Katia
Nous étions de retour à Washington depuis quelques jours déjà. Je gardais un souvenir des plus mémorables de nos vacances en Italie. L'expérience s'était avérée très bénéfique pour notre petite famille. En plus de passer du bon temps ensemble, nous avions appris à mieux nous connaître tout en profitant de mon Italie natale. J'étais aussi très heureuse de constater que notre fille avait pris de l'assurance pendant ce voyage. En rentrant aux États-Unis, nous avions pu amorcer les démarches d'adoption d'Aaliyah. Ma fiancée faisait même pression auprès d'amis haut placés pour accélérer la procédure. En attendant, Aaliyah n'était jamais retournée à l'Institut. Nous évitions même d'aborder le sujet du Volta Laboratory and Bureau devant elle puisque cela la plongeait dans un état de terreur.
Afin de bien occuper le jeune et vif esprit de notre petite chérie, j'avais décidé de lui confier une mission de la plus haute importance. Elle devait faire le tour de la villa et récupérer des objets qui serviraient de décor pour le portrait de Ziva. Évidemment, ma muse n'était pas au courant de ces agissements et je devais garder mon sérieux lorsqu'elle me faisait des réflexions du genre « Katia, tu n'aurais pas vu ma jetée en lapin? » Comme le dit un vieux dicton : Tout vient à point à qui sait attendre...
[...]
Ce matin, je m'étais levée de bonne heure pour terminer les préparatifs dans l'atelier. J'avais d'abord tendu une toile de bonne dimension sur un châssis. Je m'étais aussi assurée d'avoir tous les outils à portée de la main : crayons pour tracer une ébauche, papier, pinceaux, spatules, tubes de couleurs, chiffons, etc. Tout était fin prêt pour notre première séance de peinture et j'avais hâte de me retrouver en présence de ma muse. Il ne manquait plus que la principale intéressée, que j'allais m'empresser d'aller réveiller.
Je suis entrée dans notre chambre sur la pointe des pieds et j'ai constaté que ma princesse était toujours endormie. Je me suis allongée à côté d'elle et je l'ai contemplée un petit moment. Je me sentais un peu coupable de devoir troubler son sommeil, même si s'était pour la bonne cause. Je l'ai doucement enlacée avant de déposer un baiser sur ses douces lèvres.
- Mon amour, tu es attendue dans mon atelier aussitôt que tu seras passée sous la douche et que tu auras pris ton petit déjeuner. La lumière du petit matin est idéale pour rendre justice à ta beauté naturelle...
J'avais prononcé ces paroles sur un ton très doux et j'attendais maintenant que ma compagne réagisse à mon discours. Dans une heure tout au plus, il n'existerait plus tellement de mystères par rapport au portrait que je m'apprêtais à peindre.
Ziva
Lorsque nous sommes rentrées d'Italie, je ne pouvais que me féliciter du chemin parcouru. Lorsque nous avons repris l'avion, avec un petit pincement au coeur il fallait le reconnaître, nous avons promis à Isabella de revenir très bientôt, sans pour autant lui faire part de nos desseins. Je tenais à faire les choses dans l'ordre, car même si mes deux amours savaient ce que j'avais en tête, tout le monde n'avait pas besoin de tout apprendre d'un seul coup. Aaliyah semblait la plus touchée par ce départ et je me doutais pourquoi. C'était tout simplement le retour à la réalité qu'elle devait redouter.
C'est dans cette optique que dès notre retour chez nous, je me suis attelée à la tâche compliquée de l'adoption de notre petite princesse. J'avais demandé et obtenu une mise en disponibilité pour motifs personnels, ce qui me permettait de me consacrer à ce dossier épineux à la suite des événements qui incombaient à notre famille. Pendant quelques jours, j'ai pu constater que quelques objets personnels semblaient disparaître. Mais toute occupée à l'adoption d'Aaliyah, je n'ai pas vraiment eu le temps de creuser la question. Je voulais surtout que notre rayon de soleil soit protégée des loups de l'extérieur le plus tôt possible.
Un matin où le soleil se voulait généreux, ma compagne est venue me réveiller de bonne heure mais avec une infinie douceur. Dès que j'ai ouvert les yeux, elle m'informait que j'étais attendue dans son atelier dès que je serais prête à l'y rejoindre.
(D'une voix ensommeillée) : Mmmh. Ton atelier ? Oh... Tu veux me peindre aujourd'hui ? D'accord...
