Crédits : les personnages, à quelques exceptions près, appartiennent à Maki Murakami, nous nous contentons simplement de les emprunter.
Merci à tous ceux et celles qui suivent cette histoire !
Omi, merci encore pour tes reviews régulières, ce chapitre est l'avant-dernier et j'espère qu'il te plaira tout autant que les autres. Rendez-vous la semaine prochaine pour l'épilogue !
Bonnes vacances à ceux qui en ont, et bonnes fêtes de Noël à tous ! ^^
Note : il semblerait que ffnet refuse de publier certaines de mes phrases en entier (en plus de faire sauter tous les points virgules) en dépit de toute tentative de correction. Il ne s'agit donc pas d'oublis malencontreux de ma part...
CHAPITRE XI
Pétrifiée, Miki regardait avec de grands yeux les faisceaux lumineux un peu flous qui brillaient dans le noir. Elle en dénombra quatre, tremblotants, qui progressaient vers l'hôtel. S'arrachant à sa contemplation horrifiée, elle secoua brutalement sa voisine.
« Yukari ! Yukari réveille-toi ! Réveillez-vous tous !
- Quoi ?… Qu'est-ce que… marmonna la bassiste.
- Il y a des gens dehors ! Réveillez-vous ! gémit Miki, oubliant son cou endolori pour secouer frénétiquement les autres. Ils viennent pour nous tuer ! »
En un temps record, tous les occupants de la pièce étaient sortis de leur sommeil et se pressaient derrière la fenêtre, courbatus, les yeux piquants et le cœur battant à tout rompre, observant les lumières qui venaient vers eux.
« Ils sont quatre… souffla Suguru. Ils étaient donc tout un groupe pour nous attaquer.
- Qu'est-ce qu'on va faire ? On est coincés ici ! glapit Yukari. Il faut qu'on se barre tout de suite !
- On n'y voit rien, c'est trop dangereux !
- Et c'est pas dangereux d'attendre qu'ils viennent nous massacrer ?!
- On ne va pas se laisser faire. » Même sans lampe, la faible luminosité qui venait du dehors laissait deviner les contours du mobilier. Chisei s'empara d'un luminaire sur pied, le débrancha brutalement et le brandit comme une lance. « Prenez des chaises, des guéridons, tout ce que vous pouvez. On ne va pas leur laisser la partie trop facile non plus.
- Tu crois peut-être que tu vas aller loin avec ta lampe s'ils ont des armes ? lâcha aigrement Nana. C'est sûr que ça fout vachement la trouille.
- Tu as mieux à proposer ?
- Tu as raison ! s'écria Shuichi, arrachant du sol une console d'angle. Je me battrai jusqu'à la mort s'il le faut mais je ferai tout pour sortir d'ici et revoir Yuki ! Ils ne nous sépareront jamais ! »
Sans plus un mot, les autres l'imitèrent et se placèrent en demi-cercle autour de la porte Miki, handicapée par sa douleur au cou, se positionna au fond du salon, dans un coin, l'estomac noué par l'angoisse. À la base, participer à Tropical Hotel Paradise ne l'avait pas emballé plus que ça mais le séjour virait au pur cauchemar. S'ils en sortaient vivants, jamais plus elle ne remettrait les pieds sur cette maudite île ! Suguru, lui, songea tout à coup qu'ils avaient agi comme les pires des idiots en ne pensant pas à se munir de quelques couteaux et autres objets tranchants qui ne manquaient cependant pas dans la cuisine. Mais comment avaient-ils pu ne pas même y songer ? À présent, leur vie était en jeu et ils n'avaient quasiment rien pour se défendre. Il déglutit nerveusement, la gorge horriblement sèche.
« La porte est bloquée, ils ne pourront pas rentrer, glissa Fumie d'un ton relativement peu convaincu.
- Sauf s'ils défoncent la porte. Je ne pensais pas qu'ils pouvaient être aussi nombreux, répondit Chisei d'une voix soucieuse.
- Chut ! Ils arrivent ! » siffla Hiroshi. De l'autre côté de la porte, des pas résonnaient distinctement sur le carrelage, puis une voix masculine dit quelque chose qui demeura inintelligible. Dans le salon, les candidats retenaient leur souffle, le cœur battant la chamade. Le faible grésillement d'une radio leur parvint et les pas s'éloignèrent. Maigre répit mais qui leur arracha néanmoins un soupir de soulagement.
« Et si on en profitait pour s'enfuir ? suggéra DJ Froïde dans un souffle.
