Chapitre 11 : Shortbourne - ELINOR


LA JALOUSIE FRAPPA ELINOR avec une force qui lui donna presque envie de vomir, et pourtant elle ne détacha son regard des deux tourtereaux se bécotant à la vue de tous qu'avec beaucoup de difficulté. Arthur embrassait Daisy, la fille du pharmacien, comme il l'avait embrassée elle un jour, avec une douceur et une sensualité qui vous laissait tremblant. Il l'enlaçait comme il l'avait enlacée jadis, lui caressait le dos comme il le lui avait caressé dans une autre vie… Et elle n'était vêtue que d'un simple peignoir, et il n'était que sept heures du matin, et il n'était ainsi pas difficile de deviner qu'ils avaient passé la nuit ensemble.

Elinor serra les poings, au point que ses veines transparaissent à travers sa peau très blanche, et se mit une claque mentale. Arthur pouvait bien fréquenter qui il voulait. Il était libre. Elle n'aurait jamais dû rien ressentir. C'était fini entre eux. Elle devait se reprendre.

Elle se remit en marche, passa devant la maison d'un pas tranquille, contourna la place, salua vaguement le boulanger, traversa encore quelques petites rues avant d'emprunter le chemin qui menait à la maison familiale des Bell. Là, à l'abri du regard des villageois, son expression sereine se fissura. Ses yeux s'humidifièrent, ses sourcils se froncèrent, sa bouche se pinça, et le bouleversement qu'elle contrôlait depuis quelques minutes se peignit enfin sur son beau visage. Oui, elle avait entendu dire que Daisy et Arthur se fréquentaient, et oui, elle n'était pas supposée ressentir quoi que ce soit, mais quand même… la douleur et la colère se disputaient à présent férocement la place dans son cœur. Comment osait-il… comment osait-il faire cela aussi ouvertement ici, sur cette place, où il savait qu'elle passerait inévitablement pour rentrer chez elle ? Elle savait qu'il savait, qu'il l'avait fait exprès, car elle empruntait le même chemin tous les matins à la même heure depuis des semaines. Elle le savait, car il se mettait à la porte arrière de sa maison pour la regarder passer tous les matins, la suivait du regard jusqu'à ce qu'il ne puisse plus la voir. Elle le savait, car elle passait précisément par ce chemin (alors qu'il y en avait tant d'autres) afin qu'il la regarde passer, bien qu'elle-même s'efforçait de feindre ne pas remarquer son regard vif sur elle. Et elle savait qu'il savait qu'elle savait.

Comme à chaque fois qu'une émotion menaçait de la submerger, elle se mit à réciter le Manuel des Jeunes Ladies Bien Élevées, dont elle connaissait la moindre virgule par cœur. Bientôt, les plis qui lui striaient le front disparurent au profit de son expression neutre habituelle. Les magnifiques traits de son visage s'étaient figés, et avec sa longue robe, elle ressemblait à une statue de Venus s'avançant avec grâce le long du petit chemin. Seule sa longue chevelure bougeait à leur convenance, au gré du vent, et le soleil couchant faisait plus que ne jamais ressortir sa couleur dorée.

A une vingtaine de mètres Shortbourne Mansion, la maison au sommet de la colline sur laquelle était perché le village éponyme, Elinor entendit une voix héler son nom. Elle n'eut pas besoin de se retourner pour deviner l'identité du propriétaire de la voix. Arthur l'appela une deuxième fois, une troisième fois, mais Elinor n'admit sa présence que lorsqu'il la rattrapa et la força à s'arrêter en lui prenant fermement le bras.

–Hey, s'indigna-t-il avec son fort accent écossais. Tu ne m'entendais pas, où quoi ?

Elinor se dégagea sèchement de sa poigne.

– Si, admit-elle froidement en le regardant droit dans les yeux. Mais je t'ignorais.

Il fronça les sourcils.

– T'es fâchée ?

– Pourquoi le serais-je ?

Il sourit, et tira une bouffée de cigarette avant de répondre :

– Je sais pas. Je t'ai vu nous regarder, Daisy et moi.

– Et alors ?

– Tu nous as regardés assez longtemps, insista-t-il.

– Ce n'est pas comme si vous vous embrassiez discrètement, n'est-ce pas ?

Son ton indifférent parfaitement maîtrisé sembla lui faire perdre patience.

– J'ai couché avec elle, tu sais ? répliqua Arthur.

Elinor mit quelques secondes avant de répliquer :

– Arthur… qu'est ce que tu cherches, au final? A m'énerver ?

– Non, à te rendre jalouse.

– Je ne le suis pas.

Il la sonda du regard.

– Je suis certain que tu mens.

– Et je me fiche totalement de ce que tu penses. Maintenant, dégages, tu m'ennuies.

Elle se remit en marche vers la grande maison. Arthur lui emboîta le pas en allumant une autre cigarette.

– Qu'est ce que tu fais ? aboya-t-elle en ignorant le paquet qu'il lui présentait.

– Je te raccompagne, répondit-il, comme si c'était là une évidence.

– Je peux rentrer toute seule, je suis une grande fille. Et je n'ai plus que quelques mètres à parcourir de toute façon.

Le jeune homme haussa les épaules, rangea son paquet de cigarettes, et rejeta une longue bouffée en l'air avant de répondre tranquillement.

– Je sais. Mais je te raccompagne quand même.

Elinor hésita à protester contre sa présence pendant un court instant, avant de capituler. Elle savait Arthur aussi têtu qu'elle, et bien qu'elle n'avait aucunement envie de le voir actuellement, savait aussi pertinemment que rien de ce qu'elle pourrait dire ne le ferait partir. Et puis, de toute manière, elle n'aurait à le supporter que de courtes minutes. Elle opta donc pour hausser les épaules et continuer à gravir la pente.

Ils marchèrent quelques instants en silence, lui, lui jetant de fréquents coups d'œil, elle, l'ignorant totalement, avant qu'il ne se décide à le briser.

– Tu aurais pu être à la place de Daisy. Tu peux encore l'être. Je ne l'utilise que pour te rendre jalouse. J'en ai rien à faire, de cette fille, elle ne t'arrive pas à la cheville.

– Comme c'est charmant, commenta Elinor d'un ton narquois. Mais non merci. Au cas où tu l'aurais oublié, j'ai déjà quelqu'un à embrasser.

– Oui, mais lui, tu ne l'aimes pas.

– Parce que tu crois que j'ai des sentiments pour toi, peut-être ? demanda-t-elle d'une voix méprisante.

– Oui, répondit simplement Arthur.

Elinor leva les yeux au ciel et décida de ne pas rétorquer. Il était impossible, quand il s'y mettait.

– Combien de temps comptes-tu rester à Shortbourne? demanda-t-il après une nouvelle pause.

– J'habite ici, fit-elle remarquer sèchement.

– Plus depuis…

Il s'interrompit, fronça les sourcils, et reprit :

– N'es-tu pas censée vivre chez Potter, à présent ?

Ce fut au tour d'Elinor de froncer les sourcils.

– Comment sais-tu ça ? demanda-t-elle d'un ton soupçonneux.

– Tout le monde le sait, répondit-il d'une voix évasive.

– Pas tout le monde, contra-t-elle. Mon père ne veut pas que ça s'ébruite, étant donné que James et moi ne sommes pas mariés. Tom a promis de ne rien dire, et je ne crois pas que tu sois devenu le confident de mes parents en mon absence. Alors ?