Je me suis souvenue de la promesse que j'avais faite à ma fiancée alors que nous nous baladions dans Georgetown. Je me suis donc levée rapidement, pour me préparer et ne pas perdre trop de temps et surtout pour ne pas faire attendre mon artiste préférée. Après une douche rapide et un petit déjeuner léger, je me suis présentée à la porte de l'atelier que j'ai trouvée fermée. J'ai donc frappé avec calme, car je pensais que ma belle italienne mettait une dernière main à son matériel, j'ai donc attendu qu'elle m'ouvre son antre, qu'elle gardait assez jalousement fermée le reste du temps.
Katia
Ziva me faisait toujours craquer lorsqu'elle venait tout juste de se réveiller. D'une voix encore rauque, elle me signifiait qu'elle avait bien compris ce que je venais de lui demander. Oui, l'heureux jour était enfin arrivé... Depuis le temps que je planifiais de l'immortaliser avec mes pinceaux!
En sortant de notre petit nid d'amour, je suis passée devant la chambre d'Aaliyah. J'ai vérifié qu'elle allait bien. Elle ressemblait à un ange lorsqu'elle dormait ainsi. Contrairement à ma princesse, je n'allais pas la réveiller. Elle savait qu'elle pouvait venir cogner à la porte de mon atelier si elle avait besoin de quelque chose ce matin.
J'ai ensuite regagné la pièce qui était dédiée à l'expression de mon art. J'avais encore quelques petites choses à mettre au point avant l'arrivée de ma belle. Notamment, je m'étais procurée un chauffage d'appoint que je voulais positionner près du podium. Celui-ci était surmonté d'un matelas mince, qui était quant à lui recouvert de coussins et de la peau de lapin. En arrière-plan, j'avais disposé le paravent japonais qui se trouvait d'ordinaire dans la chambre des maîtres. L'ensemble de cette mise en scène pouvait avoir l'air un peu éclectique. Pourtant, j'avais effectué tout un travail de visualisation en amont. Lorsque Ziva prendrait place sur le podium, ma vision serait complète. Il ne me resterait plus qu'à diriger mon modèle.
Justement, je l'entendais qui frappait à la porte de l'atelier. Par habitude, j'avais fermé la pièce à clé. En effet, je m'enfermais souvent tant pour réfléchir que pour travailler sur différentes toiles. J'avais rapidement établi une norme selon laquelle personne n'était admis à entrer sans avoir préalablement obtenu mon autorisation. Je me suis avancée vers la porte avant de l'ouvrir.
- Re-bonjour ma chérie! Tu as fait vite... Mais tout est fin prêt. Si tu veux bien me suivre.
Je l'ai prise par la main avant de la mener jusqu'au podium. J'appréciais déjà de la voir baignée dans la lumière du matin. Si cette expérience s'avérait positive, ma future femme accepterait peut-être de poser pour moi à nouveau.
- D'abord, laisse-moi te débarrasser de ce qui est superflu.
Je faisais bien entendu référence au tissu qui la recouvrait. J'ai dénoué son peignoir de satin avant de le faire glisser de ses épaules. Mes gestes étaient lents et j'en profitais pour la caresser avec douceur. Je me gardais bien de trop l'émoustiller. Le moins qu'on puisse dire, c'était que les heures à venir s'annonçaient particulières!
Ziva
Lorsque je suis entrée dans l'atelier de Katia, la première chose qui me frappa fût de voir le podium avec tous les objets qui s'y trouvaient. Notre paravent que j'avais ramené d'Osaka, un matelas, des coussins et la fameuse peau de lapin qui avait mystérieusement disparu ces derniers jours. Je ne pouvais m'empêcher d'avoir un petit sourire en y repensant. Tout s'explique ! Néanmoins, je n'ai guère eu le temps de m'appesantir sur cette pensée loufoque puisque mon artiste préférée prenait déjà les choses en main. Avec des gestes lents, elle me débarrassait de mon peignoir en satin blanc, sans pour autant trahir un éventuel désir que les choses dérapent. Mon Master Pittore faisait preuve de silence et d'un sérieux que je ne lui connaissais pas encore.
Ainsi donc, je me suis retrouvée en petite tenue sur ce piédestal, j'en étais presque gênée. Je me rendais compte que pour les heures à venir, j'allais être le centre de toutes les attentions et je n'en avais absolument pas l'habitude. Est-ce que je ressentais de la timidité ou de l'appréhension ? C'était certainement tout cela à la fois. En acceptant de poser pour ma fiancée, je me doutais que de tels événements se produiraient mais je n'avais pas anticipé les sentiments qui me passaient par la tête et le cœur en ce moment. Sentir à ce point l'importance que ma belle amazone m'accordait, c'était tout simplement incroyable à mes yeux.
