Chapitre XI

18 juin 2031 – Chemin de Traverse, onze heures.

- Est-ce que je vous ai déjà dit à quel point je trouvais ce plan pourri ? marmonna Cassy en redressant sa coupe de cheveux vertigineuse.

Cassy faisait partie de ces personnes qui avaient toujours eu les cheveux courts. Pour elle, avoir de longs cheveux rassemblés en une coiffure digne des cabarets sorciers des années trente était un exercice particulièrement compliqué à réussir. De plus, elle ne se sentait pas à l'aise dans ce déguisement qu'elle portait, qui la faisait passer pour une personne âgée de près de cent ans. Cette métamorphose faisait partie de celle qu'elle détestait le plus.

- Au moins une trentaine de fois, la rassura Camille. Mais, tu sais, nous non plus, nous n'aimons pas ce plan. Malheureusement, c'est le seul qui tient à peu près la route, donc on va le mettre à exécution. Maintenant, tu te tais, et on s'arrête à l'ombre de ce porche.

De mon côté, je gardai le silence tout en suivant Camille sous notre abri provisoire. Je ne disais rien, mais n'en menais pas large et n'en pensais pas moins pour autant. Ce plan – si tant est qu'il en soit un – n'augurait rien de bon. En fait, il n'augurait rien du tout.

Camille et Cassy avaient pensé à se lancer un sortilège de Désillusion, mais au vu de l'heure et du temps magnifique, il était certain que le Chemin de Traverse serait rempli. Rester discrets et invisibles allait être complexe dans les ruelles étroites que nous comptions emprunter, et la suite des événements m'avait prouvé que j'avais raison. Mieux valait se déguiser grâce à quelques métamorphoses. C'était plus sûr. C'est ainsi qu'ils avaient pris la décision – tout du moins Camille – de se faire passer pour un vieux couple. Camille était surnommé le Caméléon parmi les Invisibles, et ce n'était pas pour rien – il adorait se grimer, et ne se sentait vivant que lorsqu'il bernait son monde avant un déguisement. Cassy, elle, aimait l'action brute, et qu'on la reconnaisse immédiatement. Elle détestait les déguisements.

De mon côté, j'avais simplement caché mon visage avec un grand chapeau, qui prenait tellement de place qu'il m'assurait également un périmètre de sécurité. Personne n'osait trop s'approcher de moi, de peur de recevoir un coup de chapeau.

Camille me regarda. Son regard, moqueur quelques secondes plus tôt, se fit soudainement extrêmement sérieux.

- Tu te sens de le faire ?

- Ce n'est pas comme si nous avions réellement le choix, lui fis-je remarquer d'un ton amer.

Il hocha la tête. Il était vrai que nous n'avions pas eu d'autres idées que celle-ci, ce qui signifiait que nous pouvions soit la mettre à exécution, soit rester dans notre grotte en nous tournant les pouces. Bien évidemment, c'était la première solution qui avait été adoptée, sauf qu'elle n'était pas la moins risquée.

Apparemment, entrer dans Gringotts comme si de rien n'était alors que nous étions recherchés par les autorités n'était pas forcément l'idée la moins visible qui existe. Soit.

Nous n'avions pas d'autres idées.

Autant se jeter directement dans la gueule du dragon – même si j'espérais sincèrement ne pas avoir à descendre aussi bas dans les tréfonds de Gringotts.

Je pris une profonde inspiration, et serrai le poing autour de la minuscule clé que j'avais découverte dans le pendentif, caché à Eastbourne. Parfois, tout n'était définitivement qu'une question de chance, et j'espérais de tout cœur que cela allait se confirmer dans la suite de notre aventure. Si j'entrais à Gringotts avec cette clef, mais que les Gobelins étaient incapables de me donner le moindre coffre à ouvrir, je n'étais pas certaine de réagir correctement. J'allais soit m'effondrer, soit m'énerver, et aucun de ces scénarios n'était pour me plaire. Le premier, parce que j'avais trop de fierté, le second, parce qu'il allait attirer l'attention sur moi. Ce que je ne souhaitais pas.

J'inspirai une nouvelle grande goulée d'air, et me tournai vers Camille et Cassy.

- Vous restez là, comme convenu ?

- Et où veux-tu qu'on aille ? plaisanta Cassy. Sur la terrasse d'un café, commander une glace en attendant que tu aies fini de régler tes petites affaires avec ta banque ?

Je retins un faible sourire. Même déguisés, les caractères et les mimiques des uns et des autres restaient repérables, et je ne doutais pas que les Aurors pullulaient sur le chemin de Traverse, au point d'empêcher mes collègues de pouvoir profiter pleinement de cette après-midi diablement chaude. Le plan était de rester aux alentours de la banque des Gobelins, jusqu'à ce que j'en sois sortie. Une fois que cela serait fait, je n'aurais plus qu'à les rejoindre, puis nous irions jusqu'à notre cachette à flanc de montagne.

- En effet, murmurai-je. À tout de suite, alors.

Je pris une dernière inspiration, puis les laissai à leur poste, me décidant à me diriger vers la banque des sorciers.

Je n'avais aucune idée de ce qui pouvait m'attendre à l'intérieur, et je ne songeais pas seulement à ce que je risquais de découvrir. Je craignais plutôt la présence d'affiches exigeant qu'on m'emmène immédiatement au Bureau des Aurors si jamais j'étais repérée. Je ne savais pas à quel point les Gobelins pouvaient souhaiter protéger leur banque. Il était de notoriété publique que les Gobelins n'étaient pas de nature à vouloir aider spontanément les sorciers en général, ni les Aurors en particulier. Mais si jamais ils craignaient que je sois une menace pour eux et leur célèbre banque, je ne pouvais pas prévoir leurs réactions. Rien ne m'empêchait de penser qu'ils allaient user de leurs nombreux sortilèges et autres pièges présents dans Gringotts. Si jamais ils décidaient d'agir ainsi, je devrais avoir recours à des trésors d'imagination pour m'en sortir… avec une chance de réussite extrêmement faible.

Je passai devant les gardes, qui ne m'accordèrent pas le moindre regard. C'était déjà un bon point, il me semblait.

La suite, également, me parut de bon augure. Aucune affiche avec ma tête n'était placardée sur les murs, ce qui voulait soit dire que les Aurors ne pensaient pas que je viendrais à Gringotts, soit que les Gobelins n'avaient pas accepté de placer des avis de recherche, soit que la tactique des Aurors était plus subtile que cela.

J'inspirai un grand coup.

J'allais miser sur le fait que les Aurors ne s'attendaient pas à ce que je vienne ici, et donc avaient préféré concentrer leurs recherches et leurs ressources dans d'autres lieux qu'une banque.

À ma grande surprise, la banque n'était pas si remplie que cela. Je passais à la bonne heure. Je m'avançai tranquillement vers le guichet principal, faisant tout pour ne pas paraître suspecte, ce qui n'était pas si simple que cela. J'avais perdu quelques-uns de mes réflexes d'Invisible, je ne pouvais pas le nier.

Je m'arrêtai finalement devant le Gobelin, installé derrière son guichet. Comme la plupart de ses homologues, pour ne pas dire qu'ils agissaient tous pareil, il ne leva pas son long nez de son registre de comptes. Je n'enlevai pas mon chapeau pour le saluer, fouillai immédiatement dans ma poche, sortis la petite clef qui avait été soigneusement dissimulée, et la posai sur son comptoir.

- Je souhaiterais récupérer ce qui se trouve dans le coffre que cette clef ouvre.

Le Gobelin leva enfin les yeux de sa paperasse, ne m'offrant qu'un regard proche du dédain. Il me fixa longuement, et je craignis un bref instant qu'il m'eût reconnue, et qu'il s'apprêtait à appeler des renforts. J'hésitai. Devrais-je mettre la main sur ma baguette magique, afin d'être sûre de pouvoir me défendre au moment opportun ?

Toutefois, je me détendis rapidement, et me fustigeai pour avoir été aussi nerveuse. Le Gobelin m'observait simplement comme lui et ses congénères avaient l'habitude de le faire : de manière à mettre extrêmement mal à l'aise leur interlocuteur sorcier.

Le Gobelin tendit une main aux doigts fins et crochus vers la clef que je venais de déposer sur son pupitre, et l'examina attentivement. J'espérai découvrir une expression faciale quelconque, une mimique qui m'aurait fait comprendre sa surprise, m'aurait donné le moindre indice sur cette clef et ce que contenait le coffret qu'elle ouvrait, mais rien à faire. Le visage du Gobelin était totalement imperméable, et si des émotions traversaient peut-être son esprit, rien dans son comportement et ses gestes ne le laissait transparaître. Encore une frustration pour moi, qui devais donc prendre mon mal en patience.

- Très bien, murmura finalement le Gobelin, d'une voix particulièrement gutturale, et qui me fit sursauter et frissonner. Je vais vous mener aux coffrets…

Je ne compris d'abord pas ce qu'il voulait me dire, mais lorsqu'il descendit de son siège et me rejoignis sur la terre ferme, avant de se mettre en marche, dans la direction opposée aux grands coffres que je visitais habituellement, je choisis de ne rien dire, et de le suivre docilement. J'aurais rapidement une réponse à mes questions.

En tout cas, je l'espérais.

