« Pourquoi est-ce que tu vas au mariage de Pétunia avec James Potter ? »
Lily, la théière à la main, se retourna rapidement vers Mary MacDonald, assise à la table de la cuisine, une tasse dans la main droite, et la réponse de Pétunia concernant la demande de Lily de venir à la cérémonie avec James dans la main gauche.
« Parce que sa sœur est un horrible tyran, intervint James qui passa un bras par dessus l'épaule de l'amie de Lily pour attraper un biscuit sur la table.
- Tu ne connais même pas Pétunia ! S'exclama Lily en lui lançant un regard indigné.
- Impressionnant, n'est-ce pas ? Imagine ce que je pourrais dire sur elle quand je l'aurais rencontrée, répliqua t-il intelligemment en lui adressant un clin d'oeil, la faisant bouillir sur place.
- Ne l'écoute pas, trancha t-elle en reportant son regard sur Mary. Pétunia voulait me mettre à la table des gens seuls et...
- A la table des gens seuls ? Ta propre sœur ?! Merlin... Souffla la jeune femme brune en esquissant une grimace.
- J'ai eu exactement la même réaction, MacDonald, pointa James avant de croquer dans le petit gâteau.
- Alors il a décrété qu'il viendrait avec moi, soupira Lily.
- C'est plutôt sympa... Et inattendu, commenta Mary en leur lançant tour un tour un regard soupçonneux. Est-ce que vous êtes ensemble ? »
Simultanément, Lily fit tomber la théière à ses pieds et James manqua de s'étouffer avec son biscuit. Il toussa pendant deux bonnes minutes pendant que Lily jurait et tentait avec maladresse d'extraire sa baguette de sa poche pour réparer les dégâts qu'elle avait causé sur le carrelage de la cuisine alors que leur camarade de l'Ordre du Phénix les interrogeait du regard.
« Tu en as d'autres, des questions comme ça, MacDonald ?
- Vous vivez sous le même toit depuis un moment, la question est légitime, s'expliqua t-elle en haussant les épaules.
- Tu parles de lui, et de moi, là, ajouta Lily en pointant son index d'abord en direction de James, puis sur elle.
- Et alors ? Sirius dit qu'il y a une tension sexuelle derrière toute cette violence verbale. »
James lâcha un rire brutal pendant que Lily soupirait et levait les yeux au ciel, dépitée, et écarlate.
« Sirius Black trouverait une tension sexuelle entre Fol-Oeil et Dumbledore si on lui en donnait l'occasion, marmonna l'ancienne préfète-en-chef.
- Pour le mariage, je rends juste service à Lily, n'y vois rien d'autre, MacDonald.
- Tu ne rends jamais service à Lily, nota Mary. En huit ans, tu t'es efforcé d'essayer par tous les moyens possibles et imaginables de faire exactement le contraire.
- Justement. Je lui suis redevable, expliqua t-il en jetant finalement son biscuit sur la table. Tu as fait tomber la salière dedans ou quoi ? Demanda t-il à Lily qui fronça les sourcils.
- Si tu n'aimes pas, tu n'as qu'à pas en manger.
- Ce n'est pas que je n'aime pas, c'est que chaque bouchée est un risque pour ma vie, développa t-il avec une arrogance qui la mit dans tous ses états.
- Voilà à quel point il est odieux avec moi, confia t-elle à Mary en se tournant vers elle. »
James laissa échapper un rire narquois et quitta la cuisine alors que la meilleure amie de Lily affichait un petit sourire qui ne plaisait guère à la jeune femme rousse.
« On dirait un vieux couple qui se chamaille, pointa t-elle en chantonnant.
- Arrête ça immédiatement, la prévint Lily.
- C'est vrai ! Vous aviez pris l'habitude de vous ignorer à Poudlard et au quartier général, mais là vous n'avez plus le choix et Merlin... Sirius a raison !
- Sirius est un abruti ! S'écria Lily.
- Ne parle pas de mon meilleur ami comme ça ! Sirius est l'être le plus intelligent au monde ! Entendit-elle James lui répondre de la pièce d'à côté.
- POTTER, JE TE PREVIENS, SI TU NE TE TAIS PAS, JE VAIS TE FAIRE TAIRE MOI-MÊME ! Hurla t-elle.
- Est-ce que c'est un code pour vous dire que vous voulez vous bécoter ? l'interrogea Mary à voix basse en retenant un rire. »
Bien consciente qu'elle était en train de démontrer à sa meilleure amie exactement le contraire de ce qu'elle voulait lui démontrer, Lily se contenta de la fixer d'un air las pendant une minute avant que Mary ne s'excuse sans pour autant arrêter de sourire.