Je restais silencieuse face à ma belle italienne en attendant de suivre ses directives. Comme tout ceci était nouveau pour moi, j'ignorais si je devais me comporter en poupée muette ou si la relation entre le peintre et son modèle était un dialogue. Je me suis donc contentée d'interroger mon adorée du regard avec un semblant de sérénité. J'avais entièrement confiance en elle et en son art, mais l'une des questions qui se posait était de savoir si j'allais effectivement me retrouver en tenue d'Eve dans ce décor éclectique, alors que la lumière matinale venant des grandes fenêtres de l'atelier illuminait la pièce d'un jour nouveau et éclatant.
Katia
Ziva avait à peine eu le temps de remarquer que les objets qui avaient disparu composaient le décor dans lequel elle allait s'immiscer. Avant qu'elle puisse réagir, j'avais tout de suite fait preuve d'autorité. Elle ne semblait pas tellement à l'aise dans son nouveau rôle de modèle. Il est vrai qu'il s'agissait d'une expérience unique en soi. C'était à moi d'imposer les règles et le rythme de cette séance. J'ai fait une petite pause afin d'admirer cette femme qui me plaisait tant et qui était sur le point d'être immortalisée. J'ai devancé la question qui lui brûlait les lèvres en lui murmurant :
- J'ai besoin que tu enlèves tout... S'il te plaît, reste toi-même. Tu n'es pas en train de jouer un rôle. Si tu as quelque chose à dire, ne t'en prive surtout pas.
Je lui ai ensuite adressé un franc sourire. Pour moi, cette journée était très importante. J'avais souvent rêvé de ce moment à l'époque de notre rencontre. Je voulais que tout soit parfaitement bien orchestré. Pour le reste, j'allais faire confiance à mon talent et à mes aptitudes artistiques. Ce portrait rendrait justice à ma belle.
- Allonge-toi de manière à être confortable et naturelle. Je vais ensuite te diriger pour améliorer ta posture et ton expression. Nous pourrons faire une pause lorsque tu seras fatiguée... Par contre, tu ne pourras pas voir le tableau avant qu'il soit achevé.
Le plus dur était bien entendu de faire abstraction du désir que je ressentais pour elle. Je devais éviter de compromettre la relation professionnelle exigée entre l'artiste et son modèle. Malgré tout, je ne pouvais pas m'empêcher de la trouver magnifique et terriblement attirante. J'avais eu la chance de bien étudier la lumière de cette pièce maintes fois, mais c'était le premier jour où tout me paraissait aussi éclatant. Tout était presque fin prêt pour que nous puissions commencer!
Ziva
Ma fiancée prenait son rôle très à coeur, au point qu'elle m'a surprise en faisant preuve d'autorité. Ainsi je devais effectivement me débarrasser de toute étoffe et me montrer à mon artiste dans le plus simple appareil. Non pas que j'en sois gênée, mais le contexte actuel, très différent, m'avait légèrement paralysée. Heureusement, Katia m'informa qu'il fallait que je reste moi-même et surtout que je n'hésite pas à m'exprimer pendant la séance de travail. Voilà qui allait grandement simplifier les choses et me permettre de me laisser emporter par l'art de ma future femme.
A partir de cet instant, tout paraissait plus simple. J'ai répondu au sourire de ma fiancée par un éclat de rire avant de m'installer au milieu de ce décor agencé avec précision. Pour rire, j'ai lancé ma petite culotte de soie rouge sang au-dessus de la tête de ma belle italienne. Ainsi je signifiais que la glace était rompue. Je me suis ensuite allongée de tout mon long face au chevalet de mon Master Pittore, en arborant un regard franc et un sourire mutin. J'avais calé dans mon dos une rangée de coussins afin de m'y appuyer pour pouvoir rester immobile un moment. Positionnée de cette façon, il me semblait que la lumière s'étalait sur moi comme un drap immatériel et immaculé.
Nous y voilà. J'attends donc tes observations et je reconnais avoir été timide, mais je me sens à l'aise ici. Et je suis certaine que tes pinceaux virevoltants feront merveille.
La séance commençait enfin et je me sentais importante aux yeux de ma belle amazone, mais aussi totalement en phase avec elle, une fois de plus. Je pouvais ressentir à quel point son atelier était accueillant et apaisant. La magie opérait encore, comme toujours depuis nos retrouvailles au musée du Smithsonian quelque temps plus tôt. Je ne réalisais pas encore que mon image allait être fixée à jamais sur une toile, mais cette expérience serait unique. J'avais hâte d'être menée sous la houlette de mon peintre préféré et surtout, bien plus tard, de voir l'oeuvre terminée.
