TITRE: CAPITAINES
FANDOM: Gundam Wing
COUPLE: 1x2 et diverses romances secondaires.
LABEL: R éventuellement NC-17.
GENRE: AU, Aventures, Historique, Romance
ATTENTION: yaoi, crossdressing
DISCLAIMER: Gundam Wing et ses personnages ne m'appartiennent pas mais cette histoire est à moi.
RESUME: Les Caraïbes au temps des Boucaniers. Duo Maxwell est un célèbre Capitaine Pirate lassé des conquêtes faciles. Sa vie va devenir bien plus intéressante quand il rencontre le sombre Capitaine Lowe dans des circonstances pour le moins inhabituelles.
Chapitre 11 : Le Havre des Pirates.
Les malédictions fonctionnent de manière étrange et le plus ennuyeux n'est pas tant qu'elles soient implacables, mais surtout qu'elles soient en plus imprévisibles. Vous pensez que vous avez finalement compris comment elles fonctionnent et vous êtes plus ou moins résigné à votre sort et c'est à ce moment précis que les règles changent. Pendant quelques temps, il n'y a pas de nouveau développement et naïvement vous vous prêtez à croire que peut-être la malédiction a été levée. Avec ce répit, vous êtes enveloppé d'un sentiment de sécurité factice, vous commencez même à croire que peut-être quelqu'un là-haut est finalement intervenu en votre faveur. Bien sûr vous ne manifestez pas votre soulagement ; vous vous montrez prudent pour encore quelques temps. Après plusieurs jours toutefois vous ne pouvez vous empêcher de vous laisser aller et de célébrer votre bonne fortune. C'est alors que le destin frappe à nouveau et il semble encore plus vicieux comparé au calme que vous aviez osé apprécier. Alternant au hasard entre de communes contrariétés, de grands drames et d'inespérées rémissions, les malédictions vous forcent à rester sur vos gardes et tôt ou tard, elles érodent jusqu'à la volonté du plus courageux des hommes, si bien que vous n'avez d'autre choix que d'abandonner. Malheureusement, et c'est ici que la partie implacable entre en jeu, même quand tous vos espoirs ont été anéantis, alors même que vous vous effondrez abattu en disant tout haut : 'je n'en peux plus' vous êtes toujours maudits et le pire reste encore à venir.
Une fois que vous avez accepté ces quelques vérités, vous devriez comprendre le meilleur moyen --le seul en vérité-- d'agir si vous avez été maudits. Il est vrai qu'il est inutile d'espérer une intervention divine, mais abandonner est tout aussi stupide. Ce qu'il faut faire c'est prétendre qu'il n'y a pas de malédiction alors même que vous savez parfaitement qu'elle existe. C'est juste une question de savoir rouler avec les coups : peu importe quelle mauvaise main le sort vous servira au prochain tour, vous jouez avec du mieux que vous pouvez et surtout vous évitez de penser à comment la partie va finir, parce qu'il y a une forte probabilité que vous n'en verrez pas la fin. Cela peut paraître étrange comme stratégie mais en définitive c'est la chose la plus saine que vous puissiez faire. Dommage qu'il faille quelqu'un d'un caractère exceptionnel pour comprendre ce simple concept et vous devez vous tenir prêt à rencontrer une forte opposition de la part de vos pairs en addition des facéties de votre malédiction. Un homme doit faire ce qu'il doit.
C'est pourquoi Duo Maxwell était remarquablement calme et composé lorsqu'il descendit la passerelle sur le dock de Port Royal. C'est aussi pour cette même raison que tout son équipage était sombre, frustré et que personne ne lui adressait la parole. Il y avait trois jours que c'était comme ça, depuis qu'ils s'étaient réveillés à bord du Deathscythe devant une scène de carnage au milieu duquel leur Capitaine ramassait les restes des voiles en lambeaux en… sifflotant entre toutes choses. Il les avait accueillis d'un énorme sourire que certains auraient qualifié de maniaque et avait joyeusement distribué balais et chiffons, leur ordonnant de nettoyer le bateau. Son apparente bonne humeur aurait probablement était mieux reçue s'il leur avait fait partager sa connaissance des malédictions et sa manière de les surmonter. Hélas, la philosophie elle-même vous enjoignait à juste ignorer la malédiction et à vous comporter comme s'il s'agissait d'un jour comme un autre et les membres de son équipage furent donc laissés interdits et furieux de l'indifférence de leur Capitaine. Ils obéirent quand même à ses ordres car quelle que soit leur humeur, il fallait que quelque chose soit fait regardant l'état du Deathscythe. Il y avait des fientes d'oiseaux partout et aucun marin digne de ce nom ne pouvait tolérer un navire dans un tel état.
