-Fullmoon ! Descends de là, tu vas mettre des poils partout sur ma robe ! s'écria Will, alors qu'en sortant de la douche, elle venait de tomber nez à nez – enfin… presque – avec la siamoise qui s'ébattait joyeusement sur le lit de sa maitresse.

A moins de vingt centimètres de la robe de bal que Will devait enfiler d'ici quelques minutes. La jeune fille avait manqué de s'étrangler. Des poils beiges sur une robe vert bouteille. Il ne manquait plus que ça ! La robe, d'ailleurs, était magnifique. Selon la mode de l'époque, la coupe était serrée à la taille, et allait en s'évasant jusqu'à dessous du genou, à manches courtes, en boules, et un petit décolleté. De mauvaise humeur, la petite féline sauta à terre, et s'en alla, la queue en l'air et tête haute pour manifester son mécontentement d'être traitée comme le commun des mortels alors qu'elle avait d'habitude droit à des cajoleries incessantes de la part de sa jeune maitresse. Will leva les yeux au ciel avant de sourire. Ce chat la rendrait folle. Dans le placard, elle saisit les escarpins en satin, assortis à la robe. A la lumière, le tissu prenait un reflet vert d'eau, bien plus clair, c'était magnifique. Maquillée et coiffée, par un simple chignon d'où s'échappaient quelques mèches, la jeune fille s'échinait à refermer la fermeture quand sa sœur entra. Comme à son habitude, Silvia était magnifique. Dans une robe rouge bordeaux, qui, contrairement à celle de sa sœur, était droite et tombait jusqu'à terre, avec un immense décolleté dans le dos, elle ferait encore fureur. Quel dommage que ça soit cet abruti du ministère qui ait eut son cœur.

-Attends, je vais t'aider.

Silvia se plaça derrière Will et zippa la fermeture en deux temps, trois mouvements.

- Tourne-toi, intima-t-elle.

Will s'exécuta sagement. Elle savait bien que cette soirée était avant tout celle de sa sœur et de personne d'autre. Mais Silvia était simple, et faisait bien moins de chichis que leur mère.

-Tu es ravissante, murmura sa sœur.

-Merci. Mais tu es encore plus belle.

Will baissa les yeux. Sa sœur avait tout, et semblait heureuse, alors qu'elle n'aurait demandé qu'une chose, rester à Poudlard avec Tom, la vie était injuste, vraiment. Leur mère ne pouvait pas avoir deux filles parfaites de toute façon. Elle lui avait déjà écrit la veille, et avait l'intention de réitérer le lendemain. Elle lui aurait sans doute envoyé une autre lettre aujourd'hui si sa mère n'avait pas décrété qu'avec le temps qu'il faisait, le courrier ne pouvait pas circuler. La preuve, ils n'avaient pas reçu la gazette aujourd'hui, cela voulait tout dire. Monsieur Blaine n'avait rien dit, se contentant d'hocher la tête. Cela faisait sourire Will. La politique de son père était simple : éviter de contrarier sa femme car ses colères peuvent être pires que tout. Mais il n'était pas un homme soumit pour autant, Will le savait. Elle avait déjà vu son père réagir au quart de tour pour faire taire leur mère, la mouchant tant et si bien que celle-ci ne parlait en général plus pendant une demi-heure. C'était amusant à voir.

-Wihelminaaaa, Sivliaaaaaaa, cria une voix stridente qu'elles reconnurent sans aucun soucis. Les invités ne vont pas tarder, dépêchez vous !

-Aller viens.

Silvia prit la main de sa sœur et les deux filles Blaine dévalèrent les escaliers pour aller s'installer dans le salon. Leur mère avait fait quelque chose d'énorme. La maison, d'habitude si propre que quand elle commettait l'erreur abominable de marcher en chaussettes, Will n'avait jamais de traces en dessous si bien que personne ne s'en était jamais rendu compte, semblait scintiller, tellement elle avait été briquée, cirée, nettoyée. Et leur mère, dans sa robe en taffetas vieux rose, était parfaitement sublime. Dans un de ses smokings intemporels, monsieur Blaine parcourait la gazette de la veille, à défaut de ne pas avoir pu lire celle d'aujourd'hui. Et la porte sonna une première fois. Le ballet des invités commença. Pendant prêt d'une heure, ce fut sonnerie de porte sur sonnerie de porte, arrivée sur arrivée, et Will ne savait plus où donner de la tête. Elle se serait bien précipitée à l'étage pour se noyer dans un bon livre, mais elle savait d'avance que sa mère le remarquerait. Et puis, impossible encore de savoir à quelle heure serait servit le diner. La jeune fille prit son mal en patience. S'approchant du petit buffet où, au fur et à mesure que nourriture et boisson disparaissaient, d'autres choses apparaissaient, elle prit une coupe de jus de fruits. Au moment où elle allait tendre la main vers un petit four salé, une autre manqua de lui passer devant. Elle releva les yeux pour voir le propriétaire de la main en question, et eut une impression de déjà vu.