Katia
J'avais réussi à faire comprendre à Ziva qu'elle devait se mettre à l'aise, même si cette situation était toute nouvelle pour elle. Elle avait donc pris ses marques et lançait même sa culotte par-dessus ma tête. Je n'ai pas pu m'empêcher de rire un instant, avant de reprendre mon sérieux. Au moins, la glace était brisée. Lorsqu'elle s'est dite prête à recevoir mes observations, je me suis avancée vers elle. Il y avait quelques petites choses à corriger, notamment la position de ses mains ainsi que quelques mèches de cheveux rebelles... Dans l'ensemble, elle avait très bien su s'inscrire dans la vision de mon tableau. Il faut dire que la mise en scène ne lui laissait pas trop de choix.
- Voilà, je suis prête à commencer.
Cette annonce me paraissait être empreinte de solennité. Je suis donc retournée derrière mon chevalet et j'ai commencé à prendre des mesures que je reportais systématiquement sur la toile. Ce petit manège a duré un bon quart d'heure. Je voulais être certaine d'avoir les bonnes proportions pour ne pas gâcher mon chef-d'œuvre. Pendant ce temps, Ziva demeurait parfaitement immobile.
J'ai par la suite commencer à mélanger des couleurs. Je ressentais un peu d'appréhension au moment de donner le premier coup de pinceau, mais ce sentiment m'a rapidement quitté. J'ai d'abord esquissé des formes générales qui plantaient à la fois le décor ainsi que la délicieuse silhouette de ma muse. Au fil du temps, j'ai ajouté des dégradés de couleurs ainsi que de nombreux détails, parfois minuscules. Il peu s'avérer très utile de connaître par cœur le corps de son modèle...
Le tout s'était mis à prendre vie sous ma main aguerrie. J'étais déjà très contente de ce qui se dessinait sous mes yeux et je faisais preuve d'une concentration de maître. Combien d'autres artistes avaient ressenti un tel sentiment d'accomplissement avant moi? C'était une question qui resterait sans réponse!
Ziva
Me voici donc devenue un modèle. Moi qui adorait laisser vagabonder mon esprit pour revenir mentalement vers la Renaissance, cette période si fertile en icônes, en artisanats uniques, je me suis prise à rêver d'être un de ces modèles que les peintres faisaient renaître sous leurs mains expertes, ces hommes et ces femmes capturés pour la postérité. J'avais laissé ma compagne apporter de légères corrections à ma posture avant de la laisser s'installer derrière son chevalet. Lorsque qu'elle m'informa qu'elle était prête à démarrer, j'ai pu ressentir toute la solennité qu'elle voulait mettre dans cet instant unique.
J'aurais pu agir et lui répondre, mais je me suis abstenue, considérant que ce moment lui appartenait. Je n'avais pas oublié que mon départ forcé pour Washington avait tari son inspiration. Je l'ai laissée travailler pendant une vingtaine de minutes en prenant garde de ne pas bouger, même imperceptiblement. Je prenais, moi aussi, mon rôle très à coeur. Au bout de ce laps de temps, je décidais qu'il était temps de briser le silence. J'avais quelques petites choses à voir avec ma fiancée, notamment pour les prochaines semaines. Je voulais profiter du silence de cette pièce pour parler sérieusement de ce qui nous attendait.
Excuse-moi de te sortir de ta concentration extrême, mais j'aimerais profiter de ce moment de calme pour discuter de la suite des événements.
L'exercice pouvait s'avérer compliqué, car je devais faire en sorte que Katia puisse me répondre sans dévier de sa tâche, que j'imaginais compliquée. Et vu ce que j'espérais aborder, il fallait la jouer fine. Bien sûr, je me doutais que tout cela se passerait bien, mais j'émettais toujours quelques réserves quant à l'impact émotionnel que tout cela pourrait produire sur le moral de la belle artiste qui me faisait face. J'ai donc voulu choisir mes mots avec minutie... Avant de me rendre compte qu'énoncer les choses simplement était la meilleure chose à faire.
J'aimerais savoir si tu préférerais que je porte un garçon ou une fille, si tu avais le choix. Parce qu'évidemment, je vais bientôt devoir me préparer médicalement à cet événement.
Nous y voilà. Il était temps d'aborder sérieusement ce sujet, puisque dans les prochaines semaines, j'allais me rendre dans un établissement spécialisé qui me permettrait d'enfanter. Bien sûr, je ressentais de l'appréhension à cette idée, mais je me sentais prête à vivre cette aventure. J'étais d'autant plus décidée à me lancer dans ce périple que ma future femme m'avait assurée de son soutien sans faille. Même si je comptais vivre le volet médical de la préparation à la grossesse proprement dite sans Katia, pour lui éviter un ascenseur émotionnel bien inutile, par la suite, c'est d'abord en couple puis en famille que ce voyage serait vécu.