- Pour aller où ? répliqua le guitariste de Bad Luck. Et puis, il y en a peut-être un ou plusieurs autres qui nous attendent dans le hall. Au moins, pour le moment, ils ne peuvent pas entrer avec la chaise qui bloque la poignée. »
Comme pour le faire mentir, la chaise glissa soudain et tomba avec fracas sur le sol. L'air stupide et coupable, Shuichi leva les mains tel un enfant pris en faute.
« J'y suis pour rien, je me suis juste penché vers la porte pour écouter et…
- Mais remets la chaise en place, espèce d'abruti ! » siffla Yukari, les yeux dilatés par la frayeur. Dans le hall, des pas précipités claquaient sur le dallage et un appel retentit.
« Par là ! La porte à gauche !
- Monsieur Shindo, vous n'êtes qu'un sombre crétin ! glapit Suguru. Ils vont démolir la porte, maintenant !
- Oh mon Dieu, ils vont nous tuer ! » gémit Fumie d'une voix étranglée. Bien qu'Hiroshi ait aussitôt remis la chaise en place, il était clair qu'elle ne tiendrait pas bien longtemps maintenant que leur présence dans le salon était évidente. D'ailleurs, la poignée tournait déjà.
« Hé ! Ouvrez la porte ! » intima la même voix d'homme qui avait crié peu avant. Suguru sentit un grand froid se répandre dans ses veines et ses jambes lui semblèrent soudain en coton. La statuette ornementale sur laquelle il crispait convulsivement les doigts lui parut peser des tonnes et il dut faire un violent effort pour ne pas la lâcher.
« Ouvrez là-dedans ! » poursuivit l'homme en tambourinant contre le panneau de bois. Hiroshi prit une profonde inspiration et raffermit sa prise sur les pieds de la petite chaise cannelée qu'il tenait solidement, prêt à se battre. Tout à coup, comme possédé par une ferveur mystique, Shuichi leva les yeux vers le ciel – le plafond en l'occurrence – et même dans l'ombre, ses prunelles étincelaient.
« Personne ne m'empêchera de retourner auprès de Yuki, déclama-t-il d'un ton exalté. Je vais pas me laisser massacrer sans rien faire ! »
Avant que quiconque ait le temps de faire un geste, il arracha la chaise qui coinçait la porte, ouvrit brutalement le battant et, brandissant la console, l'abattit sur le crâne de leur agresseur avec un « Géronimooooooo ! » sauvage avant de se ruer à l'assaut des autres assaillants, repérables à la lumière de leurs lampes.
Passé le premier instant de stupeur, et galvanisés par son exemple, ses camarades se précipitèrent hors du salon, frappant aveuglément de leurs armes improvisées les trois autres personnes regroupées dans le hall. Prises par surprise, et n'anticipant sans doute aucune résistance de la part de leurs proies qu'elles supposaient terrorisées, elles s'effondrèrent au bout de quelques secondes sans avoir eu le temps de blesser qui que ce fût. Haletant, Shuichi laissa retomber sa console et ramassa la lampe d'un de leurs adversaires.
« Non mais, qu'est-ce qu'ils se croyaient ? » s'exclama-t-il, brandissant la torche d'un geste victorieux, le pied posé sur le dos de son opposant défait. Chisei s'empara lui aussi d'une lampe, qu'il braqua sur le visage de l'homme inconscient.
« Oh ! Mais c'est monsieur Oga ! » s'écria Mao, qui se tenait à ses côtés. Tous la dévisagèrent avec surprise avant de se regrouper autour de l'inconnu – plus si inconnu, manifestement.
« Oh ben merde alors… » marmonna DJ Froïde, identifiant ainsi que les autres le directeur de production de Tropical Hotel Paradise. S'il fallait une autre preuve, il portait, ainsi que les trois personnes qui gisaient au sol, un tee-shirt frappé du logo « THP » l'équipe de production était enfin arrivée.
« Oh mon Dieu, j'espère qu'on ne les a pas tués ! s'émut Fumie en s'agenouillant précautionneusement auprès du directeur de production.
- Monsieur Shindo, si vous n'aviez pas agi de manière aussi inconséquente, rien de tout cela ne serait arrivé ! cingla Suguru.
- C'est clair, on va avoir des ennuis, renchérit Yukari. Il faut les ranimer. On pourrait leur jeter de l'eau à la figure. »
Comme pour lui éviter cette peine, Yazuru Oga émit un grognement étouffé et battit des paupières. Quelques courts instants plus tard, il se mettait lentement sur son séant, avec l'air hébété de quelqu'un sur qui s'est abattu sans crier gare une tuile arrachée d'un toit.