« Pourquoi est-ce que ça t'énerve autant ? La questionna t-elle.
- Parce que c'est James Potter ! Répondit rapidement Lily. Tu le connais autant que moi, Merlin. Tu sais très bien comment il est.
- Magnifique, tu veux dire ? souligna Mary en poussant un soupir d'envie vers le coin salon où il avait disparu.
- Non ! S'indigna Lily. Je veux dire exaspérant, imbu de lui-même, et blessant !
- Tu exagères, il était comme ça quand nous étions plus jeunes, il a beaucoup mûri.
- Je vis avec lui, Mary, lui rappela t-elle.
- Et il a gentiment proposé de t'accompagner au mariage de ta sœur pour éviter que tu ne te retrouves toute seule face à elle...
- Ce n'est pas... Ce n'était pas de la gentillesse. C'était juste... Il a... C'est pour pouvoir me rappeler, plus tard, qu'il a fait quelque chose pour moi ! trancha t-elle après s'être mise à réfléchir à vive allure pour trouver un argument pour contrer sa meilleure amie.
- Merlin, soupira Mary en riant mais en paraissant déçue par le manque de jugeote de Lily. Laisse lui la chance d'être quelqu'un de bien et arrête de te chercher des excuses pour le détester. »
Surprise par l'honnêteté brutale de sa meilleure amie, Lily resta sans voix, et elle finit par se laisser péniblement tomber sur la chaise qui lui faisait face, le regard perdu dans la tasse de thé qu'elle s'était servie quinze minutes plus tôt et qui avait sérieusement refroidie. James devait avoir pris sa menace au sérieux puisqu'elles ne l'entendaient plus.
« Tu sais que Marlène et Dorcas sont vertes de jalousie, n'est-ce pas ?
- Il n'y a vraiment pas de quoi, souffla Lily en touillant son thé, pensive.
- Elles auraient bien aimé être à ta place. Est-ce que c'est vrai qu'il fait son sport torse nu tous les matins ? S'empressa t-elle de demander en se penchant sur la table. »
Lily resta muette et osa à peine croiser le regard de sa meilleure amie, la suspectant clairement d'être capable de lui faire avouer qu'elle avait été témoin de ce spectacle beaucoup moins de fois qu'elle ne l'aurait souhaité mais qu'elle avait à chaque fois optimisé le moment en le dévorant des yeux.
La discussion était ridicule, mais elle avait au moins le mérite de leur faire oublier la guerre. Un peu de légèreté n'avait jamais fait de mal à personne... Lily y aurait sûrement coupé court si elle n'avait pas eu tant envie de penser à autre chose qu'aux dernières attaques, qu'à sa dernière mission, qu'à Agatha, qu'à ce moment où, dans l'appartement de James, elle avait vu sa vie défiler.
« Et alors ? Sur une échelle de un à dix ?
- Je ne vais pas lui mettre de note, Mary, c'est dégradant ! Tu sais déjà très bien ce que j'en pense.
- Non. Je sais ce que les filles en pensent, mais tu n'as jamais verbalisé quoi que ce soit.
- Oh bon sang, il faudrait être aveugle pour ne pas le trouver beau, lâcha subitement Lily.
- Tu le trouves beau ? répéta Mary en gloussant. A quel point ?
- Je n'en sais rien, soupira t-elle en levant les yeux au ciel. Il est... Il a du charme. Il a un truc. Tu le vois comme moi, tu sais très bien de quoi je parle, James est très attirant, c'est tout.
- Très attirant ? »
La voix était beaucoup trop grave pour être celle de Mary, et le ton beaucoup trop moqueur. Les deux jeunes femmes se figèrent sans se quitter du regard, puis elles se mirent à grimacer et pivotèrent lentement vers le coin salon.
James se tenait là, les mains dans les poches, et il observait les deux jeunes femmes avec un sourire satisfait. Lily ne se souvenait pas avoir vu autant d'orgueil dans l'expression de son regard depuis qu'elle le connaissait, et ce n'était pas peu dire.
« Je vais vous laisser, déclara Mary, aussi embarrassée que Lily. »
Elle essaya de la retenir quand elle se pencha pour lui faire la bise, mais sa meilleure amie se dégagea habilement de son étreinte et quitta Godric's Hollow sans demander son reste pendant que Lily la traitait silencieusement de lâche.