Katia
J'étais entièrement dévouée et absorbée par ma tâche. Il n'avait pas fallu beaucoup de temps pour que je me sente inspirée à nouveau. Pour une rare fois depuis mes années étudiantes, peindre ne me demandais aucun effort. J'arrivais assez bien à mes fins puisque le portrait qui se dessinait sur cette toile était un nu de grande qualité. Une fois encadré, il allait parfaitement agrémenter notre chambre à coucher...
Sans que je m'y attende, la voix de Ziva venait me tirer de mes rêveries. Elle voulait profiter de ce moment de solitude pour que nous discutions d'événements à venir. Je ne pouvais pas m'empêcher de sourire en me rendant compte qu'elle était très avenante lorsqu'il s'agissait de préparer notre futur. La plupart du temps, c'était elle qui initiait ce genre de conversation. Depuis que je m'étais confiée sur mon passé, j'avais toujours l'impression qu'elle s'efforçait de me ménager. Je lui avais pourtant dit que l'idée d'avoir un enfant avait fait son chemin. D'ailleurs, en la voyant allongée ainsi, j'avais tout loisir d'imaginer son ventre légèrement plus rebondi... Cette fois-ci la conversation semblait s'orienter sur le futur sexe de notre bébé. En effet, elle voulait savoir si j'avais une préférence. J'ai déposé mon pinceau et j'ai commencé à mélanger les différentes teintes qui me permettraient d'imiter le teint de sa peau tout en y réfléchissant. Au bout d'un moment, je lui ai fait part de ma réponse.
- J'ignore pourquoi tu me demandes cela... Je crois que j'aimerais avoir une fille, mais je serai contente aussi si notre bébé s'avère être un garçon. Qu'est-ce que tu entends par devoir t'y préparer? Et n'est-ce pas une question qui se posera plus tard en présence des spécialistes...
J'avais l'impression que Ziva avait déjà commencé à se préparer. Elle avait déjà dû faire des recherches en toute discrétion. J'ai continué de la peindre en attendant qu'elle me réponde, ajoutant notamment du volume à ses atouts féminins. La lumière du matin faisait en sorte que les ombres étaient subtiles. Je veillais cependant à ne pas trop surexposer les teintes, tout en sachant que la peinture fonce d'au moins un demi-ton en séchant.
Ziva
Katia n'avait pas quitté son ouvrage des yeux alors que j'avais orienté la conversation vers notre future progéniture. Lorsqu'elle posa son pinceau pour me répondre elle arborait un petit sourire entendu mais ses yeux m'interrogeaient. Sa réponse confirmait mes impressions. Ma fiancée se doutait que je travaillais sur la question de mon côté et je considérais qu'il était temps de l'inclure dans mon chemin personnel vers la procréation. Ainsi, puisque mon artiste avait posé ses pinceaux, je me suis légèrement relevée pour la regarder dans les yeux le plus intensément possible.
Voilà une réponse qui me rassure énormément chérie. Je t'ai simplement demandé ton avis par curiosité. Et effectivement, la question du sexe du futur enfant est une affaire de spécialistes et les établissements américains sont des pionniers en matière de choix de ce type. Mais honnêtement je n'ai pas envie de recourir à ce genre de pratiques, parce que pour moi, ça frise l'eugénisme et je suis contre. Je préfère être surprise à l'échographie, comme n'importe quelle maman.
Pendant que je répondais à mon Master Pittore, je ne pouvais pas cacher une lueur grandissante qui émanait de mon regard. J'avais hâte de concrétiser ce beau projet avec ma belle amazone. Avant de continuer je prenais le temps d'étudier le langage corporel de Katia et je me rendais compte qu'effectivement, bien des barrières avaient disparu. Elle aussi piaffait d'impatience à l'idée d'accueillir ce petit être qui viendrait illuminer notre maison et notre vie.
En réalité, Lorsque tu m'as donné ton consentement, il y a quelques semaines dans la véranda, je n'ai pas perdu de temps. Dès le lendemain, j'ai pris rendez-vous avec le Professeur Hamilton pour préparer mon corps à la transplantation. Traitements hormonaux et vérifications en tout genre pour s'assurer que tout est en place pour que je puisse porter cette nouvelle vie en toute quiétude. J'ai rendez-vous vendredi prochain pour tenter une première implantation.
Je me doutais qu'une fois de plus, mon adorée aurait beaucoup d'informations à traiter d'un coup. Mais j'avais agi ainsi dans son intérêt. Même si l'idée avait fait son chemin, je me disais constamment que je devais ménager les émotions de ma belle italienne. De ce fait, j'ai précisé une dernière chose.