Ils s'étaient vite mis au travail et il y avait une pile grandissante de choses irréparables sur le pont principal. Parmi celles-ci reposaient toutes les voiles noires jusqu'à la dernière, c'était d'autant plus ennuyeux que le vent recommença à souffler juste au moment où ceci fut remarqué, c'était juste leur chance. Ils restèrent tous un long moment à contempler les ombres squelettiques que les mâts dénudés dessinaient sur l'azur du ciel, le vent ne leur serait pas d'une grande aide dans ces circonstances. Leur contemplation silencieuse fut interrompue par le plouf retentissant des débris inutiles que leur enthousiaste Capitaine jetait par-dessus bord. Ils se joignirent à ses efforts, regrettant à part l'absence de la satanée croix parmi toutes ces saletés. Se débarrasser de la chose ne les aurait peut-être pas sauvés au point où ils en étaient mais cela aurait quand même était très satisfaisant.
Une fois qu'ils eurent finis et que le Deathscythe fut de nouveau propre, sinon de la même propreté étincelante qu'il avait été avant l'attaque des goélands, Duo informa son équipage qu'ils allaient reprendre la forme du Sandrock et poursuivre leur route puisqu'ils étaient toujours attendus par Serin et ne pouvaient se permettre de perdre plus de temps. Il n'y eut pas d'autre protestation vu qu'ils savaient que le vieil homme les déchargerait de la croix dès qu'ils arriveraient à Port Royal. Ils firent donc comme on leur avait ordonné. Les jours suivants parurent calmes par comparaison et ils arrivèrent en Jamaïque sans autre incident.
La première fois que l'on voyait Port Royal, on ne pouvait qu'être impressionné. C'était une cité semblable à aucune autre, principalement parce qu'elle exsudait un sentiment de liberté qu'on ne trouvait nulle part ailleurs. 'Cité' était peut-être un mot un peu prétentieux parce qu'elle n'était pas très grande, mais elle était si vivante, bourdonnante d'activité et résonnante de sons joyeux qu'elle semblait plus vaste qu'elle n'était en réalité. Elle n'était pas aussi sordide que la plupart des gens auraient imaginé un repaire de pirates, mais il fallait reconnaître qu'elle abritait peu de citoyens honnêtes et encore moins de commerces respectables. Cependant, en dépit de l'inhérente scélératesse de la majorité des habitants comme des visiteurs, il y avait très peu de problèmes dans les rues de la ville. Souvent, des disputes tournaient en de gigantesques bagarres où chaque passant venait donner son opinion et quelques coups de poing, mais celles-ci se terminaient toujours sans rien de plus sérieux que quelques plaies et bosses, des dents cassées ou, au pire, de rares fractures. Les adversaires s'écroulaient éventuellement dans la taverne la plus proche à faire la paix autour de quelques bouteilles de rhum. Ca n'allait jamais plus loin.
Sans lois, autorités ou dirigeants, cela n'aurait pas du fonctionner et pourtant c'était le cas. La ville était bâtie sur les fortunes personnelles de tous ceux qui voulaient contribuer. Curieusement, ceux-ci étaient plus que nombreux. Pirates, bagnards évadés, esclaves en fuite et autres criminels avaient laissé leur avarice sur le quai et appris à partager se complaisant dans le bienheureux sentiment de camaraderie qu'ils ne pouvaient trouver qu'à Port Royal.
Le seul endroit qui bénéficiait d'une vague organisation était le dock. Une sorte de conseil, pas tant élu que composé de volontaires de tous acabits surveillait les allées et venues des navires. Ce n'était pas en raison d'un désir d'ordre mais par nécessité, car si l'on se fichait de l'identité ou même de l'honnêteté des nouveaux venus, on craignait d'être infiltré par les militaires. Tout le monde à part eux était bienvenu à Port Royal, il n'était point besoin de paperasse du moment que vous pouviez payer le prix que le conseil vous demandait en échange d'une place sur le quai. Ce prix pouvait varier selon qui se trouvait de service sur les docks, l'humeur dans laquelle cette personne se trouvait ou l'impression que vous lui aviez faite en arrivant, mais quel que soit le montant demandé, personne ne protestait. Excepté dans le cas de l'occasionnel détournement, l'argent ainsi collecté était utilisé pour supporter la communauté avec des choses d'utilité publique. Cela consistait essentiellement à réparer les quais, à armer le port en cas d'attaque militaire et bien sûr à maintenir un stock régulier de rhum sur l'île.