Le Gobelin m'entraîna dans un dédale de couloirs, me faisant grimper des étages. Ici, il y avait également des sorciers, et je fis comme je pus pour ne pas laisser mon visage être trop visible. J'avais eu déjà beaucoup de chance dans le hall de Gringotts, de ne pas être reconnue par une personne qui pouvait alerter les Aurors. Je n'avais pas envie qu'une trop grande assurance de ma part me fasse repérer par des sorciers banquiers.

Le Gobelin finit par s'arrêter devant une petite porte, finement décorée par de l'art Gobelin. Je fronçai les sourcils. J'entrais dans des parties de Gringotts dont je ne savais rien, qui n'étaient connues que de peu de personnes, je supposai.

Et mes suppositions se confirmèrent lorsque j'entrai dans la pièce.

Seuls quelques petits coffres étaient visibles. Une vingtaine à tout casser.

Je me tournai vers le Gobelin, qui haussa simplement les épaules pour répondre à ma question muette. Je n'en saurais pas plus aujourd'hui sur ce lieu, et n'aurais pas d'explications satisfaisantes. Je me mordis la lèvre inférieure pour cacher ma frustration, et attendis patiemment que la porte se referme derrière moi.

La pièce était plutôt petite, mais restait confortable pour deux personnes, et l'était d'autant plus si seulement un Gobelin et une sorcière s'y trouvaient. Sur le mur à ma droite, les quelques coffrets étaient entreposés sur des étagères sculptées dans un bois aux propriétés très certainement magiques, sans que je ne puisse déterminer de quel type de bois il s'agissait – je n'avais jamais eu un grand intérêt pour ce genre d'informations. Sur le mur de gauche, quelques clefs étaient accrochées, comme attendant leur propriétaire. Au centre de la pièce, une table en marbre et une chaise qui me paraissait très confortable étaient négligemment disposées. La chaise se déplaça lentement, comme pour attendre la personne qui s'y assiérait.

- Prenez place, me dit justement le Gobelin.

Légèrement méfiante et anxieuse, comme toute personne ne sachant à quoi s'attendre, je pris place sur la chaise, qui s'avança à nouveau, de sorte que je sois à la parfaite distance de la table.

Je posai mes mains sur la surface lisse, et commençai à tapoter le meuble, de plus en plus nerveuse. Je ne savais vraiment pas ce que j'allais découvrir, alors que le Gobelin, lui, paraissait particulièrement serein. La clef du mystère ? Ou autre chose de totalement différent ? Un nouveau souvenir, une arme qui me permettrait d'arrêter la folie meurtrière autour des Invisibles ? Les questions se bousculaient par milliers dans ma tête, les réponses, lorsqu'elles existaient, étaient loufoques, et je me rendais compte que mes spéculations étaient toutes plus invraisemblables les unes que les autres.

Le Gobelin s'affairait sur le mur des coffres, ma clef toujours entre ses mains. Je n'eus toutefois pas à attendre longtemps. Au bout de quelques secondes, il revint avec un petit coffre en bois, finement travaillé. Les moulures me faisaient penser à quelque chose, à un vieux souvenir qui avait des difficultés à ressurgir. Je fronçai les sourcils.

- Je vous laisse avec votre coffre, Miss Smith, me dit alors le Gobelin, me faisant sursauter.

- Comment… ?

Je n'avais à aucun moment donné mon nom. Je n'étais pas stupide à ce point.

- Votre mère a déposé ce coffre il y a des années de cela, en nous disant que seule sa fille pourrait venir avec la clef et avoir la possibilité de l'ouvrir, me répondit simplement le Gobelin, me surprenant. Nous n'avions aucun droit de laisser une autre personne que vous l'ouvrir. Et nous devions le garder, y compris après votre mort…

Je hochai la tête, trop secouée pour dire le moindre mot. Bien sûr. Ce coffre, dans n'importe quelle banque jouissant des lois Moldues, aurait disparu après ma mort, puisque je n'avais aucun héritier pouvant venir le récupérer pour moi. Mais ma mère avait dû envisager la possibilité qu'un jour, je me fasse passer pour morte alors que je ne l'étais pas. Et elle avait aussi envisagé le fait que cette mort puisse être révoquée.

- Lorsque vous aurez terminé, toquez à la porte. Je viendrai vous chercher.

Après un dernier regard vers ma silhouette, le Gobelin sortit de la pièce. La porte se referma dans un léger chuintement, et le silence retomba, m'entourant, m'enveloppant.

M'étouffant.

Je me concentrai sur le coffre.

Vraiment, ce motif me disait quelque chose. Je l'observai de plus en plus attentivement, avant d'ouvrir la bouche de surprise.

- Mais bien sûr… Les falaises d'Eastbourne.

Cela faisait des années que je ne les avais pas vues, mais Jill m'avait fait faire cette randonnée tellement de fois, jusqu'aux falaises des Seven Sister, que je ne pouvais pas avoir totalement oublié leur forme reconnaissable.

Je souris doucement. Apparemment, ces falaises avaient également marqué Isabella, même si je n'allais jamais savoir pourquoi. Est-ce que c'était parce qu'elle savait déjà que j'allais vivre chez Jill, ou bien la raison était-elle totalement différente ?

Je soupirai, et pris la clef du coffre. J'étais prête à affronter le dernier indice de cette énigme. En tout cas, je l'espérais.

La serrure, malgré son inutilisation depuis des années, était parfaitement huilée, et se déverrouilla sans aucun problème. J'ouvris délicatement le couvercle, et observai le contenu.

Bien.

Dire que j'étais déçue était un euphémisme, mais je devais tout de même prendre le temps de réfléchir.

Face à moi s'entassaient plusieurs objets, qui ne me semblaient pas très utiles. Ou peut-être avais-je eu trop d'espoirs dans ce contenu, ou encore m'étais-je attendue à quelque chose de trop visible, dont j'aurais immédiatement compris le sens.

- Bon. Prenons le temps de réfléchir…, murmurai-je.

Je saisis une photo en noir et blanc. Je crus d'abord qu'il s'agissait d'une photo Moldue, avant de constater que les arbres sur la photo bougeaient légèrement. Une vieille maison en pierre était également visible, sans que je ne sache ce qu'elle était censée représenter. Une maison de famille ? Je ne l'avais en tout cas jamais vue. Je retournai la photo, espérant y trouver un indice, un simple mot griffonné qui m'aurait permis de comprendre ce que j'avais sous les yeux. Malheureusement, je n'en trouvai aucun.

Je posai la photo à l'extérieur du coffre, et me penchai sur les autres objets.

Une minuscule fiole était entreposée. Le flacon était finement ciselé, selon l'art Gobelin. Mes parents avaient définitivement assez d'argent pour se payer tous ces objets de manufacture gobeline, surtout lorsqu'on en connaissait les prix – et je les connaissais.

Cela devait très bien payer, d'être les bras droit et gauche d'une nouvelle puissance criminelle, surtout si grâce à celle-ci, on détournait de l'argent de la banque des sorciers.

Plutôt que de pester une nouvelle fois contre mes parents, je préférai me pencher sur la fiole et son contenu. J'émis quelques hésitations. Est-ce que j'avais raison de vouloir l'ouvrir, alors que je ne savais pas ce qui pouvait se produire une fois qu'elle serait débouchée ? Après tout, rien ne me permettait de penser qu'il ne s'agissait pas d'un poison volatil, qui aurait tôt fait de s'attaquer à mon corps sitôt délivré.

Non, réalisai-je soudain. Ma mère voulait que je trouve cette fiole, que je l'utilise, et si elle ne m'avait pas laissé d'indications, c'était parce qu'elle se doutait qu'à l'odorat, je pourrais connaître le contenu de la fiole.

Alors, je la débouchai.

Un parfum âcre et capiteux se porta jusqu'à mes narines, me laissant quelques secondes perplexe. Et puis, je compris à quoi j'avais affaire.

Je refermai le bouchon avec précaution, et posai la fiole avec la photo, dégoûtée.

J'avais entendu parler de cette potion, même si je croyais jusqu'à présent qu'il ne s'agissait que d'une légende, n'en ayant jamais vue par moi-même. J'aurais dû me douter que la légende n'était pas entièrement fausse, qu'une part de vérité s'y cachait.

Il était parvenu aux oreilles des Invisibles que certains hauts membres des Rapaces Nocturnes possédaient une potion capable d'annihiler tout ce qu'ils étaient. Une potion qui ressemblait fortement aux effets qu'aurait le Baiser du Détraqueur. C'était une potion qui était réservée aux cas d'extrême urgence, lorsque les Rapaces Nocturnes n'étaient pas certains de pouvoir garder le silence. Mais en général, les Rapaces ne parlaient pas. Ils étaient tués lors de l'arrestation, ou bien n'étaient pas assez importants pour qu'on s'intéresse à eux.

- Mais la potion existait bel et bien…, murmurai-je.

Et de toute évidence, ma mère en possédait une, qu'elle avait choisi de ne pas utiliser, et de cacher dans ce coffret, pour le jour où je le découvrirais.

Je me plongeai à nouveau dans le coffret, me demandant ce que j'allais à présent découvrir. L'objet suivant que j'en extirpai n'était rien d'autre qu'une bague en or, fine et détaillée. Je fronçai les sourcils, et l'observai aussi attentivement que je le pus, mais même à l'aide de quelques sortilèges, je n'en tirai rien. Ce n'était pas un bijou aux propriétés magiques. Je le soupçonnais d'être simplement un bijou, que me laissait ma mère en héritage.

