Adam était certain qu'il allait mourir. Il ne savait pas combien de temps il lui restait avant que le gaz ne s'infiltre dans les différentes pièces et ne l'intoxique mais il s'en fichait. Il s'était emmuré dans une sorte de silence confortable, et était tellement épuisé qu'il ne pouvait penser à rien si ce n'était à Don.

Il les imaginait tous les deux, se tenant la main et s'embrassant ou passant la journée au lit à ne rien faire qu'à se caresser les cheveux et se déposer de petits baisers dans le cou. Il aurait aimé ça, il aurait aimé cette vie.

Mais il souffrait tellement en ce moment qu'il se demandait s'il voulait que Don le voie comme ça, s'il voulait que ce soit la dernière image qu'il allait retenir de lui : le voir agonisant sur le sol, le visage et les jambes en sang. Ses entailles n'étaient pas assez profondes pour provoquer sa mort mais elles le tiraillaient de toutes parts.

Les sentiments étaient confus et contradictoires. Au fond de lui-même, la douleur et le désespoir lui donnaient envie de mourir. Il voulait s'en aller avec le souvenir de Don et rien d'autre. Il avait mal, froid et soif. Il voulait soit rentrer chez lui, soit mourir seul. La douleur physique et la fatigue étaient insupportables.

Mais une autre partie de lui-même se refusait à abandonner. Il voulait également vivre, poussé plus que tout par ce désir pour Don, ce désir de l'avoir à ses côtés.

Intérieurement, il était véritablement déchiré entre ces deux états d'esprit. Il ne voulait pas que Don mette sa propre vie en danger pour lui car après tout, s'il mourrait et que son homme se retrouvait blessé, tout ce par quoi il était traversé aurait été fait en vain.

Et en même temps, il priait pour que Don le retrouve et qu'ils puissent vivre cette vie qu'il avait imaginée.

Il se dit qu'ils pourraient peut-être vivre ailleurs. Retourner à Phoenix, lui faire découvrir le désert, les cactus et aussi cette délicieuse citronnade que préparait sa mère et dont il avait encore la recette quelque part. Ou peut-être aller sur la terre de ses ancêtres et retourner en Irlande... Il aimerait avoir une maison à flanc de colline avec la mer en front et la lande en arrière-plan. Il sourit en imaginant son homme l'enlacer tendrement, alors qu'ils se perdraient dans le bleu de l'océan avant de se perdre mutuellement dans celui de leur regard.

-'J'aurais aimé ça... la mer, le soleil... la vie avec toi' commença-t-il, perdu dans ses pensées. Plus rien n'importait réellement à présent. Il se sentait condamné, presque déjà partit. Et pour cause, le gaz qui allait le tuer commençait déjà à se répandre dans la pièce voisine. Inodore, incolore, mais il le sentait déjà engourdir ses membres. Il se forçait à retenir sa respiration, à essayer de bouger le moins possible. A moins que ce n'était pas encore le gaz mais son corps brisé qui rendait son dernier souffle ?

De l'autre côté de l'écran, Don ne cachait plus ni son angoisse ni les larmes qui bordaient ses yeux. L'infâme boule qu'il avait au ventre ne faisait que grossir d'avantage de seconde en seconde. Il avait presque perdu tout espoir même si au fond de lui, une petite voix lui soufflait timidement de ne pas abandonner. Il était crispé et contradictoire. Une part de lui voulait détourner les yeux de l'écran, fuir cette réalité et ne pas regarder cet horrible spectacle. L'autre part s'y refusait catégoriquement, voulant soutenir son ami et l'homme dont il était tombé amoureux jusqu'au bout, si la mort devait être la toute fin du parcours. Quoi qu'il arrive, il ne l'abandonnerait pas. Il ne restait plus beaucoup de temps avant que les issues ne se bloquent, à peine quelques minutes. Et Don savait Scott tout à fait capable d'un tel acte, il venait de le prouver quelques minutes plus tôt.

La tête brièvement entre ses mains, il ne sentit pas la lourde paume de Mac s'abattre sur son épaule, le soulever de son siège avant de dire :

-'On a une localisation'.

Ne se sentant pas réagir, il comprit que c'était Mac qui le traînait de force, parce qu'il n'en avait plus. Il se sentit poussé dans la voiture sur le siège passager, Mac prit place et démarra en trompes et Don retrouva peu à peu ses esprits et ses réflexes de policier.