Le reste du monde pouvait bien penser que Port Royal était l'Enfer sur Terre, pour ses habitants elle était le plus proche du Paradis qu'ils pouvaient espérer atteindre. S'il n'avait pas eu son cher Deathscythe, Duo en aurait probablement fait son foyer et même s'il ne vivait pas là, il n'était pas loin de la considérer comme telle. Le Deathscythe n'était jamais ancré nulle part sous sa véritable forme, pas même dans ce havre de piraterie, car Shinigami devait conserver le mystère qui les entourait lui et son navire. Le Sandrock en revanche était un visiteur régulier et Duo avait de bons rapports avec le conseil. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, les formalités obligatoires furent conclues et Shinigami était sur le chemin de l'échoppe de Serin.
Quatre, Meiran et Wufei l'accompagnaient. Ils marchaient à quelques pas derrière lui, aussi rigide qu'une garde d'honneur. Cette distance toutefois n'était pas conservée avec une quelconque idée de respect pour leur Capitaine, mais parce que même s'ils ne voulaient pas le perdre dans la foule, on ne les prendrait pas à moins de trois mètres de la croix qu'il tenait emmaillotée sous son bras. La malédiction n'avait rien fait depuis plusieurs jours et ils craignaient qu'elle n'attente à leur vie une dernière fois avant qu'ils ne puissent se débarrasser de la croix. Au cas où la foudre s'abattrait sur Shinigami ou tout autre phénomène étrange du même genre, ils estimaient préférable de garder leurs distances. Dans d'autres circonstances, les trois amis auraient compéter pour être le premier en ligne à défendre leur Capitaine contre tout danger, mais ils étaient encore un peu énervés de son attitude désinvolte des derniers jours et avaient unanimement décidé que pour une fois il pouvait bien prendre soin de lui-même.
La boutique de curiosités de Serin se trouvait à un peu plus d'un kilomètre des quais dans ce qui faisait office de beaux quartiers à Port Royal. Le trajet prit peu de temps et bientôt Duo faisait face à une petite maison de bois qui ne se distinguait des autres que par son état brinqueballant. Les changements que l'échoppe avait subis depuis la dernière fois qu'ils étaient venus étaient plus que visibles. Pour commencer, elle était fermée et avaient des planches barrant porte et fenêtres. Encore plus inquiétant, le panneau qu'on avait coutume de voir annoncer fièrement 'Les Curiosités de Serin' se faisait remarquer par son absence.
Duo soupira puis se lamenta à mi-voix : « Pourquoi ne suis-je pas surpris ? »
« Hein ? »
Duo jeta un regard grave à ses amis qui l'avaient rejoint dans sa contemplation de la boutique. Ce n'était plus guère le moment de garder leurs distance, maudite soit la croix et eux avec. Wufei et Meiran semblaient incrédules mais une intelligence aigüe était au travail derrière les yeux aigue-marine de Quatre.