De plus en plus déçue, je ne savais que penser de tout ce contenu et, surtout, je ne savais ce que j'allais bien pouvoir dire à Cassy et Camille lorsque je sortirais d'ici. Ils allaient être déçus, c'était certain.

Un dernier objet se trouvait dans le coffret, mais mes espoirs étaient depuis longtemps évanouis. Je savais que je n'allais pas pouvoir trouver quoi que ce soit qui me permette de vaincre le fils de Cole. Je devais abandonner cet espoir, je devais l'effacer à tout jamais de mon cerveau. Je n'allais rien trouver, ici, qui nous permettrait de nous sauver… de me sauver.

Et comment aurait-il pu y avoir quoi que ce soit ? Ce coffre avait été rempli quelque temps après la naissance du fils de Cole. Je n'avais même pas trois ans ! Ma mère n'avait certainement pas pu trouver un moyen de se débarrasser du fils de son chef d'une façon aussi rapide, ni n'aurait pu dissimuler ce stratagème dans un simple coffre. C'était tellement naïf, de ma part, de croire cela…

J'en aurais pleuré de rage, en prenant le dernier objet. Oh oui, la faible et petite Astrid aurait pu pleurer de rage de ne pas pouvoir mieux se défendre contre son ennemi. Mais je n'étais plus cette Astrid-là, je l'avais rayée de la communauté sorcière. Alors, je refoulai mes larmes, et observai la petite statuette, représentative de la victoire de l'Australie lors de la Coupe du monde de Quidditch de 1966. Pourquoi est-ce que ma mère avait caché un Opaloeil des antipodes dans cette boîte ?

Je posai rageusement la petite statuette, et me saisis de la boîte, la retournant dans tous les sens, cherchant désespérément un double-fond, une trappe dissimulée, quoi que ce soit qui puisse me permettre de découvrir autre chose, n'importe quoi qui me soit utile.

Mais rien ne l'était, dans cette boîte.

Je pris ma baguette magique, tapotai divers sortilèges. Que ce soit des sorts de révélation, de dissimulation, de persuasion, rien n'y fit. Jamais le coffre ne me dévoila ses secrets, très certainement parce qu'il n'en possédait aucun. C'était simplement un coffre.

Par acquit de conscience, je vérifiai tout de même que l'Opaloeil, au même titre que le pendentif retrouvé à Eastbourne, ne possédait pas une rainure dans laquelle un ongle aurait pu se glisser, afin de déclencher un mécanisme. Mais non. Rien n'y était.

Je me levai, repoussant la chaise violemment. Je me retins de justesse de balancer contre le mur ce que je venais de récupérer, préférant les glisser dans mes poches intérieures, celles dont j'étais la seule à connaître l'existence, et qui ne pouvaient être vues que par des personnes très méticuleuses. J'avais une folle envie de crier, mais je ne le fis pas. Je me contentai d'aller vers la porte, la mort dans l'âme, et de toquer à celle-ci, jusqu'à ce que le Gobelin vienne me récupérer.

- Avez-vous pu faire ce que vous deviez faire, miss Smith ?

- Oui, répondis-je d'un ton morne.

- J'espère que le contenu de votre coffret vous aura satisfait.

- Pas franchement, grinçai-je en jetant un coup d'œil à ma montre.

Cela faisait près d'une heure que j'étais entrée dans la banque de Gringotts. Il était plus que temps que j'en sorte. J'avais déjà trop compté sur la chance, je ne pouvais pas continuer ainsi.

Tout en refaisant le chemin inverse, continuant à dissimuler mon visage derrière de longues mèches de cheveux et mon immense chapeau, même si les sorciers étaient encore moins présents – l'heure du déjeuner était proche – je ne pouvais m'empêcher de penser à l'inutilité de cette visite à Gringotts. Cela avait été une prise de risque futile, basée sur la simple présence d'une clef dans un pendentif, alors que rien ne prouvait que ma mère voulait que j'aille à la banque, alors que rien dans ses paroles ne nous poussait à croire que la solution à nos problèmes se trouvaient là. Elle avait simplement dit que je saurais sûrement quoi en faire. Rien de plus.

Et nous avions basé tous nos espoirs en cette phrase, pensant que toutes les solutions à nos problèmes s'y trouvaient, alors que non. Absolument pas.

Je serrai les poings de colère. Comme s'il n'était déjà pas assez frustrant d'être face à un ennemi que je ne connaissais pas, dont le visage m'était inconnu, tout comme le nom… J'aurais tellement voulu que les réponses soient plus simples que cela.

J'aurais tellement voulu que les réponses existent, tout simplement.

- Voulez-vous garder votre coffre personnel, miss Smith ? s'enquit le Gobelin, après m'avoir reconduite dans le hall de la Banque.

Je réfléchis quelques instants, me demandant s'il était possible que j'aie manqué un élément important dans le coffre. Mais je me rendis rapidement compte que non, et que je n'avais pas de raison de garder le coffre plus longtemps que nécessaire. J'en avais sorti le contenu, aucune trappe ne semblait s'y cacher. Résolue à tourner cette page, je n'avais qu'une chose à répondre au Gobelin.

- Non. Je vous rends la clef.

Et je joignis le geste à la parole.

- Merci d'avoir protégé ce coffre durant des années, ajoutai-je malgré ma déception.

Le Gobelin ne répondit rien, se contentant d'un sourire dédaigneux. J'étais proche de l'insulte, en lui faisant cette réflexion, puisqu'il était de son devoir de veiller à la sécurité des coffres de Gringotts, et que mal faire son travail était exclu.

J'allais enfin pouvoir tourner cette page. Sans plus le regarder une fois qu'il eut récupéré sa clef, je sortis de la banque des sorciers, et jetai un œil rapide vers le lieu où j'avais laissé Cassy et Camille.

Pour ne pas les apercevoir.

Par la barbe de Merlin, où avaient-ils pu disparaître ? Nous avions convenu de nous retrouver ici, et ils étaient assez bien dissimulés pour ne pas craindre d'être repérés. Pas en une heure, en tout cas. Ils n'auraient pas quitté leur poste sans me laisser un message. Sauf s'ils avaient dû partir de façon précipitée.

Et c'était certainement pour cela qu'une agitation certaine semblait animer le Chemin de Traverse. Tous les sorciers que j'avais dans mon champ de vision semblaient préoccupés par le même point de vue, un peu plus loin derrière la banque. C'était sûrement ça, l'explication.

Sauf que je n'eus pas le temps de creuser cette piste.

La pointe d'une baguette s'était posée sur ma colonne vertébrale.

Je jetai un rapide coup d'œil par-dessus mon épaule, et reconnus un des deux gardes de Gringotts.

J'observai le second, qui paraissait figé plus qu'un homme statique ne pouvait l'être de façon naturelle. Il avait été ensorcelé.

- Putain, jurai-je.

- Tttt, il va falloir que tu surveilles ton langage. Vraiment, Astrid, je ne vais pas accepter ça.

Je jetai à nouveau un coup d'œil par-dessus mon épaule, et l'observai un peu plus. Et je retins mon souffle, difficilement.

J'avais déjà vu cet homme.

Dans la rue, près de chez Roxanne.

Dans notre appartement, à travers le miroir.

Cet homme me suivait. Il avait certainement tué tous les Invisibles de ces derniers mois. C'était lui, le coupable de mes malheurs. C'était à cause de lui que tout était arrivé.

Et à présent que je l'avais dans le coin de l'œil, je pouvais affirmer quelque chose.

C'était bien un air de Cole qui se dissimulait sur son visage.

- Je vois que tu as compris… Maintenant, tu vas avancer tranquillement, jusqu'à la petite ruelle dans laquelle tu es arrivée, et nous allons transplaner. Il est grand temps que tu me rejoignes, Astrid…

Je déglutis difficilement. Je savais que je ne pouvais rien faire. Je n'étais pas assez stupide pour tenter quelque chose alors qu'il y avait autant de personnes autour de moi. Ou est-ce que je l'étais ? Après tout, qu'avais-je réellement à perdre ? Rien, nous étions d'accord. Alors, je tentai de faire ce que mon instinct d'Invisible me soufflait de faire.

Je dirigeai ma main vers la poche où se trouvait ma baguette magique.

- Souhaites-tu réellement faire cela, Astrid ? me murmura la voix de l'homme à l'oreille, alors que nous continuions d'avancer. Est-ce que tu veux vraiment m'affronter maintenant, au milieu de toutes ces personnes, et alors que tu pourrais les blesser gravement ? Je n'en suis pas certain. J'émets même de sérieux doutes concernant ta capacité à les blesser. Allons, sois raisonnable. Tu sais que tu ne veux pas ça, tu sais que tu ne veux pas être coupable de ça, tu ne supporterais pas d'avoir tous ces blessés sur la conscience.

- Il pourrait n'y avoir que vous de blessé, grondai-je.

Son rire moqueur résonna à mes oreilles, désespérément agaçant.

- Tu peux me tutoyer. N'oublie pas que nous sommes faits pour être ensemble.