« Est-ce que ça va ? » s'enquit Miki avec sollicitude, tandis que ses camarades s'affairaient auprès des autres membres de l'équipe. Le directeur de production grimaça, se frotta le crâne et balbutia :
« Mais qu'est-ce qui s'est passé ? »
XXXXXXXXXX
Il n'y avait pas eu d'explication avant qu'ils aient regagné le bateau, sans prendre même le temps de récupérer leurs affaires. À peine sur pieds, les techniciens avaient été poussés et tirés vers l'embarcation qui les avait acheminés sur Mimata-jima, un bateau plus spacieux et moins odorant que le Petit Lamantin, où attendaient d'autres membres de l'équipe. Une fois en sécurité, au sec et devant un plateau-repas copieusement garni, les candidats avaient enfin consenti à parler. Et ils ne s'étaient pas privés de le faire ! De Yukari qui avait insulté la production à Shuichi qui avait exigé sur tous les tons qu'on le mette en rapport avec Eiri Yuki, tous avaient délivré avec agitation leur version de ce qui était arrivé. Tacitement, cependant, le rôle de DJ Froïde avait été passé sous silence, même par Nana. Solidarité entre candidats malmenés ? Quoi qu'il en fût, l'hypothèse générale était qu'une ou plusieurs personnes présentes sur l'île avaient essayé d'attenter à leur vie, ou leur intégrité physique. Dans l'immédiat, le plus urgent était de ramener tout le monde à terre pour y être soigné. Miki, surtout, se ressentait terriblement de son coup sur la tête et fila s'allonger aussitôt le repas terminé. Effondrés sur des banquettes, ses camarades résistèrent à peine plus longtemps, le temps pour DJ Froïde de les remercier de n'avoir rien dit à son sujet.
« J'en reviens pas que vous n'ayez pas parlé de ce que j'ai fait, dit-il avec émotion. Je ne saurai jamais comment vous remercier.
- T'as un boulet suffisant à te traîner avec ta meuf craignos, répondit Nana. Ça valait pas la peine de t'enfoncer encore plus. »
Pour une fois, tout le monde se rallia à l'avis de la leader des Bloody Jezabel. Ensuite, le sommeil les gagna de concert et ils s'endormirent sans même avoir la force de gagner les couchettes.
XXXXXXXXXX
« Ah, très bien. Oui, je vous remercie. Tenez-moi au courant de ce que vous allez décider ensuite. »
Tohma raccrocha. La nuit était bien avancée mais il avait tenu à ce qu'on le prévienne dès que les participants à Tropical Hotel Paradise auraient été récupérés. Yazuru Oga ne s'était pas étendu trop longuement sur ce que lui avaient raconté les candidats mais il avait laissé entendre qu'il s'était passé quelque chose de grave sur l'île. Dans l'immédiat, tout le monde allait regagner Tokyo, le tournage de l'émission étant en stand-by, et il y aurait très certainement une enquête interne effectuée. Pour l'instant, il n'y avait rien de plus à faire. Juste avant de se mettre au lit, il envoya un rapide message à Haruka Fujisaki, sa tante, afin de l'aviser que Suguru était rentré à bon port, et ne put s'empêcher de s'étonner combien l'intuition de sa parente avait été juste, en fin de compte.
« Tout se passe bien, ma tante, je vous assure ! Non, il ne risque rien. L'hôtel jouit de tout le confort possible, ne vous inquiétez pas. Cela ne fait qu'un jour et demi et l'équipe technique se rend sur l'île dès demain. D'après les services météo, le temps ne va que s'améliorer. Comment, ce soir ? Que l'équipe parte dès ce soir ? Bon, je ne peux pas m'avancer mais une chose est sûre : dès que la navigation sera possible, l'équipe se rendra sur l'île. Oui, je vous appelle dès que j'ai du nouveau. »
Tohma raccrocha, un brin agacé. Il aimait beaucoup Haruka Fujisaki mais celle-ci se montrait parfois trop mère poule envers Suguru. Bien sûr, à fréquenter Shindo et Nakano au quotidien, il ne risquait pas de s'élever intellectuellement mais en dehors de ça, son intégrité physique n'était pas menacée. De plus, cette « intuition maternelle » selon laquelle le garçon était en danger en cet instant allait à l'encontre de toute la logique dont sa tante faisait pourtant preuve habituellement.