« Est-ce que tu crois que Serin est mort ? »
« Possible… mais peu probable. »
« Alors où est-il ? La dernière fois que nous l'avons vu, il donnait l'impression qu'il voulait vraiment cette croix. Il était prêt à payer n'importe quel prix. Quelqu'un comme ça ne disparait pas. »
Duo tapotait son menton de ses doigts nerveux, expression pensive. « Non, il ne disparaitrait pas. A moins que… »
Mal à l'aise, Quatre étudia son Capitaine. « Tu penses à quelque chose. »
« Hm hm, il y a quelque chose oui. » Il continua à réfléchir puis poursuivit au regard inquisiteur de Quatre. « Je commence juste à me demander si tout ceci n'a pas été un peu trop opportun. Serin est un collectionneur et il déteste se séparer de la moindre pièce de sa collection. Il ne vend quelque chose qu'en dernier ressort lorsqu'il convoite quelque chose d'autre suffisamment pour estimer que le sacrifice en vaut la peine. Et pourtant il nous a offert une fortune pour cette croix et n'a même pas essayé de marchander alors qu'il savait qu'il lui faudrait vendre plusieurs de ses précieux artéfacts pour s'offrir nos services. Cela ne semble pas logique… »
« Et tu ne pouvais pas penser à ça plus tôt ? » s'indigna Wufei, visiblement toujours très en colère. « Peut-être que ce truc en vaut la peine. Ca pourrait donner l'immortalité ou une inépuisable richesse pour ce que l'on en sait. Ce n'est pas comme si on a pu trouver quelque information que ce soit sur la croix, à part son emplacement. »
« Précisément. On l'a eu en notre possession pour plusieurs semaines maintenant et nous ne l'avons rien vu faire de bénéfique. Si elle en était capable, on aurait du voir quelque chose. Il n'y avait personne pour nous dire ce que la croix faisait et pourtant ce n'était pas difficile du tout de la trouver. Je reconnais que ce n'était pas du gâteau de la récupérer mais il n'y avait aucun obstacle que quiconque nous connaissant un minimum aurait su que nous pourrions surmonter. C'est bien commode, vous ne trouvez pas ? »
Quatre siffla une exhalation surprise : « Allah ! C'est comme si quelqu'un voulait nous la mettre sur les bras. »
« Ouais. Et qui que ce soit ils ont sorti le grand jeu pour y arriver. Serin n'est pas un homme qu'on achète facilement. »
« Mais qui ? »
C'était la première fois depuis les goélands que Duo entendait Meiran parler. Elle sonnait comme si elle était encore en état de choc. C'est Wufei qui lui répondit.
« Qui sait ? Shinigami ne s'est pas fait beaucoup d'amis ces dernières années. Ca pourrait être n'importe qui… »
« Merci pour le vote de confiance 'Fei. »
Quatre se racla la gorge dans l'espoir de dissiper l'argument qu'il sentait venir. Il avait eu un peu de temps pour réfléchir et n'aimait pas du tout l'image qui se dessinait dans son esprit.
« En parlant de commode, vous ne vous êtes jamais demandés ce que l'Epyon et la flûte de Romfeller faisaient juste à la sortie de l'archipel où nous avons trouvé la croix ? Ce n'est pas habité mais techniquement ça fait quand même partie du territoire de Lagrange donc ils n'avaient rien à faire là. Cela pourrait être une coïncidence mais… »
« Mais les coïncidences n'existent pas. C'est comme s'ils nous attendaient. Ils savaient que nous serions là. Ils n'avaient plus qu'à attendre qu'on récupère la croix, espérer qu'elle fasse son mumbo jumbo, ce qu'ils ont vu confirmé quand nous avons été pris dans cette tempête, puis nous attaquer une fois que Deathscythe était déjà abîmé. Malin. Je ne peux pas croire que ça m'a échappé ! »
« Laisse Wufei s'occuper de l'auto-flagellation Duo, ça ne te va pas au teint. Est-ce que tu vas nous laisser balancer la croix maintenant ? »
Wufei jeta un regard mauvais à Meiran qui l'ignora studieusement. Elle dirigeait au contraire sa colère vers son Capitaine qui avait lui-même l'air furieux. Il pouvait faire sans son sarcasme, la situation était déjà suffisamment dramatique sans qu'il n'ait besoin de quelqu'un pour lui rappeler combien il avait merdé, merci beaucoup. Il préparait une réplique cinglante quand il remarqua son apparence. Il avait pris soin de ne pas la regarder au cours des derniers jours, c'était plus facile s'il voulait ignorer la malédiction avec succès. Seulement maintenant prit-il le temps d'évaluer sa condition. Elle était couverte d'égratignures après sa rencontre avec les goélands de l'Enfer. Certaines semblaient vilaines et la plupart allait laisser des cicatrices. Il fit une grimace. Son visage était couleur de cendre et elle tremblait visiblement. Elle n'avait vraiment pas l'air bien, mais pire encore, elle semblait effrayée. Meiran était une jeune femme intrépide, toujours prête à affronter le danger sans la moindre inquiétude pour sa propre sécurité. Elle suivait toujours son cœur, jamais sa tête ; elle n'avait peur de rien. Elle ne devrait pas ressembler à une enfant fragile à qui on vient de dire qu'il y a bel et bien des monstres cachés sous son lit et qu'ils en ont après elle. Il prit une grosse bouffée d'air et essaya de calmer sa colère. Ils avaient tous passés un très mauvais mois et se défouler les uns sur les autres n'allait pas arranger les choses. Il soupira lourdement, lassé d'avoir à décevoir ses amis une fois encore.