Voyant qu'il ne répondait rien, elle insista :

– Arthur, qu'est-ce que tu as à voir avec cette histoire ?

Arthur se contente de tirer une longue bouffée, peu impressionné comme d'habitude par son ton exigeant.

– C'est ça, ne me répond, reprit finalement la jeune femme d'un ton passablement irrité. De toute manière, je m'en fiche totalement.

Ils avancèrent quelques minutes encore en silence, avant qu'Arthur ne le brise de nouveau.

– Alors, combien de temps comptes-tu rester ? Tu n'as pas répondu à ma question ?

– Parce que toi, tu as répondu à la mienne, peut-être ? aboya-t-elle, indignée par son culot. Et puis d'abord, pourquoi est-ce que ça t'intéresse tant de savoir mes allées et venues ?

– Ne sois pas agressive. C'est juste que… Tom m'a dit que ton père rentre bientôt.

– Et alors ?

– Ellie…

Il soupira, lui jeta un nouveau regard, et annonça d'une voix hésitante.

– Ton fiancé est peut-être stupide, mais ce n'est pas mon cas. Je sais parfaitement que ce n'est pas en tombant de cheval que tu t'es blessée il y a quelques semaines.

Le cœur d'Elinor rata un battement. Visiblement déstabilisée, elle s'arrêta sans même s'en rendre compte, se tourna vers son compagnon, et lui jeta ce regard à la fois beau, craintif et innocent, qui avait fait tomber Arthur amoureux d'elle des années plus tôt. Ses mains agrippèrent inconsciemment le châle qu'elle avait élégamment noué autour de son cou malgré la chaleur écrasante. Pendant de longues secondes, elle ouvrit et ferma la bouche, hésitant visiblement à nier ou admettre ce qu'il venait d'insinuer.

– Je sais, répéta Arthur avec force.

Finalement, elle baissa les yeux, et se remit une nouvelle fois en marche sans un mot.

– Ellie, s'il-te-plait….

– Tu peux partir, maintenant. Je suis presque arrivée, annonça-t-elle d'une voix tremblante.

– Je ne veux que t'aider, s'exaspéra Arthur.

– Alors laisse-moi tranquille ! s'écria-t-elle avec colère. Je sais ce que je fais !

– C'est ce que je croyais, mais ça fait un sacré moment que je n'ai pas vu Potter. Où est-il ? Pourquoi est-ce qu'il ne passe plus te voir ?

– Tu m'espionnes ? s'indigna la jeune femme.

– Peut-être bien, rétorqua Arthur sur un ton de défi. Tu crois vraiment que je vais te laisser à lui sans être certain qu'il sera à la hauteur ?

– Sérieusement, Arthur, mêles-toi de ta vie ! Si j'avais besoin de ton aide, je te l'aurais demandée !

– Je ne compte pas attendre que tu me demande mon aide pour t'aider, répliqua-t-il tout aussi furieusement.

Ils étaient à présent arrivés devant la grille délimitant le jardin des Bell.

– On est arrivés. Salut !

– Attends, Ellie !

Il la força à s'arrêter en lui prenant fermement le bras. Elle tenta de se dégager et se débattit, mais il était bien plus grand et plus fort qu'elle. Il lui saisit les deux poignets d'une main et les cloua contre le mur au-dessus de sa tête. Elinor écarquilla les yeux. Non pas parce qu'elle était complètement immobilisée, mais parce qu'il se tenait si près d'elle qu'elle pouvait voir et détailler chacun des cils encadrant ses yeux gris. Il avait le souffle court, mais ce n'était surement pas parce que la maintenir immobile lui était difficile – elle avait même cessé de se débattre.

– Pourquoi es-tu si cruelle avec moi, quand tu sais que tout ce que je fais est de m'inquiéter pour toi ? murmura-t-il avec quelque désespoir.

Elinor ferma les yeux mais ne répondit pas. Elle sentait son souffle lui caresser les narines, et se demanda brièvement s'il allait l'embrasser, sans parvenir à déterminer si elle voulait qu'il agisse de la sorte ou non.

Il se décida à se pencher pour elle, mais, au dernier moment, elle détourna la tête.

Finalement, il desserra son étreinte et s'éloigna de quelques pas.

– Retournes chez Potter. Tu n'es pas en sécurité ici tant que Tom est absent, et tu le sais.

– Je ne veux pas de ton aide, dit Elinor. Je te l'ai déjà dit mille fois, et je te le répèterai autant de fois que nécessaire. Laisse-moi tranquille.

Les portes s'ouvrirent automatiquement lorsqu'elle s'avança vers elles. Cette fois-ci, Arthur ne la suivit pas, mais il la héla une dernière fois :

– Ellie ! s'écria-t-il.

Elinor ne se retourna pas.

– Je t'attendrai le temps qu'il faut, d'accord ? Je ne laisserai pas tomber. Tu sais où me trouver, et tu n'as qu'une chose à dire.

Elinor continua de marcher sans marquer la moindre pause.


L'HUMEUR DE LA JEUNE FEMME n'alla pas en s'arrangeant. A peine eut-elle franchi la porte d'entrée que des voix lui parvinrent du salon. Elle rata un battement de cœur en reconnaissant celle de sa mère, et considéra un fol instant l'éventualité de prendre ses jambes à son cou. Elle semblait discuter avec quelqu'un, et Elinor pria intérieurement pour que ce soit n'importe qui, sauf son père.

Son vœu fut exaucé.

Mrs Bell tourna la tête en tendant la porte se refermer, et regarda avec la plus grande des surprises Elinor d'avancer vers elle.

– Ellie, quelle surprise ! s'exclama-t-elle en fronçant les sourcils. Nous venons à peine d'arriver. As-tu eu vent de notre retour ?

Par « nous », Elinor se rendit compte en tournant la tête vers son interlocuteur, elle ne voulait pas dire « ton père et moi ». Mais aucun sentiment de soulagement ne vint l'apaiser. La nature de son angoisse se contenta simplement de changer. Elle n'avait plus peur d'être étranglée. Elle redoutait bien pire à présent.

– Bonjour, Elinor, dit l'homme d'une voix doucereuse.

Elle ne put s'empêcher un mouvement de recul.

– Comment vas-tu ? ça fait bien longtemps…

– Oncle Jacob, répondit-elle d'une petite voix.

Quand lui faisait glisser son regard lubrique sur tout le corps de la jeune femme, Elinor était incapable de le regarder. Il lui donnait la nausée. Pourtant, elle savait que c'était lui qui aurait dû ressentir ce sentiment de honte qui la submergeait, lui qui aurait dû se sentir profondément mal à l'aise, lui qui aurait dû avoir envie de disparaître sous la terre. Lui, lui, lui.

Définitivement pas elle.

Le regard de Mrs Bell passa d'Elinor à Jacob, et elle pinça les lèvres.

– Jacob, aboya-t-elle soudain, va déposer le tu-sais-quoi à Gringotts. Maintenant.

– La banque n'est pas encore ouverte, répliqua Jacob sans détourner le regard, il n'est que sept heures. J'irai quand je…

– Elle le sera pas le temps où tu arriveras à Londres, coupa Mrs Bell d'un ton sans réplique. Ou tu préfères que je dise à Brutus que tu as traîné à mettre ce paquet en sécurité ?

Jacob serra les lèvres, mais obtempéra sans un mot.

Lorsqu'il eut quitté la pièce, Mrs Bell tapota la place à côté d'elle sur le sofa, et Elinor y prit place.

