Mon plan fonctionnait comme sur des roulettes. Edward semblait de plus en plus agacé. En l'espace de deux jours, il était passé de la lumière éclatante à l'obscurité. Je ne le regardais pas, me contentant de passer devant lui, comme s'il avait été de l'air. Parfois, il s'approchait de moi pour venir me parler mais je tournais les talons. En ce qui concernait notre collaboration, nous ne nous en parlions plus, nous contentant de faire, chacun de notre côté, notre part du travail et de nous joindre par mails. Une fois, il m'avait envoyé un message n'ayant aucun rapport avec nos devoirs. Juste trois mots : « Je suis désolé ». Je m'étais contentée de supprimer l'e-mail. Celui-ci fut suivi par une flottée d'autres mails que je supprimais sans les lire, un sourire jusqu'aux oreilles.
Mon dessein était efficace mais contenait quelques failles : Alice était devenue étrange avec moi, comme si elle m'en avait voulu et je trouvais qu'il manquait d'action.
A la fin de mon cours de droit public, Jessica me présenta trois deuxièmes années. Jessica était très sociable, elle connaissait absolument tout le monde à la Fac. Celui qui retint le plus mon attention était Mike Newton, un anglais aux cheveux ébènes rasés très courts, aux yeux verts et au compte en banque illimité d'après la tenu et les accessoires qu'il portait. Il n'arrêtait pas de me sourire, de me complimenter et insista vivement pour s'installer à côté de moi à l'heure du déjeuné. Mike aurait pu me plaire il y a des mois de cela, mais il était arrivé trop tard. Edward entra dans le réfectoire et alla rejoindre la table où se trouvaient ses amis. J'eus une idée ! Et si Mike Newton devenait mon nouvel instrument. Je ris beaucoup trop bruyamment et lui touchai l'épaule. J'inspectais Edward, il nous regardait, son visage avait pris une teinte écarlate et ses lèvres étaient pincées. Il semblait fou de rage, je souris d'un air narquois. J'avais trouvé le parfait assaisonnement à ma vengeance. Un piment très relevé. Mike Newton.
Le professeur d'HDP exigeait de nous de plus en plus de devoirs maison. Nous avions un sujet de dissertation portant sur le procès de Nuremberg, à rendre dans la soirée par e-mail. Il était 16h et j'avais déjà fini l'introduction et la première partie voulant tout rendre à temps. J'envoyais le mail à Edward en exigeant de lui qu'il m'envoie sa part avant 17h. Une dizaine de minutes plus tard, il m'avait répondu : « Non, je suis avec des copains au bar d'en face, je n'ai pas le temps ! ». Je bouillonnais. Il allait me rendre ce travail et sur le champ ! Je fermais furieusement mon ordinateur portable et sortis rapidement de la bibliothèque. Je savais exactement où se trouvait le fameux Pub. Je pris ma voiture, je fus devant le bar en moins de cinq minutes. Edward était assis avec ses copains autour d'une longue table rectangulaire, sur la terrasse du bar. Je sortis de la voiture en claquant la portière si violemment qu'il tourna brusquement la tête vers moi, il cracha dans son verre de bière, surpris de ma présence. Je m'approchais, ses amis s'exclamèrent :
-Hé Bella ! Tu viens prendre un verre avec nous ?
-Non ! Je viens pour autre chose ! Ton travail Cullen ! Je pris un air menaçant.
Ses copains sifflèrent.
-Je t'ai dit que j'étais occupé ! Me répondit-il.
-Et moi je t'ai dis que je le voulais TOUT DE SUITE !
Edward soupira.
-OK très bien ! Tu as de la chance, je l'ai rédigé juste avant !
Il fouilla dans son sac et en sortit une clé USB qu'il me tendit.
- En temps et en heure. Me nargua-t-il.
Je lui arrachai la clé USB des mains et retournai vers ma voiture. Je m'installai en face du volant et réfléchis avant de glisser ma clé dans le contact. Comment avait-il pu faire un travail de deux heures en l'espace de si peu de temps. Je me souvins qu'il était mon adversaire et qu'il ne fallait jamais faire confiance à son ennemi. Je m'emparai donc de l'ordinateur, le plaçai sur mes genoux et glissai la clé USB dans la prise placée sur le côté. La clé était vierge. Je sortis en trombe de la voiture folle de rage tout en claquant la portière. Je me dirigeai vers lui.
-Cullen !
Il se retourna, en m'adressant son fameux sourire narquois.
-Tiens ! Miss Swan is back !