« Ce n'est pas si simple Meiran. J'aimerais que cela le soit, crois moi c'est mon plus cher désir, mais on ne peut pas se débarrasser de la croix… »
« Bien sûr qu'on peut ! Qu'est-ce que tu attends bordel ? Que quelqu'un meure ? Je le ferais moi-même si tu veux. Tu me donne cette saloperie et je m'en vais la balancer dans l'océan et on n'en parle plus. »
Quatre avait posé sa main sur l'épaule de Meiran tandis que Wufei bloquait sa route vers Duo d'un bras solide. Ils la restreignaient mais avec peu d'enthousiasme. Il était clair que si elle avait vraiment voulu se libérer, elle aurait pu se défaire de leur prise hésitante. Il était tout aussi clair à l'expression des deux hommes qu'ils n'hésiteraient pas à la relâcher si leur Capitaine ne leur fournissait pas rapidement une explication quant à son désir de garder cette saleté de croix. L'argument de la récompense ne tenait plus avec leur acheteur manquant et à ce point-là aucune somme d'argent ne valait tous les ennuis qu'ils avaient eus.
« Les malédictions sont délicates. Aucun d'entre vous n'a jamais été maudit. Moi si et cela m'a appris un certain nombre de choses. Si ça a l'air trop facile, ça veut généralement dire qu'il y a un piège. Je ne sais pas comment celle-ci fonctionne et oui, il y a une chance que jeter la croix la lèverait… » Il fit un geste de la main qui ne tenait pas ladite croix pour stopper de nouvelles protestations. « …mais ça peut aussi empirer les choses, de beaucoup. Au vu des circonstances, je crains que ce ne soit ce qu'il se passe. Quelqu'un s'est démené pour nous maudire et je ne crois pas que cette personne nous aurait laissé avec un problème aussi facile à résoudre. Comme tu l'as dit Meiran, personne n'est mort… pour l'instant. La malédiction n'est peut-être pas encore au sommet de sa puissance et personnellement je n'ai aucune envie qu'on en arrive là. Avec la chance qu'on a ces derniers temps, je préfère ne pas prendre de risque. Il faut que nous sachions exactement ce qu'est cet artefact et ce qu'il fait avant de faire quoi que ce soit. Et c'est mon dernier mot ! »
Ses trois amis étaient en train de le scruter, cherchant le moindre signe qu'il ne disait pas la vérité. Il n'y en avait pas. Shinigami ne plaisantait pas avec les malédictions, il n'oserait pas, bien sûr ils ne pouvaient pas le savoir. Alors même que Quatre s'apprêtait à répondre à la diatribe de son Capitaine, que ce soit pour le supporter ou se lancer dans un nouvel argument, Meiran s'effondra comme une marionnette dont on aurait coupé les fils.
Aussitôt, les trois hommes étaient accroupis à ses côtés, paniqués et tentaient vainement de la réveiller. Compatissant comme toujours, Wufei la gifla énergiquement sans le moindre résultat sinon de rougir ses joues autrement blafarde. Encore plus inepte avec les femmes, si c'était possible, Duo repassait dans son esprit tous les évanouissements féminins dont il avait un jour été témoin et entreprit de desserrer son corsage. Bien sûr ceci aurait été plus utile si Meiran avait été du genre à porter un corset ou à simuler sa langueur pour attirer l'attention. Dégoûté, Quatre les chassa tous deux avec quelques mots et un méchant regard. Quand ils lui eurent laissé la place, il commença à examiner la jeune fille. Il n'aimait pas ce qu'il vit et son froncement de sourcils provoqua une nouvelle crise d'hystérie chez ses deux amis. Des hommes coriaces, mon cul ! Donnez leur une femelle en pâmoison et il n'y avait plus personne. Il aurait bien aimé les voir grandir avec vingt-neuf sœurs, ça c'était le moyen d'endurcir un homme.