-'Les hommes ont déjà été envoyés sur place, il s'agit d'un entrepôt à 3 minutes du poste. On a de la chance, Don' le rassura Mac, qui savait ou espérait fortement que tout irait bien désormais.

Le bruit d'un appel radio se fit entendre et le Détective brancha les haut-parleurs :

« Unité 43, venons d'arriver sur les lieux de l'intervention. A vous »

-'Unité 21, sécurisez le périmètre et attendez notre arrivée imminente. Unité 43, terminé'.

Don enleva la sécurité de son arme et s'avança sur les lieux, entrant dans l'entrepôt et commença à fouiller la zone du regard. L'un de ses hommes découvrit une trappe qui menait certainement aux pièces piégées situées en sous-sol.

-'J'y vais' déclara Don en ouvrant la trappe.

-'Laissez les unités vous accompagner.' Répondit Mac, retenant le Détective par le bras. Celui-ci se rapprocha du scientifique et lui répondit d'une voix basse qui dépassait à peine le murmure :

-'Mac, il nous reste 10 minutes pour le retrouver. Si nous échouons, les portes se fermeront et nous mourrons tous. Je ne ferai pas courir ce risque à mon équipe' déclara Don, son regard parlant beaucoup plus que ses mots. Mac relâcha la pression sur le bras de son ami et lui lança un sourire mitigé, rempli de compréhension et de mélancolie tout à la fois.

-'Soyez prudent' lui lança-t-il alors que Don descendait les escaliers qui l'emmenèrent dans l'obscurité et l'insalubrité du souterrain.

A peine fut-il descendu qu'il entendit les vrombissements d'une mécanique provenant du fond du couloir qu'ils avaient vu sur les caméras. Il s'y rendit à la hâte et entra dans la zone non sécurisée mais par la seule porte qui était ouverte. Il y découvrit Scott, recroquevillé au fond de la pièce dans un coin sombre, une balle dans la tête. Don regarda autour de lui et vit l'immense chronomètre aux chiffres rouges qui défilaient, laissant s'écouler les secondes de vie d'Adam.

Et devant lui se trouvait un panneau de commande dont, fort heureusement, les instructions étaient claires. Il put voir Adam sur l'un des écrans de la salle où il se trouvait, toujours appuyé contre son mur. Il lui semblait qu'il avait définitivement abandonné la partie. Mais il se souvint que Scott avait pu parler à Adam et chercha donc ce moyen de communication qui le ferait entrer en contact avec son homme et le trouva rapidement.

-'ADAM !'

L'évocation de son simple nom fut un électrochoc pour le jeune homme qui releva la tête avec hâte, commençant à fouiller la pièce du regard et à chercher d'où provenait la voix de l'homme qu'il connaissait si bien. Il pensa d'abord que c'était encore un tour de son esprit fatigué mais il entendit distinctement Don lui parler.

-'On va te sortir de là Adam, mais il faut que tu reviennes dans le couloir principal' lui dit Don, observant les réactions du jeune homme sur l'écran et il y vit un mouvement de retrait.

-'Non, je retraverserai pas tout ça ! Pas question !' déclara-t-il en hurlant.

Le Détective savait très bien qu'il aurait à ré affronter ces épreuves dans le sens inverse mais il n'avait pas le choix s'il voulait s'en sortir en vie.

-'Alors c'est moi qui viendrai te chercher' déclara Don, la voix déterminée en essayant de trouver le bouton qui ouvrirait la première porte qui s'était refermée et tâtonna un peu.

Il put voir Adam se relever péniblement et s'appuyer contre le mur, ayant perçu la voix de son ami qui lui envoya un électrochoc de crainte et de terreur le long de son échine.

-'Quoi ? Non ! Don, je t'en prie ! Ne fais pas ça, je te l'interdis ! Va-t-en !' hurla-t-il de toutes ces forces.

Don Flack cherchait un bouton, une manette ou quelque chose qui puisse au moins enlever les lames de rasoir, ainsi il n'aurait qu'à traverser la piscine de verre, qui était déjà à moitié vide suite au passage d'Adam.

-'Ne fais pas ça ! Je t'aime Don ! Fous le camp d'ici !' continua-t-il à hurler à l'intention de Don qui était plus déterminé que jamais à sortir Adam de là et à sauver sa propre vie. 'Don ? DON !?!?!' hurla-t-il une dernière fois et n'obtenant pas de réponse, il s'avança vers la première porte, les lames de rasoir ayant disparues grâce à l'intervention de Flack.

TBC