– Je croyais que vous ne deviez rentrer que le week-end prochain.

– Ton père avait des choses à faire, il m'a demandé de rentrer avant.

– Pourquoi oncle Jacob n'est-il pas resté pour l'assister.

– Je ne sais pas, et je n'ai pas demandé, répondit froidement Mrs Bell.

Mrs Bell ne posait jamais de questions. Et c'était probablement pour cela qu'elle était restée mariée vingt ans à Brutus Bell sans qu'il ne lui arrive quoi que ce soit d'étrange, contrairement aux dix-sept autres femmes qui l'avaient précédée.

Si Brutus Bell était surnommé B.B. dans le village, ce n'était certainement pas en référence à la lettre redoublée de ses initiales, mais a cause de l'étrange, fascinant et horrifiant parallèle que toute personne familière avec les contes moldus du 18ème siècle pouvait dresser entre sa vie et celle du célèbre et sinistre personnage de Charles Perrault. En effet, tout comme la Barbe Bleue, Brutus Bell était un homme grand et massif arborant une barbe sombre aux reflets bleus, au caractère inflexible et intolérant, dont l'absence générale de beauté était largement compensée par les grandes richesses qu'il avait amassés aux cours des années. Mais leur plus grand point commun résidait sans aucun doute dans le fait qu'ils avaient tous deux eu plus de femmes que de raison, et qu'elles avaient toutes mystérieusement disparues sans laisser aucune trace, du jour au lendemain. Personne n'avait jamais été assez fou pour aller lui demander des comptes, et personne ne posait non plus de questions sur la porte de la cave constamment fermée, dont il gardait jalousement la clef autour du cou.

– Que fais-tu ici ? reprit-elle au bout d'une courte pause. Wiksy m'a dit que ça faisait plusieurs semaines que tu étais revenue. Tu n'habites plus chez Potter ?

Elinor décida plus sage de dire la vérité.

– Je… je me suis disputée avec James.

– C'est fini entre vous ?

– Non.

Enfin, elle espérait.

Mrs Bell resta silencieuse un instant. C'était vraiment une très belle femme, aux traits plaisants, mais elle dégageait quelque chose de presque aussi intimidant que son mari.

– Qui d'autre est au courant ?

– Je ne l'ai dit à personne. Mais…

– Mais ?

Elinor soupira.

– Cela fait plusieurs semaines que nous n'apparaissons pas en public. Rita Skeeter m'harcèle pour que je lui donne une interview, et je sais qu'elle projette d'écrire un article. Elle soupçonne quelque chose.

Mrs Bell pinça les lèvres.

– Tu ferais mieux de te rafistoler avec ton fiancé, et de préférence avent le retour de ton père. Il commence à trouver que les préparatifs de votre mariage s'éternisent, d'ailleurs, et moi aussi.

– Oui, mère.

– Tu peux rester en attendant que les choses s'améliorent.

Mrs Bell lui caressa tendrement la joue. Elle n'était pas la mère naturelle d'Elinor, mais l'avait élevée et élevée comme la sienne. Elinor sentit de nouveau ses yeux s'embuer, mais aucune larme ne coula. Page 28 du Manuel des Jeunes Ladies Bien Élevées,

– Je me charge de Skeeter, ajouta sa mère d'une voix plus douce. Mais je ne peux pas me charger de Jacob. Alors tu restes dans ta chambre lorsque je ne suis pas dans les parages.

– Il va rester ici ? s'exclama Elinor.

– Hélas. Ton père lui a laissé des choses a gérer, et il veut que je garde un œil sur lui. Je prendrai mes dispositions afin qu'il ne puisse atteindre l'étage, mais tu feras attention, n'est-ce pas ?

Elinor acquiesça. Elle en avait bien l'intention.


QUELQUES JOURS PLUS TARD, confinée dans sa spacieuse chambre du fait de l'absence de Mrs Bell, elle répondait à ses courriers lorsqu'elle reçut une visite des plus inattendues, bien qu'aucune surprise ne se peignit sur son visage.

- Toc Toc ?

Elinor leva brièvement les yeux de sa missive, et croisa le regard d'Heidi, qui attendait patiemment sur le seuil de la porte de se faire inviter à entrer.

– Ce n'est pas très gentil de demander à ton elfe de me congédier, dit Heidi.

– Ce n'est pas toi en particulier qui est visée, répliqua froidement Elinor. Je lui ai dit de congédier tous mes visiteurs. Je suis occupée, je n'ai pas très envie d'être dérangée.

– Oula, quelqu'un est de bonne humeur à ce que je vois ! Il fait une de ces chaleurs, dans ta chambre ! Mon Dieu. Pourquoi ne descends-tu pas dans le jardin ? Il doit faire plus frais qu'ici, c'est une vraie fournaise.

Elinor n'eut besoin de répondre qu'un seul nom.

– Jacob.

Heidi fit une grimace.

– Oh, il est là, ce gros pervers ? Heureusement que je ne l'ai pas croisé en montant, il essaie toujours de me mettre la main aux fesses.

– Il est revenu il y a quelques jours avec ma mère. Pour l'instant, il n'a rien tenté, mais c'est parce que je passe toutes mes journées dehors ou dans ma chambre et que mon père semble lui avoir laissé une tonne de travail.

– Je vois…

Le regard d'Heidi tomba sur les nombreux courriers empilés sur le secrétaire où était installée Ellie, puis sur une liasse d'enveloppes mauves jetées sans être décachetées dans la corbeille.

– Je vois que Jonathan t'écris toujours chaque jour, commenta-t-elle d'une voix faussement détachée.

– Si tu pouvais d'ailleurs lui demander d'arrêter, répliqua Elinor sans lever les yeux.

S'agissant là d'un sujet épineux, Heidi jugea plus sage de ne pas insister pour le moment. Elle ne voulait pas être distraite de la véritable raison de sa venue.

– Alors… Qu'est-ce que tu fais de si prenant que tu ne peux pas me recevoir ? demanda Heidi.

– Je prépare mon testament, ironisa Elinor.

Heidi roula des yeux, jeta tout de même un coup d'œil à la lettre qu'écrivait Elinor, roula de nouveau des yeux en voyant qu'elle était libellée à Mrs Fisher du club de lecture, puis se laissa tomber dans le fauteuil installé près du bureau.

– Encore ? plaisanta-t-elle.

– Pour de bon, cette fois. Père sera de retour le week-end prochain, et je suis fichue.

– Tu n'es pas fichue, dit patiemment Heidi.

– Bien sûr que je le suis, s'exclama Elinor d'un ton théâtral. Père va littéralement me tuer. Je vais quitter ce monde au zénith de ma beauté. À moins que tu puisses me trouver un autre fiancé d'ici dimanche?

Elle se tourna avec espoir vers son amie, qui haussa les épaules, habituée aux déclarations mélodramatiques d'Elinor.

– Tu as déjà un fiancé, fit remarquer Heidi.

– Tu parles du binoclard avec la grosse tête dont je n'ai pas entendu parler depuis trois semaines ? grogna Elinor avec humeur.

– Techniquement, tu ne peux en vouloir qu'à toi-même pour cette situation. Il te suffirait d'un mot pour que tout rentre dans l'ordre.

– Oh, s'il te plait ! siffla Elinor. Je refuse d'avoir encore cette conversation. Je refuse d'avoir quoi que ce soit à faire avec lui avant qu'il n'ait changé d'avis.