« Elle a de la fièvre, son pouls est trop rapide et elle a du mal à respirer. Je n'aime pas non plus la couleur de sa peau. Je ne suis pas sûr qu'il soit sage de la remuer mais on ne peut pas vraiment la laisser dans la rue. Quel que soit son problème, nous devons lui trouver un docteur et vite. »
Ils échangèrent des regards inquiets et un univers de communication silencieuse. En un rien de temps, Meiran fut enveloppée dans le manteau de Quatre et soulevée dans les bras de Wufei qui la tenait serrée contre lui comme si elle était la chose la plus précieuse au monde. Ils se mirent à courir en direction des quais, désespérés de la placer dans la sécurité du Deathscythe et les soins experts de Doc O. Duo, investi de son personnage de Shinigami, ouvrait la voie en poussant rudement de côté toute personne manifestant la moindre intention de les ralentir. A mi-chemin, il failli rentrer dans un tout aussi pressé Abdul dont le soupir de soulagement à la vue de son Capitaine fut ravalé dès qu'il remarqua la jeune fille inconsciente.
« Ahmad, Howard et O se sont aussi effondrés Capitaine. Que doit-on faire ? »
« Parbleu ! Si O ne peut pas la traiter, on doit trouver un autre docteur et on ferait bien de se dépêcher car si c'est une épidémie, il se peut que nous soyons tous contagieux. »
Venant de Quatre c'était une affirmation alarmante, plus encore parce qu'il l'avait ponctuée d'un juron. Quatre ne jurait jamais. Duo regarda alentour dans l'espoir de trouver quelqu'un pour leur indiquer le docteur le plus proche. Hélas dans sa panique, son ami avait parlé tout haut et s'il y avait des mots à ne pas prononcer dans une ville des Caraïbes, même une ville peuplés de dangereux pirates, c'était « épidémie » et « contagieux ». Ils étaient complètement seuls dans la rue. Duo pesta, il avait horreur de se sentir impuissant.
Soudain il y avait une jolie blonde lui faisant face. Il parvint à retenir un sursaut --à peine-- et étudia l'apparition. Elle pouvait avoir trente ans, avait des yeux bleus sérieux, deux grosses nattes et un doux sourire réservé.
« Salut ! Il paraît qu'il vous faut un docteur ? »
Il se demanda comment elle pouvait déjà le savoir et comment elle avait pu arriver aussi vite alors qu'il était convaincu qu'elle n'était pas là une minute plus tôt, mais à cheval donné on ne regarde pas la bride.
« Oui, nous avons besoin d'un docteur. Mon amie s'est évanouie et trois autres personnes sur mon navire. »
« Très bien. Suivez-moi. C'est juste au coin de la rue. Envoyez quelqu'un chercher les autres. C'est au numéro trois sur Camino Perez. »
C'était dit d'un ton si placide que personne ne songea à protester. Après un regard rapide de son Capitaine, Abdul repartit en direction des docks en courant pendant que les autres emboîtaient le pas à la femme blonde. Elle allait d'un bon pas et ils se rangèrent à son rythme. En moins de cinq minutes, la petite procession entrait dans le rez-de-chaussée d'un modeste immeuble de deux étages. Ils furent introduits dans une pièce claire qui sentait le désinfectant. Il y avait un bureau ordonné et deux chaises dans un coin, quelques cabinets et des étagères bien rangées le long des murs et un petit lit dans le fond. Wufei déposa son précieux fardeau sur le lit de son propre chef et resta tout près, se penchant sur elle comme pour la protéger. Il n'avait visiblement pas l'intention de la quitter des yeux. Duo se tenait près de la porte ouverte, surveillant la rue pour leurs autres amis qui ne devraient pas tarder. La femme enfila un tablier propre qu'elle venait juste de sortir d'un des cabinets et se lava les mains dans une bassine pleine d'eau savonneuse. Quand elle fit mine de s'approcher de Meiran, Quatre se mit en travers de son chemin.
« Excusez-moi Miss.. ? »
« Po. Sally Po. Vous pouvez m'appeler Sally. C'est ce que tout le monde fait. »
« Sally. D'accord ! Où est le docteur ? »
« En face de vous ! Maintenant si vous voulez bien m'excuser, j'ai une patiente qui nécessite des soins. »
Elle le poussa du coude mais fut de nouveau interrompue un pas plus loin, par Wufei cette fois-ci. Elle soupira.
