L'obscurité, la douleur, puis la lumière d'abord insignifiante, qui maintenant l'éblouissait douloureusement. Soudain, s'ajouta le son, éclatant, trop clair, et trop violent. Des cliquetis métalliques, des hurlements atroces, des voix incompréhensibles, des bruits organiques, des bips mécaniques.

Pourquoi fallait-t-il que tout cela l'agresse. Il voulait retourner au néant, c'était moins dur, plus facile. Mais la lumière s'intensifia encore. Soudain des formes apparurent. Sa vision était floue, ses oreilles bourdonnantes. Il voulut se relever mais il était solidement entravé. Il se débattit de toute ses forces.

Une voix pris le dessus sur les autres sons, qui répétait inlassablement la même chose. « Markus, tout va bien, vous êtes en sécurité. »

Les sons n'avaient aucun sens, mais la voix était rassurante, et elle lui rappelait quelque chose. Il attrapa ce fil de pensée et le suivit jusqu'à en retrouver l'origine au fond de sa mémoire.

Rosanna veillait le grand humanoïde vert depuis quelques heures lorsqu'il avait brutalement tenté de se redresser en hurlant et écumant. Elle avait du maintenir le lit de son mieux pour que ce dernier ne bascule pas. Elle avait tenté de le calmer, d'une voix qu'on utiliserait pour apprivoiser un cheval apeuré.

« Markus, tout va bien, vous êtes en sécurité. » Elle l'avait répété encore et encore, presque avec désespoir.

Après un dernier soubresaut, ses yeux s'étaient révulsés et il était retombé inanimé sur le lit.

Le Dr Beckett l'avait rassurée, il était sorti de l'espèce de coma où il se trouvait, et dormait maintenant profondément.

Il faisait nuit depuis longtemps, et l'infirmerie plongée dans une semi-obscurité était calme, lorsque Markus se réveilla. Il attendit que sa vue s'adapte, étudiant son environnement à l'ouïe. Tout était paisible, hormis le bruit de quelques machines médicales, et une lente respiration à côté de lui.

Il était entravé serré, il arrivait à peine à bouger, aussi n'essaya-t-il pas de se débattre -tout son corps était raide de violentes courbatures.

En tournant la tête, il aperçut la jeune femme, avachie sur une chaise, qui dormait.

Que faisait-elle là en pleine nuit ?

« Rosanna, réveillez vous !» l'appela-t-il d'abord doucement, puis devant son absence de réaction, il haussa la voix.

Elle s'éveilla d'un coup. Son regard balaya la pièce à la recherche de l'origine de l'appel. Lorsqu'elle vit Markus, les yeux ouverts et l'air d'attendre qu'elle le remarque, elle sourit, soulagée.

Il était visiblement calme et il l'avait appelée, il ne devait donc plus être si mal en point mentalement.

« Vous êtes enfin réveillé. Quel soulagement ! » avoua-t-elle sans complexe.

« Que faites-vous ici en plein milieu de la nuit ? Je croyais que les humains avaient besoin de plusieurs heures de sommeil par jour. » dit-il en guise de salutation, essayant de se redresser un peu.

« Je n'aurais jamais pu dormir, je m'inquiétais trop pour vous, ce que vous avez vécu, personne ne devrait jamais le vivre. »

Maintenant que la faim ne le tenaillait plus et qu'il était redevenu lucide, deux choses le frappèrent. Elle le considérait comme une personne, et pas un monstre, et ensuite, elle s'inquiétait pour lui.

Elle était sincère, pourtant, il avait bien senti la peur qui émanait d'elle depuis qu'il l'avait réveillée.

Il n'aimait pas cela. Bizarrement, il aurait préféré qu'elle continue à ne voir en lui qu'un étrange alien vert. Il en était venu à apprécier cette absence de crainte de la part de cette humaine-ci.

« Vous avez peur de moi, pourtant. »

« Je... non... bon, c'est vrai, un peu. J'ai vu ce que vous étiez devenu. C'était terrifiant. » murmura-t-elle observant inconsciemment la main enfermée dans le gantelet d'acier.

« J'aurais préféré que vous ne voyiez pas ça, que personne ne le voie. » grogna-t-il.

Quoi de plus humiliant que d'être vu dans les tréfonds de la folie ?