Il soupira mais passa aussitôt plusieurs coups de fil, dont un au producteur de l'émission, pour s'assurer qu'un bateau partirait pour l'île dès que possible. Aussi irrationnel le comportement de sa tante fût-il, il ne souhaitait pas la contrarier la connaissant, il aurait tôt fait de le regretter. Il recontacta les services météorologiques qui lui confirmèrent une accalmie. Compte tenu du temps de traversée, l'équipe technique allait arriver sur Mimata-jima au cœur de la nuit. Suguru et les autres en seraient quittes pour être tirés du lit.
Je ne comprendrai décidément jamais ma tante. Ce n'est pas comme si la vie de Suguru était en danger. Il est à l'abri avec les autres, pas livré à lui-même dans une jungle hostile avec un psychopathe aux trousses, se dit-il.
Satisfait, il se servit un verre de whisky tourbé et fit craquer les os de son cou.
Si victime à déplorer il devait y avoir, il n'en avait souhaitée qu'une : Shuichi Shindo. Eiri aurait enfin été débarrassé de cette arapède abêtissante car Shindo avait vraiment du génie pour tirer son entourage vers le bas. Même son ami Nakano, qui avait pourtant la tête sur les épaules, avait renoncé à de prometteuses études pour le suivre. Malheureusement, le garçon était sauf, tout comme les autres. Tohma soupira.
Au moins il me rapporte de l'argent, tout n'est pas perdu, songea-t-il en regagnant son lit.
XXXXXXXXXX
Une fois de retour à terre, tous les candidats avaient été acheminés dans un hôpital de Nagasaki pour y recevoir des soins ou un examen complet. Le lendemain, ils avaient regagné Tokyo et leurs domiciles respectifs. Suite au message de Tohma, Haruka Fujisaki avait aussitôt fait le voyage vers la capitale pour y retrouver son fils, qui ne souffrait plus du tout des suites de son mystérieux empoisonnement. Après délibération, il avait été décidé que le tournage de Tropical Hotel Paradise était abandonné, officiellement pour des raisons de sécurité, les dégâts causés par la tempête nécessitant d'importants travaux de réparation. Tout le reste allait se régler en procédures judiciaires et batailles d'assurances, mais pour les ex-participants à l'émission, quelques jours de vrais congés étaient de mise, et ils ne les avaient pas volés.
« Passez de bonnes vacances, monsieur Shindo, vous aussi monsieur Nakano ! »
Shuichi s'éclipsa sur un « Bye-bye ! À bientôt ! » enthousiaste, et ne restèrent que ses deux collègues dans le studio. K avait organisé une conférence de presse en la présence d'un Yazuru Oga remis de ses émotions, mais rien de plus que ce qu'ils avaient déclaré sur le bateau n'avait était ajouté.
« Merci, Fujisaki. Tu retournes à Kyoto ?
- Oui, ma mère est venue me chercher. J'ai hâte de me changer les idées, pour tout dire.
- Nous allons peut-être nous croiser, alors. Je pars ce soir retrouver Ayaka. Elle aussi s'est fait beaucoup de souci avec cette tempête.
- En tout cas, nous allons être tranquilles pour un moment, et je ne suis pas près de remettre les pieds sur cette île !
- Fujisaki, appela Sakano, passant la tête dans l'embrasure de la porte. Monsieur le directeur souhaite te parler avant que tu t'en ailles.
- J'arrive ! Eh bien, bon séjour à Kyoto, monsieur Nakano. À bientôt. »
Les deux garçons se saluèrent et Suguru se rendit dans le bureau de son cousin, une vaste pièce dépouillée mais non dénuée de cachet, au dernier étage de la tour de N-G Productions.
« Ah, Suguru, l'accueillit Tohma. Assieds-toi, je t'en prie. »
Le claviériste obtempéra, curieux d'apprendre la raison de cette convocation bien qu'il n'en laissât rien paraître. Après son bref passage à l'hôpital, il s'en était allé loger chez son parent en compagnie de sa mère, son studio ne permettant pas d'héberger qui que ce soit. Tohma n'avait pourtant jamais abordé de point en relation avec le travail à cette occasion.
« Bien. Maintenant que nous sommes seuls, j'aimerais que tu me dises ce qu'il s'est vraiment passé sur Mimata-jima. Dans les détails. Votre récit à tous était très joli, mais je sais très bien reconnaître quand on me cache des choses. Y a-t-il d'autres éléments que je devrais connaître ? »
Pris au dépourvu, Suguru sentit ses joues chauffer brièvement. Son cousin le regardait fixement, le buste droit, les bras croisés sur son sous-main, un indéfinissable sourire aux lèvres. Comment pouvait-il « sentir » quelque chose dont absolument rien n'avait filtré ? Quelle part de bluff y avait-il dans ses déclarations ?