« Sirius a peut-être raison, finalement, osa James en plaquant ses deux mains sur la table, son visage à quelques centimètres seulement de celui de Lily.
- Ne commence pas à sauter aux conclusions, j'ai juste émis un fait te concernant, rien de plus, expliqua t-elle en bondissant de sa chaise pour s'éloigner de lui.
- Non, tu as dit que tu me trouvais attirant, réfuta t-il en passant une main dans ses cheveux alors que l'autre était toujours solidement posée sur la table et qu'il ne quittait pas Lily des yeux.
- Oui, et alors ? Tout le monde te trouve attirant, argumenta t-elle en haussant les épaules.
- Je ne suis pas d'accord avec ça, Evans.
- Tu n'es pas d'accord avec ça ? s'étonna t-elle. »
James Potter ne manquait jamais une occasion de se lancer des fleurs, et cette dernière déclaration désarçonna un peu Lily. Il avait toujours été très populaire, et surtout très conscient de ses qualités, spécialement celles concernant son physique. Il en avait d'ailleurs usé et abusé, et elle avait du mal à croire qu'il puisse la contredire sur un point comme celui-ci.
« On me dit que je suis beau, mais utiliser le terme « attirant », ça, c'est plus intéressant, reprit-il, et Lily roula les yeux.
- C'est la même chose.
- Non. L'un est un compliment, l'autre décrit plutôt une réaction.
- De quoi est-ce que tu parles ? l'interrogea Lily, perplexe.
- Je dis juste que je te fais de l'effet, répondit-il simplement.
- Pardon ? »
A l'autre bout de la pièce, elle cligna des yeux plusieurs fois avant de laisser échapper un rire ironique et d'esquiver son regard.
« C'est chimique, il n'y a pas de honte à avoir.
- Et l'envie de te jeter un sort, est-ce que c'est chimique ? s'enquit-elle en penchant légèrement la tête.
- Evaaans... Soupira t-il. Laisse moi apprécier un compliment de ta part, veux-tu ? Mon ego en a besoin.
- Ton ego a besoin de tout, sauf de ça !
- Tu n'en sais rien.
- Je vis avec, je commence à le connaître, et je le trouve beaucoup trop présent.
- Non, vraiment, insista t-il. J'ai besoin d'entendre ce genre de trucs une fois de temps en temps.
- Ah, évidemment, il est bien loin le temps où tu n'avais qu'à apparaître dans la salle commune pour qu'une pauvre cinquième année ne tombe d'amour à tes pieds, commenta t-elle.
- C'était loin d'être aussi satisfaisant qu'un compliment de ta bouche. »
Elle ressentit quelque chose d'un peu curieux et inhabituel alors que ses yeux noirs étaient plantés dans les siens et que ses mots lui donnaient l'impression étrange d'être spéciale, différente, unique. Tout lui parut instantanément illogique et dérangeant, presque bizarre. Elle n'avait jamais autant baissé sa garde devant lui, et elle ne s'était même pas rendue compte qu'elle l'avait fait.
Il l'avait juste fixée, et c'était comme si des dizaines et des dizaines de barrières étaient tombées d'un coup, bouleversant absolument tout ce qu'elle avait pris pour acquis et tout ce qu'elle pensait savoir et qu'elle se voyait forcée de reconsidérer. Merlin, un regard et il l'avait clouée sur place. A quel point s'était-elle égarée?
« J'espère que tu en as profité, parce que c'était la dernière fois que tu en entendais un, conclut-elle. »
Elle dut s'armer de courage pour passer à côté de lui et quitter la pièce. Cela ne lui ressemblait pas. Elle n'avait pas ce genre de faiblesse, elle n'était pas touchée par un regard, elle n'était pas remuée par des yeux simplement posés sur elle. Il fallait des mains, des effleurements, un contact, quelque chose de concret, pas juste... Pas juste un désir silencieusement transmis. Elle n'avait jamais été comme ça.
Et pourtant, soudainement, elle était comme ça. Elle avait tout compris, elle avait tout vu, et elle avait tout ressenti, et elle s'efforçait maintenant de chasser cela de ses pensées. Elle avait entendu la suggestion qu'il n'avait pas verbalisée, celle qui incluait la chambre mais excluait le sommeil, et elle n'arrivait pas à savoir comment il avait pu se montrer aussi audacieux sans même ouvrir la bouche.