« Que s'est il passé, mes souvenirs sont très confus sur... la fin. » demanda-t-il, pas certain cependant de vouloir savoir.

« Sheppard et son équipe ont capturé un wraith, et vous vous en êtes nourri, » murmura-t-elle si bas qu'il dut lire sur ses lèvres la fin de sa phrase.

Il vit le frisson d'horreur qui lui parcourut le dos. Elle savait pourtant qu'il était un wraith, qu'il se nourrissait ainsi. Si elle n'était pas contente, qu'elle aille voir ailleurs !

Rosanna ne pût réprimer un frisson à ce souvenir. Markus se rembrunit, il l'avait vu.

Cela l'attrista. Il avait bien plus souffert de toute cette histoire que quiconque, ne pouvait-elle pas mettre un peu sa petite émotivité de côté ?

« Je vais aller chercher le Dr Beckett, il a demandé à être prévenu de votre réveil. S'il donne son accord, on pourra vous sortir de ce lit » dit elle, joignant le geste à la parole.

A peine quelques minutes plus tard, Le Dr Beckett l'avait déclaré en parfaite santé, toutes ses blessures régénérées, et son esprit en pas trop mauvais état apparent. Il ne voyait donc aucune raison de le garder plus longtemps.

L'aube se levait alors que la garnison de marines accompagnée de Sheppard -qui avait tenu à coordonner tout ça- s'apprêtait à escorter le prisonnier jusqu'à sa cellule.

Les sangles de Markus lui furent retirées, et il put s'étirer un peu, de son mieux, avec ses menottes.

Le petit convoi se mit ensuite en route dans les couloirs.

Alors qu'ils passaient devant les salles de douche qu'ils avaient utilisées quelques semaines plus tôt, Rosanna les désigna du menton au wraith, l'air interrogateur.

Le wraith hésita, baissa le nez, se renifla, puis acquiesça. Il voulait juste effacer le plus vite possible toute trace de cet événement.

Avec une autorité insoupçonnable, la jeune femme fit s'arrêter le convoi, malgré les protestations de Sheppard et Ronon. Elle envoya ensuite un marine chercher, au pas de course, des vêtements propres, un nécessaire de toilette, et un linge.

Lorsqu'il fut revenu, comme précédemment, Sheppard et Ronon les escortèrent dans la pièce, le reste des troupes en gardant l'entrée.

Rosanna se tourna vers les deux soldats.

« Merci Colonel, Ronon, on va se débrouiller. »

« Je ne vous laisserais pas seule avec... lui ! » protesta le colonel

« Il a raison, il risque de vous tuer dès qu'on aura le dos tourné. » renchérit Ronon

« Je suis certaine que non, Markus n'est pas idiot. S'il me fait le moindre mal, vous le tuerez ou pire... » siffla-t-elle.

Le wraith haussa un sourcil.

Elle se tenait inflexible, les bras croisés, face aux deux hommes.

Sheppard finit par capituler.

« Très bien, nous serons juste à côté » dit il, jetant un regard lourd de sous-entendu au wraith. « Venez, Ronon. »

Lorsque la porte se fut refermée, elle se retourna, l'air très satisfait. Elle fouilla dans ses poches et en sortit les clés des menottes. Markus lui tendit les bras et elle le détacha.

Il la dominait de toute sa hauteur. Si près qu'il n'aurait eu qu'à tendre le bras.

« Je pourrais vous tuer, vous le savez ? » susurra-t-il.

« Je le sais, mais je vous crois plus intelligent que ça. » dit elle, le regardant droit dans les yeux malgré sa peur patente.

« Je pourrais prendre la clé de ce gantelet, et ensuite aspirer jusqu'à la dernière parcelle de votre vie... » murmura-t-il en se rapprochant davantage.

« La clé est sur Sheppard, et le temps que vous brisiez le gantelet, ils vous auront neutralisé. » répondit-elle, toujours inflexible malgré sa peur. « Maintenant, vous voulez vous laver, ou discuter de comment vous pourriez me tuer ? »

Il grogna, s'éloignant. Pourquoi ne fuyait-elle pas, si elle avait si peur de lui ?

« Je vais me tourner, dépêchez vous de vous laver. » dit-elle en joignant le geste à la parole.

Rosanna était parfaitement consciente qu'elle venait de détacher le pire prédateur de l'humanité, qu'elle lui tournait le dos, et qu'elle était seule avec lui.

