Je suis de retour après des années de silence. J'espère que ce chapitre vous plaira: il m'en a fallut du temps pour le terminer.
Il fallut beaucoup de mois à Aragorn pour s'habituer aux combats maritimes.
Il était habitué à la terre ferme et aux chevaux mais ces flots incessants étaient un nouveau monde. Il sentait une étincelle dans son sang quand il se trouvait sur un navire. C'était sans doute ce souvenir des grands marins de Númenor qui coulait encore dans ses veines. Malgré cette connaissance innée de la mer, le rôdeur peina au début. Mais la lettre de l'intendant qu'il remit à son supérieur lui ouvrit la voie.
Les gens du Sud du Gondor différaient de ceux du Nord. Ici, d'antan, on faisait face chaque jour à la menace qui venait d'au delà l'océan mais on n'oubliait pas de rire et chanter dans la plus pure tradition elfique. Les marins partirent vers l'horizon dans leurs grands navires et rares furent ceux qui revinrent. Des veuves guettaient l'horizon pour qu'un miracle se produise. Les orphelins se jurèrent qu'ils ne laisseraient pas l'Ennemi gagner cette fois. Les jeunes gens bâtissaient une société de guerriers et de solides navires.
Le rire et les chants se muèrent dans une complainte mélancolique. C'était pourtant ici que la tradition de Númenor était la plus vivante: Un peuple rythmé par les vagues qui s'écrasaient sur les plages vides. Peut-être fut-ce à cause de cette dernière goutte de sang Númenorien et elfique que les Gondoriens du Sud étaient tellement plus lyriques et tristes face à la mer ? Certains marins juraient que les soirs de pleine lune, en haute mer, on pouvait apercevoir le spectre de Númenor et que ceux qui répondaient à l'appel et rejoignaient l'île ne revenaient jamais plus.
Tellement de fléaux guettaient les marins.
Il y avait cette lassitude qui ne pouvait pas être guéri par le repos et les onguents. Elle rongait l'être là où seul l'espoir et l'amour pouvaient guérir.
Aragorn avait souvent entendu parler des maladies qui venaient de l'air de l'Ombre.
Bon nombre de son équipage y avait succombé. Lui même sentait en lui une torpeur, un désespoir qui tentait de se déverser en lui.
Mais il était le capitaine, c'était à lui de montrer l'exemple. Il empêchait la douleur de s'immiscer en lui. Il s'empêchait de penser à son passé et au monde qui existait hors de cette immensité mouvante et sombre.
Cela faisait des jours que la flotte voguait. Cela faisait des années que Thorongil brillait comme un joyau dans les rangs de la flotte du Gondor. Après de nombreuses victoires et même un sauvetage, il avait été nommé Amiral. Ecthelion lui avait même envoyé une lettre de félicitations. Aragorn gardait cette lettre avec ses effets personnel. Bien qu'elle ait été maculée et rendue illisible par l'eau, elle lui conférait un certain réconfort.
Il inspira profondément l'air frais de cette nuit ténébreuse. Pas une étoile scintillait et il était difficile de se guider. Il devait garder tous ses sens en éveil. Car la bataille était imminente. Après plusieurs mois de patrouille et de planification, Amiral Thorongil et ses capitaines, ainsi que le haut commandant, avaient mis en place une stratégie de fer. Dès qu'il avait reçu l'approbation de l'intendant, Thorongil avait réuni sa flotte et ils allaient faire face à celle des pirates.
Depuis des mois, les gondoriens avaient observé Umbar préparer sa nouvelle flotte. Avec l'expansion de l'Ombre et l'affaiblissement du Gondor, les pirates rêvaient de conquête et de victoires. Mais malgré les nuages sombres et la certitude de la fin imminente, les gondoriens continuaient à veiller sur leurs côtes.