– Donc tu admets que c'est bien toi qui refuse de le recevoir lorsqu'il passe te voir ?

– Passais, tu veux dire, répliqua Elinor avec aigreur. Ça fait bien longtemps qu'il n'a pas essayé de me contacter.

– On ne peut pas dire que tu l'as très bien accueilli jusque-là.

Elinor la toisa du regard.

– Ce n'est pas une raison pour cesser complètement de tenter de me reconquérir. Est-ce qu'il t'a envoyé ici pour me faire changer d'avis ? C'est pour ça que tu es venue me voir à l'improviste ?

Heidi soupira. Elinor était sur la défensive. Ce serait aussi difficile qu'elle l'avait prévu.

– Je veux t'éviter de faire une grosse bêtise. Donc oui, tu as raison, je suis venue pour te faire changer d'avis, à propos de James.

– Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas en parler.

– Ellie…

– J'en ai plus qu'assez de James Idiot Potter! s'exclama-t-elle soudain avec force. Il me rend folle, il est trop imprévisible et capricieux, et je ne peux visiblement pas compter sur lui. J'aurais dû accepter d'épouser Nathan Smith lorsque j'en avais l'occasion. Certes, c'est le pire des hommes que j'ai fréquenté, et il était ennuyeux, mais au moins j'avais moins de soucis.

– Mais…

– Tu as vu le Sorcière Hebdo de la semaine dernière, d'ailleurs ? Je l'ai acheté car je pensais que Skeeter allait encore écrire un article sur le fait qu'on ne nous voyait plus ensemble, James et moi, mais heureusement on a eu droit qu'à un tout petit encart vers la fin du magazine. Toute l'attention était focalisée sur Nathan. Tu as vu ? Il s'est dégoté une fiancée. Non mais vraiment !

– Justement, je…

– Je me demande bien quelle sorte d'imbécile peut dire oui à cet homme, ricana Elinor d'une manière peu charitable. Soit une sainte, soit une croqueuse de diamants tellement vénale qu'elle arrive à faire fi de sa crétinerie. Même pour moi, c'était trop ! Mais bon, à défaut d'avoir le moindre instinct de survie, je dois admettre qu'elle est jolie – et tu sais comme moi que je trouve très peu de personnes jolies. Quoi qu'il en soit, j'espère que James ne va jamais la croiser car elle est pile poil son genre : rouquine et pulpeuse.

– Err…

– Je me demande vraiment qui c'est, en revanche. Le magazine n'a pas lâché son nom, et sa tête ne me dit absolument rien…

Elle se frotta le menton d'un air pensif. Heidi profita de son mutisme momentané afin de rebondir dans la conversation.

– James est venu me voir, hier soir.

– Quoi ?

Elinor sortit immédiatement de sa torpeur.

– Pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ? Tu aurais pu me prévenir !

– Parce qu'il a passé toute la nuit chez moi, et qu'il n'est reparti qu'au petit matin. Et dès qu'il est parti, je suis venue te trouver.

Elinor parut soudain mal à l'aise.

– Est-ce que vous avez… ?

Heidi leva un sourcil.

– Bien sûr que non, s'indigna-t-elle avec froideur. J'aime les hommes, mais même moi il m'arrive de croiser les jambes de temps en temps.

– Je ne te crois pas, avoua Elinor.

– Quoi ? feint de s'offusquer Heidi. Tu crois que je coucherai avec le fiancé de ma meilleure – et seule, d'ailleurs – amie ?

Elinor secoua la tête.

– Tu l'as déjà fait.

Heidi laissa échapper un grognement.

– Oui, bon, une fois, je ne pensais vraiment pas que ça te dérangerait.

- Que tu couches avec mon fiancé ? Ben voyons !

- Et je t'ai promis ensuite que ça ne se reproduirait plus jamais, poursuivit Heidi sans tenir compte de l'interruption.

- C'est vrai que tu n'as jamais brisé de promesse avant.

- Avant, Ellie. J'ai changé. Je ne referai jamais une chose pareille – du moins, pas à toi. J'aurais bien trop peur.

Elinor croisa les bras en signe de défi.

- De ?

Heidi la regarda droit dans les yeux.

– Te perdre, dit-elle simplement. Te perdre définitivement.

Elinor rougit légèrement, et fit semblant de se replonger dans la rédaction de son courrier afin de masquer sa gêne. Plusieurs anges passèrent avant qu'Heidi ne se décidât à reprendre la parole :

- Et je te rappelle aussi que l'autre connasse d'Emily a promis de me faire virer de l'équipe si quoi que ce soit se passait de nouveau avec James. Ellie, crois-moi, je t'assure qu'il ne s'est rien passé.

Elinor la regarda dans les yeux plusieurs secondes, avant de hocher la tête, comme pour lui signifier qu'elle la croyait.

– Donc, reprit-elle, si vous n'avez pas couché ensemble, qu'avez-vous fait toute la nuit ?

– Parler.

– Parler ?

– Parler.

– Et… de quoi ?

– De beaucoup de choses. D'Emily, de toi, de moi, et de ce qu'il a foutu ces derniers temps.

L'emploi du temps de James avait en effet été un mystère. Étonnée de ne le voir que peu insister pour le voir, Elinor l'avait fait suivre par Wiksy, son elfe de maison, afin de découvrir la cause de son désintéressement. Après plusieurs jours de filature, l'Elfe lui avait révélé que James passait le plus clair de son temps du côté Moldu de Londres, au grand étonnement de sa fiancée, qui n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait faire dans ce vieil immeuble de style victorien. Une chose était cependant certaine : des sorciers vivaient dans cette habitation, car des sortilèges parfaitement maitrisés anti-intrusion étaient mis en place à partir du quatrième étage. Wiksy avait relevé les noms de familles habitant l'immeuble sur les boîtes aux lettres dans l'entrée. A son grand soulagement, il n'y avait pas d'Evans, mais elle n'avait jamais entendu parler des autres non plus, bien que l'impression de passer à côté de quelque chose d'essentiel ne l'avait pas quitté.

– Et… qu'est-ce qu'il a… « foutu », ces derniers temps ? demanda Elinor, avec appréhension.

– Pas grand-chose, de ce que j'ai retenu. Ce qui est intéressant, en revanche, c'est avec qui il a passé ces derniers temps. Tu te souviens de cette liste de nom que ton elfe t'a donné ?

– Oui.

Elinor les avait récité dans sa tête comme un mantra pendant plusieurs semaines, désespérée de savoir d'où provenait cette sensation de familiarité.

– Il y avait bien une McKinnon dans la liste non ? Eh bien, figure-toi que c'est là qu'il créchait. Son prénom est Marlène.

– Oui, je pense que James m'a parlé une ou deux fois d'une Marlène, avec qui il allait boire des coups… Mais il m'a assuré qu'ils n'étaient qu'amis. Est-ce qu'elle est sa Régulière ?

C'était le nom donnés aux maîtresses officielles des Sang-Purs, chez qui de telles pratiques étaient si courantes que les épouses s'en offusquaient à peine.

– Je ne pense pas, répondit Heidi. D'après ce que j'ai compris, ils sont réellement seulement bons amis.

– Peut-être qu'il ment… Après tout, je les connais tous, les amis de James.