-Pardon, s'excusa-t-il immédiatement.

-Ce… ce n'est pas grave.

Les yeux bleus venaient de la crucifier sur place. Elle le détailla. Grand, châtain, les cheveux à peine longs, sa silhouette ne lui était pas inconnue, elle en était certaine.

-Tu… tu es Will non ?

-Oui… mais, on se connait ?

Le jeune homme contourna la table avant de se présenter :

-Nigel Harmond. Je suis en sixième année à serdaigle.

Harmond… ce nom lui disait vaguement quelque chose. Et pour cause, elle avait déjà entendu Tom pester contre lui… En revenant des réunions de préfets !

-Tu es préfet, c'est bien ça ?

Il sourit.

-Exactement.

Au loin, Will vit sa sœur lui faire un clin d'œil et lever le pouce, chose qui signifiait clairement « il est mignon ! ». Elle savait que le jeune homme, en plus d'être sang pur, était aussi très riche. Raison sans doute de sa présence ici avec ses parents. Sa mère voulait aussi la caser ou quoi ? Une fille mariée dans l'année ne lui suffisait pas ? Au moins, elle avait peut être une chance de passer une meilleure soirée de noël que prévu…

-Vous avez fait une excellente saison l'an dernier. Tu es bien poursuiveuse, je ne me trompe pas ?

-C'est ça, il faut dire que nous avons un bon capitaine…

Et la conversation s'embraya ainsi. Tant et si bien que quand le diner fut annoncé, ni l'un ni l'autre n'avaient vu le temps passer. Dans la salle à manger, l'immense table, toute en longueur, avait été soigneusement disposée. Et Will eut l'agréable surprise – mais en était-ce vraiment une, connaissant sa mère… ? - de constater qu'elle était à côté de Nigel. Hélas, elle déchanta rapidement en voyant qu'elle était presque en face de son futur beau frère. Au secours… Nigel suivit son regard et sourit, amusé mais pas moqueur.

-Ca n'a pas l'air d'être le grand amour.

-C'est le cas de le dire, répondit Will, en fronçant les sourcils.

La jeune fille regarda rapidement la disposition de la table. Hommes et femmes s'alternaient selon la coutume, son père présidait d'un côté, sa mère de l'autre. Et puis elle trouva que tout était un peu trop bien mit en place pour être qu'elle soit à côté de Nigel. Et la connexion se fit rapidement dans son cerveau. Sa mère avait pour objectif de la caser avec le jeune héritier, elle n'avait plus aucun doute contrairement à quelques minutes auparavant où elle se demandait si c'était fait exprès. Enfin, même si les motifs de sa mère n'étaient pas réellement innocents, elle n'avait pas de raison de s'en plaindre. Le jeune homme était agréable, avait pas mal de sujets de discussions, et surtout, il l'écoutait tout autant. C'était assez agréable. Elle riait à ses plaisanteries, et il riait aux siennes. Pourtant, Will ne pouvait ignorer le regard bourré de sous entendus de son beau frère en face d'elle. Elle tourna la tête vers lui et il lui fit un énorme clin d'œil, pas discret le moins du monde. La jeune femme espéra que Nigel n'avait rien vu. Heureusement, il ne sembla pas. Elle se contenta de donner un coup de pied à sa sœur sous la table, et de lui désigner son fiancé du regard avec un froncement de sourcils. Sivia comprit et donna un petit coup de coude à l'incriminé. Will put seulement l'entendre murmurer un « quoi ? » surprit, avant de repartir dans sa discussion avec Nigel. Etait-c e mal de passer un si bon moment qu'elle en oubliait son petit ami, solitaire, à l'école ? Surement. Alors que les invités quittaient la table, les hommes se rendant au fumoir où les attendaient divers jeux de gentlemen, tel le billard magique de Mr Blaine, jeu très prisé dans la haute société, et que les dames allaient continuer leurs discussions – du style aptitudes et qualités de leurs elfes de maisons respectifs – Nigel salua Will pour suivre son père là où sa condition l'exigeait, alors que Will aurait volontiers continué de discuter avec lui.