- C'est vous qui le dites, pestai-je alors qu'il nous faisait avancer tranquillement parmi la foule.

Personne ne semblait nous remarquer. J'étais certaine qu'il avait lancé un sortilège de Confusion, ou de Dissimulation, pour que nous puissions aussi facilement avancer dans la foule, sans que personne ne s'étonne de notre étrange cortège. Ou alors, les sorciers étaient tous simplement trop captivés par ce qui se déroulait derrière nous. Les deux explications se tenaient, et aucune ne m'arrangeait et ne me permettait d'émettre le moindre signal de détresse à qui que ce soit.

- Enfin. Sois plus intelligente que tu ne fais l'effort de l'être, depuis toutes ces années. Tu sais très bien que tu ne pourrais pas me battre sans qu'il n'y ait des blessés. Et rien n'indique, par ailleurs, que tu me battrais…

J'aurais voulu lui faire mal. Malheureusement, si l'envie de me saisir de ma baguette était toujours tentante, il finit par me la prendre. Je frissonnai de dégoût à l'idée qu'il puisse me toucher aussi facilement, avant de finalement laisser tomber. Ce n'était pas maintenant que j'allais devoir me formaliser de ses gestes. Plus grave venait de se produire. Ma baguette m'avait été subtilisée, Camille et Cassy n'étaient plus dans mon champ de vision, et nous allions bientôt transplaner dans un lieu que je ne connaissais pas.

Il ne pouvait pas exister pire situation.

N'est-ce pas ?

Ou peut-être que si, compris-je alors qu'il reprenait son exploration dans mes poches intérieures. Il ricana à plusieurs reprises, mais se figea lorsqu'il sortit la fiole de ma poche. Il me regarda longuement, me jaugeant du regard, avant de finalement la faire disparaître dans sa propre cape, me faisant rager intérieurement. Je venais de comprendre pourquoi ma mère m'avait donné cette fiole : c'était mon unique chance d'éviter ce qui se produisait à présent. J'aurais dû l'avaler sans réfléchir.

Je serrai les dents, tandis que le fils de Cole terminait sa fouille.

- Allez, ma belle Astrid, susurra-t-il en me poussant dans l'allée qu'il avait repérée. Il est temps pour nous de rejoindre notre maison.

Avant que je ne puisse lui demander d'arrêter de me parler ainsi, il m'avait déjà saisi le bras, et nous transplanions vers une destination inconnue.

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18 juin 2031 – Chemin de Traverse, onze heures quarante-cinq.

Camille regarda la grande horloge accrochée au-dessus de l'entrée de Gringotts, et marmonna entre ses dents :

- J'espère qu'elle n'en a plus pour longtemps…

La patience n'avait jamais été son fort, encore plus dès lors qu'Astrid entrait en jeu. Il avait toujours cherché à la houspiller. Rien de ce qu'elle faisait ne pouvait être assez bien, assez rapidement exécuté. C'était comme ça. Et même si des efforts incompréhensibles avaient été faits ces derniers jours, Camille ne pouvait pas changer sa nature profonde en un claquement de doigts.

Alors, maintenant qu'il devait se reposer uniquement sur les compétences d'Astrid, il était obligé de critiquer ce qu'elle faisait.

- Je ne sais pas si elle n'en a plus pour longtemps, mais je crois bien qu'il va falloir que nous bougions, murmura Cassy dans un filet de voix.

Camille regarda le point que fixait sa coéquipière, et son cerveau se mit à tourner à plein régime. Des Aurors venaient de faire irruption dans leur champ de vision, et ils étaient à la recherche de quelqu'un, de toute évidence. Ils n'avaient pas l'attitude de personnes effectuant une simple promenade de santé.

- Super, marmonna Camille. Si on reste immobiles, ils vont forcément se demander ce qu'on fait là, à ne pas bouger, alors qu'il n'y a rien à voir. Et si on bouge trop vite, trop soudainement, c'est encore le meilleur moyen de se faire repérer. On le savait, que ce plan allait foirer, grogna-t-il.

- Pas la peine de pester, cela ne va rien faire avancer, lui fit remarquer Cassy vertement. Rends-toi plutôt utile.

- Comment ? rétorqua Camille en jetant un dernier coup d'œil à l'entrée de Gringotts.

Il désespérait d'en voir sortir Astrid. Rien à faire, toutefois. Elle restait à l'intérieur de cette banque, refusant d'en surgir.

- En évitant d'être surpris lorsque je prendrai ton bras, tout simplement, souffla Cassy en joignant le geste à la parole.

Alors, Camille fit ce qu'elle lui demandait. Cassy prit les devants, décidant de la vitesse à laquelle ils devaient marcher. D'un pas fluide mais lent, elle rejoignit la foule mouvante du Chemin de Traverse, Camille à ses côtés, qui s'efforçait de calquer sa marche sur celle de sa compagne de fortune. Tous deux avaient envie de courir, mais savaient que ce n'était pas la bonne chose à faire. Ils n'avaient pas envie de se faire repérer et, qui plus est, ils devaient également jouer le rôle de personnes âgées.

Les Aurors, plus que reconnaissables à leurs capes frappées du logo du Ministère de la Magie, n'avaient pas adopté un pas aussi décontracté qu'eux, et sur le qui-vive, ils n'hésitaient pas à bousculer des passants.

Cassy et Camille avaient beau être dissimulés sous les traits d'autres personnes, ils n'étaient pas assez stupides pour penser que les Aurors ne disposaient pas de moyens de les reconnaître malgré leur apparence différente.

Derrière eux, les Aurors continuaient à avancer, bousculant parfois des passants, ou bien en en arrêtant un ou deux pour leur demander leur identité. Rien ne semblait faire croire qu'ils avaient déjà repéré une cible. Rien, non plus, ne laissait penser qu'ils étaient là pour Cassy et Camille, mais ils étaient tous les deux assez intelligents pour se douter qu'une escouade d'une vingtaine d'Aurors n'était pas présente sur le Chemin de Traverse uniquement pour arrêter des trafiquants de Boursouflets.

Et puis, finalement, le moment de doute s'évanouit comme il était arrivé. Les Aurors les dépassèrent sans les arrêter, sans même leur jeter un regard. Leur déguisement avait fonctionné. Les Aurors ne les soupçonnaient pas.

- On tourne dans la prochaine ruelle à droite, on attend cinq minutes, puis on retourne devant Gringotts, murmura Camille.

Cassy hocha simplement la tête, faisant mine de s'intéresser plutôt à ce qui se passait autour d'elle plutôt qu'à la ruelle que Camille venait de lui indiquer. Elle ne perdit toutefois pas leur objectif de vue, et s'y glissa naturellement, tout comme Camille. Le calme soudain les surprit tous les deux, mais ils ne ressortirent pas pour autant. Ils avaient les yeux vissés sur leur montre, attendant que le temps réglementaire se soit écoulé, avant de rejoindre Gringotts.

- J'espère qu'elle n'est pas sortie entre temps…, marmonna Camille.

Cassy secoua la tête.

- Je ne pense pas. S'ils se trouvent réellement des indices capitaux auxquels Astrid puisse avoir accès en donnant cette clef, tu peux être certain qu'elle n'en ressortira pas avant de les avoir observés sous toutes les coutures.

Camille fronça les sourcils.

- S'il n'y a qu'un seul objet, cela ne va pas lui prendre trop de temps…

Cassy le fit taire d'un geste agacé de la main.

- C'est calme…, murmura-t-elle soudainement.

Camille fronça les sourcils.

- C'est normal, fit-il remarquer. Nous sommes dans une ruelle perpendiculaire à la rue principale. Il n'y a pas de raison que le brouhaha nous suive jusqu'ici.

Cassy secoua la tête.

- On devrait tout de même avoir un bruit de fond… Mais nous n'entendons rien. Je n'aime pas ça du tout, avoua-t-elle du bout des lèvres.

- Est-ce qu'il y a beaucoup de choses que tu apprécies ?

- Tu peux parler, rétorqua vertement Cassy. Non, je t'assure, Camille, quelque chose ne va pas.

Mais elle n'avait pas besoin de lui assurer. Camille avait beau être le premier à se moquer des réactions des autres, surtout lorsqu'elles affirmaient la présence d'un danger, il n'en était pas moins sérieux, et attaché à son rôle d'Invisible. Jamais il n'aurait pris à la légère un potentiel danger, et si Cassy était sur la défensive à cause de son instinct d'Invisible, Camille ne pouvait pas être stupide au point de laisser passer cet indice. Il faisait suffisamment confiance à sa collègue pour la croire lorsqu'elle estimait qu'une situation n'était pas normale.

C'est pour cela que les deux Invisibles avaient posé leur main sur leur baguette, prêts à dégainer dès lors que la menace serait avérée. Toujours prêts à parer à n'importe quelle éventualité.

Ils attendirent jusqu'à ce que les cinq minutes qu'ils s'étaient accordés se soient écoulées, puis Camille offrit à nouveau son bras à Cassy. Si jamais le danger n'était qu'un effet de leur imagination, ils valaient mieux qu'ils évitent de sortir de la ruelle en courant, leur baguette sortie et pointée vers des ennemis. Ils glissèrent chacun leur baguette dans leur manche, sachant qu'ainsi, ils suffiraient d'un petit mouvement pour que la baguette glisse à nouveau dans leur main, et soit prête à l'emploi. Et si aucun ennemi n'était présent, ils n'auraient pas à faire le moindre effort – leur baguette serait invisible pour des yeux non aguerris.

