Rating : PG-13
Genre : à suivre (partie d'une histoire d'adolescents musiciens qui sera sûrement écrite « un chapitre un jour » quand... j'aurai la foi?)
Avertissement : texte yaoi, traitant de relations d'ordre sexuel entre deux hommes.
Discalmer : Nonnn, rien de riennnn, nonnnn, je ne possède rien.
Harmonieux
Hibari regardait Mukuro. Il ne regardait que lui, ne prêtant pas attention à ce qui l'entourait. Pas un regard pour la porte qui claquait sur sa gauche, bousculée par les bourrasques de vent. Pas un regard pour la vue qui s'offrait à eux, vingt-mètres plus bas.
Mukuro souriait, Hibari aussi.
Le japonais enjamba la balustrade, retenu seulement par ses bras pendant un instant, avant que ses deux pieds ne touchent le rebord. Il se retourna, faisant face au vide et à la cour que traversaient les étudiants de Namimori.
« Trois. »
Hibari inspira profondément, grisé par la hauteur, par le danger, par le défis. Il lâcha la rambarde. Les trois claquements de mains semblèrent durer une éternité. Enfin, ses doigts se raccrochèrent aux barreaux dans son dos. Ses jambes étaient pliées et il resta quelques secondes ainsi, les pieds dépassant dans le vide et les mains crispées sur le fer. Expirant, il se tracta pour se relever, ivre de sensation. Mukuro éclata de rire et il riait toujours quand Hibari revint de l'autre côté. Il avait envie de le frapper, de le serrer contre lui. Au contraire, il le laissa s'éloigner et activer le métronome.
« 184. Parfait. »
Ils se bousculèrent l'un l'autre vers la porte, se séparant dès qu'ils atteignirent le bas des escaliers. Les cours reprenaient.
Ils ne se revirent pas avant d'atteindre le conservatoire. Hibari avait attendu Mukuro à l'entrée et ils pénétrèrent ensemble l'ancienne demeure. Ils gagnèrent le premier étage pour s'acheter une tasse de thé chacun puis descendirent le vieil escalier en bois, celui que personne n'utilisait. Il n'y avait qu'une salle, à un étage intermédiaire. Ils s'assirent à l'entrée de la salle de violoncelle, les jambes passées entre les barreaux pendant dans le vide.
Mukuro sortit son violon, le tendant à Hibari. Le japonais s'en empara et se mit à l'accorder, le plus silencieusement possible. Dans la salle derrière eux, un jeune étudiant filait la suite pour violoncelle en sol majeur de Bach. Hibari sourit en l'entendant accélérer, incapable encore de tenir le tempo. Il repassa le violon à son cadet, saisissant l'archet pour passer la colophane sur les crins. Une fois sa tâche terminée, il prit le gobelet à ses côtés, laissant Mukuro ranger son instrument. Ils passèrent plusieurs minutes assis côte à côte, Hibari faisant ses devoirs de solfège pendant que Mukuro recopiait à moitié sur lui. Finalement, l'italien se leva, saisissant l'étui à ses côtés. Il partit pour sa classe, laissant sa main glisser dans le dos de Hibari avant de disparaître. Quelques secondes plus tard, l'asiatique se leva à son tour pour rejoindre son propre professeur.
Il accorda rapidement son instrument en marchant, retrouvant les prises familières, celles qu'il nourrissait depuis l'enfance. Son institutrice l'attendait à l'entrée de la salle où il avait passé tant d'années. Il voulait dire dix-sept ans mais il n'avait pas commencé le violon avant ses quatre ans. Il franchit la porte ouverte, rangeant toutes ses pensées.
Pendant quarante-cinq minutes, il oublia tout. Le « violon 2 » noté sur sa partition. Mukuro qui jouait le violon 1 un peu plus loin au même moment. Il lisait les notes, écoutait comment elles sonnaient, écoutaient les blancs qu'elles laissaient pour l'orchestre qui l'entourerait. Il se représentait l'harmonie qu'ils construiraient, jouant tous avec la même expérience, la même facilité déconcertante des notes vues et revues, jamais apprises mais connues.
Il relâcha sa respiration, relâcha ses jambes qui s'étaient tendues, ses genoux bloqués, et se plongea dans son solo, sa partie. Là où il brillait. Là où il répondait au chant de Mukuro. Sur d'autres sons, d'autres variations, il prendrait l'air et se l'approprierait à son tour. Et plus il soufflait, et plus il jouait, et moins il ressentait de la jalousie à l'encontre de son cadet.
Enfin, son violon se tut.