J'ai préféré te ménager, suite à ce que tu as vécu. J'ai donc décidé de ne pas te faire subir la séance d'essai de vendredi prochain.
J'attendais de voir comment ma douce allait réagir. Il fallait faire preuve de tact et j'en étais parfaitement consciente.
Katia
Ziva se disait rassurée par mes propos, principalement parce qu'elle préférait être surprise par le sexe de notre bébé. J'étais pour ma part contente de voir que nous étions plutôt sur la même longueur d'ondes à ce sujet. D'ailleurs, je voyais bien que ses yeux s'étaient mis à étinceler de mille feux depuis qu'elle avait abordé sa grossesse à venir. J'étais cependant légèrement surprise d'apprendre qu'elle avait déjà entrepris des traitements et qu'elle m'avait tenue à l'écart de tout cela. Il est vrai qu'il s'agissait de son corps et que l'explication qu'elle me donnait n'était pas dépourvue de logique.
Pourtant, je me suis rapidement rendu compte que je n'encaissais pas très bien cette nouvelle. Ziva avait la fâcheuse habitude de me mettre devant le fait accompli, comme si cela aidait à faire passer la pilule. En l'occurrence, ce n'était pas le cas puisque j'étais blessée.
- J'aurais préféré que tu m'en glisses un mot plus tôt, mais puisque c'est ainsi...
J'ai laissé cette phrase en suspens, comme s'il s'agissait d'une menace que je lui adressais. D'ordinaire, j'aurais voulu m'enfuir le plus loin possible d'elle en claquant la porte. Je me retenais de le faire puisque je souhaitais vraiment terminer le portrait de ma Vénus et qu'il faudrait bien poursuivre cette conversation à un moment ou un autre.
- Tu te rends compte de ce que tu fais? Nous formons une équipe et je t'ai promis de te soutenir... Tout ce que tu fais, c'est me tenir à l'écart de tout ce qui concerne ta grossesse!
Je n'avais pas pu m'empêcher de lui lancer un regard dur. C'était trop difficile pour moi d'accepter cette situation sans broncher. J'avais besoin de me sentir impliquée, ne serait-ce que pour développer des liens avec notre fils ou notre fille. J'allais également me faire du souci pour Ziva à chacun de ses rendez-vous médicaux, pour autant qu'elle me fasse part à l'avenir des séances d'essai et autres visites de contrôle... Si tout ceci avait pour but de me ménager, c'était raté!
Ziva
Comme je m'y attendais, Katia n'encaissait pas bien du tout mes décisions. Même si j'avais expliqué pourquoi j'avais agi de la sorte, elle se sentait blessée dans son amour propre et je pouvais le ressentir très fortement. Pire, elle se faisait menaçante dans sa manière de me répondre, puis elle m'indiqua clairement que malgré le fait qu'elle m'avait promis de me soutenir, je la maintenais à l'écart de ma future grossesse. En pratique, elle avait raison. Si on analyse la situation au premier degré, il est évident que j'avais laissé ma compagne sur la touche. Du coup, je me retrouvais à gérer son comportement de petite fille capricieuse. J'aurais pu m'énerver, mais je ne le voulais pas. La finesse devait absolument être de mise et je me devais de la rassurer.
Chérie, je comprends ta réaction, bien que tu saches parfaitement que les menaces voilées n'ont pas lieu d'être. Je t'ai écartée uniquement de la première partie de cette aventure et ma grossesse n'a pas encore commencé. Et si je t'en parle aujourd'hui, c'est parce que justement, il est temps qu'on avance ensemble. J'ai voulu agir ainsi parce que j'ai été marquée par ta détresse lorsque tu m'as raconté avec courage ce qui s'est passé en Italie. J'ai voulu te préserver car je sais que tu es impulsive et que pour le moment, gérer tes émotions peut être problématique pour toi dans certaines circonstances.
Légère pause. Je voulais prendre le temps de la conforter dans un état d'esprit différent du sien.
Honnêtement, il ne s'agissait que de préparer mon être à en accueillir un autre. A partir du moment où je porterais notre petit trésor, tu auras tout le loisir de t'inquiéter, de me couver même, de nous couver. J'ai simplement voulu t'éviter des images difficiles pendant mes examens, ou même une éventuelle déception si l'implantation ne fonctionne pas. Mais je vois qu'il est inutile que j'en fasse autant. Si tu veux être présente vendredi prochain, tu viendras avec moi. Ainsi tu vivras ta première étape personnelle dans ce magnifique voyage.