Malheureusement pour eux, leurs efforts furent inutiles. Le silence qu'avait perçu Cassy n'était pas un effet de son imagination. Le Chemin de Traverse avait été évacué, et l'escouade d'Aurors, qu'ils avaient cru berner, les attendait. De toute évidence, l'opération avait été montée d'une main de maître afin d'être certaine de les piéger.

La première question qui traversa les deux Invisibles fut de comprendre comment ils avaient été repérés. Soit Astrid les avait vendus – mais ils ne pensaient pas que cette option soit plausible – soit quelqu'un les surveillait – et cela semblait déjà plus probable, vu les malheurs qui avaient frappé les Invisibles ces derniers mois.

Cela dit, le temps n'était pas venu à la réflexion. Le temps était à l'action.

- Prête ? s'enquit Camille.

Cassy hocha la tête.

Les Aurors les encerclaient, et les baguettes étaient prêtes à servir.

- Nous ne souhaitons pas ouvrir le feu, mais nous avons tous les droits pour le faire si jamais vous montrez la moindre résistance. Nous souhaitons vous ramener au Ministère, rien de plus.

Les Aurors étaient campés sur leurs pieds, droits et prêts à en découdre. Aucun ne tremblait. Ils étaient préparés au combat.

- Tu sais, murmura Cassy, ça me rappelle que ce qui s'est passé le jour de la mort de Cole.

- Ouais, moi aussi, grommela Camille. Eh ! les invectiva-t-il. On n'a pas prévu de vous suivre.

Et sans autres sommations, Camille lança un sortilège.

Quelques Aurors reculèrent sous la puissance du sort, mais la plupart restèrent debout, ripostant, et se heurtant au charme du Bouclier de Cassy.

Laquelle regarda autour d'eux. Du coin de l'œil, elle aperçut du mouvement sur le toit. Si des attaques provenaient également d'au-dessus d'eux, ils ne pourraient pas s'en sortir. Or, si la situation leur rappelait celle qu'ils avaient vécue des années plus tôt, ils avaient conscience que l'issue devait en être totalement différente.

- On ne peut pas rester là, marmonna Cassy.

- Ouais, je sais. J'attends simplement le bon moment…

Il lança un nouveau sortilège, se défit du bras de Cassy, s'accroupit, et lança un sortilège Croche-Pattes. Il se redressa aussi vite, saisit le bras de Cassy, qui lançait un sortilège de Pétrification à l'Auror le plus proche d'elle, qui avait toutefois eu le temps de la toucher d'un sort coupant.

- Arrivederci! lança Camille.

Et tournant sur lui-même, le bras de Cassy fermement accroché à sa taille, il les fit transplaner loin de Londres et de la folie du Chemin de Traverse.

.

.

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18 juin 2031 – Fin fond des Cotswolds, midi.

Cassy se détacha du bras de Camille.

- Qu'est-ce qui s'est passé, par toutes les Harpies ?!

Camille secoua la tête, essayant de rassembler ses idées. La rapidité du Transplanage ne l'avait pas étourdi – il avait une faculté impressionnante à enchaîner les Transplanages sans se sentir malade qui en impressionnait plus d'un – mais la situation avait quelque chose de surréaliste, qui le déboussolait tout de même.

- Je n'en suis pas certain, marmonna-t-il. De toute évidence, nous avons été repérés. Mais par qui ?

- A ton avis ? siffla Cassy. C'est forcément quelqu'un qui veut du mal aux Invisibles.

- Le fils de Cole ? Je crois aussi, marmonna Camille. Mais nous n'avons aucune preuve.

- Nous avons failli nous faire avoir par des Aurors, alors que nous nous étions déguisés comme n'importe quel Invisible, répliqua rageusement Cassy. Bien sûr que c'est le fils de Cole qui leur a dit comment nous trouver ! Tu penses qu'ils sont devenus subitement assez intelligents pour nous trouver ? cracha-t-elle.

Elle agrémenta son propos par un crachat au sol.

- Délicieusement raffiné, marmonna Camille.

- Rien à foutre du raffinement. On ne sait pas où est Astrid, elle ne sait pas où nous sommes, à vrai dire, je ne sais même pas où nous sommes, on n'a pas la moindre idée de ce qu'elle a pu trouver dans votre fichue banque anglaise, et si ça se trouve, le fils de Cole est déjà en train de la torturer. Alors sincèrement, du raffinement, tu vas t'en foutre là où je pense.

Camille leva les yeux au ciel.

- Je te trouve un peu mélodramatique.

Cassy lui lança un regard noir auquel il préféra ne pas répondre.

- S'énerver ne servira à rien, lui rappela-t-il sagement.

- Peut-être, mais ça fait foutrement du bien.

- Eh bien, va t'énerver plus loin, s'agaça Camille. J'ai besoin de prendre le temps de réfléchir, et je n'ai pas envie d'avoir une Mante Religieuse énervée à mes côtés pendant mes profondes réflexions.

Cassy l'assassina du regard, mais obéit à sa requête, et s'éloigna quelque peu. Donner des coups de pieds dans des cailloux et faire peur aux rares animaux sauvages qui passaient non loin lui semblaient des activités tout à fait honorables pour extérioriser sa colère. Si Camille avait besoin de réfléchir, grand bien lui fasse. Elle préférait agir.

La laissant à sa colère qu'elle devait évacuer, Camille s'installa sur un rocher, les mains posés sur ses genoux écartés. Pensif, il regarda le sol, les brins d'herbe séchés par la chaleur suffocante de ces derniers jours. Le mois de juin était cruel, pour l'Angleterre, en cette année de canicule.

Camille se perdit dans la contemplation des brins d'herbe en même temps qu'il réfléchissait à comment tirer des conclusions cohérentes avec le peu d'éléments dont il disposait. Si seulement il savait ce qui était arrivé à Astrid… Les attendait-elle ?

Il se morigéna. Astrid ne les attendait pas. Astrid ne serait pas restée plantée devant Gringotts en attendant de les voir ressurgir. Cela aurait été attirer l'attention sur elle, et c'était exactement ce qu'ils devaient tous éviter. Astrid aurait poursuivi sa route, comme si elle n'attendait personne. Elle aurait quitté le Chemin de Traverse le plus naturellement possible, surtout si elle avait dû entendre des bruits de combats, ou même de simples rumeurs disant que des Aurors menaient une opération à l'instant même sur le Chemin de Traverse.

Donc, Astrid allait forcément les rejoindre.

Sauf si un événement l'en empêchait.

Comme, potentiellement, une rencontre avec la personne qui avait averti les Aurors de leur présence sur le Chemin de Traverse.

Camille secoua la tête. Il allait trop vite en besogne. Il devait tout reprendre depuis le début.

Astrid était entrée dans Gringotts, et lorsqu'ils avaient dû s'enfuir précipitamment, il était fort possible que ce soit au moment où elle-même soit sortie de la banque. Si elle ne les avait pas vus, Astrid avait certainement compris que quelque chose n'allait pas, et aurait donc agi en conséquence, à savoir partir de la zone à risques, de façon naturelle, en ne se faisant pas remarquer, et sans être suivie. Ensuite, elle aurait cherché le moyen de rejoindre une planque quelconque, puis aurait songé à un plan d'action pour les retrouver.

Camille se leva d'un bond. C'était obligatoirement ce qui avait dû se produire.

Cassy le regarda avec étonnement.

- Tu es arrivé à quelle conclusion ? demanda-t-elle, la voix toujours teintée d'agacement.

- Je crois qu'Astrid va nous rejoindre, affirma Camille.

Il lui exposa son raisonnement, donnant force de détails sur comment Astrid avait dû se sortir du Chemin de Traverse, se moquant effrontément du regard dédaigneux de Cassy. Il passa une quinzaine de minutes à lui expliquer tout cela, jusqu'à ce que Cassy soupire et l'interrompe, lasse et définitivement pas convaincue.

- Camille… Et si ton explication n'est pas la bonne ?

Camille la fusilla du regard, et s'approcha vivement d'elle.

- Pas la bonne ? Comment veux-tu qu'elle ne soit pas bonne ? Tu crois sincèrement qu'il existe une autre explication logique à ce qui se passe ? Tu ne vois pas que mon explication n'a pas de failles ?

Un sourire dépité vint relever les lèvres de Cassy.

- Vraiment, Camille ? Aucune faille ? Je crois au contraire qu'il y en a beaucoup, à commencer par le fait que tu n'as aucun raisonnement logique qui explique la présence des Aurors sur le Chemin de Traverse. Sans oublier le fait qu'Astrid n'est certainement pas en bonne santé, parce que nous n'en avons pas la moindre preuve. Je croyais que tu étais le pessimiste de cette mission, pas l'optimiste obtus !

Incapable de répondre, Camille ferma les yeux.

- Moi, au contraire, j'ai une très bonne explication. Quelqu'un nous a vus arriver, malgré nos déguisements. Et ce quelqu'un s'est empressé d'appeler anonymement les Aurors. C'est comme ça qu'on a été repérés. Et si cette personne a appelé les Aurors, rien ne l'empêche d'avoir intercepté Astrid, peut-être au sein même de Gringotts !