– Tous, pas toutes, fit remarquer Heidi. Surtout que McKinnon et lui se connaissent depuis Poudlard. Il aurait largement eu le temps de vous présenter s'il l'avait voulu. Mais quoi qu'il en soit, je ne pense vraiment pas qu'il y ait quoi que ce soit entre eux. Il ne m'a pas dit pourquoi il s'est mis à passer autant de temps avec elle, mais j'ai cru comprendre qu'elle a une espèce de loque comme petit-ami.

Elinor parut immédiatement soulagée.

– James ne coucherait jamais avec une femme déjà prise.

– Certes, mais ce qui est vraiment très intéressant dans cette histoire, ce n'est pas McKinnon, mais sa colocataire, répliqua Heidi. Et tu ne devineras jamais de qui il s'agit.

Le sourire d'Elinor s'effaça aussitôt. Au fond d'elle, elle savait de qui il s'agissait avant même qu'Heidi n'ait prononcé le nom fatidique.

– Lily Evans.

Elinor se laissa tomber sur sa chaise, blême.

– La fille qu'il tient tant à engager ? bégaya-t-elle, visiblement troublée. C'est elle, sa Régulière ? Mais… il n'a pas arrêté de me dire qu'il ne se passait rien entre eux.

– Je ne suis pas certaine qu'il mente, à vrai dire, la rassura Heidi. Evans a déjà quelqu'un, et ça semble assez sérieux. » Heidi hésita, puis jugea plus sage de ne pas révéler le nom de compagnon d'Evans. Elinor avait paru plus affectée qu'elle ne l'avait voulu laisser paraître par l'annonce des fiançailles de Nathaniel. « De plus, il m'a dit qu'elle ne l'appréciait pas beaucoup.

– Pourquoi ?

Heidi haussa les épaules.

– Tout le monde aime James, insista Elinor d'un ton presque scandalisé.

– Crois-moi, vu comment elle est jolie, tu as bien de la chance que ce ne soit pas le cas pour elle.

– Elle ne peut pas être plus jolie que moi, se défendit puérilement Elinor

Elle agita sa baguette, et un petit miroir apparut en face de son visage dont elle se mit à admirer les traits. L'irritation qu'elle avait ressentie s'évanouit devant la beauté manifeste de ses yeux. C'était rassurant d'être aussi belle, elle l'avait presque oublié. Oui, il n'y avait pas à dire, ça vait du bon d'avoir du sang de Velane dans les veines.

– Je suis quand même sacrément jolie, murmura-t-elle à personne en particulier.

Heidi se retint de lever les yeux au ciel.

– Dooooooonc, reprit-elle prudemment. Evans. Maintenant que tu sais qu'elle est tout à fait inoffensive, tu vas accepter qu'elle organise votre mariage, n'est-ce pas ?

– Bien sur que non, répliqua Elinor sans détacher les yeux de son reflet.

Heidi cligna des yeux. Elle n'avait pas prévu ça.

– Non ?

– Non.

– Mais…. Pourquoi ? demanda-t-elle d'un ton confus. Tu l'as dit toi-même, James ne toucherait jamais une femme déjà prise.

Elinor saisit le miroir flottant, et l'abaissa afin de pouvoir de nouveau regarder son amie dans les yeux.

– Parce qu'elle est loin d'être inoffensive. Elle est à l'origine de la seule dispute qu'il n'y ait jamais eue entre James et moi, et que par conséquent je la veux hors de ma vue et de ma vie. Je refuse qu'une femme avec un tel pouvoir s'approche de mon couple. Ce n'est pas parce qu'elle n'est pas intéressée par James pour l'instant qu'elle n'est pas dangereuse.

– James ne te trahiras jamais.

– Je ne prendrai pas de risques.

– Ellie, c'est ridicule, à la fin ! s'exaspéra Heidi. Tu sais très bien que tu ne peux que te réconcilier avec James. Arrête de faire ta tête de mule !

Elinor croisa les bras, visiblement contrariée.

– Ce n'est pas qu'une question de fierté, Call. C'est une question de survie, d'honneur, de dignité. Je m'apprête à épouser un Sang-Pur. Tu sais ce que ça veut dire ? Que maîtresses et bâtards feront partie du lot. Alors oui, je ne manquerai de rien, et oui, j'aurais un statut social élevé, mais je devrais en contrepartie passer mon temps à regarder mon mari gâter et… baiser des filles plus jeunes et plus belles que moi, et l'héritage de mes enfants blanchir et nourrir ses multiples erreurs de jeunesses. Les hommes sont tous les mêmes. Même Jon, même James, et surtout mon père. Mais je refuse de finir comme ma mère. Je refuse qu'il considère une femme plus importante que moi. Je ne laisserai aucune femme me voler la place de femme numéro un dans la vie de mon époux, jamais. Et James devra apprendre à respecter cette limite. Qu'il gambade tant qu'il veut, je m'en moque, tant que c'est fait dans l'ombre. S'il veut que ce mariage fonctionne, il devra toujours me donner la préférence.

Ce fut au tour d'Heidi de paraitre irritée.

– Oh, pitié, Ellie Bellie, arrête de faire comme si tu n'avais pas eu le choix, c'est ridicule. Tu as eu le choix, tu as le choix, et tu as choisi cette vie plutôt qu'une autre. Tu as choisi le confort de cette vie plutôt que…

– Je sais ce que mon choix implique, coupa-t-elle. Ça ne veut pas dire que j'accepte que James fasses passer les besoins et désirs de ses maitresses avant les miens. Je serai sa femme, et je serai toujours la numéro un. Si je capitule maintenant, je donnerai comme message qu'il est acceptable qu'il introduise ses maitresses à nos vies. Alors non, je ne capitulerai pas tant qu'il n'aura pas changé d'avis.

– Tu sais que tu as tiré le gros lot avec James, mais ne pousse pas trop ta chance non plus. Tu peux choisir de perdre cette bataille, ou de perdre et cette bataille et James.

– Qu'est ce qui te fait dire que je suis perdante dans tous les cas ? s'agaça Elinor.

– Le fait qu'il soit tombé amoureux de cette fille ? proposa Heidi sur un ton passablement irrité.

Il y eut un long silence.

Lourd, pesant, profond.

Devant l'expression horrifiée d'Elinor, Heidi se sentit un peu coupable. Cette révélation lui avait échappé. Mais elle avait besoin de provoquer un électrochoc, et d'amener Elinor à revenir sur ses positions avant qu'il ne soit trop tard.

– Il… il t'a dit ça ? bégaya Elinor d'une voix blanche.

– Non, il… euh, n'en a pas eu besoin, avoua Heidi avec une grimace. Je ne suis même pas certaine qu'il s'en soit lui-même aperçu.

Elinor fixa longuement ses mains. Ses yeux menaçaient de s'embuer, mais elle se força à rester forte.

– Alors, je suis réellement fichue, murmura-t-elle dans un souffle à peine audible.

Heidi leva un sourcil, étonnée.

– Et pourquoi donc ?

– Tu viens de le dire, il est tombé amoureux. Et j'ai bien vu à quel point il était excessif lorsqu'il est amoureux. Il ne pourra pas gérer deux femmes en même temps. Il va me laisser tomber.

– Wow, wow, WOW, dit Heidi. Calmons-nous quelques instants. Personne n'est fichu ici. Premièrement, James était obsédé par Emily, pas amoureux, ce qui explique pourquoi il était aussi déraisonnable vis-à-vis d'elle. Or, ce qu'il ressent pour cette Lily me semble bien plus sensé. De plus, il a assez grandi et muri pour ne pas balancer sa dignité pour une fille. Et il m'a décrit cette Evans comme étant une fille très bien.