Elle s'enferma dans la salle de bain, s'appuya sur le lavabo, et dévisagea longuement son propre reflet dans le miroir. Elle n'avait plus envie de sortir de là. Elle n'avait plus envie de le croiser. Il venait de lui montrer quelque chose qu'elle avait passé un moment à ignorer, et elle n'aimait pas cela. Elle n'aimait pas ne plus avoir le choix, être forcée d'affronter la vérité, pas quand cela l'incluait lui.
Elle savait depuis longtemps qu'elle était attirée par lui. Elle ne l'avait jamais vraiment accepté parce que tout en elle lui hurlait de ne pas être d'accord ça, de ne pas se laisser berner par ses jolis yeux, mais Merlin elle vivait sous le même toit que lui depuis plusieurs semaines maintenant et le déni n'était tout simplement plus envisageable.
« Lily ? »
La voix de Rémus la tira de ses réflexions. Il frappa un coup à sa porte et ne passa la tête dans l'entrebâillement seulement quand elle lui dit d'entrer.
« Je ne reste pas, déclara t-il. Je voulais juste te dire bonjour, et te prévenir que j'emmène James avec moi, on prend la cape d'invisibilité.
- Oh... Eh bien... Bonne soirée, souffla t-elle simplement en se laissant tomber sur son propre lit.
- C'est la pleine lune, Lily, expliqua t-il en voyant qu'elle avait l'air déçue de ne pas être conviée. »
Elle se redressa et fronça les sourcils. Elle avait complètement oublié. En un rien de temps, elle bondit de son lit et ouvrit la porte en grand pour serrer Rémus dans ses bras et lui souhaiter bon courage.
« Ça va aller, la rassura t-il. Je pense que tu dormiras quand nous rentrerons, ne t'inquiètes pas trop. »
Elle acquiesça tout en sachant qu'elle aurait du mal à fermer l'oeil. Elle aurait voulu être là aussi pour Rémus dans ces moments là, mais jamais elle n'aurait eu le courage de faire quelque chose d'aussi brave et inconscient que ce que James avait fait pour lui en devant un animagus.
Elle le vit lui adresser un léger signe de la main pendant qu'il attendait Rémus dans l'entrée, mais elle n'y répondit pas. Elle avait un peu mal au cœur. C'était particulier. Elle s'entendait divinement bien avec une moitié des maraudeurs, mais l'autre moitié lui donnait du fil à retordre. Enfin... Sirius n'était plus aussi hostile qu'il l'avait été, alors James était devenu sa principale préoccupation.
Elle essaya de s'endormir dans sa chambre, ce soir là. Elle essaya vraiment. Elle s'allongea dans son lit, et se retourna plusieurs fois. Sur le ventre, sur le dos, sur le côté... Aucune position ne semblait convenir. Elle se leva alors, déambula un peu dans le manoir vide et sombre depuis que la nuit était tombée, et sursauta à chaque craquement du parquet.
Le moindre petit bruit lui donnait l'impression qu'une horde de mangemorts allait débarquer. Elle était pourtant consciente que les sorts qui avaient été installés ici étaient très puissants et il semblait quasiment impossible qu'ils la trouvent un jour, mais elle ne savait que trop bien à quel point l'on pouvait être surpris par la vie.
Elle chercha Snap pendant un moment et le trouva couché au pied du lit de James. Elle tenta de le prendre dans ses bras, mais le gros chat émit un miaulement de protestation qui la découragea aussitôt. Il avait son petit caractère et il ne valait mieux pas insister quand il avait décidé quelque chose.
Elle s'effondra lamentablement à côté de lui, et elle fut incapable de se relever. Elle ne savait pas si c'était le matelas, l'odeur, ou la présence de son animal de compagnie, mais elle était plus rassurée ici. Elle se glissa sous la couette, un poil gênée par son aplomb. Elle aurait certainement dû demander la permission à James pour venir dans sa chambre et s'échouer sur son lit, mais elle avait le pressentiment qu'il ne lui en tiendrait pas rigueur.
Elle ferma les yeux, serra le pan de la couverture dans sa main droite et tenta de calmer ses angoisses. C'était souvent le visage de Voldemort qui lui revenait en tête. Ça, et les mains des mangemorts sur son corps pendant la mission, ces moments où elle avait dû se fondre dans la masse et séduire pour contourner la méfiance... Parfois, c'était aussi Agatha, et là... Là, c'était vraiment dur.