Camille secoua la tête, refusant d'admettre cette hypothèse, malgré toute sa logique. Malgré le fait qu'elle fasse s'effondrer tous ses arguments sacrément bancals.

Cassy lui adressa un sourire désolé.

- On a été repérés, Camille. Il y avait forcément une personne, sur le Chemin de Traverse, qui n'aurait pas dû s'y trouver selon nos plans, mais qui s'y trouvait tout de même. Cela veut donc dire que…

- Peut-être que tu as raison, mais cela ne veut pas pour autant dire qu'Astrid est partie avec cette personne, la coupa-t-il vertement.

Cassy ferma les yeux. Lorsqu'elle les rouvrit, Camille affichait toujours un air buté, qu'elle savait qu'elle ne pourrait pas vaincre avec un raisonnement logique.

- D'accord… Peut-être qu'Astrid n'est pas partie avec la personne qui nous a dénoncés. Mais peut-être que si, et si c'est le cas, nous n'allons pas rester ici jusqu'à notre mort en l'attendant. Alors, qu'est-ce qu'on fait ?

Camille soupira, avant de faire quelques calculs mentaux.

- Je pense… que si Astrid n'a pas été capturée, elle pourrait nous retrouver en quelques heures.

Cassy croisa les bras.

- Mais encore ?

- Je pense que si mon explication est la bonne, avant demain, neuf heures, Astrid sera ici avec nous.

- Et si elle n'arrive pas d'ici l'heure que tu prédis ? murmura Cassy.

Camille haussa les épaules. Il avait bien une idée de ce qui se produirait, ensuite, mais il savait que Cassy n'allait pas du tout apprécier ce plan. Alors, il préférait le garder pour lui, afin de le mûrir, de le polir, puis de le lui présenter de telle façon qu'elle soit obligée de l'accepter. Pas comme ses explications données quelques minutes auparavant, qu'elle avait balayées d'un revers de la main, sans aucune compassion.

Toutefois, il n'avait pas encore fait le deuil de son hypothèse.

Rien ne permettait de penser qu'Astrid n'allait pas arriver, pimpante, avant neuf heures, le lendemain matin. Rien du tout.

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19 juin 2031 – fin fond des Cotswolds, neuf heures cinquante.

Cassy regarda autour d'elle. Leur campement de fortune était habillement dissimulé au milieu de la végétation naturelle, sans compter les nombreux sortilèges qu'ils avaient lancés. Personne n'aurait pu les retrouver. Pour autant, elle ne se sentait pas en sécurité. Elle ne l'était jamais, lorsqu'elle devait être en planque dans un lieu qu'elle n'avait pas choisi, ni même inspecté une fois arrivée sur place. C'était une de ses nombreuses manies d'Invisible.

Elle soupira, et se tourna vers Camille, lequel gardait le visage fermé, le regard fixé sur un point qu'il était le seul à voir.

- Camille… Cela fait presque une heure, lui rappela Cassy. Il est plus que temps que tu me parles de ton plan.

Camille hocha la tête, ses yeux se figeant un peu plus.

- Il ne va pas te plaire, lâcha-t-il entre ses dents.

- Il n'y a que peu de plans montés par d'autres qui me plaisent, lui fit-elle remarquer à juste titre.

Un fin sourire, peu amène, étira les lèvres de Camille.

- C'est vrai. Mais tout de même…

Cassy attendit, sans aucune patience. Cela n'avait jamais été son fort.

- Je crois qu'il faut que nous allions trouver Harry Potter, lâcha finalement Camille, sans préambule pour préparer Cassy à sa proposition.

Aussi, Cassy n'y crut pas. Et elle éclata de rire.

- Mais bien sûr, ricana-t-elle lorsqu'elle se fut un peu calmée. Trouver Harry Potter… Et puis, pourquoi pas faire confiance aux Aurors, pas vrai ?

- Ouais… pourquoi pas, ouais, grogna Camille.

Cassy repartit dans un rire clair et tonitruant, jusqu'à comprendre que son collègue ne plaisantait pas. Alors, elle se mit en colère.

- T'es complètement con ou quoi ? Bien sûr qu'on ne va pas aller voir Harry Potter ! Pourquoi est-ce qu'on ferait ça, pourquoi est-ce qu'on serait aussi stupides ?! On ne pas aller se jeter dans la gueule de la Chimère ! Et puis, pourquoi est-ce que tu veux aller le trouver ? Tu crois que c'est aussi simple que ça ? On débarque, et tout est réglé ?!

Camille secoua la tête. Il ne s'était pas attendu à ce que Cassy comprenne, ni à ce qu'elle accepte cette idée. Lui-même n'était toujours pas d'accord avec ce plan, mais il savait aussi qu'ils étaient à court de solutions. Il soupira, longuement.

- Cassy… Astrid est kidnappée, je ne peux plus le nier. Nous sommes coincés au même point qu'avant. Nous n'avons pas la moindre idée d'où elle se trouve, et nos ressources sont de plus en plus faibles. De trois cerveaux, nous n'en sommes plus qu'à deux, même s'ils sont particulièrement brillants. Mais nous ne sommes pas assez nombreux pour retrouver Astrid avant qu'il ne lui arrive malheur. Il faut qu'on demande de l'aide.

- À des Aurors ?! cracha Cassy.

Camille soupira.

- Oui. À des Aurors. À qui d'autre ? Non, écoute-moi avant de monter sur tes grands Sombrals. Astrid n'est plus là, d'accord ? Elle a été kidnappée, j'en suis certain à présent. Nous pensons que c'est par le fils de Cole, mais nous n'en avons aucune certitude. Nous pensons également qu'il s'agit d'une histoire de famille mais, de même, nous n'en sommes pas certains. Nous avons besoin des autres informations. Nous avons besoin de comprendre toutes les données, d'en savoir plus, d'avoir les autres morceaux d'informations. Nous avons besoin des données manquantes. Et je suis certain que c'est Harry Potter qui les possède.

Cassy poussa un cri de rage, avant de s'éloigner brusquement. Camille, résigné, secoua la tête, et attendit qu'elle se calme, à quelques mètres de là.

Il n'appréciait pas cette idée, lui non plus. Aucun Invisible ne pouvait apprécier cette idée, elle était contre leur nature. Mais aucun Invisible n'était assez stupide pour ne pas accepter de l'aide, même lorsqu'elle n'était pas celle qu'ils appréciaient. Il était plus que temps que Camille et Cassy aillent pactiser avec le moins pire de leurs ennemis.

- Harry Potter ne nous laissera jamais repartir de chez lui comme si de rien n'était, fit remarquer Cassy.

Un peu plus calme que quelques minutes plus tôt, elle s'était rapprochée de Camille sans qu'il n'y prête réellement attention.

- On fera en sorte de lui fausser compagnie lorsque la situation sera trop tendue pour nous, assura Camille.

Cassy leva les yeux au ciel.

- Nous savons tous les deux que cela va être compliqué.

- Compliqué, oui, reconnut Camille. Impossible, non.

- Si tu le dis, bougonna Cassy.

- Mais je le dis, justement. Fais-moi un peu confiance. Il n'y a pas de raison que les choses se passent mal.

- Il y a des dizaines de raisons pour que les choses se passent mal, au contraire ! protesta Cassy, totalement agacée par l'attitude qu'adoptait Camille. Comme si tu ne le savais pas aussi bien que moi ! On va demander son aide à Harry Potter simplement pour avoir quelques informations supplémentaires, et tu crois quand même que rien ne va mal se passer ? Je te pensais moins naïf !

- Je ne suis pas naïf, Cassy, j'affronte juste la réalité en face ! J'aimerais qu'on puisse s'en sortir seuls, mais ce n'est pas le cas, et il ne s'agit pas simplement de notre fierté. On est aussi en train de disserter sur l'importance de sauver, ou non, l'une des nôtres.

L'argument frappa Cassy de plein fouet.

- Cassy… On ne sait rien du fils de Cole. Nous n'avons pas la moindre idée d'où peut se trouver Astrid, ni même si elle est encore en vie. Si nous avions les moyens de la localiser, tout serait plus simple, mais nous n'avons pas ces moyens. Alors, soit on décide de fuir, et on laisse Astrid se débrouiller, sans nous. Soit on se décide à partir rejoindre les Aurors, à leur donner les détails de ce que nous avons fait ces derniers jours, et on accepte le fait d'avoir besoin d'aide. Je ne pense pas qu'Astrid puisse s'en sortir sans un minimum de coopération entre nos deux forces.

Cassy le fixa longuement. Toute la résignation du monde se trouvait à présent dans son regard.

- Très bien, marmonna-t-elle. Nous n'avons plus qu'à aller chez Potter.

Et elle mit autant de haine qu'elle le put dans ce simple nom.

.

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19 juin 2031 – Lieu inconnu, heure indéterminée.

J'ouvris les yeux, et les refermai aussitôt.

La douleur était lancinante, et couplée à la lumière vive qui venait de frapper mes rétines, je n'étais pas en mesure de garder ouverts mes yeux.

Que s'était-il passé, déjà ?

J'essayai de retrouver une cohérence dans mon cerveau, mais un nuage de pensées embrumait mon esprit, et l'entraînait bien de loin de toute réflexion logique et rationnelle.