– Oui, mais …

– Deuxièmement, coupa Heidi, si je t'ai présenté James, c'est parce que je sais qu'il est extrêmement loyal. Oui, il s'intéresse à quelqu'un d'autre, et oui, c'est la première fois depuis Emily, mais quoi qu'il en soit, il t'appartient. Il t'appartient, Ellie Bellie. Il est lié à toi par un serment qu'il ne brisera jamais. À partir du moment où il t'a donné sa parole, il t'épousera coûte que coûte, et aucune femme ne lui a jamais fait briser une promesse. Ellie… tu comptes vraiment beaucoup, pour James. Il ne te lassera pas tomber.

Elinor rougit.

– James ne s'est jamais autant opposé à moi…

– Excepté sur ce point. T'a-t-il déjà refusé quelque chose auparavant ?

– Non, admit Elinor.

– T'a-t-il déjà contrarié sur quelque chose ?

– Non, répéta–t-elle.

– T'a-t-il déjà réclamé quelque chose avant ? Demandé quoi que ce soit ? Exigé quelque chose ? Non, n'est-ce pas ? Depuis le début, James se plie aux moindre de tes désirs sans négocier, et embaucher cette Evans est la seule chose qu'il te demande.

– C'est vrai, je suppose, approuve Elinor à contre cœur.

– Il est capricieux, et refuse de changer d'avis. Ellie, tu devrais vraiment songer à accepter la condition de James. Ça te permettrait de garder un œil sur cette fille. Et considère même que c'est une chance qu'elle lui plaise autant : tu n'as plus qu'une seule rivale, qui se fiche totalement de lui. Et plus elle le repousse, plus il l'aime. Il va pouvoir l'aimer à son aise sans jamais aller plus loin car il ne l'intéresse pas.

Elinor la scruta de longues secondes, avant de pousser un long soupir de résignation.

– Je suppose que ça mérite réflexion…

– Crois-moi, Ellie, c'est non seulement la meilleure solution, mais la seule. Réfléchis-y.

Elinor acquiesça, avant de demander.

– Dis, Call ?

– Oui, Ellie Bellie ?

– Pourquoi insistes-tu tant pour que j'accepte la demande de James ? demanda-t-elle finalement. Tu as quelque chose derrière la tête ?

L'image d'Emily flotta une brève seconde dans l'esprit d'Heidi, qui n'en laissa rien paraitre.

– Oh, Ellie, pas du tout, mentit-elle d'une voix doucereuse.


UNE FOIS A NOUVEAU SEULE, Elinor se laissa tomber sur son lit, et fixa le plafond peint de sa chambre, qui représentait un ciel radieux que de magnifiques oiseaux traversaient.

Rafistoler les choses avec James, capituler devant sa condition… Plus facile à dire qu'à faire.

Ou était-ce bien vrai ?

Ou n'était-ce qu'au final qu'une question d'orgueil mal placé ?

« Tu peux choisir de perdre cette bataille, ou de perdre et cette bataille et James. »

Si elle perdait tout, que lui resterait-il ?

Arthur ? Arthur…

Oui, elle y pensait parfois.

Parfois, elle se sentait si seule qu'elle était tentée de se faire réconforter par Arthur. Il n'attendait que cela, et rien n'aurait été plus facile et plus agréable que se faire consoler par un jeune homme à proprement dire obsédé par elle. Elle se serait sentie aimée, adorée même, et surtout, Arthur ne l'aurait jamais mise en compétition avec une autre femme. Mais il n'était qu'un garagiste, et un cracmol de surcroît, et elle ne comptait pas vivre d'amour et d'eau fraiche à l'avenir. Il avait raison quand il disait qu'elle avait des sentiments pour lui, mais ce n'était pas suffisant. Elinor n'était ni une rêveuse, ni une romantique, et elle ne voyait pas comment il pourrait maintenir le train de vie auquel elle était habituée. Non, décidément, elle ne pouvait pas sérieusement considérer sa proposition.

Jonathan ? Jonathan…

Oui, elle n'avait pas encore tout à fait rayé cette possibilité….

D'autres fois, elle se sentait si impuissante qu'elle hésitait à pardonner à Jonathan. Il n'attendait que cela, et rien n'aurait été plus satisfaisant et plus jouissif que de se faire couvrir de cadeaux par un homme qui était complètement obnubilé par elle malgré son récent remariage. Elle se serait sentie forte, dominante même, et surtout, Jonathan ne l'aurait jamais contredit sur quoi que ce soit. Mais il l'avait humiliée, elle se savait incapable de lui pardonner, et se savait pas assez sadique pour profiter de lui jusqu'à ce que la mort les sépare, bien que ce fût exactement ce qu'il méritait. L'avoir à sa merci était pourtant très tentant…

Restait donc James. James, son option la plus solide. Retour au point de départ, donc.

Cela faisait dix-sept jours qu'Elinor exigeait, attendait, espérait, puis priait pour que James s'excuse et accepte de se débarrasser d'Evans – car il fallait savoir que lorsqu'Elinor avait fait sa sortie théâtrale du manoir des Potter, elle pensait que ce qu'elle surnommait dans sa tête l'Affaire Evans ne durerait que l'espace de quelques jours, et que James lui reviendrait tantôt.

Et pourtant, cela faisait dix-sept jours qu'elle exigeait, attendait, espérait, priait. En vain.

La première semaine qui avait suivi son départ en furie du manoir des Potter s'était passée dans une ambiance assez sereine. En effet, la colère qui animait la jeune femme l'avait empêchée de ressentir le moindre manque vis-à-vis de son fiancé. Comme à son habitude, elle avait animé le Club de lecture, fait des emplettes, peint de nombreuses petites toiles sombres sur lesquels un récurrent petit personnage brun à lunettes se faisait déchiqueter par divers bêtes sauvages, donné des cours de bonnes manières, mangé, dormi, et mangé encore. Elle n'avait eu aucune nouvelles de James, et n'en avait point espéré non plus. Après tout, ayant longtemps été enfant unique, elle savait mieux que quiconque que renoncer à un caprice – et engager cette Evans en était définitivement un – était aussi douloureux que difficile. Ainsi, elle n'avait pas été surprise que James ne se manifestât pas, et n'y avait prêté aucune attention. Les jours avaient défilé ainsi sans que sa confiance ne s'en trouve ébranlée.

La deuxième semaine, en revanche, Elinor avait arboré tout du long un froncement de sourcil qui trahissait son impatience. Huit jours, puis neuf, dix, onze… C'était bien la première fois que James lui résistait aussi longtemps, et elle trouvait cette inhabituelle obstination extrêmement agaçante. Refusant toutefois de lui faire voir son agacement, elle était restée campée sur ses positions.

Trois semaines sans nouvelles de James avaient cependant suffit à faire fondre la colère d'Elinor. L'agacement avait laissé place à de l'angoisse, qui lui-même avait cédé à de l'inquiétude. Car c'était bien la première fois depuis qu'ils se fréquentaient que James l'ignorait aussi longtemps, et elle en était venue à se demander si cette distance ne remettait pas en question le mariage convenu.