Elle avait beau faire la fière, elle était morte de trouille. Respirant à fond, elle se dit que c'était comme le saut en parachute, il ne fallait pas trop réfléchir et sauter.

L'eau délicieusement chaude coulait sur lui, le lavant de sa crasse mais aussi de son humiliation.

Il n'avait pas eu autant d'intimité depuis sa capture. Même si l'humaine était là, à moins de trois pas de lui, elle lui tournait le dos, détaillant la faïence avec beaucoup trop d'intérêt. Aucun regard inquisiteur, aucune caméra. Il fit rouler ses épaules encore endolories, puis attrapant le savon il entreprit de vigoureusement se laver. Tandis qu'il rinçait la mousse rendue grisâtre par la saleté mélangée à sa sueur, il réfléchissait.

Elle avait peur de lui, d'une peur primale, instinctive, pourtant voilà qu'elle lui offrait, dans un geste de confiance dépassant l'entendement, un semblant de liberté. Elle savait qu'en faisant ça, elle se mettait en danger, mais elle avait choisi, librement, de lui faire confiance. Cela dépassait sa compréhension, ce n'était ni logique, ni cohérent.

Puis soudain il se figea, l'eau lui dégoulinant sur le visage. Il venait de se rappeler une de leurs conversations quelques semaines plus tôt. Vivre plutôt que survivre.

Elle avait choisi de vivre, de lui offrir son « amitié » plutôt que de choisir la solution la plus sûre, la survie !

Par-là même, elle lui avait offert un moment de vie, au milieu de ces semaines où il n'avait fait que survivre à grand-peine. Fermant les yeux, il savoura de tout son être l'eau chaude, la liberté de mouvement et ce précieux cadeau qu'était -il s'en rendait maintenant compte- la confiance de l'humaine.

N'entendant plus d'autre bruit que l'eau qui coulait régulièrement depuis quelques secondes, Rosanna se retourna pour voir ce qui se passait. Markus se tenait droit, puissant et majestueux sous le jet d'eau. Les yeux fermés, elle le vit inspirer lentement, un léger sourire aux lèvres.

Rassurée, elle se retourna, le laissant à sa toute relative intimité.

Une dizaine de minutes plus tard, c'est un Markus propre et solidement attaché qui ressortit des douches, accompagné de la jeune femme portant les affaires de toilette.

Lorsqu'ils arrivèrent à la cellule, celle-ci avait été nettoyée et un nouveau lit de camp installé. En revanche la table et la chaise n'avaient pas été remplacées.

Markus se dirigea de lui-même vers la porte de la cellule, et s'apprêtait à y entrer, lorsque la jeune femme l'interrompit. Elle détacha elle-même les menottes, puis se tournant vers le colonel Sheppard, elle lui demanda la clef.

Celui-ci se montra intraitable, et le wraith lassé, entra de lui même dans la cellule, avant de demander à ce que l'on en referme la porte, qu'il puisse enlever ce gantelet gênant.

La porte refermée, le soldat lui passa la clef, et il put enfin libérer sa main.

Tout étant sécurisé, les troupes partirent.

« J'espère que vous vous sentez mieux maintenant. » dit l'artiste, l'air un peu navrée de le voir de retour dans sa cage.

« Oui, je préférerais être libre, mais je vais mieux. » grommela l'alien

« Je vais vous laisser vous reposer, j'ai aussi bien besoin de sommeil. Bonne journée Markus. » bâilla-t-elle.

« Mmmh » grommela-t-il

Alors qu'elle allait quitter la pièce, le wraith l'interpella.

« Merci pour tout, Rosanna. »

Elle se retourna, les yeux brillant de larmes, un sourire un peu tremblant sur les lèvres.

S'il savait combien cette simple phrase lui faisait plaisir ! Ne trouvant rien à répondre, elle quitta les tréfonds de la cité, pour un sommeil enfin paisible depuis bien des jours.


Me voilà arrivée à la fin de ce que j'appellerais l'introduction. Les personnages sont installés, le décor posé, le spectacle peut commencer!

J'espère que cette longue histoire vous portera aussi loin de moi dans la galaxie de pégase, et vous fera ressentir autant d'émotions que ses personnages.

Merci à tous de m'offrir de votre temps, de votre cœur et de votre âme en lisant ce récit!