Qu'est-ce qui avait foiré dans notre plan ? Pourquoi n'étais-je pas en compagnie de Camille et de Cassy ? Où était ma baguette ?

Cette dernière pensée, la plus pressante, me fit bouger quelques muscles. J'avais besoin de mettre la main dessus, de la sentir entre mes doigts, et de me dire que j'avais au moins une arme à mes côtés, dans cette inconnue que semblait être cette situation.

Assez vite, je compris qu'il y avait un problème.

Déjà, je ne sentais pas ma baguette, alors qu'elle était toujours dans un endroit où je pouvais deviner son poids, où tout du moins sa présence.

Ensuite, mes mains ne pouvaient pas bouger sans me faire extrêmement mal.

Ensuite, un bruit sourd vint percuter mes oreilles lorsque je fis le premier mouvement. Comme si des chaînes, ou un autre élément d'emprisonnement, suivaient le moindre de mes gestes.

- Astrid ? chuchota une voix. Tu es réveillée ?

Mes sens se mirent en alerte, bien plus qu'ils ne l'étaient déjà. Je n'avais pas eu le temps de le remarquer, lorsque j'avais ouvert les yeux, mais je n'étais pas seule dans la pièce. Je tendis l'oreille, et une seconde respiration vint se superposer à la mienne. Une respiration qui appartenait à un homme, qui connaissait mon prénom, et dont la voix m'était familière…

- Luis ? finis-je par demander, peu sûre de ma supposition.

Je n'avais plus eu de nouvelles de Luis depuis des années, depuis ce dernier jour des Invisibles. Je pensais qu'il était reparti dans son pays, quel qui soit. Mais j'aurais dû me douter que lui aussi avait été impacté par les derniers événements liés aux Invisibles.

Il ne pouvait pas avoir simplement disparu de la circulation. J'avais été naïve de ne pas me préoccuper de son sort, sous prétexte qu'il n'avait pas pu être attrapé.

Je me rendais à présent compte à quel point j'avais eu tort.

- Oui, c'est bien moi, souffla-t-il.

Sa simple voix faisait vibrer ma tête. J'avais besoin de calme, pour me remettre de mes émotions, mais il était stupide de ma part de croire que j'aurais le répit nécessaire à mon rétablissement. J'avais certes besoin de calme, mais le plus important, c'était de découvrir ce qui m'était arrivé.

Je tentai de me remettre de mes émotions, mais trop de questions se bousculaient.

- Pourquoi es-tu là ? m'étonnai-je finalement. Les autres sont morts, ou en fuite…

- Les autres ? s'étonna Luis.

Je tentai d'ouvrir à nouveau les yeux, et voulus également me tourner vers Luis, dont la voix me parvenait dans mon dos. Faire ces deux gestes pourtant simples me firent souffrir le martyr, et les larmes me montèrent aux yeux plus rapidement que ne démarre le plus rapide balai au monde. Malgré la douleur, je m'efforçai tout du moins de me tourner vers Luis. J'y arrivai avec beaucoup de difficultés.

J'ouvris à demi les yeux, et parvins à le distinguer, même si les larmes floutaient ma vision. Luis était prostré dans un angle, les bras étirés et attachés contre le mur contre lequel il était adossé. Ses jambes étaient ramenées sous son corps dans une posture qui devait être particulièrement inconfortable. Il avait la peau extrêmement pâle, lui qui adorait le soleil et bronzait facilement, même en hiver. Il avait aussi beaucoup maigri, et son visage, émacié, marquait des marques de fatigue telles que je me demandais de quand datait sa dernière nuit complète.

Et alors, j'eus une grande peur.

Une peur affreuse.

- Luis… Tu es là depuis combien de temps ? demandai-je d'une petite voix.

Il me sourit tristement, et je sentis mon cœur se serrer un peu plus. Sa réponse allait certainement être la confirmation de mes craintes.

- Tu viens de comprendre, n'est-ce pas ?

Il déglutit difficilement, et toussota. Sa toux, rauque et profonde, était celle d'un homme mourant.

- Depuis le début, Astrid… Je suis là depuis le début. Ou, plutôt, depuis la fin des Invisibles. Ce fou a eu le temps de m'attraper avant que je ne rejoigne mon pays, et depuis…

Il désigna les chaînes d'un léger mouvement de tête, et, totalement horrifiée, je ne sus quoi dire.

Notre kidnappeur était un malade mental, et je ne savais pas comment nous allions nous sortir de cette situation.

J'inspirai profondément. La situation était critique.

- Luis, j'ai besoin que tu me racontes tout depuis le début. Tout ce que tu sais, pourquoi tu es encore là alors que tu aurais pu partir… J'ai vraiment besoin de connaître les détails. Il y a encore trop de zones d'ombre dans cette histoire pour que j'assemble tous les morceaux correctement.

Luis hocha la tête.

- J'étais en route pour rentrer au pays, en Argentine, quand j'ai réalisé que j'étais suivi. Ça devait être plus d'un an après la mort de Cole. Je dirais que ça faisait un an et demi que j'étais en cavale.

- Tant que ça ? m'étonnai-je.

- Eh ! J'ai dû faire beaucoup de détours pour déjouer les Aurors internationaux, rétorqua-t-il. Je te rappelle que je suis en fuite, un criminel avéré, et que mes bonnes actions au sein des Invisibles ne comptent pas comme actions de repentir pour la communauté sorcière…

Je ne répondis rien, sachant pertinemment que ma réaction avait été biaisée par ma facilité à me réintégrer à la société, au contraire de mes anciens collègues qui avaient forcément rencontré des obstacles… surtout ceux qui avaient choisi de fuir, et dont je comprenais totalement la réaction. Après tout, j'avais aidé à la réalisation de cette fuite.

- Donc j'en étais à ces quelques années de fuite, quasiment en Argentine, après un bon détour par les parties les plus sauvages du Canada, lorsque j'ai réalisé que j'étais suivi. Bien sûr, j'ai fait ce que tout bon Invisible aurait fait. J'ai feint de ne pas m'être rendu compte de cette situation, et j'ai réfléchi aux moyens de me dépêtrer de ce foutoir. J'y étais presque arrivé, marmonna Luis, quand j'ai réalisé qu'en réalité, je ne me dépêtrais de rien du tout. J'étais totalement coincé, en fait. Depuis le début, celui qui me suivait me faisait croire que j'étais celui qui menait la danse, alors qu'en réalité… il m'a emmené exactement là où il le souhaitait. Il y a eu une belle bataille, au bord du grand Canyon, que j'avais rejoint en croyant y être à mon avantage, mais ça a été une utopie vite démentie. Il était bien plus dans son élément que moi, et si j'ai cru un instant m'en sortir, il a finalement eu raison de moi. Et me voilà, depuis des années, coincé dans ce maudit trou à rats…

Je fermai à nouveau les yeux, mes sens en éveil. Luis était donc ici depuis des années. Parfait. Notre kidnappeur était donc un psychopathe. Cela dit, pouvais-je réellement m'attendre à autre chose de la part du fils de Cole ?

- Comment se fait-il que tu sois encore en vie ? demandai-je.

- Parce que j'avais des informations à négocier. Informations qu'il souhaite à tout prix, et que je ne lui ai jamais données, cela est évident, renifla Luis, méprisant.

Je souris faiblement. Je ne doutais pas une seule seconde que jamais Luis n'aurait donné la moindre information. Je le connaissais trop pour douter de lui. Mais je ne comprenais pas pour autant sa survie…

- Mais si tu ne les lui as pas données…

- Je ne sais pas, reconnut Luis après quelques secondes de silence. Ce type est vraiment dérangé, Astrid, et…

Il se tut alors, comme si la suite ne pouvait pas être prononcée. J'ouvris les yeux. La douleur refluait très légèrement, et j'arrivais à me souvenir de quelques éléments de ce qui s'était passé après ma sortie de Gringotts.

Nous avions transplané. Transplanage d'escorte. Puis, nous étions arrivés dans un lieu que je ne connaissais pas du tout, qui ne ressemblait à aucun lieu que je n'avais jamais vu… Ou peut-être que si ?

Oh, par tous les sorciers célèbres.

Si, bien sûr. Je n'avais jamais vu ce lieu en vrai, mais je l'avais déjà vu, depuis peu, en fait. En photo. Dans la banque de Gringotts. La photo qui se trouvait dans le coffre personnel de ma mère était une photo de cette maison.

Donc, ma mère m'avait fourni une photo du lieu où j'allais être kidnappée. Parfait. Excellent. Et maintenant que je connaissais cette information, en quoi allait-elle m'être utile ? En rien, vu que j'étais toujours enchaînée. Cette situation ne pouvait pas aller en s'améliorant, de toute évidence.

Je poussai un profond soupir, et tentai tant bien que mal de réfléchir à ce que je pourrais faire. La réponse me vint assez rapidement, tellement elle était simple : rien. Je ne pouvais rien faire, pour le moment, à part continuer à questionner Luis.

- Bien… Et durant toutes ces années, qu'avez-vous fait, avec ce cher ravisseur ?

- Pas grand-chose, reconnut Luis. Il m'a surtout trimballé d'un point à un autre, d'une cachette à une autre, jusqu'à celle-ci, qu'il trouve particulièrement à son goût pour son chef d'œuvre final.