On disant tout cela, je portais ma main droite sur mon ventre. je savais que bientôt, je ne serais plus seule. Que bientôt on serait deux au minimum. En attendant, je ne lâchais pas le regard de ma fiancée. J'avais beau comprendre son comportement, il fallait que cela change. Lorsqu'elle était en colère, j'avais parfois l'impression que ma belle italienne perdait un petit peu pied. Même si je ne pouvais décemment pas lui en vouloir, un tel comportement dans le futur ne devait pas la desservir. Il serait tellement dommage de rater de belles choses juste à cause d'une bouderie...
Chérie, encore une fois, je comprends pourquoi tu réagis ainsi. Mais lorsque notre enfant sera là, il faudra parfois que tu fasses preuve de calme et de maturité même énervée...
Je me suis ensuite levée, et je me suis approchée de ma future femme, puis j'ai pris sa main droite, que j'ai posée sur mon ventre. Aujourd'hui était décidément un jour très important pour nous deux.
Ici, dans quelques jours j'espère, grandira le fruit d'un amour inconditionnel. Le nôtre. Ce périple est aussi le tien à présent. Et puisque tu le désires, tu seras là à chacune de ses étapes, je te le promets.
Je me suis bien gardée d'enlacer mon artiste impétueuse. Je voulais simplement qu'elle s'imprègne de ce moment important, solennel et magique. Même si fondamentalement, je n'avais pas mal agi, il était plus que temps que les choses s'apaisent. Le chemin serait long et difficile et j'étais certaine que Katia remplirait son rôle de soutien puis de parent avec beaucoup de zèle et d'efficacité. Je me suis tue en attendant que ma compagne prenne toute la mesure de ce qui nous attendait.
Katia
Je me suis promise d'écouter tout ce que Ziva avait à me dire avant de lui répondre. Bien sûr, ses décisions avaient été réfléchies. Au plus profond de moi-même, je savais qu'elle n'avait pas agi de la sorte par mesquinerie. Je devais la laisser me convaincre plutôt que de durcir mon comportement davantage. J'étais rassurée d'entendre qu'elle voulait que j'aie une place dans cette aventure aussi. Cette conversation s'avérait être l'occasion de sauter à pieds joints dans ce périple!
Ma princesse avait quitté le podium et s'était avancée vers moi tout en prononçant son discours. Elle m'avait simplement pris la main droite qu'elle avait posée sur son ventre. Dans peu de temps, une vie supplémentaire s'accrocherait à elle de toutes ses forces. D'ici la naissance de cet enfant, un défi de taille m'attendait. En effet, ma chérie me faisait tendrement remarquer que je devrais gagner en maturité. Elle n'avait pas tort à ce sujet. Il fallait que j'apprenne à maîtriser mes élans de colère. C'était loin d'être la première fois que l'on me le faisait remarquer.
Instinctivement, je m'étais mise à caresser sa peau. Il devait y avoir un peu de peinture sur mes doigts, puisque j'ai constaté que je laissais de jolies traces sur mon adorée. J'ai relevé la tête et une expression bien différente est passée sur mon visage. Une idée folle que je tenais absolument à exécuter venait de me passer par la tête. J'ai attrapé un bâton de fusain qui traînait sur ma table de travail et j'ai laissé mon imagination guider mes gestes tandis que je lui répondais.
- Je veux être présente... Je pense que ça m'aidera même à mettre mon expérience malheureuse de côté. Le passé m'a empêchée d'avancer, mais il est temps que cela change. Je comprends que tu aies fait des démarches de ton côté et que tes intentions étaient louables.
Je continuais de noircir son ventre avec douceur tout en cherchant mes mots. Sa peau renvoyait maintenant l'image d'un fœtus, comme s'il s'agissait d'une projection de ce qui nous attendait dans quelques semaines.
- Je te présente mes excuses pour t'avoir fait des menaces en l'air et pour avoir haussé le ton. Puisque tu m'as fait part de quelque chose que je devrais améliorer, je me permets de te faire une remarque. Je suis déjà ta femme, alors s'il te plaît considère moi en tant que telle et montre moi que tu as confiance en moi.
J'avais maintenant terminé mon œuvre sur son ventre. Tout ce qu'il me restait à faire était de l'emmener devant le miroir antique qui trônait toujours dans cette pièce afin de pouvoir lui montrer mon dessin. Je me réjouissais de connaître sa réaction!