Il écouta patiemment les corrections, les commentaires, les remarques. Il ajouta quelques notes à sa partie, quelques vibratos qu'il n'aimait pas particulièrement utiliser mais qui seraient ici indispensables, quelques variations à essayer. Et soudainement, il avait plus d'annotation sur cette partition que sur celle du premier violon qu'il avait étudié à en faire défiler les notes derrière ses yeux fermés la nuit, à en recouvrir des feuilles et des feuilles.
Il déglutit en quittant son cours, pas étonné de trouver Mukuro derrière la porte. Le soliste l'accompagna à son cours de piano sans un mot. Et pour la première fois depuis leur dispute, Hibari se retourna et lui sourit avant d'entrer. Il pouvait haïr Mukuro autant qu'il le voulait. Il n'en était pas moins impossible de rester indifférent face à toutes les émotions qu'il exprimait.
Le professeur l'accueillit avec un sourire conciliant. Il devait savoir à force, que Hibari n'aurait jamais avec le piano l'acharnement qu'il manifestait dans sa pratique du violon. Mais ils étaient parvenus à un accord et l'enseignant le laissait diriger chacune de leurs sessions. Il avait treize ans quand ils s'étaient rencontrés pour la première fois. Il était arrivé avec la partition du Clair de Lune de Beethoven et avait refusé toute autre proposition. Au bout d'un mois, ils ne travaillaient plus que sur les nuances. Le piano avait toujours été ce loisir auquel Hibari s'adonnait, parfois avec passion, parfois sans volonté. Et si son regard sur cet instrument s'ouvrait depuis qu'il avait rencontré Mukuro l'année précédente, ça ne l'empêchait pas de rester en toile de fond comparé à son jeu du violon.
Hibari s'assit sur le tabouret et sortit une nouvelle partition dont il avait fait l'acquisition la semaine précédente. Il nota la surprise de son professeur qui ne se permit cependant aucun commentaire face à la partition de jazz. L'enseignant s'assit à ses côtés et Hibari se mit à jouer. Il fronçait de plus en plus les sourcils, en voyant le crayon de son professeur qui recouvrait de plus en plus les mesures qu'il venait de jouer. Il finit par s'interrompre et recommença le morceau. Une autre fois. Et encore une. À chaque erreur, il repartait inlassablement, progressant petit à petit le long des lignes. Une main sur sa hanche et il lâcha le clavier pour laisser le professeur jouer. Il fronça les sourcils en ne retrouvant pas la correspondance entre la partition et ce qu'il entendait, ou loin, trop loin. Les notes qui sautaient, les décalages de rythmes, les phrases qui reprenaient et qui n'étaient pas écrite, jusqu'à atteindre la barre de fin.
Il laissa le silence s'installer quelques secondes avant de reprendre le morceau, jouant comme il avait entendu son enseignant jouer. Les accélérations, les accords étouffés, les notes ajoutées. Plus il jouait et moins il voyait ce que Mukuro trouvait à cette musique. Toujours les mêmes langueurs, la même mélancolie. Toujours tous ces sentiments. Il comprenait encore moins ce qu'il trouvait aux morceaux actuels, où le piano n'était qu'une simple base sans richesse musicale, sans profondeur. Il préférait encore l'époque romantique et les mesures grandiloquentes à ce vide. Il s'attacha malgré tout à terminer le morceau, à atteindre les dernières notes, quitte à rater, à se tromper, à laisser de côté et continuer jusqu'au bout. Il le reprenait une seconde fois quand la porte s'ouvrit. Ses mains s'immobilisèrent immédiatement au dessus du clavier. Il se ressaisit, saluant son professeur avant de suivre Mukuro à l'extérieur.
« Alors alors alors ? »
Hibari ferma et rouvrit les mains plusieurs fois, appréciant la tension de ses doigts. « Fatiguant. Pas très intéressant. »
« Ah, c'est parce que tu ne parles pas de sexe. Le jazz c'est quelque chose de … de smooth. »
« Arrête de faire le prétentieux. Utilise un mot japonais si tu veux m'expliquer quelque chose. »
L'épaule de Mukuro frottait contre la sienne comme le violoniste se rapprochait de lui en marchant. « C'est … une histoire le jazz. Pas une histoire d'époque. Plutôt de … d'un peuple oui. De personnes qui se regroupent autour de la musique. Qui sont exclues et ne sont pas considérées comme des personnes mais ont la musique comme moyen d'expression. Comme moyen d'attaquer, de séduire, de se moquer, de draguer aussi. Et puis, c'est aussi s'appuyer sur tout ce qui a été fait avant dans un pays où tout le monde se retrouve. C'est- »
Hibari l'écoutait distraitement en dépassant le pianiste de l'orchestre qui fumait en compagnie du tromboniste. Ils gagnèrent l'arrêt de bus sans qu'il n'ait trop à parler, le musicien faisant la conversation seul. Ils attendirent quelques minutes à peine avant de le voir arriver. Ils gagnèrent le fond, s'asseyant côte à côté malgré les places libres, posant les instruments et leurs sacs de part et d'autres d'eux. Hibari sortit son i-pod, partageant un écouteur avec son voisin. Carmina Burana résonna à leurs oreilles. Il se souvenait encore de ce dix-sept mai où Mukuro lui avait appris la mort de Donna Summer. Il savait à peine de qui il s'agissait. Le lendemain même, Dietrich Fisher-Dieska mourrait. Il avait été surprit de se sentir proche de Mukuro. Dans un sens déformé et lointain.