Il m'adressa un regard désolé.

- Je suppose que je suis son chef d'œuvre final ?

Si Luis fut surpris de m'entendre énoncer la chose avec tellement de facilité, il ne me le fit pas remarquer pour autant, et haussa simplement les épaules. Je soupirai avec fatalité.

- C'est vraiment super, de se retrouver dans de telles circonstances, grommelai-je. Quelles charmantes retrouvailles ! Par contre, il y a encore un point que je ne comprends pas, Luis. Pourquoi est-ce que tu es encore là ?

Il m'adressa un regard d'incompréhension.

- Tu aurais pu t'échapper des dizaines de fois, durant toutes ces années ! Luis, tu es un Animagi ! Pourquoi est-ce que tu es toujours là, alors que tu aurais pu te transformer et t'enfuir ?

Le nombre de fois où Luis était parti en mission sous sa forme animale était incalculable. Donc, il me semblait logique qu'il se soit sorti de situations délicates en se transformant.

Luis rougit légèrement, sans que je ne sache si c'était de gêne ou de colère.

- Je ne peux pas, marmonna-t-il finalement.

Je le regardai sans comprendre.

- Je… ne peux vraiment pas, insista-t-il. Astrid, on a tous nos faiblesses, d'un point de vue magique. Toi, par exemple. Tu n'as jamais été très douée pour repousser le sortilège de l'Imperium, pas vrai ?

Je grimaçai à l'énonciation de cette vérité. Je détestais qu'on me rappelle cette réalité, qui avait failli me mettre en danger plus d'une fois. Bien sûr, on apprenait à composer, lorsqu'on possédait une telle faiblesse. On faisait en sorte de ne pas laisser le temps à son adversaire de nous lancer un tel sortilège, histoire d'éviter d'être incapable, ensuite, de se défaire de son emprise. Mais cela avait failli me coûter la vie sur une affaire, et personne n'était prêt à l'oublier, et moi encore moins.

- Eh bien, moi, je suis incapable de me transformer sans baguette. Je suis loin d'être le seul dans ce cas, ajouta-t-il rapidement et plus sèchement qu'il n'était nécessaire de le faire. Enfin, voilà la triste réalité. Je n'ai pas ma baguette avec moi, et je ne peux donc pas me transformer…

Je jurai. Cela devenait plus logique.

Et plus problématique, également.

Sauf qu'un détail dans la conversation venait de me faire réagir.

- Attends… Luis, tu as parlé du sortilège de l'Imperium…

Il hocha la tête, doucement, comme se préparant au pire. Comme me préparant au pire.

- Il… Ne me dis pas qu'il a prévu de me soumettre à ce sortilège ?

Le silence de Luis me suffit comme réponse, et eut le mérite de me rendre muette pour quelques secondes.

- Le fils de Cole est définitivement barge…

- Ah, je me demandais justement si tu étais arrivée à cette conclusion, et si tu savais qui était notre ennemi… Il me l'a avoué il y a quelques jours seulement. Je pensais que c'était un tueur à gages qui aimait simplement me faire souffrir, jusqu'à ce qu'il m'explique qu'il te cherchait. J'ai alors cru que c'était simplement un ennemi des Invisibles. Et puis, finalement, je me rends compte que c'est bien pire que ça, termina-t-il en badinant.

Comme si ce n'était pas une information qui devrait nous faire suer plus que cela. La nonchalance des Invisibles, en somme.

- Bon… Tout ceci ne nous avance vraiment pas, grommelai-je sourdement.

Luis secoua la tête, bien d'accord avec moi. Nous étions encore loin de nous sortir de ce pétrin.

- Et, par hasard… Il ne t'aurait pas dit ce qu'il comptait me faire, une fois sous le sortilège de l'Imperium ?

Luis hocha la tête, et je sentis que la réponse n'allait pas me plaire. Cela dit, peu de choses me plaisaient dans cette histoire, alors une mauvaise nouvelle en plus ne devrait pas me mettre au sol, n'est-ce pas ?

- Trois fois rien, ricana Luis. Simplement remettre sur pieds les Rapaces Nocturnes, avec l'aide de la fille des Smith.

- Mais encore ?

Quitte à savoir ce qui m'attendait, j'espérais connaître les moindres détails.

- Astrid… Tu vas devenir sa chose. Je crois que c'est assez simple à comprendre, non ? Tu as un entraînement d'Invisible, et tu vas devenir une Rapace Nocturne à ses côtés.

Il retint quelques mots, que je devinai sans peine.

- Sa femme, en somme ?

- Via un Serment Inviolable, ajouta Luis.

- Mon avenir me semble particulièrement réjouissant, tu ne trouves pas ?

Luis hocha sombrement la tête, me plongeant dans la perplexité la plus totale. Comment en étais-je arrivée là ? Pourquoi est-ce que cette histoire n'avait pas pu se terminer des années plus tôt ? Pourquoi est-ce que jamais personne n'avait su pour le fils de Cole ?

Je serrai les dents. Ma mère avait été au courant, mais n'avait pas jugé bon d'en avertir les Invisibles.

Une fois encore, tout est de la faute de ma mère.

- Astrid… Je crois qu'il monte, chuchota Luis.

Nous ne fîmes plus aucun bruit, et les bruits que j'entendis me confirmèrent ce que venait de me dire Luis.

- Fais semblant d'être encore assommée, cela te donnera quelques heures de répit. Tu n'étais pas censée te réveiller avant plusieurs heures, m'avoua Luis.

Je hochai la tête précipitamment. Il était plus que temps pour moi de jouer le rôle de la personne assommée. Surtout si ce rôle pouvait me sauver la vie.


Lumos

Hem. Bon. On ne va trop, trop se mentir, j'ai pas grand-chose dans mon sac pour vous donner des explications valables concernant ce délai. On va dire que c'est un grand concours de circonstances.

Tout d'abord, le NaNo a été très compliqué, vu que j'ai eu la bonne idée de prendre 10 jours de vacances au milieu, ce qui a signifié assez rapidement que c'était totalement inenvisageable de terminer le quota de 50 000 mots. Du coup, ça m'a mis un coup au moral, alors que mon véritable but, c'était plutôt de terminer cette histoire. Heureusement, ça a été fait ! Notez-le bien, lisez-le bien, je le répète : Héritage est terminée d'écriture. Les derniers chapitres sont soit en cours de correction auprès de DelfineNotPadfoot, soit en cours de relecture de mon côté. Voilà pour la première partie des explications.

La deuxième partie, c'est que je suis humaine, tout simplement. J'ai eu un mois de décembre très compliqué, paraît-il, et le mois de janvier n'a pas forcément été sous les meilleurs auspices non plus, ce qui a voulu dire une baisse de régime, une fatigue constante, et une grande flemme de faire quoi que ce soit de productif. Aucune envie de me replonger dans une histoire qui me donnait du plaisir alors que d'un point de vue humain, j'avais juste envie de décrocher et qu'on me foute la paix. Du coup, je me suis foutue la paix à moi-même, et vu que j'avais relu deux chapitres, envoyés depuis à ma bêta, je me suis octroyée un grand moment de pause.

Et du coup, ça a mené au troisième point : à aucun moment je n'ai demandé à DelfineNotPadfoot d'être moins humaine que moi, et donc, de cravacher pour des corrections sur lesquelles je n'avais aucune envie de plancher, clairement.

Pour finir, il y a eu ce qu'on peut appeler un incident technique des plus stupides du monde, ah ah. J'ai pas pu poster le chapitre la semaine dernière parce que FF n'acceptait pas l'upload du chapitre. Ah, ah, ah. C'était tellement drôle, en fait, avec le recul, sincèrement. Bref. J'aurais pu le poster dans la semaine, effectivement, mais ça a encore été une semaine assez chargée, donc, je ne l'ai pas fait.

MAIS LE VOICI.

Et comme il est de mon devoir de vous prévenir, nous arrivons bientôt à la fin. Yep. Genre, il y a ce chapitre. Puis deux autres. Puis un dernier, tout petit, un épilogue, finalement, même si pour moi, c'est un chapitre entier, vu l'importance qu'il revêt. Et ensuite, Héritage, c'est fini... Mais toutes les bonnes (et les mauvaises) choses ont une fin, alors il va falloir s'y préparer. Genre, se préparer à ne plus lire mes notes d'auteur interminables (vous le voyez, le message subliminal à moi-même ? Ouais ? Bref)

Ce que je vous propose, pendant ces dernières semaines de publication (qui vont être étendues en je ne sais combien de semaines, hein, pas la peine de demander, ça dépendra du travail de DelfineNotPadfoot et de plein d'autres choses, genre, ma motivation), c'est de ne pas hésiter à me dire ce que vous avez préféré ou détesté dans ces deux (trois ? Est-ce qu'on compte Éclair et Vif dans cette affaire ?), et puis de poser toutes les questions qui vous viennent à l'esprit, histoire que j'y réponde au fur et à mesure, dans une note d'auteur (ou en toute fin d'histoire, en petit "bonus" d'auteur. On verra combien de lecteurs je n'ai pas perdu en route, ah ah ah ah)

Allez, j'arrête de divaguer. Il est grand temps pour moi que je vous laisse retourner à vos occupations.

Nox