Jusque-là, elle n'avait jamais douté que James reviendrait à elle. Il le faisait toujours. Il vivait ses aventures, et s'en cachait à peine, et elle s'en fichait, car il lui revenait toujours. Quand il n'était pas près d'elle lorsqu'elle s'endormait, elle le retrouvait immanquablement à ses côtés au réveil, et quand il partait vadrouiller tôt le matin, il veillait à se trouver près d'elle le soir venu. Pas pour la rassurer elle, mais plus pour assouvir un besoin presque maternel. Il avait besoin d'une stabilité qu'elle lui procurait par sa simple présence. C'était le fondement même de leur relation : Elinor était son solide, immuable, fidèle port d'attache auquel il venait s'amarrer après une navigation sur des vagues houleuses. Il avait fait d'elle la femme de sa vie. Il avait besoin d'elle.

Cela expliquait pourquoi elle ne s'était pas réellement inquiétée jusque là. Cette assurance, qu'il ne pourrait que revenir, lui avait conféré une tranquillité d'esprit relative bien que c'était bien là la première fois qu'elle s'était disputée avec James. D'ordinaire, en effet, il n'allait jamais à contre-sens de ses désirs et de ses caprices, et le désaccord sur cette Evans qu'il tentait de lui imposer était une première. Jamais James ne s'était montré aussi obstiné, aussi inflexible, sur un sujet qu'elle pensait pourtant présenter très peu d'intérêt aux yeux de son futur époux. Et pourtant, il avait refusé de fléchir, il avait refusé de changer d'avis.

« Tu peux choisir de perdre cette bataille, ou de perdre et cette bataille et James. »

Est-ce que cela voulait dire qu'il n'avait plus besoin d'elle ? Qu'il se remettait de ses blessures ? Non pas qu'elle ne soit pas contente que James laisse enfin son histoire houleuse avec Emily derrière lui… mais où est-ce que ça la laissait, elle ? Avait-il encore une place pour elle ? Heidi lui assurait que oui, et Heidi connaissait bien James…

Heidi lui avait assuré que James viendrait la voir le lendemain, et qu'ils auraient alors tout le loisir d'en parler… et de négocier. Elinor adorait ce mot. Au fond, elle savait qu'elle n'avait pas vraiment le choix. Elle ne voulait pas perdre de bataille, elle ne voulait pas tout perdre, et son père rentrait dimanche soir.

Elinor allait capituler, elle le savait, mais pas sans y mettre un peu de résistance.

Et certainement pas sans en ressortir avec quelques bijoux de consolation.


RALPH & JADE ORLARGENT, BIJOUTERIE DE LUXE était probablement la boutique préférée d'Elinor. Tout ce qui y était vendu était beau, brillant, et absolument hors de prix.

Parfait donc, pour faire souffrir le portefeuille de James

– Mrs Callender, bienvenue ! l'accueillit Mr Orlargent lorsqu'elle pénétra dans le magasin. Quel plaisir de vous revoir!

Elinor le fusilla du regard.

– Miss Bell, corrigea-t-elle froidement. Vous savez pourtant que j'ai divorcé.

Mr Orlargent rougit.

– Oui, bien sûr, toutes mes excuses, bafouilla-t-il. Je ne voulais aucunement vous froisser. Pardonnez à un vieil homme sa mémoire défaillante.

Elinor lui adressa un bref sourire rassurant.

– Comment puis-je vous aider, Miss Bell ?

Elinor n'hésita pas une seconde.

– Je suis la recherche de quelque chose de très, de très voyant et de très, très brillant.

Mr Orlargent haussa les sourcils, étonné par cette commande, mais se contenta finalement de s'incliner et de la guider à un bureau à l'arrière-boutique. Il lui présenta plusieurs modèles de bagues, de rivières, de chaines, mais Elinor ne montra que très peu d'enthousiasme pour les bijoux proposés. Lassée et déçue, elle se leva pour faire quelques pas et dégourdir ses jambes pendant que Mr Orlargent cherchait désespérément de quoi satisfaire son œil, quand son regard fut attiré par une magnifique rivière attachée au cou d'un buste d'exposition.

– Miss Bell, s'exclama Mr Orlargent. Je crois que vous trouverez votre bonheur parmi cette nouvelle sélection de…

– Est-ce que vous vendez ce modèle ? coupa-t-elle sans détacher les yeux de la rivière.

– Eh bien, dit Orlargent en fronçant légèrement les sourcils. C'est une création originale de ma fille, qui n'était pas destiné à la vente. Elle est encore en formation.

– Elle a manifestement beaucoup de talent.

Elinor passa pensivement le doigt sur les pierres qui ornaient la structure en argent.

– Manufacture de gobelin ?

– Naturellement. Or gris de 18 carats, serti de diamants taille brillant.

Elinor resta de nouveau silencieuse quelques instants.

– Je vous l'achète.

– Mais… ma fille n'a pas encore fixé de prix mais…

– Je me fiche du prix, c'est mon fiancé qui va me l'offrir. Vous avez dit que c'est en diamant et en or, n'est-ce pas ? Est-ce que c'est très cher ?

Il acquiesça.

Bien. C'est tout ce qui m'importe.

Il cligna des yeux. Elle sourit. Il sourit timidement à son tour.

– Voulez-vous l'essayer ? proposa le joaillier.

– Non.

La rivière était belle, mais ne lui plaisait pas tant que cela.

Mr Orlargent haussa les sourcils, surpris, mais elle continua à fixer son futur présent.

– Lorsque Mr Potter viendra m'acheter un présent, veillez à lui recommander très particulièrement ce bijou.


EN RENTRANT DE LONDRES, et après un détour par d'autres boutiques luxueuses, Elinor fit son habituel tour de Shortbourne à pied, pour la première fois depuis sa dispute avec Arthur. Elle passa avec appréhension devant sa maison, mais il ne l'attendait pas sur son perron comme à l'accoutumée. Les lumières du rez-de-chaussée étaient allumées, preuve qu'il se trouvait pourtant chez lui. Elle fronça les sourcils. Cela l'irritait, qu'il soit chez lui et qu'il n'attende pas son passage. Il était supposé attendre son passage. Il était supposé ne jamais se lasser d'attendre son passage. Pour une raison indescriptible, elle ressentit le besoin de le voir, de lui parler, et, pour la première fois, le besoin de s'excuser pour ce qui s'était passé entre eux sept mois plus tôt. Avant même d'avoir le temps de méditer sur la sagesse de cette pulsion, d'approfondir ses réelles motivations, elle ouvrit la porte de la barrière et s'avança sur le petit chemin de pierre.

Elle frappa à la porte, mais personne ne lui répondit. Elle colla l'oreille au panneau, entendit des rires, puis un soupir.

Puis un gémissement. De plaisir.

Daisy.

Horrifiée, Elinor mit plusieurs abominables secondes - durant lesquelles les gémissements se répétèrent, s'alternèrent avec des râles, des mots doux, et d'autres moins doux - à avoir la présence d'esprit de s'éloigner de la maison. Elle courut presque jusque la rue, et là, sans prendre le temps de vérifier que personne ne pouvait la voir, transplana jusque chez elle.

Les alarmes anti-intrusion se déclenchèrent du fait qu'elle était apparue directement dans la maison, mais elle les éteignit d'un coup de baguette et rejoignit la cuisine sans réfléchir dans son état de confusion. C'était pire que tout de les entendre. C'était pire que de simplement savoir qu'ils le faisaient. Arthur…. Les larmes menaçaient de couler, mais, comme toujours, refusaient de couler. Une Lady ne pleure pas. Et elle n'était pas censée avoir mal. Elle se força à fermer son esprit, à enfermer ses émotions dans son cœur blessé, se servit un verre d'eau afin de se calmer. Une Lady ne pleure pas, une Lady ne pleure pas, une Lady ne pleure pas, une…

– Elinor, susurra une voix, la tirant de ses pensées.