Sans se tourner, il demanda, « Qu'est-ce qu'on mange ce soir ? » Il ne regarderait pas le sourire qu'il devinait sur le visage de son cadet.
Mukuro s'appuya contre lui, avant de lui faire plusieurs propositions. Le temps qu'ils arrivent à la porte d'entrée, ils s'étaient décidés pour un chinois. Hibari s'écarta pour laisser Mukuro leur ouvrir la porte et entra immédiatement sans l'attendre. Il passait assez de temps ici pour ne pas tourner autour du pot. S'il se souvenait bien, le père de l'italien était parti en Europe avec sa nouvelle maîtresse pour encore un ou deux mois. Il déposa son sac et son instrument à l'entrée, gardant ses chaussures comme c'était la coutume ici. Il attrapa le téléphone et partit chercher le numéro de téléphone placardé sur le frigidaire pendant que Mukuro montait ses affaires.
Ils se retrouvèrent sur le canapé, la télévision allumée et la télécommande entre eux. Ils zappaient, incapable de se mettre d'accord sur un programme.
Mukuro repartit dans la cuisine pour chercher l'argent de poche que son père laissait à son intention lors de ses départs.
« Tu as Jurasic Park ? », demanda Hibari à son intention, la tête renversée sur le canapé.
Mukuro lui indiqua où chercher. Il en profita pour sortir deux canettes de coca light, en rajoutant immédiatement d'autres. À force de fréquenter l'asiatique, il avait à son tour développé une addiction. Il prit une gorgée en le rejoignant, un bol de chips à la main.
« Tu n'as jamais vu Jurassic. »
« Non. », répondit Hibari, indifférent. Il lança le dvd avant de venir se rassoir sur le canapé.
« Bientôt tu me diras que tu n'as pas vu Godzilla. »
« Pas vu. »
Ils se disputaient encore quand le générique se termina. Le bol de chips avait sévèrement diminué quand un coup de sonnette les interrompit. Hibari le bouscula sans dire un mot, son regard fixé sur la télévision comme s'il enregistrait chaque mot échangé. Mukuro se leva pour aller chercher leurs plats et quand il revint, les touristes étaient coincés dans les voitures.
Ils regardèrent le reste du film en silence, seulement interrompus par les batailles de baguettes pour manger dans la barquette de l'autre. Et le film s'acheva.
Hibari s'étira en bâillant. Mukuro lui proposa de dormir ici, comme à chaque fois. Et Hibari rejeta sa proposition. Comme à chaque fois.
Ils se levèrent, laissant tout sur la table comme Mukuro le raccompagnait à la porte. Hibari referma son manteau, se préparant à courir pour descendre les rues qui séparaient leurs maisons. Il se retourna quand Mukuro l'arrêta. L'adolescent le regardait, sa bouche ouverte comme pour parler ne laissant aucun son s'échapper. Mais Hibari n'avait pas besoin de l'entendre. Il ne lui avait jamais demandé de répondre à sa déclaration. Et Hibari se gardait bien de le faire. Et ce soir, il ne demanderait rien. Et Hibari n'aurait pas à répondre. Ça n'était pas le bon moment. Il le sentait aussi sûrement qu'il devinait les soupirs des instruments à vent.
« À demain. »
« Ouais. »
Et la porte se referma.
Mukuro le laissa partir, sans lui dire que c'était son anniversaire.
Note de fin de l'auteur : Hm. Il faudra que je retravaille ça. J'ai un problème avec la hauteur je crois vu le nombre d'histoire où mes personnages sont confrontés au vide. Dans ma famille de musiciens, j'étais la seule à connaître Donna Summer (« Mais si famille ! Full Monty ! I feel love ! … les chansons que j'écoutais il y a deux ans »). En revanche, nous avons fait un deuil généralisé suite à la mort de Dietrich Fisher-Dieska, très grand chanteur ayant participé à une interprétation magistrale de Carmina Burana (« Fille, assis-toi. Je dois t'avouer quelque chose. … Dietrich est mort. »). Décalage dans le temps oui.
