Ni envers l'homme en noir, ni envers ce qu'il avait fait, ni envers lui-même. Il ne regrettait pas. Et c'était ce qui le perturbait le plus.

Que devenait sa mission dans tout ça ? Était-t-il en train d'oublier ce qui était le plus important pour lui ? Que devenait-t-il s'il ne se souciait plus de l'avenir de sa propre race ? Il ne le savait pas. Il ne savait plus. Il ne comprenait pas comment il avait pu en arriver là.

Tout retourné, il finit par se lever et se diriger d'un pas chancelant vers sa table de chevet. Il en sortit un paquet de mouchoirs, et se nettoya sommairement, avant de se laisser tomber dans son lit. Il avait mal au ventre. Il sentait la peur enrouler ses anneaux autour de son estomac, lui donnant envie de rendre. Il était en train de changer, et ça l'effrayait.

La tension sexuelle évanouie, il sentait son corps relaxé exiger du repos. Son esprit était trop embrouillé pour parvenir à le tenir éveillé, et, les paupières lourdes, il ne lutta pas contre l'arrivée du sommeil. Sa dernière pensée fut pour les siens, et c'est l'estomac noué d'appréhension qu'il s'endormit.


« Et ça s'est terrrminé comme ça ? Encore tout habillés ? »

La prostituée de luxe n'en revenait pas. Quand elle avait vu son boss venir vers elle d'un pas fier, elle avait tout de suite compris que son plan avait enfin porté ses fruits. Cependant, le voir aussi réjoui d'une... forme de branlette, la dépassait complètement. Lui, l'homme insatiable, la bête de sexe, était satisfait pour si peu ?

Incrédule, elle contempla l'homme nu à ses côtés, encore un peu décoiffé après leur partie de jambe en l'air, les bras derrière la tête et un sourire carnassier ornant son visage. Il rayonnait.

Cela l'agaça un tantinet. Elle reprit donc lentement :

« Dooonc, si je comprrrends bien, tu n'as pas touché son corrrps, tu ne l'as pas pénétrrré, tu ne l'as même pas vu nu. » Elle le regarda d'un œil critique. « Et votre petite parrrtie n'a pas durée plus de dix minutes. C'est vrrraiment ce que tu voulais ? »

Le sourire du Patron s'effaça. Tatiana fut presque capable de discerner les rouages tourner dans la caboche du proxénète. Elle fut même à peu près certaine de saisir l'instant où le déclic se fit, et observa d'un air blasé le visage de l'homme en noir se décomposer. Elle poussa un soupir résigné, et se décida à annoncer la bonne nouvelle :

« Enfin, c'est une bonne chose j'imagine, au moins, tu avances à son rrrythme, ça ne devrait pas êtrrre trop compliqué de réitérer la chose. La prochaine fois, essaye au moins de le déshabiller. »

« NOM DE DIEU ! »

Le criminel se prit la tête à pleines mains.

« IL ÉTAIT LÀ ! JUSTE LÀ! OFFERT ! J'AURAIS PU EN FAIRE CE QUE JE VOULAIS ! »

La jeune femme soupira de nouveau.

« Oui, oui. Mais tu n'aurais probablement jamais pu rrrecommencer. » Elle le regarda avec curiosité. « Et comment a-t-il rrréagit après ? Un peu timide peut-être ? Il n'avait pas l'airrr de regretter au moins ? »

Le Patron s'était figé en entendant la dernière phrase, et se tourna lentement vers elle, le visage vide d'expression.

« Pourquoi, ça pose un problème ?... »

La fille de joie s'accorda un facepalm. Puis d'un air on ne peut plus sérieux, elle annonça :

« Je pense qu'il vaudrait mieux s'arrrmer de patience d'ici la prochaine fois... »

Le propriétaire du bordel encaissa mal la nouvelle. Il se releva vivement, le visage rouge de colère :

« Parce que tu crois que je vais continuer à écouter tes conseils de merde ? C'est fini gamine ! Maintenant, je vais faire les choses à ma façon ! »

Tatiana observa son employeur se rhabiller avec une inquiétude grandissante. Non, elle ne le retiendrait pas quand il était dans cet état. C'était une chose de pratiquer le BDSM avec cet homme, c'en était une autre d'être sur son chemin lorsqu'il était en colère. Elle se recroquevilla un petit peu lorsque le criminel se tourna soudainement vers elle. Il souriait. D'un bon sourire. De sa voix rauque, il lança d'un ton amusé :

« Non j'ai plus besoin de tes conseils gamine. Je le connais assez maintenant, pour savoir exactement quoi faire pour me le taper à nouveau. »

Et c'est armé de son fameux sourire pervers que l'homme en noir quitta la maison de passe, de nouveaux plans plein la tête.