-Ta clé ! Elle est vide ! Lui dis-je furieuse en lui brandissant la clé sur le torse.
Tous se retournèrent vers nous, lançant des « Ouh ! », ou encore des «Tu vas prendre cher mec ! Elle est « vééner » ! ».
- Ah oui c'est vrai ! Dit-il en riant.
- Tu as intérêt à me l'envoyer RAPIDEMENT par mail. J'espère que tu m'as bien comprise. Parce que si, en ouvrant ma boite mail en rentrant, par malheur, je ne tomberai uniquement sur des spams, il y a un autre objet qui risquerait de se retrouver vide ! Ton caleçon !
Je me retournai théâtralement, pour rejoindre ma voiture. Accueillie par des rires.
- Non ! En fait je crois que je ne vais pas le faire. J'aime trop te voir énervée. Ca vaut largement un zéro. Et puis ce n'est pas comme si ça ne rattraperai pas ma moyenne, contrairement à la tienne.
Je m'arrêtais et retournai vivement vers la table pour le menacer:
- Ecoute moi bien. Je suis sérieuse, je te conseille de ne pas jouer avec mes nerfs ou je te jure que …
Soudain, j'eus une idée ! Je m'emparais rapidement de la clé USB qu'il avait posé sur la table. Je pris un sourire narquois identique au sien et me dirigeai vers sa voiture, sentant son regard perplexe braqué sur mon dos. Je brandis la clé USB sur sa carrosserie, j'entendis sa chaise se tirer brusquement et ses cris se rapprocher vivement de moi. Je me retournai vers lui :
- Stop ! Un pas de plus et je te raille ta voiture.
Il stoppa sa course et leva les mains en l'air, comme un truand pris la main dans le sac par ... la police. Jouissif !
- OK, OK, OK qu'est-ce que tu veux ?
-J'ai besoin de ce travail d'accord ! Il est hors de question que je me coltine ta partie ! Contrairement aux tiennes, mes études comptent. Et je ne suis pas comme toi, je ne suis pas riche et ma famille n'est pas pote avec tout le gouvernement…
- Ok c'est bon ! Tu l'auras ! Sauf que le problème c'est que je n'ai pas mon ordinateur sur moi ! Me dit-il en simulant un air triste.
Je ris faussement.
-Ne te fous pas de moi, je sais que tu ne te déplaces jamais sans ton Mac. Je suis certaine que tu l'as dans ton coffre.
Il soupira, ouvrit son coffre et en sortit son ordinateur. Il l'alluma. Je soupirai de bien être et m'assis lourdement sur son capot. J'appelai le serveur de loin :
-S'il-vous-plaît ! Je peux avoir un thé glacé ? Je vais en avoir pour un moment je crois !
Les amis d'Edward étaient écroulés de rire. Je leur adressais un clin d'œil. Je me retournais pour regarder Edward. Il était rouge de rage. Le serveur arriva avec mon thé glacé :
-Merci beaucoup ! Au fait ! C'est à mettre sur son compte ! Lui dis-je en pointant nonchalamment Edward du doigt. Je me tournais vers lui, ris une seconde et pris un air sérieux :
-Au fait n'essaye pas de m'embrouiller, je compte relire ! Lui fis-je en sirotant narquoisement mon verre.
Edward pinça les lèvres et marmonna quelque chose d'inintelligible dans sa barbe. Je m'amusais comme une petite folle tandis qu'il pianotait vivement les touches, lui demandant toute les cinq minutes s'il avait terminé et commandant une boisson à chaque fois que mon verre se retrouvait vide.
Une cinquantaine de minutes plus tard, il me demanda sa clé USB. Je la lui lançais.
- Bin dit donc ! Tu me fais confiance ?! S'exclama-t-il.
- Pas du tout ! J'ai mon trousseau de clé dans ma poche ! Attends ! D'abord tu me montres ton travail.
Il souffla et me tendit son Mac. C'était excellant.
Je validai et il enregistra son travail sur la clé. Il me l'a rendit.
-Heureuse ? me demanda-t-il.
- Très heureuse ! Tu vois ce n'est pas très compliqué pour moi d'obtenir ce que je veux. Lui dis-je en sautant de son capot.
Je fis deux pas en direction de ma voiture juste avant de me retourner pour lui lancer une dernière réplique.
- Au fait ! J'ai gagné ! Lui dis-je en prenant un air arrogant.
Une fois dans ma voiture, je lui lançais un dernier regard, savourant ma victoire. Edward souriait tel un joueur qu'on avait battu mais qui avait déjà préparé sa revanche.