« Non, rien de plus, je vous assure », répondit-il avec aplomb. Certes, DJ Froïde avait agi comme un imbécile en sabotant le jerrycan et les choses auraient pu très mal tourner à partir de cet instant, mais il n'avait au final tué personne, et si quelqu'un était à blâmer dans cette histoire, c'était plutôt la pimbêche qui les avait expédiés sur l'île sur ce vieux rafiot avant le reste de l'équipe technique.
« Vraiment ? Tu ne chercherais pas à couvrir quelque méfait de Shuichi Shindo, par hasard ? »
L'adolescent conserva le silence quelques secondes, comme pris en défaut, mais en son for intérieur, il riait aux éclats. Ainsi, son cousin n'avait rien deviné du tout, il cherchait simplement un moyen de prendre sa bête noire en défaut ! Feignant la culpabilité (mais pas si malheureux, en définitive, de révéler son manquement au règlement – les autres avaient bien fait des efforts, eux), il déclara lentement :
« Monsieur Shindo… monsieur Shindo avait introduit un téléphone portable en cachette pour pouvoir contacter monsieur Eiri.
- Oh, vraiment. Ça ne me surprend pas du tout de la part de cet individu. Eh bien, qu'il s'attende à une retenue sur salaire importante à la fin du mois, fit Tohma avec une allégresse perceptible. Je te remercie de ta collaboration, Suguru. Une dernière chose, avant que tu t'en ailles : pourrais-tu, pendant tes vacances, me faire un récit détaillé de tout ce qui s'est passé sur l'île pendant le week-end ? Toutes les… agressions dont vous avez été victimes, et leurs circonstances ?
- Puis-je me permettre de vous demander pourquoi ?
- Oh, ne t'en fais pas, tu seras très vite mis au courant. Merci par avance. »
- Songeur, le garçon quitta le bureau et s'en alla rejoindre sa mère, qui l'attendait dans le hall. Il aurait bien le temps de se poser des questions une fois de retour de vacances !
XXXXXXXXXX
« Eh bien, Monsieur K ? Qu'a donc donné votre enquête ? »
Solennellement, le grand Américain tira une liasse de feuillets d'une chemise plastifiée et la déposa devant Tohma.
« Rien de concluant. J'ai pourtant envoyé mes meilleurs hommes sur le terrain et j'ai aussi discuté avec l'enquêteur de l'assurance : ils n'ont pas trouvé de traces significatives de la présence d'une ou plusieurs autres personnes sur Mimata-jima en dehors de celles de nos dix candidats. Bien sûr, la tempête a rendu l'environnement singulièrement illisible, donc je ne pense pas qu'on puisse certifier qu'il n'y avait personne. En tout cas, on n'a pas touché aux installations de l'équipe technique. Quant au complexe hôtelier proprement dit, il a été tant parcouru par ses dix résidents qu'il était impossible d'y faire des relevés probants. »
K marqua une pause et tapota les feuillets du bout d'un crayon.
« Concernant les bateaux, l'interrogatoire des pêcheurs qui travaillaient dans la zone le jour et la veille de l'arrivée de nos candidats n'a rien permis de déterminer de manière formelle toujours est-il qu'ils ne se souviennent pas avoir remarqué de bateau de plaisance croisant dans les environs de l'île ces jours-là. Ce qui semble corroborer les déclarations de Ito, Nakano et Yamada qui n'ont vu aucune embarcation amarrée au débarcadère sud-ouest de l'île. Il n'y a pas d'autre endroit, en dehors du quai est, qui permette d'amarrer un bateau, quelle que soit sa taille. »
Tohma demeura pensif un instant, les yeux perdus dans le vague.
« Évidemment, dit-il enfin, cette tempête a complètement brouillé les pistes. Je gage cependant que vos hommes n'auront rien négligé dans leurs recherches.
- Absolument rien ! Et ce sont les meilleurs dans leur domaine. Selon eux, il semble hautement improbable qu'il y ait eu une – à plus forte raison plusieurs – personnes sur Mimata-jima en dehors de nos candidats. Mais dans ce cas… »
Du regard, Tohma l'engagea à poursuivre.
« Dans ce cas, dit-il, qui les a agressés ? »
À suivre…
La phrase finale de ce chapitre est identique, à un mot près, à celle qui clôt la première partie de l'épilogue de Dix petits nègres, célèbre roman policier d'Agatha Christie dont l'intrigue est un huis clos oppressant prenant place sur une île isolée. Il s'agit bien entendu d'un clin d'œil.