Le fils du Prince Adrahil de Dol Amroth, Imrahil, attendait le retour de Thorongil. Ils étaient prêts à tenir la mer si jamais la flotte de l'amiral sombrait. Tout avait été minutieusement travaillé.
Maintenant, il ne fallait qu'attendre et avancer dans cette mer silencieuse et obscure. C'était dans ces moments de calme que le coeur des hommes faiblissait.
Thorongil fit le tour de son navire, il donna quelque ordres aux gens qui paraissaient trop soucieux.
En traversant le pont, il croisa un jeune marin qui fixait l'horizon. Ses mains tremblaient. L'amiral fronça les sourcils. Il l'avait pris sous ses ordres car ses deux frères aînés faisaient aussi partie de cette flotte et c'était de solides gaillards qui connaissaient la mer comme les rohirrim connaissent leur Marche.
Le jeune homme leva les yeux devant son amiral. Il n'arrivait pas à cacher sa frayeur. Thorongil ne dit pas un mot mais soutint son regard. Il y avait quelque chose dans ses yeux ou dans ce qu'ils disaient car le jeune homme cessa de trembler et se tint un peu plus droit. En quelques années, Thorongil était devenu un modèle, un vent d'espoir pour le Gondor à genoux. Le rôdeur était vraiment devenu un inébranlable capitaine de guerre.
A la poupe, Aragorn regardait l'horizon obscur. On ne voyait vraiment rien. Il pensait aux écrits qu'il avait lu au sujet d'Eärnil I et sa conquête d'Umbar.
Umbar en elfique signifiait le destin... Après tout, n'était-ce pas ici que le destin des Númenoriens avait été décidé? C'était le débarquement d'Ar-Pharazon qui avait fait que les Númenoriens en exil deviennent que des fantômes, des errants au regard mélancolique.
Eraphor descendit du mât et, en quelques gestes, interpella son supérieur:
- L'ennemi est en vue. Comme vous l'aviez prévu, il semblerait que la flotte est composée d'une dizaine de navires et ils nous attendent.
Thorongil hocha la tête.
- Signalez aux autres navires de jeter l'ancre et faites de même. Le vent n'est pas en notre faveur.
Chaque capitaine saurait exactement quoi faire. Peu de gens étaient au courant du plan car nul ne savait ce que l'Ombre entendait au coeur de Belegaer, le grand océan.
Le navire de Thorongil avait été enduit d'huile et d'autres substances inflammables: il ne suffisait que d'une petite flamme pour que tout s'embrase en happant dans sa fournaise les embarquations ennemies. La flotte Gondorienne avancerait en rangs serrés pour empêcher la formation des pirates d'arriver aux côtes. La seule chance qu'ils avaient était de détruire leurs rangs et de créer la confusion. Et si le vent était en leur faveur... Et bien ils se débrouilleraient sans même l'aide de Dol Amroth. Aragorn s'avança vers la proue et la bruine lui fouettait le visage. Un éclair déchira les nuages, était-ce une tempête qui se levait soudainement ? Il gardait un visage serein. Il sentait que le vent allait tourner. Il fallut quelques instants, avant qu'en face d'eux les navires d'Umbar s'agitent dans la bourrasque. Un marin qui se trouvait derrière son amiral lança:
- Il semblerait qu'ils n'aient pas l'habitude de notre Océan. C'est bien la première fois qu'il s'approche ainsi.
Le vice-amiral s'avança vers son supérieur et lui fit un geste. Thorongil ne répondit pas tout de suite. Ses yeux perçants observaient la danse endiablée des navires ennemis. Il finit par hocher la tête et le pont fut plein d'animation. On leva l'ancre et des marins s'empressaient de verser une couche supplémentaire d'huile jusqu'au moment où Thorongil se retourna vers ses hommes:
- Videz le pont ! Evacuez le navire !
Le vent avait tourné en leur faveur et les flots les poussaient vers les navires ennemis.