Elle ne put s'empêcher de marquer la différence d'avec Tom. Tom, lui, l'aurait simplement prise par le bras pour l'emmener à l'autre bout de la maison pour qu'ils y soient seuls. Ils ne pouvaient pas être semblables. Et pourtant, un instant, elle regretta que son petit ami ne soit pas un peu plus à l'écoute. Elle soupira, et suivit les dames dans le salon, alors qu'elle n'avait pas la moindre envie d'écouter ces discussions insipides et creuses. Mais avait-elle le choix ? A peine entrée, elle s'assit dans un coin sur une petite chaise, alors que sa sœur faisait voleter délicatement et avec grâce une tasse de thé jusqu'à elle. Elle la saisie et la remercia du regard. Perdue dans ses pensées, Will ne vit pas le temps passer, et ne se rendit compte que sa mère était à côté d'elle que quand celle-ci l'apostropha, entre deux gorgées de thé :

-Alors, ma chérie, tu passes une bonne soirée ?

La lueur de victoire dans les yeux de Mrs Blaine était par trop visible, aussi Will décida de ne rien en laisser paraitre. Rien que pour cela, elle ne pouvait pas laisser sa mère gagner, bien que Nigel soit un garçon adorable.

-Oui, Nigel est gentil… avança-t-elle prudemment.

Surtout, surtout, ne pas se laisser avoir !

-Et il est d'une très bonne famille ! argua sa mère. C'est tout de même autre chose que ton petit…

-Mère je vous en pris, siffla Will entre ses dents, agacée. Ce n'est ni le lieu ni l'instant d'une dispute. Et je vous prierai de ne pas critiquer Tom ! Tout le monde n'a pas la chance d'être né riche.

Elle sentit les larmes lui monter aux yeux, agacée. Sa propre faiblesse la rendait incapable de rester là. Si les invités voyaient son état, sa mère allait lui faire un scandale aussi décida-t-elle de filer.

-Si vous voulez bien m'excuser, mesdames, j'ai énormément de travail à faire, et cela m'épuise, j'aimerai aller m'allonger. Passez une bonne soirée, et joyeux noël.

Sans vraiment attendre ou entendre les vœux de ces dames, ni faire attention au regard anxieux de Silvia, Will tourna les talons. Elle n'avait qu'une envie, monter dans sa chambre, et écrire sa peine à Lucy, tout en espérant avoir une réponse de Tom, avant de se rappeler cruellement qu'aucun courrier ne partirait de la maison aujourd'hui sur ordre de sa mère. Elle avait vraiment le don de lui gâcher la vie ! Au moment où Will commençait à gravir les marches de l'escalier, une voix masculine la fit s'arrêter et se retourner.

-Will ?

C'était Nigel. La jeune felle passa une main devant ses yeux, pour en chasser les quelques larmes, avant de lui offrir un sourire de circonstance.

-Vous partez déjà ? s'enquit-elle pour la forme.

-Oui, nous avons un engagement demain midi, hélas. Mais, mère m'a dit que tu ne te sentais pas très bien… ?

Will eut un bref instant de flottement. Il s'inquiétait pour elle, s'était adorable… Elle essaya d'adopter un sourire un peu plus sincère.

-Ce n'est rien. La fatigue des cours qui tombe d'un coup… Après une bonne nuit de sommeil ça ira mieux.

-D'accord… Bonne nuit alors.

-Toi aussi.

La jeune femme allait reprendre sa montée des escaliers quand Nigel l'arrêta de nouveau :

-Tu sais… Tu es ravissante ce soir. Je veux dire, encore plus que d'habitude.

Il fut impossible de savoir, à cet instant, qui, de Will ou de Nigel, rougissait le plus. Elle essaya d'articuler un « merci » mais il ne lui en laissa pas le temps, son ton devenant un peu plus sec, presque amer :

-Dommage que Tom ne t'ai pas vue ainsi.

Ou comment retourner le couteau dans la plaie. Le sourire de Will s'évanouit immédiatement.

-Oui… Bonsoir, Nigel. On se reverra à l'école.

-Bonne nuit.

Cette fois-ci, il la laissa gravir les escaliers. Une fois sa porte passée, Will se laissa aller sur son lit, en pleurant. Elle n'avait qu'une envie, être dans quelques jours et filer chez Lucy. Cette fois-ci, quand Fullmoon monta sur le lit pour venir réconforter sa maitresse, celle-ci ne la repoussa pas, au contraire. Elle la serra, et s'endormie toute habillée, la siamoise ronronnant dans ses bras.