Ziva
Mon adorée fît preuve de calme et de discernement dans la suite des événements. Que ce soit dans ses mots, ses gestes ou encore son langage corporel, toute trace d'agressivité avait disparu. Cela corroborait ma petite remarque sur le travail de maturité qu'elle effectuerait bien vite. Alors que ses doigts fins parcouraient ma peau avec douceur, je l'ai vue prendre un bâton de fusain et commencer à dessiner sur moi. Je l'ai laissée faire avec amusement alors qu'elle me répondait qu'elle voulait être présente pendant toute la grossesse et qu'elle pensait que ce serait une bonne façon de laisser derrière elle son expérience malheureuse dans ce domaine, en ajoutant qu'elle comprenait mon comportement et mes décisions.
Néanmoins, puisque j'avais soulevé un petit souci à régler de son coté, ma fiancée me renvoyait l'ascenseur en objectant qu'en tant que compagne, je me devais de lui faire confiance et de cesser de la surprotéger. C'était de bonne guerre et je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir un petit rire lorsque j'entendis cette petite condition. Apparemment elle avait fini son oeuvre sur moi et je me suis retrouvée face au miroir antique qui trônait dans son atelier depuis son arrivée à la maison. J'ai pu découvrir une représentation foetale dessinée avec finesse sur mon ventre. Plongeant mon regard dans celui de mon adorée, de petites larmes de joie me montaient aux yeux.
C'est ainsi que je me représente ce petit bout à venir tu sais. Il reste plus qu'à le faire grandir. Je compte bien t'accorder toute la confiance que tu mérites, et ce petit être va grandir dans une famille aimante comme jamais. Ça aussi, c'est une promesse.
Je n'avais pas envie de bouger d'ici, pour plusieurs raisons. La première, c'est que ma future femme était à mes cotés mais surtout, je n'avais pas envie que ce dessin éphémère disparaisse trop vite... J'ai fermé les yeux pour tenter de l'imprimer dans ma mémoire. Pour moi, c'était le premier cadeau inhérent à l'enfantement à venir que me faisait ma belle italienne. A présent, je n'avançais plus seule sur ce chemin. Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire et imaginant la tête d'Aaliyah lorsque nous lui annoncerons la nouvelle. Instinctivement je m'étais étirée de toute ma hauteur pour profiter de ce moment en restant immobile. J'ignorais totalement ce que ma belle amazone avait en tête pour la suite. Allions-nous continuer la séance de peinture ou non ? De mon côté je pensais déjà au rendez-vous à la clinique du Professeur Hamilton…
Katia
L'émotion avait gagné Ziva lorsque je l'avais placée face au miroir antique. Des larmes de joie lui brouillaient la vue alors qu'elle me confirmait qu'elle se représentait le petit être qui allait grandir en elle. J'étais fière de ce dessin même si je regrettais un peu le fait qu'il soit aussi éphémère. Nous sommes restées un moment devant le miroir alors que Ziva me promettait de former une famille aimante pour notre futur bébé.
- C'est merveilleux de te voir te tourner vers l'avenir tout en t'épanouissant ma chérie! Je suis persuadée que nous allons être de bonnes mamans toutes les deux.
Par la suite, je suis allée chercher son peignoir afin qu'elle n'attrape pas froid. Je l'ai posé sur ses épaules alors que j'allais récupérer une éponge pour lui nettoyer la peau avec douceur. Heureusement qu'il n'était pas nécessaire de frotter bien fort pour enlever le fusain!
- Je t'en dessinerai un autre... sur ton ventre ou sur du papier. Par contre, il faudra peut-être faire une deuxième séance pour terminer ton portrait. Je te le laisserai savoir... En attendant, tu peux venir voir ce que tu m'as inspirée.
Contrairement à ce que j'avais décidé au début de la séance, je pensais maintenant qu'il pourrait être agréable que mon modèle puisse admirer mon travail. En effet, j'avais assez bien réussi à fixer son image sur la toile, mais je préférais ne pas écarter l'idée de devoir y apposer quelques retouches. On pouvait y voir une femme magnifique, ma Vénus, allongée sur une peau de lapin. J'avais assez bien réussi à capturer l'éclat de la lumière du matin sur sa peau. Lorsque je regardais ce portrait, je me sentais franchement interpellée par cette princesse aux courbes parfaites. J'avais l'impression qu'elle m'invitait à venir la rejoindre pour que nous puissions consommer notre amour sans aucune honte.
Ainsi se terminait donc cette première expérience avec ma nouvelle muse. J'espérais qu'elle avait apprécié de poser pour moi et qu'elle accepterait à nouveau de se prêter au jeu. Je me doutais que cela serait plutôt difficile, voire impossible, de renouveler l'expérience dans les mois à venir. D'autres projets tout aussi passionnants allaient bientôt se concrétiser et j'étais prête à tout pour continuer d'assurer le bonheur de notre famille.