Il prit un flambeau et sentit comme un éphémère pincement : ce navire l'avait accompagné dans bon nombres d'aventures et voilà comment il terminerait son histoire. Mais très vite, Thorongil retourna au présent. Il attendit que tous ses hommes quittent le navire puis le guida vers les colonnes ennemies. Dans la brume, les hommes d'Umbar n'aperçurent pas le navire qui s'approchait. Lorsqu'ils le virent, ils commencèrent à faire fonctionner leurs canons. Aragorn se hâta de baisser son flambeau sur son navire. Très vite, le vaisseau s'embrasa. Que devaient penser les pirates en voyant ce navire de flammes foncer sur leur flanc ? C'était une heure de terreur, l'heure du destin. Malgré lui, le dúnadan sourit, les yeux étincelant de triomphe. Il pouvait voir les pirates s'agiter à vouloir lever l'ancre mais c'était bien trop tard.
Aragorn se jeta dans l'océan avant l'impact et de toutes ses forces nagea vers les siens. Il fallait faire vite pour ne pas être happé par l'explosion. Il se sentit étrangement invincible lorsqu'il atteignit enfin le navire du Capitaine Azanor et que derrière lui une gigantesque explosion retentit. Glacé jusqu'aux os, il se retourna pour voir la flambée qui prenait l'armada d'Umbar. Autour de lui, les cris de victoire s'élevaient. Les flammes montaient jusqu'au ciel et étaient couronnées de fumée. A Dol Amroth, le Prince et son fils devaient se réjouir. Le Gondor venait de mettre fin à une des plus grandes menace pirate qu'ils avaient connu depuis longtemps. Autour de lui, on se félicitait et s'enlaçait. Mais Aragorn restait hypnotisé par le spectacle de destruction qui s'élevait devant ses yeux. Oui il était heureux d'avoir mis fin à cette menace. Il avait accompli son devoir et comme tout guerrier il avait senti une grande satisfaction en écrasant les ennemis mais il ne pouvait s'empêcher d'imaginer la douleur et la terreur des hommes qui périssaient sous leurs yeux. Certes c'était des hommes de connivence avec l'ennemi mais c'était tout de même des êtres humains... La compassion emplissait les yeux du dúnadan. Mais c'était le lot de la guerre et il devait l'accepter. En silence, il adressa une prière à Eru pour qu'ils s'éteignent en paix.
Lorsqu'ils furent sûrs que les vaisseaux pirates n'étaient plus que cendres et épaves, la flotte du Gondor reprit le chemin vers son port.
La longue nuit de bataille était terminée.
Dol Amroth n'avait jamais paru aussi belle dans l'aube naissante. Chacune de ses tours et fenêtres scintillaient dans la claire lumière du jour. La cité princière se dressait dans sa baie comme une perle qui s'offrait à la vue des arrivants.
Aragorn toussait encore. Le mélange de la fumée des navires flambant et l'eau de mer qu'il avait avalé brûlait sa gorge et ses entrailles. Il apercevait les gens se presser vers le port pour accueillir les héros. Il voyait le visage fier mais encore tendu de ses frères d'armes. Il était fier d'eux. Malgré la frayeur, l'incertitude et l'Ombre, ils avaient tenu bon.
Il tapota l'épaule d'un de ses jeunes marins et s'éloigna de la proue du navire. Quelque chose en lui faisait résistance à cette vision de beauté. Il ne méritait pas de se sentir triomphant à la tête de ses navires. Il était un mercenaire de grands chemins, le descendant du plus grand des traîtres, son heure de gloire était encore bien loin.
Alors que les marins débarquaient au port princier, Imrahil cherchait l'homme qui leur avait offert cette victoire.
Quel soulagement cela avait été de voir les navires du Gondor revenir vers la baie.
La menace d'Umbar avait été écrasée pour quelque temps. Et pour ce triomphe, Imrahil désirait ardemment féliciter son ami.