Elle sursauta violemment quand la porte claqua en bas. Elle aurait dû avoir le réflexe de préparer sa baguette, mais elle l'avait oubliée dans sa propre chambre et elle se maudit jusqu'à ce qu'elle n'entende le rire étouffé de James, mêlé aux protestations de Rémus. Par la fenêtre, derrière les rideaux, elle réalisa que le jour commençait à se lever. Elle était restée éveillée tout ce temps, et c'était presque plus effrayant que n'importe quel mangemort.
Ses inquiétudes étaient trop grandes pour qu'elle ne les dompte. Ses insomnies la rongeaient. Elle redoutait le moment où cette cohabitation allait cesser, ce moment où elle retrouverait cette solitude qui la paralysait. Peut-être qu'elle pourrait proposer une colocation à Mary. Ce serait certainement son dernier espoir.
Elle ne bougea pas d'un pouce lorsqu'elle entendit la porte de la chambre s'ouvrir mais referma les yeux. James alluma la lumière sans savoir qu'elle était là, et elle devina au juron qu'il poussa et à la rapidité dont il fit preuve pour l'éteindre qu'il s'en était rapidement rendu compte. Elle l'entendit se défaire de ses vêtements et le sentit s'allonger à côté d'elle. Il avait essayé de faire le moins de bruit possible, et elle songea qu'elle aurait peut-être dû lui dire qu'elle ne dormait pas, mais elle demeura silencieuse.
Elle frissonna légèrement quand il remonta la couette sur ses épaules, et elle se demanda à quel moment il était devenu aussi attentionné. Snap bougea, la piétina un instant, et puis il disparut de l'autre côté du lit. Elle devina qu'il devait prendre une sacrée place lorsque James marmonna quelque chose à propos de sa taille démesurée et qu'elle sentit son corps contre le sien. Il dégageait une chaleur complètement improbable. Ce n'était pas la première fois qu'elle se rendait compte qu'il était un radiateur humain, elle avait déjà eu l'occasion d'en profiter pendant leur mission, mais ce n'était pas la même chose maintenant qu'elle avait la sensation d'être chez elle.
Elle prit une profonde inspiration ouvrit les yeux et se retourna vers lui sans songer une seule seconde que son visage se retrouverait presque collé au sien. Malgré la pénombre, elle tomba immédiatement dans le piège qu'il n'avait même pas l'intention de lui tendre. Son regard était figé sur elle. Elle retint sa respiration pendant une minute et s'insulta mentalement après avoir jeté un bref, et inconscient coup d'oeil vers sa bouche. Elle était sûre qu'il l'avait remarqué. Il n'avait pas pu faire autrement, ils étaient si près...
« Tu prends toute la place, laissa t-elle échapper pour dissiper le malaise.
- Tu es dans mon lit, lui rappela t-il.
- Je n'arrive pas à dormir dans le mien, lui expliqua t-elle de nouveau.
- Ton chat non plus, on dirait...
- Tu n'as qu'à le pousser.
- Ou je pourrais te pousser toi, répliqua t-il. »
Elle se mordit légèrement la lèvre quand elle vit un sourire commencer à s'étaler sur le visage du jeune homme et elle se demanda pourquoi il ne bougeait pas. Leur proximité était embarrassante et plongeait absolument tout son cerveau dans un état de confusion unique qu'elle n'avait jamais expérimenté avant.
« Je te le déconseille vivement, murmura t-elle.
- Sinon quoi ?
- Tu verras.
- Tu sais que je suis curieux, Evans...
- Qu'est-ce que c'est censé vouloir di... »
Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Elle avait brièvement senti les mains et les pieds de James sur elle et s'était retrouvée par terre à peine une seconde plus tard. Médusée, elle avait mis un peu de temps à se redresser en position assise sur le parquet beaucoup trop frais pour elle.
« Tu es vraiment un troll ! s'exclama t-elle à voix basse, sachant que Rémus était en bas, probablement en train de ronfler sur le canapé.
- C'est de l'affection, Lily. C'est toujours de l'affection... Répondit-il simplement en lui tendant la main. »
Elle l'attrapa et le tira brutalement sans pour autant réussir à le faire tomber avec elle. Elle ne parvint qu'à lui provoquer un éclat de rire et elle en fut profondément vexée. C'est le temps qu'il lui fallut pour enregistrer ce qu'il venait de lui avouer. C'était de l'affection. Toutes ses âneries, toutes ces fois où il se moquait d'elle, et toutes celles où ils se querellaient... C'était de l'affection, rien que de l'affection, et en regagnant sa place sur son lit, elle se demanda pourquoi elle ne l'avait pas remarqué avant.