« Vous êtes une femme ! »
« Sacré sens de l'observation que tu as là gamin. Si tu voulais bien bouger, ce serait plus facile pour que je traite ton épouse. »
« Elle n'est pas mon épouse. Et vous ne pouvez pas la traiter ! Vous êtes une femme. »
« Petite amie, peu importe ! Que tu le croies ou non je suis un docteur parfaitement qualifié et cette jeune fille a besoin de soins de suite. Alors à moins que tu ne veuilles la laisser mourir, dégage ! »
Sally était clairement énervée mais Wufei n'avait pas l'intention de bouger. Elle rechercha du soutien auprès des autres et arrêta son choix sur le blond à l'air gentil qui semblait être le plus sensé des trois. Quatre étudia soigneusement ses yeux sérieux et arrivant finalement à une décision, poussa son ami chinois hors de son chemin.
« Elle a l'air de savoir ce qu'elle fait et elle est notre seul espoir, alors tiens toi bien pour le moment s'il te plaît. »
Wufei protesta encore un moment mais il était presque impossible de faire changer d'avis Quatre quand il avait pris une décision. Quoi qu'il en soi, il avait raison : ils n'avaient pas vraiment le choix. Wufei partit bouder dans un coin tout en continuant à surveiller Meiran et la dame docteur d'un œil d'aigle. Sally les ignorait tous deux et l'examen de sa patiente était déjà bien avancé. Elle était efficace, c'était évident pour toute personne observant sans préjudice contre son sexe. Elle gardait aussi son visage studieusement impassible, ne donnant pas le moindre indice quand à la condition de la jeune fille. L'atmosphère était tendue et devenait plus pesante de minute en minute.
« Elle est couverte de plaies. Que lui est-il arrivé ? »
« Elle a été attaquée par des goélands. »
Sally releva brusquement la tête et fixa Wufei, incrédule. « Des goélands ? Est-ce que vous croyez que je vais avaler de tels bobards ? J'ai besoin de savoir ce qu'il s'est vraiment passé. » Son ton respirait la désapprobation. Elle pensait visiblement que l'un d'entre eux avait blessé Meiran. Probablement Wufei qui protesta avec indignation. Quatre conserva son calme. Il ne la blâmait pas. C'était l'explication la plus logique et tellement plus plausible que la vérité qui sonnait juste… insensée. Il se racla la gorge et insista sur le fait qu'il était sérieux d'un regard acéré lorsqu'elle se tourna vers lui.
« Des goélands ! Je sais que ça semble insensé mais c'est vrai. Nous avons été attaqués par des goélands fous il y a trois jours et la plupart de notre équipage a été blessé. Meiran a juste pris le plus fort de l'attaque. On peut vous montrer nos égratignures si vous voulez. »
Sally le scruta, attendant qu'il cède puis retourna à sa tâche quand elle comprit que ça ne marcherait pas. Elle continua à secouer la tête et grommeler, pas convaincue, cependant elle avait mieux à faire que de discuter le point.
« Elle a des points de sutures. Est-ce l'un d'entre vous qui les a faits ? »
« Non. Nous avons un docteur à bord, c'est lui qui les a faits. »
« Alors si vous avez déjà un docteur, que faites vous ici ? »
« Il est l'un des trois autres qui se sont effondrés. On devrait l'amener d'ici peu. »
« Fabuleux ! Il va falloir que je traite un confrère, juste ce dont j'avais besoin. Les docteurs font les pires patients et je parie qu'il aura quelque chose contre le fait d'être traité par une femme… »
Ses grommellements furent interrompus par la voix grave de Duo. « Ils sont là. »
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Réponse aux Lecteurs :
A Mouflette : J'ai été assez rapide ce coup là mais malheureusement c'est le genre de chose qui n'arrive pas très souvent. Je suis contente que tu apprécies mes descriptions et c'est vrai que j'essaie toujours de faire mon possible pour qu'elles ne soient pas gratuites. Il y aura encore quelques autres prises de bec entre Wufei et Duo, j'espère qu'elles te plairont. La prochaine rencontre de nos deux héros va devoir attendre encore un peu parce que l'histoire a besoin de se lancer et il y a bien plus de choses en jeu que leurs simples petites personnes. J'espère que tu continuera à lire et j'ai hâte d'avoir ton prochain commentaire.