Mais dans la cohue, il ne le trouvait pas. Qu'était il donc arriver à Thorongil dont on scandait le nom ? Une voix se leva dans le remous en ovation pour un autre marin et les autres hommes suivirent cet appel.
Les marins furent accueillis avec du vin, d'étincelantes bannières et le rire des femmes dans la cour du palais princier. A chaque recoin résonnait une clameur heureuse.
Ce ne fut que vers la fin de la journée qu'Imrahil trouva Thorongil sur un banc à l'écart des festivités. Il observait l'horizon en fumant son éternelle pipe. Il avait relevé sa capuche sur sa tête et son visage était grave.
Ce n'était pas un héros qui savourait sa victoire. C'était un mercenaire fatigué qui se remémorait le passé et le long chemin qu'il devait encore parcourir. Ce visage las était inconnu pour Imrahil. Mais dès que le capitaine vit son ami, il se redressa et sa physionomie se referma en un masque presque serein. Il tourna le dos à l'horizon, au sourire d'Arwen et à l'abysse de l'Ombre.
- Prince Imrahil, comment allez vous?
- Je vous ai cherché après la bataille mais...
- Je m'excuse pour mon absence sur le port mais je ne désire pas tant d'honneur. J'espère que je n'ai pas brisé le protocole.
- Pas du tout Capitaine. Nous étions seulement déçu de ne pas vous féliciter. Mais, il y aura un banquet demain soir. Mon père a reçu une missive vous invitant, ainsi que vos compagnons, à fêter cette victoire à Minas Tirith.
Un triste sourire tira le visage du guerrier. Il savait très bien qu'il n'avait pas le droit de retourner à Minas Tirith avec cette mince gloire. Elle ne lui appartenait pas. Il avait seulement fait son devoir et son chemin était encore si sinueux et interminable.
- Ils sonneront le glas pour annoncer l'arrivée des héros du Gondor. Vous nous avez sauvé d'un terrible destin Thorongil.
Aragorn finit par prendre la parole pour ne pas décevoir le jeune prince.
- C'est un grand honneur. Mais j'ai bien peur de ne pouvoir aller à Minas Tirith. J'espère que vous pourrez adresser mes sentiments les plus respectueux à l'intendant.
Le prince dévisagea l'amiral en silence. Rares étaient ceux qui pouvaient tourner le dos à la gloire si facilement. Ce refus n'était pas un affront mais une révérence gracieuse qui effaçait le soldat errant.
Imrahil finit par hocher la tête. Il y avait une fermeté dans les mots de l'amiral qui l'empêchait de rétorquer. Pendant un instant, il lui avait semblé qu'il était le sujet et que ce simple soldat était son suzerain. Mais Thorongil inclina légèrement la tête et l'illusion se dissipa.
Les deux hommes étaient silencieux alors que la nuit enveloppait à nouveau l'océan. Les vagues lapaient tendrement la baie. Cette sérénité se glissait dans l'âme du dúnadan. Il souriait à nouveau sans aucune tristesse mais la mélancolie ne pouvait pleinement se dissiper de son regard. Il était résolu: il savait que c'était la fin de son périple dans le royaume de ses ancêtres. Il y avait beaucoup de chances qu'il ne revisse plus jamais ces frères d'armes et ces terres si belles mais il y avait aussi tellement d'espoir dans son jeune coeur.
Alors que dans les halls du palais les chants s'élevaient, Aragorn prenait congé de ce royaume qu'il aimait tant. Il lui promettait de revenir lorsque que sonnerait l'heure et de donner toute sa vie pour lui redonner vie.
Il comprenait le sens de ce long périple dans le monde des hommes. Il n'était pas venu ici pour réclamer son trône et s'installer dans ces terres. Son chemin l'avait mené ici pour cesser d'être un étranger à son propre peuple.