Elle sursauta, et fut parcourue d'un frisson désagréable.

Jacob se tenait dans l'encadrement et l'observait avec un sourire en coin qui la remplit immédiatement d'angoisse.

– Je suis content de te voir. Marion a jeté un charme sur les escaliers, et je n'ai pas pu monter voir ma nièce préférée. On se croirait revenu à Poudlard… Mais, heureusement, ce soir, tu es là, en bas, et elle, elle ne l'est pas.

Il s'avança vers elle. Elle serra son verre si fort qu'il se brisa dans sa main. Il fronça les sourcils.

– Tu t'es blessée. Fais-moi voir.

– Je… je vais me débrouiller.

– Allons, fais moi voir

Elle refusa de nouveau, mais Jacob insistait lourdement pour soigner la blessure d'Ellie. Devant son opposition, Il finit par lui saisir le poignet et la forcer à s'asseoir. Très mal à l'aise, elle se contenta de prier fort intérieurement pour que son oncle termine vite, mais il prenait tout son temps sous prétexte de veiller à ne laisser aucun éclat de verre. Elinor détestait se trouver aussi près de lui. La simple pensée d'une relation entre les deux suffisait à la rendre nauséeuse, mais Jacob considérait que leur absence de lien de sang sanctionnait son penchant pour elle, et ne ratait jamais une occasion de tenter sa chance, ou plutôt, de forcer sa chance.

– Quel gâchis, murmura-t-il avec regret en inspectant la cicatrice qui traversait la paume d'Elinor. Cette blessure enlève à ta peau la perfection qui la caractérise.

Elinor tenta de récupérer sa main, mais Jacob la maintenait fermement.

– On ne voit plus ton cher petit fiancé, ces derniers temps, reprit-il d'une voix doucereuse. Tout se passe bien entre vous ?

Elinor ne répondit pas, mais ses yeux commençaient à s'embuer. Jacob lui replaça délicatement une mèche derrière l'oreille. Elle était si terrorisée qu'elle n'arrivait pas a appeler de l'aide. Comme cette fois là.

– Pourquoi as-tu toujours l'air aussi effrayée, susurra-t-il sans la quitter des yeux, ses doigts retraçant à présent la courbe de la mâchoire de sa nièce. Je ne te veux aucun mal… Tu sais que je ne veux que ton bien… Rien que du bien, comme la dernière fois…

Elinor déglutit, et tenta de nouveau de se dégager, en vain. Il la tenait si fermement qu'elle était certaine d'avoir des marques sur sa peau si sensible.

– Ne pleure pas, murmura-t-il, et Elinor se rendit compte que des larmes avaient en effet coulé.

Jacob n'en fut pas attendri pour autant. Au contraire. Un sourire mauvais étira ses lèvres. Elle retint son souffle tandis que les yeux du prédateur se posèrent avec avidité sur les lèvres.

– Tu es si belle, murmura-t-il d'une voix absente.

Elinor ne sut jamais si elle l'avait anticipé au point d'en être troublée, ou si Jacob avait réellement avancé le visage vers elle, mais un bruit de pas les firent de nouveau prendre conscience de l'endroit où ils se trouvaient. Ils se tournèrent tous les deux vers la porte, s'attendant à voir arriver Mrs Bell. Elinor ouvrit grand les yeux en voyant l'identité de son sauveur.

– Laissez- la tranquille, lança James.

Jacob plissa des yeux. Il semblait sur le point de rétorquer quelque chose, mais James faisait glisser sa baguette entre ses doigts avec dextérité, et l'oncle, qui avait déjà eu un aperçu de la vivacité des réflexes de James, jugea plus sage de rester courtois.

– Quand on parle du loup, dit-il plutôt.

– James, murmura Ellie.

– Ne t'inquiète pas, je ne la retenais pas prisonnière, ta petite fiancée.

– Dans ce cas, lâchez-lui la main, intima froidement James.

Jacob hésita, mais finit par obtempérer. À peine libre, Ellie courut vers James et se réfugia dans ses bras, tremblante comme une feuille. James lui caressa tendrement le dos sans cesser de fixer Jacob, qui finit par comprendre le message et quitta discrètement la pièce. James et Elinor restèrent enlacés de longues minutes, chacun réalisant seulement à quel point l'autre leur avait manqué. Elinor ne s'écarta de son fiancé qu'une fois certaine de contrôler le timbre de sa voix.

– Où étais-tu passé ? demanda-t-elle avec colère. Ça fait trois semaines que je n'ai pas de tes nouvelles.

– Techniquement, c'est toi qui ne voulait plus me voir, et qui est partie de chez moi, fit remarquer James.

– Je… ce n'est pas la question !

James la reprit dans ses bras.

– Tu m'as manqué, toi aussi, murmura-t-il. Et je suis désolé de ne pas avoir été là plus tôt. Je suis désolé, Ellie.

Un peu malgré elle – car, même si elle avait prévu de lui pardonner, elle avait espéré ne pas le faire aussi vite – elle s'adoucit, touchée par cette démonstration de douceur.

– Il faut qu'on parle, lança-t-elle au bout d'une courte pause.

Plus précisément, qu'ils négocient.


Bla Bla de l'auteur:

Hello tout le monde!

Oui, je sais, un nouveau chapitre après une si longue absence! Vraiment, je m'excuse! J'ai malheureusement eu tellement de problèmes que j'avais pas le cœur d'écrire... Je suis bien désolée de vous avoir laissé tomber!

La bonne nouvelle, c'est que ça va de mieux en mieux, j'ai pris de l'avance dans l'écriture, et que j'ai trois autres chapitres en stock pour WP, que je posterai très vite!

Allez les mecs, pardonnez moi! Non?... Oh, alleeeeeez :) 3

Nous voilà encore avec un chapitre spécial, cette fois-ci d'Elinor. pas du tout ce qui était prévu, d'ailleurs, j'ai repoussé la confrontation entre James, Lily et elle au prochain chapitre (qui est pour le moment l'un de mes préférés! j'ai beaucoup aimé l'écrire... j'en dis pas plus... Bon, allez, juste que le prochain chapitre s'intitulera LILY, ELLIE, EMILY et que y'aura de l'orage dans l'air... ) C'était important d'être un peu centrée sur Elinor à ce stade de l'histoire, car elle va devenir un personnage récurent dans les prochains chapitres et vous ne pourrez comprendre certaines de ses réactions qu'en sachant ce à quoi ressemble sa vie en général (je ne compte pas expliquer grand chose de sa vie après cela).

Ah oui: personne n'est au courant de ce que je sous-entend entre Elinor et Jacob. Tout le monde pense juste que c'est un gros pervers vicieux obsédé par Elinor qui tente lourdement de la draguer. Sinon, je pense qu'il serait déjà mort... (je pense que ni Arthur, ni James n'auraient laissé passer une horreur pareille).

voilà voilà, qu'en avez vous pensé?

Je ne réponds pas aux reviews ici, car je suis un peu K.O. , mais je vous enverrai (probablement demain) à tous un MP pour vous remercier de vos mots et encouragements. croyez moi,, ça m'a beaucoup touché que vous ayez pris le temps de commenter

Prochain chapitre Dimanche soir!