Oh ! J'ai réussi à rattraper mon retard en écrivant deux textes aujourd'hui. Pour inquiétude et saison, j'ai lié au thème des hivernages vikings en Francia, notamment sur l'île de Noirmoutier à partir de 846.
Au final, j'écris beaucoup plus avec Danemark que les autres Nordiques, alors que je préfère Suède. Je devrais plus souvent partir du côté des Varègues xD.
En nouveauté : les Nornir (Nornes) sont des déesses, souvent représentées au nombre de trois, équivalentes aux Moires grecques ou aux Parques romaines. Elles président le Destin des mortels comme des immortels (dieux inclus). Personne ne peut aller contre son Destin : le sacré résidait d'ailleurs dans l'accomplissement de ce Destin, mène-t-il à la mort.
Writober 11 : Inquiétude / Saison
846, Noirmoutier
Dire qu'il était satisfait par les opérations sur l'abbaye de Saint-Philibert de Noirmoutier aurait été un euphémisme. Danmörk ronronnait presque de contentement devant les richesses amassées en une seule attaque. Malgré les précédents raids, les moines avaient réussi à garder leur abbaye dans un état florissant grâce aux marais salants de l'île et à son port de commerce. Il regrettait presque que ses hommes, pris dans les affres du combat, aient fini par incendier les lieux après le pillage.
- Plus qu'à retourner à la maison avant l'hiver ! chantonnait-t-il gaiement dans la cale du knörr, gentiment ballotée par une légère houle, reposant un collier de perles dans un grand coffre en bois précieux. Il s'agissait d'un des rares raids qu'il avait mené parce qu'il le désirait, et non parce qu'il était entraîné par le mouvement. Attiré par les récits de la richesse des moines de Noirmoutier, il avait initié le contact avec un groupe habitué à la région. Son apparence juvénile l'empêchait de mener lui-même une expédition, à son grand damne. Car il avait ressenti le besoin de saisir soi-même le sentiment indescriptible qui emplissait l'âme de ses hommes à chaque raid.
Et c'était totalement grisant.
- Dan.
Ce ne fut pas l'intervention soudaine de Nóreegr, qu'il n'avait pas entendu descendre le rejoindre, qui le fit se retourner vivement mais le ton inquiet qu'il décelait sous la voix impassible de son bróðir. Ce qu'il vit ne le rassura pas plus. Il y avait dans ses yeux pâles cette étincelle que l'utilisation du seiðr y laissait toujours, assombrie par d'épais nuages tourmentés.
Il ne savait pas ce que Nóreegr avait vu avec sa magie mais si c'était suffisant pour l'effrayer, lui-même commençait à sentir le serpent de la terreur lui remonter le long de l'œsophage.
- Qu'y-a-t-il ?
- Nous allons sombrer… J'ai vu la mer engloutir notre knörr.
Même lorsqu'il énonçait de tels malheurs, il réussissait l'exploit de garder son air impassible.
- L'hiver n'est pas encore là.
- La tempête sera sur nous si nous prenons la mer. Je l'ai vue nous avaler dans sa gueule béante et venteuse et ses crocs de foudre.
Danmörk resta un instant silencieux, caressant distraitement le bois poli du coffre qu'il venait de remplir. C'était un cadeau qu'il s'était offert en gagnant un pari contre Svea. Il ne voulait pas plus le perdre que les trésors qu'il contenait, tout comme les hommes qu'il avait mené à Noirmoutier. Mais nul ne pouvait s'opposer au Destin tissé par les Nornir.
- Si c'est notre destinée… soupira-t-il avec fatalisme, reconnaissant sagement qu'il convenait de l'accomplir pour ne pas indisposer les Dieux. Se noyer était douloureux quand on ne pouvait pas mourir, mais ils survivraient le temps de rejoindre la côte.
- C'était un avertissement.
L'affirmation tomba comme un couperet, tranchant la brume de désespoir qui avait enveloppé les épaules de Danmörk. Son agacement était tel qu'il se précipita devant son bróðir, criant férocement :
- Tu ne pouvais pas le dire plus tôt ?
- Je t'ai dit si nous prenons la mer. Ce n'est pas de ma faute si tu as brodé autour une fausse histoire.
Nóreegr pouvait se rendre tellement agaçant parfois, et il avait l'air de s'en amuser.
- Tu étais inquiet !
- L'étais-je ?
La réelle interrogation dans sa voix le fit douter de ce qu'il avait cru déceler. Danmörk soupira, à moitié riant, habitué au caractère étrange de son bróðir.
- Et donc, que faisons-nous ?
- Hivernons ici. L'incendie de l'abbaye a chassé son saint. L'île nous appartient.
Une idée fantastique lui traversa subitement la tête et il sortit précipitamment de la cale du knörr pour remonter quatre à quatre les marches vers le pont, ne s'arrêtant qu'in-extremis avant de choir dans l'océan, le regard rivé vers le nord-est et l'embouchure de la Loire.
- Eh ! Mais un camp à Noirmoutier nous permettrait de lancer plus efficacement des attaques sur Nantes.
Nóreegr qui l'avait suivi lui assena une petite tape amicale sur l'épaule.
- Une destinée préférable.
Il rit à gorge déployée, se projetant déjà dans un avenir de raids glorieux et d'un amas de richesse, confiant en la protection que les Puissances maintenaient autour des fils de leur Destin.