Grandissant dans le monde des elfes, en marge des hommes, il avait oublié qu'il était un humain. Se battant aux côtés des siens, au Nord, il avait oublié qu'il ne devait pas s'effacer comme une légende lointaine... Le Gondor lui avait ouvert ses bras et son coeur. Il lui avait montré son peuple: leurs victoires et leur désespoir. Tant de visage vivaient dans son esprit à présent. Tellement d'histoires se tissaient pour former le Gondor. Ce n'était plus un royaume lointain et austère. En quittant ces lieux, il laisserait une partie de lui même. Mais, la route ne faisait que commencer, il ne pouvait pas s'arrêter et prendre racine. Pourtant, au loin, la graine avait déjà été déposée dans la terre fraîchement labourée.
Alors que ses frères d'armes riaient sans retenue et lui parlaient, son esprit se tournait vers l'horizon. Où irait il ? Quel serait sa prochaine destination ?
Un jeune marin l'interpella:
-Vous avez entendu Capitaine Thorongil ? Nous irons à Minas Tirith comme des héros! Demain à l'aube, nous monterons l'Anduin.
Aragorn hocha la tête. Il traçait leur itinéraire dans sa tête. Il voyait le Lebenin, Pelargir, L'Ithilien... et le Mordor.
Le Mordor qui guettait ses pas. Le Mordor qui croissait dans l'Ombre. Mordor qui empoisonnait l'air frais et pur.
Le Mordor où le guettait Sauron.
Aragorn posa sa coupe d'argent sur la table.
Sa décision était prise. Lorsque que leur navire passerait par l'Ithilien. Il prendrait congé de ses frères d'arme et prendrait la direction de l'Est.
Après des années au combat et à travers les grands chemins, il n'avait pas accumulé beaucoup de possessions, ainsi, personne ne remarquerait son départ.
Thorongil prit tout de même congé du Prince et de son fils avant que leur navire ne lève l'ancre.
Les deux hommes, à l'image de leurs ancêtres, ne lui posèrent que peu de questions. Mais alors qu'Aragorn s'inclinait une nouvelle fois avant de se tourner vers la porte, il remarqua quelque chose dans le regard du Prince Adrahil. Comme s'il allait ajouter quelque chose, comme s'il venait de percer son masque. Mais, il ne dit rien. Il laissa Thorongil s'en aller.
Les navires montaient vers le coeur du royaume. Ils parlaient tous de ce qu'ils feraient à Minas Tirith. Cela faisait longtemps qu'une telle victoire maritime avait été fêtée. Cela faisait longtemps qu'on n'avait pas célébré les marins du Gondor avec honneur et pompe.
L'appel de la route rongeait Aragorn. Il n'arrivait presque plus à tenir en place dans le navire. Mais il ne savait pas comment prendre congé. Ces hommes avaient affronté la mort et l'Ombre sous ses ordres et à ses côtés. Ensemble, ils avaient connu cet instant où soudainement éclate la victoire. Il y avait un lien inexplicable et si étroit qui le liait à ses frères d'armes. Thorongil était un un simple soldat du Gondor mais il devait sans aller pour ne plus revenir, laissant derrière lui, malgré lui, des récits d'espoir. Il décida de ne pas prendre congé. Il y aurait trop de questions auxquelles il ne pourrait jamais répondre. Il espérait ardemment que, lorsqu'il reviendrait, on reconnaîtrait peut-être Thorongil et qu'il retrouverait ses compagnons d'armes. Mais il savait aussi qu'il était temps qui les laisse partir.
Lorsque que le navire s'approcha de l'embouchure de la Porros, Aragorn se présenta auprès du haut commandant et lui expliqua qu'il avait l'autorisation du Prince d'accoster ici. Peu de gens remarquèrent son départ. On lui confia une barque. Alors que le navire s'en allait vers Minas Tirith où l'intendant Ecthelion les attendaient, Aragorn fils d'Arathorn ramait sa petite barque vers l'Est.
